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00:00Stockholm, 1933. L'automne traîne une couleur tiède sur les canaux tranquilles.
00:07Une grande jeune fille mince, un peu timide, un peu maladroite, marche à grands pas le long du quai de Strandvägen.
00:16Elle serre contre elle un petit cartable de carton bouilli.
00:20Elle s'arrête un instant devant une petite boutique au volet clos, la boutique de son enfance.
00:26Les images se bousculent dans sa tête. Pendant quelques secondes, il lui semble revoir son père Justus.
00:34Elle entend sa voix chaude et riante. « Mais pourquoi veux-tu aller à l'école, Ingrid ?
00:40Maintenant, tu sais lire et calculer, tu perds ton temps. Il vaudrait mieux que tu rentres à l'opéra.
00:45Ça, c'est la vie. Apprends à être une artiste. Apprends à être un créateur. Voilà ce qui est important. »
00:53Le crissement d'un tramway disperse les souvenirs.
00:57Une autre voix tonne maintenant dans la tête de la jeune fille qui presse le pas en direction de l'école royale d'art dramatique.
01:05« Actrice ? Tu n'y songes pas, Ingrid. C'est un métier de prostituée. »
01:11D'un sourire, elle chasse les dernières recommandations de son oncle Otto, qui l'a recueillie à la mort de ses parents,
01:18et escalade à grandes enjambées le vaste perron de pierre de l'école.
01:23Retenant son souffle, elle s'engouffre dans la petite porte marquée « Entrée des artistes ».
01:30Le portier, un petit homme rond portant des lunettes cerclées de métal, consulte avec attention son registre.
01:38« Euh, Berman, Berman. Ah, Mademoiselle Berman. Voilà, vous avez le numéro 32.
01:43Ah, il va falloir attendre un bon bout de temps avant de passer votre audition. »
01:49Elle ressort immédiatement du théâtre, traverse la rue et gagne un petit parc qui borde le quai.
01:56De son cartable, elle tire une grande enveloppe brune et sort deux textes dactylographiés qu'elle répète attentivement tout en sautant d'un pied sur l'autre.
02:07Soudain, elle éclate de rire.
02:09« Cette fois, ça y est. Si les autres candidates présentent les habituelles tirades de Camille ou de Lady Macbeth, elle, elle sait maintenant comment surprendre le jury. Je vais les faire rire », dit-elle.
02:20Tenant d'une main son rôle, celui d'une jeune paysanne drôle et jolie extraite d'une pièce hongroise, elle répète son entrée en scène.
02:29« Je vais les faire rire. »
02:31Un bond de côté, elle se plante là, au milieu de l'allée, jonchée de feuilles mortes, les deux mains sur les hanches, les jambes écartées comme pour dire « Voilà, c'est moi ».
02:41« Si on devait caractériser la vie d'Ingrid Bergman par un mot ou par une qualité, on dirait que c'est une pariée. »
02:50Frédéric Mitterrand, spécialiste du cinéma.
02:52« Ingrid Bergman ou le pari. Alors évidemment, quand on lit les mémoires de cette dame sérieuse, ce sont des mémoires d'ailleurs très intéressantes, mais où les choses sont un peu enjolivées,
03:03on n'a pas du tout l'impression de lire les mémoires de quelqu'un qui a passé sa vie à faire des paris et à prendre des risques. Et pourtant, la vie d'Ingrid Bergman est une succession de risques. »
03:18L'enfance d'Ingrid Bergman et celle de Garbo prend en compte la vie d'Ingrid Bergman.
03:24Françoise Ducoup, journaliste et auteure de plusieurs ouvrages sur le cinéma, évoque l'enfance d'Ingrid Bergman.
03:29« Parce que Bergman, comme Garbo, perd son père très très tôt et ça va être un très grand choc. Elle adore ce père qui est un artiste, il joue du violon, il fait de la peinture et il est un culte.
03:41À la petite Bergman, à sa petite fille, il lui est un culte que le bonheur d'être peut-être déjà sur une scène et en tout cas certains dons artistiques. Elle perd sa mère, très bonheur, mais le grand choc, ça va être la mort du père à 13 ans.
03:56Mais à 13 ans, elle est coupée brutalement de ce père qu'elle adorait et à qui elle devra beaucoup et elle est projetée dans un autre monde qui ne lui est pas hostile puisqu'elle sera recueillie par sa tante et son oncle, mais où elle ne se sent pas à l'aise.
04:11Elle parle beaucoup de sa timidité. Quand on l'interroge en classe, elle a des crises d'allergie, elle se met à enfler, ses lèvres enflent, elle a des tremblements. C'est une enfant à qui quand même il a manqué quelque chose et je ne peux répéter que cela.
04:36Le parallèle avec Garbo. Garbo, toute sa vie, va chercher le père. Je crois que Bergman va s'en écarter totalement parce que Bergman va prendre sur elle. Elle va faire alterner ce mélange de timidité qui est certainement en elle avec non pas de l'affirmation, mais avec une grande volonté et un grand désir de ne faire non pas ce qu'elle a envie de faire, mais ce qu'elle doit faire.
