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00:00Il est 7h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le général François d'Aoust.
00:05Bonjour général d'Aoust, bienvenue sur Europe 1, directeur du centre de recherche de l'école des officiers de la gendarmerie nationale.
00:12Vous êtes aussi professeur de sciences criminelles.
00:14Alors, ce matin la garde à vue du grand-père du petit Emile a été prolongée, c'est ce qu'a dit son avocate.
00:21Selon certains médias, celle de la grand-mère pourrait l'avoir été également.
00:26Alors, précisons que ces gardes à vue ne sont pas des décisions de culpabilité, il faut bien être clair.
00:31Mais en tout cas, on voit que l'enquête s'accélère au sein même du cercle familial.
00:35Deux de leurs enfants ont également été entendus, c'est-à-dire quand même potentiellement des oncles et tantes d'Emile,
00:40des frères ou des soeurs de la maman du petit garçon, entendus tous pour homicide volontaire et recel de cadavre.
00:46Est-ce que vous voulez bien nous décoder ce que ça signifie ?
00:49Alors, l'incrimination est très forte parce que ça suppose un acte volontaire.
00:55Donc, un homicide volontaire, pour faire simple, c'est un meurtre.
01:00Le recel de cadavre, c'est-à-dire qu'on a caché le corps pendant un temps,
01:05voire on l'a déplacé et on l'a soustré à la justice.
01:11Et à partir de ce moment-là, ce sont deux infractions distinctes.
01:14Il y en a une qui est une infraction criminelle et l'autre qui est une infraction délictuelle.
01:18Donc, ce sont des peines totalement différentes.
01:22La première peut aller, selon les circonstances, jusqu'à la perpétuité.
01:27Et la seconde, sans circonstances aggravantes, c'est trois ans.
01:32Et avec circonstances aggravantes, c'est cinq ans sans compter les peines d'amende.
01:37Voilà l'incrimination. Elle est très forte.
01:41Mais depuis le début de cette affaire, on voit bien que l'incrimination,
01:45ce qui a permis d'ouvrir, de faire une ouverture d'information,
01:51c'est qu'on va chercher au plus haut, qui donne aux enquêteurs et aux juges
01:57un certain nombre de moyens coercitifs et d'investigation
02:01qui n'existeraient pas, en tout cas qui ne seraient pas forcément permis
02:04si nous étions simplement dans une recherche d'homicide volontaire.
02:07Vous voulez dire que ce qualificatif extrêmement fort pourrait vouloir dire
02:12qu'Emile aurait été tué par un membre de sa famille,
02:15qu'on aurait caché son corps délibérément,
02:17donc ça pourrait vouloir dire cela, que la justice aurait des éléments,
02:21ou bien ça pourrait être finalement une disposition,
02:24une mesure d'ordre technique pour permettre d'élargir le champ des recherches ?
02:27Alors, voilà, c'est la mesure d'ordre technique d'un côté,
02:31mais il y a aussi une mesure psychologique,
02:34qui est de toute façon, comme l'information qui était ouverte,
02:37elle était en matière criminelle, à partir de ce moment-là,
02:41s'il y a des éléments conjecturels, c'est tout simplement
02:47faire amener les personnes ou la personne d'intérêt en garde à vue,
02:52à dire, mais attendez, moi je n'ai jamais tué mon petit-fils par exemple,
02:57mais je vais vous expliquer ce qui s'est passé et comment l'accident s'est passé.
03:02Ça peut aussi être un déclencheur de communication.
03:06Pour pousser finalement les gens à passer à table, comme on dit.
03:09Voilà, mais généralement, donc ça c'est le premier élément,
03:13mais derrière il y a tous les éléments d'enquête qui ont été
03:17incrémentés, collationnés par les enquêteurs, par les témoignages,
03:21par les éléments indiciels qu'ils ont pu relever à différents endroits,
03:27sans qu'on les ait forcément vus, parce qu'on ne s'est attaché
03:31qu'à ce qui a été vu de tout le monde, sans en oubliant que l'enquête,
03:35il y avait déjà une quinzaine de personnes qui, tous les jours, œuvraient.
