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La commission des lois examine la proposition de loi visant à modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles. Le texte est issu d'une mission d'information menée par Véronique Riotton (EPR) et Marie-Charlotte Garin (Eco), au sein des travaux de la délégation aux droits des femmes. C'est à partir du rapport de cette mission d'information qu'elles ont rédigé la proposition de loi qui prévoit d'intégrer la notion de "non-consentement" dans la définition pénale du viol.

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00:00:00Bonjour et bienvenue sur LCP, nous sommes comme toujours au cœur de l'Assemblée Nationale.
00:00:13Et aujourd'hui on s'intéresse à un sujet très sensible, une proposition de loi qui vise à modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles en y intégrant le critère de non-consentement.
00:00:26Deux femmes portent ce texte, la députée écologiste Marie-Charlotte Garin et sa collègue de Ensemble pour la République Véronique Riotton.
00:00:34Les deux élus ont travaillé sur le sujet dans le cadre d'une mission d'information qui leur a été confiée l'an dernier par la Délégation aux droits des femmes de l'Assemblée.
00:00:43Et c'est donc sur la base de ces travaux qu'elles proposent aujourd'hui leur texte pour mettre fin, disent-elles, à une culture d'impunité en matière de viol.
00:00:52Direction tout de suite la Commission des lois pour entendre les deux rapporteurs présenter ce texte très attendu.
00:00:58Désormais la proposition de loi visant à modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles, déposée le 21 janvier dernier par Marie-Charlotte Garin et Véronique Riotton, que je salue,
00:01:13inscrite à l'ordre du jour transpartisan de la semaine prochaine.
00:01:17Nos débats de ce jour ne seront pas improvisés, car ils bénéficient de très nombreux éclairages qui ont permis de le préparer au mieux, me semble-t-il.
00:01:26Tout d'abord, une proposition de loi à l'objet similaire déposée par nos collègues du groupe LFI a déjà fait l'objet d'un examen par notre commission en novembre dernier.
00:01:36Ensuite, les deux auteurs de la PPL l'ont rédigée à la suite des conclusions de leur mission d'information menée dans le cadre de la délégation aux droits des femmes.
00:01:45Enfin, nous pouvons bénéficier d'un avis du Conseil d'État sur cette proposition de loi.
00:01:50Je vous propose par conséquent sans plus attendre d'écouter et d'entendre nos rapporteurs, Marie-Charlotte Garin et Madame Véronique Riotton, dans l'ordre qu'elles souhaitent.
00:02:00Madame Riotton, je vous en prie.
00:02:02Monsieur le Président, chers collègues, tout d'abord, nous tenons à vous remercier de nous accueillir aujourd'hui au sein de votre commission pour discuter de ce texte qui vise à modifier la définition pénale des agressions sexuelles et du viol.
00:02:16Alors, vous l'avez dit, Monsieur le Président, nous avons parcouru un long chemin avant d'en arriver à la rédaction de cette proposition de loi et nous sommes fiers, honorés, d'en débattre aujourd'hui avec vous.
00:02:27Avant cela, je me permets un bref retour en arrière pour vous expliquer en quelques mots d'où nous sommes partis, comment nous en sommes arrivés à ce point aujourd'hui.
00:02:37Nos travaux ont été déclenchés par deux facteurs principaux. D'une part, un triple constat qui est alarmant.
00:02:44La criminalité sexuelle ne recule pas, un climat d'impunité perdure et la culture du viol demeure une réalité.
00:02:53Malgré des avancées législatives réalisées notamment en 2018, en 2021, malgré l'allongement des délais de prescription, malgré les efforts de formation des forces de l'ordre et l'amélioration du recueil de la parole et l'accompagnement des victimes,
00:03:08nous sommes toujours confrontés à des chiffres qui révèlent autant de drames personnels.
00:03:14Toutes les deux minutes, une personne est victime de violence sexuelle et 8 victimes sur 10 hors cadre familial ne portent pas plainte.
00:03:24Alors pour un quart d'entre elles, elles ne portent pas plainte parce que l'acte subi ne serait pas assez grave et pour un quart autre, parce que déposer plainte n'aurait servi à rien.
00:03:36D'autre part, un second facteur nous a poussé à créer cette mission d'information en lien cette fois avec le contexte européen.
00:03:43Il y a trois ans, en mars 2022, la Commission européenne a présenté un projet de directive qui vise à lutter contre la violence à l'écart des femmes et la violence domestique.
00:03:53Après un an de débats, cette directive a été adoptée en mai 2024.
00:03:58Ce texte européen a dans notre pays mais plus largement en Europe relancé le débat sur la définition pénale du viol opposant deux conceptions qui ne sont pas exclusives l'une de l'autre.
00:04:10D'une part, celle qui est fondée principalement sur le non consentement de la victime et d'autre part, celle comme ça l'est aujourd'hui en droit pénal français,
00:04:19centrée davantage sur les éléments matériels, violences, contraintes, menaces et surprises.
00:04:25Face à ce débat à la fois politique, juridique mais aussi sociétal, nous avons décidé au sein de la délégation droit des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes
00:04:36de lancer une mission d'information portant spécifiquement sur la question de la définition pénale du viol et des agressions sexuelles.
00:04:44Nous avons commencé nos travaux en décembre 2023. Nous avons auditionné près de 80 personnes.
00:04:49Nous avons également approfondi plusieurs exemples à l'étranger afin de nous offrir plusieurs points de comparaison qui nous ont permis de remettre notre droit en perspective.
00:05:01Après plusieurs mois de travaux, nous avons publié notre rapport partageant avec ma co-rapporteure Marie-Charlotte Garin l'ensemble des constats et des pistes d'amélioration.
00:05:16Merci Monsieur le Président et je me joins au remerciement pour votre accueil en commission des lois.
00:05:21Alors sans pouvoir résumer tout le rapport en quelques mots, je voudrais toutefois présenter certains de nos constats qui nous semblent les plus intéressants aujourd'hui pour éclairer notre débat.
00:05:28Nous avons acquis effectivement que la loi devait être modifiée car notre définition pénale du viol et des agressions sexuelles, elle échoue dans ses trois grandes fonctions.
00:05:37La première c'est sa fonction expressive car elle ne permet pas aujourd'hui de sanctionner les agresseurs et leurs comportements violents.
00:05:45La deuxième c'est dans sa fonction protectrice puisque les victimes ne sont pas correctement protégées face à ces comportements violents.
00:05:52La troisième dans sa fonction expressive enfin car notre droit n'incarne plus les valeurs de notre société et ne rend pas compréhensible l'interdit pourtant suprême de jouir du corps d'autrui sans son accord.
00:06:03Personne n'a le droit d'accéder à l'intimité de quelqu'un sans son accord.
00:06:07Et si nous voulons prétendre à une éducation à la vie relationnelle, affective, sexuelle, respectueuse, il me semble qu'affirmer clairement ce principe dans notre droit est un point de départ essentiel.
00:06:18A ces constats sur l'écriture de notre droit pénal, j'ajouterai deux points complémentaires.
00:06:22Le premier point c'est la jurisprudence.
00:06:24Nous l'avons écrit dans notre rapport, dans celui que nous avons produit au sein de la délégation droit des femmes comme celui de la commission des lois que nous vous avons transmis lundi.
00:06:31Nous considérons que la jurisprudence est très riche et a permis de faire considérablement progresser l'appréhension judiciaire des violences sexuelles.
00:06:38Toutefois, nous considérons que cette jurisprudence et l'interprétation que les juges font de la loi ne parviennent pas aujourd'hui à combler le silence de la loi sur le consentement.
00:06:47Et cela me conduit donc à mon deuxième point.
00:06:49Malgré l'omniprésence de la question du consentement tout au long de la procédure judiciaire,
00:06:53la loi française reste silencieuse sur ce point crucial dans la définition du viol et des agressions sexuelles.
00:06:59L'absence de cette notion dans le code pénal, elle ouvre la voie à des malentendus, voire à des instrumentalisations du consentement par les auteurs des agressions.
00:07:06Cette lacune législative, elle contribue à entretenir des stéréotypes nuisibles,
00:07:10le fameux vrai viol, bon viol qui serait nécessairement violent,
00:07:13et à entraver la prise en compte des circonstances particulières dans lesquelles sont commises les infractions sexuelles.
00:07:18Voilà pourquoi, chers collègues, nous pensons aujourd'hui, après 14 mois de travaux,
00:07:22ma corrapporteur et moi-même, qu'une réforme législative est impérative.
00:07:29Nous pensons en effet qu'il est temps de modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles.
00:07:35La rédaction que nous proposons vise à mieux protéger, mieux réprimer et à dire plus clairement qu'un rapport non consenti est illégal,
00:07:44tout en respectant les grands principes de notre droit.
00:07:47Nous considérons qu'une meilleure prise en compte du consentement permettra de mieux appréhender les vulnérabilités des victimes
00:07:54et les stratégies mises en place par les auteurs pour vicier leur consentement.
00:08:00Nous poursuivons également l'ambition d'éviter de faire du comportement actuel ou passé de la victime le cœur de l'enquête.
00:08:07Ce point était déjà au cœur des débats dès 1980 lorsqu'a été votée l'actuelle définition du viol
00:08:15et a conduit les législateurs à préférer une notion sans la définition explicite du consentement.
00:08:21Pourtant, c'est toujours le comportement de la victime qui est interrogé dans l'enquête judiciaire
00:08:26et son absence de réaction jugée comme présomption de son consentement.
00:08:29Nous souhaitons faire évoluer les investigations pour qu'elles se concentrent d'abord sur l'agissement de l'auteur au mépris de l'absence de consentement.
00:08:38L'enquête doit systématiquement porter sur les indices permettant d'évaluer si et par quelles mesures raisonnables
00:08:46le mis en cause à chercher à recueillir le consentement.
00:08:49En inscrivant clairement cette exigence dans la loi, on donne au juge un outil supplémentaire pour poursuivre davantage de mises en cause.
00:08:57Ainsi, les stratégies mises en place par les agresseurs seront mieux prises en compte pour les sanctionner.
00:09:03C'est un point qui nous semble essentiel et je voudrais y ajouter dès à présent une précision.
00:09:08Pour nous, la rédaction que nous proposons ne crée pas d'obligation positive à s'assurer d'une manière convenue du consentement d'autrui.
00:09:16Sinon, nous aurions défini le viol comme un acte de pénétration commis sans s'être assuré du consentement de l'autre.
00:09:23Ce n'est pas ce que nous souhaitons et ce n'est pas ce que nous avons fait.
00:09:27Nous ne changeons pas les éléments permettant de caractériser juridiquement l'infraction,
00:09:32mais nous les complétons pour les préciser et les clarifier afin d'offrir au juge davantage d'outils pour les identifier, appréhender, qualifier les faits
00:09:43au regard non seulement des quatre critères de violences, contraintes, menaces ou surprises, mais également au regard de l'absence de consentement.
00:09:51Ces précisions nous permettent en outre de consolider les acquis de la jurisprudence en les ancrant dans le marbre de la loi
00:09:57et ainsi de mieux prendre en compte la variété des situations et notamment les cas de sidération, de coercition ou encore d'emprise.
00:10:06Pour parvenir à ces différents objectifs, notre texte de loi propose plusieurs évolutions dans le Code pénal.
00:10:13Tout d'abord, l'introduction de la notion de non-consentement dans la définition pénale du viol et des agressions sexuelles
00:10:21permet de marquer une frontière claire entre la sexualité d'un côté et la domination et la violence de l'autre.
00:10:30Par ailleurs, l'apport de précisions sur cette notion qui vise à aiguiller le juge pour apprécier le défaut de consentement
00:10:37en précisant les cas dans lesquels le consentement ne saurait être déduit, notamment les cas de sidération insuffisamment caractérisés dans la jurisprudence actuelle.
00:10:49La conservation des quatre critères de violences, contraintes, menaces ou surprises, nous l'avons dit précédemment,
00:10:54s'agit pour nous d'un point essentiel pour consolider les acquis de la jurisprudence et pour garantir la précision juridique de la définition de ces infractions.
00:11:03Le rappel que le consentement doit être apprécié au regard des circonstances environnantes, c'est notre dernier point par cette référence,
00:11:11cela correspond au travail des juges, des enquêteurs et il s'agit d'éviter que l'investigation ne soit centrée uniquement sur la plaignante
00:11:19et de conduire à interroger davantage les agissements du mis en cause.
00:11:24Il faut en effet apprécier la validité du consentement à l'aune des vulnérabilités éventuelles de la victime.
00:11:32Voilà donc le résumé des principales évolutions que nous proposons et nous aurons l'occasion d'y revenir plus précisément au cours de nos débats.
00:11:42Vous le savez sans doute, la présidente de notre Assemblée a décidé le 27 janvier dernier de saisir le Conseil d'État sur la présente proposition de loi.
00:11:50Nous avons été associés tout au long du mois de février aux travaux des deux rapporteurs du Conseil d'État.
00:11:55Nous avons pu échanger avec eux sur les conséquences du nouveau texte pénal que nous vous proposons
00:12:00et travailler ensemble à une écriture qui correspond à nos objectifs pour le changement de la définition pénale du viol.
00:12:05Cet exercice a été particulièrement intéressant et nous a permis de confronter à nouveau la solidité de notre intention et de la modification que nous proposons
00:12:13non seulement à l'analyse juridique des conseillers d'État mais également au questionnement pratique des administrations concernées qui ont été auditionnées par les deux rapporteurs.
00:12:21La publication de l'avis le 6 mars dernier nous permet aujourd'hui d'aborder le débat de cette proposition de loi en étant doublement éclairée.
