• avant-hier

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Joséphine Becker est née en 1906 à Saint-Louis, au cœur des Etats-Unis, dans le Middle-West.
00:18Saint-Louis est une grande ville au conflit de deux fleuves célèbres, le Missouri et le Mississippi.
00:25Et c'est justement de l'autre côté du Mississippi que se trouve le quartier noir avec la maison des parents de Joséphine.
00:33Sa mère est danseuse et son père joue de la batterie.
00:38On ne s'entend pas très bien en famille. Pas de confort, pas d'argent, des humiliations, une vie de ghetto.
00:47L'avenir de Joséphine ressemble à celui de sa mère, faire des ménages pour les Blancs.
00:53Et comme sa mère avant elle, elle se retrouve face au racisme de l'Amérique profonde.
00:59Un racisme qu'elle va combattre toute sa vie, mais sans haine.
01:04Un jour je suis allée à Chicago et il faisait très froid, beaucoup de neige, etc.
01:11Et alors j'ai parlé devant un groupe de jeunes gens et la première chose qu'ils m'ont dit c'est
01:19« Vous savez, Joséphine Baker, nous admirons beaucoup ce que vous faites, on comprendra très bien l'unité entre toutes les gens,
01:28mais nous autres on n'est pas du tout d'accord avec vous. »
01:31Je me suis dit, j'ai demandé pourquoi. Ils ont dit « Nous ne voulons plus maintenant.
01:35Nous n'avons plus confiance, nous voulons absolument, absolument notre liberté à nous et après on verra. »
01:43Parce que c'était le manque de confiance. Ils ont perdu la confiance.
01:47Et j'ai reprendu, vous savez, dans une famille on ne peut pas vivre seul, dans une ville non plus, dans un pays non plus.
01:55Il faut que tout le monde soit uni pour vivre et se comprendre. C'est pour moi la vérité.
02:02À l'âge de 13 ans, Joséphine quitte sa famille. Elle est engagée comme serveuse dans un club de musiciens de jazz.
02:10Huit mois après, elle se marie. Petite fille en robe blanche, elle a encore l'air d'une communiante.
02:17Mais il y a longtemps qu'elle n'a plus eu une vie d'enfant.
02:19À peine mariée, elle préfère la vie d'artiste à celle d'épouse rangée.
02:24Joséphine divorce et part en tournée à travers les Etats-Unis.
02:29À Philadelphia, elle rencontre un nouvel amour. Il est garçon de wagon lit.
02:34Il s'appelle Willie, Willie Baker.
02:39Joséphine quittera assez vite son mari, mais elle gardera son nom toute sa vie.
02:44Un nom qu'elle voudrait voir briller sur les affiches lumineuses de Broadway.
02:50Nous sommes en 1920. Broadway, c'est le théâtre des Blancs.
02:56Les Noirs, eux, se produisent à Harlem. On ne mélange pas.
03:01Dans tout le reste de l'Amérique, c'est pareil.
03:04Il y a les circuits de salles où jouent les Noirs, pour les Noirs.
03:08Et c'est là qu'il y a le théâtre des Blancs.
03:12Dans tout le reste de l'Amérique, c'est pareil.
03:15Il y a les circuits de salles où jouent les Noirs, pour les Noirs.
03:19Et les autres sont réservés aux Blancs, pour un public de Blancs.
03:24Mais l'idée de Joséphine de jouer à Broadway n'est pas tout à fait une folie.
03:28Broadway est le seul endroit des Etats-Unis où les Noirs peuvent assister au spectacle de Blancs
03:34en se mettant au dernier balcon, au paradis des nègres, comme disent les racistes avec condescendance.
03:40Mais de là à jouer sur une scène multiraciale, c'est une folie que seule Joséphine peut avoir.
03:47Elle pouvait avoir des folies, Joséphine.
03:50Lynn Renaud.
03:51Par exemple, j'ai un pianiste qui s'appelait Pierre Guillermin,
03:54qui avait été le pianiste de Joséphine pendant dix ans.
03:57Et il nous racontait des souvenirs quand elle revenait.
03:59Elle, par exemple, disait, on est au Brésil, avec des mâles de robes de chez Dior,
04:06chez Saint-Laurent, chez Balmain.
04:08D'un seul coup, elle allait passer en vitrine, elle allait voir dans une vitrine une très belle casserole, par exemple.
04:14Eh bien, elle allait en acheter cent.
04:18Elle allait en acheter cent qui allaient revenir dans les mâles avec les robes de chez Dior et tout ça.
04:311925, Joséphine Becker est encore à New York.
04:35Elle vient d'être engagée au Plantation Club, une copie du célèbre Cotton Club.
04:40Elle fait partie du corps de ballet, mais elle n'est pas anonyme.
04:44Au cours de la représentation, elle a un petit numéro de danse en solo.
04:49Ce petit numéro va changer la vie de Joséphine.
04:53Une femme du monde, Caroline Dudley, passe un jour dans la salle et la remarque.
04:59Caroline est riche et se croit sans talent.
05:03Alors elle a décidé de devenir productrice.
05:06Son mari est l'attaché commercial de l'ambassade américaine à Paris.
05:11Elle passe son temps entre New York et l'Europe.
