Elle a longtemps pensé que la politique, ce n'était pas pour elle. Engagée au Rassemblement national depuis 2013, Julie Lechanteux a, depuis, exercé 4 mandats différents, dont celui de députée depuis 2022.
Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !
Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
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00:00Elle a longtemps pensé que la politique,
00:02ce n'était pas pour elle.
00:04Engagée au Rassemblement national depuis 2013,
00:07mon invité a depuis exercé quatre mandats différents,
00:11dont celui de députée depuis 2022.
00:14Générique
00:16...
00:29Bonjour, Julie Luchanteux.
00:31Quand vous avez été élue députée en 2022,
00:34vous avez expliqué, je vous cite,
00:36« Je n'imaginais pas faire de la politique,
00:39car c'était pour moi un milieu bien trop élitiste ».
00:43Pourquoi vous pensez que la politique,
00:45ce n'était pas pour vous ?
00:46Eh bien, écoutez, j'étais, comme la majorité des Français,
00:50très occupée par ma vie, par ma survie, j'ai envie de vous dire.
00:54Je travaillais beaucoup, j'avais à charge mon enfant,
00:58et j'avais, comme bien souvent, la tête dans le guidon.
01:02Je m'intéressais évidemment à ce qui se passe en France,
01:06ce qui se passe en politique,
01:08mais vraiment, de très loin,
01:10je n'ai pas fait d'études, de longues études,
01:13et de fait, j'avais dans mon esprit
01:17un milieu vraiment élitiste et réservé
01:19à des professionnels de la politique.
01:22Vous vous êtes tout de même intéressée,
01:24très jeune, à la politique.
01:25Vous êtes reconnue dans les idées du Front national à l'époque.
01:29Dès l'âge de 16 ans,
01:30vous auriez pu vous tourner vers le RPR,
01:33pour qui vos parents votaient.
01:35Pourquoi le Front national de Jean-Marie Le Pen ?
01:37Alors, effectivement, j'ai grandi dans un milieu à droite.
01:41Ma grand-mère était une sarkoziste convaincue.
01:45Pour ma part, j'ai adhéré très vite
01:48aux idées défendues par le Front national,
01:51à l'époque, par Jean-Marie Le Pen,
01:54il avait, à mon goût, le tort d'avoir raison trop tôt.
01:58Je parle notamment
02:00de ses déclarations et de ses craintes
02:04quant à l'immigration massive et incontrôlée
02:07que nous subissons aujourd'hui en France,
02:11mais aussi à l'insécurité
02:13et puis à la protection des Français
02:18qu'il fallait mettre en place
02:20il y a déjà 30 ans en arrière, à mon avis.
02:22Si vous n'imaginez pas faire de la politique,
02:25et vous l'avez évoqué au début de cette émission,
02:28c'est parce que pendant longtemps, vos priorités étaient ailleurs.
02:32Vous expliquez avoir connu des fins de mois difficiles.
02:35A quoi ressemblait votre vie ?
02:37Vous étiez notamment maman solo, vous l'avez expliqué.
02:40Je travaillais, j'étais coiffeuse, à l'époque, pendant 17 ans,
02:44puis ensuite, agent immobilier.
02:46Eh bien, c'est ce dont je parlais au départ,
02:48c'est de la survie, et en réalité, on travaille énormément.
02:52Il faut concilier le fait de pouvoir accompagner son enfant
02:55le matin avec des horaires de travail
02:57qui ne correspondent pas forcément,
03:00de la même manière, le soir, savoir et imaginer
03:03comment pouvoir régler ses factures en fin de mois,
03:06comment pouvoir trouver un logement,
03:08le louer, tout simplement, parce qu'il faut, vous le savez,
03:12gagner trois fois le montant d'un loyer,
03:15et donc c'est quasiment impossible.
03:17Avec un SMIC, à l'époque, c'était 1 100 et quelques euros.
03:20C'est très difficile, donc, voilà, c'est un combat de chaque jour
03:24qui occupe particulièrement l'esprit.
03:27Quand vous évoquez votre vie d'avant,
03:29celle qui a précédé votre engagement politique,
03:32le mot d'injustice revient souvent.
03:35Vous expliquez toutes les complications
03:37et les injustices que les Français peuvent vivre.
03:40Je les ai vécues.
03:41Qu'est-ce que vous entendez exactement par injustice ?
03:44Pour moi, l'injustice, et d'ailleurs, je l'ai vécue,
03:48c'est notamment le fait de travailler, vraiment, à plein temps,
03:52de se donner les moyens,
03:54de rapidement faire un bilan comptable,
03:59en se disant, finalement, si je ne travaillais pas,
04:02si je faisais une demande d'aide pour le logement,
04:05pour l'enfant, pour ci, pour ça, pour l'autre,
04:08je ne travaillerais pas, j'aurais plus de temps pour moi,
04:11mais je pourrais payer mes factures, ce que je n'arrive pas à faire.