00:12:28Éclairée d'une part, je le disais, par les travaux que nous avons pu mener au sein de la délégation aux droits des femmes
00:12:33et qui nous offrent une connaissance approfondie du contexte dans lequel nous évoluons
00:12:36et éclairée d'autre part par cet avis du Conseil d'État qui nous offre une confirmation juridique et technique de la pertinence de notre texte.
00:12:43Afin de consolider l'écriture que nous proposons, le Conseil d'État a également formulé plusieurs recommandations sur la rédaction que nous comptons entièrement suivre.
00:12:51Cela a été un travail nourri pour trouver des points d'équilibre tout en respectant l'intention du législateur.
00:12:56Je ne vais pas revenir sur tous les détails de l'avis, mais il y a trois points qui me semblent importants de souligner dès à présent.
00:13:01D'abord, dans l'avis du 6 mars 2025, le Conseil d'État considère que la conservation dans le texte d'incrimination des notions de violences, contraintes, menaces ou surprises
00:13:09permet de préserver les acquis jurisprudentiels.
00:13:12Et ça, c'est pour nous un point essentiel et ça a été un constat que nous avons fait dès le début de nos auditions.
00:13:17Il recommande en outre de supprimer le terme « notamment » qui introduirait une indétermination quant aux autres comportements pouvant être réprimés.
00:13:24On y reviendra lors de la discussion sur les amendements, mais c'est un point sur lequel nous avons été vigilants tout au long de nos travaux au sein de la délégation aux droits des femmes.
00:13:31La proposition d'écriture alternative proposée par le Conseil d'État supprimant le « notamment » correspond bien à notre intention d'ouvrir les quatre critères de violences, contraintes, menaces et surprises
00:13:41tout en conservant les acquis jurisprudentiels qu'ils apportent.
00:13:44Avec l'incompatibilité du principe de l'égalité des délits et des peines et l'adverbe « notamment », nous vous proposerons donc de supprimer ce terme
00:13:51afin de préciser et de sécuriser la définition des infractions d'agressions sexuelles et de viols.
00:13:57Le deuxième point, c'est que le Conseil d'État souligne que la jurisprudence judiciaire illustre la malléabilité des notions de contraintes ou de menaces
00:14:04considérant que la référence aux quatre termes existants permet de couvrir l'ensemble des situations et suggère comme alternative d'ajouter les termes, quelle que soit leur nature.
00:14:12Si nous sommes tout à fait d'accord avec la pertinence et la plasticité de ces quatre notions,
00:14:16nos travaux nous ont conduit à constater que l'interprétation de ces éléments par le juge ne permet pas toujours de couvrir tous les cas.
00:14:22Il nous semble donc absolument nécessaire, si nous voulons agir en faveur des victimes,
00:14:26de procéder à l'ajout proposé par le Conseil d'État avec l'insertion de cette formule « quelle que soit leur nature »
00:14:32qui nous permet ainsi de clarifier et de garantir une interprétation suffisamment large de ces quatre notions
00:14:37– violences, contraintes, menaces et surprises – pour permettre à notre droit de saisir la variété des situations qui pourraient survenir.
00:14:44J'en viens à mon troisième et dernier point.
00:14:46Nous avons dans notre texte proposé plusieurs précisions qui visent à guider le juge dans son appréciation de la validité du consentement.
00:14:52Ce faisant, nous ne définissons pas le consentement, nous ne créons pas de nouvelles obligations pénalement réprimées
00:14:57et nous ne créons aucune présomption de culpabilité.
00:15:01Nous sommes très clairs sur ces points depuis le départ et le Conseil d'État les a confirmés.
00:15:06Ce que nous faisons, c'est que nous complétons la loi avec des éléments pour servir d'appui à l'office du juge,
00:15:12pour lui servir de boussole afin d'appréhender au mieux ces faits qui sont aujourd'hui trop peu saisis par notre justice.
00:15:18Nous donnons ainsi des indications pour clarifier ce que peut être le consentement et ce qu'il ne peut pas être,
00:15:23en précisant notamment certains cas dans lesquels il ne saurait être déduit.
00:15:28Nos échanges avec le Conseil d'État, je l'ai dit, ont été particulièrement fructueux à ce sujet.
00:15:32Ils nous ont permis de clarifier le sens accordé précisément à chaque qualificatif que nous souhaitons introduire
00:15:38et de simplifier la formulation que nous avions proposée, afin là aussi de parvenir à la loi pénale la plus précise possible.
00:15:45Sur ce sujet aussi, nous vous proposerons donc des amendements qui découlent directement de l'avis du Conseil d'État.
00:15:50Je ne serai pas plus longue, nos échanges vont nous permettre sans aucun doute de revenir plus en détail sur certains de ces sujets.
00:15:56En conclusion, je voudrais toutefois dire que nous sommes évidemment conscients que la seule modification de la loi
00:16:01ne pourra pas répondre à l'ensemble des difficultés rencontrées par les victimes de viol.
00:16:06Ces difficultés aujourd'hui, elles sont multifactorielles.
00:16:09Ce changement, il doit évidemment être soutenu par une formation approfondie des enquêteurs, des magistrats et des professionnels de santé
00:16:16sur les spécificités des violences sexistes et sexuelles pour les auteurs comme pour les victimes,
00:16:20avec l'instauration de protocoles adaptés tout au long de la procédure.
00:16:24Nous devons en outre collectivement rester attentifs aux moyens attribués à ces institutions, aux associations et à la prise en charge des victimes.
00:16:32Je vous remercie.
00:16:34Voilà pour la présentation de cette proposition de loi par les rapporteurs.
00:16:39Un texte qui vise donc à modifier la définition pénale du viol en y intégrant la notion de non consentement.
00:16:46Alors précisons que l'un des éléments majeurs qui permettra d'apprécier l'existence au non du consentement
00:16:52sera constitué des circonstances atténuantes pour éviter par exemple que l'investigation ne se concentre que sur la victime.
00:17:01Je vous présente tout de suite dans la salle de la commission des lois. Vous allez voir, il y a pas mal de débats sur le texte.
00:17:07Madame Sophie Blanc pour 4 minutes pour le Rassemblement national.
00:17:11Je vous remercie Monsieur le Président, Madame la rapporteure, mes chers collègues.
00:17:14Cette proposition de loi a l'ambition de renforcer la répression des violences sexuelles en modifiant la définition même du viol et des agressions sexuelles dans notre code pénal.
00:17:23Mais la méthode choisie est dangereuse et juridiquement contestable.
00:17:27Tout d'abord cette proposition de loi bouleverse un équilibre fondamental du droit pénal français
00:17:32en supprimant la nécessité de caractériser la violence, la contrainte, la menace ou la surprise pour établir un viol ou une agression sexuelle.
00:17:39Elle introduit une véritable insécurité juridique.
00:17:42Le Conseil d'État dans son avis du 6 mars 2025 a rappelé avec force que le principe constitutionnel de l'égalité des délits et des peines impose une appréciation au cas par cas de chaque situation.
00:17:54En créant une définition trop large et imprécise, nous ouvrons la porte à une inflation contentieuse et à des décisions judiciaires aléatoires.
00:18:02Si nous voulons garantir une justice efficace et crédible, nous devons nous attaquer aux véritables problèmes.
00:18:07Nous devons garantir que les auteurs de violences sexuelles, en particulier lorsqu'ils s'en prennent à des mineurs,
00:18:12reçoivent des peines adaptées à la gravité de leurs actes et exécutées jusqu'à leurs termes.
00:18:18Il est inacceptable qu'ils puissent bénéficier de remises de peines automatiques ou d'aménagements systématiques qui nuisent à la protection des victimes.
00:18:25Pourtant, lorsque nous avons proposé l'instauration de peines planchers, la gauche et la majorité présidentielle ont refusé de les voter,
00:18:32alors que les récidives de criminels sexuels sont une réalité insupportable.
00:18:37Nous devons mieux protéger les victimes les plus vulnérables.
00:18:40C'est l'objectif poursuivi par l'amendement déposé par notre groupe qui précise que les infractions sexuelles doivent inclure
00:18:46les actes commis sur une personne dans l'incapacité de donner son consentement.
00:18:51Il paraît en effet utile que la définition du viol et des agressions sexuelles intègrent les apports de la jurisprudence
00:18:57qui prend en compte de longue date les situations où la victime est inconsciente sous l'emprise de substances,
00:19:03en situation de handicap ou de dépendance.
00:19:06Il est essentiel que ces circonstances continuent d'être pleinement reconnues afin d'assurer une répression efficace des crimes sexuels
00:19:12et une protection renforcée des victimes.
00:19:15L'ajout que nous proposons lève toute ambiguïté et garantit que de tels actes seront systématiquement qualifiés comme des infractions sexuelles.
00:19:22Cette précision empêchera que des failles juridiques puissent être exploitées pour minimiser la gravité de ces crimes.
00:19:31En complément, nous devons expulser systématiquement les étrangers condamnés pour viol et agression sexuelle.
00:19:38Là encore, chaque fois que nous avons proposé cette mesure, la gauche et le Bloc central s'y sont opposés et on le voit encore en ce moment.
00:19:49De manière plus large, la lutte contre les violences sexuelles doit s'accompagner d'un renforcement des moyens pour la justice et les forces de l'ordre.
00:19:59Il est incohérent de vouloir modifier le code pénal si en même temps les tribunaux manquent de moyens pour juger rapidement les criminels
00:20:06et si les victimes peinent encore à être accompagnées correctement.
00:20:10Cette proposition de loi repose sur une approche théorique qui peine à prendre en compte la réalité des situations
00:20:18et les enjeux concrets de la lutte contre les violences sexuelles.
00:20:22Elle ne protège ni les victimes ni les innocents et contribue à affaiblir la justice en la rendant imprévisible.
00:20:30Le Rassemblement national appelle donc à rejeter ce texte et à se concentrer sur des mesures réellement efficaces.
00:20:36Une justice ferme contre les criminels sexuels, la fin de l'impunité pour les récidivistes et les étrangers délinquants et une véritable protection des mineurs.
00:20:45La protection des victimes mérite mieux que des bricolages législatifs aussi hasardeux qu'inefficaces.
00:20:51Je vous remercie.
00:20:52Guillaume Gouffier-Valante pour le groupe EPR.
00:20:55Merci Monsieur le Président.
00:20:56Mesdames, les rapporteurs, chers collègues, le sujet que nous allons aborder ce matin en commission,
00:21:00et ce n'est pas la première fois que nous l'abordons, est certainement l'un des plus graves de notre société
00:21:04et des plus sensibles sur le plan de notre droit pénal.
00:21:06Il déclenche des débats sociétaux et juridiques intenses depuis de longues années.
00:21:10Au cœur de nos débats à venir, nous devons garder à l'esprit notre volonté constante de garantir la meilleure protection possible des victimes
00:21:16et la plus grande sanction des auteurs.
00:21:18Nous devons à aucun moment perdre de vue que le sujet que nous abordons questionne notre société
00:21:22dans la profondeur de son intimité, dans ses préjugés, ses stéréotypes sexistes,
00:21:26ses injustices structurelles entre les femmes et les hommes que nous ne pouvons plus accepter,
00:21:30dans ses violences les plus insupportables et destructrices.
00:21:33Ce sujet, c'est celui de la définition d'un crime, c'est celui de la définition pénale du viol.
00:21:38Aujourd'hui en France, toutes les 2 minutes 30, une femme est victime d'un viol ou d'une tentative de viol.
00:21:44Je sais que les débats sur ce sujet sont importants, mais je crois pouvoir avancer le fait que nous partageons toutes et tous,
00:21:49en tout cas je l'espère aujourd'hui, le constat que nous devons tout mettre en œuvre pour renforcer nos outils
00:21:53pour lutter contre le viol, pour beaucoup mieux protéger les victimes et sanctionner les auteurs.
00:21:58Cela passe par plus de moyens, par une meilleure formation des professionnels, certes.
00:22:02Cela passe aussi par la définition du viol.
00:22:05Cette définition a une histoire singulière, elle est le fruit d'un long combat féministe
00:22:09que nous ne devons jamais oublier et dont nous devons transmettre la mémoire.
00:22:13Cela ne doit cependant pas nous empêcher d'avancer et notamment d'apporter des réponses aux défaillances
00:22:18que nous pouvons observer concernant les 3 grandes fonctions de cette définition.
00:22:22Dans sa dimension répressive, c'est-à-dire de sanction des comportements,
00:22:26dans sa dimension protectrice pour la société et les citoyens,
00:22:30dans sa dimension expressive, dans l'idée d'énoncer et d'exprimer les valeurs essentielles d'une société,
00:22:35il y a des défaillances.
00:22:37Mes chers collègues, notre responsabilité est d'avancer sur ce sujet,
00:22:40dans toutes ses dimensions, si nous voulons sortir notre société de la culture du viol
00:22:45dans laquelle nous sommes enfermés depuis toujours.
00:22:47Quelques semaines après le verdict du procès dit de Mazan,
00:22:50qui aura été à bien des égards le procès de cette culture du viol,
00:22:53qui aura eu un impact bien au-delà de nos frontières,
00:22:56nous devons agir, nous devons tout mettre en œuvre pour passer à une culture du consentement.
00:23:02Cela passe par l'introduction de cette notion dans la définition pénale du viol,
00:23:05une notion qui, comme le rappelle la magistrate Gwenola Jolicoz, est au cœur de chaque procès.
00:23:10Je la cite.
00:23:11Il n'y a pas une seule affaire de cour d'assises ou de cour criminelle départementale
00:23:14où l'on ne passe pas des heures à parler du consentement.
00:23:18Nous devons, chers collègues, mettre notre droit en conformité avec ce fait
00:23:21et mettre fin à ce silence.