05:15Cette fois, elle s'est donnée pour mission de ramener un spectacle noir à Paris.
05:20Mais il est difficile de convaincre les Américains de quitter leur pays.
05:25Joséphine se laisserait bien emmener si Caroline acceptait de l'engager comme chanteuse.
05:31La productrice refuse.
05:33Sa petite voix, presque ridicule, n'aurait aucun succès.
05:38En revanche, le petit numéro comique de Joséphine plairait bien.
05:43Elle est irrésistible quand elle danse.
05:45Et puis elle est tellement sexy.
05:47Elle est faite pour Paris.
05:49Quand elle est arrivée en 25, c'était dans le Paris des années folles où tout se créait à Paris.
05:54La journaliste Jacqueline Cartier.
05:56Il y avait un bouillon de culture formidable.
05:59Et elle est arrivée dans une ville qui était vraiment, à l'époque, une capitale mondiale très importante.
06:07Alors, ce qui l'a certainement étonnée, c'est qu'elle est arrivée aussi dans une capitale
06:13où le fait d'être noire et d'avoir un drôle de chapeau et d'être habillée de vert et de jaune ne choquait personne.
06:21Et c'est quand même Paris qui, en une nuit, l'a faite vedette.
06:25Elle ne pouvait pas oublier ça.
06:27Parce que c'est ça aussi, le fait qu'il l'a attachée à la France.
06:30C'est que la France lui a donné tout de suite une reconnaissance.
06:33Vous savez, mon pays, c'est Saint-Louis.
06:35Vous savez, j'étais née à Saint-Louis.
06:37Mais Saint-Louis, c'est une chose et Paris, c'est une autre.
06:41Parce que n'importe où qu'on est dans le monde, on retourne toujours à ses premiers amours.
06:58Avec l'arve nègre, les Français découvrent que les Américains ont une culture qu'ils n'imaginaient pas.
07:04Une culture qui est noire et qui repose sur une drôle de musique, le jazz.
07:10Joséphine Becker symbolise cette découverte.
07:13Chacun a, pour Joséphine, sa propre couleur.
07:17Elle a sa propre couleur.
07:20Une terre nouvelle sur laquelle on est prêt à semer toutes les paillettes du musical
07:25pour les transformer en rêves.
07:50Les frontières, les rivières, le fleuve jaune et le fleuve bleu
07:56Y'a même l'amour, c'est curieux
07:59Car Rose l'enfile sous mes lieux
08:02C'est moi qui suis sa petite
08:05Son ananas, son ananas, son ananas mignonne
08:08Je suis vive, je suis charmante
08:11Comme un petit oiseau qui chante
08:14Il m'appelle sa petite bourgeoise
08:17Sachant que qu'il, sachant que qu'il, sachant qu'il oise
08:20Dans ce rêve, il faut les deux yeux
08:23Même c'est moi qui l'aime le mieux
08:38Après le théâtre des Champs-Élysées, la revue nègre part en tournée sans Joséphine.
08:44Joséphine Becker est engagée pour être la vedette des folies bergères.
08:49La revue s'appelle Folie du jour
08:52et la jeune américaine se produit dans un décor africain
08:56qui mêle indigène noir et explorateur blanc.
09:00Dans cette jungle de carton-pâte,
09:02Joséphine danse en tutu de banane,
09:05un costume qui l'immortalisera.
09:08Je trouve que les bananes m'ont aidé beaucoup
09:11Je suis très reconnaissante des bananes de Reims, je les aime bien
09:14J'aime pas trop les manger parce qu'on a peur de les faire de mal
09:17Cela fait à peine un an que Joséphine Becker est à Paris
09:20et elle fait déjà la mode.
09:22Les femmes portent leurs cheveux comme elle, plaquées sur le crâne
09:26On vend du baquer fixe pour tenir ses coiffures
09:29Les boutiques proposent aussi des pommades, des parfums, des costumes, des poupées Joséphine Becker
09:36A 20 ans, on publie déjà ses mémoires dans la presse
09:40Joséphine est en train de devenir une reine du musical
09:44Les souvenirs commencent avec Joséphine en 1959
09:49Je venais de décider de donner le tournant à ma carrière
09:54et de reprendre la tradition du casino de Paris
09:58en menant des revues à grands spectacles
10:02Elle était à Copenhague
10:04Elle avait lu dans la presse que je faisais ça
10:07Je suis allée et elle m'a dit
10:09« Je suis si heureuse, vous êtes tellement faite pour ça
10:13Qu'est-ce que je peux faire pour vous aider ?
10:15Est-ce qu'il y a quelque chose où vous êtes en peine ? »
10:18Je lui ai dit « Oui, Joséphine, l'escalier me fait peur »
10:22C'était à la fois psychologique et physique
10:25Elle est revenue de Copenhague dix jours avant
10:28et tous les matins, elle m'a fait répéter
10:31sans un photographe
10:33Il n'y avait qu'elle et moi, une petite lumière de scène et l'escalier
10:37Elle m'apprenait surtout de mettre les pieds un peu en canard
10:43et surtout que le talon de votre chaussure touche la contre-marche
10:48C'est-à-dire ne pas mettre votre pied n'importe où sur la marche
10:52Elle connaissait les défauts de l'escalier du casino de Paris
10:56où il y avait quelques marches
10:58La huitième qui était plus haute que les autres
11:02entre la quatorzième qui était plus étroite
11:05Jamais regarder en bas
11:07parce que quand on regarde en bas, ça donne le vertige
11:10et de toujours regarder droit devant soi
11:13en se fixant le bord du balcon comme point de chute pour votre regard
11:33Josephine n'a jamais été une femme d'affaires
11:36La suite de sa vie le confirmera amplement
11:39Alors comment fait-elle pour commercialiser son nom sur les parfums
11:43les accessoires de mode, etc.
