GRAND DÉBAT / Violences scolaires : le « MeToo » de l'enseignement catholique
« Le récap » par Bruno Donnet
Depuis que « Mediapart » a enquêté sur la possible connaissance qu'aurait eue le Premier ministre, François Bayrou, des violences commises au sein de l'établissement catholique de Bétharram, les plaintes se multiplient. Bien que la plupart soient aujourd'hui prescrites, 180 plaintes avaient été enregistrées concernant cet établissement à la date du 20 mars 2025. D'autres victimes d'établissements privés catholiques sortent du silence : des institutions comme Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine, la communauté traditionnaliste du Village d'enfants de Riaumont (Nord), ou encore Notre-Dame de Garaison (Hautes-Pyrénées) sont également mises en cause. En 2021, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) avait publié un rapport accablant sur les violences sexuelles perpétrées au sein de l'Église en France depuis 1950. Elle estimait à environ 330 000 le nombre de mineurs agressés sexuellement par des clercs, des religieux ou des laïcs en mission d'Église. Cette libération de la parole conduira-t-elle à la fermeture de certains établissements catholiques en France ?
Invités :
- Ixchel Delaporte, journaliste d'investigation, autrice du livre « Les enfants martyrs de Riaumont » (éditions du Rouergue),
- Arnaud Gallais, co-fondateur de l'association « Mouv'Enfants »,
- David Perrotin, journaliste à « Mediapart »,
- Violette Spillebout, députée « Ensemble Pour la République » du Nord.
INTERVIEW FRANC-PARLER / André Chassaigne : l'adieu aux bancs de l'Assemblée
Après 23 ans passés sur les bancs de l'Assemblée, le député communiste du Puy-de-Dôme, André Chassaigne a décidé de tirer sa révérence. Il quitte le Palais Bourbon pour se consacrer à sa mission d'adjoint au maire de Saint-Amant-Roche-Savine. Lors de sa dernière question au gouvernement posée le mardi 25 mars 2025, André Chassaigne a été chaleureusement applaudi par ses collègues et salué par Yaël Braun-Pivet. Il avait lui-même failli prendre sa place après la dissolution de l'Assemblée en 2024, manquant par 13 voix de devenir Président de l'Assemblée nationale. Son engagement, ses saillies et son amour pour la ruralité resteront dans les annales de l'Hémicycle. Pourquoi André Chassaigne a-t-il marqué l'Histoire de l'Assemblée nationale ?
Grand invité : André Chassaigne, Président du groupe « Gauche Démocrate et Républicaine », député du Puy-de-Dôme
LA QUESTION QUI FÂCHE / Jordan Bardella en Israël : le voyage de la dédiabolisation ?
Invités :
- Nicolas Massol, journaliste politique à « Libération »,
- Jonathan Hayoun, réalisateur et essayiste.
Ça vous regarde, votre rendez-vous quotidien qui prend le pouls de la société : un débat, animé par Myriam Encaoua, en prise directe avec l'actualité politique, parlementaire, sociale ou économique.
Un carrefour d'opinions où ministres, députés, élus locaux, experts et personnalités de la société civile font
« Le récap » par Bruno Donnet
Depuis que « Mediapart » a enquêté sur la possible connaissance qu'aurait eue le Premier ministre, François Bayrou, des violences commises au sein de l'établissement catholique de Bétharram, les plaintes se multiplient. Bien que la plupart soient aujourd'hui prescrites, 180 plaintes avaient été enregistrées concernant cet établissement à la date du 20 mars 2025. D'autres victimes d'établissements privés catholiques sortent du silence : des institutions comme Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine, la communauté traditionnaliste du Village d'enfants de Riaumont (Nord), ou encore Notre-Dame de Garaison (Hautes-Pyrénées) sont également mises en cause. En 2021, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) avait publié un rapport accablant sur les violences sexuelles perpétrées au sein de l'Église en France depuis 1950. Elle estimait à environ 330 000 le nombre de mineurs agressés sexuellement par des clercs, des religieux ou des laïcs en mission d'Église. Cette libération de la parole conduira-t-elle à la fermeture de certains établissements catholiques en France ?
Invités :
- Ixchel Delaporte, journaliste d'investigation, autrice du livre « Les enfants martyrs de Riaumont » (éditions du Rouergue),
- Arnaud Gallais, co-fondateur de l'association « Mouv'Enfants »,
- David Perrotin, journaliste à « Mediapart »,
- Violette Spillebout, députée « Ensemble Pour la République » du Nord.
INTERVIEW FRANC-PARLER / André Chassaigne : l'adieu aux bancs de l'Assemblée
Après 23 ans passés sur les bancs de l'Assemblée, le député communiste du Puy-de-Dôme, André Chassaigne a décidé de tirer sa révérence. Il quitte le Palais Bourbon pour se consacrer à sa mission d'adjoint au maire de Saint-Amant-Roche-Savine. Lors de sa dernière question au gouvernement posée le mardi 25 mars 2025, André Chassaigne a été chaleureusement applaudi par ses collègues et salué par Yaël Braun-Pivet. Il avait lui-même failli prendre sa place après la dissolution de l'Assemblée en 2024, manquant par 13 voix de devenir Président de l'Assemblée nationale. Son engagement, ses saillies et son amour pour la ruralité resteront dans les annales de l'Hémicycle. Pourquoi André Chassaigne a-t-il marqué l'Histoire de l'Assemblée nationale ?
Grand invité : André Chassaigne, Président du groupe « Gauche Démocrate et Républicaine », député du Puy-de-Dôme
LA QUESTION QUI FÂCHE / Jordan Bardella en Israël : le voyage de la dédiabolisation ?
Invités :
- Nicolas Massol, journaliste politique à « Libération »,
- Jonathan Hayoun, réalisateur et essayiste.
Ça vous regarde, votre rendez-vous quotidien qui prend le pouls de la société : un débat, animé par Myriam Encaoua, en prise directe avec l'actualité politique, parlementaire, sociale ou économique.
Un carrefour d'opinions où ministres, députés, élus locaux, experts et personnalités de la société civile font
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NewsTranscription
00:00Générique
00:05Bonsoir et bienvenue, ravie de vous retrouver dans Ça vous regarde.
00:10Ce soir, jusqu'où ira le MeToo dans l'enseignement catholique ?
00:15L'onde de choc est immense. Dans le siège de l'affaire Betaram, le mur du silence se brise
00:20et la parole des victimes se libère un peu partout en France.
00:23Il y avait de nouvelles auditions cet après-midi devant la commission d'enquête
00:27avec notamment la lanceuse d'alerte. Alors, y aura-t-il un avant et un après ?
00:31Faudra-t-il légiférer ? Nous en débattons dans un instant sur ce plateau avec mes invités.
00:37C'est l'une des voix fortes et engagée à l'Assemblée et elle tire sa révérence.
00:4223 ans députée, 22 ans président de groupe, sa dernière victoire sur le fil face au RN
00:50est restée comme une blessure. Nous en parlerons avec le communiste André Chassaigne
00:54dans Franc Parler tout à l'heure. Enfin, la question qui fâche, Jordan Bardella en Israël,
00:59étape ultime de la dédiabolisation du RN. Ce voyage est une première rupture historique
01:05ou instrumentalisation qui est recroisée avec nos chroniqueurs.
01:09A la fin de cette émission, voilà pour le sommaire. Installez-vous, ça vous regarde.
01:12Top générique.
01:25On connaissait la pédocriminalité dans l'Église, on découvre celle de l'enseignement catholique.
01:30Qui aurait pu imaginer que la ferbée Taram soit l'arbre qui cache la forêt ?
01:34Garezon, Riomont, Saint-Dominique de Neuilly, le bon pasteur d'Angers,
01:39la commission d'enquête sur les violences en milieu scolaire a provoqué une déflagration.
01:44Alors, à quoi assiste-t-on précisément et comment accompagner ce mouvement de libération de la parole
01:49et puis quelles sont les chaînes de responsabilité ?
01:52Bonsoir, Violette Spilbou.
01:54Bonsoir.
01:55Merci d'être là. Vous êtes la co-rapporteure de cette commission d'enquête sur le contrôle de l'État
01:59et la prévention des violences dans tous les établissements scolaires.
02:03Députée Ensemble pour la République du Nord.
02:06Bonsoir, Rixuelle Delaporte. Bienvenue, journaliste d'investigation.
02:09Vous avez été entendue par la commission d'enquête la semaine dernière sur les enfants martyrs de Riomont.
02:15C'est le titre de votre ouvrage, ce pensionnat intégriste dans le Nord, près de Liévin.
02:20Enquête publiée aux éditions du REWERG.
02:22Bonsoir, Arnaud Gallet.
02:23Bonsoir.
02:24Ravie de vous retrouver sur ce plateau.
02:25Vous êtes anthropologue, cofondateur de l'association Mouve Enfant,
02:28vous-même victime de viols entre 8 et 11 ans,
02:32notamment par un homme d'église, votre grand-oncle.
02:36Vous êtes très impliqué dans ce mouvement de libération de la parole.
02:40Bonsoir, David Perrotin.
02:41Bonsoir.
02:42Bienvenue, journaliste à Mediapart.
02:44Vous avez enquêté avec d'autres sur l'affaire Bétharame et sur ce qu'en connaissait François Bayrou.
02:49Un débat qui s'ouvre tout de suite par le récap de Bruno Donnet.
03:02Bonsoir, Bruno.
03:03Bonsoir, Myriam. Bonsoir à tous.
03:05Comme une traînée de poudre, ce soir, dans votre récap.
03:07Oui, et pour bien comprendre ce qui est en train de se passer,
03:09il faut commencer par revenir un petit peu en arrière.
03:12Car lorsque vous avez, David Perrotin, choisi d'exposer dans les colonnes de votre journal Mediapart
03:17l'affaire Bétharame, voici à peu près l'accueil qui vous a été réservé.
03:38La ministre de l'Éducation nationale a d'abord cru qu'il s'agissait d'une boule puante,
03:43strictement politique, sortie pour nuire à François Bayrou.
03:47Seulement voilà, en très peu de temps, on a compris que Bétharame était surtout l'arbre qui cachait la forêt.
03:53C'est le mitout de l'enseignement catholique.
03:55Aujourd'hui, les gens se rendent compte que ce qui leur est arrivé n'aurait jamais dû arriver.
04:00Car les révélations de la presse ont fait éclore une foultitude de témoignages.
