Au lendemain de sa condamnation à cinq ans d'inéligibilité avec application immédiate, Marine Le Pen a salué le fait que la justice ait l'intention d'organiser un procès en appel avec une décision qui serait rendue des mois avant la présidentielle de 2027. Quel impact dans le paysage politique ? Quelles réactions auront les électeurs ? Écoutez ? Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol).
Regardez L'invité de Yves Calvi du 02 avril 2025.
Regardez L'invité de Yves Calvi du 02 avril 2025.
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00:00et directeur de la Fondation pour l'innovation politique, la Fond'Appolle.
00:03La situation de Marine Le Pen s'est éclaircie puisque
00:06la chef de file des députés Rassemblement National
00:09devrait voir son procès en appel avant l'élection présidentielle
00:12de 2027, on parle même de 2026.
00:14Alors je sais que c'est étrange pour un palitolec d'entendre cette question, mais
00:19est-ce que c'était, selon vous, nécessaire ?
00:22Nécessaire, vous voulez dire...
00:24Pour le fonctionnement de la vie politique du pays ?
00:28La condamnation avec l'exécution provisoire ?
00:32Oui, le fait qu'en fait, on anticipe, je ne vous parle pas
00:35de ce qui s'est déjà passé, mais de ce qui pourrait se passer demain.
00:39Ben c'est...
00:42Désolé, ça m'échappe un peu la question, je t'arrive...
00:46En tout cas,
00:48la situation s'éclaircie jour après jour sur le plan juridique,
00:53on s'est tous plongés dans les enjeux purement juridiques
00:58et on y voit un peu plus clair, il fallait quand même un peu de temps pour ça,
01:01mais ça s'assombrit beaucoup par contre pour Marine Le Pen.
01:05C'est un peu ce qu'on se dit aujourd'hui, c'est-à-dire qu'il y aura un appel
01:09pour l'exécution provisoire, nous sommes tous désormais des spécialistes
01:14qui peut-être sera levé,
01:18mais le reste court toujours, la condamnation principale
01:23première sur cette affaire
01:28de détournement de fonds va l'encombrer beaucoup pour aller à la présidentielle
01:34et le fait de voir lever
01:38l'inéligibilité à l'été 2026,
01:43on est quand même, de mon point de vue en tout cas,
01:46on n'est pas assez loin de la présidentielle
01:48pour qu'elle puisse retrouver la foulée nécessaire,
01:51la force nécessaire pour le sprint final
01:55que représente en plus une quatrième candidature
01:58qui est certainement la dernière.
02:00C'est intéressant, je vous interromps parce que je pensais qu'on pouvait,
02:03en tout cas de son point de vue, estimer que c'était une respiration
02:06et vous êtes en train de nous dire non, la course d'une certaine façon
02:09est déjà lancée et elle portera son boulet.
02:12Je vous ai bien compris.
02:12Moi, j'ai l'impression, exactement Yves Calvi, j'ai l'impression.
02:15Et en plus, on assiste là à quelque chose qui me fait penser
02:19à une rechute protestataire depuis la décision
02:24avec un RN qu'on n'avait pas vu comme cela.
02:28D'ailleurs, c'est un RN qui ressemble plus au FN.
02:31C'est-à-dire, on s'en prend à la justice, au magistrat.
02:36Bon, ils essaient de corriger ça un petit peu.
02:38On voit qu'il y a de l'empressement, on voit de la panique,
02:41mais ce n'est pas le parti de l'ordre quand même.
02:45Je ne suis pas du tout en train d'ironiser sur les déclarations antérieures du RN
02:50parce que ça me paraît inutile pour comprendre la situation.
02:53Mais je pense aux électeurs du RN, nombreux, probablement très inquiets aujourd'hui,
02:58qui sont probablement dans la crainte de se retrouver orphelins
03:02d'une représentation politique qu'ils avaient l'habitude d'avoir
03:05et en nombre croissant depuis maintenant longtemps.
03:08Je dirais qu'il faudrait commencer en 1988,
03:10voilà le premier grand succès de Le Pen.
03:13Ça n'a jamais cessé, grosso modo, de croître depuis.
03:16Et là, ils se retrouvent à défendre un parti dont la chef est en grande difficulté.
03:21Et bon, voilà, on verra ce que dit le jugement définitif,
03:25mais c'est quand même mal engagé.
03:28Ils ne vont pas être à l'aise pour défendre ça,
03:30les électrices et les électeurs de ce parti.
03:32Donc, c'est vraiment compliqué pour eux.
03:35Et cette rechute protestataire les remet au marge du système politique qu'ils avaient réussi.
03:41On l'a tous vu, à se dédiaboliser, à se recentrer, à devenir un parti,
03:45au fond, comme les autres, avec des caractéristiques programmatiques,
03:48mais qui étaient légitimes aux yeux de tous.
03:51Là, c'est une situation qui se dégrade.
03:53Je crois que le parti est en danger, moi, si vous voulez.
03:56Un parti de l'ordre qui conteste notamment le fonctionnement de la justice.
04:00Vous pensez que c'est difficile à comprendre, à apercevoir ?
04:03Et son indépendance.
04:05Non, vous avez raison.