04:14C'est une première injustice.
04:16Tout en travaillant, j'avais donc des difficultés
04:19à trouver un logement décent.
04:21Je veux dire que j'avais un studio 18 mètres carrés
04:23que je payais une fortune avec mon fils,
04:26qui n'avait pas de chambre, qui grandissait.
04:28Donc, j'ai demandé de l'aide pour trouver un logement social
04:32qui, comme vous le savez,
04:34le loyer est adapté en fonction de vos revenus,
04:37ce qui permettait surtout à mon fils, qui grandissait,
04:41d'avoir une chambre.
04:43Et cette demande m'a été refusée catégoriquement pendant trois ans.
04:47Je trouvais ça terriblement injuste,
04:49parce que je cotisais en travaillant
04:51pour justement ces accidents, ces parcours de vie
04:54où on a besoin d'aide.
04:56Et voilà, c'était une deuxième injustice.
05:00C'est ce qui a déclenché mon engagement local.
05:03Et puis, je l'ai emprunté, ce chemin,
05:05avec un vif plaisir et surtout avec beaucoup d'enthousiasme.
05:09Mais effectivement, la justice, pour moi,
05:11c'est quelque chose de viscéral.
05:13Alors, un chemin dont vous parlez, qui a commencé à Fréjus,
05:17puisque c'est là-bas que vous avez fait vos armes en politique,
05:20dans le sillage de David Rachlin.
05:22Vous avez été élue sur sa liste municipale de 2014,
05:25puis vous êtes devenue l'une de ses adjointes.
05:28Est-ce que ça a été une bonne école de la politique pour vous ?
05:31Bien sûr, d'autant plus quand on n'en a jamais fait
05:35et qu'on n'a jamais eu la vocation de vouloir le faire.
05:40C'est, évidemment, quand on a à coeur de bien faire les choses,
05:44on apprend, on apprend très vite, on apprend beaucoup
05:48et on travaille très certainement beaucoup plus que d'autres
05:51qui ont fait les études pour ou qui avaient vocation à le faire.
05:56Vous avez pris goût à la politique.
05:58Vous avez été élue aux conseillères départementales en 2015,
06:02puis députée européenne en 2019,
06:04et donc élue députée ici en 2022.
06:07Pendant la présidentielle de 2022,
06:09vous avez été la référente au Rassemblement national
06:12sur toutes les questions liées au droit des femmes.
06:15C'est un sujet sur lequel vous vous êtes engagée assez tôt.
06:18On va revoir un extrait d'une conférence
06:20intitulée Liberté des femmes en France et en Europe
06:23que vous avez organisée en 2021, on regarde.
06:26Je ne vais pas vous parler ici de néo-féministes
06:29pour qui le mal blanc hétérosexuel est l'ennemi numéro un à abattre.
06:34Non. Nos pères, nos grands-pères,
06:37nos frères, nos maris, nos fils,
06:40nous vous aimons et nous avons besoin de vous
06:43comme vous avez besoin de nous.
06:45Ces pseudo-féministes sont des fascistes
06:48qui ne luttent pas pour la cause féminine,
06:50mais pour une idéologie qui détruit notre structure familiale.
06:54Traditionnellement, elles détruisent l'image de la femme
06:58et ne luttent pas pour des droits, mais pour des places.
07:01Est-ce que vous vous définissez comme féministe ?
07:05Eh bien, j'ai envie de vous dire,
07:07au vu de ce qu'on vient d'entendre, pas du tout.
07:10Et pourtant, la défense des droits des femmes
07:14est importante et primordiale.
07:16Malheureusement, une certaine partie de la classe politique
07:21s'est emparée du féminisme, de la défense des femmes,
07:26mais avec une idéologie qui me paraît
07:30détruire l'image de la femme
07:33plus que de la mettre en valeur.
07:35Vous dites qu'on peut défendre les femmes sans être féministe ?
07:38En réalité, je le suis, mais le terme a tellement été dévoyé
07:42que j'ai du mal à le dire, très sincèrement.
07:45Je pense que, voilà,
07:47défendre la femme ne veut pas dire, pour autant,
07:52détruire la place de l'homme.
07:54C'est ce que j'ai voulu souligner.
07:56Est-ce que votre féminisme inclut aussi la défense de l'IVG,
07:59de l'accès aux moyens de contraception
08:02comme une idée d'éducation sexuelle ?
08:04Est-ce que ça fait partie de votre combat
08:06pour le droit des femmes ?
08:08Je pense sincèrement que oui, la femme en responsabilité,
08:13c'est-à-dire toujours ne jamais être dans l'abus,
08:17doit conserver ce droit à l'avortement.
08:21Pour moi, c'est indispensable.
08:23Vous en parliez, parce que si je vous pose cette question,
08:26c'est parce qu'en 2021, quand vous étiez eurodéputée,
08:29vous êtes opposée à une résolution
08:31qui visait à garantir l'accès à ces droits,
08:33alors qu'ici, à l'Assemblée nationale,
08:36vous avez voté pour la constitutionnalisation de l'IVG.