04:04C'est ainsi qu'on vous a découvert, vous, Arnaud Gallet,
04:07interrompant courageusement la conférence de presse de l'évêque de Bayonne
04:11pour raconter ce que vous aviez vécu quand vous étiez enfant.
04:26Mais lors de ce happening, vous avez cité Garezon, Notre-Dame de Garezon pour être précis,
04:31du nom d'un autre établissement privé qui a créé cette page Facebook
04:36pour recueillir des témoignages d'anciens élèves victimes de violences
04:40et qui en a reçu, tenez-vous bien, plus de 370 en moins de 20 jours.
04:46Car des écoles problématiques, on découvre qu'il y en a absolument partout en France.
04:51Elles sont situées dans le Finistère, en Moselle, dans le Limousin-la-Haute-Savoie
04:55ou encore dans les Hauts-de-Seine, siège de l'institution Saint-Dominique
04:59où Constance Bertrand fut élève, c'était il y a 30 ans.
05:03Il y a 30 ans, ce n'était pas normal de gifler des enfants.
05:06Ce n'était pas normal d'agresser sexuellement des enfants.
05:08Je ne voudrais pas qu'on s'arrête sur « c'était une autre époque »
05:13ou « c'était acceptable de se prendre des baffes et de se faire tirer les oreilles ».
05:17Alors, est-ce que cette libération de la parole a eu des conséquences politiques ?
05:21Oui Myriam, ce déferlement de témoignages a suscité une prise de conscience.
05:26La ministre de l'Éducation nationale a donc radicalement changé de temps.
05:30Moi, j'ai été bouleversée, je pense qu'on l'a tous été,
05:32par les témoignages de ces anciens élèves
05:35dont la vie a pu être brisée par les violences qu'ils ont subies quand ils étaient élèves.
05:40Donc, il faut absolument tout faire.
05:42C'est mon objectif pour que de telles violences ne puissent plus se produire.
05:46Elisabeth Borne a donc proposé d'organiser une remontée systématique des faits de violence,
05:52de mieux recueillir la parole des élèves
05:54et de renforcer les contrôles dans les établissements privés sous contrat.
05:58Les 7190 écoles privées sous contrat vont donc être contrôlées
06:03par 60 inspecteurs supplémentaires.
06:05Toutefois, Myriam, pour terminer, je voulais vous montrer encore deux chiffres.
06:09Les voilà en France.
06:102275 établissements scolaires exercent hors contrat avec l'Éducation nationale.
06:16130 000 élèves y sont scolarisés
06:18et pour l'heure, absolument aucun dispositif de contrôle n'a été envisagé pour eux.
06:23Il y a encore beaucoup de travail à faire.
06:25Merci beaucoup, Bruno Donnet.
06:27Alors, à quoi assiste-t-on précisément ?
06:29Est-ce que c'est comme Constance Bertrand le disait,
06:32Violette Spilbouh, il y a un instant,
06:34le me too de l'enseignement catholique que beaucoup attendaient ?
06:38Là, je crois qu'il y a un mouvement extrêmement fort, extrêmement puissant
06:43qui est lié au travail des journalistes,
06:45au travail de cette commission d'enquête,
06:47aux associations qui, elles, sont mobilisées déjà depuis des années
06:51et qui, aujourd'hui, se sentent pour la première fois ensemble entendues
06:55avec y compris des collectifs de victimes
06:57qui sont en train de se constituer actuellement.
07:00Et donc, cette hyper-médiatisation,
07:02dont certains pourraient critiquer les faits,
07:05en fait, je trouve qu'elle est particulièrement utile à la société aujourd'hui.
07:09Parce qu'on parle de quoi ?
07:11On parle de violences physiques, psychologiques, sexuelles
07:14gravissimes qui ont détruit des vies entières.
07:17Vous attendiez à ça, franchement ?
07:19Je m'attendais à quelque chose d'important
07:22parce que j'avais déjà rencontré des victimes du village d'Enfant de Riomont,
07:27que j'avais lu le livre d'Ixchel Delaporte
07:29parce qu'il y a eu un livre sur Riomont.
07:31On va en parler dans le détail.
07:33Et du coup, j'avais lu l'ensemble de ces témoignages
07:36et j'avais déjà été bouleversée par la façon, finalement,
07:39dont il était difficile de recueillir la parole d'adultes aujourd'hui
07:42sur des violences terribles, systémiques,
07:45dont ils avaient été victimes.
07:47Comment vous expliquez, honnêtement ?
07:49Là, c'est beaucoup.
07:51On assiste à cette libération
07:53et puis on assiste aussi à un sujet qui fait la une,
07:56aussi à cause de cette commission d'enquête.
07:58Si François Bayrou n'avait pas été Premier ministre
08:01et, au fond, impliqué, sans être forcément au courant de tout,
08:05mais dans une polémique médiatique,
08:07est-ce qu'on en parlerait autant, honnêtement ?
08:09C'est la première chose que j'ai entendue d'autres collectifs.
08:12C'est grâce à la polémique médiatique,
08:14aux 30 articles de Mediapart,
08:16qu'on soit d'accord ou pas, qu'on critique ou pas,
08:19que la lumière arrive enfin sur ces violences systémiques.
08:23Beaucoup me l'ont dit.
08:25C'est aussi la force de la commission d'enquête parlementaire.
08:28On est deux députés, avec mon co-rapporteur Paul Vannier,
08:31très opposés politiquement.
08:33On est réunis aujourd'hui de façon assez organisée,
08:36sérieuse, responsable et humble,
08:38par rapport au combat des associations très anciens,
08:41pour que la lumière soit faite
08:43sur les dysfonctionnements du contrôle de l'Etat
08:46et pour qu'on trouve ensemble des propositions
08:49dont une grande partie sont sur la table,
08:51dont on devra trouver une traduction.
08:53On va y venir.
08:54Le diagnostic, qu'est-ce qui se passe ?
08:56Qu'est-ce qui se passe au fond ?
08:58Est-ce que ça s'est passé déjà avant ?
09:00Personne n'a vu, personne n'a entendu ?
09:02Ou au contraire, il y a un mouvement de bascule ?
09:06Je dois vous dire ce qui se passe.
09:08Je pense que réellement, on n'a pas été entendu.
09:11Je m'explique.
09:12Il faut remettre les choses dans leur contexte.
09:14En septembre 2018, on est venus à l'Assemblée nationale.
09:17Je le rappelais cet après-midi.
09:19On a tapé à la porte de l'Assemblée nationale
09:21les nouveaux victimes de pédocriminalité dans l'Eglise.
09:23On a dit, mettez en place une commission d'enquête.
09:25On nous a dit, les faits sont prescrits.
09:27Sur l'enseignement catholique.
09:29Mais sur l'ensemble de la pédocriminalité dans l'Eglise,
09:31y compris l'enseignement catholique qui représente 30 %.
09:33Ce n'est pas nouveau.
09:34On nous raconte des histoires.
09:35Peut-être qu'il faut remettre les choses dans leur contexte.
09:37Il y a eu une commission sur la pédocriminalité dans l'Eglise.
09:39C'est ce qu'on a appelé la commission sauvée.
09:41Je reviens dessus. C'est important.
09:43La commission sauvée, c'est l'Eglise elle-même
09:45qui l'a mise en place.
09:46Je suis désolé. En tant que victime de pédocriminalité,
09:48on ne va pas me faire manger n'importe quelle salade.
09:50Je suis désolé de le dire comme ça.
09:51C'est insupportable.
09:52On est encore maltraité par l'Eglise aujourd'hui.
09:54J'ai été entendu par la suite six fois à 3h30
09:56pour une réparation pour 60 000 euros.
09:58Je fais partie des 22 signalements.
10:00J'ai failli être hospitalisé à Sainte-Anne.
10:02Je vais vous raconter ce qui s'est passé.
10:04L'Assemblée nationale, en septembre 2018,
10:06refuse pour des faits de prescription.
10:08En octobre 2018, on se présente au Sénat.
10:10On demande une commission qui nous est refusée.
10:13Pour des faits inverses, on nous dit
10:15qu'il y a des enquêtes qui sont en cours,
10:17donc on ne peut pas faire de commission.
10:19D'un côté c'est prescrit, l'autre ce n'est pas prescrit.
10:21Personne ne veut s'en mêler.
10:23L'Eglise s'est dit, opportunité, aubaine,
10:25on va se faire justice nous-mêmes.
10:27On sort une carte, commission indépendante
10:29sur les abus sexuels dans l'Eglise.
10:31Ils choisissent toujours des personnes d'exception.
10:33Jean-Marc Sauvé, super, exceptionnel.
10:35Qu'est-ce qu'ils disent ce rapport ?
10:37330 000 victimes de pédocriminalité dans l'Eglise
10:39en 70 ans, 13 enfants par jour.
10:4130 % au sein de l'enseignement catholique.
10:4730 % de ces 330 000.
10:49Ça, c'est dit à Emmanuel Macron.
10:51Ça fait que les gens se rendent bien compte.
10:53C'est 2021 le rapport Sauvé.
10:5599 000 personnes.
10:57Ça fait 4 enfants par jour pendant 70 ans.
10:59C'est un massacre de masse, voire même,
11:01comme d'autres l'ont dit aujourd'hui,
11:03comme Jean-Pierre Macias qui a pris la tête
11:05d'une pseudo commission indépendante
11:07mise en place par Betaram.
11:09Qu'est-ce qu'il nous a dit ?
11:11Jean-Pierre Macias, professeur de droit.
11:13C'est un crime contre l'humanité.
11:15On nous dit en France qu'on peut répondre
11:17à des crimes contre l'humanité en mettant en place
11:19ces petites commissions indépendantes.
11:21C'est bien, on peut faire des charniers en France.
11:23Demain, on peut sortir de ces petites commissions.
11:25Vous êtes en rage.
11:27Je ne suis pas en rage.
11:29Vous dites qu'on a l'impression de découvrir.
11:31Je dis qu'on n'est pas en rage.
11:33On se fout de nous depuis au moins 10 ans.
11:35Il faut se rendre compte que nous...
11:37J'ai été violé entre l'âge de 8 ans et 11 ans.
11:39Je rencontre d'autres personnes à Betaram.
11:41Vous imaginez ce que c'est ?
11:43On nous dit quoi derrière ?
11:45Vous êtes courageux.
11:47Vous manquez peut-être de courage politique.
11:49Nous, on n'est pas courageux.
11:51Je viens aux solutions.
11:53Les solutions existent.
11:55Vous avez été entendu cet après-midi.