00:23:24C'est tout le travail qui a été conduit au cours de la dernière année
00:23:27de manière transpartisane et sereine, de manière sérieuse et approfondie,
00:23:30par nos deux co-rapporteurs.
00:23:32Je tiens ici à saluer la très grande qualité de leurs travaux.
00:23:35De ces travaux, vous dégagez cinq grandes orientations qui doivent guider
00:23:40cet approfondissement de la définition, je pense, et que vous citez dans votre rapport.
00:23:44Il nous faut introduire la notion de non-consentement,
00:23:46il nous faut conserver les quatre critères de la définition actuelle,
00:23:49il nous faut apprécier l'absence de consentement au regard des circonstances environnementales,
00:23:53il nous faut préciser le cas où le consentement ne saurait être déduit,
00:23:58il nous faut enfin toujours garantir les grands principes de notre droit,
00:24:02la légalité de la loi, la présomption de l'innocence, la charge de la preuve.
00:24:06Je sais que vous nous apporterez l'ensemble des réponses
00:24:08comme vous l'avez fait durant tous ces travaux.
00:24:10Mesdames les rapporteurs, ces cinq grandes orientations vous ont permis,
00:24:12après un an d'audition, de confrontation d'idées, de rédaction,
00:24:16d'aboutir sur cette proposition de loi que vous nous présentez aujourd'hui.
00:24:20Celle-ci a été saluée par le Conseil d'État qui a proposé plusieurs recommandations
00:24:23pour renforcer la sécurité juridique à travers plusieurs amendements
00:24:26et conformément aux travaux que nous avons menés ensemble lors des auditions,
00:24:29nous proposons d'introduire ces recommandations par voie d'amendement.
00:24:33Nous le savons, chers collègues, des doutes, des débats, des questions demeurent.
00:24:38Comme lors de nos auditions, ils doivent être ici abordés et ce,
00:24:41afin, nous l'espérons, de créer le rassemblement le plus large possible
00:24:45de notre commission autour de ce texte, de cette proposition qui est attendue
00:24:49très grandement par nos concitoyennes et nos concitoyens
00:24:53et qui doit contribuer à construire une société davantage basée sur le respect,
00:24:57l'écoute et le respect de l'autre plutôt que sur la domination et l'assommation.
00:25:01Je vous remercie et le groupe PEER soutiendra ce texte.
00:25:04Madame Cattela pour la France Insoumise.
00:25:06Merci, Monsieur le Président, chers collègues.
00:25:08Lorsque j'aurai terminé cette intervention, une femme aura été agressée
00:25:12car une tentative de viol ou un viol est commis en moyenne
00:25:15toutes les 2 minutes 30 dans notre pays.
00:25:17L'affaire Pélicot nous l'a tristement rappelé.
00:25:19Le viol est un crime de masse.
00:25:21Ces crimes sont-ils connus de la justice, sont-ils poursuivis ?
00:25:25Le préjudice des victimes est-il réparé ?
00:25:27La réponse est trop souvent non.
00:25:29Seuls 15% des 160 000 viols et tentatives de viols commis chaque année
00:25:33sont connus de la chaîne judiciaire et moins de 1% sont condamnés.
00:25:3794% des plaintes pour viol sont classées sans suite.
00:25:40Laisser la justice dysfonctionner ainsi, c'est manquer de reconnaissance aux victimes.
00:25:44C'est leur dire votre viol n'existe pas aux yeux de la société.
00:25:48Il ne sera ni reconnu, ni traité, ni réparé.
00:25:52C'est une situation inacceptable.
00:25:54Une des explications est un manque de notre droit pénal rappelé par les Nations Unies
00:25:58et la CEDH en 2023.
00:26:00La définition du viol hérité de la loi de 1980 repose sur 4 critères matériels
00:26:04mais omet le consentement reconnu pourtant par la jurisprudence depuis le XIXe siècle.
00:26:09C'est cette notion définie de manière féministe comme un accord spécifique,
00:26:12libre, révocable et enthousiaste
00:26:15qui permet de distinguer la sexualité de la violence.
00:26:18Et c'est parce que nous, les insoumis, écoutons les professionnels,
00:26:21les syndicats, les associations, que nous avons été les premiers à proposer
00:26:24d'intégrer la notion de consentement à la définition du viol
00:26:27lors de notre niche parlementaire de novembre 2024.
00:26:30Nous le savons, cela ne suffira pas.
00:26:32La culture du viol est un problème transversal et profondément ancré dans notre société.
00:26:37Le droit pénal n'y mettra pas fin,
00:26:39mais la loi a une vertu pédagogique et fait sa part du travail.
00:26:42Il nous faudra aussi agir sur tous les fronts de la culture patriarcale.
00:26:46Or, les gouvernements successifs empêchent toute évolution significative
00:26:49en se contentant de réformes à coût zéro euro.
00:26:52Pas un seul nouvel euro n'est consacré à la justice, à l'éducation à la sexualité,
00:26:56à l'accompagnement des victimes ou à la lutte contre la récidive des auteurs.
00:27:01La loi de 2001 sur l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle
00:27:04n'est toujours pas appliquée.
00:27:06A peine 15% des élèves suivent ces cours pourtant obligatoires depuis 24 ans.
00:27:10Les associations chiffrent à 2,7 milliards par an le besoin
00:27:13pour lutter efficacement contre les violences sexistes et sexuelles.
00:27:17Nous avons déposé les amendements nécessaires dans le budget pour allouer ces montants,
00:27:20par exemple pour que les femmes soient mieux accueillies en commissariat,
00:27:23que les gendarmes et policiers soient mieux formés,
00:27:25que les recrutements de magistrats soient renforcés.
00:27:28Nombreux ont été adoptés en commission dans notre Assemblée,
00:27:30mais ont ensuite été balayés par le 49.3 de M. Bayrou.
00:27:34Ces limites n'enlèvent rien à la nécessité d'approuver la proposition.
00:27:37D'abord, pour éviter les enquêtes de crédibilité des victimes,
00:27:40cette odieuse pratique qui consiste à évaluer si la victime a crié assez fort,
00:27:44s'est assez débattue et qui oublie les vulnérabilités,
00:27:47l'emprise, la sidération ou l'inconscience,
00:27:49pour en déduire un consentement tacite, profitant à l'accuser.
00:27:52La victime a-t-elle à un moment désiré l'agresseur ?
00:27:55Quelles sont ses pratiques sexuelles ?
00:27:57Combien de partenaires sexuels a-t-elle eu auparavant ?
00:27:59La justice n'a pas à le savoir, pour qualifier un viol.
00:28:02Désormais, la justice sera invitée non pas à se focaliser sur le comportement de la victime,
00:28:06mais sur celui du mis en cause pour déterminer s'il a eu l'intention d'outrepasser le non-consentement
00:28:11et à tâcher de recueillir le consentement de la victime.
00:28:14Autre vertu de cette loi, elle permettra enfin le droit français
00:28:18d'être en conformité avec la Convention d'Istanbul sur les violences sexuelles
00:28:21que la France a ratifiée depuis 2014 et qui prévoit dans son article 36
00:28:26le consentement doit être donné volontairement
00:28:28comme résultat de la volonté libre de la personne
00:28:31considérée dans le contexte des circonstances environnantes.
00:28:34Cette loi sécurisera les avancées de la jurisprudence
00:28:37qui reconnaît de longue date le consentement.
00:28:39Elle apportera une sécurité juridique aux plaignantes
00:28:42pour leur exposer à un flou interprétatif qui ne peut leur être que préjudiciable.
00:28:46Et malgré ce que peuvent déclarer ces contradicteurs,
00:28:49elle ne remet pas en cause la prédention d'innocence
00:28:51et elle permet de conserver la recherche de l'élément moral.
00:28:54Les nouvelles dispositions ne suppriment pas les anciennes
00:28:57et il conviendra toujours de démontrer l'intentionnalité de l'accusé de violer
00:29:00en s'appuyant sur la matérialité des faits.
00:29:03Pour tout cela, nous voterons pour ce texte.
00:29:05Et puisqu'il me reste quelques secondes, j'en profite pour répondre au RN
00:29:08qui a profité de ce débat pour buser encore de ses arguments racistes
00:29:12puisqu'il me semble que dans l'affaire Pélico, dans l'affaire Bétarame,
00:29:14dont vous ne parlez jamais, dans l'affaire Le Squarnec,
00:29:16il ne s'agit pas d'étrangers.
00:29:18De parole de Céline Thiebault-Martinez pour le groupe Socialiste et Apparenté.
00:29:21Monsieur le Président, mesdames les rapporteurs,
00:29:23chers et chers collègues,
00:29:25le drame de cette attitude, c'est que, qu'on le veuille ou non,
00:29:28nous sommes acculées, nous, plaignantes, à devenir accusées,
00:29:31à essayer de vous démontrer que, mais non, nous n'avons pas consenti.
00:29:35Alors, si vous n'avez pas consenti, expliquez-vous là-dessus,
00:29:38sur ce geste, sur ce regard, sur cette attente,
00:29:40sur ce délai que vous avez mis pour déposer plainte.
00:29:43Bref, le procès n'est plus le même,
00:29:45les plaignantes deviennent des accusées
00:29:47et elles doivent prouver qu'elles n'ont pas consenti.
00:29:49Ces mots sont ceux de Gisèle Halimi
00:29:51prononcés à Aix-en-Provence en 1978.
00:29:54Grâce à eux, le viol fut reconnu deux ans plus tard comme un crime.
00:29:57À l'époque, le législateur choisit d'écarter la notion de consentement
00:30:00jugée trop subjective.
00:30:02Il craignait que les débats se concentrent
00:30:04sur le comportement des victimes
00:30:05plutôt que sur l'acte criminel lui-même.
00:30:07Plus de 40 ans plus tard,
00:30:09l'objectif premier de la proposition de loi
00:30:11que nous examinons aujourd'hui
00:30:12est de s'attaquer à ces viols et agressions sexuelles
00:30:15qui sont encore trop nombreux et insuffisamment condamnés.
00:30:18Seuls 14% des faits de viol traités par les forces de l'ordre
00:30:22franchissent la frontière symbolique des commissariats
00:30:24pour aller devant la justice.
00:30:26Le taux de classement sans suite est vertigineux.
00:30:2894% en 2020 pour les viols.
00:30:31Ces chiffres de la honte révèlent un problème structurel
00:30:34de notre système juridique et policier.
00:30:37Pour ces défenseurs et défenseuses,
00:30:39l'introduction du consentement dans la définition pénale du viol
00:30:42permettrait de combler certaines lacunes de notre droit
00:30:44et de mieux appréhender des situations spécifiques
00:30:47comme l'état de sidération de la victime,
00:30:49les viols sous emprise, d'alcool ou de drogue,
00:30:51les agressions durant le sommeil, etc.
00:30:54Ce changement permettrait également d'aligner notre droit
00:30:56avec les exigences de la Convention d'Istanbul
00:30:58que la France a ratifiées en 2014.
00:31:01Sur ces deux points, le Conseil d'État a rappelé
00:31:03que la définition actuelle du viol,
00:31:05telle qu'interprétée par la jurisprudence,
00:31:07satisfaisait déjà ces exigences.
00:31:10Enfin, l'intégration du consentement dans la loi
00:31:12viserait à envoyer un message fort à la société
00:31:15afin d'encourager le développement
00:31:16d'une véritable culture du consentement.
00:31:19Pourtant, et je le dis en tant que féministe
00:31:22engagée depuis de nombreuses années sur cette question,
00:31:24cette réforme soulève de profondes inquiétudes
00:31:26chez les avocats, les magistrats,
00:31:28les associations qui accompagnent les victimes.
00:31:30D'abord parce que la lettre de notre Code pénal
00:31:32se concentre sur la volonté de l'auteur
00:31:35d'imposer une relation sexuelle.
00:31:37Cette PPL réorienterait l'attention des juges
00:31:39et à travers eux, l'attention de la société
00:31:41toute entière sur le comportement de la victime.
00:31:44Cette PPL placerait la victime et l'agresseur
00:31:46sur un même plan, en laissant entendre
00:31:48que c'est l'attitude de la victime
00:31:49et non l'acte du violeur
00:31:50qui permettra la qualification du viol.
00:31:53Enfin, et sur le plan symbolique,
00:31:55cette réforme sèmerait la confusion.
00:31:57Une victime pourrait se convaincre
00:31:59qu'elle a consenti, simplement parce que
00:32:01cette notion est floue et subjective.
00:32:03D'ailleurs, un oui n'est pas toujours un oui.
00:32:06Un consentement extorqué sous la contrainte,
00:32:08la peur ou la sidération
00:32:10ne saurait être assimilé à un accord.
00:32:12Et même si cette PPL précise que le consentement
00:32:14doit être libre et éclairé,
00:32:16certaines situations démontrent que des individus
00:32:18peuvent consentir à des actes inadmissibles.
00:32:20Ce n'est pas pour autant qu'ils doivent être tolérés.
00:32:23Comme nous l'avions souligné
00:32:25lors de la publication du rapport
00:32:26sur l'introduction de cette notion dans notre droit,
00:32:28aucune étude d'impact,
00:32:30aucune expérience internationale
00:32:32ne permet de dire que ce changement
00:32:34garantira la reconnaissance de ce crime de masse
00:32:36dont sont victimes les femmes.
00:32:38Le Conseil d'État le souligne,
00:32:40il n'existe pas d'enseignement clair
00:32:42à tirer des réformes menées
00:32:43dans d'autres pays européens.