11:46Derrière les affaires de Mme Becker, se cache un homme
11:50Son nouvel amour, son amour, son amour
11:53son amour, son amour, son amour
11:56son amour, son amour, son amour
11:59Derrière les affaires de Mme Becker, se cache un homme
12:02son nouvel amour
12:04Avec sa petite moustache de danseur de tango
12:07son monocle de petit marquis
12:09et ses allures de dandy
12:12le comte Abatino séduit tout Paris
12:15Les mauvaises langues en font d'un gigolo
12:18Josephine en a fait son hidalgo
12:21Il la protège et gère sa fortune à la manière d'un grand duc
12:26Alors Pepito, comme ses amis l'appellent
12:29va montrer qu'il a des ambitions pour Josephine
12:32Il veut qu'elle retourne à New York
12:35qu'elle fasse partie de l'une des troupes les plus prestigieuses des Etats-Unis
12:39les Siegfeld Follies
12:41Il avait fait engager dans les Siegfeld Follies
12:43Jacqueline Cartier
12:45Ce qui n'était pas d'hier
12:47et qui avait mal tourné parce qu'aux Etats-Unis
12:50la star des Siegfeld Follies c'était tout simplement Fanny Bryce
12:55qui était la femme du producteur
13:00Alors Josephine avait été très minimisée dans la revue
13:04finalement on l'avait un peu éclipsée
13:06et de plus la presse avait été mauvaise
13:09parce que, encore une fois, c'était bien avant-guerre
13:12et on était encore très racistes
13:16Le comte Abatino perd la confiance de Josephine
13:19Il rentre seul en France pour se faire soigner une hépatite
13:23En fait, il s'agit d'un cancer
13:26Josephine apprend sa mort à New York
13:28Tout le monde reconnaît que c'est la mort d'un grand amour
13:44On ne sait toujours pas si Josephine Baker et le comte Abatino s'étaient mariés
13:50En revanche, Josephine a bien épousé le 30 novembre 1937
13:55Jean Lion, courtier en sucre
13:59Paul Derval, le patron des Follies Bergères, a été convié comme témoin
14:04Le mariage durera 14 mois
14:07Pour Josephine, cette union reste attachée à un événement important
14:12Elle a acquis la nationalité française
14:16Je suis française et j'en suis très fière
14:19Parce que j'ai été adoptée par la France, à mon tour
14:22Mais je me considère surtout citoyenne du monde
14:26Et quand elle s'est engagée dans les services secrets
14:29Jacqueline Cartier
14:31Et c'était juste avant la guerre avec le capitaine Aptek
14:36Et c'est avec lui qu'elle est partie en Afrique du Nord
14:40Et c'est d'Afrique du Nord qu'elle est passée au Portugal pour une tournée
14:46Et que sur ses partitions, il y avait à l'encre sympathique
14:50Le détail des défenses allemandes sur l'Atlantique
14:54Qui sont passées ainsi à l'ambassade d'Angleterre
14:58Et le commandant Payolle, qui a écrit d'ailleurs ses mémoires
15:02Consacre des lignes à Josephine
15:07Pour expliquer, pour dire qu'il n'est peut-être pas exagéré de dire
15:13Que le sort de l'Angleterre a tenu sur la partition de G2 Amour
15:44Tes deux amours
15:50Ton pays est Paris
15:55Partent toujours
16:00Ton cœur est ravi
16:05Ta savane est belle
16:11Mais à quoi bon dire
16:16Ce qui m'en sort d'elle c'est
16:20Paris, Paris tout entier
16:26Le voir un jour
16:32C'est ton rêve joli
16:37Tes deux amours
16:42Mon pays est Paris
16:51Elle était très discrète sur tous ses problèmes de résistance et tout
16:54Elle était très très discrète
16:56Jean-Marie Prollier
16:57On a appris des choses petit à petit comme ça
16:59On a su un jour qu'elle participait dans un grand gala au Palais de Chaillot
17:05On a su comme ça qu'elle était très près de De Gaulle
17:07Mais sinon, elle-même en parlait très peu
17:09C'était une période passée
17:11Bien qu'américaine, elle avait le côté très Franchouillard
17:15Drapeau, et pour elle, De Gaulle, c'était le summum
17:18Elle était très cocorico
17:20D'ailleurs, en 68, elle est arrivée avec le drapeau français sur la scène