11:57Une commission s'est mise en place.
11:59Elle va en faire, et c'est pour juin.
12:01On est là dans une sorte de première étape.
12:03Je termine le tour de table
12:05et on va parler du rôle de l'Eglise
12:07et de l'éducation nationale.
12:09Votre livre date de 2022.
12:11On va s'arrêter sur Riomont avec un reportage.
12:13Vous dites quoi, vous ?
12:15Vous dites enfin.
12:17Vous dites qu'on a laissé trop de temps.
12:19Je dis aussi que les éléments,
12:21ils étaient déjà sur la table depuis un moment.
12:23Riomont, je bataille toute seule
12:25depuis 2022.
12:27Il n'y a pas grand-chose
12:29qui a découlé
12:31au niveau de la justice de ça.
12:33Pour comprendre,
12:35il y a des plaintes aujourd'hui,
12:37quels que soient les établissements,
12:39qui ne sont pas prescrites aujourd'hui ?
12:41Dans le cas de Riomont,
12:43il y a quelques plaintes qui ne sont pas prescrites.
12:45Pour des violences,
12:47pour des faits de violences physiques
12:49et d'autres pour des faits de violences sexuelles.
12:51Vous croyez quand même en la justice ?
12:53C'est minime par rapport
12:55au nombre d'enfants qui ont été
12:57violentés physiquement,
12:59moralement et sexuellement
13:01depuis 1960,
13:03puisque l'établissement de Riomont existe depuis 1960,
13:05sous différentes statuts,
13:07parfois en lien avec
13:09l'ADAS et parfois plutôt
13:11un établissement hors contrat.
13:13Dans tous les cas, les enfants ont été
13:15maltraités, c'était un système
13:17de violence, c'était l'ADN
13:19de ce lieu.
13:21Je termine le tour de table, mais on va d'abord entendre
13:23Françoise Collomb.
13:25Elle était professeure de mathématiques
13:27dans les années 90
13:29et c'est elle qui a lancé
13:31l'alerte à Bétharame.
13:33Elle explique qu'elle a été
13:35menacée après avoir alerté.
13:37On était encore
13:39en 94, je pense,
13:41ou tout début 95, j'ai commencé
13:43à signaler. J'ai écrit
13:45à monsieur Berrou, l'infirmière l'avait
13:47déjà fait quelques temps avant, sans réponse.
13:49J'ai écrit moi aussi, sans réponse.
13:51J'ai fait un courrier
13:53que j'ai envoyé au tribunal
13:55sans réponse.
13:57Je suis allée
13:59à la gendarmerie et on m'a dit
14:01oui, on sait, on sait. Moi, on m'a toujours
14:03demandé de me taire, de ne pas
14:05créer de problèmes.
14:07J'ai pas voulu.
14:09Alors là, évidemment,
14:11pour moi,
14:13je suis devenue immédiatement
14:15personne à Nangrata, ça c'est sûr.
14:17Je crois que j'ai vraiment fait tout ce que je pouvais, vraiment.
14:19Je pense pas que je pouvais faire autre chose.
14:21David Perrotin.
14:23Elle a fait ce qu'elle pouvait
14:25et puis c'est l'OMERTA qui l'a remportée.
14:27Cette OMERTA, elle a dominé et pourtant
14:29la presse locale, qui a joué un rôle très important
14:31dans l'affaire Beterham, qui déclenche
14:33au fond cette commission d'enquête,
14:35était déterminante.
14:37Moi, je vais vous dire, et ça va
14:39un peu expliquer aussi, je pense, la colère
14:41de monsieur Gallet, c'est que
14:43le témoignage que vous voyez de cette enseignante
14:45de mathématiques, il est constant,
14:47cohérent, parfaitement identique
14:49à celui qu'elle livrait il y a 30 ans.
14:51Il y a 30 ans,
14:53elle a été dénigrée, elle a été mutée, agressée,
14:55on l'a fait taire, grosso modo.
14:57Aujourd'hui, quand notamment
14:59Mediapart, mais d'autres médias, avaient révélé
15:01son témoignage il y a quelques semaines,
15:03la première qui a pris la parole pour dénigrer
15:05de nouveau son témoignage, c'est
15:07la ministre de l'Éducation, Elisabeth Bande, qu'on a vue
15:09au début de ce plateau,
15:11et d'ailleurs, la première réaction de la ministre de l'Éducation,
15:13ça a été de dire, grosso modo,
15:15circuler y a rien à voir, je suis ministre de l'Éducation,
15:17je suis pas ministre de l'Éducation.
15:19Mais plus aujourd'hui, le ton a changé.
15:21Ça fait un an, à peu près,
15:23donc c'était à partir de novembre 2023, qu'on sait
15:25qu'il y a des dizaines et des dizaines de plaintes
15:27à Bétarame. Il y a eu combien de ministres de l'Éducation ?
15:29Amélie Oudéa-Castera, Gabriel Attal,
15:31Elisabeth Bande, et j'en passe. Il n'y en a pas un
15:33qui s'est dit, alors que
15:35grosso modo, on était à une trentaine, quarantaine, cinquantaine.
15:37Pas un seul responsable politique
15:39s'est dit, il faut peut-être
15:41diligenter une inspection générale,
15:43la plus haute des inspections, et aujourd'hui,
15:45il y a une inspection académique, on a vu les faiblesses
15:47des inspections académiques, et je pense que
15:49vous êtes bien passé pour comprendre tous les dysfonctionnements
15:51de ces inspections, et la ministre
15:53Elisabeth Bande, interrogée la semaine dernière par Mediapart,
15:55refuse toujours de diligenter une inspection générale.
15:57Il y a un véritable problème qui est toujours actuel.
15:59C'est important de bien distinguer ce qu'on peut faire
16:01en matière de contrôle, de signalement,
16:03d'inspection. Il y a,
16:05on a entendu, les propositions de la ministre
16:07de l'Éducation nationale, mais c'est vrai que les faits
16:09étaient relatés, et depuis longtemps,
16:11Mediapart a été une des suivrières
16:13des enquêtes, mais il y a d'autres
16:15confrères. Pourquoi l'Éducation
16:17nationale n'a pas réagi plus vite ?
16:19Je crois que, que ce soit à
16:21Bétharame ou à d'autres endroits,
16:23il y a une très grande différence
16:25entre la gravité des signalements et des
16:27remontées, que ce soit les parents d'élèves, les victimes
16:29ou des professeurs, et
16:31le traitement par l'Éducation nationale
16:33de la réaction.
16:35C'est-à-dire qu'il y a la partie judiciaire, mais il y a la partie
16:37ce qu'on appelle administrative. On a
16:39des conventions d'inspection... Mais on dit que le temps de la justice
16:41est très lent, ça devrait être plus réactif
16:43du côté de l'administration. Celui de l'Éducation nationale,
16:45le premier constat qu'on a, alors je suis prudente,
16:47mais on a déjà récolté beaucoup d'informations, un millier
16:49de pages de documents, on est en train
16:51de les étudier sérieusement, on a quelques
16:53mois de travail, c'est que
16:55tous les protocoles d'inspection
16:57selon les cas sont très
16:59désorganisés, très multiples.
17:01Les modalités de signalement pour
17:03déclencher une inspection aussi,
17:05par exemple, on a
17:07des conventions entre l'inspection
17:09académique et les départements, quand
17:11il y a trop d'absentéisme d'un élève
17:13ou de plusieurs élèves qui peut déclencher
17:15une enquête sociale, qui peut déclencher
17:17une inspection. Mais les faits de violence, ça ne déclenche
17:19pas systématiquement une inspection ? Alors ça déclenche
17:21normalement des informations
17:23préoccupantes, les informations préoccupantes
17:25doivent remonter à ce qu'on appelle la
17:27CRIP. La CRIP, c'est une commission
17:29avec la protection de l'enfance du côté département,
17:31mais on a vu, déjà dans
17:33ces premiers jours de commission d'enquête,
17:35que tout ça n'est pas du tout systématique,
17:37que des fois, il n'y a pas de signalement du tout,
17:39qu'il y a des inspections qui sont
17:41seulement prévenues à l'avance, que ce ne sont plus
17:43vraiment des inspections. Mais ce que vous décrivez,
17:45c'est un peu kafkaïen, on a l'impression
17:47d'un Etat bureaucratique immobile.
17:49Je vais vous dire, c'est pas que...
17:51C'est globalement un constat assez alarmant,
17:53je tiens à le dire. En même temps, il y a
17:55beaucoup de propositions déjà sur la table, mais même
17:57hier, quand nous avons reçu la nouvelle
17:59directrice générale du 119,
18:01le numéro d'appel pour
18:03les enfants maltraités,
18:05qui peut être appelé par des parents, par des enseignants,
18:07les cas de violence
18:09subi par des enfants,
18:11commises par des enseignants, sont
18:13très faibles dans les appels au 119, mais il y en a.
18:15Et aujourd'hui, la directrice générale
18:17dit elle-même,
18:19déclare elle-même, que le circuit des informations
18:21et des signalements
18:23à la justice, à l'inspection académique,
18:25n'est pas systématique
18:27et ne fonctionne pas.
18:29Et pour le hors-contrat, pour bien comprendre...
18:31Pour le hors-contrat, je vais vous dire, il y a plus
18:33d'inspections sur le
18:35hors-contrat, aujourd'hui, dans les modalités
18:37de contrôle que dans les établissements
18:39privés sous contrat.
18:41Une fois qu'en fait, vous avez la préfecture
18:43qui a signé le contrat d'association
18:45avec l'établissement privé sous contrat,
18:47s'il n'y a pas de changement dans les classes,
18:49il peut se passer des années sans aucune inspection.
18:51C'est ça, aujourd'hui, qui ne fonctionne pas.
18:53Je pense juste, il y a quelque chose qu'on ne dit pas
18:55ou pas encore, c'est qu'il y a
18:57la question aussi de la place de l'enseignement
18:59catholique en France. En fait, il y a un tabou
19:01en France, c'est-à-dire que dès qu'on
19:03questionne cette place, on a peur,
19:05responsables politiques, même journalistiques,
19:07de rouvrir la guerre scolaire.
19:09Il y a un traumatisme
19:11de la guerre scolaire,
19:13c'est-à-dire qu'on ne peut pas pointer
19:15l'autogestion des établissements privés
19:17catholiques. Et ça a été
19:19l'exemple qu'on a révélé l'année
19:21dernière sur Stanislas. On avait un rapport
19:23qui pointait à des dysfonctionnements très graves
19:25qui a été caché par un gouvernement.
