Plus d'un français sur 3 ne mange pas à sa faim. 1 étudiant sur 5 a même recours à l'aide alimentaire. Alors, pour que les plus précaires ne mangent plus les invendus des plus aisés, le député écologiste Charles Fournier fait une proposition : instaurer une Sécurité Sociale Alimentaire. Un droit à une alimentation saine pour tous, au même titre que la santé. Que chacun cotise à hauteur de ses moyens pour une redistribution équitable.
Une trentaine d'expérimentations existent en France, Charles Fournier souhaiterait qu'elles soient plus nombreuses et propose un fonds public de 15 millions d'euros sur 5 ans pour les soutenir.
Un reportage en Indre-et-Loire et dans le Rhône réalisé par Hélène Bonduelle et Pierre-Yves Deheunynck. Montage Xavier Puyperoux
Une trentaine d'expérimentations existent en France, Charles Fournier souhaiterait qu'elles soient plus nombreuses et propose un fonds public de 15 millions d'euros sur 5 ans pour les soutenir.
Un reportage en Indre-et-Loire et dans le Rhône réalisé par Hélène Bonduelle et Pierre-Yves Deheunynck. Montage Xavier Puyperoux
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00:00Bonjour Jeanne. Bonjour Charles. Ça va ? Ça va et toi ?
00:04Ben oui très bien. Contente de t'accueillir. Très content d'être ici.
00:10Donc nous ici on fait 70 fruits, légumes, aromates différents.
00:14Donc là on est dans le carré des choux. Vous voyez qu'on a plein de sortes de choux.
00:18C'est un des légumes qu'on a en plus grande diversité.
00:22Nous pour fixer nos prix, alors on a calculé nos coûts de revient et puis les prix du marché en fait.
00:27Et c'est là où ça pêche. C'est quand on doit s'aligner et qu'on voit qu'en fait
00:31on nous demande souvent des prix qui nous permettent pas d'avoir une marge de sécurité
00:36pour pouvoir faire des investissements, pour se payer plus que le spick.
00:40Et malgré tout faudrait qu'on vende pas cher parce que l'alimentation faut que tout le monde puisse y avoir accès.
00:45On est tiraillé quoi. On a envie effectivement que tout le monde puisse goûter nos produits.
00:51Les solutions jusqu'à maintenant qui ont été de la réparation, c'est-à-dire quand un paysan a plus de revenus
00:55il va y avoir des aides exceptionnelles, quand il y a un problème climatique on va faire des aides exceptionnelles.
00:59On va pas résoudre les sujets de fond. Et puis de l'autre côté, tous les gens qui n'ont pas accès à l'alimentation
01:04se trouvent à avoir de l'aide alimentaire mais sans choisir ce qu'ils mangent, sans savoir ce qu'ils mangent.
01:09Et souvent c'est plutôt nos restes ou les produits transformés.
01:19Bonjour, je suis Charles Fournier, député écologiste d'Indre-et-Loire.
01:23Nous sommes ici à la ferme des 4 saisons pour parler de sécurité sociale de l'alimentation.
01:29Alors cette sécurité sociale de l'alimentation, pour la définir, le mieux c'est de vous montrer cette petite carte vitale.
01:34L'idée c'est d'élargir la sécurité sociale et d'intégrer dans cette sécurité sociale la question alimentaire,
01:39de permettre à chacun d'accéder à une alimentation de qualité, choisie,
01:44et puis aussi de permettre de garantir des revenus pour les paysans et d'améliorer notre santé.
01:50Donc c'est gagnant, gagnant, gagnant.
01:53Cette sécurité sociale de l'alimentation n'existe pas encore dans la circonscription de Charles Fournier.
02:01Mais un collectif local en teste les prémices avec une distribution alimentaire d'un nouveau genre.
02:09Là je prépare la commande du centre social Courteline, qui nous a fait une belle commande aujourd'hui.
02:17Il y a donc des endives, de la poire de terre, des carottes, choux fleurs, mâches, oignons, poireaux,
02:23et de la pomme de terre à chair ferme.
02:26Ces fruits et légumes bio vont pour la première fois être vendus à des prix accessibles aux plus précaires.
02:34C'est profondément injuste de ne pas choisir.
02:37On l'a tous fait quand on sort d'un supermarché et qu'on donne un produit à l'aide alimentaire.
02:41C'est pas le produit bio de qualité.
02:44Ce qu'on donne, c'est ce qu'on a trouvé dans un rayon, une boîte de conserves diverses et variées.
02:49Et là, justement, on dit que c'est aussi une forme de redistribution pour que chacun ait accès à une alimentation de qualité.
03:01Direction le centre social de Courteline, à moins de 6 kilomètres.
03:07Dans ce quartier prioritaire de la ville, un collectif d'habitants et d'associations a créé un conseil local de l'alimentation.
03:26Et ici, ce sont les bénéficiaires qui décident de tout.
03:30Chaque distribution alimentaire est précédée d'une réunion du collectif.
03:37Allez, on s'installe.