04:07Il y a toujours eu cette espèce de contestation d'une justice considérée comme politisée, etc.
04:15Mais là, évidemment, l'argument est toujours plus difficile à utiliser
04:19quand la décision vous est défavorable.
04:22Ce n'est pas comme quand vous en parlez en général.
04:24Par exemple, dire ça pour dire que la justice est laxiste à l'égard des délinquants
04:29parce qu'elle a un penchant à gauche, à supposer que ce soit vrai, c'est un argument.
04:33Mais dire cela quand ça vous concerne, vous, ça me paraît être plus faible.
04:38Et puis là, ce qui se passe aujourd'hui,
04:41et je pense que c'est un mauvais choix de la part du RN,
04:45les électeurs ne vont pas accepter que le programme du RN se soit de venger Marine Le Pen.
04:49Ce n'est pas possible.
04:51Ils existent.
04:52Oui. Ce matin, dans Le Parisien, Marine Le Pen affirme vouloir saisir le Conseil constitutionnel
04:57ainsi que la Cour européenne des droits de l'homme.
04:59Ça a des chances d'aboutir ?
05:02Techniquement, je ne peux pas vous dire,
05:07en particulier sur le deuxième aspect, la Cour européenne des droits de l'homme.
05:10Ça prend du temps, ce sont des procédures lourdes.
05:12Et tout ça, ça veut dire qu'il faudra attendre la décision
05:15avant de commencer à considérer que la candidate est bien annoncée,
05:18mais sur l'aspect purement d'exécution provisoire, pas sur le fond.
05:23Le reste, le jugement principal, il n'est pas contesté.
05:27Il y a un appel, on verra, et puis l'appel décidera.
05:30Donc, fondamentalement, je pense que ça ne change pas grand-chose à sa situation en réalité.
05:35Par contre, elle enferme son parti et ses militants
05:42dans un calendrier qui est celui de la justice,
05:45qui est un calendrier lent, long, c'est normal, il faut discuter, il faut réfléchir à tout ça,
05:49et qui va les geler complètement.
05:52Et en plus, ne leur donner qu'un seul thème principal, sauvons notre chef.
05:57Ça va marcher un temps, mais les problèmes surgissant ici et là,
06:01et puis il faut traiter des questions qui préoccupent beaucoup les Français,
06:04en particulier les électeurs de Marine Le Pen.
06:07Donc, ça va devenir une espèce de, je dirais, de rétrécissement dans la tension,
06:12l'intérêt et l'effet de représentation du RN.
06:15En 2021 à Washington, le Capitole avait été envahi par les partisans de Donald Trump
06:19après sa défaite aux élections.
06:21Peut-on imaginer la même chose en France ?
06:23Et notamment dimanche à Paris, je ne cherche pas du tout à dramatiser la situation,
06:26mais avec la manifestation organisée par l'ERN en soutien à Marine Le Pen,
06:30d'une certaine façon, est-ce qu'on joue à se faire peur ?
06:35Alors, je le dirais à ma manière, Yves Calvi, si vous me permettez,
06:38c'est-à-dire que je pense que dans la situation actuelle de beaucoup de démocraties,
06:42et notamment de la France, on ne se fait pas peur quand on pense à des dérives.
06:48Nous sommes quand même entrés dans cette période-là, dans cette temporalité-là.
06:53Et ce que je craindrais davantage, c'est que le fait que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter,
07:00et que peut-être Jordan Bardella ne soit pas vraiment celui qui peut la remplacer,
07:05parce qu'on est allé un peu vite en besoin là-dessus quand même,
07:08ça peut laisser toute une France, 42% au second tour en 2022 quand même,
07:12second tour de la présidentielle,
07:14ça peut laisser toute une France orpheline d'une représentation efficace
07:19pour porter des problèmes qui lui tiennent à cœur.
07:21Et ça, ça peut vouloir dire que, puisque vous ne nous entendez pas,
07:24quand nous votons bien sagement, car les électeurs du R.L. ont toujours été des électeurs pacifiques,
07:29eh bien nous allons changer de comportement,
07:32et une partie au moins d'entre eux deviendrait des électeurs plus perturbateurs,
07:38voire éventuellement pour une partie, plus violents.
07:41Là, l'élection, ça régule les mécontentements, la colère, ça les pacifie,
07:45ça les fait rentrer dans des machineries qui ressortent au bout des députés,
07:49des lois ou des programmes et des débats.
07:51Si ça, ça ne marche plus parce que ça apparaît comme cassé,
07:55alors ce ne sont pas des gens qui vont de toute façon se taire et dire
07:58« puisque c'est comme ça, on renonce à nos préoccupations ».
08:00Merci infiniment Dominique Régnier, politologue,
08:02directeur de la Fondation pour l'Innovation Politique, qui fête ses 20 ans,
08:06et je signale votre numéro spécial « Fondapol, des idées pour la cité, l'aventure d'un Singtong ».
08:11Dans un instant, notre journal de 18h30 bien entendu,
08:14et juste après dans RTL Inside, nous irons faire un petit tour au salon du Snacking.
08:18Il se tient à la porte de Versailles à Paris.
08:21Le Snacking, c'est tout simplement l'art du grignotage.