19:27Il a fallu que la presse,
19:29encore une fois, le sorte par ses propres moyens
19:31pour qu'après, on se rende compte qu'en fait,
19:33il y avait des discours homophobes, des promotions
19:35de la thérapie de conversion, de l'autoritarisme,
19:37des coups dans cet établissement.
19:39Pour vous, c'est avant tout la prudence
19:41d'un gouvernement qui ne voudrait pas relancer la guerre scolaire ?
19:43D'un gouvernement de responsables politiques,
19:45mais il y a quelque chose qu'on ne veut pas questionner,
19:47c'est l'absence totale
19:49de contrôle dans ces établissements.
19:51Je voudrais qu'on dise un mot sur
19:53l'Eglise catholique, et ensuite, on passe à
19:55Riomont, c'est promis. Evidemment,
19:57on voit qu'il y a des dysfonctionnements
19:59au niveau de l'éducation nationale, mais ce qui se révèle,
20:01Bétharame et les autres scandales,
20:03c'est l'omerta,
20:05l'omerta dans l'Eglise.
20:07On a vu, à la faveur de témoignages
20:09de l'ordre des commissions d'enquête, qu'il y a une
20:11solidarité, au fond, entre le personnel
20:13qui travaille dans ces établissements,
20:15le surveillant
20:17de Bétharame, qui va se retrouver
20:19à Neuilly,
20:21Saint-Dominique de Neuilly,
20:23et qui, au fond, va pouvoir terminer toute sa carrière.
20:25L'Eglise se protège,
20:27c'est ça, pour vous ?
20:29Non, je pense que ça va même au-delà.
20:31Je pense que l'Etat protège l'Eglise.
20:33Pour dire les choses clairement,
20:35d'où, encore une fois, un rapport qui dit qu'il y a
20:37330 000 victimes de pédocriminalité dans l'Eglise
20:39et que, derrière, vous n'avez aucune prise de parole
20:41du ministre de l'Intérieur, qui est le ministre des cultes.
20:43Il y a une autre religion
20:45qui pourrait faire ça en France, des musulmans, par exemple ?
20:47Je ne pense pas. Est-ce qu'on a
20:49une prise de parole, je ne sais pas,
20:51du ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti,
20:53notamment à l'époque, sur une justice d'exception ?
20:55Les Belges l'ont fait en 2010. Ce n'est pas
20:57du tout exceptionnel, mais on se dit quand même
20:59330 000 victimes, éventuellement, réfléchir un peu.
21:01On se dit, c'est beaucoup, là, peut-être qu'il faut
21:03faire quelque chose. Rien. Silence radio.
21:05Est-ce qu'on a eu, comment dire,
21:07le ministre de l'Intérieur n'a rien dit ? Ce qui est hyper intéressant,
21:09c'est qu'au moment de la remise du rapport
21:11sauvé, la seule chose qui a été faite, vous savez ce que c'est ?
21:13C'est de remettre la Légion d'honneur
21:15à Éric de Moulin-Beaufort.
21:17C'est qui qui lui a remis ?
21:19L'archevêque. Exactement. Mais attendez, qui lui a remis ?
21:21C'est le ministre des cultes en personne.
21:23C'est-à-dire qu'il ne fait rien dans la continuité
21:25d'un rapport qu'on lui remet,
21:27qui est plus qu'alarmant, et derrière, qu'est-ce qu'on fait ?
21:29Vous imaginez cette médaille ?
21:31Pour nous, victimes, ce que c'est ?
21:33Comment vous réagissez à ça, Violette Spielberg ?
21:35Je réagis avec
21:37beaucoup d'humilité, parce que
21:39ça fait des années, effectivement, que
21:41des dysfonctionnements sont dénoncés, et avec
21:43une volonté
21:45d'agir pour l'avenir. Et ça veut dire que
21:47nous auditionnons
21:49toutes les administrations qui sont concernées
21:51par ce processus de signalement et de contrôle
21:53de l'Etat sur les établissements publics
21:55et privés. Donc c'est le programme
21:57des auditions que nous avons dans les semaines à venir.
21:59Nous terminerons par un certain nombre de responsables
22:01politiques et par les ministres successifs
22:03de l'éducation que vous avez évoqués,
22:05ministre de la Justice. On va aussi
22:07auditionner l'ensemble des préfets qui gèrent
22:09les contrats d'association.
22:11Honnêtement, avec Paul Vanier,
22:13on ne sait rien d'interdit comme audition.
22:15On va le faire sérieusement. On n'est pas
22:17déjà avec des conclusions prédéfinies.
22:19Mais par contre, il faut absolument
22:21qu'à la fois les préconisations
22:23qui ont été publiées
22:25largement depuis 2021
22:27et pour lesquelles on nous a clairement
22:29dit qu'il n'y avait pas eu grand-chose de mise en oeuvre
22:31jusqu'à présent, soient intégrées
22:33à un plan d'action en sortant de cette commission
22:35d'enquête. Et je pense que
22:37on est tellement sollicités
22:39par les victimes, par les associations,
22:41par l'ensemble des acteurs,
22:43qu'on aura le devoir, non seulement
22:45d'agir, mais de suivre dans le temps
22:47la suite de cette commission.
22:49Riomont, dans le viseur des juges,
22:51ce village d'enfants près de Liévin, dans le Pas-de-Calais,
22:53foyer d'accueil dans les années 60,
22:55devenu à la fin des années 80
22:57une école privée hors contrat
22:59pour familles catholiques, traditionnalistes,
23:01sorte de camp de redressement quasi-militaire.
23:03Écoutez ces paroles de victimes
23:05recueillies par Hélène Monduel et les équipes de l'AFP.
23:11Revoir ses photos d'enfance
23:13pour Bruno Raoult
23:15s'est replongé dans l'horreur
23:17de ces 11 années passées entre les murs
23:19de l'institution Riomont.
23:21Des sévices sexuels et des violences
23:23commises par un religieux
23:25qu'il n'a jamais oublié.
23:27Au début, il ne me faisait que
23:29le fouetter,
23:31le flageller,
23:33lui d'essayer de m'embrasser,
23:35et comme pénitence, je lui faisais le fou
23:37et le reste.
23:39Donc ça s'est passé
23:413-4 fois, peut-être 5,
23:43et il y a eu ce viol qui a...
23:49Il m'a sépourri la vie
23:51et continuera de m'appourir.
23:53Centre d'enseignement religieux,
23:55traditionnaliste,
23:57à l'époque, Riomont est encore aussi
23:59un foyer d'accueil pour enfants placés.
24:01Cette ancienne enseignante raconte
24:03la maltraitance, parfois proche de l'esclavage
24:05pour ces jeunes garçons.
24:07Il les faisait travailler à bâtir
24:09leur patrimoine.
24:11Il y a eu des violations interminables.
24:13Par exemple,
24:15un gamin qui était un petit peu
24:17genre 12-13 ans,
24:19un petit peu résistant à l'autorité
24:21du père Revé, il devait casser
24:23une dalle de béton jusqu'à 3h du matin.
24:25Tant qu'il n'avait pas cassé
24:27toute la dalle de béton à la pioche,
24:29tout seul dans la nuit,
24:31il n'était pas autorisé à se coucher.
24:33La communauté religieuse
24:35réfute de son côté toute violence
24:37institutionnalisée.
24:39Mais le nouveau prieur assume certaines méthodes.
24:41Chez certains enfants,
24:43la violence était présente.
24:45Donc il fallait bien
24:47et du côté de leurs camarades
24:49et du côté des encadrants
24:51gérer
24:53cette violence,
24:57parfois la canaliser.
24:59On ne peut pas reprocher à l'époque
25:01des choses que tout le monde faisait.
25:03C'était même plus sévère dans les familles
25:05que dans les écoles.
25:07C'est ça qui est absurde.
25:09Si certains de ces faits sont prescrits,
25:11le parquet de Béthune
25:13a récemment requis la tenue d'un procès
25:15contre six religieux
25:17de l'institution.
25:19On a l'impression de voir
25:21une forme de secte au fond
25:23où la maltraitance est la règle.
25:25Quasi militaire aussi, c'est ça
25:27Riomont ? C'est quoi précisément Riomont ?
25:29Mais Riomont a été créé en 1960
25:31par un prêtre
25:33qui s'appelait le père Revé
25:35qui était un fanamilie,
25:37qui adorait tout ce qui était militaire
25:39et qui était un pédocriminel.
25:41Donc ça vous pose le décor
25:43de ce qui va suivre après.
25:45Il frappait les enfants à coups de ceinturon,
25:47il les embrassait sur la bouche.
25:49Toutes les personnes qui ont encadré
25:51à partir de 1960
25:53étaient sous sa coupe et c'était des gens
25:55qui adhéraient aux méthodes ultra-violentes
25:57de ce prêtre.
25:59Il a fait bâtir ce village
26:01par les enfants
26:03en disant que c'était éducatif
26:05de bâtir un village, que faire de la maçonnerie
26:07c'était éducatif.
26:09Et dans ce lieu,
26:11c'était une violence
26:13permanente.
26:15Idéologiquement, l'idée c'était
26:17de redresser les enfants, parce que c'était
26:19des enfants des mines, des enfants perdus,
26:21enfants de familles alcooliques
26:23chômeuses, et qu'il fallait
26:25absolument les remettre dans le droit chemin.
26:27Jusqu'aux années 80.
26:29En fait, jusqu'aux années 80,
26:31on a notre Françoise, la Françoise de Bétarame,
26:33elle a sa sœur, Françoise
26:35à Riomont, qui est une prof de français
26:37qui était au collège de Riomont,
26:39puisque les enfants, jusqu'en 1982,
26:41ils étaient scolarisés
26:43dans les écoles publiques de Liévin.
26:45Donc, ils y allaient
26:47en culottes courtes, en culottes de cuir,
26:49été comme hiver,
26:51ils allaient dans tous ces établissements-là.
26:53On voyait bien que ces enfants,
26:55ils n'étaient pas bien, qu'ils étaient frappés,
26:57qu'ils étaient tondus, qu'ils étaient maltraités.
26:59Tout le monde le voyait.
27:01La seule personne qui a alerté,
27:03c'est cette prof de français,
27:05qui a fait la même démarche,
27:07exactement la même démarche que Françoise de Bétarame.
27:09Il a été quand même
27:11fermé par Robert Badater, ce centre.