05:02Jour après jour, Ingrid Bergman se rend à l'école royale d'art dramatique de Stockholm où elle suit les cours de première année. Leçons de danse, des screams, cours d'expression corporelle et de diction. Peu à peu, elle apprend la maîtrise de ce corps trop long, trop maigre qu'elle traînait avec timidité dans les cours du lycée. Elle s'épanouit. Les garçons cessent de la taquiner et commencent même à trouver un certain charme à cette grande fille secrète et maladroite.
05:30L'un d'eux, Peter Lindstrom, un étudiant de l'école dentaire, se montre plus assidu que les autres. Elle a 18 ans, il en a 25. C'est un grand garçon avec des cheveux châtains. Sportif et excellent danseur, sérieux et plein d'humour, il ne tarde pas à séduire Ingrid. Et tandis que l'on parle de fiançailles, Ingrid se jette à corps perdu dans sa véritable passion, le théâtre.
05:58La première année s'achève. Ingrid a devant elle trois longs mois de vacances. Trois mois pour voir jouer les autres au théâtre et au cinéma.
06:06L'été 1934 s'achève. Ingrid doit reprendre le chemin de l'école royale d'art dramatique où elle est inscrite en deuxième année.
06:34Et cela au moment même où producteurs et administrateurs des films suédois commencent à la remarquer. On lui propose même un contrat d'un an pour 500 dollars. Ingrid relève le pari. Elle claque la porte de l'école d'art dramatique qui voulait la retenir et se lance dans le cinéma.
06:50Bien plus, elle impose ses conditions et en bas de son contrat, il est stipulé que la société, les films suédois, lui paieront en plus les cours nécessaires pour achever sa formation d'actrice. Cours de danse, de maintien et de diction alternent maintenant avec des tournages.
07:201936, elle fait coup sur coup deux films avec Gustave Molandère qui ne veut plus laisser échapper sa brillante découverte. Ce sont Du côté du soleil et Intermezzo.
07:35En fait, vous connaissez le film. C'est un film très mélo. Françoise Ducoup parle d'Intermezzo. C'est l'histoire d'une jeune accompagnatrice au piano d'un célèbre violoniste qui s'éprend follement de cet homme qui est marié, etc.
07:50Lui se révèle un caractère plutôt égoïste et plutôt pas très chic. Bon, il abandonne sa femme, son enfant et il va vivre une idylle romantique sur les bords de la rivière avec cette jeune fille. Mais grâce à Dieu, la morale est sauve et il reviendra à la suite de circonstances dramatiques qui vont ressouder le ménage.
08:12Mais surtout, il y avait un personnage qui détonnait dans ce film. C'était Bergman.
08:17Tout a été très vite. De la figuration au second rôle, des seconds rôles au premier rôle. En moins de deux ans, Ingrid Bergman est devenue une grande vedette du cinéma suédois. Ses premiers contrats lui assurent maintenant une totale indépendance financière.
08:32Elle a épousé son fiancé, Peter Lindstrom, et elle a donné le jour à une petite fille, Pia, dont le prénom signifie naïvement Peter Ingrid Always. Peter Ingrid pour toujours.
08:45Au moment où le public américain découvre Intermezzo, la presse est unanime. Les producteurs hollywoodiens devraient songer à prendre les mesures nécessaires pour la convaincre de venir dans notre pays, ne serait-ce que pour l'enlever au cinéma suédois et l'acquérir.
09:15Ce qui commence à devenir un sérieux rival. Et c'est ainsi qu'Hollywood débarque à Stockholm, au début de l'hiver 1939, sous la forme d'une petite femme mince, les traits fins.
09:26« Je m'appelle Kebron, je représente la Selznick International. » Timide, impressionnée, Ingrid répond simplement « Bienvenue en Suède ».
09:36La conversation entre les deux femmes va durer des jours et des jours. Ingrid ne veut pas d'un contrat qui la lirait pour sept années aux producteurs d'Hollywood.
09:45Au fil de la conversation, Kay s'aperçoit qu'Ingrid n'a rien de commun avec le monde d'Hollywood et que le plus sage serait peut-être de la laisser vivre tranquillement son petit bonheur familial entre sa maison, son mari et son enfant.
09:59Elle est prête à renoncer quand Ingrid, conseillée par Peter, se décide enfin d'accord pour un contrat dit-elle, mais un contrat portant sur un seul film et un droit d'option sur un second si tout se passe bien.
10:15Le 6 mai 1939, sur le port de New York, Kebron accueille Ingrid Berman à sa descente du Queen Mary. Pour tout bagage, Ingrid traîne une petite valise qui trahit bien son intention de ne pas s'installer aux Etats-Unis.
10:43Enfin, après quelques semaines passées à New York, pour se familiariser avec la langue, direction Hollywood. Hollywood où l'attend le producteur David Selznick.
10:52Il a vu mon film Intermezzo, la version suédoise. Il a acheté le film et moi aussi.
11:00Ingrid Berman raconte sa première entrevue avec David Selznick.
11:05Mais il ne m'a pas vu encore et je suis très grande fille.
11:09Et à ce moment, aujourd'hui, la jeune génération sont tous très grandes.
11:15Mais à mon temps là, il y a 40 ans, tout le monde était très petit.