17:36En 1947, Joséphine Becker se remarie pour la quatrième ou la cinquième fois
17:42Une incertitude planera toujours à ce sujet
17:45Cette fois, elle est certaine d'avoir rencontré l'homme de sa vie
17:50Il est chef d'orchestre et s'appelle Jo Bouillon
17:54Jo Bouillon, c'était quelqu'un de très sympathique
17:57Et ce qu'il y a de certain, c'est que quand il a connu Joséphine
18:01Jacqueline Cartier
18:03C'est après la guerre, quand elle est rentrée en 1945
18:07Dans son uniforme de lieutenant de l'armée française
18:10Parce qu'il ne faut pas oublier qu'elle a été décorée de la Légion d'honneur à titre militaire
18:14Et qu'elle a eu une action dans les services secrets
18:18Une action très importante
18:20Alors, Joséphine est arrivée au studio du Poste parisien
18:25Et il y avait Jo Bouillon qui faisait une émission avec son Big Band
18:29Et elle lui a dit, je suis chargée par le général de l'âtre de Tassigny
18:33De faire une tournée en Allemagne occupée
18:36Et je voudrais que ce soit vous qui m'accompagnez
18:38C'est comme cela que Jo Bouillon a été embarqué par Joséphine
18:42Mais il a été embarqué beaucoup plus que pour une tournée
18:44Parce qu'il a été embarqué pour sa vie
18:46Car au fond, il lui a dévolu le restant de son existence
18:51Deux personnages et un événement vont être déterminants dans la vie de Joséphine Becket
18:57Le premier personnage concerne sa vie sentimentale
19:01Nous venons de l'entendre
19:03Joséphine s'est remariée
19:05Avec Jo Bouillon, elle sent qu'elle peut tout entreprendre dans la vie
19:09Deuxième personne à compter au nombre des rencontres déterminantes
19:13Une femme
19:15La princesse Grasse de Monaco
19:17Elles se sont vues pour la première fois à New York
19:20Joséphine, après le spectacle, avait insisté pour aller dans le club le plus égant de la ville
19:25Le Stork Club
19:27Après un spectacle où elle faisait des triomphes
19:31Elle a voulu aller au Stork Club
19:33André Levasseur
19:35Le Stork Club était un endroit très snob de New York
19:37Qui marchait très bien, qui était très élégant
19:39Et où les noirs n'étaient pas reçus
19:41Ou en tous les cas étaient reçus un peu à la grimace
19:43Parce qu'on ne voulait pas les servir
19:45Enfin bref, ils se sont installés avec leurs amis
19:47Tous les blancs étaient servis
19:49Elle a attendu une heure et a fait un esclandre
19:51Parce que comme toujours, elle n'acceptait pas
19:53Et ce qui est l'histoire, c'est que la princesse Grasse
19:55Qui était Grasse Kelly à l'époque
19:57Qui était une débutante au cinéma
19:59Mademoiselle Kelly était dans la salle avec un ami
20:02Et elle a assisté à la scène
20:04Et plus tard, elle lui dira
20:06Je ne sais pas si j'aurai le courage que vous avez eu ce soir-là
20:17Enfin l'événement qui va décider Joséphine à se lancer
20:20Dans une entreprise qui étonnera tout le monde
20:22Et qui forcera l'admiration
20:24C'est un drame
20:26Vous savez, le drame qu'elle a eu
20:28C'est que dans l'Afrique du Nord, pendant la guerre
20:30Elle a su beaucoup d'opérations
20:32Elle a eu des occlusions intestinales
20:34Et elle a été enceinte
20:36Et elle a perdu ce bébé
20:38Et le chirurgien qui l'a opéré lui a dit
20:40Madame, vous ne pourrez plus avoir d'enfant
20:42Et ça a été le drame de sa vie
20:44Joséphine Becker sait qu'elle ne pourra jamais avoir d'enfant
20:46Mais elle n'accepte pas de vivre sans enfant
20:48Elle ne renonce pas non plus à combattre le fléau
20:50Qui l'a fait tant souffrir en Amérique
20:52Le racisme
20:54Alors Joséphine
20:56Décide d'adopter des enfants
20:58De toutes les races
21:00De toutes les religions
21:02Elle veut prouver au monde
21:04Que les hommes peuvent vivre comme des frères
21:06Joe Bouillon est prêt à tenter l'aventure
21:10Grace Kelly, devenue princesse de Monaco