27:13Pas par Robert Badater,
27:15par trois très courageuses
27:17juges d'instruction,
27:19des juges pour enfants, qui ont
27:21vu tous les dysfonctionnements
27:23qu'il y avait au sein de ce lieu-là,
27:25et là, le changement,
27:27l'élection de François Mitterrand,
27:29c'est des déductions que je fais moi,
27:31par rapport à tous les rapports que j'ai lus,
27:33l'élection de François Mitterrand
27:35va complètement changer tous les préfets,
27:37toutes les personnes qui sont à des postes stratégiques,
27:39sur lesquels le village
27:41s'appuyait, en fait,
27:43pour pouvoir continuer à fonctionner.
27:45Jusqu'à ce qu'il devienne
27:47une école, là,
27:49assez différente, une école hors contrat.
27:51Voilà, parce que ça, c'était l'objectif
27:53du père Revé avant de décéder en 1986.
27:55Il avait déjà prévu comment
27:57ils allaient pouvoir renaître.
27:59Et comme ça, qu'ils reviennent.
28:01Avec cette école privée hors contrat.
28:03Comme ils sont dans la sphère
28:05catholique-traditionaliste,
28:07c'est un lieu très important du scoutisme,
28:09c'est le scoutisme,
28:11l'essence du vrai scoutisme,
28:13donc très militarisé, très violent,
28:15mais assumé,
28:17comme on a pu le voir dans le reportage.
28:19Ils assument ces méthodes-là.
28:21À ce moment-là, ils ouvrent ce lieu
28:23et ils viennent par le biais
28:25de familles catholiques-traditionalistes
28:27jusqu'en 2019.
28:29Les parents savent ce qu'il arrive à leurs enfants ?
28:31Bien sûr qu'ils savent.
28:33Ils demandent cette maltraitance ?
28:35Ils demandent à ce que leurs enfants,
28:37dont ils n'arrivent plus à s'occuper,
28:39parce que les enfants qui viennent là,
28:41c'est une sorte d'école de la dernière chance.
28:43C'est des enfants de familles catholiques-traditionalistes
28:45qui se sont fait virer de tous les autres lieux,
28:47en gros. Donc, on disait toujours
28:49t'as qu'à aller à Riomont.
28:51Quand ils étaient maltraités, ils fugaient.
28:53Et quand ils fugaient, ils rentraient chez eux.
28:55Ils avaient rêvé quand même de Liévin.
28:57Ils allaient jusqu'à Angers, Tours.
28:59Ils étaient de partout dans la France.
29:01Les parents les ramenaient le lendemain.
29:03Quand ils disaient les violences dont ils étaient victimes,
29:05les parents disaient, c'est parce que
29:07certainement, tu l'as bien mérité.
29:09Et là, j'ai découvert qu'un certain
29:11Philippe Védovigny, on va pas s'étendre,
29:13mais quand même le grand-père du petit Emile,
29:15en garde à vue depuis hier,
29:17était passé par le pensionnat intégriste
29:19de Riomont, où il était encadrant.
29:21Et il a été entendu,
29:23en 2018, comme témoin assisté,
29:25pas mis en examen, d'ailleurs,
29:27il est toujours pas mis en examen ce soir,
29:29et il a dit, au fond, j'ai donné quelques gifles,
29:31oui, j'ai botté des culs.
29:33Il a complètement minimisé,
29:35puisque moi, quand je recueille les témoignages
29:37d'anciens qui croisent sa route
29:39entre 92 et 94,
29:41il me le signale, à moi,
29:43comme un des plus violents,
29:45un des plus brutaux,
29:47en assumant la violence.
29:49Mais ce qu'il a fait...
29:51Je voulais qu'on le signale,
29:53parce que c'est incroyable.
29:55C'est très symbolique de ce que c'est que Riomont.
29:57Moi, ce qui m'a fascinée, en regardant
29:59votre ouvrage, mais j'ai pas eu le temps
30:01de le lire entièrement,
30:03c'est qu'aujourd'hui, je pensais que c'était fini,
30:05Riomont, il y a un agrément,
30:07sport et loisirs, Violette Spilbou,
30:09c'est votre circonscription,
30:11c'est monstrueux, honnêtement,
30:13vous racontez des tabassages,
30:15vous poussez dans les escaliers,
30:17il y a des jeunes scouts qui peuvent encore aller à Riomont,
30:19ça semble incroyable.
30:21Oui, ce qui semble incroyable, c'est finalement
30:23qu'un lieu très identifié de maltraitance grave,
30:25de crimes, de violences,
30:27d'actes de torture,
30:29quand on lit certains témoignages,
30:31soit encore ouvert aujourd'hui,
30:33rien que par respect pour ces victimes,
30:35pour ce qu'elles y ont vécu.
30:37Et encore aujourd'hui...
30:39Comment c'est possible qu'il n'y ait pas
30:41administrativement une décision de fermeture complète ?
30:43C'est très, très récent,
30:45en tout cas dans l'exposition
30:47qui en est faite aujourd'hui.
30:49Un agrément, c'est le département, c'est l'Etat.
30:51Et très sectorisé,
30:53c'est-à-dire qu'il y a le département, la préfecture,
30:55l'inspection académique, tout ça
30:57ne fonctionne pas ensemble.
30:59Mais il faut que ça s'arrête.
31:01Et donc, bien sûr, que nous avons demandé
31:03à l'ensemble de l'administration
31:05les éléments sur l'agrément que nous avons appris jeudi dernier,
31:07comment cet agrément est donné,
31:09pourquoi, et nous allons
31:11pousser les choses dans cette commission d'enquête
31:13dans les jours et les semaines...
31:15Vous souhaitez qu'il soit retiré ?
31:17Nous, on n'est pas juges, c'est pas à nous la commission d'enquête.
31:19Mais ça, c'est administratif, il n'y a pas de procédure judiciaire.
31:21Je vais vous dire une chose, c'est que depuis qu'on a commencé
31:23la commission d'enquête, on est très utiles
31:25sur plein de choses qui bougent très vite.
31:27Et bien sûr qu'il y a eu une inspection avant-hier
31:29à l'établissement Saint-Dominique de Neuilly
31:31dont vous parliez, et qu'il y aura peut-être
31:33très rapidement des choses sur Riomont.
31:35Sur Riomont, c'est particulier,
31:37je tiens à le signaler.
31:39C'est juste pour me répondre que cet agrément
31:41administratif du département
31:43soit retiré.
31:45Parce qu'on n'est pas dans le cadre de la justice, me semble-t-il.
31:47On souhaite en tout cas que le dossier
31:49soit regardé avec un autre œil que ce qu'il est
31:51aujourd'hui, et l'œil c'est au regard
31:53de ce passé qui est dénoncé aujourd'hui
31:55et qui fait le déshonneur
31:57pour toutes les victimes qui ont subi ces violences.
31:59David Perrotin, j'aimerais, parce que le débat
32:01commence à...
32:03Le temps commence à manquer, que vous montiez
32:05sur vos attentes, vos propositions.
32:07Riomont, je pense qu'on est là,
32:09c'est là où on a quelque chose d'exceptionnel,
32:11mais dans le mauvais sens du terme, qui se produit,
32:13c'est qu'on a une société qui est face à ces agresseurs
32:15qui prennent la parole, un moine par-ci,
32:17un père par-là qui était maire dans l'affaire Bétharame.
32:19On a une société qui est confrontée à ces agresseurs
32:21et on a une inertie totale des institutions.
32:23C'est-à-dire que Bétharame, personne,
32:25j'ai pas entendu François Bayrou dire, il faudrait peut-être
32:27penser à lever le contrat de l'association.
32:29C'est tabou, c'est-à-dire qu'en fait, on a des institutions
32:31pour reprendre Bétharame,
32:33par exemple, l'année dernière,
32:35le directeur de l'établissement a maintenu en poste
32:37quelqu'un qui était visé par plusieurs plaintes
32:39et qui a été placé en garde à vue.
32:41Il a été alerté par la presse,
32:43il a dit, je ne vois pas pourquoi
32:45je le suspendrai, et c'est parce que
32:47les médias ont pointé du doigt...
32:49Après, les directeurs ont changé à Bétharame.
32:51C'est celui qui est toujours en poste.
32:53On a une défaillance,
32:55mais qui est à la fois sociétale,
32:57magistrale, et il n'y a pas un contrat
32:59de l'association, c'est pareil pour Bétharame.
33:01Vous attendez au moins sur Bétharame, vous qui avez enquêté,
33:03on arrête l'établissement sous contrat,
33:05on arrête l'association.
33:07Qu'est-ce que vous attendez précisément
33:09de cette commission d'enquête ?
33:11On a parlé de crimes sexuels
33:13imprescriptibles, c'est ce que veut Constance Bertrand
33:15de Saint-Dominique de Neuilly,
33:17une loi pour les contrôles, qu'est-ce que vous attendez ?
33:21Moi, ce que je disais tout à l'heure,
33:23il faut qu'il y ait à minima une obligation de résultat
33:25quand on accueille les enfants.
33:27On a aujourd'hui Bétharame et compagnie,
33:29également le Squarnay, qu'on se rend compte qu'à l'hôpital,
33:31on laisse entre les mains d'un médecin,
33:33il peut tout faire, il n'y a pas de problème.
33:35À quel moment est-ce qu'on a une obligation de résultat
33:37quand on s'occupe d'enfants ?
33:39Il faudrait une loi pour obliger des contrôles inopinés ?
33:41Je vous prenais l'exemple, vous êtes
33:43à la tête d'une entreprise, d'une association, ce que vous voulez,
33:45vous avez la responsabilité des salariés
33:47que vous employez, donc vous avez un document unique
33:49d'évaluation des risques professionnels, faisons la même chose
33:51pour les enfants, un document unique
33:53d'évaluation des risques des violences
33:55et avec des actions concrètes qui se mettent en place.
33:57Là, c'est que du blabla, en fait, à chaque fois.
33:59Oui, moi, ce que je veux dire, simplement,
34:01c'est qu'un enfant, c'est un enfant.
34:03Qu'il soit...
34:05Il est né dans une famille catholique traditionnaliste,
34:07c'est comme ça, c'est la vie.
34:09Est-ce que, pour ça,
34:11il doit subir des choses parce qu'il n'y a pas
34:13d'intervention, en fait, extérieure ?
34:15Il faut qu'il y ait un oeil extérieur
34:17dans tous les lieux
34:19où il y a des enfants, que ce soit catholiques...
