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00:00Il neige sur Cannes ce 4 décembre 1922, jour de la naissance de Gérard Philippe.
00:22Le petit Gérard naît un an après son frère Jean dans une villa au 14 de la rue Venizelos.
00:29Où maître Marcel Philippe a établi son cabinet d'avocat.
00:34Les deux garçons vivent une enfance heureuse sous le regard attentif d'une mère qui restera
00:40toujours pour Gérard une source d'émerveillement.
00:43Il l'a surnommée Minou et rêve d'écrire un livre sur elle.
01:00Un matin d'automne 1928, Gérard connaît l'un des plus grands chagrins de sa vie.
01:06Il a 6 ans et l'école va l'arracher à cette mère tant adorée.
01:11Pour le petit Gérard, les années de pension ont la couleur grise du désespoir et de l'ennui.
01:18Les professeurs ne comprennent pas cet élève à l'humeur changeante, solitaire ou expansif
01:24selon le moment et qui passe du rire au chagrin sans raison apparente.
01:29En vieillissant, Gérard gardera ce caractère un peu déconcertant pour son entourage,
01:34comme en témoigne George Wilson qui connut Gérard Philippe au TNP.
01:39Dans la vie, alors là, il m'étonnait énormément parce qu'il était toujours surprenant,
01:46toujours un peu inattendu et c'était difficile à suivre parfois.
01:55C'était difficile à suivre.
01:56Parfois, il était solitaire, on respectait sa solitude et puis parfois, il vous tombait dessus
02:07et puis il fallait passer trois jours avec lui sans le quitter, c'était un peu fatigant.
02:15Je crois qu'il était très cyclotimique sur ce plan-là.
02:19La sensibilité du jeune Gérard ne fait que croître au fil des ans.
02:23De petit garçon timide qu'il était, il devient peu à peu l'adolescent idéaliste et pudique qu'il restera toujours.
02:30Il devait avoir des points communs, certains, avec Musset.
02:34Daniel Hivernel se souvient de l'éternelle jeunesse qui habitait Gérard Philippe.
02:38Il avait l'inquiétude des jeunes gens, la mauvaise foi des jeunes gens, la folie des jeunes gens.
02:45C'était un jeune homme, c'était fantastique.
02:49C'est très dur parce qu'on devient tous adultes à un moment
02:53et lui avait l'adolescence rivée au corps, mais c'est pas marrant quand déjà la puberté, c'est pas drôle.
02:58C'est des batailles, lui il avait gardé, et Villard aussi d'ailleurs, cette jeunesse.
03:04Alors il se battait avec ça et c'est pour ça que de temps en temps,
03:09une fois je me souviens, un dîner comme ça, il s'était mis à taper sur un auteur, on ne sait pas pourquoi.
03:15Alors il pend, l'auteur est reconnu, je ne vais pas dire son nom, puis il est mort.
03:18Il tapait dessus et puis tout le monde rigolait, puis d'un seul coup il s'arrêtait, il me dit « mais pourquoi je suis méchant comme ça ?
03:25Pourquoi je suis méchant avec cet homme, il ne m'a rien fait ? » et puis il s'est arrêté et puis il s'est mis à rigoler.
03:40Gérard vient d'avoir 18 ans, nous sommes en 1940, une époque où justement il n'est pas bon d'être jeune.
03:46L'exode étire le long des routes son interminable colonne humaine.
03:50La France envahie, reflue vers le sud pour trouver refuge en zone libre.
03:55La famille Philippe tient à l'époque l'hôtel du Parc, à Grasse.
03:59Beaucoup de réfugiés viennent s'y installer, parmi lesquels le metteur en scène Marc Allégret et le comédien Claude Dauphin.
04:07Un jour, Mme Philippe décide d'organiser un gala de bienfaisance et Gérard, pour faire plaisir à sa mère,
04:14participe à la représentation en disant une fable de Franck Nohain.
04:19Marc Allégret est particulièrement impressionné par les dons de comédiens du jeune homme.
04:24Il l'encourage à se lancer dans ce métier difficile et le présente à son ami Claude Dauphin,
04:30qui vient de constituer une troupe de théâtre en zone sud.
04:34Le débutant Gérard Philippe passe alors une audition devant Claude Dauphin et Madeleine Robinson, actrice principale de la troupe.
04:42D'après ce qu'on m'a dit, Madeleine Robinson, quand il a commencé à jouer à la comédie, il savait tout tout de suite.
04:45Daniel Hivernel, qui joua aux côtés de Gérard Philippe au TNP.
04:50Il a passé une audition dans je ne sais plus quelle piste, Roussin je crois.
04:54Et pendant l'occupation à Nice, tous les acteurs qui avaient déjà du métier,
05:00enfin qui n'étaient pas très vieux mais qui avaient du métier, ont été éblouis par ce jeune homme qui avait tous les dons tout de suite.
05:05C'est désespérant d'un seul coup d'avoir tout comme ça.
05:10Oui, la nature donne tout à des hommes, la grâce enfin des hommes ou des femmes, la grâce, le génie, tout.
05:33En 1943, les troupes hitlériennes envahissent la zone libre et occupent la Côte d'Azu.
05:39Gérard Philippe décide alors de monter à Paris, où il s'installe dans un petit appartement près de la gare de l'Est.
05:46Marc-Alain Gray, qui n'a pas oublié Gérard, le présente à Jacques et Berthaud qui montent la pièce de Jean Giraudoux, Sodome et Gomorre.
05:55Après un court essai, Gérard Philippe est engagé pour jouer le rôle de l'ange.
06:00Il fait ses grands débuts sur une scène parisienne aux côtés d'Edwige Feuillère et de Stemnala Pitoëff.
06:07Daniel Hivernel se souvient de cette époque.
06:09C'est-à-dire que j'étais au conservatoire, j'avais un camarade qui s'appelait Taffin, qui jouait dans Sodome et Gomorre.
06:15Et il m'a dit un jour viens me voir et j'ai été à la dernière répétition.
