Que reste-t-il de François Mitterrand ? Que reste-t-il de l'homme, de son parcours ? Que reste-il du bilan politique de celui qui fut le premier président socialiste de la Vème République ?
L'abolition de la peine de mort, bien sûr. Les mesures sociales, la cinquième semaine de congés payés, la loi sur l'égalité salariale entre hommes et femmes... L'Europe, surtout. Mais aussi la part d'ombre du personnage, les scandales financiers, les basses manoeuvres de pouvoir, les écoutes téléphoniques, les mensonges sur sa maladie... Tout au long de son règne, combinant ambition, habileté politique et cynisme, il s'est ingénié à bâtir sa propre légende. Mais l'ère Mitterrand a révélé ses limites et ses perversions, et les ambiguïtés de l'homme ont déteint sur la fonction qu'il exercait. François Mitterrand fait-il encore rêver aujourd'hui ? Que reste-t-il des années Mitterrand ?
L'abolition de la peine de mort, bien sûr. Les mesures sociales, la cinquième semaine de congés payés, la loi sur l'égalité salariale entre hommes et femmes... L'Europe, surtout. Mais aussi la part d'ombre du personnage, les scandales financiers, les basses manoeuvres de pouvoir, les écoutes téléphoniques, les mensonges sur sa maladie... Tout au long de son règne, combinant ambition, habileté politique et cynisme, il s'est ingénié à bâtir sa propre légende. Mais l'ère Mitterrand a révélé ses limites et ses perversions, et les ambiguïtés de l'homme ont déteint sur la fonction qu'il exercait. François Mitterrand fait-il encore rêver aujourd'hui ? Que reste-t-il des années Mitterrand ?
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00:00On demande parfois à des écrivains ou à des hommes politiques
00:03quelle inscription ils voudraient voir sur leur pierre tombale.
00:06J'ai beaucoup admiré ce que Willy Brandt,
00:10j'étais l'ami d'ancien chancelier allemand,
00:12a fait en effet se lire sur la sienne à Berlin.
00:15J'ai fait ce que j'ai pu.
00:17Que reste-t-il de nos amours ?
00:22Que reste-t-il de ces beaux jours ?
00:26Une photo, vieille photo de ma jeunesse.
00:34Que reste-t-il des billets doux ?
00:38Des mois d'avril, des rendez-vous,
00:42un souvenir qui me poursuit sans cesse.
00:50Bonheur fané, cheveux au vent,
00:54baisers volés, rêves mouvants.
00:58Que reste-t-il de tout cela ?
01:02Dites-le-moi.
01:06Un petit village, un vieux clocher,
01:10un paysage si bien caché
01:14et dans un nuage le cher avisage de mon passé.
01:24Il n'y a eu qu'un seul vainqueur de dimais 1981,
01:29c'est l'espoir.
01:31Arrêtez vos salades.
01:35Je suis foutu.
01:36C'est sérieux, c'est vrai.
01:38Mais nous allons commencer un traitement.
01:40Il est important que vous soyez d'accord avec ce que nous allons faire.
01:43Sinon je suis foutu.
01:44Vous ne me donnez pas le choix.
01:46Mitterrand, peu de temps après son arrivée au pouvoir,
01:48apprend qu'il a un cancer mortel,
01:50qu'il va disparaître dans les six mois,
01:52qu'il ne terminera même pas ses deux premières années de septennat.
01:55Ils ont joué au tennis et il tombe sur le terrain.
01:58Il souffrait de martyrisme et il ne se relève pas.
02:01Je lui ai appelé l'ambulance.
02:02Surtout pas, surtout pas.
02:03Et donc on l'a ramené chez lui.
02:04Il nous dit, voilà le résultat des médecins et formels,
02:08je serai mort avant la fin de l'année.
02:10Prenez vos dispositions.
02:11Il ajoute, c'est quand même rallant, c'est quand même rallant.
02:13Et puis, il décide soudain qu'il n'aurait jamais dû se laisser aller à ses confidences
02:18et il va d'une certaine façon démentir,
02:20c'est-à-dire qu'à tous ceux à qui il a confié sa maladie,
02:23il va dire, je me suis trompée, les médecins se sont trompés, je n'ai rien.
02:26La première interview qu'il a faite comme président de la République,
02:29c'était à la fin 81.
02:30Juste avant l'interview, il nous a dit bonjour très gentiment
02:34et s'adressant à moi, il m'a dit,
02:37j'espère quand même que vous allez me poser des questions sur ma santé.
02:40Monsieur le président, bonjour.
02:41Si vous le voulez bien, ma première question,
02:43je vous la pose franchement, carrément.
02:45Est-ce que vous allez bien ?
02:47Il est normal que la presse s'intéresse à la santé du président de la République.
02:52Il ne m'est jamais arrivé, depuis que j'ai l'âge adulte,
02:57d'avoir affaire pour des choses sérieuses à la médecine.
03:01Ni pour des problèmes cardiaques,
03:04ni pour des problèmes de maladies malignes,
03:06je veux dire pour des cancers.
03:07Ça ne m'est jamais arrivé.
03:09Mitterrand a employé cette expression auprès de son médecin,
03:11il lui a dit, c'est un secret d'État, c'était un mensonge d'État.
03:14Le traitement permet de vivre pendant 2, 3, 5 ans.
03:20Maximum, maximum.
03:22Évidemment, ça a duré beaucoup plus.
03:28La droite, qui avait vécu l'arrivée de François Mitterrand comme un mauvais rêve,
03:32attend que l'expérience de la gauche au pouvoir se termine en déconfiture.
03:36Et pourtant, la liste est longue des réformes
03:38qui ont profondément changé le visage de la société française.
03:42Abolition de la peine de mort,
03:44augmentation du SMIC de 10%,
03:46désallocation familiale de 25%,
03:49autorisation des radios privées,
03:51impôts sur les grandes fortunes,
03:53semaine de 39 heures,
03:54cinquième semaine de congé payé,
03:56retraite à 60 ans,
03:58égalité salariale entre hommes et femmes,
04:00sans oublier la première fête de la musique.
04:03Changer la vie avant d'être une promesse de François Mitterrand
04:06était un poème de Rimbaud.
04:09Il est élu en 81 pour faire un programme commun qui date des années 60.
04:13Ils veulent l'appliquer.
04:14C'est un programme absolument obsolète
04:17pour la France en désindustrialisation.
04:20Et elle est irrésistible.
04:22Les paysans ont disparu et la classe ouvrière est en train d'être atomisée.
04:27Il a essayé cette formule du socialisme.
04:31C'est vrai qu'il a été élu en 81,
04:33mais en tout cas il a fini par s'apercevoir,
04:34parce qu'il n'était quand même pas idiot,
04:36que ça ne pouvait pas marcher.
04:37Le socialisme à la française que voulait François Mitterrand
04:40va se heurter aux contraintes financières mondiales.
04:42Le réalisme économique l'a emporté
04:44et les vieux rêves de la gauche se sont fracassés sur la réalité.
04:48La parenthèse s'est vite refermée.
04:50La cote du président Mitterrand n'est plus que de 28% de satisfait
04:53contre 55% de mécontent.
04:57En 84,
04:59Mitterrand est le président le plus impopulaire de la Ve République.
05:02Il ne faut jamais oublier.
05:03Nous avons une conversation
05:05où il me dit en substance là,
05:08écoutez, les élections, on les a en 86,
05:11là nous sommes en 84.