34:21On en revient au contrôle. Le contrôle,
34:23sous contrat et hors contrat, vous allez monter là-dessus ?
34:25Je voudrais rappeler une chose sans stigmatiser personne,
34:27c'est qu'un contrat d'association, c'est quoi ?
34:29C'est beaucoup d'argent public qui est mis
34:31pour enseigner, pour éduquer
34:33des enfants dans le cadre
34:35d'établissements qui sont privés.
34:37Et cet argent public, qu'il soit aujourd'hui
34:39sans aucun contrôle pendant des années,
34:41comme on le voit pour
34:43beaucoup d'établissements privés, ce n'est plus
34:45acceptable. Le contrôle sur la pédagogie,
34:47sur la gestion financière, mais aussi
34:49sur le climat scolaire et sur la protection
34:51des enfants, sur leur bien-être.
34:53C'est peu dire qu'elles sont attendues,
34:55ces conclusions, mi-juin, mais on va suivre ça
34:57sur LCP de façon, voilà,
34:59très régulière. Merci à tous.
35:01Je rappelle que vous étiez tous les trois
35:03devant cette commission. Merci d'être venus
35:05en direct. Et bonsoir à vous,
35:07André Chastengne. Merci d'être mon invité.
35:09On fera en parler dans un instant, dans quelques jours.
35:11Eh bien, vous allez retrouver votre village
35:13de Saint-Amand, Roche-Savine,
35:15dans le puits d'Aume. Vous laissez
35:17votre siège à votre suppléant.
35:19Après 23 ans de mandat,
35:21vous faites partie des recodemans
35:23à l'Assemblée. Vous allez nous dire pourquoi dans un instant.
35:25Mais d'abord, vos plus belles passes d'armes
35:27dans l'hémicycle, sous la plume de Marion Becker.
35:31Si on vous invite, André Chastengne,
35:33c'est parce que vous avez choisi
35:35de quitter l'Assemblée. Avant de donner la parole
35:37à Monsieur le Président Chastengne,
35:39qui s'apprête à quitter son mandat de député
35:41et posera donc sa dernière
35:43question au gouvernement,
35:45je souhaite saluer son parcours
35:47exceptionnel au service des Français.
35:49Et vous avez pu mesurer votre
35:51cote de popularité, si vous en doutiez.
35:57Madame la Présidente,
35:59je vous remercie pour cet hommage,
36:01mais je me dis
36:03que si l'élection au perchoir
36:05s'était faite à l'applaudissement,
36:07peut-être que j'aurais eu de la chance.
36:09Le 31 mars,
36:11vous laisserez votre siège de député
36:13après plus de 22 ans de mandat
36:15pour vous consacrer à votre village
36:17Saint-Amand-Rochestavine,
36:19500 habitants, dont vous venez
36:21d'être élu adjoint au maire.
36:23Vous ne pouvez pas cumuler,
36:25vous avez choisi vos terres, André Chastengne,
36:27là où vous avez été élu maire,
36:29puis conseiller général
36:31et député.
36:33A l'Assemblée, vous avez incarné
36:35un communisme rural.
36:37Vous, le fils d'ouvrier Michelin,
36:39entrez aux jeunesses communistes à l'âge de 16 ans.
36:41Votre combat
36:43de député, ce sont les territoires.
36:45Dans l'hémicycle,
36:47vous avez bataillé et obtenu
36:49la revalorisation des retraites agricoles.
36:51Pour beaucoup d'entre eux,
36:53c'est tout simplement la possibilité
36:55de vivre au-dessus du seuil de pauvreté.
36:57De votre vie parlementaire,
36:59passée uniquement
37:01dans l'opposition,
37:03vous laissez une voix intransigeante.
37:05Nous sommes ici
37:07pour porter une parole
37:09sans concession.
37:11Mais jamais,
37:13si bien jamais,
37:15nos débats, nos arguments
37:17ne doivent dériver avec des insultes.
37:19Une faconde inimitable.
37:21Madame la ministre,
37:23vous nous sortez un lapin
37:25de la poche
37:27et vous nous prenez
37:29pour des perdreaux de l'année.
37:31Mais surtout une voix singulière et respectée.
37:33Vous échouez de quelques voix
37:35à la présidence de l'Assemblée nationale
37:37en juillet dernier.
37:39Vous avez fait le choix, André Chassaigne,
37:41de passer la main
37:43à la nouvelle génération dans cette Assemblée
37:45dans laquelle, dites-vous,
37:47vous vous reconnaissez de moins en moins.
37:51Et bienvenue sur ce plateau, André Chassaigne.
37:53Grand plaisir de vous avoir en direct.
37:55Alors, de toutes ces années,
37:57quel est le meilleur souvenir
37:59à l'Assemblée ?
38:01Ah, le meilleur souvenir,
38:03ça devait être en 2008,
38:05je crois, quand je suis monté
38:07à la tribune pour défendre
38:09une motion de rejet
38:11sur un texte de loi
38:13qui consistait
38:15à autoriser la culture
38:17des OGM sur le territoire français.
38:19À l'époque,
38:21les discours duraient beaucoup plus longtemps,
38:23je crois que j'avais dû parler à peu près une heure,
38:25et je ne m'attendais absolument pas
38:27à ça dans une majorité de droite
38:29avec un texte qui était porté
38:31par cette majorité, bien sûr,
38:33où, à une voix près,
38:35ma motion de rejet a été votée
38:37et le texte est tombé à l'eau
38:39et on n'a pas eu de culture OGM
38:41sur le territoire français.
38:43Donc c'était une victoire déjà à l'époque de l'opposition ?
38:45C'était une victoire d'opposition.
38:47Parce que vous avez passé 23 ans à l'Assemblée,
38:49dans l'opposition, ça a fini par lasser ?
38:51C'est pas que ça finit par lasser,
38:53mais quelquefois, on se compare
38:55à ces critiques littéraires
38:57qui ont le jugement sur tout,
38:59sur le poème qui a été écrit,
39:01sur un roman, et on se dit,
39:03est-ce qu'on est soi-même
39:05à même de produire ?
39:07C'est pour cette raison que,
39:09quand on a la chance de faire passer
39:11des amendements qui ont du sens,
39:13voire des propositions de loi
39:15qu'on fait adopter à l'unanimité,
39:17on a une forme de fierté.
39:19On a le sentiment
39:21de servir à quelqu'un.
39:23Mais vous l'aimez, cette Assemblée,
39:25ce qu'elle est devenue ?
39:27Je vais vous dire d'abord
39:29ce que j'aime dans l'Assemblée,
39:31c'est le personnel de l'Assemblée.
39:33C'est les bureaux, chambres, le matin,
39:35c'est les serveurs du restaurant,
39:37c'est les chauffeurs, les huissiers,
39:39les déménageurs
39:41qui équipent nos lieux de vie.
39:43Et ça, pour moi,
39:45c'est ce qui me manquera le plus.
39:47Les personnes avec qui je discute,
39:49je m'arrête, on dit bonjour.
39:51Et vos collègues députés ?
39:53Bien sûr, les collègues députés,
39:55mais c'est différent.
39:57J'ai vécu une période
39:59où ça avait plus de sens pour moi.
40:01J'étais un député de l'opposition,
40:03je bataillais sur les textes de loi,
40:05je mettais la main dans le cambouis
40:07en essayant d'agir sur la mécanique
40:09pour essayer de faire bouger des textes de loi.
40:11Ça se faisait dans une forme de respect mutuel.
40:13Il n'y a plus de respect, aujourd'hui ?
40:15C'est différent.
40:17Ca veut dire quoi ?
40:19Ca veut dire que souvent,
40:21on est dans la radicalité du propos,
40:23une forme d'exacerbation du discours.
40:25À mon époque,
40:27il y a 20 ans,
40:29on parlait pour l'hémicycle,
40:31on parlait pour les députés qui étaient devant nous,
40:33on travaillait nos textes,
40:35on faisait des figures de style,
40:37on essayait d'avoir un talent oratoire.
40:39Et puis, aussi, on parlait pour le compte-rendu écrit.
40:41Or, aujourd'hui...
40:43On parle pour qui ?
40:45On parle pour les réseaux sociaux.
40:47La faute à qui ?
40:49La faute, c'est la société d'aujourd'hui,
40:51c'est la civilisation d'aujourd'hui.
40:53Certains groupes n'ont pas plus de responsabilités que d'autres ?
40:55Disons qu'il y a certains groupes
40:57qui ont plus d'importance que d'autres.
40:59Si je fais une bonne intervention,
41:01elle va être regardée 30 000 fois,
41:0340 000, 50 000 fois.
41:05Et la plupart des députés,
41:07beaucoup plus jeunes que moi,
41:09dès qu'ils font une intervention calibrée,
41:11ça passe sur les réseaux sociaux.
41:13Quand vous parlez de radicalité,
41:15vous pensez à la France insoumise ?
41:17Entre autres, mais c'est vrai que la France insoumise
41:19est venue avec une approche, une conception de la politique
41:21qui n'est pas forcément la mienne.
41:23Ils considèrent qu'aujourd'hui,
41:25c'est essentiellement une fonction tribunicienne,
41:27où on doit frapper les esprits,
41:29on doit frapper l'opinion,
41:31alors que je pense que c'est un seul pied,
41:33c'est la fonction tribunicienne.
41:35Il faut aussi être des fabricants de la loi.
41:37C'est-à-dire, c'est ce que je disais,
41:39fabriquer la loi.
41:41D'ailleurs, sur les Insoumis,
41:43vous n'avez pas toujours été tendre avec Jean-Luc Mélenchon,
41:45vous l'avez toujours assumé,
41:47vous avez toujours défendu un candidat communiste
41:49autonome de la gauche
41:51à la présidentielle.
41:53Il fait du mal à la gauche, aujourd'hui,
41:55Jean-Luc Mélenchon ?
41:57Je ne veux pas trop venir sur ce sujet.
41:59Souvent, d'ailleurs, les médias m'ont été ouverts
42:01pour que je dise du mal de Jean-Luc Mélenchon.
42:03Non, il peut faire du bien à la gauche.
42:05Je pense qu'il assume un choix qu'il a fait.
42:07Est-ce que ce serait le meilleur des rassembleurs
42:09pour que la gauche soit majoritaire ?
42:11Je ne le pense pas.
42:13Il n'y a pas un peu d'amertume aussi
42:15quand on voit que vous avez presque
42:17été au perchoir à quelques voix près ?
42:19Non, aucune amertume.
42:21Vraiment, aucune amertume.