11:20Alors, tous les acteurs et actrices, pas Gary Cooper, mais plus étaient petits.
11:28Alors, il a eu un coup quand il m'a vu.
11:30Et la première chose qu'il m'a dit, il a enlevé ses souliers parce qu'il pensait que j'ai le talent comme ça.
11:36Pour la première fois de sa vie de producteur, David Selznick s'est heurté à un refus catégorique.
11:57Pour la première fois, une actrice a osé lui dire non.
12:02Dans la cuisine où il achève de dîner, tandis que ses invités prennent un dernier verre autour de la piscine,
12:08le tout puissant producteur d'Hollywood, qui vient de terminer Autant en Emporte le Vent,
12:13observe cette grande jeune femme maigre, au nom imprononçable, aux sourcils trop épais,
12:19aux visages trop ronds, aux fronts butés et trop courts.
12:22Elle a dit non et elle s'est eue.
12:25Elle refuse de changer de nom, elle refuse de changer de visage.
12:56Ingrid Berman, elle, refuse tout maquillage et, à plus forte raison, toute modification de son physique.
13:03Son talent, c'est d'être naturel et elle le dit à David Selznick.
13:07Alors, l'homme s'arrête de tourner en rond dans cette petite cuisine.
13:11Il relève ses épaisses lunettes d'écaille sur son front et fixe ses yeux bleus sur le visage d'Ingrid.
13:17On disait, dans la physique comme celui-là, on disait autrefois une chose assez belle,
13:21on disait, elle est belle, elle est belle, mon Dieu qu'elle est belle, elle n'a pas l'air d'appartenir à ce monde.
13:27Juliette Gréco, qui jouera avec Ingrid Berman dans Elena et les hommes infimes de Jean Renoir.
13:33Et c'est vrai qu'elle n'appartient pas au monde des vivants.
13:37Pas vraiment.
13:40Elle est trop taillée dans le marbre, elle est trop taillée dans la perfection.
13:48La perfection n'est pas humaine.
13:52Et elle est de ce fait inaccessible déjà de par cette forme de beauté.
13:58N'empêche pas d'avoir certainement là-dessous un tempérament de flamme et de femme.
14:04Et cela, David Selznick vient de le comprendre.
14:07Agrippant à pleine main le dossier d'une chaise, il s'assoit en se martelant le front de coup de peau.
14:14J'ai une idée, dit-il.
14:16Oui, une idée tellement simple que personne n'y a encore pensé à Hollywood.
14:20Je vous laisse tel qu'est, Ingrid, vous serez la première actrice naturelle.
14:43Bien que peu habitués à contester les ordres du patron, les membres de l'équipe Selznick se regardent avec un air stupéfait et sceptique.
15:10Le même air stupéfait et sceptique que les caméramens promèneront le lendemain sur le plateau des essais,
15:16puis lors des tournages de la version américaine d'Intermezzo.
15:20En coulisses, on parle de la grosse vache suédoise dont Selznick vient de faire l'acquisition.
15:26Avec la taille qu'elle a, murmure-t-on, elle ne pourra jouer qu'à genoux et encore des rôles de blanchisseuse ou de cuisinière.
15:33On ne la verra jamais, pas même dans un film de série B.
15:36Et pourtant, lorsque la version américaine d'Intermezzo sort sur les écrans en janvier 1940, la presse donne raison à David Selznick.
15:46Graham Greene, critique de cinéma au Spectator, note,
15:50« Ce film vaut surtout la peine d'être vu pour sa nouvelle vedette, Miss Ingrid Berman, qui est aussi naturelle que son nom.
15:58Elle ne donne pas du tout une impression de jeu, mais une impression de vie. »
16:06Le tout Hollywood des producteurs et des réalisateurs commence à s'intéresser aux talents peu communs de la jeune Suédoise.
16:35Les propositions affluent et quatre heures seulement après avoir terminé le tournage de la famille Stoddart,
16:41Ingrid quitte la Columbia pour la métro Goldwyn-Mayer pour tourner un nouveau film avec Robert Montgomery et George Sanders, La proie du mort.
16:51Sur le plateau, c'est Ingrid qui fait la loi.
16:54On change plusieurs fois de metteur en scène et malgré ses difficultés de tournage, le film consacre le talent d'Ingrid.
17:06L'Ouella Parsons, l'une des chroniqueuses les plus écoutées d'Hollywood, lance même un défi aux producteurs.
17:23« Je me demande pourquoi, écrit-elle, la métro Goldwyn-Mayer se soucie encore des caprices de Greta Carbo
17:30quand elle dispose d'une actrice suédoise du talent et de l'intelligence d'Ingrid Berman. »
17:35« Je ne sais pas à quel schéma pouvait correspondre Berman quand elle arrive. Bon, replaçons l'histoire, c'est 1939. »
17:42Françoise Ducoup évoque les concurrentes possibles d'Ingrid Berman lors de ses débuts à Hollywood.
17:48« Qu'est-ce qui triomphe sur les écrans ? Il y a eu le grand succès d'Autant n'emporte le vent.
17:54Il y a les femmes méchantes genre Bette Davis, genre Barbara Stanwyck.