05:13Ce n'est pas possible de les gagner tellement on les bat.
05:15Mais votre mission,
05:17comme on dit à la télévision dans les feuilletons,
05:19c'est de remonter suffisamment,
05:21de faire remonter suffisamment
05:23pour que je puisse rester au pouvoir,
05:27que l'opposition ne me sorte pas de l'Élysée.
05:33Bon, j'essaye de faire ce qu'il faut pour pouvoir gagner.
05:37Mais il fallait qu'il y ait un système électoral
05:41qui était conforme à la position du Parti socialiste,
05:43la proportionnelle, qui permettait d'équilibrer les forces.
05:46Tout d'un coup, crac, apparaît ce Front National
05:49que François Mitterrand a, non pas créé, mais favorisé.
05:54Pourquoi l'a-t-il fait ?
05:55Un, par cynisme.
05:56Il fallait affaiblir la droite.
05:57Le Front National était un des moyens les plus efficaces d'affaiblir la droite.
06:00C'est sûr que le jeu qu'il a mené avec Le Pen était un jeu très cynique.
06:06Quand on fait une manœuvre, il faut la faire jusqu'au bout.
06:08La proportionnelle, c'était un cadeau.
06:09Il fallait aussi donner à Le Pen la possibilité de rafler des électeurs,
06:13c'est-à-dire de communiquer.
06:14Donc, il lui fallait l'accès aux médias, l'accès à la télévision.
06:17Il y a eu cet échange de lettres quand Mitterrand a demandé,
06:22enfin dit à Le Pen qu'il avait insisté auprès des chaînes
06:24pour qu'on le traite mieux.
06:26Jean-Marie Le Pen a une idée, au sens premier du terme, géniale,
06:29c'est que l'immigration va être le fait politique majeur des 20 ans qui viennent.
06:34François Mitterrand savait aussi à quel point mettre Le Pen à la télévision,
06:37c'était mettre un tigre dans un moteur.
06:38Quand je vois les Arabes avec leur allure avachie,
06:42je me demande s'il n'y a pas un déterminisme biologique qui joue.
06:46Demain, les immigrés s'installeront chez vous, mangeront votre soupe
06:49et coucheront avec votre femme, votre fille ou votre fils.
06:53Comment décrire autrement la véritable invasion
06:57qui est en train de se produire dans notre pays ?
06:59La constitution de véritables villes étrangères,
07:02imperméables à l'autorité, aux fiscs, à la police.
07:06Et cette invasion, je ne sais pas comment dire cela autrement,
07:09qui ne cesse de croître.
07:12Comment expliquer aux gens qu'elle les menace
07:15dans l'essence même de leur liberté et de leur devenir ?
07:18Je note que vous ne considérez pas que ses propos ont une teneur raciste.
07:21Oui, mais non, je ne pense pas.
07:24Ça a fait beaucoup pour la martyrologie du Front national
07:28et son succès d'une certaine façon auprès notamment des milieux les plus populaires.
07:33Et nous voyons surgir aux élections le Front national,
07:36qui était totalement minoritaire, petit groupuscule et qui tout d'un coup monte.
07:40Mais il ne monte pas par une opération du Saint-Esprit.
07:43Ça a fait connaître le Front national, ça l'a un peu démystifié,
07:49ça l'a un peu normalisé, entre guillemets,
07:53quand on a 36 députés, on a le droit à la parole.
07:58Mitterrand a été un puissant, précieux allié pour le Front national.
08:02Oui, le FN peut dresser une statue à François Mitterrand.
08:05Aider le Front national, ça permettait de garder le pouvoir.
08:08Ça a pris une dimension que Mitterrand n'avait peut-être pas évaluée au départ.
08:12Il a libéré sans doute des forces qui lui ont quand même fini par lui échapper.
08:18Le démantèlement des chaînes de télévision et le changement de mode de scrutin,
08:22une façon pour un médecin incompétent de casser le thermomètre,
08:24faute de pouvoir guérir le malade,
08:26aurait dû amoindrir la défaite attendue.
08:29Mais François Mitterrand et le Parti socialiste sont battus en 86.
08:34Qui est battu en 86, aux législatives de 86 ?
08:37C'est pas la gauche, c'est François Mitterrand.
08:40Il ne démissionne pas, il invente la cohabitation.
08:42François Mitterrand n'avait aucun ami autour de la table.
08:44Et donc il a été extrêmement froid, il n'a serré la main à personne.
08:48Et c'est vrai que tous c'étaient des petits garçons, ils étaient tous impressionnés.
08:51François Mitterrand était très très impressionnant.
08:54Il était un monstre d'indifférence aussi.
08:57Et donc je peux comprendre que des gens ne l'aimaient pas.
08:59Pour lui, cette première séance de la cohabitation a été épouvantable.
09:04Donc il a eu le temps de dominer ça,
09:06mais quelque part il voulait monter à Chirac,
09:09que face à lui, Chirac n'existait pas.
09:13Donc il a eu cette volonté comme ça de la battre.
09:16On était dans un rapport de force assez voyou.
09:19Ferme-moi la porte pour que les collaborateurs du Premier ministre ne puissent pas venir.
09:21C'est un comportement de voyou.
09:23Et avec Jacques Chirac, c'était extrêmement tendu.
09:27Extrêmement tendu.
09:28Et il y avait eu un haut couteau, une extrême violence.
09:31Chirac, par exemple, pensait qu'il était là pour six mois, Mitterrand.
09:35Il était là pour six mois.
09:36Il va être balayé.
09:38Moi je me souviens, Chirac disant, il va être balayé.
09:41Et Jacques Chirac, à mon avis, n'a pas été loin du coup d'État.
09:45François Mitterrand écrit,
09:47« Le plus dur d'entre eux, c'est Chirac.
09:49Il faut lui casser les reins en l'usant.
09:52Avant de se demander s'ils pourraient cohabiter avec moi,
09:54ils auraient mieux fait de cohabiter entre eux. »
10:01L'élection présidentielle est dans deux ans.
10:03La première cohabitation ressemblera à une campagne électorale permanente
10:07entre le président et son Premier ministre.
10:10Pendant la première cohabitation, Chirac vient voir Mitterrand et lui dit,
10:15« J'envisage de faire un remaniement ministériel. »
10:20Et Mitterrand lui dit, « Monsieur le Premier ministre,
10:25pas de conseils à vous donner, mais
10:28ça ne marche un remaniement ministériel que quand on change le Premier ministre. »
10:33Jacques Chirac a énormément souffert.
10:35Il a terminé en lambeaux après ces deux années
10:39auprès de François Mitterrand qui l'humiliait,
10:43qui sans arrêt lui mentait.
10:47François Mitterrand qui avait dit à Valéry Giscard d'Estaing,
10:50« Vous n'avez commis qu'une seule erreur, celle de vous représenter »,
10:53pense déjà à sa réélection.
10:55Autour de lui, rare quand même,
10:58ont été ceux qui l'ont disputé de se présenter.
11:02D'abord parce qu'il y avait une cour
11:04et qu'au contraire tout le monde se pamait en disant,
11:06« Mais il n'y a que vous, François Mitterrand, qui pouvez représenter la gauche. »
11:11La dernière fois où je l'ai vu, seule, c'était en 88.
11:14Il s'est interrogé pour savoir s'il allait se représenter ou pas.