42:23J'ai eu la fierté d'être désigné
42:25par les quatre groupes de gauche
42:27du Nouveau Front populaire
42:29pour porter le Nouveau Front populaire
42:31dans cette élection.
42:33Le scrutin fait
42:35que j'ai été battu de 13 voix.
42:37Pas une fois, d'ailleurs,
42:39dans mon esprit,
42:41je pouvais imaginer
42:43qu'un communiste
42:45devienne président de l'Assemblée nationale.
42:47Fils d'ouvrier chez Michelin et fier de l'être.
42:49Pour moi, ça aurait été
42:51un espèce de coup de tonnerre
42:53dans notre République.
42:55Je ne dis pas que j'aurais mal fait,
42:57mais c'est vrai que ça aurait été
42:59une révolution dans le Palais-Bourbon.
43:01On vous appelle d'aider, honnêtement.
43:03Que ce soit d'ailleurs
43:05ici, au Palais-Bourbon,
43:07ou dans le Puy-de-Dôme,
43:09mais un jour, en 2024,
43:11juste après la dissolution,
43:13il a fallu repartir en campagne.
43:15Personne ne l'avait prévu.
43:17Des électeurs de ma circonscription
43:19me l'ont dit les yeux dans les yeux.
43:21Dédé, t'es sans doute
43:23le meilleur député qu'on n'a jamais eu.
43:25On a toujours voté pour toi,
43:27mais cette fois,
43:29on ne votera pas pour toi.
43:31Le fait qu'il me dise ça, bien sûr,
43:33c'est une forme de brutalité,
43:35mais c'était peut-être pas
43:37le plus grave pour moi.
43:39C'est que quand j'ai dit ça,
43:41j'avais l'impression
43:43qu'il m'avait dit
43:45ce qui était le plus grave pour moi,
43:47c'est que quand j'ai discuté
43:49avec des maires de nos petits villages,
43:51ils me disaient, les électeurs,
43:53qui avaient fait le choix du RN
43:55et d'une candidate que personne ne connaissait,
43:57qui avait quasiment jamais mis les pieds
43:59dans la circonscription...
44:01Et ils me disaient
44:03que les électeurs viennent voter
44:05des étoiles dans les yeux.
44:07C'était pas seulement
44:09un vote de rejet,
44:11voire de simple xénophobie,
44:13tout ce qu'on peut imaginer.
44:15C'était aussi...
44:17C'était un vote d'adhésion.
44:19C'était un vote d'adhésion.
44:21L'erreur, peut-être,
44:23c'est de ne pas avoir davantage conduit
44:25la bataille idéologique
44:27et de ne pas avoir anticipé
44:29ce qui était un vote d'adhésion.
44:31Vous retournez dans votre village
44:33pour les retrouver, vos électeurs,
44:35pour préparer le terrain
44:37à votre suppléant qui va vous remplacer.
44:39Ce qui est important, c'est la transmission.
44:41J'ai vu tellement
44:43de responsables politiques
44:45d'un certain âge
44:47considérer qu'après eux,
44:49c'était la terre brûlée.
44:51Vous savez, moi, j'applique...
44:53Je vais vous faire sourire.
44:55J'applique le droit canon.
44:57Le droit du Vatican,
44:59c'est qu'à 75 ans, un curé
45:01ne doit plus avoir la charge d'une paroisse.
45:03Donc je suis à la veille
45:05de mes 75 ans,
45:07donc je pense que c'est bien...
45:09De laisser la place aux jeunes.
45:11Justement. Il n'est pas vraiment
45:13beaucoup plus jeune que vous.
45:15Stéphane Peu, j'entends,
45:17qui va reprendre les rênes du groupe
45:19communiste à l'Assemblée.
45:21Vous êtes une cheville ouvrière de ce groupe.
45:23Il y a toujours eu un groupe communiste.
45:25Qu'est-ce que vous lui dites ?
45:27Qu'est-ce qu'il faut faire pour que ce groupe perdure ?
45:29Maintenir l'équilibre.
45:31Maintenir l'équilibre entre
45:33les députés qui sont les députés
45:35communistes du groupe,
45:37les députés GRS aussi,
45:39Emmanuel Morel, et les huit députés
45:41des territoires d'Outre-mer.
45:43Maintenir l'équilibre.
45:45Considérer qu'on mène
45:47des combats communs, ça se fait
45:49dans le respect mutuel, on peut avoir
45:51des divergences d'appréciation,
45:53mais vous savez, il y a autant de sensibilité
45:55dans les députés
45:57des territoires d'Outre-mer
45:59qu'il y a aussi pas mal
46:01de sensibilités diverses
46:03parmi les députés communistes.
46:05Et ça, ça exige
46:07d'avoir de l'écoute,
46:09d'être
46:11attentif
46:13à respecter les uns et les autres.
46:15Vous allez continuer à la suivre,
46:17la politique nationale, André Chassaigne.
46:19Que sera-t-il, votre combat, demain ?
46:21Mon combat, ça va être de revenir
46:23dans mon petit village, d'abord.
46:25J'ai été adjoint au maire à 27 ans.
46:27J'ai été adjoint au maire à 27 ans.
46:29Je vais retrouver un poste de maire adjoint,
46:31m'occuper du patrimoine, de l'église
46:33qui est classé monument historique,
46:35du collège que j'ai dirigé pendant 21 ans
46:37et qui a été fermé il y a deux ans.
46:39Loin du fracas de Paris, donc,
46:41et des réseaux sociaux, j'ai bien compris.
46:43Imaginons, quand on arrive, les volcans,
46:45la montagne, le grand air...
46:47Donc, vous êtes un homme heureux.
46:49Merci infiniment, André Chassaigne.
46:51Et bon vent.
46:53Il vous reste quelques jours.
46:55Vous quittez le Palais Bourbon le 31 mars.
46:57Le 31 mars, à minuit, et j'aurai un rendez-vous
46:59avec un ministre à 17h30, le 31 mars.
47:01J'imagine le pot de départ.
47:03Tout de suite, on enchaîne pour terminer
47:05avec la question qui fâche.
47:17Bonsoir, Jonathan Ayoun.
47:19Merci d'être parmi nous,
47:21auteurs et réalisateurs de documentaires
47:23où vous doit l'excellente histoire
47:25de l'antisémitisme avec Judith Cohen-Solal
47:27en quatre épisodes diffusés sur Arte,
47:29qui a été un immense succès.
47:31Bonsoir, Nicolas Massol.
47:33Vous êtes journaliste politique à Libération
47:35en charge du suivi du RN.
47:37Voici ce soir la question qui fâche,
47:39signée par Stéphanie Despierres.
47:41La question qui fâche ce soir
47:43parle d'un voyage.
47:45C'est une première pour un président
47:47du Rassemblement national.
47:49Jordan Bardella est en Israël pour deux jours.
47:51Ce matin, il s'est rendu sur l'un des lieux
47:53des attaques du 7 octobre
47:55perpétrées par le Hamas.
47:57À ses côtés, le ministre israélien
47:59d'extrême droite qui l'a invité.
48:0142 de nos compatriotes
48:03ont été abattus.
48:05Pour nous, c'est important d'être là
48:07parce que je pense
48:09que vous avez le même ennemi
48:11que nous.
48:13En 2006, le gouvernement israélien
48:15s'était opposé à une visite de Marine Le Pen.
48:17Vingt ans plus tard,
48:19elle n'est toujours pas du voyage.
48:21Demain, les dirigeants du RN
48:23s'exprimeront lors d'une conférence
48:25sur la lutte contre l'antisémitisme
48:27à Jérusalem.
48:29Lundi, le conseil représentatif
48:31des institutions juives de France
48:33a pris ses distances avec cette invitation
48:35et a exprimé sa méfiance envers le RN.
48:37Aujourd'hui, on sent bien
48:39que ce sujet est instrumentalisé
48:41pour mettre en scène un RN nouveau
48:43dans une stratégie de conquête du pouvoir.
48:45Des propos auxquels Marine Le Pen
48:47a sèchement répliqué.
48:49Le CRIF est une structure de gauche
48:51qui prend des positions
48:53en fonction de leurs convictions politiques
48:55plutôt qu'en fonction
48:57de l'intérêt de nos compatriotes
48:59de confession juive.
49:01Le RN, depuis longtemps, cultive
49:03ses liens avec la communauté juive.
49:05Le parti veut faire oublier
49:07le révisionnisme de son fondateur
49:09et les références au nazisme
49:11de certains candidats aux législatives.
49:13Mais ce matin, le passé rattrape
49:15Jordan Bardella.
49:17Qu'est-ce que le RN a à dire
49:19sur sa repentance concernant la choix ?
49:21Qu'est-ce que vous avez à nous dire ?
49:23Rien.
49:25Je considère que la choix
49:27a été le summum de la barbarie
49:29qu'on a rompue
49:31avec ce qu'a pu être le FN.
49:33Alors, avec ce voyage en Israël,
49:35le RN est-il en train
49:37de parachever sa dédiabolisation ?
49:39Réponse, Jonathan Ayoun.
49:41C'est une étape,
49:43c'est un aboutissement pour eux,
49:45un désir contrarié depuis de très nombreuses années,
49:47voire même des décennies.
49:49Jean-Marie Le Pen lui-même avait déjà nourri
49:51d'abord le désir de se rendre en Israël,
49:53sa fille ensuite,
49:55et là, c'est un aboutissement
49:57parce que c'est une invitation officielle
49:59par un ministre israélien.
50:01Mais ce n'est pas non plus
50:03une manière de faire sauter définitivement
50:05le verrou de la dédiabolisation
50:07parce que c'est aussi un échec,
50:09c'est une victoire diplomatique,
50:11mais un échec dans sa stratégie
50:13de normalisation de ses relations
50:15avec les institutions juives françaises.
50:17Donc le désir premier du RN,
50:19c'est en France d'être un partenaire
50:21dans la lutte contre l'antisémitisme
50:23pour les Juifs.
50:25Vous pensez qu'il instrumentalise le RN
50:27ce voyage, cette première visite
50:29qu'il qualifie d'historique
50:31pour séduire les Français juifs ?
50:33Et surtout pour acquérir un certificat
50:35de respectabilité, dire que nous ne sommes plus
50:37du côté de ceux qui diffusent
50:39la haine des Juifs comme nous l'avons été
50:41par le passé. Seulement,
50:43ils le font en allant en Israël
50:45comme ils ont tenté de le faire par le passé,
50:47c'est-à-dire en désignant d'autres
50:49promoteurs de la haine des Juifs.