00:32:45Même si l'opinion semble souhaiter ce changement,
00:32:48le mouvement féministe est loin d'être unanime
00:32:50et l'on compte dans chaque camp du pour et du contre
00:32:52des organisations dont la légitimité
00:32:54auprès des femmes et des victimes
00:32:56n'est pas à démontrer.
00:32:58L'absence de moyens donnés à la justice
00:33:00est l'éléphant au milieu de la pièce.
00:33:02Et avec les débats relatifs à la PPL,
00:33:04nous espérons toutes et tous pouvoir y apporter
00:33:06des réponses concrètes.
00:33:07Alors la loi pénale peut-elle répondre
00:33:09à une attente forte de l'opinion ?
00:33:11La loi pénale peut-elle changer les valeurs de notre société
00:33:13et reléguer dans les capes de l'histoire
00:33:15la culture de viol ?
00:33:16C'est le pari que vous décidez de prendre avec ce texte.
00:33:18Au regard de toutes ces questions et de ces incertitudes,
00:33:21notre groupe a choisi d'opter pour une liberté de vote
00:33:23afin que chacune et chacun
00:33:25puisse exprimer son intime conviction
00:33:27sur cette réforme.
00:33:28Merci Mme Bonivard pour le groupe droite républicaine.
00:33:37Merci M. le Président.
00:33:39Chers collègues,
00:33:40cette proposition de loi vise à modifier
00:33:42la définition du viol et des agressions sexuelles
00:33:45en droit pénal français.
00:33:47Je ne viendrai pas sur tous les éléments de constat
00:33:49qui ont été développés par les rapporteurs
00:33:51et que nous avons tous en tête.
00:33:53Cette proposition introduit donc explicitement
00:33:55la notion de non-consentement
00:33:57dans ces infractions
00:33:59et précise les critères du consentement
00:34:01libre, spécifique et révocable.
00:34:03Elle vise explicitement
00:34:05à rendre la loi pénale
00:34:07plus expressive.
00:34:09Le viol est un acte sexuel
00:34:11non consenti.
00:34:13C'est une révolution.
00:34:15Ce point est fondamental
00:34:17car il mettra du temps bien sûr
00:34:19à infuser dans notre société.
00:34:21Mais c'est un progrès véritable en matière
00:34:23du respect de l'intégrité physique
00:34:25et psychique des femmes
00:34:27dans l'inconscient collectif et pour l'égalité
00:34:29principe de notre droit fondamental.
00:34:31La proposition de loi vise à répondre
00:34:33aux lacunes actuelles du code pénal
00:34:35qui reposent principalement
00:34:37sur la caractérisation d'éléments
00:34:39entre guillemets matériels du viol
00:34:41qui doivent être caractérisés
00:34:43par la violence, la contrainte, la menace
00:34:45ou la surprise.
00:34:47La loi actuelle, malgré une jurisprudence
00:34:49renforcée qui permet en creux
00:34:51de rechercher à chaque moment de la procédure
00:34:53le consentement
00:34:55qui a abouti également
00:34:57à une certaine extension
00:34:59des notions de contrainte
00:35:01et de menace,
00:35:03elle reste fragile et son application
00:35:05peut différer selon les juridictions.
00:35:07La PPL va
00:35:09permettre de faire positivement
00:35:11ce que la loi actuelle ne parvient
00:35:13pas à faire, c'est-à-dire
00:35:15couvrir au mieux la totalité
00:35:17des cas de viol
00:35:19par exemple effectués avec
00:35:21sidération ou exploitation de la vulnérabilité
00:35:23ou en prise psychologique.
00:35:25En revanche, évidemment,
00:35:27la loi ne va pas permettre, et il faut se le dire,
00:35:29de répondre totalement
00:35:31à la fragilité intrinsèque des
00:35:33jugements pour viol ou agression sexuelle,
00:35:35c'est-à-dire la difficulté
00:35:37en matière d'établir les faits
00:35:39dans le respect de la présomption d'innocence,
00:35:41la difficulté,
00:35:43c'est-à-dire en l'absence
00:35:45dans la majorité des cas
00:35:47d'éléments matériels
00:35:49et pour des situations qui se
00:35:51passent également dans la majorité
00:35:53des cas dans l'intimité à l'abri des regards,
00:35:55on reste évidemment sur la fragilité
00:35:57que sont les procès
00:35:59du parole contre parole.
00:36:01Ne demandons pas à cette
00:36:03loi de faire ce qu'elle ne pourra pas
00:36:05faire à elle seule, ce serait hypocrite.
00:36:07Ce n'est pas une baillette magique.
00:36:09Mais en revanche, elle va permettre
00:36:11de mieux couvrir les cas
00:36:13qui ne le sont pas aujourd'hui,
00:36:15ne serait-ce que tous les cas où la défense
00:36:17indique qu'elle n'a pas dit non,
00:36:19elle n'a rien dit, elle ne s'est pas opposée,
00:36:21je ne pouvais pas savoir. Ces cas sont
00:36:23foisons, ils ne pourront plus être opposés
00:36:25par
00:36:27les agresseurs.
00:36:29Elle déportera
00:36:31sur l'auteur, alors c'est pour ça que je ne suis pas
00:36:33d'accord avec ce qu'a dit l'oratrice
00:36:35précédente, parce que pour moi,
00:36:37elle déportera sur l'auteur présumé
00:36:39une partie des questions qu'il portait initialement
00:36:41sur la victime, c'est-à-dire la manière
00:36:43dont il a recherché le consentement.
00:36:45On va enrichir la capacité
00:36:47des juges à
00:36:49rechercher cela avec des indices
00:36:51devant être cherchés de façon
00:36:53nouvelle. L'inquiétude que nous
00:36:55avions à la droite républicaine portait sur
00:36:57deux points essentiels et intrinsèquement
00:36:59liés. Le Conseil d'Etat nous a plutôt rassurés
00:37:01par ces inquiétudes, c'est-à-dire qu'on passe
00:37:03de la présomption d'innocence à une présomption
00:37:05de culpabilité
00:37:07par le fait que l'auteur présumé
00:37:09n'aurait pas recherché de manière
00:37:11explicite voire contractuelle
00:37:13le consentement de la personne.
00:37:15L'absence de consentement ne doit pas être
00:37:17interprétée comme une présomption de culpabilité
00:37:19pour l'auteur présumé
00:37:21des faits. Le Conseil d'Etat
00:37:23indique qu'il ne s'agira aucunement
00:37:25de demander une quelconque
00:37:27contractualisation, il reviendra toujours
00:37:29à l'accusation d'établir l'élément
00:37:31intentionnel du crime. Le fait
00:37:33que ce soit bien la notion de non-consentement
00:37:35qui soit inscrite dans la définition
00:37:37du viol et non de consentement positif
00:37:39nous protège
00:37:41de cet écueil. La droite
00:37:43républicaine votera pour l'essentiel
00:37:45ce texte, avec les amendements
00:37:47que nous attendons de pouvoir
00:37:49voter ensemble.
00:37:51Merci monsieur le Président,
00:37:53ça a beaucoup été répété, mais
00:37:55que ce soit les questions de soumission
00:37:57chimique ou de procès-mazin,
00:37:59les questions liées au consentement
00:38:01ont beaucoup agité les conversations
00:38:03de l'ensemble des Françaises et des Français
00:38:05et pas que, puisque le procès-mazin
00:38:07est devenu tellement emblématique qu'il est un sujet
00:38:09dans le monde entier. Et la question au cœur
00:38:11de tout ça, ça a été à chaque fois celle du consentement.
00:38:13Comment est-ce qu'on consente ?
00:38:15Comment est-ce qu'on consente ?
00:38:17Comment est-ce qu'on consente ?
00:38:19Comment est-ce qu'on consente ?
00:38:21Comment est-ce qu'on ne consente pas ?
00:38:23Et donc, notre place
00:38:25de législateur,
00:38:27de législatrice, c'est aussi et c'est surtout
00:38:29d'apporter une réponse à cette interrogation,
00:38:31à cette faille baillante dans la société
00:38:33et dans notre droit.
00:38:35Alors oui, c'est pas évident à traduire.
00:38:37C'est vrai, ça a été répété, on a une jurisprudence
00:38:39en la matière. Le problème de la jurisprudence,
00:38:41c'est que suivant l'endroit où vous habitez,
00:38:43elle n'est pas rendue de la même manière.
00:38:45C'est d'ailleurs exactement ce qui nous a
00:38:47conduit, en tout cas une majorité de cet hémicycle,
00:38:49à suivre
00:38:51une partie de la PPL
00:38:53qui était portée à ce moment-là par
00:38:55Aurore Berger pour faire en sorte que
00:38:57certaines jurisprudences
00:38:59puissent être réparties équitablement
00:39:01sur le territoire et servir à faire avancer
00:39:03les droits des femmes.
00:39:05Il me semble que c'est la même question qu'on doit se poser
00:39:07aujourd'hui. Alors je le dis
00:39:09tranquillement aujourd'hui parce que ça a été un long
00:39:11travail pour moi, pour beaucoup d'entre vous
00:39:13et je suppose que
00:39:15d'aboutir sur quelle doit être
00:39:17la bonne position. Comment est-ce qu'on
00:39:19arrive à traduire de façon
00:39:21juste cette notion
00:39:23dans notre droit ? Alors,
00:39:25on sait toutes, je vais parler
00:39:27aux féminins sur ce cas-là, on sait toutes ce que ça
00:39:29veut dire quand on ne consent pas.
00:39:31On en a une conception aiguë,
00:39:33viscérale. On sait exactement
00:39:35ce que ça veut dire quand on n'a pas consenti.
00:39:37C'est plus compliqué
00:39:39d'exprimer ce que c'est le consentement
00:39:41de façon aussi viscérale.
00:39:43Et oui, ça peut se traduire par un oui
00:39:45qui n'en est pas un, par un oui poli,
00:39:47par une sidération.
00:39:49Ça peut se traduire par une attitude qui n'est
00:39:51pas celle qu'on voudrait renvoyer.
00:39:53Mais on sait parfaitement ce que c'est
00:39:55de consentir et de ne pas consentir.
00:39:57La difficulté c'est de trouver les mots justes
00:39:59pour l'inscrire dans le droit et c'est exactement
00:40:01la question qui nous est posée.
00:40:03Comment est-ce qu'on permet à chaque petite fille
00:40:05dès son plus jeune âge d'arriver
00:40:07à dire non, je n'ai pas envie
00:40:09que tu me touches pas à ce moment-là,
00:40:11pas de cette façon-là.
00:40:13Comment est-ce qu'on peut aussi apprendre
00:40:15à tous les petits garçons dès le plus jeune âge
00:40:17à dire qu'ils ont le droit de dire
00:40:19non, toucher mon corps n'est pas un dû.
00:40:21Parce que oui, c'est vrai que
00:40:23les enfants, dès qu'ils sont tout petits,
00:40:25on ne leur demande pas
00:40:27si on veut les embrasser.
00:40:29On ne leur demande pas
00:40:31s'ils acceptent qu'on les étreigne.
00:40:33On ne leur demande pas s'ils acceptent qu'on les porte.
00:40:35On le fait, on s'approprie
00:40:37leur corps et particulièrement les petites filles
00:40:39et donc on leur dit que leur consentement
00:40:41ne compte pas. Le projet de cette loi
00:40:43c'est d'expliquer à toute la société
00:40:45à travers le droit
00:40:47et en dotant d'outils
00:40:49sociétaux
00:40:51que le consentement peut s'exprimer,
00:40:53doit s'exprimer et qu'on en a toutes et tous
00:40:55le droit. Alors je remercie
00:40:57beaucoup les deux rapporteries pour leur
00:40:59long travail d'écoute parce qu'elles ont entendu
00:41:01tous ces questionnements, toutes ces craintes
00:41:03et elles ont travaillé non pas sur la
00:41:05définition du consentement
00:41:07qui était très complexe, mais sur la définition
00:41:09de ce que n'était pas le consentement
00:41:11pour que chacun, chacune
00:41:13puisse se l'approprier, pour que
00:41:15chacun, chacune puisse le traduire dans le
00:41:17droit. C'est un travail difficile.
00:41:19Vous êtes appuyés sur
00:41:21les attaques qui étaient faites
00:41:23à votre projet, ce qui a permis d'y répondre.
00:41:25Vous êtes attaqués sur le
00:41:27droit avant tout et merci
00:41:29d'avoir sollicité le Conseil
00:41:31d'État pour avancer. J'ai entendu que ça
00:41:33fragilisait les victimes,
00:41:35les procédures.
00:41:37Mais la police, la justice
00:41:39aujourd'hui disent dans leur majorité
00:41:41l'inverse. Ça renverse
00:41:43la faute de la preuve. Ça fait combien
00:41:45d'années quand on est féministe qu'il faut
00:41:47que l'on répète en boucle
00:41:49qu'il faut que la honte change de camp.
00:41:51Là on fait changer
00:41:53la honte de camp. On fait changer
00:41:55le devoir de prouver
00:41:57de camp. Oui, c'est à l'agresseur
00:41:59de prouver qu'il n'aura pas
00:42:01eu son consentement.
00:42:03Je conclue là-dessus, pardon.
00:42:05Monsieur le Président, je crois que c'était 5 minutes.
00:42:07J'avais annoncé 2 minutes et nous n'avons
00:42:09jamais... Ah bon ?
00:42:11J'avais annoncé 4 minutes, nous n'avons jamais
00:42:135 minutes. Je conclue
00:42:15en une phrase. Effectivement, ce n'est
00:42:17qu'un outil, il faudra beaucoup de moyens
00:42:19mais ayons au moins cet outil.
00:42:21Erwan Balanant pour le groupe
00:42:23Les Démocrates.
00:42:29Voilà, pardon.
