Après l'annonce de la condamnation de Marine Le Pen, François Bayrou a fait part de ses "interrogations" sur l'application immédiate de l'inéligibilité et a considéré qu'une "réflexion" doit "être conduite" par les parlementaires. Gérald Darmanin, lui, a souhaité que le procès en appel de l'ancienne présidente du FN soit organisé dans un délai "le plus raisonnable possible". Regardez le sentiment de Christophe Béchu, secrétaire général d'Horizons et maire d'Angers.
Regardez L'invité de Yves Calvi du 01 avril 2025.
Regardez L'invité de Yves Calvi du 01 avril 2025.
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00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04Bonsoir Christophe Béchu. Bonsoir Yves Calvi.
00:06Vous êtes notre ancien ministre de la transition écologique, maire d'Angers et secrétaire général d'Horizon, le parti d'Edouard Philippe.
00:12A l'Assemblée Nationale, cet après-midi, François Bayrou a affirmé vouloir mener une réflexion parlementaire sur les peines d'inéligibilité avec exécution immédiate.
00:22Vous y êtes favorable ? Oui.
00:24Pourquoi ? Expliquez-nous.
00:26Parce qu'autant le jugement qui a été prononcé à l'encontre de Marine Le Pen est logique.
00:30Il résulte à la fois d'un système organisé, de détournement de fonds publics et les juges ont appliqué la loi.
00:36Et la loi, depuis 2016, elle explique, et c'est une bizarrerie de notre droit, qu'il peut y avoir une exécution provisoire alors même que le jugement n'est pas définitif.
00:45Et qu'il y ait une sanction définitive alors qu'il n'y a pas de jugement définitif puisqu'un appel est possible, c'est quand même surprenant.
00:51J'observe juste, Yves Calvi, que depuis dix ans, nombre d'élus ont été condamnés dans le cadre de ces procédures.
00:57Et que dans une ville, par exemple, comme Toulon, où le maire a subi ce process, les membres du rassemblement national qui l'ont...
01:05Bertholdco en l'occurrence.
01:07Exactement. Eux, à l'époque, ils n'ont pas organisé de pétitions, de manifs de soutien, ils n'ont pas crié à la forfaiture et au gouvernement des juges.
01:14Peut-être parce que la décision de justice les arrangeait.
01:16Ce qui est certain, c'est que ça provoque une émotion et un choc dans l'opinion.
01:19Qu'aucune mesure rétroactive ne peut évidemment être imaginée, c'est la base de notre droit.
01:23Mais que l'émotion de millions de gens par rapport à ce qui est vécu comme une forme d'invalidation, elle doit évidemment conduire à ouvrir cette réflexion.
01:31Pas à critiquer les juges, à interroger la loi.
01:34Vous ne vous sentez pas manipulé d'une certaine façon, le Premier ministre lui-même a intérêt à un aménagement.
01:38Vous savez très bien qu'il a un calendrier judiciaire.
01:41Je ne me situe pas sur le plan personnel, je me situe sur le plan des principes.
01:45On parle du Premier ministre de la France.
01:47Les principes juridiques, c'est que vous pouvez toujours faire appel de quelque chose.
01:50On a introduit sous une pression, notamment du Rassemblement national,
01:54de beaucoup de gens disant que les peines n'étaient pas assez sévères avec ceux qui fraudaient.
01:58On a introduit cette suspension sans possibilité d'appel.
02:02Qu'on réinterroge cette suspension, ça ne me choque pas en droit.
02:06Tout en redisant qu'en aucun cas ça ne peut être une manœuvre pour revenir sur une décision de justice.
02:11Il n'y a pas de rétroactivité qui serait évidemment acceptable dans notre état de droit.
02:15En fait, c'est la situation de Marine Le Pen qui donne le tempo de la politique française en ce moment ?
02:19On ne peut pas faire comme si c'était une décision qui frappait n'importe quel élu.