18:01J'allais employer un gros mot que la morale réprouve, disons-le quand même, les emmerdeuses type Joan Crawford.
18:07Il y a encore Shirley Temple, insipide, sucrée, le vrai Loukoum du Middle West qui est toujours en train de sévir.
18:18Garbo, on ne le sait pas, la déesse, la divinité en fin de carrière.
18:24Peut-être qu'il y a une place pour une nouvelle sensibilité, un nouveau physique, un nouveau personnage.
18:33Mais je ne suis pas totalement sûre que Selznick ait raisonné en ces termes, au contraire. »
18:41Et effectivement, David Selznick se trompe.
18:44S'il décide de faire jouer Ingrid Bergman dans Dr. Jekyll et Mr. Hyde, c'est dans le rôle de la fiancée.
18:50Un rôle en tout point conforme à la gentille gouvernante ou à la gentille réfugiée qu'Ingrid avait incarnée dans ses films précédents.
18:58Et précisément, Ingrid ne veut plus jouer les femmes douces.
19:14« Moi, je me méfie de ces personnages genre Lointain Iceberg parce qu'il y a toujours là-dessous un volcan qui remue. »
19:43Juliette Gréco évoque les deux visages d'Ingrid Bergman.
19:46« Mais probablement peu de gens arrivent à gratter la glace, vraiment peu de gens, j'imagine.
19:54Mais je pense que c'est une femme brûlante, je pense qu'elle a une âme brûlante.
19:59Mais elle garde ses apparences, elle les cultive peut-être.
20:05Sa froideur n'est pas crédible pour moi, j'y crois pas.
20:10Je ne crois pas à cette femme apparemment bien élevée et lointaine, j'y crois pas.
20:16Moi, je crois que c'est une bonne femme, très passionnée.
20:22Pour moi, c'est une très grande comédienne, c'est une femme qui veut volontairement donner une image d'elle-même qui n'est pas elle.
20:35C'est une question d'éducation, une question du milieu dans lequel elle a dû vivre.
20:39Mais je ne crois pas à cette image, elle n'est pas crédible pour moi.
20:42Moi, je crois que c'est un volcan qui est recouvert d'une chape de glace. »
20:47Et ce volcan explose avec Dr Jekyll et Mr Hyde.
20:51Ingrid Bergman refuse le rôle de la gentille fiancée et réclame le rôle de la barmaid, la méchante Evie qui a été confiée à Lana Turner.
21:01« Je voulais savoir que j'étais capable de faire autre chose.
21:04Je jouais toujours le même rôle, un nom différent, mais c'est toujours le caractère.
21:09Celui-là, bon, bon, bon.
21:11Alors, je changeais avec Lana Turner pour Dr Jekyll et Mr Hyde.
21:18Je ne sais pas si elle connaît cette histoire.
21:21C'est moi qui étais dernière là pour les culisses, pour faire changer que moi je pouvais jouer son rôle,
21:27qui était la petite fille au bar.
21:30Et elle jouait le rôle qui était donné à moi.
21:34La bonne fille de famille. »
21:37D'abord sceptique, Victor Fleming finit par accepter de faire tourner un bout d'essai à Ingrid Bergman.
21:59Et c'est la révélation.
22:01Elle prend le rôle d'Evie et abandonne son rôle de femme sage à Lana Turner.
22:07Avec « Anna Christie », une pièce qu'elle joue en 1941, Ingrid Bergman achève sa métamorphose.
22:14Elle a désormais rompu le carcan dans lequel voulaient l'enfermer les producteurs d'Hollywood.
22:19Elle donne la preuve qu'elle est avant tout une comédienne, une très grande comédienne,
22:24et qu'elle peut jouer tous les rôles.
22:26La presse est enthousiaste.
22:28Sa maison de Rochester, où son mari Peter Lindstrom vient de la rejoindre,
22:32est assiégée jour et nuit par les fans.
22:35Elle a 24 ans et elle triomphe.
22:52Le 7 décembre 1941, l'aviation japonaise attaque la flotte américaine ancrée à Pearl Harbor.
23:01Les États-Unis entent en guerre.
23:03Les bravos d'Hollywood se figent.
23:05Les triomphes d'Ingrid Bergman au cinéma et au théâtre s'éteignent dans un bruit de guerre.
23:11Ingrid ne tourne plus.
23:13Elle vit recluse dans sa maison de Rochester,
23:16où elle tente de renouer avec le paisible bonheur conjugal des premières années.
23:21Mais elle brûle d'envie de jouer, de tourner.
23:24Elle est prête à tout accepter.
23:26Et c'est ce qu'elle fait au printemps 1942, en acceptant de jouer dans un film sans scénario.
23:32Un film dont on sait seulement qu'il se passera en Afrique du Nord
23:36et qu'Humphrey Bogart sera le partenaire d'Ingrid Bergman.
23:40Ce film s'appelle Casablanca.
23:54Le résultat, c'est le triomphe.
23:56Le triomphe pour Ingrid Bergman, Humphrey Bogart et un Oscar pour le film,
24:00devenu un grand classique du cinéma américain.
25:00Le triomphe, jamais démenti depuis, est international.