06:19Puis je voyais Taffin, puis j'allais admirer Edwige Feuillère et puis j'ai eu une espèce de grande asperge habillée en blanc, rentrée sur scène.
06:27Et je me souviens très bien, je me dis tiens, qu'est-ce que c'est que ce grand garçon là ?
06:33C'est curieux, un peu efféminé comme il était tout jeune, comme ça tout fin.
06:38Bon, il sort de scène, puis une deuxième entrée et là on a senti quelque chose et à la fin de la soirée ça a été éblouissant.
06:45Et j'ai découvert un acteur en une soirée, comme tout Paris d'ailleurs.
06:49En juin 1944, Gérard obtient un second prix de comédie au concours du Conservatoire.
07:05Cette distinction passe inaperçue dans la capitale en lutte pour sa liberté.
07:09Les troupes alliées viennent de débarquer.
07:11Lorsque les premières barricades s'élèvent dans les rues de Paris, Gérard Philippe est l'un des premiers à rejoindre les rangs des FIFI.
07:18C'était un être qui se voulait constamment généreux.
07:21Sylvien Monfort.
07:22J'ai vu peut-être tenter en permanence vers la perfectibilité.
07:29C'est-à-dire qu'il se voulait sans cesse supérieur à lui-même.
07:34Il essayait vraiment de gravir des échelons dans la générosité, dans l'altruisme, parce que ses idées étaient généreuses par principe.
07:41C'était un homme au sens fort du terme.
07:44Jean Negroni.
07:46Je veux dire quelqu'un à la fois suffisamment maître de lui, mais quelqu'un d'une grande imagination et qui travaille au bonheur des autres.
07:56Enfin, c'est ça que j'appelle un homme.
07:57Un homme qui ne se contente pas d'exister avec la facilité que ses dons lui procurent.
08:04Donc Gérard était pour moi avant tout un homme d'un courage fabuleux, touchant à la témérité.
08:13Gérard était tout à fait capable d'ailleurs, il l'a prouvé à la Libération, d'aller s'offrir même témérairement aux balles de l'ennemi sans souci de sa dépouille mortelle.
08:35Nous sommes en 1945.
08:37À 23 ans, Gérard Philippe triomphe tous les soirs sur la scène du Théâtre Héberteau dans le Caligula d'Albert Cabu.
08:45Il donne à son personnage une intensité dramatique d'une dimension rarement atteinte.
08:51Tour à tour, sarcastique, bouffon, déchiré, hasardant des intonations inattendues qui sont toujours justes.
08:58Le jeune comédien étonne par la diversité exceptionnelle de son jeu.
09:03Le Caligula de Gérard était l'élan, la folie, le déversement, l'exubérance, l'exaltation.
09:10Jean Negroni.
09:11Le Caligula de Gérard est un Caligula qui va au bout de lui-même.
09:16Il y a dans le Caligula de Gérard Philippe, en tout cas moi ce que j'en ai entendu,
09:23dans le Caligula de Gérard Philippe, il y a quelque chose de douloureux et de tendre.
09:29Je ne dirais pas d'aimable, mais il y a quelque chose qui atteint la sensibilité par les voix de la tendresse.
09:40Le public est subjugué par ce beau jeune homme à l'immense talent.
09:44Les dames commencent à se montrer du cœur ce Gérard Philippe dont la voix semble venue du plus profond de l'âme.
09:50C'était une voix qui charriait des larmes.
09:53Jean Negroni de nouveau.
09:54L'acteur ne peut pas dissocier sa voix de son geste et de son frémissement profond.
10:01Et que quand on est un véritable acteur de théâtre, je parle des gens comme Olivier, comme lui, enfin comme d'autres,
10:09je crois que c'est un tout qui passe la rampe.
10:12Il n'y a pas seulement la voix, il n'y a pas seulement le geste, il y a le tout.
10:16Il y a aussi ce phénomène qui fait ce qu'il y a d'exceptionnel chez Gérard, c'est qu'il enthousiasme beaucoup de gens à la fois.
10:24J'ai trop pleuré, les aubes sont navrantes, toute lune est atroce et tout soleil amais.
10:51L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes, oh que ma quille éclate, oh que j'aille à la mer.
11:07Si je désire une eau d'Europe, c'est la flashe, noire et froide, ouvert le crépuscule embaumé.
11:16Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche, un bateau frêle comme un papillon de mai.
11:27Je ne puis plus baigner de vos longueurs, ô lames, enlever leurs sillages aux porteurs de coton,
11:36ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, ni nager sous les yeux horribles des pontons.
11:46C'était un extrait du « Bateau ivre » d'Arthur Rimbaud, dit par Gérard Philippe, qui, à l'aube de l'année 1946, fait ses débuts au cinéma.
11:54Il tourne tout d'abord « Le pays sans étoiles » sous la direction de Georges Lacombe, mais c'est le film suivant, « L'idiot », réalisé par Georges Lampin, qui le révèle au grand public.
12:05Dès ses premiers pas devant les caméras, Gérard impressionne les professionnels du septième art par son sens inné du cinéma.
12:13Gérard sentait tous les mouvements de caméra, c'était vraiment au quart de mille.
12:20Raymond Lemoyne, caméraman de cinéma.
12:22Je n'ai jamais vu un acteur aussi précis que lui. Comme comédien, il a senté, c'est l'intuition.
12:30Il y en a, il faut qu'ils comptent leurs pas, ils repèrent leur lumière, mais lui, Gérard, rien du tout.
12:37Toutes les places étaient prises, on lui disait tu vas de là à là, tu te lèves, tu t'assoies, tu te couches.
12:43Il le faisait une fois en répétition, après c'était parfait, c'était toujours pareil.
12:49Gérard a tout juste 23 ans quand L'idiot sort sur les écrans parisiens.
12:53C'est un immense succès et pour beaucoup désormais, Gérard Philippe restera l'incarnation parfaite du prince Mouskine qu'il interprète dans ce film.
13:03Pour le définir, il faut prendre ce qu'il y a de plus beau en lui.
13:06Geneviève Page.
13:07Un regard qu'il avait quand il jouait le prince dans L'idiot.