21:12Sera la bonne fée
21:14Qui interviendra dans les moments de désespoir
21:16Tout va changer dans la vie
21:18De Joséphine Becker
21:48Joséphine Becker a acheté le château des Milandes en 1936
21:5018 ans plus tard
21:52En 1954
21:54Les Milandes accueillent son premier enfant
21:56A Kyo
21:58Il est coréen
22:00Et Joséphine l'a ramené d'une tournée au Japon
22:02Avec son mari
22:04Elle s'est entendue pour adopter 4 enfants
22:06Le premier
22:08Le 2ème
22:10Le 3ème
22:12Le 4ème
22:14Le 5ème
22:16Le 6ème
22:18Le 7ème
22:20Le 8ème
22:22Le 9ème
22:24Le 10ème
22:26Le 11ème
22:28Le 12ème
22:30Le 13ème
22:32Le 14ème
22:34Le 15ème
22:36Le 16ème
22:38Le 17ème
22:40Le 18ème
22:42Le 19ème
22:44Le 20ème
22:46Le 21ème
22:48Le 22ème
22:50Le 23ème
22:52Le 24ème
22:54Le 25ème
22:56Le 27ème
22:58Le 28ème
23:00Le 29ème
23:02Le 30ème
23:04Le 31ème
23:06Le 32ème
23:08Le 33ème
23:10Le 34ème
23:12Le 35ème
23:14Le 37ème
23:16Le 38ème
23:18Le 39ème
23:20Le 40ème
23:22Le 41ème
23:24Le 42ème
23:26Le 43ème
23:28Le 44ème
23:30Le 45ème
23:32Le 46ème
23:34Le 47ème
23:36Le 48ème
23:38Le 49ème
23:40Le 50ème
23:42Le 51ème
23:44Le 52ème
23:46Le 53ème
23:48Le 54ème
23:50Le 55ème
23:52Le 57ème
23:54Le 58ème
23:56Le 59ème
23:58Le 60ème
24:00Le 70ème
24:02Le 71ème
24:04Le 72ème
24:06Le 73ème
24:08Le 74ème
24:10Le 75ème
24:12Le 78ème
24:14Le 79ème
24:16Le 80ème
24:18Le 82ème
24:20Le 83ème
24:22Le 84ème
24:24Le 85ème
24:26Le 94ème
24:28Le 95ème
24:30Le 96ème
24:32Le 97ème
24:34Le 98ème
24:36Le 99ème
24:38Le 100ème
24:40Le 100ème
24:42Le 100ème
24:44Le 100ème
24:46Le 100ème
24:48Le 100ème
24:50Le 100ème
24:52Le 100ème
24:54Le 100ème
24:56Le 100ème
24:58Le 100ème
25:00Le 100ème
25:02Le 100ème
25:04Le 100ème
25:06Le 100ème
25:08Le 100ème
25:10Le 100ème
25:12Le 100ème
25:14Le 100ème
25:16Le 100ème
25:18Le 100ème
25:20Le 100ème
25:22Le 100ème
25:24Le 100ème
25:26Le 100ème
25:28Le 100ème
25:30Le 100ème
25:32Le 100ème
25:34Le 100ème
25:36Le 100ème
25:38Le 100ème
25:40Le 100ème
25:42Le 100ème
25:44Le 100ème
25:46Le 100ème
25:48Le 100ème
25:50Le 100ème
25:52Le 100ème
25:54Le 100ème
25:56Le 100ème
25:58Le 100ème
26:00Le 100ème
26:02Le 100ème
26:04Le 100ème
26:06Le 100ème
26:08Le 100ème
26:10Le 100ème
26:12Le 100ème
26:14Le 100ème
26:16Le 100ème
26:18Le 100ème
26:20Le 100ème
26:22Le 100ème
26:24Le 100ème
26:26Le 100ème
26:28Le 100ème
26:30Le 100ème
26:32Le 100ème
26:34Le 100ème
26:36Le 100ème
26:38Le 100ème
26:40Le 100ème
26:42Le 100ème
26:44Le 100ème
26:46Le 100ème
26:48Le 100ème
26:50Le 100ème
26:52Le 100ème
26:54Le 100ème
26:56Le 100ème
26:58Le 100ème
27:00Le 100ème
27:02Le 100ème
27:04Le 100ème
27:06Le 100ème
27:08Le 100ème
27:10Le 100ème
27:12Le 100ème
27:14Le 100ème
27:16Le 100ème
27:18Le 100ème
27:20Le 100ème
27:22Le 100ème
27:24Le 100ème
27:26Le 100ème
27:28Le 100ème
27:30Le 100ème
27:32Le 100ème
27:34Le 100ème
27:36Le 100ème
27:38Le 100ème
27:40Le 100ème
27:42Le 100ème
27:44Le 100ème
27:46Le 100ème
27:48Le 100ème
27:50Le 100ème
27:52Le 100ème
27:54Le 100ème
27:56Le 100ème
27:58Le 100ème
28:00Le 100ème
28:02Le 100ème
28:04Le 100ème
28:06Le 100ème
28:08Le 100ème
28:10Le 100ème
28:12Le 100ème
28:14Le 100ème
28:16Le 100ème
28:18Le 100ème
28:20Le 100ème
28:22Le 100ème
28:24Le 100ème
28:26Le 100ème
28:28Le 100ème
28:30Le 100ème
28:32Le 100ème
28:34Le 100ème
28:36Le 100ème
28:38Le 100ème
28:40Le 100ème
28:42Le 100ème
28:44Le 100ème
28:46Le 100ème
28:48Le 100ème
28:50Le 100ème
28:52Le 100ème
28:54Le 100ème
28:56Le 100ème
28:58Le 100ème
29:00Le 100ème
29:02Le 100ème
29:04Le 100ème
29:06Le 100ème
29:08Le 100ème
29:10Le 100ème
29:12Le 100ème
29:14Le 100ème
29:16Le 100ème
29:18Le 100ème
29:20Le 100ème
29:22Le 100ème
29:24Le 100ème
29:26Le 100ème
29:28Le 100ème
29:30Le 100ème
29:32Le 100ème
29:34Le 100ème
29:36Le 100ème
29:38Le 100ème
29:40Le 100ème