02:24Mais encore une fois, j'observe que quand ça a touché d'autres élus par le passé,
02:28il n'y a eu ni émotion, ni alerte, ni cri, ni scandale par rapport à un état de droit.
02:34Tout le monde s'est accommodé de ses décisions.
02:36Et la loi de 2016 a fait l'objet d'un assez vaste consensus
02:40et elle était réclamée par Marine Le Pen elle-même.
02:43Donc, en quelque sorte, ça doit aussi conduire à nous interroger sur le fait d'éviter d'aller poser des lois
02:49en se disant qu'on va laver plus blanc que blanc et qui peuvent aboutir à des situations
02:53dans lesquelles les droits de la défense ne sont pas exactement comparables à ce qu'ils sont dans d'autres domaines.
02:58En réunion de groupe ce matin, Marine Le Pen affirmait que le système a sorti la bombe nucléaire,
03:03sous-entendu qu'elle est victime d'un règlement de compte politique.
03:06Est-ce que vous comprenez cette réaction ?
03:08D'abord, elle a été reconnue coupable.
03:12Se concentrer sur la sanction, c'est oublier la raison de ce procès.
03:16On discute de millions d'euros qui ont été détournés du Parlement européen au bénéfice d'un parti
03:21pendant des années et avec un système organisé.
03:24Si le procès s'était tenu en appel, la sanction aurait été accompagnée d'une illégibilité
03:30que personne n'aurait contestée parce qu'en droit, pour le coup, c'est une pratique qui remonte à bien avant 2016.
03:35Là, ce qui choque, c'est que alors qu'elle peut faire appel et faire prévaloir ses arguments une deuxième fois,
03:42elle n'aura pas la possibilité de se présenter puisqu'elle est tout de suite rendue inéligible sans attendre cet appel.
03:49Et ce n'est que sur ce terrain-là, Yves Calvi, que je me situe.
03:53Je n'aimerais pas qu'on oublie que s'il y a eu procès, c'est parce qu'il y a eu détournement de fonds,
03:58que s'il y a sanction avec exécution immédiate, c'est parce qu'il y a eu condamnation
04:04et reconnaissance d'un système et qu'encore une fois, cet état de fait, il s'impose à tous les justiciables
04:11et il s'impose aussi à Marine Le Pen.
04:13Christophe Béchut, tout ce que vous venez de nous dire est tout à fait fondé,
04:16mais que répondez-vous finalement à tous ces électeurs qui se sentent floués
04:21alors qu'ils soutiennent le Premier Parti de France, le Rassemblement National,
04:24et qui ont l'impression qu'on leur vole et leur vote passé et la femme qu'ils soutiennent depuis des mois ?
04:33Je réponds à trois choses.
04:34La première, c'est que si nous en sommes là, c'est parce qu'il y a une faute de cette femme et de ce parti politique.
04:40Deux, si nous en sommes là, c'est parce qu'il y a une loi qui, depuis 2016,
04:44sans avoir été jamais remise en cause par aucun parti politique,
04:47a permis aux juges de prononcer les peines qui sont prévues dans ce cas-là.
04:51Et trois, je comprends cette émotion, je comprends l'émotion des électeurs.
04:55Je vais vous dire, pour nous, on ne considère pas que ce soit une bonne nouvelle.
04:58On considère que le combat politique, il a plutôt vocation à se gérer dans les urnes que dans les prétoires.
05:03Mais pour autant, c'est la conséquence de faits délictuels et de l'état de notre droit.
05:10Et ça, ces aimants-là, on peut les sortir de la discussion de comptoir,
05:16mais on ne peut pas les oublier parce qu'ils sont la cause de la situation que nous vivons.
05:20Alors avant de nous séparer, après votre prise de parole qui était parfaitement claire,
05:23les dirigeants de ce qu'on appelle le Bloc Central sont rassemblés dimanche à Saint-Denis.
05:27Parmi les participants, votre candidat Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Bayrou,
05:31qui est le mieux placé pour 2027 ?
05:34Ce serait évidemment aux électeurs d'en décider.