13:12Je crois que ça définit peut-être pas Gérard, mais quand un homme peut donner un regard comme celui-là.
13:18Pendant qu'il tournait L'idiot dans la journée, Gérard jouait tous les soirs Caligula au Théâtre Héberthaud.
13:25Surmené par ce double travail sur scène et en studio, il tombe malade et son médecin lui prescrit quelques semaines de repos.
13:33Il part alors pour trois semaines dans un petit village des Pyrénées.
13:37C'est là qu'il rencontre celle qui deviendra sa femme.
13:40Elle s'appelle Nicole, mais très vite Gérard la rebaptisera Anne.
13:45À l'époque de leur rencontre, Anne rentre de Chine où elle vient d'accomplir un exploit peu commun.
13:51Elle est en effet la première femme européenne à avoir parcouru la route historique empruntée autrefois par Marco Polo.
13:59C'est-à-dire que, partie de Chine, elle a rejoint l'Inde après avoir traversé le Tibet, l'Himalaya et le Cachemire, et tout cela à pied.
14:09Gérard est immédiatement conquis par cette femme hors du commun dont l'audace va de pair avec l'intelligence.
14:29Il se marie quelques temps plus tard.
14:32Je crois que c'est à partir de son mariage avec Anne Philippe que tout d'un coup j'ai senti une richesse culturelle qu'il n'avait pas avant.
14:44Je dirais même, je ne sais pas si c'est possible que ce soit elle qui ait amené aussi ça dans la vie de Gérard Philippe.
14:50En rentrant de son séjour dans les Pyrénées, Gérard Philippe rencontre le metteur en scène Claude Autant-Lara,
14:55qui lui propose d'être la vedette de son prochain film, Le Diable au corps.
15:02Daniel Darieux a sans doute été un des partenaires privilégiés de Gérard Philippe, puisqu'il a fait plusieurs films avec lui.
15:13Mais évidemment, on a tous dans les yeux l'image magnifique du couple Micheline Prell, Gérard Philippe dans Le Diable au corps.
15:21Micheline se souvient tout à fait de ce tournage et de Gérard qui était quelqu'un de magique.
15:29Et moi, j'avais donc été voir, il y avait eu deux films avec lui qui étaient Le Pays sans étoiles, je crois, et L'idiot.
15:36Et j'ai été le voir et pour moi, il n'y avait absolument pas de personne d'autre que lui.
15:43Je ne pouvais jouer Le Diable au corps qu'avec Gérard Philippe, que je ne connaissais pas personnellement.
15:50Et qui était inconnu.
15:51Qui était inconnu, il n'était pas très connu.
15:53Il a hésité lui à faire le rôle parce qu'il se trouvait trop vieux.
15:56Non, il n'a pas hésité.
15:58Il a fait même des essais parce qu'en réalité, le choix Lara Orange et Bost avait un choix de deux autres acteurs.
16:07Eux, ils voulaient d'ailleurs même deux acteurs formidables qui étaient Reggiani et Casso.
16:12Deux acteurs que moi, j'aimais beaucoup.
16:14Mais pour le rôle de François du Diable au corps, c'était comme ça.
16:19C'était Gérard Philippe.
16:21Et je me souviens, Gretz leur a dit, on a eu un déjeuner et Gretz leur a dit, vous savez, j'ai réfléchi et moi, je ne veux faire le film qu'avec Gérard Philippe.
16:31Le tournage du Diable au corps commence au début de l'année 1947.
16:35Gérard Philippe a 25 ans.
16:37Or François, le jeune collégien qu'il incarne dans le film, a lui tout juste 17 ans.
16:42Le comédien travaille donc à se rajeunir physiquement et moralement.
16:46Il réapprend le comportement, la mentalité d'un garçon de cet âge et retrouve les réactions propres à l'adolescence,
16:53avec une précision qui demeure pour Claude Ottalara un sujet d'étonnement.
16:58Il a été pour moi un interprète absolument exceptionnel.
17:01Mais alors, l'intelligence de ce garçon, l'intelligence de ses rôles, ah oui, c'est énorme.
17:07Vous savez combien d'acteurs qui jouent des rôles sans avoir très bien compris ce qu'il était.
17:10Eh bien lui, alors, il était d'une finesse, il allait au fond des choses, parfois trop d'ailleurs.
17:17Mais enfin, à tout prendre, ce n'est pas désagréable.
17:20Vous savez, de collaborer avec un garçon, j'ai dit collaborer, avec un garçon comme Gérard.
17:25Le Diable au corps est un triomphe.
17:27Présenté en juin 1947 au festival de Bruxelles, le film vaut à Gérard Philippe le grand prix d'interprétation masculine.
17:35De connu qu'il était, l'acteur devient célèbre.
17:38Hollywood le réclame et lui propose un fabuleux contrat.
17:41Gérard refuse.
17:43Il veut rester en France pour défendre, selon ses propres termes, les idées de sa génération.
17:48Pour Gérard, pour des tas d'acteurs, non.
17:51Mais pour Gérard, il n'y a pas de doute que Gérard, il y avait une volonté, il y avait un goût de la mission et une volonté de message.
17:57J'en ai grogné.
17:58Incontestablement.
17:59Ça peut faire rire maintenant, mais à cette époque-là, c'était important.
18:03Et c'était important parce que le théâtre n'en était pas où il en est maintenant.
18:07Il était, on peut dire, le porte-drapeau de la jeunesse de l'époque.
18:10Claude Autant Lara.
18:12Gérard Philippe était un homme qui réunissait un bouquet, un faisceau de qualité absolument exceptionnel.
18:18Il avait la grâce, il avait la classe, il avait la finesse.
18:24Ce n'était pas un excellent comédien pour moi, vous comprenez.
18:28Mais il avait des dons absolument irremplaçables et une présence extraordinaire.
18:35C'est un fluide, c'est un don du ciel, ça, il faut bien le dire.
18:38Et il avait un impact sur le public qui est absolument, parmi les acteurs, quelque chose d'unique, à mon avis, qu'on n'en a pas retrouvé.