50:51Et pour donner l'exemple le plus...
50:53Pour un fait,
50:55depuis leur arrivée, Marion-Maréchal Le Pen,
50:57dans sa première interview
50:59sur une chaîne franco-israélienne
51:01de télévision, tout de suite a dit
51:03qu'on aurait dû écouter mon grand-père.
51:05Si on avait écouté Jean-Marie Le Pen
51:07sur ce qu'il disait de la politique
51:09d'immigration, aujourd'hui, l'antisémitisme
51:11ne serait pas ce qu'il est dans notre pays.
51:13Tout de suite, on convoque la figure
51:15historique du RN et on vient dire
51:17qu'en fait,
51:19on réhabilite cette histoire-là
51:21de l'extrême-droite
51:23en essayant de l'expurger
51:25de la manière dont elle a promu
51:27l'antisémitisme dans notre pays par le passé.
51:29Nicolas Massol, est-ce que ça marque
51:31une vraie rupture du RN
51:33ou c'est un trompe-l'œil ?
51:35Une rupture... Pas vraiment,
51:37en tout cas l'aboutissement d'une très
51:39longue stratégie qui a été menée,
51:41qui a été voulue par Marine Le Pen
51:43et, comme vous l'avez rappelé, son père
51:45avant elle, ça fait à peu près 15 ans
51:47que Marine Le Pen cherche à aller en Israël.
51:49Elle n'a pas réussi à y aller.
51:51Bon, là, c'est Jordan Bardella qui est le président du RN.
51:53Mais ça n'est pas Le Pen. Le nom de Le Pen...
51:55Il y a Marion Maréchal qui est quand même là.
51:57Donc, effectivement...
51:59Pour autant,
52:01parler de normalisation, c'est compliqué
52:03parce qu'effectivement, il y a un certain nombre
52:05d'institutions juives
52:07en France qui ont critiqué,
52:09qui sont désolidarisées et beaucoup de gens qui ont annulé
52:11leur venue à la conférence sur l'antisémitisme.
52:13Donc, à la fin, cette conférence
52:15a fini par ressembler
52:17à le type de conférence
52:19auxquelles participe le RN,
52:21c'est-à-dire quelque chose d'extrême droite
52:23avec des gens plus ou moins fréquentables,
52:25même parfois carrément peu fréquentables.
52:27Pas de gens mainstream.
52:29Il faut expliquer que ce n'est pas Israël,
52:31c'est le gouvernement
52:33et un ministre en particulier qui invitent
52:35et pas n'importe lequel.
52:37C'est une initiative du ministre
52:39des Affaires de la Diaspora et de la lutte
52:41contre l'antisémitisme, qui a donc pour fonction
52:43première, en réalité, d'être en contact
52:45avec les représentants des organisations juives
52:47à travers le monde. Là, pour le coup,
52:49il ne les a pas écoutés, puisque les organisations
52:51juives européennes et américaines
52:53ont boycotté l'événement, puisqu'il a fait le choix
52:55plutôt d'inviter l'extrême droite que de les inviter
52:57ceux qui luttent contre l'antisémitisme au quotidien.
52:59Cette initiative est décriée
53:01aussi un peu dans son exécutif,
53:03mais surtout, par exemple, par le président de l'Etat d'Israël
53:05qui a choisi, alors qu'il devait y participer,
53:07de ne pas s'y rendre et d'organiser un événement
53:09en parallèle chez lui.
53:11Et même au sein de l'exécutif israélien,
53:13il y a une envoyée spéciale
53:15à lutter contre l'antisémitisme qui,
53:17comme lui, fait le tour du monde,
53:19elle aussi ne va pas se rendre à l'événement.
53:21Pour lui aussi, c'est un ministre
53:23très ambitieux, il a un petit portefeuille,
53:25il pensait que cet événement allait le mettre
53:27sur le devant de la scène, en réalité, c'est un loupé.
53:29Et qu'est-ce qu'on peut dire, alors,
53:31de la rupture avec l'antisémitisme ?
53:33Est-ce que le RN
53:35a rompu véritablement,
53:37ou pas ?
53:39Le RN, de fait, en tout cas ses dirigeants,
53:41ses principaux dirigeants, Jordan Bardella et Marine Le Pen,
53:43ne professent plus un antisémitisme
53:45ou une vision révisionniste
53:47de l'histoire, comme le faisaient
53:49les dirigeants Jean-Marie Le Pen,
53:51à l'époque de l'ancien Front National.
53:53Pour autant...
53:55Donc il y a une mue pour vous, une réelle transformation.
53:57De la part de la tête du RN,
53:59il n'y a plus de discours antisémite.
54:01Pour autant, l'antisémitisme au RN est,
54:03on l'a vu au moment des législatives,
54:05bien moins résiduel
54:07que le RN
54:09voudrait le faire croire.
54:11Énormément de discours antisémites
54:13ont été,
54:15voilà, repérés par la presse,
54:17chez les candidats.
54:19L'antisémitisme reste plus présent
54:21dans l'électorat du RN
54:23que dans les autres électorats.
54:25Et surtout,
54:27il n'y a jamais eu
54:29la moindre repentance,
54:31la moindre discours, on va dire,
54:33du Veldiv, du RN, pour sa propre histoire.
54:35Sur la Shoah,
54:37quand ils parlent de barbarie ?
54:39Non, sur leur propre histoire.
54:41C'est-à-dire que là où la France,
54:43Jacques Chirac a reconnu les responsabilités
54:45de la France dans la déportation des Juifs
54:47en France,
54:49jamais, au grand jamais,
54:51il y a eu le début du commencement de ça.
54:53Ça, c'est quelque chose que
54:55Louis Alliot, Jordan Bardella,
54:57Marine Le Pen, notamment lorsqu'ils ont
54:59commémoré les 50 ans
55:01de la création du parti Front National,
55:03n'ont admis.
55:05Louis Alliot et Marine Le Pen,
55:07qui ont connu le Front National
55:09à l'époque où il était truffé d'antisémites.
55:11Parce que l'antisémitisme, ce n'est pas les 3 SS
55:13et les 4 anciens miliciens
55:15qui ont fondé le RN.
55:17Il était encore présent, bien présent.
55:19J'ai, sur mon bureau,
55:21que je regarde souvent, un agenda
55:23du FN qui date de la fin des années 90.
55:25Dans cet agenda du FN,
55:27vous avez des commémorations.
55:29Chaque jour, vous avez une commémoration.
55:31Vous avez Braziac qui est commémoré.
55:33Ça, c'est la fin des années 90
55:35quand Marine Le Pen et Louis Alliot
55:37étaient soit élus, soit déjà cadres
55:39du Front National.
55:41Une dédiabolisation en trompe l'œil.
55:43Aujourd'hui, cet après-midi,
55:45Jordan Bardella s'est rendu
55:47à Yad Vashem, au mémorial de la Shoah à Jérusalem.
55:49On aurait pu s'attendre
55:51non pas à un discours du Veldiv,
55:53mais à une capacité à dire
55:55que notre parti a structuré l'antisémitisme.
55:57On ne s'attendait pas à ce qu'il dise ça,
55:59mais on aurait pu s'attendre à ce qu'il s'aligne
56:01sur la position de la France
56:03depuis Jacques Chirac sur le Veldiv.
56:05Il ne l'a pas fait.
56:07On voit bien qu'il y a encore,
56:09dans cette tradition de l'extrême-droite française,
56:11une incapacité à poser les mots justes
56:13sur l'histoire de l'antisémitisme
56:15dans notre pays,
56:17et plus encore, une incapacité
56:19à pouvoir se libérer
56:21d'une capacité à plaire aux antisémites.
56:23Le RN est encore aujourd'hui,
56:25auprès des électeurs,
56:27auprès des sympathisants,
56:29le parti qui plaît le plus aux antisémites
56:31sur des préjugés, comme par exemple
56:33les Juifs ont un rapport particulier à l'argent.
56:35Un sympathisant RN sur deux adhère à cette idée-là.
56:37Donc on voit bien que non seulement
56:39ils n'ont pas fait leur mue de façade,
56:41mais ils n'ont même pas fait de travail
56:43auprès de leurs électeurs
56:45pour réussir à faire en sorte qu'ils se libèrent
56:47de ces préjugés.
56:49La question de l'électorat français-juif.
56:51Jean-Yves Camus disait
56:53dans le Figaro ce matin
56:55qu'au fond, le vrai danger pour les français-juifs
56:57c'était Jean-Luc Mélenchon,
56:59les Insoumis. Est-ce qu'on connaît,
57:01mesure, la bascule,
57:03la tentation électorale
57:05des Juifs de France pour Marine Le Pen ?
57:07Alors moi j'ai du mal
57:09à avoir des instruments de mesure
57:11de ça.
57:13Même les Français
57:15établis en Israël
57:17qui votent plutôt,
57:19qui ont plutôt voté Zemmour en 2022
57:21et plutôt
57:23Marion Maréchal aux Européennes.
57:25En fait, tout ça est noyé
57:27dans une abstention immense.
57:29Donc en fait, moi je n'arrive pas trop à voir ça.
57:31Ce qui est sûr, c'est que je vois effectivement
57:33l'instrumentalisation qu'en fait le RN
57:35qui considère effectivement
57:37que les Juifs sont d'extrême droite.
57:39Ou en tout cas, majoritairement
57:41d'extrême droite.
57:43La mise en avant de personnalités comme Julien Audoul
57:45ou les discours
57:47par exemple contre le CRIF
57:49qui est un organe représentatif
57:51des Juifs de France
57:53prouvent que
57:55la vision qu'a le RN de ça.
57:57Et c'est pour ça que je pense que M. Harfi
57:59a été un petit peu gêné
58:01par ça.
58:03Et les statistiques en fonction des intentions de vote de religion
58:05ne sont pas possibles dans notre pays, donc on ne peut pas mesurer les choses.
58:07D'un mot, tout petit mot.
58:09Ce qu'on sait juste, c'est que les Juifs votent comme les Français
58:11donc la répartition, d'ailleurs la proportion,
58:13c'est l'équivalent à celle de l'ensemble des Français.
58:15Merci beaucoup, c'était passionnant.
58:17On aurait pu continuer, mais vous entendez la cloche, c'est fini.
58:19Je vous dis à bientôt, messieurs.
58:21Et à demain, même lieu, même heure.
58:23Merci pour votre fidélité. Très belle soirée sur LCP.