29:42Le 100ème
29:44Le 100ème
29:46Le 100ème
29:48Le 100ème
29:50Le 100ème
29:52Le 100ème
29:54Le 100ème
29:56Le 100ème
29:58Le 100ème
30:00Le 100ème
30:02Le 100ème
30:04Le 100ème
30:06Le 100ème
30:08Le 100ème
30:10Le 100ème
30:12Le 100ème
30:14Le 100ème
30:16Le 100ème
30:18Le 100ème
30:20Le 100ème
30:22Le 100ème
30:24Le 100ème
30:26Le 100ème
30:28Le 100ème
30:30Le 100ème
30:32Le 100ème
30:34Le 100ème
30:36Le 100ème
30:38Le 100ème
30:40Le 100ème
30:42Le 100ème
30:44Le 100ème
30:46Le 100ème
30:48Le 100ème
30:50Le 100ème
30:52Le 100ème
30:54Le 100ème
30:56Le 100ème
30:58Le 100ème
31:00Le 100ème
31:02Le 100ème
31:04Le 100ème
31:06Le 100ème
31:08Le 100ème
31:10Le 100ème
31:12Le 100ème
31:14Le 100ème
31:16Le 100ème
31:18Le 100ème
31:20Le 100ème
31:22Le 100ème
31:24Le 100ème
31:26Le 100ème
31:28Le 100ème
31:30Le 100ème
31:32Le 100ème
31:34Le 100ème
31:36Le 100ème
31:38Le 100ème
31:40Le 100ème
31:42Le 100ème
31:44Le 100ème
31:46Le 100ème
31:48Le 100ème
31:50Le 100ème
31:52Le 100ème
31:54Le 100ème
31:56Le 100ème
31:58Le 100ème
32:00Le 100ème
32:02Le 100ème
32:04Le 100ème
32:06Le 100ème
32:08Le 100ème
32:10Le 100ème
32:12Le 100ème
32:14Le 100ème
32:16Le 100ème
32:18Le 100ème
32:20Le 100ème
32:22Le 100ème
32:24Le 100ème
32:26Le 100ème
32:28Le 100ème
32:30Le 100ème
32:32Le 100ème
32:34Le 100ème
32:36Le 100ème
32:38Le 100ème
32:40Le 100ème
32:42Le 100ème
32:44Le 100ème
32:46Le 100ème
32:48Le 100ème
32:50Le 100ème
32:52Le 100ème
32:54Le 100ème
32:56Le 100ème
32:58Le 100ème
33:00Le 100ème
33:02Le 100ème
33:04Le 100ème
33:06Le 100ème
33:08Le 100ème
33:10Le 100ème
33:12Le 100ème
33:14Le 100ème
33:16Le 100ème
33:18Le 100ème
33:20Le 100ème
33:22Le 100ème
33:24Le 100ème
33:26Le 100ème
33:28Le 100ème
33:30Le 100ème
33:32Le 100ème
33:34Le 100ème
33:36Le 100ème
33:38Le 100ème
33:40Le 100ème
33:52Milande représente pour moi
33:54un grand idéal
33:56Il y a beaucoup de personnes qui n'ont pas compris, comme M. Papaya, comme M. Joly,
34:00comme d'autres messieurs autour d'eux qui ont acheté le Milan pour une bouchée de pain,
34:05tout ça bien monté, pièce montée, on peut le dire.
34:08C'est pour cette raison que je demande et je fais un appel à toutes les mères de famille et toutes les femmes,
34:16parce que le Milan c'est une histoire de famille, de femmes, enfants, etc.
34:21C'est idéal car nous sommes plus ou moins, quelques fois monsieur, je m'excuse,
34:25un peu plus idéalistes les femmes que les hommes.
34:27Il change et nous devons continuer nos idées.
34:30J'ai besoin de ces mères de famille, de femmes, de bonne volonté qui viennent ici au Milan
34:35pour me protéger car je n'ai pas le moindre idée de quitter.
34:40Je ne partirai pas du Milan.
34:42Voyant Joséphine dans le désarroi, le général de Gaulle veut intervenir.
34:47Il écrit à sa compagne de résistance, Madame, si nous pouvons vous aider, la France vous propose de le faire.
34:54Joséphine relève la tête et lui répond, mon général, j'ai fait des bêtises, la France n'a pas à payer mes bêtises.
35:02Nous, on n'a pas très bien compris.
35:05Brian, l'un des enfants de Joséphine.
35:08Finalement, on nous l'a appris et expliqué, une fois qu'il a fallu partir du château des Milan,
35:15on a compris qu'il y avait des gros problèmes d'argent et que c'était la ruine quelque part.
35:23Mais une ruine dorée, puisqu'on partait du château des Milan sur Paris,
35:28et qu'on allait habiter dans une des avenues de l'Etoile.
35:31Paris, pour nous, ça représentait la ville lumière,
35:35où on allait une fois l'an faire s'acheter un mois à l'avance les cadeaux de Noël, les vêtements.
35:41On faisait tous les restaurants, on était invité chez tous les amis de ma mère.
35:47On y restait quelques jours, on se faisait repérer partout, dans les grands magasins, en galerie Lafayette et au printemps.