18:49À ce titre-là, vous comprenez, à ce titre-là, si j'ose assez m'exprimer, pour lui, il est éternel, Gérard.
18:56Révélé au grand public avec Le Diable au corps de Claude Autant Lara, Gérard Philippe devient à 25 ans le jeune premier du cinéma et du théâtre.
19:04Et puis c'est un jeune premier et un jeune premier, c'est très rare à trouver.
19:08Daniel Evernel.
19:10Le jeune homme qui fait rêver, qui est romantique et tout, ça, c'est très rare.
19:16Mais j'étais ébloui quand il se déplaçait.
19:20Je disais, moi, ce n'est pas possible d'être si gracieux.
19:23Je le renviais et je retrouvais en lui les rêves qu'on a tous quand on est un jeune homme de 15-16 ans.
19:31Alors, je retrouvais mon adolescent, j'aurais bien voulu être léger comme ça, beau comme ça, tout ce charme extraordinaire.
19:40Le public de l'époque est ébloui par le physique et le talent de Gérard Philippe.
19:44Pour les jeunes, dont il cristallise les aspirations, Gérard fait figure de symbole.
19:49Pour les moins jeunes, il est l'incarnation des illusions perdues.
19:53Pour tous, il est l'espoir retrouvé après des années d'humiliation et de souffrance.
20:01Après Yves Allégret, René Clerc fait appel à Gérard Philippe pour être la vedette de la beauté du diable.
20:07C'est une rencontre importante dans la carrière du jeune comédien
20:11qui vaut une très grande admiration à ce réalisateur de talent.
20:16Au cours du tournage, une réelle amitié naît entre les deux hommes.
20:20Sur le plateau, règne une ambiance parfaite et la joie de vivre de Gérard déteint sur toute l'équipe.
20:26Entre deux prises de vue délicates, il détend l'atmosphère par des pitres rouges.
20:31Il s'adapte à l'ambiance de la scène.
20:33Il s'adapte à l'ambiance de la scène.
20:35Il s'adapte à l'ambiance de la scène.
20:38Il s'adapte à l'ambiance de la scène.
20:41Entre deux prises de vue délicates, il détend l'atmosphère par des pitreries qui déclenchent le fou rire général.
20:48Ce goût de la plaisanterie était presque un besoin chez Gérard Philippe,
20:52comme nous l'explique maintenant George Wilson.
20:54Ils ont blagué beaucoup parce qu'ils se mettaient à rire.
20:57Ceci dit, il aurait bien aimé faire rire beaucoup plus.
21:04C'était une de ses lacunes.
21:06Il ne savait pas très bien comment faire rire les autres.
21:09Il n'avait pas l'humour froid ou la méchanceté de l'humour.
21:14On peut rire beaucoup avec lui, mais on ne pouvait pas.
21:19Ou alors, il riait trop.
21:23Et puis, il faisait des blagues de collégiens, des petites blagues.
21:30Il vous lançait des sauts d'eau.
21:33C'était pour s'amuser, pour être avec nous, avec tout le monde.
21:37Mais je crois qu'il était difficilement avec les êtres.
21:39Après le succès de La beauté du diable, Gérard Philippe essuie un échec
21:43avec le film de Marcel Carné, Juliette ou la clé des songes.
21:47Mais l'événement marquant de cette année 1950
21:50restera sa rencontre avec Jean Villard.
21:53Jean et Grony nous relatent leur première entrevue.
21:56Et puis, il y a eu cette fameuse soirée d'Henri IV de Pirandello à l'atelier
22:04où Gérard Philippe, qui à l'époque, Mathilde, se posait un problème
22:08parce qu'on lui avait déjà demandé d'entrer à la Comédie française
22:11et d'entrer chez Jean-Louis Barraud.
22:13Il avait eu deux propositions.
22:15Il s'est mis à regarder plus attentivement et à chercher autour de lui
22:19les endroits où il pourrait faire du théâtre.
22:21Il a donc vu les spectacles de la Comédie française, les spectacles de Barraud.
22:25Et tout naturellement, Villard, qui était le metteur en scène important,
22:29jeune metteur en scène, le metteur en scène nouveau important de l'époque,
22:33qui apportait un style différent, jouait, avait monté à ce moment-là,
22:37l'Henri IV de Pirandello dans les décors de Giscard au théâtre de l'Atelier.
22:41Et il est allé le voir.
22:43Et Gérard m'a dit, ça a été un choc, un choc.
22:47J'ai tout d'un coup compris que cet homme était celui avec lequel je voulais jouer.
22:52Parce que, il me semble bien me rappeler,
22:58qu'il avait trouvé chez Villard un sens de la grandeur, disait-il,
23:03une hauteur de ton qui n'était pas courante dans le milieu du théâtre à l'époque.
23:28Si Gérard Philippe refuse, dans un premier temps, le rôle de Rodrigue,
23:32c'est aussi et surtout parce qu'il ne pense pas être le personnage.
23:36Daniele Vernel.
23:38Et alors, à l'époque, c'est ce que je vous disais, c'était pas bien vu.
23:41Le Cid n'était pas une espèce de grande asperge comme était Gérard,
23:46c'était un gars costaud.
23:48La tradition voulait ça.
23:50Et Villard avait senti que ce serait fantastique,
23:52mais Gérard lui avait certainement renaclé.
23:54Il s'est dit, non, je ne suis pas fait pour ça.
23:56D'ailleurs, il jouait des choses plus légers.
23:58Il jouait le menteur de Corneille, il jouait des choses comme ça.
24:00Puis, l'un et l'autre étaient aussi têtu.
24:03Et un an plus tard, il est venu revoir Villard,
24:06et Villard lui a reproposé de prendre le Cid,
24:09mais lui a aussi proposé de créer le Prince de Hambourg.
24:11Et il a accepté le Cid.
24:13Et c'est ce qu'il a fait.
24:16La première du Cid est donnée en Avignon, le 15 juillet 1951,
24:20dans le décor grandiose du Palais des Papes.