00:42:31Je recommence. Merci
00:42:33Monsieur le Président. L'introduction
00:42:35du consentement ou du non consentement
00:42:37dans la définition des agressions sexuelles
00:42:39est avant tout une question sociétale.
00:42:41Doit-on
00:42:43nécessairement y apporter une réponse
00:42:45dans le code pénal ? C'est tout le sujet
00:42:47de nos débats aujourd'hui.
00:42:49Une majorité de professionnels du droit
00:42:51dont certains auditionnés ainsi qu'une partie
00:42:53des associations féministes, ça a été rappelé,
00:42:55s'accordent à dire que
00:42:57l'ajout de la notion de consentement
00:42:59dans la définition pénale des agressions sexuelles
00:43:01et donc dans la définition pénale
00:43:03du viol ne sera pas un ressort
00:43:05suffisant pour modifier la pratique des
00:43:07juridictions judiciaires.
00:43:09Ces dernières prennent en effet déjà compte
00:43:11du consentement et de son absence
00:43:13dans le traitement des affaires
00:43:15pendantes devant elles.
00:43:17La Cour de cassation dans son contrôle
00:43:19des notions d'agression sexuelle et de viol
00:43:21fait déjà du consentement la
00:43:23pierre angulaire de ces vérifications.
00:43:25Elle traduit ainsi l'absence des
00:43:27quatre notions que sont la violence,
00:43:29la contrainte, la menace et la surprise
00:43:31comme une définition en creux
00:43:33du consentement. Le Conseil d'État
00:43:35dans son avis sur la présente proposition
00:43:37de loi a par ailleurs considéré que
00:43:39la définition actuelle
00:43:41de l'agression sexuelle telle que mise en oeuvre
00:43:43par la jurisprudence satisfait
00:43:45aux exigences de la Convention dite
00:43:47Convention d'Istanbul. Il n'en
00:43:49demeure pas moins, et le groupe
00:43:51démocrate vous rejoint là,
00:43:53mesdames les rapporteurs, que la définition
00:43:55actuelle des agressions sexuelles ne peut être
00:43:57maintenue en l'état actuel et doit
00:43:59instaurer cette notion
00:44:01de consentement ou de
00:44:03non-consentement. Et on
00:44:05ne serait qu'au regard de la fonction
00:44:07expressive de la loi pénale
00:44:09comme ça a été rappelé. Robert
00:44:11Baninter aimait d'ailleurs à rappeler
00:44:13que la loi exprime, par
00:44:15les sanctions qu'elle édicte, le système
00:44:17de valeurs d'une société,
00:44:19c'est la fonction expressive de la loi
00:44:21pénale. Toutefois,
00:44:23je le dis, il faut que nous avancions
00:44:25dans une définition qui soit claire,
00:44:27pédagogique et qui permette de
00:44:29protéger. Or, celle qui
00:44:31nous est proposée ici soulève
00:44:33quelques inquiétudes.
00:44:35Son exhaustivité risque
00:44:37d'être contre-reproductive,
00:44:39en prétendant en défense à des interprétations
00:44:41incontrarios préjudiciables aux victimes.
00:44:43Nous prenons le risque d'avoir
00:44:45des débats portant non plus sur l'élément
00:44:47intentionnel de l'auteur, mais sur
00:44:49le comportement de la victime.
00:44:51C'est déjà trop souvent le cas
00:44:53aujourd'hui. N'aggravons pas cette situation.
00:44:55Si l'on en vient
00:44:57à définir un crime par l'attitude
00:44:59et le comportement de la victime,
00:45:01on prend encore plus de risque
00:45:03de faire son procès en lieu et place
00:45:05de celui du mis en cause.
00:45:07Une définition plus simple
00:45:09de ces infractions nous éviterait de tomber
00:45:11dans cet écueil. Par ailleurs,
00:45:13les termes retenus par le Conseil d'État pour définir
00:45:15le consentement soulèvent des interrogations,
00:45:17notamment les termes spécifiques
00:45:19préalables et révocables au regard
00:45:21de leur manque de précision, ouvrant ainsi
00:45:23la voie à une jurisprudence dissonante
00:45:25et fluctuante. Plus largement,
00:45:27si les termes libres, éclairés,
00:45:29spécifiques, préalables et révocables
00:45:31retenus par le Conseil d'État devaient être
00:45:33maintenus, peut-être pourrions-nous
00:45:35envisager une stature différente
00:45:37et plus claire. Nous
00:45:39devons trouver un équilibre avec
00:45:41un texte qui conserve l'architecture
00:45:43que nous connaissons. Nous devons
00:45:45en effet éviter de faire penser aux victimes
00:45:47qu'avant cela,
00:45:49pardon, les agressions sexuelles
00:45:51n'étaient pas condamnées par les
00:45:53juridictions de jugement ou encore
00:45:55aux auteurs que les actes qui étaient condamnés
00:45:57ne le soient plus par une écriture trop floue
00:45:59ou trop complexe. En tout état
00:46:01de cause, le groupe démocrate
00:46:03vous remercie de mettre sur ce sujet
00:46:05à l'ordre du jour de notre
00:46:07Assemblée. Et nous devons avoir,
00:46:09nous allons devoir avoir des débats
00:46:11sérieux, riches et éclairés
00:46:13pour permettre d'avoir cette définition
00:46:15qui prenne en compte les évolutions
00:46:17de la société, l'évolution de la société
00:46:19nécessaire, mais qui garde la sécurité
00:46:21de la définition que nous
00:46:23avons jusqu'à aujourd'hui.
00:46:25Je vous remercie.
00:46:26Merci. La parole est à Didier Lemaire
00:46:28pour le groupe Horizon et Indépendant.
00:46:35Merci monsieur le Président,
00:46:37mesdames les rapporteurs, mes chers collègues.
00:46:39L'ampleur des violences sexuelles
00:46:41en France est alarmante et
00:46:43inacceptable. Le législateur ne peut
00:46:45rester indifférent face à cette réalité
00:46:47brutale qui fait plus de 270 000
00:46:49victimes par an, en
00:46:51immense majorité des femmes.
00:46:53Le groupe Horizon et Indépendant est profondément
00:46:55préoccupé par l'ampleur de ce fléau
00:46:57qui mine notre société et porte
00:46:59atteinte à la dignité et l'intégrité
00:47:01du corps des victimes.
00:47:03La libération de la parole ces dernières
00:47:05années a permis une prise de conscience
00:47:07collective, mais
00:47:09elle a aussi révélé
00:47:11l'insuffisance de notre système judiciaire face
00:47:13à ces crimes. Le fait que
00:47:15seuls 6% des victimes osent
00:47:17porter plainte est un échec
00:47:19cuisant de notre société. Nous
00:47:21devons agir pour restaurer la confiance
00:47:23des victimes envers nos institutions et
00:47:25leur assurer qu'elles seront entendues et
00:47:27protégées. Le taux
00:47:29effarant de 94% de
00:47:31classement sans suite pour les affaires de viol
00:47:33est une injustice flagrante qui
00:47:35ne peut plus durer. Chaque victime
00:47:37mérite que justice soit rendue,
00:47:39chaque agresseur doit être tenu
00:47:41responsable de ses actes.
00:47:43Je tiens à cet égard à remercier très
00:47:45sincèrement Marie-Charlotte Garin
00:47:47et Véronique Rioton pour leur travail sur
00:47:49cette proposition de loi. Nous l'avions
00:47:51appelée de nouveau lors de l'examen
00:47:53d'une précédente proposition de loi sur
00:47:55le sujet afin d'approfondir un sujet
00:47:57ô combien complexe et grave.
00:47:59Les rapporteurs font œuvre utile en
00:48:01permettant à nouveau à l'Assemblée nationale de se
00:48:03prononcer sur la question de la
00:48:05définition pénale du viol.
00:48:07Le travail qui a été réalisé
00:48:09est un travail sérieux, sans dogme,
00:48:11ni position caricaturale.
00:48:13Il introduit des changements importants
00:48:15certes, mais comme le dit le Conseil
00:48:17d'État dans son avis, cette réforme
00:48:19n'induit aucunement
00:48:21une présomption de culpabilité
00:48:23ou un renversement de la charge de la preuve.
00:48:25C'est une objection importante
00:48:27qui est ici levée. Pour autant,
00:48:29si nous devons de manière générale
00:48:31modifier la loi d'une main tremblante,
00:48:33c'est encore plus vrai pour un sujet aussi
00:48:35grave et lourd de conséquences
00:48:37humaines que la définition pénale du
00:48:39viol. Plus de 50 amendements
00:48:41seront en discussion sur cette proposition
00:48:43de loi. Nous nous en réjouissons
00:48:45car les débats que nous allons avoir
00:48:47permettront, à n'en pas douter,
00:48:49d'aiguiser nos avis, de confronter
00:48:51nos points de vue afin d'aboutir
00:48:53à une solution la plus équilibrée possible.
00:48:55Notre groupe y prendra
00:48:57toute sa part. Je vous remercie.
00:48:59Merci beaucoup. La parole
00:49:01est à Martine Frauger pour le groupe Lyot.
00:49:03Merci Monsieur le Président. Mesdames
00:49:05les rapporteurs, mes chers collègues. Je veux d'abord
00:49:07saluer le travail sérieux et de qualité
00:49:09mené par Véronique Riotton
00:49:11et Marie-Charlotte Guérin.
00:49:13C'est la seconde
00:49:15fois que notre commission a l'opportunité
00:49:17de faire évoluer la définition
00:49:19pénale du viol pour y inclure
00:49:21le consentement. La dernière fois,
00:49:23en novembre dernier, avec le texte de
00:49:25Sarah Legrain, nous n'avons pas saisi
00:49:27cette opportunité.
00:49:29Je ne peux qu'espérer que cette nouvelle
00:49:31initiative est une issue favorable.
00:49:33Il est grand temps que notre Assemblée
00:49:35se saisisse de la
00:49:37question du consentement.
00:49:39Qui peut sincèrement croire ici que notre
00:49:41système pénal défend
00:49:43efficacement les femmes d'agressions sexuelles ?
00:49:45Combien de temps et combien de victimes
00:49:47laisser de côté avant que notre Parlement
00:49:49ne se décide à légiférer ?
00:49:51Alors forcément, votre texte
00:49:53suscite beaucoup de débats. Vos opposants
00:49:55les plus fermes alertent même
00:49:57contre le piège du consentement.
00:49:59Notre droit est pavé de consentement.
00:50:01On doit donner son consentement à
00:50:03chaque étape de notre journée.
00:50:05Le consentement est partout, sauf dans
00:50:07la définition pénale des agressions
00:50:09sexuelles. C'est quand même
00:50:11un peu choquant. Il est temps
00:50:13d'intégrer cette notion dans
00:50:15notre cadre législatif.
00:50:17Le droit ne protège pas efficacement
00:50:19les victimes.
00:50:21Le pénal du viol...
00:50:23Pardon. Les victimes.
00:50:25Voilà.
00:50:27Je suis perdue.
00:50:29Comme en témoigne
00:50:31le taux de 94% du
00:50:33classement sans suite. Votre texte
00:50:35est très attendu. Il permettra de réprimer
00:50:37toutes les atteintes sexuelles non consenties.
00:50:39Cet ajout dans la loi
00:50:41va indéniablement dans le bon sens,
00:50:43mais reste largement perfectible.
00:50:45Notre groupe est favorable à la réécriture
00:50:47suggérée par le Conseil
00:50:49d'État, qui est limpide et précise.
00:50:51Le consentement sera
00:50:53ainsi caractérisé comme libre et éclairé,
00:50:55spécifique, préalable
00:50:57et révocable. Nous espérons que le
00:50:59débat parlementaire permettra d'améliorer
00:51:01le texte. Notre groupe
00:51:03allait aussi sur la nécessité
00:51:05de peser le choix de chaque mot
00:51:07et de suivre l'ensemble des recommandations
00:51:09du Conseil d'État. C'est
00:51:11une nécessité pour assurer la solidité
00:51:13juridique du texte.
00:51:15Je rappelle que par le passé, des
00:51:17définitions inadéquates ont
00:51:19pu avoir des conséquences substantielles
00:51:21pour les victimes. Je pense notamment
00:51:23à la censure du délit d'harcèlement
00:51:25sexuel en 2012 par le Conseil constitutionnel,
00:51:27avec effet immédiat
00:51:29qui a stonné net
00:51:31nombreuses poursuites.
00:51:33Les enjeux ici sont trop élevés pour
00:51:35prendre le risque d'une définition
00:51:37qui ne répondrait pas aux exigences constitutionnelles
00:51:39qui découvrent du principe
00:51:41de l'égalité des délits et des peines.
00:51:43Au-delà de cette réserve,
00:51:45je soutiendrai cette PPL qui permettra
00:51:47de faire en sorte que notre droit soit vecteur
00:51:49de justice pour les femmes.
00:51:51Bien entendu, ce ne pourrait être qu'un
00:51:53premier pas. Seul un changement
00:51:55ne suffira pas
00:51:57à aider les femmes à parler,
00:51:59à éviter des classements sans suite et à
00:52:01obtenir une condamnation ferme.
00:52:03Cette première étape devrait être
00:52:05accompagnée d'un changement plus
00:52:07profond de l'ensemble des pratiques
00:52:09pour que tout le système judiciaire
00:52:11soit enfin du côté des victimes.
00:52:13Je vous remercie.
00:52:15Merci à vous. Je signale
00:52:17qu'à l'issue des interventions...
00:52:19Martine, votre micro, s'il vous plaît.
00:52:21À l'issue des interventions des groupes,
00:52:23j'engagerai immédiatement les interventions
00:52:25individuelles des députés qui le souhaiteront.
00:52:27Donc, pour deux minutes, j'ai déjà un inscrit.