35:52On avait deux personnes détachées spécialement pour nous, pour les cadeaux, les vêtements, il y en avait pour trois jours d'achat.
35:59Pour nous, Paris, c'était assez magique.
36:02On a réalisé un peu plus tard que ça, pour elle surtout, ça a été très grave et que ça lui a blessé.
36:12Je crois que les enfants n'ont pas pu subir tellement de changements.
36:18Sauf que lorsque vraiment il n'y avait plus d'argent, quelques fois, les jouets se faisaient rares, bien entendu.
36:25Mais dès qu'elle faisait une tournée et qu'elle retouchait de l'argent, les jouets revenaient en pagaille.
36:31C'était continuellement la montagne russe.
36:34Mais les enfants n'ont certainement jamais souffert du fait de Joséphine, même si elle n'avait pas d'argent.
36:50À cette époque de cruelle difficulté pour Joséphine Becker, la chance a voulu qu'on me demande de m'occuper d'un cabaret qui s'appelle aujourd'hui La Belle Époque.
37:00J'en ai parlé avec Joséphine et elle m'a dit qu'avant la guerre, j'avais un cabaret aux Champs-Élysées, pourquoi pas près de l'Opéra.
37:08On a baptisé ce cabaret Chez Joséphine et elle allait venir chanter là 20 ou 30 chansons tous les soirs, malgré sa fatigue.
37:19Et puis un soir, la princesse Grasse qui était venue avec André Levasseur voir l'applaudir Joséphine,
37:26la princesse lui propose non seulement de venir vivre à Monaco avec ses enfants, mais aussi d'être la vedette de son gala de la Croix-Rouge.
37:34La princesse Grasse était une femme très simple, sympathique, gracieuse, élégante, admirative et respectueuse de ma mère, ce qui était réciproque d'ailleurs entre elles.
37:53Quant à la princesse Grasse, par la suite sur Paris, elle a essayé d'aider certains d'entre nous dans leur carrière professionnelle.
38:00Moi personnellement, elle m'a aidé à l'époque où j'ai commencé à prendre des cours de théâtre et à tourner des petits rôles en télé.
38:09Elle m'a conseillé, présenté à certaines personnes et donné quelques coups de main.
38:15Ça m'a été utile et puis tout ça a été fait d'une manière très simple et très sympathique.
38:24Et elle a été un peu comme une parente, un peu comme une fée.
38:31Joséphine, ruinée, remonte la pente à force de courage.
38:35Monte Carlo a été un succès. Ses amis retrouvent sa bonne humeur et sa vitalité qui font son charme.
38:42Je me souviens lorsqu'elle faisait la revue de l'Olympia en 60. J'avais à l'époque un bistrot, c'était mon premier bistrot. J'ai toujours eu la folie d'avoir des bistrots.
38:50Jean-Marie Polier.
38:51Joséphine venait tous les soirs et comme elle ne voulait pas payer de taxi, c'était Ginette, sa fidèle habilleuse, qui la ramenait sur son petit scooter.
38:57Elle avait une Vespa. Alors on voyait Joséphine, elle avait une jupe en travers.
39:00Elle remontait sa jupe en sortant de l'Olympia, on voyait ses grandes jambes sur ce petit scooter et ça partait.
39:05Alors cette grande femme est lancée avec Ginette qui est pas très grande, une petite boulotte qui conduisait, un petit Jules qui suivait. C'était vraiment irrésistible.
39:14C'est un oiseau des îles, qui était un oiseau des îles.
39:17Lynn Renaud.
39:18J'ai un autre souvenir, un jour on se retrouve dans le même avion. Je crois que c'était pour aller au Danemark.
39:22Elle était avec trois de ses gosses qui étaient en bas âge. Et d'un seul coup, Joséphine qui traverse l'avion avec le pot de chambre.
39:36Le pot de chambre à la main.
39:50Je vous ai dit qu'elle était comme une enfant, mais elle était aussi comme un animal.
39:54Jacquine Cartier.
39:56Et c'est peut-être ça qui fait que Joséphine ne ressemble à personne. Parce qu'elle avait à la fois la dimension d'une personnalité très intelligente et qui a une vue future du monde.
40:10Et puis en même temps, elle avait gardé, Dieu merci, elle avait gardé son instinct d'animal.
40:18Et alors, par exemple, pendant ces répétitions de Bobineau qui étaient si importantes pour elle.
40:22André Levasseur lui disait quand on répétait un passage dont elle n'était pas.
40:27Et il lui disait, allez vous reposer dans votre loge, Joséphine. Non, non, non, je reste là, je reste là.
40:32Alors elle restait dans la salle, mais elle se mettait par terre, en boule, et hop, elle dormait.
40:40Comme elle avait besoin de beaucoup d'argent, elle avait seulement un piano.
40:45Lynn Renaud.
40:46Elle n'avait même plus de pianiste.
40:48Elle arrivait avec ses partitions, elle les donnait au chef d'orchestre du Tivoli.
40:53Et pendant qu'elle se changeait, elle avait un changement qui faisait au moins cinq minutes.
41:02Avec une robe de chez Dior très compliquée à mettre.
41:05Elle laissait la scène vide pendant cinq minutes.
41:09Et elle faisait rire tout le monde en parlant dans les coulisses.