24:23Jean Negroni, qui a interprété Don Sanche,
24:25aux côtés de Gérard Philippe,
24:27se souvient de cette soirée historique.
24:29C'est la fameuse représentation
24:31où Gérard, en sortant de la grande scène d'amour
24:35avec François de Gaulle,
24:37qui était le premier d'Avignon,
24:39qui était le premier d'Avignon,
24:41qui était le premier d'Avignon,
24:43qui était la grande scène d'amour avec François Spira,
24:46dans la pénombre où l'éclairage descendait tout doucement
24:50et sortit en faisant un grand mouvement courbe,
24:53une sinuosité comme il avait le...
24:56Enfin, comme c'était un peu son style d'enfer.
25:00Et en sortant de scène, a raté la marche
25:03et est tombé deux mètres de haut
25:06dans la fosse sur le côté du praticable
25:09et où il s'est cassé le...
25:11s'est abîmé le ménisque.
25:13Ce qui fait qu'il a joué sa première représentation
25:17le genou complètement bandé
25:19et serré dans des attelles
25:22et qu'on le portait sur scène
25:24et qu'il a dit tout le récit assis.
25:27Et ce qui a été fabuleux,
25:29ce qui est vraiment fabuleux,
25:31parce que, bon, nous le guettions,
25:33c'est de le voir donner assis
25:36le même mouvement qu'il avait été debout.
25:38Alors privé, si vous voulez, des moyens,
25:40de la voix, par le moyen du geste, de la mimique.
25:43Il est arrivé à faire de ce récit du site
25:45quelque chose de tout à fait surprenant.
25:47Peut-être, d'ailleurs, le fait qu'il soit assis
25:49a peut-être encore ajouté quelque chose.
25:51Mais ça a été... ça a été le triomphe.
25:54Ça a été fantastique parce que, d'un seul coup,
25:56il a sublimé le texte. C'est ça, le génie.
25:58Daniel Hivernel.
26:00C'est d'asseoir une jambe plâtrée et de dire
26:02je viens de vivre une bataille fantastique
26:04et j'évacue tout le monde.
26:05Ça, alors, c'est la rigolade garantie.
26:07Et ça a été...
26:09ça a été prodigieux, quoi.
26:11Le Cid renaît en Avignon.
26:13L'interprétation de Gérard Philippe bouleverse
26:15toutes les idées reçues.
26:17Sa voix ample qui, tour à tour,
26:19s'enfle de colère ou se fêle d'amour,
26:22semble avoir réinventé le texte de Corneille.
26:25Les spectateurs bouche bée retiennent leur souffle.
26:28Ils avaient gardé du Cid le souvenir morne
26:31des récitations scolaires apprises à coup de règles
26:33sur les doigts.
26:35Et voilà qu'un homme, là-bas, minuscule
26:37sur l'immense scène, les réconcilie
26:39avec le théâtre classique.
26:41C'était le triomphe parce que...
26:43Vous savez que Gérard était jeune.
26:44Jean Aigroni.
26:45Bon, ses cheveux au vent,
26:47ce petit costume
26:49Henri III bouffant,
26:51cette...
26:53cette petite tête héroïque.
26:57Enfin, bon, il est arrivé là-dedans
26:59comme un enfant, un enfant perdu
27:01au milieu du monde.
27:02Je le vois encore quand Don Diague lui disait
27:06enfin qu'on revoit les Nouveaux Anges,
27:08lui demande d'aller sauver son honneur à sa place.
27:12Je revois encore formidablement Gérard
27:14qui avait attrapé l'épée, comme ça,
27:16puis qui s'amusait avec comme un gosse.
27:18Pendant que le père parlait,
27:20tout en écoutant, sans gêner
27:22le récit que lui faisait l'acteur
27:24qui jouait à côté de lui,
27:25qui était Pierre Rassaut, je crois,
27:27sans rien gêner,
27:29il attrapait l'épée, comme ça,
27:30puis il s'est amusé comme s'il faisait
27:32quelques passes d'armes.
27:34Comme un enfant auquel on remet pour la première fois
27:36cette épée sacrée de la famille.
27:38Rien que ce geste, à lui, signifiait déjà beaucoup
27:41et le rôle a été joué comme ça.
27:43Et enlevé avec cette fraîcheur,
27:45cette folie,
27:48et en même temps cette tendresse dont il était capable.
27:51À la fin de cette première du Cid en Avignon,
27:53le public fait une longue ovation à Gérard Philippe.
27:56Le lendemain, tous les journaux rapportent l'événement.
27:59Sous la plume des journalistes,
28:01Gérard devient le prince d'Avignon.
28:03Il entre ce jour-là dans la légende
28:05et le triomphal succès,
28:07remporté dans la cité des papes,
28:09va lui permettre de réaliser son rêve de toujours,
28:12jouer pour un public authentiquement populaire.
28:23Après le retentissant succès du Cid en Avignon,
28:26Jean Villard se voit confié par les pouvoirs publics
28:29la direction du Théâtre National Populaire,
28:32reconstruit dans les sous-sols du Palais de Chaillot.
28:35Il s'agissait d'un théâtre populaire,
28:38mais pas populacier,
28:40ni démagogique.
28:42Georges Wilson.
28:43Les gouvernements à l'époque pensaient
28:45qu'il y avait un théâtre pour la bourgeoisie,
28:48il y avait la comédie française,
28:50il y avait des théâtres bien pensants, etc.
28:52Puis pour le peuple,
28:54il fallait des grandes salles.
28:56Ils ont créé le Trocadéro, le Palais de Chaillot,
28:58et on leur disait de s'aller faire du théâtre populaire.
29:01Et je crois que Gérard avait horreur de ça.
29:05Et il avait raison d'ailleurs,
29:07ces grands trucs où on croit faire du théâtre,
29:10puis finalement on fait du hangar,
29:12on fait du châtelet dans le mauvais sens du terme.
29:15Ce n'est pas populaire ça.
29:17Le populaire pour Gérard, c'était la dignité,
29:19la grandeur,
29:21et l'accès à la grandeur, à la dignité, à la beauté.