00:52:29Madame Améline Kermédi,
00:52:31pour le groupe GDR.
00:52:35Merci, monsieur
00:52:37le Président. Je tiens
00:52:39avant toute chose, et comme l'ont
00:52:41fait nombre de mes camarades,
00:52:43remercier sincèrement
00:52:45les deux rapporteurs
00:52:47pour leur travail
00:52:49et surtout pour leur méthode.
00:52:51Il est assez rare, même sur des textes
00:52:53transpartisans, qu'on ait cette démarche,
00:52:55cette volonté
00:52:57d'entendre, d'écouter
00:52:59les craintes
00:53:01de chacun et de faire
00:53:03avancer le texte.
00:53:05Voilà.
00:53:07Je pense que c'est assez rare
00:53:09et assez important pour le souligner.
00:53:11On a
00:53:13tous fait remarquer
00:53:15qu'il y avait
00:53:17dans notre système actuel
00:53:19des carences, des lacunes
00:53:21qui sont
00:53:23à ce jour non compensées,
00:53:25incompréhensibles,
00:53:27le peu de plaintes
00:53:29et, lorsqu'elles sont déposées,
00:53:31le peu de procès.
00:53:33Le nombre
00:53:35très important de classements
00:53:37s'ensuite et le fait
00:53:39qu'on ait à ce jour
00:53:41aussi peu de victimes
00:53:43qui restent reconnues en tant que telles
00:53:45et réparées
00:53:47pour ce qu'elles ont subi.
00:53:49Bien évidemment, on s'est tous posé la question
00:53:51pourquoi ces chiffres
00:53:53effarants ?
00:53:55Est-ce que cela tient aux conditions d'accueil ?
00:53:57Est-ce que cela tient au manque
00:53:59de preuves ?
00:54:01Est-ce que nous devons
00:54:03légiférer sur le consentement ?
00:54:05Notre Assemblée l'a déjà fait,
00:54:07je pense notamment lorsque nous avons porté
00:54:09l'âge de majorité sexuelle
00:54:11à 15 ans.
00:54:13Il s'agissait déjà à l'époque
00:54:15de consentement.
00:54:17Est-ce que la loi,
00:54:19la proposition de loi qui nous est présentée
00:54:21ce matin permettra
00:54:23de changer profondément les choses ?
00:54:25Sincèrement,
00:54:27je l'espère,
00:54:29mais nous avons
00:54:31encore quelques doutes.
00:54:33Est-ce que cela permettra plus de condamnations ? Ce n'est pas sûr.
00:54:35On a encore aujourd'hui
00:54:37des défenses du type
00:54:39« elle n'a pas dit non, je ne pouvais pas savoir ».
00:54:41C'est sûr. Est-ce que, pour autant,
00:54:43cela ne donne pas lieu à des condamnations ?
00:54:45On l'a vu avec
00:54:47l'affaire Pélico,
00:54:49tous ceux qui ont osé tenir ce type de défense
00:54:51ont pour autant bien été
00:54:53condamnés.
00:54:55Est-ce que cette loi évitera aux victimes
00:54:57de longs interrogatoires, des questions
00:54:59tout à fait déplacées
00:55:01ou malaisantes sur la recherche
00:55:03du consentement ? Probablement que non.
00:55:05Non, car cela tient à notre système
00:55:07judiciaire, ce système
00:55:09inquisitoire qui est le pendant de la présomption
00:55:11d'innocence et qui nécessite de rechercher
00:55:13si le suspect a obtenu le consentement
00:55:15mais également si la victime
00:55:17avait manifesté son non-consentement.
00:55:19Et je ne pense pas que cette proposition
00:55:21de loi viendra changer quelque chose
00:55:23de ce côté.
00:55:25Il en va de la manifestation de la vérité
00:55:27et de la nécessité pour les
00:55:29juges et jurys de se forger une
00:55:31intime conviction. Est-ce que
00:55:33cette proposition
00:55:35de loi va impliquer une modification
00:55:37profonde de notre droit ?
00:55:39J'ai entendu certains
00:55:41d'entre vous le dire et le penser
00:55:43en disant que ça évitera
00:55:45à l'adversaire
00:55:47que la honte changera de camp
00:55:49et ce sera à l'adversaire de prouver seul
00:55:51que la victime avait consenti.
00:55:53Alors cela voudrait dire que l'on irait vers un
00:55:55renversement de la charge de la preuve
00:55:57et pour en avoir discuté avec
00:55:59les rapporteurs, elles m'ont
00:56:01assuré que cela n'était pas le cas.
00:56:03Mais j'ai entendu certains
00:56:05d'entre vous le dire et le penser
00:56:07haut et fort. Cela signifie que
00:56:09le texte dans sa rédaction actuelle
00:56:11laisse donc subsister un doute.
00:56:13Et s'il laisse subsister un doute, s'il y a encore des
00:56:15interrogations, si nous en sommes encore ce matin
00:56:17à se demander si ce texte va
00:56:19véritablement inverser la charge de la preuve
00:56:21ou s'il s'agira simplement
00:56:23d'écrire noir sur blanc
00:56:25ce que la jurisprudence prévoit déjà,
00:56:27alors c'est que le doute est permis
00:56:29et c'est que nous pouvons
00:56:31encore travailler et débattre sur
00:56:33une rédaction à améliorer.
00:56:35Nous peinons encore à saisir
00:56:37toutes les conséquences de cette proposition
00:56:39de loi et c'est la raison pour
00:56:41laquelle nous
00:56:43pensons qu'il faut encore débattre et améliorer
00:56:45la rédaction actuelle.
00:56:47Madame Sophie Ricot-Vaginet pour le groupe UDR.
00:56:49Merci Monsieur le Président. Mesdames les
00:56:51rapporteurs, chers collègues, nous examinons
00:56:53aujourd'hui un texte qui entend
00:56:55modifier la définition du viol
00:56:57en y inscrivant explicitement
00:56:59la notion de non-consentement.
00:57:01Nous le disons d'emblée,
00:57:03la lutte contre les violences
00:57:05sexuelles mérite tout notre
00:57:07engagement et je crois pouvoir dire
00:57:09que personne ici ne le conteste.
00:57:11Nous devons
00:57:13protéger les victimes avec fermeté
00:57:15mais sans jamais céder sur les fondements
00:57:17de notre justice pénale.
00:57:19Or ce projet de loi dans sa rédaction
00:57:21révisée soulève toujours des inquiétudes
00:57:23majeures et le risque d'un
00:57:25basculement vers une justice
00:57:27de l'intime conviction où la
00:57:29parole seule tiendrait lieu de preuve
00:57:31et où l'accusé serait implicitement
00:57:33présumé coupable.
00:57:35A l'UDR ce n'est pas notre conception
00:57:37de l'état de droit. La première
00:57:39inquiétude qui persiste est évidemment
00:57:41la charge de la preuve. Depuis toujours
00:57:43en France c'est à l'accusation de prouver
00:57:45l'infraction, pas à l'accusé de
00:57:47prouver son innocence. Or en
00:57:49construisant le viol uniquement
00:57:51autour du non-consentement
00:57:53sans exiger de preuves matérielles
00:57:55quoi qu'on en dise, on inverse
00:57:57cette logique. On met
00:57:59l'accusé dans une situation impossible
00:58:01devoir prouver qu'il avait
00:58:03le consentement, comment,
00:58:05avec quoi et par quels moyens.
00:58:07La deuxième inquiétude
00:58:09persistante c'est la présomption
00:58:11d'innocence, cela a été dit.
00:58:13Rappelons que la présomption d'innocence
00:58:15est un principe constitutionnel, elle n'est
00:58:17pas négociable mais dans ce texte
00:58:19on laisse entendre que l'absence de
00:58:21prises claires pourrait suffire
00:58:23à caractériser une infraction.
00:58:25Si le doute ne bénéficie plus à
00:58:27l'accusé, alors ce n'est plus de la
00:58:29justice française, c'est la justice
00:58:31de l'émotion. Et la
00:58:33troisième inquiétude est évidemment
00:58:35la remise en cause du doute
00:58:37raisonnable. La justice pénale
00:58:39ne condamne pas sur des impressions,
00:58:41elle exige des preuves, des faits,
00:58:43des éléments concrets
00:58:45et le doute raisonnable doit toujours
00:58:47profiter à l'accusé, même dans
00:58:49des affaires les plus sensibles.
00:58:51Alors oui, nous devons nommer les choses,
00:58:53oui, nous devons faire avancer le droit
00:58:55mais nous ne pouvons pas sacrifier
00:58:57les piliers de notre justice pour des effets
00:58:59symboliques. Notre responsabilité
00:59:01de législateur, c'est de
00:59:03protéger les victimes, tout en
00:59:05protégeant les libertés, car l'un
00:59:07ne va pas sans l'autre. Et nous
00:59:09notons que la gauche, qui à longueur de temps
00:59:11utilise nos principes fondamentaux
00:59:13à des fins dogmatiques ou politiques,
00:59:15ont une géométrie très
00:59:17variable quand il s'agit de
00:59:19défendre les droits fondamentaux qui dérangent
00:59:21leur militantisme. En l'état,
00:59:23le groupe IDR ne votera pas ce texte
00:59:25au nom du droit, de l'équité et de
00:59:27la justice républicaine.
00:59:29Merci, nous en venons
00:59:31aux expressions individuelles pour deux minutes.
00:59:33Stéphane Mazart, Karine Lebon
00:59:35puis Marie-Noëlle Battistel. Stéphane Mazart.
00:59:37Merci M. le Président. Tout d'abord,
00:59:39je tiens à féliciter
00:59:41nos deux collègues, Véronique Riotton
00:59:43et Marie-Charlotte Garem, pour le travail
00:59:45de fond très sérieux qu'elles ont
00:59:47réalisé. Je souscris à l'impérience
00:59:49nécessitée de trouver les moyens
00:59:51de mieux poursuivre et condamner les auteurs de
00:59:53violences sexuelles, et ceux au regard du nombre
00:59:55trop important de plaintes aujourd'hui
00:59:57encore restés sans suite.
00:59:59Je souscris aussi
01:00:01à l'intérêt d'avoir dans notre droit pénal
01:00:03une définition dite pédagogique
01:00:05des infractions sexuelles
01:00:07et ce, au regard de la culture du
01:00:09viol qui imprime les relations
01:00:11hommes-femmes dans notre société. Par contre,
01:00:13je suis encore dubitatif
01:00:15sur la capacité de votre proposition
01:00:17à répondre au moins au premier
01:00:19de ses objectifs, même si je sais que
01:00:21cette intention est bien la vôtre.
01:00:23Tout d'abord, je tiens à dire que la
01:00:25notion du consentement est déjà présente
01:00:27dans les débats qui existent avec le droit existant,
01:00:29puisque pour parler du viol,
01:00:31lorsqu'on enquête sur les menaces,
01:00:33les violences, la contrainte ou la surprise,
01:00:35cette notion du consentement
01:00:37est déjà questionnée, et c'est d'ailleurs
01:00:39aujourd'hui l'argument de défense principalement
01:00:41évoqué par les personnes mises en cause.
01:00:43Alors, laisser à penser que
01:00:45la nouvelle définition va permettre désormais
01:00:47d'investiguer sur cet élément
01:00:49et que ce sera une avancée
01:00:51pourrait être finalement déceptif.
01:00:53Sauf, et c'est ma première
01:00:55des préoccupations, à faire
01:00:57désormais peser en pratique
01:00:59sur la personne mise en cause
01:01:01la charge de la preuve. Même si je sais
01:01:03que le Conseil d'Etat écarte dans son avis
01:01:05ce risque, je ne suis pas convaincu que
01:01:07le Conseil constitutionnel aura la même
01:01:09appréciation. Et puis,
01:01:11intégrer cette notion dans la discussion
01:01:13c'est définir
01:01:15et établir l'infraction non plus
01:01:17sur la base du seul comportement de l'auteur
01:01:19mais sur celui de la victime
01:01:21et je crains que cette discussion se fasse
01:01:23au final au détriment de la plaignante.
01:01:25Et comment questionner
01:01:27cette notion du consentement ?
01:01:29Quid de la théorie des vices du consentement ?
01:01:31De celle de la capacité
01:01:33à consentir ?
01:01:35De la rétractation ? Du repentir ?
01:01:37Et il est aussi
01:01:39erroné de laisser penser que la référence
01:01:41aux circonstances avironnantes est une avancée
01:01:43car c'est déjà la pratique qui est
01:01:45mise en oeuvre par les enquêteurs
01:01:47et par les juges lorsqu'ils prononcent une condamnation.
01:01:49Merci. La parole est à
01:01:51Karine Lebon.
01:01:53Merci M. le Président. Mesdames les rapporteurs,
01:01:55chers collègues. Disons-le tout de suite,
01:01:57mon positionnement en matière de l'inscription
01:01:59du non-consentement dans la loi a évolué.
01:02:01Engagée depuis plusieurs années
01:02:03au sein de l'Union des femmes réunionnaises, je sais à quel
01:02:05point le combat mené par les femmes
01:02:07qui osent porter plainte pour viol ou agression
01:02:09sexuelle est difficile. La majorité
01:02:11d'entre elles se bat alors contre un conjoint,
01:02:13un ami, un père. L'idée
01:02:15de leur imposer la charge, de prouver
01:02:17leur non-consentement n'était pas
01:02:19acceptable. Le risque de renversement de la charge
01:02:21de la preuve était trop grand. Et puis,
01:02:23vous avez mené de nombreuses auditions.
01:02:25Nous avons longuement échangé.