08:39Pourquoi ce décalage ?
08:40Tout simplement parce que là,
08:42c'est une désorganisation du Parlement européen.
08:44Lorsque nous votons au Parlement européen,
08:47vous avez un gros titre,
08:48et dedans, déjà, il y a plusieurs textes,
08:50il y a plusieurs sujets,
08:52et notamment, nous sommes obligés de voter
08:56pour l'ensemble des nations.
08:58Or, pour moi, chaque pays,
09:01chaque citoyen de chaque nation
09:05doit pouvoir décider pour ses propres lois.
09:09Vous êtes l'Européen ?
09:10Non, pour moi, je suis représentante française
09:13au Parlement européen, donc je vote pour mon pays.
09:16De fait, à l'Assemblée nationale,
09:19j'ai voté, ce pourquoi je crois,
09:22mais surtout en tant que représentante des Français.
09:25Je ne voulais pas voter au Parlement européen
09:28pour l'Allemagne, pour la Pologne ou pour l'Italie.
09:34C'est à eux...
09:35L'idée, c'était peut-être d'élargir ce droit à toute l'Europe.
09:40C'était quelque chose qui ne vous convenait pas ?
09:43Oui, l'ingérence.
09:44Pour moi, c'était de l'ingérence pour les autres pays d'Europe.
09:48Vous faites partie des eurodéputés du RN
09:50qui se sont rendus en Russie comme observateurs
09:53à l'occasion du référendum constitutionnel de 2020.
09:56On le voit sur ces images.
09:58Le référendum a autorisé Vladimir Poutine
10:00à abriguer un cinquième et un sixième mandat présidentiel.
10:03Vous avez conclu que le référendum s'était bien déroulé
10:06dans les bureaux de vote où vous vous êtes rendus.
10:09Sauf que vous le savez, les médias indépendants russes,
10:13l'opposant Alexei Navalny et plusieurs journaux
10:15de références européens, comme Le Temps, en Suisse,
10:18avaient recensé des fraudes massives et grossières.
10:21N'avez-vous pas eu l'impression de servir de caution démocratique
10:25à Vladimir Poutine ?
10:26Écoutez, c'est possible. Néanmoins, mon honnêteté,
10:30c'est que nous avons fait plusieurs bureaux de vote,
10:33que nous avons posé des questions,
10:36que nous avons regardé ces urnes
10:40qui, là-bas, sont scellées
10:44avec du plomb fondu,
10:46que nous avons vraiment fait un réel travail d'observation.
10:50Au terme de ces observations, de ces questions et autres,
10:54nous n'avons, et nous étions plusieurs dizaines,
10:57observé aucune dérive,
11:00aucune tricherie.
11:02Néanmoins, voilà, après, malheureusement,
11:04on ne peut pas tout voir, tout savoir,
11:07mais je ne pouvais pas répondre.
11:09J'ai vu des erreurs, ce n'était pas le cas.
11:11Est-ce que vous le referiez, aujourd'hui,
11:13si les autorités russes vous le demandaient ?
11:16Il ne faut pas oublier que c'était donc maintenant,
11:19il y a quelques années, 2019 ou 2020,
11:22on n'était pas du tout dans la même situation
11:24dans laquelle nous sommes à ce jour.
11:26Malheureusement, de fait, non,
11:29non, je n'y retournerai pas
11:31au vu de la situation dans laquelle nous sommes.
11:34Alors, on arrive au terme de l'émission,
11:37et c'est le moment de notre quiz.
11:39Je vais vous proposer des phrases
11:41que vous allez devoir compléter.
11:43Avant d'être élue députée,
11:45je pensais que l'Assemblée...
11:48...était une institution
11:51où l'on pouvait...
11:53On devait représenter l'ensemble des Français.
11:56Au vu du cirque que nous subissons,
11:59et surtout les Français,
12:01je suis un peu déçue de la tenue de l'Assemblée.
12:04-"La principale qualité d'un coiffeur ?"
12:07L'écoute.
12:08L'écoute.
12:09Pour moi, j'ai passé des années
12:13à lier des liens avec mes clients, mes clientes,
12:17et je connaissais bien souvent
12:20leur vie, leurs réussites,
12:23leurs échecs, leurs complications.
12:25Pour moi, l'écoute, c'est quelque chose...
12:28C'est une qualité pour un coiffeur.
12:30Quand je ne serai plus députée, je pourrai enfin...
12:34...vivre.
12:35Rires
12:36Vivre, parce que quand on s'engage en politique,
12:40on fait une croix sur sa vie sociale,
12:43sur ses amis, mais ce n'est pas un sacrifice,
12:46c'est un engagement réel pour les Français,
12:48et les Français le méritent bien.
12:50Merci, Julie Lechanteux, d'être venue dans La Politique et moi.
12:54Merci infiniment.