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00:00Monsieur le président, madame la rapporteure, mesdames et messieurs les sénatrices et sénateurs,
00:08je suis d'abord très honoré d'être invité par votre commission,
00:12et je dois vous dire que j'ai beaucoup réfléchi.
00:18Non, parce que c'est une occasion de dire vraiment des choses qu'on ressent, ça ne veut pas dire que c'est lumineux,
00:24mais en tout cas, c'est l'expérience.
00:27Permettez deux types de remarques.
00:30Je m'attacherais un peu plus à l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine,
00:34parce que d'abord, je pense que c'est un outil qui est à la croisée des chemins.
00:42Ça a été le plus grand chantier civil de l'histoire de France, plus que les centrales nucléaires,
00:48et il y a dedans tout le génie français, toute la capacité des acteurs publics français,
00:55et en même temps, tous les échecs qu'on est capable de bâtir sur un succès initial.
01:02Et puis, un autre propos plus luminaire, vous m'avez interrogé sur ma perte d'élu local.
01:13À cette époque-là, qui commençait un peu lointaine, le tiers de confiance du territoire, c'était le préfet.
01:23Quelle que soit l'agence, quel que soit l'outil, quelle que soit l'entreprise publique et privée,
01:29quand il y avait un grand programme, ça se terminait autour de la table du préfet,
01:33qui était le tiers de confiance de tous.
01:35Et peu importe quelle était la relation hiérarchique qui était introduite, c'était le taulier de confiance.
01:42Je vais donner juste une époque quand même, entre le jour où on serre la main avec l'héritier de la famille Toyota,
01:50pour l'implantation de Toyota, et le premier coup de pioche, toutes autorisations acquises.
01:57Il s'était passé 21 mois, et 31 mois pour la première voiture sortie.
02:02Ça, ça s'est fait par l'autorité morale de la préfecture et de l'entente avec les élus.
02:09Je ne sais pas si on se rend compte de ce que représente un tel chantier en termes de fouilles d'eau,
02:14d'accords syndicals, des normes urbaines, des normes environnementales de l'époque, c'était considérable.
02:23J'ai le sentiment effectivement que la France est en train d'avoir du mal à passer à l'action dans un certain nombre de sujets.
02:30Et une de mes interrogations, je vous le dis, elle dépasse le cadre,
02:33après je reviens directement sur les agences, et une en particulier.
02:38J'ai un petit peu le sentiment qu'on est passé d'une action publique de producteur de biens et de services,
02:44à une action publique de contrôleur des biens et des services produits par les autres.
02:51Derrière ce mot, c'est toute une culture.
02:55Je pense que la culture des...
02:58Non pas les organes, mais la culture de l'inspection des finances, du conseil d'état, de la cour des comptes, de l'école de Rennes,
03:10de gens absolument exceptionnels à titre individuel, mais concentrés sur l'essentiel du pouvoir,
03:17donc sans enrichissement, sans pollinisation extérieure des cultures de profs de sciences nat, d'ingénieurs, d'ouvriers, d'agriculteurs.
03:32Ce regard qu'on a sur notre société par cette élite-là, je pense, et sans que ce soit une critique ad hominem, je vous en supplie, croyez-moi,
03:43je pense que c'est... Je prends un exemple simple.
03:48Lorsque l'hôpital public était, il y a 17 ans, dirigé par les médecins, et puis l'élu local, était à 5% de frais de structure,
03:59et qu'on a décidé de confier à des administrateurs civils, l'école de Rennes, mais pas seulement, un système de gestion de l'hôpital,
04:09et bien nous sommes passés par des systèmes de gestion interne de nomenclature de 5% à 34% de frais de structure des hôpitaux français.
04:18Je pense qu'on peut, et sans que les gens qui dirigent ne soient pas des gens de bonne qualité, je pense qu'on a changé de système,
04:25et si j'en reviens aux agences, mon sentiment général, c'est que les agences extrêmement opérationnelles,
04:32parce qu'elles concentrent sur un sujet très centré, quasi exclusif, des forces vives différentes, avec ou sans autorité de l'État d'ailleurs,
04:42ce sont des agences efficaces, et lorsqu'il s'agit d'un simple démembrement ou de systèmes de surveillance et de contrôle,
04:50je pense que là, on est dans l'inefficacité, et je considère que ces contrôles sont de la responsabilité de l'État,
04:56si c'est l'État, si c'est une société régionale, c'est régionale, mais je pense qu'on est dans un système,
05:02donc je ne mettrai pas les agences dans les mêmes rôles, les agences opérationnelles et les agences de contrôle.