25:03Et Ingrid Bergman grimpe en tête du box-office d'Hollywood.
25:31C'est une gentille maison fleurie sur les côteaux de Beverly Hills.
25:35Ingrid Bergman s'y est établie avec son mari, Peter Lindström,
25:39et sa fille, Pia, dès son retour d'Europe.
25:42C'est l'un des plus beaux moments de sa vie.
25:45C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
25:48C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
25:51C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
25:54C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
25:57C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:00C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:03C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:06C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:09C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:12C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:15C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:18C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:21C'est le premier film d'Ingrid Bergman.
26:25Ingrid hésite.
26:27Depuis Antiz, qu'elle a tourné avec George Cukor en 1944,
26:30Depuis Antiz, qu'elle a tourné avec George Cukor en 1944,
26:33et qui lui a valu un Oscar, elle n'a rien accepté au cinéma.
26:36La rencontre à Paris du photographe Bob Capa
26:39lui a fait reconsidérer sa vie, sa carrière,
26:42et elle souhaite se débarrasser du carcan
26:45auquel la condamne sa condition de star.
26:48Pour cela, elle a besoin d'aide.
26:51Il faut des personnages en scène qui comprennent ce dont elle est capable.
26:54Un verre de Martini à la main, l'air secret et bougon.
26:57Un verre de Martini à la main, l'air secret et bougon.
27:00Alfred Hitchcock l'écoute.
27:03Ingrid Bergman a été une héroïne d'Hitchcock parfaite.
27:06Elle était grande, blonde, un peu froide,
27:09avec un air de grande santé naturelle.
27:12Avec un air de grande santé naturelle.
27:15Ce sont des caractéristiques qu'on retrouve chez Grace Kelly,
27:18chez Kim Novak, ou Tippi Hedren,
27:21qui alors est le sommet du genre
27:24puisqu'elle a absolument l'air d'une poupée blonde, oxygénée.
27:27C'est donc une caractéristique des héroïnes de Hitchcock.
27:30Il s'en est expliqué très bien.
27:33Il a dit que si dans une scène,
27:36vous mettez face à face un homme et une femme,
27:39et que la femme est une brune,
27:42genre Lise Taylor,
27:45un peu petite, avec une grosse poitrine,
27:48très violemment sexuée.
27:51Et puis que cette femme,
27:54tout d'un coup, au détour d'une phrase,
27:57ouvre la braguette du monsieur.
28:00Alors, forcément, vous allez être très choqué.
28:03Vous allez trouver ça répugnant ou intéressant,
28:06mais en tout cas, vous aurez une impression très forte.
28:09Vous serez choqué, mais vous ne serez pas surpris.
28:12Par contre, si en face,
28:15vous avez une blonde élégante,
28:18distinguée, raffinée,
28:21qui, au détour d'une phrase, se jette,
28:24elle aussi, sur la braguette du monsieur,
28:27non seulement vous serez choqué, mais aussi vous serez surpris.
28:30Parce qu'on ne pouvait pas s'y attendre.
28:33Alors, évidemment, si vous êtes choqué, c'est bien,
28:36mais si vous êtes choqué et surpris, c'est encore mieux.
28:39Dans cette image volontairement outrée
28:42qu'Alfred Hitchcock donne de sa conception du rôle de la femme,
28:45il a parfaitement compris toute la spontanéité,
28:48toute la violence, tout le naturel
28:51qui se cache derrière le masque un peu froid d'Ingrid Berman.
28:54Et à l'écran, cela donne un premier film,
28:57La maison du docteur Edwards,
29:00dans lequel Ingrid Berman joue le rôle d'une jeune psychiatre
29:03aux côtés de Gregory Peck.
29:10La critique est unanime.
29:13Le succès dépasse toutes les espérances.
29:16Alors, le producteur David Selznick,
29:19décidé à exploiter le film jusqu'au bout,
29:22commande un second film à Alfred Hitchcock
29:25avec Ingrid Berman et Cary Grant en vedette.
29:28Ce sera un chef-d'oeuvre. Le titre, Les Enchaînées.
29:31Cary Grant y joue le rôle d'un agent secret américain
29:34amoureux d'Ingrid,
29:37et dans certaines circonstances,
29:40la fille d'un espion nazi déjà condamné.
30:08Avec le triomphe des Enchaînées,
30:11réalisé par Alfred Hitchcock,
30:14Ingrid Berman est au sommet de sa carrière.
30:17Elle est devenue une star,
30:20une institution que l'on achète pour la bagatelle
30:23de 800 000 dollars par film.
30:26Dans sa grande et simple maison de Beverly Hills,
30:29où elle abrite ce qui lui reste de vie privée
30:32entre Peter, son mari, et Pia, sa fille,
30:35elle a, en effet, de nouveaux rôles.
30:38Mais les deux rencontres, celle de Bob Capa
30:41et celle d'Alfred Hitchcock qu'elle a faite ces dernières années,
30:44lui laissent un goût amer d'insatisfaction, de lassitude.
30:47Elle redoute de devenir cette institution,
30:50cette entreprise,
30:53contre laquelle Bob Capa la mettait en garde.
