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Coup de tonnerre pour Marine Le Pen : la cheffe de file du Rassemblement national, malgré des sondages d'intentions de vote au zénith pour 2027, voit son avenir politique subitement s'assombrir, empêchée à ce stade par la justice de concourir à la prochaine présidentielle. Écoutez l'analyse de Jean Garrigues. historien, spécialiste de la vie politique française.
Regardez L'invité pour tout comprendre avec Yves Calvi du 31 mars 2025.

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Transcription
00:00Yves Kelvin, Agnès Bonfillon, RTL Soir, édition spéciale.
00:04Bonsoir Jean Garay, vous êtes historien, spécialiste de notre vie politique.
00:08Merci de prendre la parole ce soir sur RTL.
00:10Dans le camp de Madame Le Pen, on évoque ce soir une mise à mort politique.
00:14Que nous dit l'historien ?
00:15L'historien dit qu'évidemment, c'est un coup très grave
00:20qui est porté en tout cas à la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle.
00:25Ça c'est une certitude.
00:26Et puis on va dire à l'histoire récente du Rassemblement national.
00:30C'est un événement majeur.
00:32Maintenant, je vois qu'on s'émeut beaucoup de la lourdeur de la peine.
00:38Mais il faudrait d'abord s'émouvoir de la lourdeur de la faute qui a été commise.
00:43Plusieurs millions d'euros détournés de fonds publics.
00:47Ça explique aussi peut-être malgré tout que la sentence a été sévère
00:52et finalement conforme à la loi qui détermine cette sentence.
00:56Donc effectivement, sur le plan électoral,
00:59c'est un coup très dur porté au Rassemblement national.
01:03Et en même temps, c'est peut-être aussi une leçon de justice
01:08dans le cadre d'une démocratie mature
01:10qui est capable de régler dans le respect de la loi
01:15les dysfonctionnements qui peuvent intervenir.
01:19Jean-Garrick, a-t-on déjà connu des situations comparables,
01:22en tout cas sous la Ve République ?
01:24Il y a deux ou trois cas qui s'imposent.
01:26Évidemment, ce qui est arrivé à François Fillon
01:29pendant la campagne électorale 2017.
01:32Là, on était aussi dans un cas un peu similaire d'ailleurs,
01:35de détournement de fonds publics, d'abus de confiance,
01:38enfin bref, d'usage de fonds qui n'auraient pas dû être utilisés.
01:44J'allais dire que le coup d'éclat était encore pire
01:47parce que François Fillon était en mesure de remporter cette élection présidentielle.
01:53L'affaire Fillon, comme on l'a appelée, l'en a empêchée.
01:57Là, on avait une possibilité pour Marine Le Pen d'être présidentiable,
02:02d'être très bien placée même au second tour de l'élection,
02:05donc c'est très grave pour elle,
02:07mais on est un petit peu dans la continuité
02:10de ce qui est arrivé à François Fillon.
02:12Auparavant, il y a eu des cas,
02:14par exemple ce qui était arrivé à Alain Juppé en 2004
02:17lorsqu'il avait été condamné pour les fameux emplois fictifs de la mairie de Paris,
02:22mais là, il n'était pas en position de présidentiable.
02:26Il aurait pu être, et il l'est devenu d'ailleurs,
02:28présidentiable en 2016-2017,
02:31mais c'était sa carrière qui a souffert,
02:35mais ce n'était pas son ambition présidentielle qui était remise en question.
02:39Jean Garrigue, au RN, on affirme qu'avec l'exécution provisoire
02:43qui empêche désormais Mme Le Pen de se présenter aux prochaines élections,
02:46les juges ont un droit de vie ou de mort sur leur parti politique et leur leader.
02:51Ils ont factuellement raison ?
02:53Alors, factuellement, c'est vrai que c'est un jugement
02:58qui va empêcher une candidature de Marine Le Pen,
03:02mais la séparation des pouvoirs veut que les élus respectent la chose jugée
03:07à partir des lois qui ont été déterminées précisément par le vote des élus.
03:13Donc, on peut évidemment interpréter les choses comme un déni de candidature,
03:19et je ne dirais pas déni de démocratie du tout, mais un déni de candidature.
03:23Mais malheureusement, il faut d'abord remonter à la faute, je le répète,
03:28qui est, dans l'histoire des scandales politico-financiers de financement des partis politiques,
03:34la faute est extrêmement grave.
03:36Elle a duré pendant des années,
03:37elle implique plus d'une vingtaine d'élus du RN et de collaborateurs parlementaires.
03:43C'est quelque chose quand même de très très grave,
03:45et donc il ne faut pas s'étonner que la sentence, je répète,
03:49que le verdict soit lourd.
03:50Vous pouvez nous rappeler pourquoi cette disposition avait été adoptée dans la loi Sapin ?
03:54Elle avait été adoptée a priori pour éviter les récidivismes,
03:58et pour éviter que ceux qui étaient remis en cause,
04:02qui étaient même condamnés, ne puissent continuer ce type de pratiques.
04:07C'était la raison principale.
04:11Est-ce que c'est vraiment aujourd'hui ?