11:18Il m'a dit, « Mais tous les hommes de ma famille sont morts à 80 ans,
11:21donc si je recommence,
11:23j'ai écouté tant qu'à mourir, mourir à l'Élysée. »
11:26Mon envie, mon désir n'est pas d'être candidat.
11:29Donc n'attendez rien de moi.
11:31J'en suis navré, parce que ça me plairait,
11:34ça me plairait vous faire des confidences.
11:36Mais je ne les ferai pas d'ailleurs.
11:38Je ne suis pas aucune confidence.
11:40Je connais mon désir.
11:41Mon désir n'est pas de rester président de la République.
11:43« Vous me permettez de prendre un pari ? »
11:45« Oui, dites-moi. »
11:46« Vous serez candidat ? »
11:48« Écoutez, prenez vos risques. »
11:49« Monsieur le Président, êtes-vous à nouveau candidat
11:52à la présidence de la République ? »
11:54« Oui. »
11:56« Vous avez mûrement réfléchi ? »
11:59« Je le crois. »
12:00Pour lui, comptait le fait de gagner cette élection présidentielle de 88.
12:06C'est-à-dire de montrer qu'il était le plus fort.
12:08« François Mitterrand, Mitterrand, Mitterrand ! »
12:12« Voilà donc l'image de ce nouveau président de la République.
12:15François Mitterrand vient d'être réélu,
12:17selon l'estimation Bulle BVA,
12:19avec 53,9% des voix. »
12:24François Mitterrand dira après sa victoire,
12:26« La meilleure partie de moi-même me conseillait de ne pas me représenter.
12:29Mais finalement, c'est l'autre qui l'a emporté. »
12:33C'est évident que le second mandat est un mandat de trop,
12:36un mandat raté,
12:37un mandat de l'enfermement et de la dérive monarchique.
12:46« Je pense que les présidents de la République
12:48vivent trop comme vivaient les monarques bourgeois
12:52de la moitié du XIXe siècle.
12:54Et qu'il faudrait cesser cette sorte de disparité
12:57entre les exigences de la vie moderne
13:00et ces personnages confinés derrière des protocoles désuets. »
13:04François Mitterrand nomme Michel Rocard au poste de Premier ministre.
13:07Il avait confié à des journalistes
13:09« Rocard n'a pas les capacités pour cette fonction.
13:11Mais puisque les Français le veulent, ils l'auront. »
13:14Alors qu'il lui demandait qui il voyait pour lui succéder,
13:17il avait répondu
13:18« Par ordre de préférence, Jacques Delors, Raymond Bas,
13:22Giscard d'Estaing, mon chien, Michel Rocard. »
13:25« Il n'avait pas, je prendrais un vocabulaire mitterrandien,
13:30une appétence particulière.
13:32Je ne suis pas sûr qu'il lui ait facilité le travail.
13:34Il était assez dur, trop dur avec Rocard. »
13:38« Il l'a nommé, mais avec l'idée derrière la tête
13:41qu'il se casse la figure, ça c'était absolument évident.
13:44D'ailleurs, il lui a mené une vie absolument infernale. »
13:49« Il n'a pas de mot assez dur pour Rocard,
13:51c'est d'un mépris absolu.
13:53Même lorsqu'il le nomme Premier ministre,
13:57il dit à tous ses proches
14:00Dans l'Hexagone, François Mitterrand s'ennuie,
14:03ne se passionne plus pour grand-chose
14:05et laisse son Premier ministre dans les traquats nationaux.
14:08Il voyage pour renforcer sa stature à l'étranger,
14:11est omniprésent sur la scène internationale,
14:13et n'en parle plus.
14:15Il n'en parle plus.
14:17Il n'en parle plus.
14:19Il n'en parle plus.
14:21Il n'en parle plus.
14:23Il n'en parle plus.
14:25Il n'en parle plus.
14:27La fin de l'Union soviétique,
14:29puis la réunification de l'Allemagne,
14:31l'inquiètent.
14:47« Tous les chefs d'état et de gouvernement
14:50au moment de la chute du Mur, sont paniqués.
14:54Tout le monde cherche à freiner
14:56l'histoire. L'histoire va trop vite. De manière surprenante, aucun chef d'État,
15:02personne n'a anticipé que le mur allait s'effondrer.
15:05Bush a dit à François Mitterrand, devant moi, qu'il y aurait peut-être une réunification
15:09dans 5 ans, peut-être dans 20 ans. Voyez, on est en décembre 89.
15:13Quand le mur tombe, il ne comprend pas que c'est définitif et qu'au fond tout ce
15:20monde de la guerre froide qu'il a connu et qui a accompagné toute sa carrière politique,
15:25est bel et bien terminé. Il n'a pas su accompagner ce grand changement,
15:30ce grand basculement historique. Et au moment de l'écroulement du mur de Berlin, il n'a
15:35pas eu incontestablement les mots qu'on attendait.
15:37Ça regarde l'Allemagne. Moi, je n'entends pas du tout dicter à l'Allemagne ce que sera
15:43son statut futur et de quelle manière déterminera ses alliances et la nature de ses alliances.
15:49Ça regarde l'Allemagne. Et on l'a vu aussi lorsque s'est précisé
15:52la perspective d'un éclatement de l'Union soviétique que Mitterrand redoutait beaucoup.
15:58Il va faire une erreur de jugement. Cet homme si passionné d'histoire, au fond, il ne
16:02va pas comprendre que l'histoire a changé. Il n'y a pas de visionnaire chez Mitterrand.
16:06On peut reprendre tous les textes de Mitterrand. Il n'a rien compris à ce qui se passait
16:10finalement dans le monde. Finalement, ce qui aurait pu être le grand
16:17fantôme de cette période, c'est Michel Rocard.
16:21Rocard est bon. Rocard réforme. Rocard redresse le pays, ce que Mitterrand a raté en 81-83.
16:27Donc, il faut tuer Rocard. Les deux hommes s'entendaient si mal qu'à
16:30un moment donné, la rupture était évidente. François Mitterrand exige de Michel Rocard
16:38qu'il lui remette sa démission. Lorsque Michel Rocard est parti, donc trois
16:43ans jour pour jour après avoir été nommé, c'était en 91, la succession des premiers
16:51ministres a été catastrophique par la suite. Edith Cresson devient premier ministre. François
16:57Mitterrand dira « Quand j'ai nommé Edith Cresson, je lui ai dit qu'elle avait le
17:00devoir d'être impopulaire. Je ne pensais pas qu'elle réussirait aussi bien. »
17:04Les propos maladroits d'Edith Cresson sur les Anglais, tous homosexuels, sur les Japonais,
17:09un peuple de fourmis, où sa remarque « la bourse, j'en ai rien à cirer » vont effriter
17:13sa crédibilité et l'obliger à céder sa place à Pierre Bérégovoy. Le nouveau premier
17:19ministre se veut exemplaire et prend la tête d'une croisade contre la corruption, les
17:23scandales politico-financiers et autres délits d'initiés.
17:26Mais les révélations par la presse d'un prêt sans intérêt et jamais remboursé,
17:34accordé à Pierre Bérégovoy par un ami du président à la réputation sulfureuse,
17:38Roger Patrice Pellat, vont faire l'effet d'une bombe et aggraver le rejet de la gauche.