31:06Hollywood lui a tout donné,
31:09mais elle en a assez d'Hollywood.
31:12Peter Lindstrom, son mari, l'a toujours aidé,
31:15conseillé, mais elle en a assez des aides,
31:18des conseils.
31:21C'est un homme très rigoriste, très conformiste.
31:24Françoise Ducoup.
31:27Il va lui imposer, quand ils seront à Hollywood,
31:30à mener une vie qu'elle n'aime pas du tout.
31:34Suivant son schéma, qu'est-ce que c'est qu'une vedette, qu'est-ce que c'est qu'une star ?
31:37C'est une femme qui sort en manteau de vison,
31:40en belle robe, bien coiffée, tous ses bijoux,
31:43et qui va à des dîners, qui se fait photographier
31:46aux bras de Gary Grant, etc., qui se montre.
31:49Berman, elle refuse, ça la fait suer carrément.
31:52D'ailleurs, elle le dit, ça me faisait suer de porter des manteaux de fourrure,
31:55ça m'ennuyait d'avoir des bijoux, etc.
31:58Hollywood, c'est pas du tout quelque chose
32:01qui correspond à cette femme qui est une femme naturelle,
32:04pas maquillée, pas coiffée, les souliers plats.
32:07Hollywood, à l'époque, on était en vitrine
32:10du matin au soir. Elle a peut-être
32:13quand même anticipé, elle a peut-être annoncé
32:16tous ces acteurs qui, aujourd'hui, si vous dînez à la même table
32:19que Disney ou Dustin Hoffman, ça vous fait
32:22ni chaud ni froid, parce que c'est des types qui sont
32:25en jeans, qui sont mal rasés, qui sont mal habillés,
32:28qui sont mal coiffés. C'est des types qui se comportent
32:31qui ne font plus aucune différence entre ce qu'ils font sur un plateau
32:34et ce qu'ils font dans la vie. Or, à l'époque,
32:37son époque glorieuse, c'est-à-dire entre
32:401939 et 1945, il fallait
32:43être tout le temps en représentation et ça faisait partie
32:46du contrat. Quand on signait un contrat avec une
32:49major company, il y avait tout un chapitre
32:52qui stipulait qu'on devait assister à telle chose,
32:55qu'on ne devait pas renacler si on vous demandait
32:58de paraître à tel truc, etc. Ça faisait partie du jeu.
33:26Hollywood 1948.
33:29Le rideau tombe sur l'écran.
33:32Un épais silence couvre la salle.
33:35Les spectateurs restent un long moment immobiles,
33:38figés à leurs fauteuils.
33:41Tout se passe comme après un accident,
33:44quand les badauds paralysés par ce qu'ils viennent de voir
33:47restent muets sur place, bien après le départ
33:50des blessés. Puis, peu à peu,
33:54quelques silhouettes secrètes s'agitent dans l'ombre.
33:57Un, puis deux, puis dix fauteuils claquent.
34:00Les spectateurs remontent lentement les allées du cinéma
34:03comme si quelque chose les retenait encore sur place,
34:06comme s'ils ne parvenaient pas à retrouver le chemin
34:09de la réalité, le chemin de la ville.
34:12Sur le trottoir, des petits groupes se forment
34:15et traînent un long moment encore devant le cinéma.
34:18Les néons, les feux des voitures,
34:21les bruits des moteurs recouvrent bientôt
34:24les dernières images du film.
34:27Tirant par le bras Peter, son mari, Ingrid Berman
34:30l'entraîne une nouvelle fois vers l'infiche.
34:33Elle ne dit rien et observe longuement ce titre,
34:36Rome, ville ouverte, et ce nom,
34:39Roberto Rossellini.
34:42Enfin, elle parle.
34:45La voix brisée par l'émotion,
34:48Peter, dit-elle.
34:51Il faut absolument qu'on retienne le nom de ce metteur en scène.
34:54Pour être capable de montrer ça sur un écran,
34:57ce titre doit être tout à fait fantastique.
35:10La nuit printanière entre par petite bouffée tiède dans la voiture
35:13qui roule maintenant vers Beverly Hills.
35:16Ingrid n'a pas desserré les dents pendant tout le voyage.
35:19Elle est terriblement émue.
35:22Comme si ce film, comme si ce Roberto Rossellini
35:25venait soudain de briser, de pulvériser son destin
35:28trop tranquille de star du cinéma.
35:31Comme si les 80 minutes de Rome, ville ouverte
35:34venaient de remettre en question 14 années de carrière,
35:3714 années d'un triomphe jamais démenti.
35:40Arrivée chez elle, elle saisit une feuille de papier
35:43et griffonne nerveusement quelques lignes
35:46qu'elle adresse à Roberto Rossellini.
35:52Cher monsieur, j'ai vu votre film Rome, ville ouverte.
35:55Je l'ai beaucoup aimé.
35:58Si vous avez besoin d'une actrice suédoise
36:01qui parle très bien l'anglais,
36:04qui n'a pas oublié son allemand,
36:07qui n'est pas très compréhensible en français
36:10Ti amo, je suis prête à venir faire un film avec vous.