04:13Est-ce que ce serait le cas ?
04:14Est-ce que ça aurait été possible ?
04:16Ce qui plutôt justifie la lourdeur de la peine,
04:22c'est-à-dire la longueur de l'inégibilité,
04:25puisque si elle avait été inférieure à deux ans,
04:28Marine Le Pen aurait quand même pu être candidate.
04:31Mais quand vous voyez que d'autres condamnés du RN,
04:35je pense à Bruno Gollnisch, a lui aussi écopé de cinq ans d'inégibilité,
04:40quand vous vous souvenez que je pense que c'était François Fillon
04:45qui avait écopé d'une peine de dix ans d'inégibilité,
04:48vous vous dites finalement que la justice est passée.
04:52Elle est sévère, elle est lourde, mais elle n'est pas exceptionnelle.
04:55Ce n'est pas une juridiction d'exception.
04:57C'est quelque chose finalement qui appartient à nous.
05:01Que l'on puisse remettre en question cette règle de l'inégibilité provisoire et immédiate,
05:08c'est tout à fait envisageable.
05:11On peut véritablement discuter parce que là les conséquences politiques sont terribles.
05:15Mais ça, ça se fera à froid.
05:17On ne peut pas le faire alors que la chose est jugée aujourd'hui.
05:21On a quand même l'impression d'un certain malaise dans les réactions au sein de la classe politique.
05:25François Bayrou a été troublé par l'énoncé du jugement à l'encontre de Marine Le Pen.
05:31On peut dire ça ?
05:34On peut dire aussi qu'ils sont un petit peu gênés aux entournures, nos politiques ?
05:39Oui, ils sont gênés pour des tas de raisons qui ne sont pas toujours les mêmes.
05:42D'ailleurs, les partenaires comme Éric Ciotti sont gênés de ne plus avoir une candidate potentielle
05:48et qui avait beaucoup de chances de l'emporter.
05:51Certains adversaires sont gênés parce que le fait éventuel de se retrouver dans la même situation
06:02ou face à Marine Le Pen au second tour.
06:05On se dit qu'à jamais 203 et qu'un second tour face à Marine Le Pen
06:10peut donner une chance à un candidat de l'espace centriste.
06:14Et puis, pour ce qui concerne François Bayrou,
06:17il faut se souvenir que lui-même et son parti ont été soumis à une même inculpation,
06:22que lui a été relaxé du fait de l'absence de preuves.
06:27Mais il faut rappeler malgré tout que l'affaire Bayrou-Modem
06:31était quand même beaucoup moins importante, beaucoup moins systémique
06:34que ce qui s'est passé pour le RN.
06:37Donc là aussi, il est un fait que, et c'est finalement le fond du problème,
06:41et je pense que c'est ce qui explique la réaction de François Bayrou,
06:44il y a un problème de financement des partis politiques dans ce pays
06:47qui a conduit notamment des partis ayant relativement peu d'élus,
06:51comme le Modem ou comme le RN, à procéder à ce genre de financement
06:59qui sont des financements en réalité illégaux,
07:01mais qui étaient choses courantes,
07:03qui étaient finalement admises plus ou moins.
07:06Et cela pose véritablement le problème du financement des partis politiques,
07:10mais encore une fois, ce problème-là, il faudra le poser à froid
07:14après que les émotions se soient estompées.
07:17Quelles conséquences en un mot pour la vie politique française ?
07:21Les conséquences sont énormes parce qu'évidemment,
07:25on n'est pas du tout sûr, je parlais de Jordan Bardella,
07:28soit aussi à même de conduire une campagne que Marine Le Pen,
07:31qui a une expérience, qui s'y était préparée,
07:34qui incarne véritablement ce nouveau RN dédiabolisé, normalisé.
07:40Et puis, de facto, s'il advient que le futur candidat du RN
07:46ne soit pas en mesure d'être aussi puissant,
07:49de drainer les 30-35% d'électeurs,
07:52alors ça laisse un espace politique, par exemple, pour les Républicains,
07:56pour quelqu'un comme Bruno Retailleau,
07:58mais ça laisse aussi un espace politique plus à gauche
08:01pour des candidats plus centristes.
08:04Est-ce que ça ne donne pas aussi plus de chances éventuellement
08:08aux socialistes pour faire cavalier seul par rapport à Jean-Luc Mélenchon ?
08:13Les cartes sont rebattues totalement avec cette disparition,
08:17peut-être provisoire, en tout cas disparition de Marine Le Pen
08:21du paysage électoral français.
08:23Merci beaucoup Jean Garay, historien spécialiste de notre vie politique.
08:27Vous nous expliquez ce soir que la faute du RN était quand même extrêmement importante,
08:30ce qui explique a priori les sanctions qui sont prises contre Mme Le Pen.
08:34Bonne soirée, merci d'avoir pris la parole sur RTL.
08:37Merci à vous.
08:38Il est 18h51 et dans un instant, un homme qui lui reste éligible
08:41et ne porte pas de bracelet, en tout cas électronique,
08:44Marc-Antoine Lebray, pour son Breaking News.

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