17:43A la veille d'une défaite électorale annoncée, le premier ministre apparaît politiquement
17:47miné par cette affaire. « C'était quelqu'un qui était complètement
17:50déprimé. Il était dans la spirale descendante de la désolation. Il était catastrophé.
17:57Je suivais deux ou trois conseils des ministres avant. J'étais assis à côté de lui toujours
18:03comme ministre d'État. J'étais là et il ne suivait rien du conseil. Il me disait
18:10enfin Roland, toi qui connais, qui est avocat, tu connais les juges, comment expliques-tu
18:17qu'un juge puisse donner des pièces de dossier comme ça à des journalistes ? »
18:20« Mitterrand le prenait le plus souvent possible. Mais il nous a dit, on a été plusieurs à
18:25qui il disait, mais il faut qu'il sorte de là Bérégovoy, il faut qu'il pense à
18:31l'avenir. J'essaye de lui faire penser à l'avenir, mais je n'y arrive pas. »
18:36« Moi j'ai vu ça à un poste d'observation exceptionnel. Je faisais mon service militaire
18:40à Matignon, au service de presse. Et donc plusieurs fois par jour, je rentrais dans
18:44le bureau de Bérégovoy et je voyais un homme accablé. Je ne me rendais pas compte qu'il
18:48y avait par-delà une dépression totale de cet homme. Cet homme faisait des conférences
18:52de presse. Il y avait tellement peu de journalistes qui venaient qu'on nous demandait à nous,
18:57les petits militaires du service, de venir s'asseoir dans la salle comme si on était
19:01des stagiaires de journaux. »
19:02« Tous les élus, à chaque fois qu'ils allaient dans la circonscription, étaient
19:07vilipendés, sifflés, hués. »
19:16Aux élections législatives de mars 1993, le Parti socialiste connaît une défaite
19:21sans précédent et perd la moitié de son électorat. Son groupe parlementaire est réduit
19:26à 56 députés. L'opposition enregistre un succès historique. La nouvelle majorité
19:31peut compter sur le nombre impressionnant de 484 élus, sur un total de 577.
19:36La débâcle du PS impose une seconde cohabitation à François Mitterrand, qui nomme Édouard
19:43Balladur à la tête du gouvernement. François Mitterrand rappelle que réélu pour sept
19:49ans en 1988, il accomplira la totalité de son second mandat.
19:53Comparé à la première cohabitation, la deuxième sera qualifiée de consensuelle,
20:01une cohabitation de velours, moins tumultueuse. Même si à l'Elysée l'ambiance est crépusculaire,
20:08les deux hommes vont cohabiter sans accroc.
20:10Après moins d'un an à Matignon, Pierre Bérégovoy quitte ses fonctions de premier
20:21ministre. Au vibrant hommage de François Mitterrand à la politique qu'il a menée,
20:25il répond « non, ce que j'ai fait est inacceptable et impardonnable ».
20:29Pierre Bérégovoy a été abandonné après la défaite terrible des législatives. Contrairement
20:36à ce qui a été dit, il ne recevait pas de signes. Il était seul.
20:41Il a pris tout sur lui. Il a eu une dépression au sens physique, médical. Et je me rappelle,
20:52on était à l'Assemblée nationale à ce moment-là, ensemble, il me disait « mais
20:58tout est de ma faute, j'ai plus rien à faire, regarde mon carnet de rendez-vous,
21:03j'ai plus rien ». Et en plus il y a eu quelques scènes qui étaient pénibles où,
21:09alors qu'il était premier ministre quelques jours auparavant, il allait dans des réunions
21:13socialistes et les Irak socialistes le considéraient comme peu de choses. Donc c'est très dur.
21:20Et on a essayé de l'entourer mais peut-être pas assez. Et puis voilà, il s'est tué.
21:30Et c'est peut-être reproché aussi de ne pas avoir assez communiqué avec lui, de
21:36pas avoir été assez attentif avec lui.
21:40Est-ce qu'il se l'est reproché ? C'est possible. Mais là encore, en faisant preuve
21:49quand même d'un aplomb et d'une mauvaise foi incroyable.
21:54Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur
22:01d'un homme et finalement sa vie au prix d'un double manquement de ses accusateurs
22:08aux lois fondamentales de notre République.
22:10Si on regarde bien la phrase, les journalistes c'est « ils ». Ils ont, les journalistes,
22:15livré l'honneur de cet homme Bérigauvois aux chiens, c'est-à-dire vous. Les Français
22:19avident de scandales, utilisez tous les journaux dès qu'il y a un scandale. Donc les chiens
22:22c'est les lecteurs dans l'esprit de Mitterrand. Par ailleurs c'est faux. Qui a sacrifié
22:27Bérigauvois ? C'est Mitterrand.
22:28Le suicide de Bérigauvois c'est le suicide des désillusions, c'est la marque des désillusions
22:33de la gauche, bien plus que celle d'un homme attaqué par la presse.
22:38C'est ça qui a tué Bérigauvois. C'est la machine classique politique qui broie les
22:42hommes et c'est la cruauté effroyable de Mitterrand, mais qui a permis à Mitterrand
22:47de faire la carrière qu'il a faite.
22:49On a beaucoup brodé sur le suicide, on a même cru que ce n'était pas un suicide,
22:53que c'était une exécution. On racontait n'importe quoi. Et je lui ai dit, tous les
22:57gens de droite, ils racontent partout que c'est vous qui avez fait assassiner Bérigauvois.
23:02Mitterrand me regarde et me dit, Roland, ce n'est pas par lui que je commencerai.
23:19Un an après, il y a eu un deuxième suicide, qui est ce François de Grossouvre qui se suicide
23:25au pied de son maître, dans le palais présidentiel lui-même, dans son bureau.
23:33François de Grossouvre, l'éminence grise de François Mitterrand, est retrouvé mort
23:37d'une balle dans la tête dans son bureau de l'Elysée, un Magnum 357 à la main.
23:42Dans l'ombre depuis 35 ans, il connaissait les moindres secrets de François Mitterrand.
23:47Il avait joué un rôle clé dans le financement des campagnes électorales de 1974 à 1981.
23:53A l'Elysée, il avait ses propres secrétaires et ses gardes du corps personnels.
24:00Cet homme racontait beaucoup de choses, fantasques, invérifiables. Il disait,
24:05aujourd'hui il n'y a plus que l'argent et la mort qui l'intéressent. Et il le disait
24:10dans son appartement et il me recevait dans cet appartement comme une provocation.
24:14Il était extrêmement aigri, vindicatif, vitupérant contre les voleurs, disait-il,
24:23qui entouraient Mitterrand, critiquant l'enfermement du roi dans sa cour.
24:31Il passait sa vie à cracher sur Mitterrand. C'était obsessionnel. Il essayait de me raconter
24:38des horreurs sur Mitterrand. À chaque fois que je le voyais, je suis allée voir Mitterrand en disant,
24:44pourquoi vous acceptez d'avoir à l'intérieur de l'Elysée un soi-disant conseiller qui passe
24:51son temps à appeler tout Paris pour vous cracher à la gueule ? En le gardant au sein même des
24:57appartements de la République, il discréditait son témoignage. Ça vous donne tout à fait une idée
25:02de ce qu'était Mitterrand, c'est-à-dire un sens de la manipulation très fine. L'abandon
25:09mitterrandien, la disgrâce mitterrandienne, c'était un poison pour ces gens-là qui avaient fait
25:15toute leur vie dans la dévotion à Mitterrand. Mitterrand prenait les hommes, les utilisait et
25:19les jetait. D'un mot, d'un geste. Il y avait un lien très profond entre ces deux hommes,
25:25François de Grossouve et le parrain de Mazarine Pinjot. François de Grossouve était chargé de
25:33veiller sur Mazarine, la fille cachée du président François Mitterrand, né en 1974 d'une relation
25:39extra-conjugale avec Anne Pinjot. Mazarine doit vivre dans l'ombre, le public ne doit rien savoir.