36:21Miraculeusement épargnée par l'incendie
36:24qui a ravagé les films Minerva où elle était adressée,
36:27la lettre d'Ingrid Bergman va traîner encore
36:30de nombreuses semaines avant de parvenir
36:33chez Roberto Rossellini.
36:36Un Rossellini sceptique qui doit rassembler
36:39pour se rappeler effectivement avoir vu Ingrid Bergman
36:42dans Intermezzo, un film tourné 14 ans plus tôt.
36:45Il n'aime guère le cinéma américain
36:48et il ne comprend pas très bien qu'une star d'Hollywood
36:51puisse songer même un instant à faire un film avec lui.
36:54Mais enfin, ces films sont mal accueillis par la critique.
36:57Il a d'énormes problèmes d'argent
37:00et un projet avec Ingrid Bergman
37:03pourrait facilement convaincre et les producteurs et les critiques.
37:07Alors il se décide et envoie un premier télégramme à Ingrid Bergman.
37:10Le télégramme est bientôt suivi d'une lettre
37:13dans laquelle il présente ses nouveaux projets
37:16et finalement le 23 septembre 1948
37:19il débarque lui-même à Beverly Hills
37:22chez les Bergmans.
38:07Quand Ingrid Bergman a vu Rossellini
38:10Rossellini était absolument à l'opposé
38:13de tout ce qui était présenté
38:16comme étant les critères habituels de la séduction à Hollywood.
38:19Frédéric Mitterrand évoque la rencontre d'Ingrid Bergman
38:22et de Roberto Rossellini.
38:25Un homme séduisant à Hollywood c'était Byron Bower
38:28et quand on voyait Rossellini
38:31on voyait arriver un monsieur italien
38:35entre deux âges puisqu'il avait déjà 40 ans
38:38gros, ramassé sur lui-même
38:41avec des petits costumes fripés
38:44le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne payait pas vraiment de mine.
38:47Or elle tombe immédiatement amoureuse de Rossellini.
38:50Quiconque se donnait un petit peu la peine de regarder
38:53comprenait que Rossellini
38:56était à 100 000 lieux au-dessus
38:59de tous les playboys fatigués et savamment entretenus
39:03qui traînent à Hollywood.
39:06Rossellini était tout d'abord complètement génial
39:09de surcroît il avait un charme fou
39:12qui compensait largement une apparence physique
39:15un peu disgracieuse
39:18mais aussi cette apparence physique n'était pas sans charme
39:21il avait l'air d'un vieux romain
39:24plein de sagesse avec un visage absolument remarquable
39:27et en fait il était tout à fait compréhensible
39:31qu'elle puisse tomber amoureuse de lui.
39:34Bref, Ingrid qui est en fin de contrat
39:37profite de l'opportunité qui lui est donnée
39:40et annonce à la presse absolument stupéfaite
39:43qu'elle va tourner le prochain film de Rossellini.
40:01Bien plus tard pour Ingrid
40:04la rencontre avec Roberto Rossellini
40:07est la première fois que Rossellini
40:10s'est rendue au cinéma
40:13et le premier film de Rossellini
40:16est l'un des premiers films de Rossellini
40:19qui a été réalisé par Rossellini
40:22et qui est le premier film de Rossellini
40:25qui a été réalisé par Rossellini
40:28Cette rencontre avec Roberto Rossellini
40:31c'est aussi une façon d'échapper au problème
40:34que lui pose depuis plusieurs années déjà
40:37son mariage avec Peter Lindstrom et sa vie à Hollywood.
40:40Alors un matin de mars 1949
40:43elle boucle sa valise et quitte Beverly Hills.
40:46Derrière les grilles de la grande maison
40:49Peter sert sa petite fille Pia contre lui.
40:52Il a compris. Ingrid ne reviendra plus.
40:55De leur côté, producteurs et metteurs en scène
40:58alertés par les potins qui commencent à courir dans la presse hollywoodienne
41:01se sentent vexés, humiliés, trahis
41:04par celles qu'ils considèrent comme leurs propres créatures.
41:07C'était un pari incroyable.
41:10C'était la plus grande star qui décide de tourner des films en 16 mm
41:13à l'autre bout du monde.
41:16C'était une sorte d'adieu au cinéma en pleine gloire.
41:19C'était presque la même chose
41:22que lorsque Greta Garbo s'est arrêtée de faire du cinéma
41:25dix ans plus tôt.
41:28Pour Hollywood, le camouflet est absolument énorme.
41:31Les producteurs d'Hollywood décident de boycotter
41:34Ingrid Berman.
41:37Dans toutes les histoires d'Hollywood, quand la star se révolte
41:40les producteurs avaient toujours fait la même chose.
41:43Ils l'avaient blacklistée pour l'empêcher de tourner
41:46jusqu'à ce qu'elle revienne repentante.
41:49C'est comme ça que les précédentes histoires se sont passées.
41:52À partir du moment où elle a décidé de tourner avec Rossellini
41:55à partir du moment où elle a envoyé sa petite lettre toute simple
41:58elle a en fait claqué d'elle-même la porte d'Hollywood
42:01et elle sait qu'Hollywood ne lui pardonnera jamais.