29:32L'inauguration du nouveau TNP a lieu en 1952.
29:36Pour la circonstance,
29:38Gérard Philippe reprend le rôle de Rodrigue,
29:41et le public parisien découvre à son tour
29:44un Cid vivant, authentique, lyrique, passionné.
29:49Bref, un Cid qui lui était inconnu jusqu'à présent.
29:53Cid vivant, authentique, lyrique, passionné.
29:56Bref, un Cid qui lui était inconnu jusqu'à présent.
29:59Un Cid qui lui était inconnu jusqu'alors.
30:02Il entrait en scène à une hauteur de ton que moi je n'avais jamais entendue.
30:05J'en ai grogné.
30:06Quand il entrait dans le Cid, au Palais de Chaillot,
30:09sans micro à l'époque,
30:11quand il entrait devant 4000 personnes,
30:13en disant, enfin,
30:15je ne dis pas en criant,
30:17parce que ce n'était pas un cri tout autre
30:19que mon père l'épouverait sur l'heure,
30:20qui est sa première réplique,
30:22Rodrigue a-tu du cœur,
30:23tout autre que mon père l'épouverait sur l'heure.
30:25Alors le cœur, au sens fort du mot,
30:27le courage, le cœur,
30:29l'honneur, tout ce que le mot cœur contient,
30:33était restitué tout de suite, immédiatement,
30:36sous les yeux du public par la première réplique.
30:37Et le ton sur lequel il entrait,
30:39et il ne serait pas rentré sur un ton de fatigue,
30:42ou sur un ton de désavolture,
30:44il n'aurait pas, si vous voulez, triché avec l'humeur du moment.
30:48Il jouait au maximum tout de suite.
30:50Il savait qu'il était attendu comme le coureur de grand fond,
30:55qu'il attaquait sa scène au plus haut.
30:58Et alors il fallait monter toute la pièce après.
31:00Et les autres suivaient,
31:01les autres ne pouvaient pas, derrière lui, rester en pade.
31:04C'est ce qui faisait, en grande partie,
31:07le succès de ce TNP de cette époque.
31:09C'est qu'il y avait une telle dépense d'énergie
31:14de cette troupe et de ce spectacle
31:16qui se présente aux yeux du public,
31:17qu'on pouvait aimer ou ne pas aimer,
31:19mais on était quand même conquis
31:21par cette violence transformée en art,
31:23mais cette violence qui était sous-jacente
31:25constamment pendant la durée du spectacle.
31:48Gérard Philippe interprétera 199 fois
31:51le rôle du Cid à travers le monde entier.
31:54Partout, il recevra un accueil triomphal.
31:57Mais en cette année 1952,
32:00Gérard interrompt momentanément les représentations
32:03pour rejoindre les plateaux de cinéma.
32:05Christian Jacques vient en effet de lui proposer
32:08le rôle principal de son nouveau film.
32:11Et quel film !
32:12Puisqu'il s'agit de Fanfan la Tulipe.
32:15Et ça a été comme une espèce de fête, d'ailleurs,
32:18ce tournage sur ce plateau de grâce
32:20que l'été vraiment écrasait.
32:22On entendait les sauterelles, les grillons.
32:25Geneviève Page, partenaire de Gérard Philippe
32:27dans Fanfan la Tulipe.
32:28Quand on suspendait les crinolines dans les arbres
32:31à l'heure de la pause du déjeuner,
32:32on y trouvait des sauterelles ou des scorpions.
32:35C'était un endroit magnifique, plein d'été.
32:38Et Gérard prenait des espèces de crises.
32:41Il était tout le temps en train de ferrailler
32:43et de répéter entre les scènes
32:44avec toute l'équipe de cascadeurs
32:45qui étaient tous des copains.
32:47Et Gérard, certains jours, était pris de folie.
32:51Et à l'heure de la pause,
32:53il lui est arrivé un jour de faire le pari.
32:55Vous savez, il y avait des grandes tables de bois
32:57qui étaient soutenues par des traiteaux
32:59sur lesquels on posait des couverts.
33:01Et on mangeait tous sur ces grandes tables.
33:03On était serrés comme tout.
33:05Et un jour, il a fait le pari de retirer la table
33:08et que les assiettes y restent.
33:10Mais bien entendu, il n'y avait pas de nappe.
33:11C'était posé directement en même la table.
33:13Et il a tiré la table de ses traiteaux
33:15et tout s'est cassé la figure.
33:17Et on était à 20 km dans la brousse du premier village
33:20pour aller rechercher tout ce qu'il y avait
33:22de nourriture dans les assiettes.
33:24Quand il était piqué comme ça,
33:26il ne s'occupait pas du tout des conséquences
33:28alors qu'il était vachement professionnel.
33:41Gérard se livre totalement
33:43pendant le tournage de Fanfan la Tulipe.
33:45Il refuse d'être doublé dans les scènes périlleuses
33:48et montre un courage qui frise la témérité.
33:50En fait, le personnage de Fanfan la Tulipe
33:53révèle la vraie nature de Gérard Philippe.
33:55C'était jusqueboutiste.
33:57C'était tellement généreux.
33:59Puis brusquement, il prenait des risques fous.
34:02On répétait à une chose pour le gala de l'Union.
34:06Et quand il a vu qu'il était entouré de tous ces gens
34:09comme dans un cirque,
34:12au milieu de la piste.
34:14Et en sortant, je me souviens, il m'a dit
34:16tu vois, il faudrait éclater.
34:19Et là, ça ferait vraiment rire beaucoup.
34:22Je lui ai dit, oui, mais tu n'éclateras pas deux fois.
34:25Non, une fois suffirait, mais ça serait formidable.
34:28Mais oui, parce que c'était un tel appel
34:31vers le maximum, vers le bout,
34:33vers le bout de la route, vers le bout des choses.
34:35On connaît le succès du film de Christian Jacques.
34:38Fanfant la tulipe, ce héros au grand cœur
34:41et à l'indomptable courage
34:43allait conquérir la terre entière
34:45et séduire des milliers de spectateurs.