03:40Prix, quantité de légumes, tout est choisi collégialement.
03:451,50 euro le kilo de fruits et légumes bio, 1 euro les 6 oeufs.
03:54Si on repart sur la semaine dernière, par rapport au produit qu'on avait eu,
03:58on avait pris 2 kilos pour une personne seule et 4,5 kilos pour une famille.
04:04Est-ce qu'on reste là-dessus ou est-ce qu'on...
04:08On a énormément de demandes parce que là, je pense qu'on va être autour de 50 personnes aujourd'hui.
04:13A peu près, oui.
04:15Ce qui fait que, du coup, là, nous, les oeufs, on a doublé par rapport à la dernière fois.
04:20Et ça n'a l'air de rien, mais si les oeufs partent vite, ce n'est pas un hasard.
04:34Ben oui, c'est ça, pour avoir des protéines, ben oui.
04:37C'est un des effets, c'est une des explications du fait que les gens mangent moins de viande.
04:41Ce n'est pas tant seulement les changements, parce qu'il y a des changements quand même,
04:45la mentalité, mais c'est aussi le prix.
04:47Ce n'est pas accessible, c'est vrai.
04:49C'est luxe.
04:51C'est hors de prix.
04:53Moi, si je veux m'acheter de la viande, je vais regarder dans les antigaspies.
04:58On a souvent tendance à dire que les gens mangent mal,
05:01mais sauf que pour pouvoir manger bien, il faut avoir les moyens.
05:04Je vais vous donner un chiffre, je ne sais pas ce chiffre, parce qu'il est vertigineux.
05:07Les dépenses publiques liées à la malbouffe, c'est 19 milliards par an.
05:11Oui, bien sûr.
05:14Plus de 100 kg de fruits et légumes à répartir.
05:17Et 2 kg de légumes, pardon.
05:19Mais du coup, tu peux mélanger, si tu as envie, tu fais comme tu le sens.
05:22OK ? Et c'est 1,50 € le kilo.
05:24C'est la troisième distribution alimentaire seulement du collectif,
05:28et le centre social ne désamplie pas.
05:30Des familles monoparentales, beaucoup.
05:33Des résidents en emploi précaire, souvent.
05:36Là, je l'ai dit ce matin en chaud, je n'ai rien acheté.
05:39Je ne pouvais pas.
05:41Et là, en plus, c'est bio, ici.
05:43C'est moins cher et bio.
05:451 kg de poire, pour moi.
05:47Et 6 oeufs.
05:51Vous pouvez choisir.
05:53Il n'y a pas de problème.
05:55J'en ai jamais dégusté d'aussi bon le poire que ces poires.
05:59Non seulement qu'elles sont délicieuses,
06:02mais elles sont juteuses, et puis c'est bien sucré.
06:06Donc il n'y a pas que la consommation.
06:08On peut aussi faire des gâteaux avec, sans rajouter trop de sucre.
06:14Loin des aides alimentaires,
06:16ici, chaque bénéficiaire choisit ce qu'il veut manger.
06:19Des produits bio, 2 fois moins chers que dans le commerce.
06:24Pour avoir ses prises attractives et un prix juste aux producteurs,
06:28la mairie de Tours subventionne l'expérimentation,
06:31à hauteur de 15 000 euros.
06:34Les gens cotisent le côté qui participe à 1,50 euro.
06:38Du coup, ça permet de racheter d'autres produits aussi.
06:41Mais on aimerait que ça devienne pérenne.
06:43En tout cas, c'est notre objectif, c'est de travailler là-dessus.
06:46C'est pour ça qu'on se bat pour que ça devienne quelque chose d'assez pérenne.
06:49Vous faites quoi du vert ?
06:52Dans sa proposition de loi, le député Charles Fournier
06:56demande l'attribution d'un fonds public de 15 millions d'euros
06:59pour soutenir ces expérimentations.
07:07Il veut même aller plus loin,
07:09créer une caisse commune nationale que chacun alimenterait en fonction de ses moyens
07:14pour être ensuite redistribuée équitablement.
07:18A Lyon, c'est ce que teste un collectif d'habitants.
07:27Il y a encore 5 mois, Francis Massamba, sans emploi et père de 4 enfants,
07:32n'aurait jamais pu fréquenter ce magasin bio.
07:49Ça coûte cher, mais je peux me le permettre avec ce que j'ai dans mon budget.
07:56S'il peut se le permettre, c'est grâce à la caisse alimentaire du 8e arrondissement.
08:01110 foyers, dont la moitié de précaires comme Francis, ont été sélectionnés.
08:07Francis cotise 15 euros par mois et reçoit 450 euros pour lui et ses 4 enfants.
08:14Et ça a changé ses habitudes alimentaires.
08:18Mes enfants aiment bien le pain de mie,
08:21et j'essaie de leur prendre ce qui leur fait plaisir.
08:28Je me sens au même niveau que les autres.
08:31Contrairement à ce que les gens peuvent prendre dans les réseaux du cœur,
08:36ils prennent parfois ce qu'ils ne veulent pas prendre.