25:45Mais il y a les rumeurs, il faut sans cesse les démentir, scruter la presse. On n'arrivait pas à
25:52le croire, ça paraissait absolument incroyable que le président de la République ait un enfant caché
25:56et qu'il ait pu le dissimuler à la France entière. Vous savez quand on arrive dans une école, on vous
26:02fait remplir une fiche, votre nom, père, mère, etc, profession du père. Et la gosse, elle avait
26:09dit président de la République. C'est arrivé à l'instituteur. Il a dit à Anne Pinjot, nous sommes inquiets
26:15pour la santé mentale de Mazarine, parce qu'elle nous a dit que son père était président de la
26:20République. Et Mazarine ne se cache pas qu'elle est la fille du président de la République.
26:26Tout le monde dans son lycée sait qu'elle est la fille du président de la République. Ma fille était
26:33en classe, dans la même classe, tout le monde connaissait. Elle allait faire du cheval à l'école
26:40militaire, tout le monde le savait. Les gens qui étaient là, Mazarine, c'était la fille du président.
26:46Les journalistes qui avaient vu Mazarine ou qui avaient vu Mitterrand avec Mazarine n'avaient
26:51pas toujours fait le lien et en tout cas pas osé, non seulement briser le tabou en l'interrogeant,
26:58mais même y songer. Comment un homme politique a pu cacher ? Non, il n'a pas caché. Mais comment
27:05les journalistes ne l'ont pas révélé ? Non, ils ne l'ont pas révélé. Il a fallu que ça vienne de
27:11François Mitterrand lui-même. François Mitterrand décide de révéler l'existence de sa fille Mazarine.
27:18Jusqu'alors, il s'était employé à maintenir le secret. Depuis 13 ans, huit supergendarmes veillaient
27:24en permanence sur la maîtresse et l'enfant illégitime de François Mitterrand.
27:27Par l'entremise de Rouland Dumas, négociations s'engagent pour savoir comment révéler au monde
27:36l'existence de Mazarine. Donc c'est une révélation à la fois volée et consentie qu'il va organiser,
27:41je crois, en novembre 94. Mazarine, on lui demande, comment votre père a-t-il pu imposer le silence,
27:48maintenir le secret autour de votre existence et celui de votre mère ? Et Mazarine répond,
27:53si j'ai bonne mémoire, mais par la crainte qui l'inspirait à tous. Mitterrand n'est jamais
27:58passé pour un parangon de fidélité. Mais quand on est en politique, on ne divorce pas. Daniel
28:05Mitterrand a sa vie, il a sa vie. Il faut savoir que Daniel avait son partenaire, son amant,
28:11cinq ans avant que Mitterrand ait tombé amoureux d'Impaggio. Et cet amant, Jean Balancy,
28:20était avec elle pendant 23 ans. Et Rue de Bièvre, ils étaient tous ensemble, tous les trois habitaient
28:28Rue de Bièvre. Quand Mitterrand disait, je ne peux pas intédir à ma femme ce que je maîtrise à moi-même.
28:35Un président marié ne pouvait pas avoir un deuxième foyer et donc une fille. Je crois qu'il y a
28:43une raison aussi totalement politique. Donc il fallait qu'il protège de façon absolue
28:49l'existence de ce deuxième foyer. Alors à partir du moment où il y avait des gens qui risquaient,
28:55même inopinément, de révéler cette vie, ben il devenait un peu... Objectivement, il perdait un peu la raison.
29:03De cet homme dont on attendait le retour et le triomphe de la moralité publique, on a été surpris
29:08de trouver les écoutes téléphoniques et autres vicissitudes. De lien en lien, par une forme de
29:13capillarité, ce système va devenir fou puisque tout le monde va être écouté. Je l'ai découvert
29:18à mes dépens avec les écoutes téléphoniques de la cellule de l'Elysée, cette fameuse cellule
29:22qui protégeait le secret du prince, qui deviendra un cabinet noir, un cabinet d'espionnage, à la main
29:29du président lui-même et hors de toute légalité. Mitterrand devenait un peu obsédé par ces problèmes-là.
29:38Mais dans cette tradition monarchique, quand même, protéger le monarque, c'était fondamental.
29:44Christian Proutot, chargé de la sécurité de François Mitterrand et responsable du groupe
29:52d'intervention de la gendarmerie nationale, était la nounou attitrée de Mazarine. Pour cette mission
29:57très spéciale, il sera fait officier de la Légion d'honneur. Christian Proutot, nous vous faisons
30:03officier de la Légion d'honneur. L'extension, disons, que Mitterrand et les gens qui l'entouraient
30:16à l'Elysée ont donnée à ce système est évidemment absolument injustifiable. Mais alors il l'a niée
30:22avec une superbe, absolument incroyable, cette scène où Mitterrand est questionné par un journaliste
30:27belge sur les écoutes téléphoniques. Alors monsieur le président, cette fameuse histoire des écoutes
30:31téléphoniques qui auraient été commandées par l'Elysée... Il n'y a pas de service d'écoute à l'Elysée.
30:36Il ne peut pas y en avoir. Je ne sais pas comment on fait, d'ailleurs, des écoutes. Mais il s'agissait
30:42d'écoutes qui auraient été commandées par la cellule antiterroriste de l'Elysée, bien sûr, pas...
30:46Vous voulez qu'on s'enfonce encore un peu plus. Je n'ai pas l'intention, à vous, qui n'a rien autorisé à cela,
30:53de répondre à vos questions. Je voulais vous demander justement si le fait de décorer M. Proutot
31:00n'avait pas été pour vous. Votre conversation est terminée, monsieur. Si vous voulez bien, nous allons nous séparer.
31:05Je ne pensais pas qu'on allait tomber dans le tel degré de vilainie. Mais monsieur le président, s'il n'y s'agissait pas de ça...
31:16C'est terminé. Ils font leur vrai travail. Ils ne se contentent pas, à la française, d'une question.
31:22Ils le relancent trois fois, quatre fois, au point que c'est lui qui quitte son propre bureau.
31:28Il appuie sur une sonnette et il fait vider les journalistes. C'est là où l'on voit l'extraordinaire aplomb qu'il pouvait avoir.
31:35Un culot d'enfer. D'un autre côté, ce n'est pas ce qui restera de mieux de François Mitterrand que ses écoutes téléphoniques.
31:42On va préférer que dans sa vie, dans sa biographie, ça disparaisse.
31:48Le journaliste Pierre Péance apprête à publier un livre, Une jeunesse française, qui se penche sur le François Mitterrand jeune homme des années 30-40.
31:55L'itinéraire très complexe, atypique, du futur président de la République.
32:00Contractuel du gouvernement de Vichy, puis employé au commissariat aux prisonniers de guerre, il en démissionne et s'engage dans la résistance.
32:08Mais cette période, contrastée, a deux versants. Il est résistant, mais il est décoré par Vichy.