41:12Elle parlait de leurs grands-parents.
41:14Elle racontait des histoires qui lui étaient arrivées à Copenhague.
41:19Elle laissait la scène vide comme ça.
41:22Et puis d'un seul coup, elle arrivait dans cette robe superbe de chez Dior.
41:25Et c'est incroyable de faire rire en restant en coulisses.
41:30Joséphine, c'est Paris.
41:32Elle veut faire sa rentrée à Paris.
41:34Avec André Levasseur, nous lui cherchons une salle pour monter le spectacle qui avait eu tant de succès à Monte Carlo.
41:40Elle voulait faire sa rentrée au Casino de Paris.
41:42Et elle me disait, je t'en supplie, aide-moi.
41:45Mais le Casino de Paris ne dépendait pas de moi.
41:47Ça y est, moi j'avais fini mes contrats.
41:49Mais Joséphine n'était plus assurable à cause de sa maladie de cœur.
41:54Donc c'est très difficile pour un producteur d'investir des sommes d'argent considérables
41:59quand vous ne pouvez plus assurer votre vedette.
42:02Elle me disait, je voudrais dire au revoir par la grande porte, par là où j'ai commencé le Casino de Paris.
42:07Et alors un jour, Jean Bodson, qui était le propriétaire de Marigny et de Bobineau,
42:15était un fan de Joséphine.
42:20Il avait à peu près son âge, donc ça lui rappelait aussi toute sa jeunesse.
42:24Tant pis si elle n'était pas assurée.
42:27Il voulait donner cette joie à Joséphine.
42:29Alors elle m'appelle avec un salut.
42:32Qu'est-ce que tu penses de Bobineau ?
42:34Ce n'est pas la grande porte Bobineau.
42:36Et je lui ai répondu, mais Joséphine, là où tu iras, même si tu vas dans un garage,
42:41tu feras de ce garage la grande porte.
42:43Paris retrouve Joséphine Becker.
42:45Le succès est énorme dès la première représentation.
42:49Michel Simon, fou de joie, monte sur scène pour la féliciter et la prendre dans ses bras.
42:54Le final durait 20 minutes. Nous, on était en larmes parce que c'était quand même émouvant.
42:58Jean-Marie Prollier.
42:59Elle marchait simplement. Elle traînait sa cape de cygne.
43:02Elle était vraiment presque nue.
43:05Ce corps extraordinaire.
43:06Elle avait une façon de marcher en balançant les hanches.
43:09Je peux vous dire qu'elle pouvait donner des leçons à n'importe qui.
43:12Et elle marchait. Elle les regardait, les gens.
43:14Elle ne pouvait pas parler parce que les gens hurlaient.
43:16Alors l'orchestre continuait à jouer.
43:17Et les gens hurlaient, Joséphine, on t'aime, reste avec nous.
43:20Alors nous, on plongeait.
43:21On était comme des malheureux derrière parce qu'on n'avait jamais vu ça et entendu ça.
43:24Et les gens lui parlaient parce qu'ils savaient qu'ils pouvaient lui parler.
43:28Mais pour eux, c'était quand même Joséphine, la grande Joséphine, avec son auréole.
43:32Sur le plan du spectacle, c'est la plus grande émotion que j'ai eue.
43:4217 représentations vont se succéder avec la même ferveur.
43:46Et puis, un après-midi, alors que je devais tourner pour la télévision avec Joséphine Becker,
43:52elle ne s'est pas réveillée.
43:54J'ai très vite appris la nouvelle, le drame.
43:58Et j'ai vu cette femme dans le coma.
44:01Et je ne pouvais pas croire que la femme, en plein contrôle de ses moyens,
44:06que j'avais vu quatre jours avant, contrôlait toute une troupe,
44:09contrôlait sa voix, contrôlait ses gestes, contrôlait son rythme, son rire,
44:15descendait dans la salle, dansait en corbe, c'est-à-dire qu'elle bougeait bien son corps.
44:20Elle est enfin en pleine possession de ses moyens.
44:24Je ne pouvais pas croire que c'était d'un seul coup comme un pantin à qui on a coupé tous les fils.
44:31Moi, je crois que Joséphine est morte de joie.
44:33Je suis persuadée de ça.
44:35Je suis persuadée qu'elle est morte de joie parce que, d'abord, elle voulait faire une revue
44:42et faire ses adieux à Paris.
44:45Et je crois que c'était son rêve, son rêve final, réussi.
44:53Elle savait que le public était là puisqu'il y avait six mois de location.
44:57Elle savait qu'elle avait fait une grande porte de Bobineau
45:01et que le monde entier venait la voir.
45:04Donc, elle est partie en joie.
45:17Vous venez d'écouter Destins Extraordinaires,
45:20un podcast issu des archives d'Europe 1.
45:24Réalisation, Julien Tharaud.
45:26Production, Romy Azoulay.
45:29Patrimoine sonore, Sylvain Denis, Laetitia Casanova, Antoine Reclus.
45:35Destins Extraordinaires est disponible sur le site et l'appli Europe 1.
45:39Écoutez aussi l'épisode suivant en vous abonnant gratuitement sur votre plateforme d'écoute.

Recommandations