01:02:27J'ai moi-même fait mes propres
01:02:29recherches et vraiment merci
01:02:31pour tout ça. Merci pour votre
01:02:33communication. Parce que tout ça a permis
01:02:35d'affiner ma position. Mais évidemment
01:02:37que ce texte est utile. A quoi servirions-nous
01:02:39autrement ? A quoi servirait
01:02:41notre travail et celui de nos équipes
01:02:43si la loi n'avait pas vocation à faire changer
01:02:45les mentalités ? Lors des dernières
01:02:47auditions, plusieurs magistrats l'ont affirmé,
01:02:49cette PPL aura, à minima, à moyen
01:02:51ou long terme, une fonction expressive.
01:02:53Elle permettra de dire à la société
01:02:55qu'un non est un non. Un silence
01:02:57est un non. Un état comateux
01:02:59est un non. Une mini-jupe ou un verre
01:03:01de trop n'est pas un oui.
01:03:03Un oui ne s'interprète pas. Il faut
01:03:05en terminer avec les qui-ne-dit-mot-consent.
01:03:07Elle n'a pas vraiment dit non. Je pensais que ça voulait dire
01:03:09oui ou elle n'a rien dit.
01:03:11Certains magistrats voudraient nous faire croire
01:03:13que le sexisme et les clichés n'existent pas
01:03:15au sein de la justice française. Ne soyons
01:03:17pas naïfs et ayons conscience
01:03:19des qualités et des failles de notre
01:03:21justice. Dans certaines cours,
01:03:23il est clair qu'une fois que ce texte
01:03:25sera entré en application,
01:03:27il faudra du temps. Mais n'est-ce pas
01:03:29propre de tous les combats féministes ?
01:03:31Nous y sommes habitués,
01:03:33malheureusement. A La Réunion,
01:03:35on dit « d'ennuyer n'a point bataille ».
01:03:37Ça signifie qu'en disant oui,
01:03:39on s'épargne les discussions
01:03:41et les éventuelles disputes.
01:03:43Désormais, attendre et entendre
01:03:45un oui évitera les conflits
01:03:47mais surtout évitera de briser
01:03:49la vie d'une femme. Je vous remercie.
01:03:51Merci,
01:03:53madame Battistel.
01:03:55Merci beaucoup, monsieur
01:03:57le Président. À ce stade
01:03:59de la discussion générale, je voulais évidemment
01:04:01saluer le travail des rapporteurs,
01:04:03la qualité de leur travail,
01:04:05le partage et la pédagogie
01:04:07dont elles ont fait preuve. Je les
01:04:09remercie pour cette proposition qui porte
01:04:11la voix de milliers de victimes qui doivent
01:04:13être protégées, défendues.
01:04:15Alors si je souhaitais intervenir,
01:04:17c'est que je porte une voix
01:04:19différente qu'en d'autres collègues
01:04:21de mon groupe que celle portée
01:04:23par ma collègue Cécile
01:04:25Thiebault-Martinez à l'instant qui a un regard
01:04:27différent mais que je respecte évidemment
01:04:29sur son avis.
01:04:31Je considère que cette proposition
01:04:33de loi qui rappelle qu'un acte
01:04:35sexuel non consenti
01:04:37constitue une agression sexuelle
01:04:39et définit précisément le
01:04:41consentement, conservant les quatre
01:04:43critères existants,
01:04:45ne venant donc pas fragiliser
01:04:47la jurisprudence actuelle.
01:04:49Elle
01:04:51recentre l'attention sur l'auteur
01:04:53et non sur la victime. Comme on l'entend
01:04:55beaucoup, le consentement est demandé pour
01:04:57de nombreux actes de la vie,
01:04:59innombrables, alors pourquoi ne pas le demander
01:05:01quand il s'agit du corps d'une femme ?
01:05:03En consacrant la notion
01:05:05de consentement dans la loi, on envoie
01:05:07donc un message fort
01:05:09pour déconstruire la culture
01:05:11du viol au sein de la société et passer
01:05:13à la culture du consentement.
01:05:15C'est aussi donner un outil
01:05:17supplémentaire aux juges pour
01:05:19poursuivre plus de cas qui ne peuvent
01:05:21être aujourd'hui. Et donc j'attends
01:05:23beaucoup de ces débats et à titre
01:05:25personnel, comme d'autres dans mon groupe,
01:05:27nous soutenons ce texte.
01:05:29Merci. Sarah Legrain.
01:05:31Merci, monsieur
01:05:33le Président. Juste quelques mots
01:05:35pour vous dire ma satisfaction de voir
01:05:37ces débats reprendre, se poursuivre
01:05:39et j'espère enfin aboutir
01:05:41positivement au sein de cette commission des lois.
01:05:43Je note que depuis le moment
01:05:45où je portais cette
01:05:47si nécessaire, je le pense, inscription
01:05:49du non-consentement dans la définition
01:05:51pénale du viol et de l'agression sexuelle
01:05:53en novembre dernier dans cette commission,
01:05:57mes collègues députés s'en sont saisis.
01:05:59Se sont saisis des débats,
01:06:01se sont saisis des arguments et je vois
01:06:03avec satisfaction la position
01:06:05de certains groupes ou de certains collègues
01:06:07évoluer et je crois que ça va tout à fait dans le
01:06:09bon sens et donc je salue tout le travail
01:06:11argumentaire qui a été fait de
01:06:13toute part en la matière. Évidemment, je salue
01:06:15aussi les associations, les juristes,
01:06:17toutes les organisations qui ont
01:06:19porté cette idée-là.
01:06:21Je voulais quand même noter qu'en revanche,
01:06:23s'il y a un groupe qui ne change pas
01:06:25ou un camp qui ne change pas, c'est celui de l'extrême-droite
01:06:27qui reprend exactement
01:06:29les mêmes
01:06:31arguments complètement contradictoires
01:06:33que la dernière fois. Donc l'extrême-droite qui nous habitue
01:06:35à tenser notre justice
01:06:37pour son laxisme, à vouloir toujours
01:06:39plus de répression,
01:06:41à vouloir des peines planchées comme vous
01:06:43venez de nous le rappeler, là tout d'un coup
01:06:45nous explique qu'au nom de l'individualisation
01:06:47de la justice,
01:06:49qu'au nom
01:06:51de la présomption
01:06:53d'innocence, etc.,
01:06:55il ne faudrait pas faire
01:06:57dans le texte qui au contraire est très
01:06:59bordé et permet en réalité d'éviter
01:07:01que notre justice considère que
01:07:03finalement beaucoup de choses peuvent être condamnables
01:07:05mais que quand il s'agit des violences sexistes
01:07:07et sexuelles, les classements sans suite
01:07:09à la chaîne,
01:07:11les 94% de plaintes
01:07:13pour viols classés sans suite, là ce n'est pas
01:07:15un problème. Voilà, donc je note que vous avez une
01:07:17certaine constance, c'est qu'effectivement
01:07:19la justice, ou ce que vous
01:07:21appelez la justice, ne vous intéresse
01:07:23que si elle sert à réprimer et à
01:07:25réprimer notamment, tout particulièrement
01:07:27les étrangers, puisque vous nous avez expliqué tout à l'heure,
01:07:29vous avez voulu faire ce lien entre les
01:07:31violences sexuelles et les étrangers. Donc j'aimerais vous
01:07:33rappeler qu'à ma connaissance, M. Pellicot
01:07:35et les violeurs qui l'accompagnaient
01:07:37n'étaient pas étrangers et que
01:07:39l'affaire Bétarame ne présente pas beaucoup d'étrangers
01:07:41et que vous n'avez pas beaucoup de propos
01:07:43en la matière. Merci, donc
01:07:45je donne la parole.
01:07:47Mes chers collègues, nous allons
01:07:49écouter les rapporteurs
01:07:51s'exprimer.
01:07:53Mesdames les rapporteurs, je vous
01:07:55laisse répondre aux différentes
01:07:57questions, interpellations. Mes chers collègues,
01:07:59s'il vous plaît, mesdames
01:08:01les rapporteurs, prendre la parole lorsqu'il y aura
01:08:03le silence dans cette commission.
01:08:07Peut-on y arriver ? Est-ce possible ?
01:08:09Mes chers collègues,
01:08:11Mme Rouleau,
01:08:13je vous entends, Mme Rouleau.
01:08:15Mesdames
01:08:17les rapporteurs, je vous laisse répondre
01:08:19à l'ensemble de ces interpellations, aux questionnements.
01:08:21S'il vous plaît.
01:08:29Merci, chers collègues. Alors peut-être
01:08:31dans un premier temps, vous
01:08:33nous avez beaucoup remerciés
01:08:35et vous remerciez de la qualité de
01:08:37vos interventions et de vos questions
01:08:39qui montrent bien
01:08:41l'étendue des questions qui
01:08:43sont sur ce
01:08:45sujet-là et vous dire
01:08:47que nous avons été traversés
01:08:49par, je crois, l'intégralité des
01:08:51questions que vous avez posées et
01:08:53c'est bien la raison pour laquelle ce travail
01:08:55a été long, technique,
01:08:57sociétal et que nous avons souhaité
01:08:59saisir l'avis du Conseil d'État.
01:09:01M. Guillaume Gouffier-Vallandre
01:09:03peut-être dire qu'en résumé,
01:09:05dans votre intervention,
01:09:07c'est bien notre volonté
01:09:09de passer de cette culture du viol
01:09:11à la culture du consentement
01:09:13pour résumer peut-être
01:09:15vos indications
01:09:17et dire que le fait
01:09:19d'aller prendre strictement
01:09:21l'ensemble des
01:09:23recommandations du Conseil d'État
01:09:25pour solidifier cette écriture
01:09:27a été un
01:09:29élément important pour nous.
01:09:31Mme Katala,
01:09:33vous indiquez la vertu pédagogique.
01:09:35C'est évidemment
01:09:37l'angle que nous
01:09:39reprenons pour que
01:09:41cette loi
01:09:43dans sa fonction
01:09:45répressive, protectrice,
01:09:47expressive, puisse être maintenant
01:09:49alignée avec cette proposition
01:09:51et on le verra tout au long peut-être
01:09:53de la réponse à vos questions
01:09:55et aux amendements,
01:09:57procède d'une méthode
01:09:59et nous avons vocation
01:10:01à travers cette nouvelle rédaction
01:10:03à donner de nouveaux outils
01:10:05aux juges pour conduire
01:10:07les enquêtes et évidemment
01:10:09aller
01:10:11regarder du point de vue de l'auteur
01:10:13comment il s'est assuré
01:10:15du consentement
01:10:17de la plaignante. Et puis vous parlez
01:10:19des moyens, nous corrobons ça
01:10:21évidemment puisqu'on va
01:10:23être dans un changement de fonctionnement
01:10:25de la méthode. Les moyens
01:10:27pour les magistrats, pour les forces de l'ordre
01:10:29vont être importants
01:10:31concernant leur formation.
01:10:33En ce qui concerne
01:10:35Mme Thiebault-Martinez, vous avez cité
01:10:37Gisèle Halimi, évidemment
01:10:39que nous respectons ce
01:10:41temps-là. La définition
01:10:43date de 80 et
01:10:45nous voyons bien 45
01:10:47ans plus tard que les mots de
01:10:49Gisèle Halimi sont encore
01:10:51d'une actualité terrifiante.
01:10:53A savoir
01:10:55le fait que le questionnement est
01:10:57évidemment aujourd'hui
01:10:59sur la victime et tout l'enjeu
01:11:01de notre définition
01:11:03vise à regarder
01:11:05la façon dont l'auteur
01:11:07s'est assuré de ce consentement.
01:11:09La jurisprudence, le Conseil
01:11:11d'Etat l'indique, vous avez raison
01:11:13et bien c'est la raison
01:11:15pour laquelle on peut dire aussi que
01:11:17si l'intégralité de la
01:11:19jurisprudence était la même partout
01:11:21et avec la même
01:11:23largesse dans toute
01:11:25sa capacité, la loi
01:11:27ferait sa dimension expressive.
01:11:29Or les chiffres d'impunité
01:11:31qu'on a aujourd'hui démontrent bien
01:11:33que cette jurisprudence
01:11:35n'est pas suffisante.
01:11:37Enfin vous parlez de
01:11:39la dimension internationale.
01:11:41Pour nous évidemment
01:11:43nous n'avons pas
01:11:45le même regard puisque
01:11:47à la fois le GREVIO et
01:11:49la CNDH
01:11:51nous enjoignent d'intégrer cette notion
01:11:53du consentement et c'est là-dessus
01:11:55qu'on va
01:11:57s'appuyer.
01:11:59Vous demandiez quelques éléments.
01:12:01La Suède
01:12:03donne évidemment
01:12:05des résultats à plus de
01:12:0775% de condamnations
01:12:09depuis cette introduction
01:12:11de consentement.
01:12:13C'est bien un des éléments
01:12:15qui est important pour nous.
01:12:17Madame Bonivard,
01:12:19vous avez appuyé effectivement
01:12:21notre souhait et le vôtre
01:12:23d'intégrer l'ensemble des préconisations
01:12:25du Conseil d'État. C'est ce que nous ferons.
01:12:27Et non, il n'y a
01:12:29pas de présomption,
01:12:31pas de passage à la présomption
01:12:33d'innocence à culpabilité.
01:12:35La matérialité
01:12:37de la preuve par la
01:12:39démonstration des quatre éléments
01:12:41coercitifs, à savoir violences contraintes ou menaces,
01:12:43reste bien présent
01:12:45et c'était évidemment
01:12:47une des choses importantes pour nous.
01:12:49Monsieur Erwann Balanant,
01:12:53vous indiquez
01:12:55la nécessité de la dimension
01:12:57pédagogique de la loi
01:12:59et de protéger les victimes.