32:14De plus, tout ce que colportait l'extrême droite la plus haineuse semble être vrai.
32:18L'étudiant sympathisant avec les croix de feu, la francisque décernée par le maréchal Pétain.
32:24L'image du résistant incontestable va s'estomper, au profit d'un portrait plus flou.
32:31François Mitterrand avait écrit, « Je hais ceux qui veulent fouiller, juger. Les inquisiteurs sont des lâches. »
32:39Je ne savais pas si ça allait être une bombe, mais je pensais en tout cas que ça risquait de poser quelques problèmes.
32:47François Mitterrand n'était pas chaud du tout. Il me disait « Mais à quoi ça sert ? » etc. Et donc, il estimait qu'il n'avait rien à se reprocher.
33:01Mitterrand, à mon avis, aide Pétain par distraction. C'est-à-dire qu'il ne voudrait pas l'aider, mais il est vieux, il est fatigué, il ne contrôle plus tout.
33:09Ce qui est très extraordinaire dans l'histoire de Mitterrand, c'est que tout le monde savait tout, mais rien ne paraissait. Rien.
33:16Il avait une telle force de persuasion qu'il avait réussi à faire oublier complètement cette période.
33:23J'ai trouvé des choses dont lui-même ne se souvenait plus. Et très rapidement, il m'a dit « Mais vous connaissez mieux ma jeunesse que moi.
33:30La photo et la manifestation sur les métèques, c'est la seule qu'il a refusée. Il reconnaissait que c'était lui sur la photo, mais il disait que ce n'était pas possible.
33:42Jusqu'à la fin, il refusait l'histoire de la manifestation entre les métèques. Je ne lui ai pas parlé non plus de la photo avec Pétain. Il n'est jamais, jamais intervenu.
33:52Ce qui est plus choquant que l'affaire Vichy, c'est l'affaire Bousquet. Ce qui est plus étrange, c'est son amitié avec Bousquet.
34:00Pierre Péon va révéler que François Mitterrand a conservé jusqu'au soir de sa vie des relations d'amitié avec René Bousquet.
34:07Ancien secrétaire général de la police de Vichy, il avait joué un rôle central dans la collaboration policière avec l'occupant allemand pour arrêter les Juifs étrangers et accélérer leur déportation.
34:18Il avait déclaré « Nous les chercherons. Nous les prendrons là où ils sont. Quel que soit l'issue de la guerre, le problème juif devra être résolu. »
34:28L'affaire Bousquet, elle va prendre le pas parce que Bousquet est vivant et qu'on le voit effectivement sur cette fameuse photo où il déjeune à l'Atchée chez Mitterrand.
34:36Et on voit que, jusque très tard, il a poursuivi des relations très étroites avec Mitterrand dont il avait financé notamment les campagnes électorales.
34:44Président Mitterrand ! Président Mitterrand ! Président Mitterrand ! Président Mitterrand ! Président Mitterrand ! Président Mitterrand !
34:59Bousquet s'était mis à la disposition de Mitterrand et de tous les candidats que patronnait Mitterrand.
35:05Et donc c'est comme ça que ce lien s'est maintenu jusqu'au jour où on a découvert qu'il était plus qu'un collaborateur, il avait été l'auteur de la RAF du Lviv, ce qui était pire que tout.
35:18En 1978, le magazine L'Express publie un entretien avec Darquier de Pellepoix, directeur du commissariat général aux questions juives, condamné à mort à la libération et exilé en Espagne.
35:29Il y déclare notamment « à Auschwitz, on a gazé, oui, c'est vrai, mais on y a gazé uniquement les poux ».
35:37Face aux journalistes, il nie la réalité de la Shoah, puis attribue à René Bousquet toute la responsabilité dans la RAF le Lviv.
35:45Quelques semaines plus tard, l'affaire Darquier de Pellepoix arrive et je lui dis « votre ami Bousquet, c'est quand même un monstre ».
35:51Il m'a dit « je ne le verrai plus jamais », ce qui n'était pas vrai, puisqu'il a continué à le voir.
35:56Il m'a menti, là, oui.
35:58Il a fallu cette ordure de Darquier de Pellepoix pour que toute l'histoire du Veldiv ressorte en pleine lumière et en lumière crue.
36:07Il n'était vraiment pas désireux de savoir, le père Mitterrand.
36:10Beaucoup de ses proches vont nier cette proximité.
36:13Mitterrand ne savait pas que les relations avec Bousquet se sont arrêtées très très tôt, ce qui est tout à fait faux.
36:20Les relations avec Bousquet ont continué très tard.
36:23Et Mitterrand savait évidemment parfaitement à qui il avait affaire, puisqu'il l'avait connu à Vichy.
36:27Mais enfin, Bousquet, tout le monde savait qui c'était.
36:29Tout le monde savait ce qu'il faisait.
36:31Tout le monde connaissait l'ampleur de ses responsabilités.
36:34À la Libération, quand Bousquet est jugé, il n'est pas jugé pour avoir tué des juifs.
36:41Parce qu'à la Libération, on s'en fout.
36:45Ce n'était pas un crime.
36:47C'est après qu'on va considérer que c'était un crime.
36:52C'est terrible de dire ça, mais les nazis ont déporté les juifs, point.
36:58Donc il n'y a pas de Français qui ont participé.
37:02Il est là-dedans, Mitterrand.
37:04Je crois qu'il n'a pas pris la mesure de ce qu'a été la participation policière à la rafle du Val-d'Ivre de juillet 1942.
37:12Il refuse de s'expliquer jusqu'au bout.
37:14Il refuse de se justifier.
37:16Et il ne le fait pas.
37:18Il ne le fait pas par une sorte d'entêtement orgueilleux.
37:20Il faut vous expliquer sur Vichy et sur Bousquet particulièrement.
37:24Admettez-le.
37:28Il hésite.
37:30Et il me lance un regard mauvais et persécuté en me disant, vous aussi.
37:34René Bousquet est enterré dans un cimetière du sud-ouest.
37:36Le fils de René Bousquet m'avait même dit qu'on lui avait rapporté que Mitterrand était venu se recueillir sur sa tombe.
37:42Mitterrand n'était pas un homme de remords ni de regrets.
37:47Il se défendait d'avoir eu tort même quand il savait qu'il avait eu tort.
37:51Le seul sujet qui lui causait, non pas un remord, mais une inquiétude si on l'interrogeait, c'était la justice militaire accordée en Algérie.
37:59Si on découpe le parcours de Mitterrand, on trouve Bousquet et on trouve l'Algérie.
38:07Mitterrand a eu beaucoup de chance que pendant son double septennat, on ne revisite pas l'histoire algérienne.
38:15On a commencé à ouvrir le couvercle sur Vichy mais pas sur la guerre d'Algérie.
38:19En 1954, François Mitterrand est ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Pierre Mendès-France.
38:25Opposé à l'indépendance de l'Algérie, il déclare, la seule négociation avec la rébellion algérienne, c'est la guerre.
38:31Nommé garde des Sceaux, François Mitterrand est chargé de défendre le projet de loi remettant les pouvoirs spéciaux à l'armée.
38:38Pour lui, la République ne pouvait pas s'épanouir sans un empire.
38:44Il fallait être dans un fait colonial qui était légitime.
38:46Quel archaïsme, quel archaïsme chez cet homme.
38:49Il fallait le courage et la vision historique du général de Gaulle pour comprendre que la France et l'Algérie pourraient continuer leur histoire en marchant côte à côte.