05:08Maintenant, deux mots sur l'ORU. D'abord ce programme, qu'est-ce que c'est ? C'est réparer la Charte d'Athènes.
05:15La Charte d'Athènes, vous savez, c'est ces urbanistes architectes qui en 1936, 1937, 1938, 1939 ont signé cette charte,
05:24qui consistait à faire des cités pour les petits d'hommes, sans relations extérieures, sans voitures, sans bureaux, sans commerce.
05:35Et c'est la Charte d'Athènes qui a créé ce qu'on appelait les zones, les grandes zones urbaines de nos quartiers,
05:44qui étaient d'ailleurs en général sur des beaux territoires, légèrement en dehors de la ville, avec une architecture qui est fermée sur elle-même.
05:51Et cette architecture, quand vous arrivez, c'est déjà une cicatrice dans la ville.
05:54Ce n'est pas le même habitat, ce n'est pas la même architecture et c'est l'enfermement.
05:59Et quand vous savez qu'on a créé ces zones urbaines, on appelait ça les grands ensembles, en fait pour de l'immigration de travail,
06:08au moment où, avec la crise du pétrole, on fermait en même temps les usines pour lesquelles les gens étaient venus.
06:14C'est l'exemple emblématique de Simcapouessy avec la ville de Pierre-Cardo, Chanteloup-les-Vignes, pour prendre cet exemple,
06:23en pensant que l'intégration par le travail valait intégration globale.
06:27Et si on voit l'enfermement, on était dans une situation qui était absolument catastrophique.
06:32Et je crois que tout le monde était à peu près d'accord pour dire que la nation, c'est un tout, la République, c'est un ensemble.
06:39Il faut absolument qu'on ait un programme de soutien à cette population arrivant dans ces grands ensembles
06:46et réouvrir le quartier, le faire le ressembler le plus possible au reste de la ville.
06:53C'était ça la rénovation urbaine, mais qui ne s'entendait que parce que, parallèlement, la nation, les partenaires sociaux,
07:00l'ACAF, l'Action Logement, qui ne s'appelait pas comme ça à l'époque, tout le monde faisait en même temps le même effort.
07:07C'est-à-dire des adultes relais, qui est une maman adulte relais dans chaque bar HLM, c'est-à-dire 300 000 emplois jeunes,
07:15c'est-à-dire des équipes de réussite éducative, c'est-à-dire des zones franches urbaines,
07:19et en même temps, la rénovation du bâti et la réouverture.
07:25Et c'est dans ce cadre-là, il faut bien comprendre, la Réussite urbaine, c'est une agence très spécifique, très particulière, qui n'a que ça comme métier.
07:33Rénover, réhabiliter, résidentialiser, détruire quand c'était nécessaire pour aérer et reconstruire à due proportion, hors site ou sur le site.
07:45C'est ça le concept.
07:47Et dans votre question, vous me disiez, est-ce que c'est une agence d'État ?
07:52Non, ce n'est pas ça l'idée.
07:55Quel était le sujet ?
07:56Le sujet, c'est que quand vous avez un site urbain comme celui-là, vous avez 4, 5, 6, 7 organismes différents.
08:03L'office départemental, l'office municipal, 3 SHLM, enfin bref.
08:09Puis vous avez le département qui intervient, vous avez la ville, la GLO, bref.
08:14Vous avez plein d'acteurs.
08:16Et la question centrale, c'est, il y a une masse critique de travaux ou de modifications qui fait que vous changez la donne.
08:23Et pour ça, il faut que tout le monde fasse en même temps ce qui a été décidé collectivement.
08:29Chacun dans son périmètre, chacun sur sa partie de bâti, bien entendu.
08:33Et c'est pour ça que c'était une conception globale.
08:36Mais c'était un bureau de bienveillance.
08:38En fait, pendant 2, 3 ans, les réunions de l'agence de rénovation urbaine, c'était le maire qui venait avec l'adjoint de la ville d'à côté.
08:50Souvent, c'est sur deux communes.
08:53Le patron des SHLM ou la directrice générale des SHLM, voire quelqu'un du département.
08:59Et puis voilà ce qu'on envisage de faire pour arrêter le quartier.