08:40Ils n'ont pas de choix, mais ici j'ai le choix de prendre ce que je veux
08:44et je sens que j'ai quand même de l'importance dans la société.
08:49Et au moment de passer en caisse, ils ne déboursent rien.
08:53Et du coup, pour le montant, ça ferait un total de 64,61.
08:57Vous le réglez comment ?
08:59Je le règle par l'appli Calim.
09:01Ça marche.
09:02Le montant est directement déduit des 450 euros mensuels de son compte Calim 8.
09:10Est-ce que vous souhaitez le ticket ?
09:12Oui, s'il vous plaît.
09:14Cette épicerie fait partie des 19 magasins sélectionnés par les bénéficiaires eux-mêmes.
09:20Il y a une partie de la clientèle qui ne serait pas venue chez nous,
09:23à savoir que la caisse de sécurité sociale de Lyon 8 a choisi de réserver des places à 50%
09:29pour des personnes qui étaient en situation de précarité.
09:32Et c'est un public qu'on a du mal à toucher, qui a du mal à passer la porte de nos magasins.
09:36On est très proche des trois principes qui étaient inscrits dans l'article 1 de la proposition de loi,
09:41le principe d'universalité, le principe de conventionnement et le fonctionnement démocratique des caisses.
09:48Donc on est au bon endroit et je pense que c'est une des expérimentations qui nous raconte
09:52ce que nous pourrions vivre demain si la loi était adoptée à l'Assemblée nationale.
09:58Chacun contribue en fonction de ses revenus.
10:01Les cotisations vont de 1 à 300 euros par mois.
10:05La métropole de Lyon finance 200 000 euros.
10:09Bonjour !
10:10Mais pour pérenniser ce dispositif, le collectif cherche de nouveaux financements.
10:17C'est l'objet de ce groupe de travail.
10:21L'équilibrage aujourd'hui, s'il n'y avait pas de subvention, il ne pourrait pas se faire
10:25puisqu'on est 60% sur une fourchette qui cotise moins que ce que les personnes reçoivent,
10:31que 10% qui peuvent abonder beaucoup plus.
10:34Il faut chercher des riches aussi.
10:37Chacun ramène un riche à la prochaine réunion.
10:41Ramène ton riche.
10:44C'est vrai, mais vous avez raison.
10:50Mais comment convaincre les hauts revenus de participer à cette solidarité alimentaire
10:55alors qu'ils recevront moins que ce qu'ils donneront ?
10:59Le principe aussi c'est de changer les représentations qu'on a
11:04et de se dire que les gens qui ont des hauts revenus,
11:08ce n'est pas forcément ceux qui contribuent à un système vertueux alimentaire et agricole.
11:13Donc on a aussi tout intérêt à les amener à contribuer à ces expérimentations-là
11:18pour que demain le système change dans son entièreté.
11:22Je pense qu'il faut qu'on se batte pour avoir des sous, pour le dire un peu clairement,
11:25pour accompagner les expérimentations.
11:28Ce serait une autre étape.
11:29Moi j'avais écrit à la ministre de l'Agriculture qui avait répondu plutôt de manière ouverte.
11:34Donc comme elle a répondu comme ça, on va aller la voir.
11:37Et puis avec plein d'élus locaux qui se battent là-dessus
11:39pour voir comment on pourrait faire avancer le sujet.
11:41C'est vrai que c'est l'une des expérimentations peut-être les plus grosses
11:43qui existent en France en termes de volume financier engagé.
11:46Et donc c'est aussi important pour un parlementaire de venir parmi nous.
11:51Parce que derrière, il faut aller pousser au niveau national du droit à l'expérimentation.
11:56Je crois que Charles l'a poussé récemment.
11:59Et merci à lui d'avoir enfin amené culturellement ce sujet.
12:03Alors que beaucoup de gens ne connaissent pas du tout le concept.
12:05Vraiment plaisir de vous revoir. Un grand grand merci.
12:08Le concept est déjà testé dans une trentaine de communes en France.
12:12Mais pourra-t-il être étendu un jour ?
12:17Si je vois le cheminement de la sécurité sociale depuis 1945,
12:20tout le monde a acté à intégrer l'idée que ça faisait partie de la solidarité nationale
12:25dans la forme de redistribution.
12:26On est dans un moment où la question de la redistribution est posée de nouveau.
12:30Et donc oui, la question est sur la table.
12:33Je crois qu'un certain nombre de personnes le font déjà,
12:35de participer à des systèmes solidaires comme celui-là.
12:37Il faudra convaincre les très très riches sans doute de se dire
12:40que leur contribution doit être plus forte que celle qu'elle est aujourd'hui.
12:43Et que le système qui repose simplement sur l'aide alimentaire n'est pas satisfaisant.
12:48Il faut un système structurant.
12:51Sa proposition de loi pour accompagner ces expérimentations locales n'a pas abouti.
12:57Mais Charles Fournier travaille déjà à une nouvelle version du texte.
13:01Une version qu'il espère transpartisane.