39:00Il n'a rien compris à la légitimité de ceux qui étaient pour la décolonisation.
39:05Absolument rien.
39:06Il a tout faux sur ce dossier là.
39:07Mais il a faux surtout moralement.
39:09Puisque pour garder les colonies, il était prêt à cautionner des exécutions, une justice entièrement militaire.
39:15Et sans doute était-il informé pour la pratique de la torture.
39:19Et sans doute n'a-t-il, comme beaucoup de politiques, rien dit.
39:22C'était le garde des Sceaux qui accompagnait la guerre d'Algérie.
39:25Donc il avait été du côté de la guerre d'Algérie, de l'aveuglement, de la torture.
39:30Nous nous châtirons d'une manière implacable, sans autre souci que celui de la justice.
39:35Et en la circonstance, la justice exige la rigueur.
39:39Les responsables seront soumis, comme tout criminel, à la loi.
39:43La loi sera appliquée.
39:44Du temps de la guerre d'Algérie, c'est sous François Mitterrand qu'il y a eu le plus grand nombre d'exécutions capitales.
39:53C'est sous François Mitterrand, garde des Sceaux, le Président,
39:57au nom duquel est associée l'idée de l'abolition de la peine de mort.
40:01C'est sous sa gouvernance comme garde des Sceaux, ministre de la Justice,
40:07qu'il y a eu le plus de gens, de civils, qui ont eu la tête coupée.
40:13Et qui ont eu la tête coupée, on a les documents depuis.
40:16Il était le plus dur dans les comités d'appel.
40:19Et dans beaucoup de cas, c'était contre l'avis du Président de la République.
40:23Il est incontestable, alors qu'il a eu la main lourde.
40:26Et il a fait exécuter 50 personnes.
40:29Mendes France, lui, était souvent partisan de mesure de clémence.
40:33Ce qui n'était pas du tout le cas de Mitterrand.
40:35Il n'avait encore jamais été Président du Conseil.
40:38Il pensait qu'il pouvait le devenir.
40:41Et qu'il ne fallait surtout pas, dans ce climat-là, qu'il donne des signes de faiblesse.
40:45La gauche a vécu dans une illusion pendant très longtemps
40:48que jamais Mitterrand n'avait eu ce passé au ministère de la Justice.
40:52Que jamais Mitterrand n'avait eu ce passé pendant la Seconde Guerre mondiale.
40:56Je crois qu'aujourd'hui, il y a des choses qu'on ne peut plus soutenir.
41:01On ne peut pas soutenir que Mitterrand n'était pas avichy.
41:04Qu'il n'a pas fait exécuter 50 personnes quand il était garde des Sceaux.
41:1050 Algériens. Il y a les faits qui sont là, on ne peut pas les nier.
41:15Depuis que sa maladie est devenue publique,
41:18on admire le courage du Président,
41:21face au mal qui chaque jour gagne du terrain.
41:24Edouard Balladur est toujours à Matignon.
41:27Chaque mercredi, au Conseil des ministres, il m'ausculte.
41:30Et il se demande quand.
41:33Quand il me serre la main, j'ai l'impression qu'il prenne mon pouls, ma tension.
41:36Je ne peux plus aller aux toilettes sans qu'on y minute ma présence.
41:39Qu'est-ce que j'ai devant moi ? J'ai à accomplir ma tâche.
41:42La tâche pour laquelle les Français m'ont élu.
41:45Dis-moi, c'est à ma portée.
41:48Et même davantage, je l'espère.
41:51Ensuite, j'aurai des préoccupations de caractère privé.
41:55L'essentiel, c'est que je puisse parvenir au terme de mon mandat.
42:01La question ne semble pas poser.
42:04Il souffrait et à la fin, il ne pouvait plus le cacher.
42:08Et pour lui, que j'avais côtoyé en majesté,
42:14se sentir lui-même affaibli, il n'aimait pas ça.
42:17Même Balladur, d'ailleurs, gommait et en tout cas cachait,
42:23ne livrait pas ce qu'il voyait de Mitterrand et qui était la réalité.
42:27C'est-à-dire que Mitterrand passait parfois des journées et des journées couchées.
42:31Il avait deux heures de véritable présence, voire lucidité,
42:37où à la fin, il recevait dans une chambre qui avait été installée
42:41au rez-de-chaussée de l'Elysée où il était pris dans cette bataille avec la mort.
42:46Au Conseil des ministres, il y avait des médecins.
42:48Il y avait notamment Bernard Debré qui était ministre de la coopération, je crois,
42:50et qui, toutes les semaines, était au Conseil des ministres.
42:52Et qui faisait des petites notes à Édouard Balladur.
42:54Il n'en a plus que pour 15 jours. Le mois prochain, il est mort.
42:57Préparez-vous à être candidat. Il n'ira pas au bout de son septennat.
43:01Absolument faux. Absolument faux.
43:03Pendant les Conseils des ministres, François Mitterrand était fatigué.
43:08Et à un moment donné, François Mitterrand s'est endormi.
43:12Et mon voisin me dit « mais il est mort ».
43:15Et je lui dis « mais non, pas du tout ».
43:17Mais jamais, et je vous le dis, jamais,
43:21je n'ai dit un mot sur la santé de François Mitterrand à Édouard Balladur.
43:27Ni à aucun ministre. Jamais.
43:30Beaucoup, à ce moment-là, évidemment,
43:33pensaient qu'il allait y avoir une élection présidentielle anticipée.
43:36Balladur s'est dit « allez, il n'ira pas plus loin,
43:40c'est moi qui vais prendre le pouvoir,
43:42et c'est moi qui vais être élu. »
43:44Et il s'est cru président de la République.
43:49François Mitterrand écrit à un ami
43:51« après mon opération, M. Balladur a d'abord prié pour moi,
43:55afin que, par une élection anticipée, M. Chirac ne vienne prendre ma place.
43:59Puis M. Chirac est allé brûler un cierge
44:02pour que mon décès subi n'amène pas M. Balladur à l'Élysée.
44:05Je suis un homme comblé. Mes deux ennemis me protègent de la mort. »
44:10Ça s'est dégradé à partir de la seconde opération de Mitterrand,
44:13parce qu'il y a eu un article,
44:15Édouard Balladur a écrit un article dans le film Roma politique étrangère.
44:18Et Mitterrand se réveille de sa deuxième opération
44:22en découvrant ce titre.
44:25« Le Président Bisse ».
44:27Et là, il a le sentiment, on rentre dans la troisième époque,
44:30de la trahison absolue.
44:32Pendant que j'étais en train de me faire opérer, il prend mon siège.
44:35Et à partir de ce moment-là, il a décidé de lui faire la pauvre.
44:39Il faut bien le dire les choses.
44:41Et le peu de force qu'il lui restait, il les a employées, au fond, à nuire à Balladur.
44:48D'Édouard Balladur, François Mitterrand dira
44:50« Je croyais avoir tout vu en matière de trahison,
44:53mais là, ça dépasse les bornes.
44:55Je n'ai jamais rencontré quelqu'un de plus hypocrite.
44:57Tout est faux chez lui.
44:59Si on lui perçait la peau avec un couteau,
45:01on verrait qu'il n'y a que du venin en dessous.
45:03Chirac, même s'il manque un peu de structure mentale,
45:05est un extraordinaire battant.
45:07Il est intelligent, lui.