35:02Gérard Philippe vient d'avoir 30 ans
35:04quand il interprète en 1952
35:07Le Prince de Hombourg, mis en scène par Jean Villard.
35:10Les rapports de Gérard et de Villard et de nous
35:13étaient faits depuis Daniel Hivernel.
35:15C'est une chose ahurissante.
35:17Ce n'était pas très facile.
35:19On ne pouvait pas les approcher trop
35:21parce qu'ils fuyaient.
35:23C'était des gens pudiques.
35:25Je n'ai jamais rencontré des gens plus pudiques
35:27que Villard et Gérard.
35:29Mais ils travaillaient beaucoup en riant, en s'amusant.
35:32C'était ça, d'ailleurs, une des grandes qualités du TNP.
35:36C'est pour ça que j'aimais ça.
35:38Les répétitions, ce n'était que des rigolades.
35:40TNP, on aurait cru que c'était la messe.
35:42C'était des rires tout le temps.
35:44Avec Villard dans la salle qui avait un humour.
35:48Et Gérard, moi, je suis un partenaire
35:50avec lequel, Dieu sait si on a travaillé,
35:52mais heureux.
35:54Les joies qu'on avait à traîner dans ce théâtre.
35:56Et c'est pour ça que
35:58le public était si content.
36:00Si heureux.
36:02Heureux.
36:04Le public est heureux et on jouera chaque soir
36:06le prince de Hombourg à guichet fermé.
36:09Gérard Philippe interprétera plus de 120 fois
36:12ce rôle écrasant,
36:14tant à Paris qu'à travers l'Europe et l'Amérique,
36:16au cours des tournées du TNP.
36:35Un an s'est écoulé depuis la première du Cid en Avignon
36:38quand Gérard Philippe
36:40retrouve la cité des papes pour y créer Lorenzacio
36:43dans le cadre du festival d'été.
36:46Georges Wilson a interprété la pièce d'Alfred de Musset
36:49aux côtés de Gérard Philippe.
36:51Je pense que Lorenzacio a été une grande réussite,
36:54parce qu'il y avait beaucoup de monde.
36:56Il y avait beaucoup de monde.
36:58Il y avait beaucoup de monde.
37:00Il y avait beaucoup de monde.
37:02C'était une grande réussite pour lui,
37:05parce qu'il a fait la mise en scène de la pièce.
37:08C'est lui qui a tout fait.
37:10C'est lui qui a senti la pièce.
37:12C'est une des plus belles représentations de Lorenzacio
37:14que je connaisse.
37:16Non pas parce que j'y ai participé,
37:18mais parce que c'était vraiment une compréhension,
37:20une intelligence de l'œuvre
37:22que je n'ai jamais retrouvée nulle part.
37:24J'ai beaucoup vu jouer la pièce.
37:26C'est là où je me suis toujours demandé
37:28si Gérard n'était pas un visionnaire.
37:33Avril 1953, au Mexique.
37:37Yves Allégret tourne Les Orgueilleux
37:39dans les rues d'Alvarado,
37:41une bourgade misérable brûlée de soleil.
37:44Le film raconte l'histoire d'un être déchu,
37:47rongé par l'alcool,
37:49qui boit son remords au hasard des bistrots.
37:52Cet ancien médecin, à la raison vacillante,
37:55est prêt à tout pour quelques verres de tequila.
37:58Mais en dépit des apparences,
38:00sous le vieux chapeau crasseux,
38:02sous la chemise déchirée,
38:04sous la barbe mal taillée,
38:06cet homme désespéré cache un cœur immense.
38:09Voilà pourquoi Yves Allégret a choisi Gérard Philippe
38:12pour donner vie à ce personnage complexe.
38:15Ce sera l'un de ses meilleurs rôles de composition.
38:18Avec Les Orgueilleux,
38:20Gérard rompt avec les emplois de héros romantiques
38:23dans lesquels on le cantonnait jusqu'alors.
38:26C'est un être qui se transformait.
38:29D'ailleurs, quand on regarde les images des Orgueilleux
38:32ou les images de la fin,
38:34on s'aperçoit que c'est un autre Gérard Philippe
38:37qui est en train de naître,
38:39avec des rides, avec une beauté différente.
38:59Le public est tout aussi séduit
39:01par le nouveau Gérard Philippe
39:03et Les Orgueilleux font un succès.
39:05Succès d'ailleurs que Gérard partage avec Michel Morgan,
39:08sa partenaire dans le film d'Yves Allégret.
39:10Avoir Gérard Philippe en face de soi
39:12pour jouer la comédie,
39:14c'est quelque chose qu'on ne rencontre pas tous les jours.
39:17Il avait une manière de jouer la comédie
39:20qui était surprenante et merveilleuse.
39:23C'était extrêmement agréable.
39:29Après le film Les Orgueilleux
39:31qui lui vaut la victoire du meilleur acteur 1953,
39:35Gérard Philippe va s'expatrier en Angleterre.
39:38Il part en effet tourner M. Ripoy
39:41sous la direction de René Clément.
39:43Ce M. Ripoy est un personnage mesquin, méchant,
39:47un donjon à la petite semaine,
39:49bref, l'image même de l'anti-héros.
39:52Gérard, ça n'étonnerait pas,
39:54il a presque plus mort
39:56qu'à tout le reste, tout de suite.
39:58Il s'est jeté dessus,
40:00il a vu ce qu'on pouvait tirer d'un personnage comme ça.
40:03René Clément.
40:05Gérard, incarnant ce type de personnage,
40:08il pouvait être Cassanèze.
40:10Il avait en lui tout le talent nécessaire
40:13pour arriver à s'énoircir tout en gardant,
40:15vous vous rendez compte, le charme qu'il faut avoir
40:18pour passer par-dessus tous ces obstacles
40:20que j'avais dressés sous ses pieds.
40:27René Clément présente son film en première mondiale à Cannes
40:31et M. Ripoy remporte un très grand succès sur la croisette,
40:34comme d'ailleurs dans toutes les villes
40:36où il sera présenté par la suite.