01:13:01C'est ce qui nous a conduits tout au long
01:13:03de notre recherche et donc
01:13:05d'amener finalement une méthode
01:13:07d'enquête différente
01:13:09et vous
01:13:11nous enjoignez d'avoir une définition
01:13:13claire. C'est ce que nous avons fait
01:13:15en ne choisissant pas de
01:13:17définir le consentement
01:13:19par une liste.
01:13:21Ce n'est pas l'option que nous avons prise.
01:13:23Nous avons fait le choix d'intégrer le
01:13:25non-consentement
01:13:27et ensuite nous disons
01:13:29que le consentement doit être précisé
01:13:31dans ses caractères et dans la
01:13:33manière dont il doit être apprécié.
01:13:35Vous citez la dimension
01:13:37spécifique. Le Conseil
01:13:39d'Etat le dit tout à fait
01:13:41clairement dans les trois
01:13:43dimensions du
01:13:45mot spécifique. Je relis
01:13:47la dimension du Conseil d'Etat.
01:13:49Trois dimensions.
01:13:51Comme indiqué plus haut, il rappelle
01:13:53l'autonomie du consentement
01:13:55pénal. Il appelle
01:13:57enfin une
01:13:59nécessaire adéquation du consentement
01:14:01aux circonstances de temps et de lieu
01:14:03et la définition des
01:14:05actes sur lesquels il porte, donc
01:14:07la nature même de l'acte et donc
01:14:09considère la dimension spécifique
01:14:11dans ces trois
01:14:13dimensions-là.
01:14:15Et puis peut-être
01:14:17quelques mots, monsieur
01:14:21Mazar
01:14:23sur le fait que
01:14:25on est déjà dans cette
01:14:27pratique. C'est ma même réponse
01:14:29sur la jurisprudence. Oui, on est
01:14:31dans cette pratique d'aller
01:14:33questionner le consentement. Ici,
01:14:35dans sa fonction
01:14:37interprétative, nous donnons
01:14:39des outils au juge.
01:14:41Enfin, madame Sophie Ricourt
01:14:43Wagnay, je ne
01:14:45peux pas vous laisser dire
01:14:47des contre-vérités.
01:14:49Les deux affirmations
01:14:51que vous donnez, ce sont les deux
01:14:53affirmations que nous avons combattues.
01:14:55Évidemment que le viol
01:14:57ne sera demain pas caractérisé
01:14:59autour de l'unique notion
01:15:01du non-consentement, mais on reste
01:15:03bien sur la solidité de la matérialité
01:15:05des faits et de l'intentionnalité
01:15:07de l'auteur. Nous allons
01:15:09donner les outils
01:15:11à l'enquêteur
01:15:13d'aller vérifier
01:15:15la façon dont l'auteur
01:15:17s'est assuré
01:15:19du consentement.
01:15:21Voilà peut-être déjà.
01:15:23Marie-Charlotte, je te laisse compléter.
01:15:25Merci à tous et toutes
01:15:27pour vos questions. Je vais essayer
01:15:29de ne pas faire de redites avec
01:15:31ce qui a déjà été dit par ma corrapporteure.
01:15:33Peut-être pour répondre à
01:15:35madame Blanc sur l'insécurité juridique
01:15:37et sur la méthode de cette proposition de loi.
01:15:39Vous citez le Conseil d'Etat
01:15:41en avançant cet argument, mais c'est tout l'inverse
01:15:43que dit le Conseil d'Etat. Au contraire, le Conseil d'Etat
01:15:45vient nous conforter dans
01:15:47la sécurité juridique de cette proposition
01:15:49de loi et c'est pour ça que nous faisons des modifications
01:15:51à la rédaction pour vraiment
01:15:53asseoir la solidité de ce texte.
01:15:55Vous parlez d'une proposition de loi qui
01:15:57resterait au stade théorique.
01:15:59Je ne crois pas qu'en 14 mois de travaux
01:16:01et avec une centaine de personnes auditionnées,
01:16:03des praticiens du droit, des victimes,
01:16:05des personnes qui prennent en charge
01:16:07les victimes aussi, les forces
01:16:09de police, je ne pense pas qu'on peut parler de la
01:16:11théorie. Je crois qu'on peut largement
01:16:13dire que nous sommes passés à la pratique dans nos
01:16:15travaux et c'est justement
01:16:17parce que nous légiférons en ayant en tête
01:16:19les personnes les plus vulnérables que nous sommes particulièrement
01:16:21prudentes et que nous avons pris le temps.
01:16:23Remerciez peut-être
01:16:25monsieur Gouffier-Valante pour son soutien
01:16:27et puis son soutien assidu
01:16:29et je connais son engagement personnel
01:16:31sur le sujet. Madame Katala,
01:16:33évidemment nous vous rejoignons sur la question des moyens.
01:16:35C'est écrit dans notre rapport
01:16:37et nous le répétons et nous le répéterons
01:16:39et nous serons à côté bien entendu des associations
01:16:41pour faire ce plaidoyer-là pour qu'il y ait plus de moyens,
01:16:43plus de formations et
01:16:45un soutien aussi aux associations qui sont
01:16:47en charge de la prévention
01:16:49des violences sexistes et sexuelles.
01:16:51Madame Thiebault-Martinez,
01:16:53en réalité ça a été dit par ma collègue
01:16:55effectivement Véronique Riotton,
01:16:57les victimes elles sont au cœur des audiences
01:16:59malgré une définition
01:17:01qui avait la volonté de
01:17:03vraiment pointer du doigt les stratégies de l'agresseur
01:17:05et peut-être rappeler que déjà dans les
01:17:07débats de 80, on disait
01:17:09et c'est écrit dans les débats, le viol
01:17:11c'est avant tout le viol du consentement.
01:17:13Et je crois que c'est finalement dans cette
01:17:15lignée-là que nous nous inscrivons avec cette proposition de loi.
01:17:17Vous soulignez les inquiétudes des acteurs,
01:17:19il y en a, mais il y a aussi
01:17:21des attentes qui sont immenses de la part des acteurs
01:17:23et là où vous parlez de confusion, nous
01:17:25on a beaucoup entendu cet appel à la
01:17:27clarification de la loi pénale
01:17:29sur la question du consentement
01:17:31et je tiens à vous rassurer, on est tout à fait d'accord
01:17:33avec vous lorsque vous pointez du doigt que
01:17:35un oui n'est pas toujours un oui, c'est exactement
01:17:37ce que nous précisons dans cette
01:17:39proposition de loi puisque nous voulons que
01:17:41le défaut de consentement soit
01:17:43apprécié et un oui, effectivement
01:17:45il peut être le fruit d'une vulnérabilité
01:17:47particulière et c'est pour ça que nous
01:17:49et ça, ça répond à d'autres collègues qui ont
01:17:51posé ce sujet aussi, c'est pour ça que nous n'avons pas
01:17:53mis dans la loi simplement
01:17:55ajouter non consenti. Nous sommes venus
01:17:57préciser le défaut de consentement pour
01:17:59pouvoir protéger les victimes et
01:18:01aller contre cette idée qu'un oui est un oui
01:18:03ça n'est pas vrai. Il y a
01:18:05effectivement, je crois qu'en réforme de
01:18:07droit pénal, il n'y a pas forcément
01:18:09enfin il n'y a jamais de consensus parfait
01:18:11aujourd'hui il y a quand même beaucoup d'associations, je pense
01:18:13au planning familial, à la FNSF, à la
01:18:15FNCIDFF qui soutiennent ce texte
01:18:17de loi et moi j'avoue que j'ai du mal
01:18:19à dire qu'on peut se satisfaire de la définition
01:18:21actuelle parce que pour moi ça reviendrait
01:18:23à dire aux victimes d'aujourd'hui
01:18:25qui ne sont pas suffisamment bien couvertes par la
01:18:27jurisprudence actuelle qu'elles doivent attendre la jurisprudence
01:18:29de demain et pour moi
01:18:31c'est inacceptable en fait de se dire qu'on
01:18:33accepte de mettre de côté tout un tas de victimes
01:18:35qui ne sont pas couvertes par l'application actuelle du
01:18:37droit tout simplement parce que la
01:18:39jurisprudence n'est pas harmonisée et qu'il y a une
01:18:41inégalité des victimes sur l'ensemble
01:18:43du territoire face à la loi
01:18:45aujourd'hui. Madame Bonibar, peut-être
01:18:47vous remercier pour votre travail, vous avez été
01:18:49présente aux auditions et je crois que ça a
01:18:51aussi permis de construire
01:18:53votre avis et ça a fait le fruit d'échanges
01:18:55entre nous. Merci de souligner qu'effectivement
01:18:57nous l'avons toujours dit, c'est pas une baguette magique cette loi
01:18:59et que c'est une première pierre qu'on lance
01:19:01dans le mur de l'impunité et
01:19:03peut-être revenir sur un élément sur le parole contre parole
01:19:05en réalité
01:19:07lors de nos auditions, la plupart
01:19:09des professionnels nous indiquent que le parole contre parole
01:19:11c'est très rare si on a les moyens de mener
01:19:13une enquête correctement et aussi
01:19:15peut-être de dézoomer
01:19:17vraiment le simple violence, contrainte,
01:19:19menace ou surprise et c'est ce que cette proposition-là
01:19:21nous permet de faire. Elle nous permet en fait
01:19:23d'élargir l'objet de la preuve et donc
01:19:25de sortir du parole contre parole parce qu'en réalité
01:19:27l'absence de consentement, on va pouvoir
01:19:29la caractériser par d'autres éléments
01:19:31parce que souvent, effectivement, le viol
01:19:33est le fruit d'une stratégie et donc il y aura d'autres éléments
01:19:35qu'on va pouvoir permettre de verser
01:19:37au dossier pour caractériser l'infraction.
01:19:39Merci à Madame
01:19:41Régole d'avoir mis en
01:19:43exergue la complexité du consentement
01:19:45et aussi l'aspect éducatif et préventif
01:19:47que revêt cette proposition de loi
01:19:49évidemment c'est qu'un aspect parmi les autres que nous portons
01:19:51et rappelez aussi que ça a
01:19:53une incidence majeure pour les générations à venir
01:19:55et la protection des enfants notamment
01:19:57et rappelons-le, un enfant est victime
01:19:59toutes les 3 minutes de viol, d'agression sexuelle
01:20:01ou d'inceste et c'est aussi
01:20:03à eux que nous pensons quand nous voulons passer
01:20:05de la culture du viol à la culture du consentement.
01:20:07Monsieur Balanant
01:20:09très rapidement, vous vous interrogez
01:20:11sur la nécessité de toucher
01:20:13à ce qui pourrait relever d'un sujet
01:20:15sociétal. En réalité, le code pénal
01:20:17évolue avec la société et il est
01:20:19le reflet des valeurs que nous voulons protéger
01:20:21et il y a un besoin, en tout cas
01:20:23sur ce point-là, je crois, de nous mettre à jour
01:20:25sur les valeurs que nous voulons protéger.
01:20:27Je terminerai enfin
01:20:29avec monsieur
01:20:31Le Maire. Merci d'avoir parlé d'un échec
01:20:33sociétal. Je crois que c'est un échec sociétal
01:20:35l'ampleur de l'impunité sur la question
01:20:37des agressions sexuelles et particulièrement du viol
01:20:39et nous avons rédigé d'une main tremblante
01:20:41vous mentionnez la cinquantaine d'amendements
01:20:43il y en a une partie qui sont des amendements identiques
01:20:45comme vous avez pu le constater
01:20:47et qui portent sur l'adoption
01:20:49des recommandations du Conseil d'Etat
01:20:51d'un point de vue rédactionnel
01:20:53et je crois que ça montre à quel point cet avis
01:20:55permet de solidifier notre proposition de loi
01:20:57et il a été décisif aussi pour nourrir nos débats
01:20:59et rassurer certains des collègues
01:21:01ici présents et j'espère que
01:21:03nous aurons des débats nourris
01:21:05et qu'ils pourront être acceptés.
01:21:07Madame Froger, merci pour votre position
01:21:09constante sur le sujet
01:21:11ces derniers temps et merci de rappeler
01:21:13que le consentement est partout
01:21:15et qu'en réalité quand on parle de consentement sexuel
01:21:17tout de suite ça devient un gros mot mais qu'on le mobilise
01:21:19au quotidien et qu'au final c'est simplement
01:21:21une question de respect mutuel et de communication
01:21:23et je terminerai enfin
01:21:25en remerciant Madame Lebon
01:21:27que vous rappelez que
01:21:29de rappeler la nécessité de cette loi
01:21:31mais aussi de rappeler que nous sommes traversés
01:21:33par des biais sexistes et que l'institution
01:21:35judiciaire ne vit pas
01:21:37à part de la société, elle prend
01:21:39pleinement part dans la société
01:21:41et l'avis du Conseil d'Etat le rappelle
01:21:43que si cette loi est d'ordre
01:21:45interprétatif, en tous les cas
01:21:47elle va avoir un impact sur toute la chaîne
01:21:49judiciaire et je crois que ça va être là
01:21:51sa force aussi que la chaîne judiciaire
01:21:53passe collectivement à la culture du consentement
01:21:55je vous remercie.
01:21:57Voilà donc pour cet extrait de séance en commission
01:21:59des lois qui a donc
01:22:01voté après examen la proposition
01:22:03de loi pour modifier la définition pénale
01:22:05du viol en y intégrant
01:22:07la notion de non consentement
01:22:09alors la proposition de loi sera
01:22:11examinée très bientôt dans l'hémicycle
01:22:13et LCP sera bien sûr
01:22:15au rendez-vous pour vous faire suivre les débats
01:22:17à bientôt sur notre chaîne

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