45:09Il agit, il est rapide, il court.
45:11Et là, ça change du tout au tout,
45:13et il va se rapprocher de Chirac.
45:15De ce Chirac qu'il détestait,
45:17de lui trouver des qualités.
45:19Ils s'étaient réunis tous les deux,
45:22François Mitterrand et Jacques Chirac,
45:24dans la détestation d'Édouard Balladur.
45:26On l'a senti.
45:28Moi, il me l'avait dit.
45:30François Mitterrand m'avait dit
45:32« Ça sera Chirac qui sera élu, je m'en occuperai. »
45:34Il décide de passer à l'action
45:36et de conseiller en direct Chirac.
45:38Il va me charger d'aller porter un message à Chirac.
45:40Et le message, c'est quoi ?
45:42« Déclarez-vous vite, dans les jours qui viennent,
45:44sinon vous êtes foutus. »
45:48Dès le lendemain,
45:50Jacques Chirac annonce sa candidature contre Balladur.
45:52Avec la complicité
45:54et le soutien de François Mitterrand,
45:56il se lance dans la campagne présidentielle.
46:00Je ne pense pas qu'il avait beaucoup de considération
46:02pour la personnalité de Chirac.
46:04Mais c'était un successeur
46:06qui lui convenait.
46:08Parlant de l'élection présidentielle de 1995,
46:10François Mitterrand déclare
46:12« Je suis malade, dommage.
46:14En bonne santé, je l'ébattrai une troisième fois. »
46:17Il a voté Jospin,
46:19mais enfin,
46:21il a quand même tout fait,
46:23pour favoriser Chirac.
46:39Au fond, il ne voulait pas de successeur.
46:41Il ne voulait surtout pas
46:43de successeur socialiste.
46:45Il voulait rester le seul
46:47à avoir porté la gauche au pouvoir.
46:59En mai 1995,
47:01il vient de faire son dernier conseil des ministres
47:03de président de la République.
47:05Il était assez malade, assez fatigué.
47:07Finalement, il était assez heureux et soulagé.
47:09D'abord parce qu'il pensait mourir avant d'y arriver.
47:11Avoir le pouvoir,
47:14cette drogue si puissante,
47:16ça a fait de lui un surhomme
47:18au sens propre.
47:20Il a été plus fort que ses métastases.
47:22Il a tenu 14 ans.
47:24Je ne connais pas beaucoup de gens
47:26qui ont un cancer
47:28et qui durent 14 ans.
47:32Sur le destin accompli,
47:34François Mitterrand aura cette image
47:36à la fois modeste et orgueilleuse.
47:38Ça a été comme un chemin
47:40que l'on a devant soi.
47:43Et on s'imagine,
47:45on se dit à 20 ans,
47:47comme le parcours va être beau.
47:49Et puis à la veille de mourir,
47:51on se rend compte qu'on a à peine fait 150 m.
47:53Mitterrand disait,
47:55si j'arrive à un tel état
47:57où je risque
47:59de devenir un légume,
48:01épargnez-moi ça.
48:03Je veux à tout prix
48:05ne pas avoir,
48:07ne pas être dans cet état.
48:09Il décide de ne plus s'alimenter
48:11et de ne plus prendre ses médicaments
48:13devant le docteur Tarot,
48:15consterné
48:17et sa famille anéantie.
48:19C'était toute façon, évidemment,
48:21de dire à partir de maintenant,
48:23je ne veux plus vivre.
48:25C'est vrai qu'à un moment donné,
48:27il s'est dit, maintenant ça suffit.
48:29Mitterrand avait dit,
48:31je ne veux voir personne.
48:33Ceux qui m'aiment vont comprendre.
48:35Il est mort à l'aube
48:37du lendemain matin.
48:41...
48:43...
48:45...
48:47...
48:49...
48:51...
48:53...
48:55...
48:57...
48:59François Mitterrand
49:01meurt le 8 janvier 1996,
49:03finalement vaincu par son cancer.
49:05Il avait écrit dans son testament,
49:07une messe est possible.
49:09Il en aura deux, l'une à Paris,
49:11l'autre à Jarnac.
49:13Derrière son cercueil,
49:15deux familles réconciliées,
49:17l'officielle et l'officieuse.
49:19Il y associe Mazarine,
49:21comme l'aurait fait un roi de France.
49:23Une scène jamais vue dans ce pays
49:25où la monogamie est règle d'or.
49:27...
49:29...
49:31Ma situation est singulière,
49:33car j'ai été
49:35l'adversaire du président François Mitterrand.
49:37Mais j'ai été aussi
49:39son premier ministre.
49:41Et je suis aujourd'hui
49:43son successeur.
49:45Tout cela tisse
49:47un lien particulier
49:49où il entre
49:51du respect pour l'homme d'Etat
49:53et de l'admiration
49:55pour l'homme privé.
49:57Chirac m'a dit, vous savez,
49:59il y a eu deux grands présidents,
50:01De Gaulle et Mitterrand.
50:03Et j'ai noté cette petite phrase
50:05qui m'a dit, d'ailleurs,
50:07moi, au fond,
50:09je suis plutôt mitrandiste.
50:11Il y a chez Mitterrand, enfin,
50:13quelque chose d'indicible,
50:15de merveilleux,
50:17d'inexplicable.
50:19C'est le génie.
50:21Il y a du génie chez Mitterrand.
50:23Un mauvais génie, parfois,
50:25mais il y a du génie.
50:27Ils sont où, les hommes politiques géniaux,
50:29aujourd'hui ?
50:31C'est un merveilleux personnage,
50:33et romanesque, c'est vrai.
50:37Il n'y en a pas tant que ça,
50:39au fond, dans la politique française.
50:41C'est un personnage très complexe.
50:43Il y a même une part d'idéalisme,
50:45chez lui.
50:47C'est un peu comme Dimitri Karamazov,
50:49qui est à la fois cynique
50:51et idéaliste,
50:53et dans les deux cas, avec sincérité.
50:55Ce sont des personnages doubles.
50:57On a du mal à comprendre.
50:59Ce qui reste, c'est un personnage
51:01absolument extraordinaire.
51:03Chacun est d'accord pour dire
51:05que c'était quelqu'un d'enorme.
51:07Il savait lui-même qu'il était unique.
51:09Ou il le croyait, en tout cas.
51:11En ce moment de bonheur,
51:13comme l'histoire en a peu connu,
51:15je vous pose cette question.
51:17Qu'allons-nous faire de cette époque
51:19où nous entrons ?
51:21Si prometteuse,
51:23si périlleuse,
51:25oui,
51:27qu'allons-nous en faire ?
51:31Un homme,
51:33une rose de la main,
51:35a ouvert le chemin
51:39vers un autre demain.
51:41Les enfants,
51:43soleil au fond des yeux,
51:47le suivent de part deux,
51:49le cœur en amoureux.
51:53Regarde,
51:55ces fanfares et musiques,
51:57teintes amares et magiques,
51:59périphériques.
52:03Regarde,
52:05moins chagrin, moins beauté,
52:07tous ils semblent danser,
52:09leur vie recommencer.
52:13Regarde,
52:15on pourrait encore y croire,
52:17il suffit de le vouloir,
52:19avant qu'il ne soit trop tard.
52:23Regarde,
52:25on en a tellement rêvé,
52:27que sur les murs bétonnés,
52:29poussent des fleurs de papier.