03:39Donc là-dessus, vont être vérifiées et on va voir
03:46quelles sont les discordances, à mon avis, elles ont déjà été vues,
03:50c'est pour ça que la garde à vue a été déclenchée.
03:52Il ne faut pas oublier que la garde à vue a été déclenchée,
03:54non pas par les enquêteurs, mais comme nous sommes en instruction,
03:57par les juges d'instruction.
03:58En général, on sait qu'une voiture, la voiture du grand-père,
04:01ainsi qu'une caravane pour transporter des chevaux a été saisie hier,
04:0621 mois plus tard après la disparition du petit Emile,
04:10qu'est-ce qu'on espère retrouver ? Des traces ADN encore ?
04:12Aussi longtemps après ?
04:13Alors oui, les traces ADN, l'ADN est une molécule très particulière,
04:18elle peut être à la fois très fragile, très résistante.
04:21Très résistante si elle est à l'abri de la lumière et de l'humidité,
04:25et très fragile dans l'autre sens.
04:27Pour vous donner un exemple, on a retrouvé l'ADN des dinosaures,
04:31donc ça fait plusieurs centaines de millions d'années.
04:34Donc en l'espèce, retrouver l'ADN du petit Emile est tout à fait possible.
04:40Mais là où ça va être intéressant pour les enquêteurs
04:44et surtout pour les spécialistes du laboratoire de la gendarmerie,
04:48c'est où est-ce que cet ADN pourrait être retrouvé ?
04:52Dans le véhicule, siège passager ou autre, ça n'a aucune valeur.
04:56On sait très bien qu'il est rentré, qu'il est monté,
04:58qu'il a été transporté.
05:00En revanche, dans le coffre du véhicule ou peut-être dans le van,
05:05étant donné qu'il était arrivé la veille,
05:07est-ce qu'il a eu le temps d'aller jouer dans le van ou pas,
05:10ça sera les enquêteurs qui le détermineront.
05:13Ça peut être un élément indiciel très important.
05:16Est-ce que vous pensez qu'il y a une percée dans l'enquête
05:18qui expliquerait cette accélération des choses
05:21dans ce dossier où il y a peu d'avancées depuis un an ?
05:24On a l'impression qu'il y a une avancée
05:27parce qu'il y a eu un déclenchement de garde à vue.
05:29En réalité, les enquêteurs n'ont jamais cessé de vrai.
05:34Il faut savoir que la possibilité de garde à vue,
05:39et généralement ça se fait parfois un peu plus tôt au sein de la famille,
05:44parce qu'il faut au moment où éliminer l'hypothèse familiale
05:48ou au contraire l'approfondir,
05:50aurait pu se faire beaucoup plus tôt.
05:52Mais il y a un élément qui a reporté tout ça,
05:55c'est la découverte des ossements du petit Émile.
05:59Ce qui fait qu'on est parti sur une étude des ossements,
06:03des vêtements, une remise en situation, les lieux, etc.
06:07Tout à fait.
06:08Donc ça a permis aux enquêteurs d'orienter différemment
06:14certaines recherches, de corroborer des témoignages,
06:19les mettre en perspective avec d'autres éléments
06:24qui ont été relevés par eux.
06:26Ils n'ont pas arrêté.
06:28La différence, c'est que nous avons l'impression,
06:31puisque le procureur a communiqué,
06:34et nous venons de voir cette garde à vue,
06:36qu'il y a une accélération.
06:37En fait, c'est un dossier qui arrive à maturité
06:41pour pouvoir aller en garde à vue
06:43et voir si effectivement la famille est impliquée
06:47dans ce qui pourrait être très certainement
06:50un accident domestique ou équivalent.
06:52Ou au contraire, on peut la sortir de l'équation.
06:55Merci Général Daous d'avoir été avec nous sur Europe 1.
06:58Je rappelle que vous avez dirigé l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie
07:02qui travaille sur ce dossier depuis pratiquement le premier jour.
07:05Merci d'être venu ce matin sur l'antenne d'Europe 1.
07:07Bonne journée.
07:08Merci, vous aussi.