42:20En 1955, Roberto Rossellini et Ingrid Berman
42:23devenus le couple maudit du cinéma
42:26entreprennent ensemble un sixième film.
42:29Un sixième Paris.
42:32C'est La Peur, d'après le roman de Stéphane Zweig.
42:35Épuisé par six années de luttes,
42:38six années de scandales et d'échecs,
42:41Ingrid Berman aborde le tournage sans enthousiasme.
42:44L'expérience lui enseigne que l'Hollywood
42:47n'était pas faite pour ce genre de cinéma.
42:50Avec tous les films que nous avons fait, Roberto et moi,
42:53avec aucune réussite et que les gens ne sont pas compris
42:56le film du tout,
42:59c'était assez difficile de trouver un travail.
43:02Ingrid Berman tire les leçons de ses années de tournage
43:05avec Rossellini.
43:08Ensemble, les gens ne voulaient plus voir nos films.
43:11Justement, je dis ça aussi dans mon livre
43:14que c'est moi qui ai écrit la lettre
43:17et il a accepté,
43:20mais quand même, je suis venu ici
43:23et je voulais faire des films un peu comme je faisais avant
43:26à Hollywood, mais avec la réalité
43:29et avec la qualité de ces films,
43:32néo-réalisme.
43:35Mais c'était impossible, naturellement.
43:38Lui, il ne pouvait pas faire des films entertainment.
43:41Il faisait le documentaire.
43:44Ingrid Berman se remet peu à peu de sa longue parenthèse italienne.
43:47Divorcée d'avec Roberto Rossellini,
43:50remariée avec le producteur de théâtre Lars Schmitt,
43:53elle entame une seconde carrière.
43:56Après La Tour des Crous, qu'elle tourne avec John Franckenheimer,
43:59elle retrouve Anatole Litvak,
44:02avec lequel elle avait fait Anastasia,
44:05pour tourner Aimez-vous Brahms,
44:09ses partenaires sont Yves Montand et Anthony Perkins.
44:12Le film force les dernières réticences d'Hollywood.
44:15Elle est bien admise dans la mesure
44:18où elle représente maintenant un monument.
44:21Françoise Ducoup.
44:24Quand Hitchcock a été fêté par Hollywood,
44:27eh bien, qu'est-ce qui s'est passé ?
44:30Il y avait tous les acteurs qui avaient joué dans ses films,
44:33il y avait tous les monteurs, il y avait tous les preneurs de son,
44:36on pouvait dire que le guest star,
44:39vous savez, la guest star des feuilletons américains,
44:42c'était Bergman.
44:45Quand, dans un geste très solennel,
44:48très hollywoodien, elle lui a dit,
44:51voilà, vous m'aviez donné, il y a bien des années auparavant,
44:54une clé, la fameuse clé,
44:57rappelez-vous des enchaînées,
45:00cette clé qui vous fait trembler parce qu'il n'y a plus de champagne,
45:03dans la cave, elle a volé la clé à son mari,
45:06eh bien, vous m'aviez donné cette clé au moment des enchaînées,
45:09eh bien, maintenant, je vous la rends.
45:12Et tout le monde a applaudi et tout le monde s'est mis à pleurer.
45:15Et ce monument, qui n'est pas, qui n'a jamais voulu être une star,
45:18va encore donner quelques chefs-d'oeuvre au cinéma.
45:21En 1978, alors qu'elle est affaiblie
45:24par les deux opérations qu'elle a dû subir pour soigner un cancer du sein,
45:27elle retrouve la Suède et un metteur en scène
45:30avec lequel elle rêve de travailler depuis de nombreuses années,
45:33son homonyme Ingmar Bergman.
45:36Ce sera Sonate d'Automne,
45:39dans lequel Ingrid joue un rôle qui ressemble en bien des points
45:42à ce que fut sa vie.
45:45Une vie sans cesse déchirée entre la famille et le métier.
46:0129 août 1982,
46:04Ingrid Bergman a 67 ans.
46:07Cet anniversaire sera le dernier.
46:10Ingrid succombe au cancer
46:13qu'il harronge depuis des années.
46:16Le monde lui rend heureux,
46:19mais l'âme de son fils,
46:22qui n'a pas le temps de mourir,
46:25ne peut plus vivre.
46:29Le monde lui rend un dernier hommage,
46:32force, dignité et courage.
46:35Tels sont les mots qui reviennent le plus souvent dans la presse.
46:38Cette femme, qui n'a jamais voulu être une star,
46:41est saluée comme l'une des plus grandes actrices
46:44de sa génération.
46:47C'est le compliment dont elle rêvait
46:50en entrant à l'école royale d'art dramatique de Stockholm.
46:54Vous venez d'écouter Destins Extraordinaires,
46:57un podcast issu des archives d'Europe 1.
47:00Réalisation, Julien Tharaud.
47:03Production, Romy Azoulay.
47:06Patrimoine sonore,
47:09Sylvain Denis, Laetitia Casanova, Antoine Reclus.
47:12Destins Extraordinaires est disponible sur le site
47:15et l'appli Europe 1.
47:18Écoutez aussi l'épisode suivant en vous abonnant gratuitement
47:21sur votre plateforme d'écoute.

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