40:38Après avoir participé au film de Sacha Guitry,
40:41Si Versailles m'était contée,
40:43Gérard Philippe retrouve Claude Ottolara
40:45pour Le Rouge et le Noir.
40:47L'emploi du temps du comédien est des plus chargés.
40:50Il tourne le film dans la journée à Paris
40:53et le soir, il joue le prince de Hombourg avec le TNP à Reims.
40:57Ses incessants allers-retours poseront quelques problèmes.
41:01Cela n'empêchera pas Le Rouge et le Noir
41:04d'être un excellent film unanimement salué par la critique et le public
41:08et qui vaut à Gérard Philippe
41:10une nouvelle victoire du meilleur acteur français.
41:13Cette victoire pourtant lui paraît peu de chose
41:16au regard du merveilleux cadeau que vient lui faire sa femme Anne.
41:21Elle lui offre, en effet, en ce mois de décembre 1954,
41:25leur premier enfant.
41:27C'est une petite fille à laquelle Gérard racontera souvent
41:31l'histoire du petit prince.
41:33Le petit prince s'endormait.
41:35Je le pris dans mes bras.
41:37J'étais ému.
41:39Il me semblait porter un trésor fragile.
41:42Il me semblait même qu'il n'y eut rien de plus fragile sur la Terre.
41:47Je regardais la lumière de la Lune, ce fond pâle,
41:51ses yeux clos, ses mèches de cheveux qui tremblaient au vent.
41:55Et je me disais, ce que je vois là n'est qu'une écorce.
41:59Le plus important est invisible.
42:17Gérard Philippe aimerait jouer plus longtemps ce nouveau rôle
42:21de père de famille, mais déjà le public le réclame.
42:25Il joue alors avec le TNP Richard II de Shakespeare
42:29avant de se lancer dans une nouvelle aventure.
42:47Gérard Philippe rêvait depuis toujours de réaliser son propre film.
42:51C'est chose faite avec Till les Spiègles
42:54qui compte les aventures d'un jeune héros hollandais.
42:57Gérard Philippe interprète lui-même le rôle de Till
43:00tout en assurant la mise en scène.
43:02Eh bien, il s'agit pour nous d'un vieux projet
43:05pour Uri Sivens qui réalise le film
43:09ainsi que pour moi, pour l'équipe.
43:12Pour lui, parce qu'il est hollandais
43:14et que sa jeunesse a été bercée par l'histoire de Till
43:17les Spiègles, héros universel, car Charles de Coster
43:20dans ce livre qu'il avait publié en 1868
43:24était arrivé à saisir ce héros légendaire
43:27à travers les illustrations qui couraient l'Allemagne
43:30depuis des siècles, et à le saisir et à lui donner
43:33une vie, une profondeur, une échelle
43:36qui, dans l'histoire du film,
43:39devrait le rendre l'égal de Don Quichotte,
43:42de Tartuffe, entre autres,
43:45de Pantagruel en tout cas.
43:48Gérard Philippe parle de Till les Spiègles
43:51qui malheureusement n'obtiendra pas le succès escompté.
43:54Jean Marais m'a toujours dit que l'acteur
43:57qui l'avait épaté le plus dans sa carrière
44:00c'était Gérard Philippe. Il aimait beaucoup Gérard Philippe,
44:03il avait de l'admiration et puis il était
44:07Ce film que j'ai trouvé, moi personnellement,
44:10merveilleux. Et si ça n'avait pas été Gérard qui l'avait fait,
44:13les critiques l'auraient trouvé merveilleux.
44:16Mais c'était une époque où un jeune acteur
44:19qui devenait metteur en scène
44:22choquait les médias
44:25et ils ont éreinté le film.
44:28Et après la sortie du film de Gérard Philippe,
44:31il est resté un an et demi sans proposition.
44:35Ça n'est jamais, à aucun moment, quelqu'un de médiocre.
44:38J'en ai greni. Il était quelqu'un
44:41qui voulait transformer le monde,
44:44qui voulait par sa présence et par ses actes
44:47changer quelque chose au monde. Il avait besoin de ça.
44:51Immédiatement après Les liaisons dangereuses,
44:54Gérard Philippe enchaîne sur un film de Luis Buñuel,
44:57La fièvre monte à El Pao.
45:00Pendant le tournage, qui a lieu au Mexique,
45:03l'acteur ressent une fatigue inhabituelle,
45:06une lassitude inexplicable.
45:09Dès son retour en France, il consulte un médecin
45:12pour trouver une solution.
45:15Luis Buñuel n'est pas le seul.
45:18Dès son retour en France, il consulte un médecin
45:21qui le fait hospitaliser. Quelques jours après,
45:24Gérard Philippe subit une délicate intervention chirurgicale.
45:27L'opération se déroule normalement
45:30et Gérard regagne son domicile parisien
45:33le 19 novembre au soir.
45:4025 novembre 1959,
45:4321 heures,
45:46la scène de cinéma parisienne.
45:49La projection des liaisons dangereuses vient à peine de commencer
45:52quand brusquement les lumières se rallument.
45:55Un homme en costume sombre apparaît alors sur la scène,
45:58devant l'écran.
46:01D'une voix mal assurée, il réclame le silence,
46:04puis il parle.
46:07Et le monde apprend avec stupeur
46:10que Gérard Philippe vient de mourir.
46:13Il n'a pas la même rigueur à nul autre pareil.
46:16On a beau la prier,
46:19la cruelle qu'elle est se bouche les oreilles
46:22et nous laisse crier.
46:25Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre
46:28est sujet à ses lois.
46:31Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
46:34n'en défend point nos rois.
46:37De murmurer contre elle et perdre patience,
46:41vouloir ce que Dieu veut
46:44est la seule science qui nous met en repos.
47:10Antoine Reclus
47:13« Destins extraordinaires » est disponible sur le site et l'appli Europe 1.
47:16Écoutez aussi l'épisode suivant en vous abonnant gratuitement sur votre plateforme d'écoute.