05:37Et vous voyez bien que la décision d'hier, elle est susceptible de rebattre le casting.
05:41Mais en aucun cas, l'état d'esprit d'Édouard Philippe, qui n'est pas candidat contre ni le RN,
05:46ni les autres candidats du Bloc Central, qui est candidat pour la France et pour proposer un programme de redressement.
05:51Je peux vous assurer qu'on ira jusqu'au bout. Là-dessus, les choses sont très claires.
05:54Donc nous sommes d'accord, l'absence de Marine Le Pen rebat les cartes.
05:57Et ces trois responsables ont besoin peut-être d'une petite explication de texte entre eux, et pour nous d'ailleurs, à l'arrivée.
06:04D'abord, penser que la disqualification de Marine Le Pen,
06:08si aucun appel ne lui permet de revenir sur cette situation de fait, disqualifierait le RN, est totalement fausse.
06:16Il y a évidemment la question de l'incarnation, elle compte en politique.
06:19Mais il y a la question de la ligne, il y a la question du programme, il y a la question des idées.
06:22Et nous ne considérons pas que, encore une fois, ce soit une bonne nouvelle, ni pour le débat démocratique dans son entier,
06:28ni parce que le RN serait absent de cette prochaine élection présidentielle.
06:32Ils ont avec Jordan Bardella, ou avec d'autres, des personnalités qui sont capables de répondre aux attentes d'une partie des électeurs.
06:38Mais encore une fois, notre sujet est le sujet d'Édouard Philippe.
06:41Ce n'est pas qui est candidat, c'est de porter un projet devant les Français.
06:46Et c'est d'aller à leur rencontre, comme il le fait à l'heure actuelle, en faisant un tour de France toutes les semaines, à bas bruit,
06:52pour aller à la rencontre de femmes et d'hommes qui travaillent, d'agriculteurs, de commerçants, d'industriels.
06:57C'est de construire un projet et c'est de le proposer au pays.
07:00Vous venez de me dire qu'affronter Marine Le Pen ou son probable successeur, c'est la même chose ?
07:11Je ne dis pas ça.
07:12Je ne pense pas que ce soit le cas, objectivement.
07:14Mais je ne dis pas ça.
07:16Ce que je dis, c'est que ce n'est pas le RN qui a été empêché de se présenter à l'élection présidentielle
07:21et considérer que tout à coup, sa disqualification serait une bonne nouvelle pour tous les autres partis, me semble être totalement faux.
07:28D'abord, ça n'est pas une bonne nouvelle parce qu'il est toujours préférable que les joutes politiques se déroulent devant les citoyens et dans les urnes que dans les tribunaux.
07:35Et ça, c'est ce que je vous dis avec la plus grande clarté.
07:38Et ensuite, parce que penser que cette situation, elle va aboutir à ce que tout à coup, de manière subite,
07:45des gens qui exprimaient leur envie de voter pour le RN vont changer d'opinion, je ne le crois pas.
07:50Le travail de conviction, le travail pour être capable d'expliquer quel projet pour la France, Édouard Philippe est capable de porter,
07:57la nécessité de détailler à la fois les réformes, le besoin de redressement et de souveraineté de notre pays,
08:02tout ça reste à faire et c'est notre cap et notre état d'esprit pour les années qui viennent.
08:06Merci beaucoup Christophe Béchu, maire d'Angers et secrétaire général d'Horizon d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
08:11Bonne soirée à vous.
08:13Enfin, sachez que dans moins de 15 minutes, nous vous parlerons du bruit au travail.
08:16Un français sur cinq est concerné, un sur cinq, à des niveaux qui peuvent être dangereux pour sa santé.
08:22Quels métiers sont les plus concernés ? Quels sont les risques ? Les préconisations ?
08:26Nous poserons toutes ces questions au vice-président de l'Association Nationale de l'Audition, Jean-Charles Secateau.
08:31A tout de suite sur RTL.
08:36RTL soir jusqu'à 20h.