09:02Là, ce n'est pas souvable, il faut qu'on rase.
09:04Enfin bref.
09:05Et le bureau, il disait quoi ?
09:07Il disait, mais est-ce que vous êtes sûr que ça va changer la donne ?
09:12Et ensuite, ça a duré 2, 3 mois, 4 mois.
09:16Puis on signait un papier d'une page.
09:18On signait un papier d'une page.
09:20Et tout le monde s'engageait.
09:22Le département disait, voilà, moi, je vais faire ça.
09:24Moi, je n'ai pas d'office, mais voilà, ma code part.
09:27La ville, voilà, ma code part, etc.
09:29Action de gebant, etc.
09:31Et donc, c'est un bureau de bienveillance.
09:33Ça n'avait pas pour vocation de concevoir l'urbanisme.
09:36De savoir ce qu'on devait faire.
09:38De savoir qui devait faire.
09:40De s'assurer que tous les trains qui devaient converger à la gare principale allaient converger à l'heure.
09:45Et de fait, c'est ce qui s'est passé.
09:48Et ça a été un moment assez extraordinaire.
09:52Parce qu'il faut se rendre compte de ce que c'est que les grues qui reviennent dans le quartier.
09:58D'abord, ça crée des tensions.
10:00Parce qu'il y avait déjà aussi de la drogue.
10:02Il y avait aussi un peu de délinquance.
10:05Et puis en même temps, un espoir extraordinaire.
10:07Et puis des inquiétudes.
10:08Ça, c'est la barre qu'on va démolir, où j'ai tous mes souvenirs.
10:11Ah oui, mais c'est pour reconstruire là.
10:13Comment on fait ?
10:14Et donc vous aviez le quartier qui se mettait en...
10:17C'était des réunions.
10:18C'était extraordinaire de voir ces réunions de quartier avec ces agents de développement urbain,
10:23tous les HLM, avec des murs entiers, avec des tableaux, des fresques, des esquisses.
10:30Enfin, c'était un moment formidable.
10:32Et quand ces grues revenaient, c'est la République qui revenait.
10:35Donc c'est vraiment un programme républicain qui était de la bienveillance.
10:39Et puis, la machine s'est déréglée.
10:43Elle s'est déréglée probablement en essayant de mieux faire.
10:49Moi, je ne vois pas de complot derrière tout ça.
10:52Et les équipes de l'ANRU, jusqu'à ce jour, sont exceptionnelles.
10:57C'est pas ça le sujet.
10:58Le sujet, c'est que le pouvoir administrativo-bercien a décidé que le trésor de l'entreprise...
11:08Alors, le Conseil d'administration, je rappelle, c'est pas présidé par un membre du gouvernement.
11:12J'y avais tenu.
11:14Ça a été Jean-Paul Aldui, puis le président de Ronalp.
11:20Donc tout en se confondu.
11:22Il y avait tous les partenaires sociaux à bord.
11:25Il y avait les représentants des offices HLM, bien entendu.
11:28Et puis, il y avait un représentant du logement.
11:31Enfin, trois, quatre représentants gouvernementaux, mais tout à fait minoritaires.
11:34Et le gouvernement n'avait pas, sur un sujet comme celui-là, qui est local, n'a pas son mot à dire.
11:39Sinon, à vérifier que la raison pour laquelle on a créé cet outil, c'est que tout le monde arrive à l'heure,
11:44fasse le job tel qu'il a été prévu.
11:46Et puis, c'est devenu une machine à penser.
11:48Une machine à imaginer l'urbanisme à la place des élus.
11:51La direction du trésor a exigé la dépendance du Conseil d'administration.
11:55Et d'un petit épic de bienveillance, c'est devenu, de fait, un intervention public administratif
12:02avec des accords préalables du budget et de l'État.
12:06Et à partir de ce moment-là, on a tout inventé.
12:08On a inventé les, comment ça s'appelait, les conventions de préfiguration.
12:13Parce qu'avant de se mettre d'accord, il faut imaginer de se mettre d'accord sur la préfiguration de ce qu'on va faire.
12:19Deux ans et demi.
12:20Puis après, on va faire un NPNRU.
12:22Comme ça, il va falloir qu'on change les règles initiales.
12:25On a repris deux ou trois ans.
12:26Je tiens à votre discussion de votre commission, les chiffres officiels du ministère sur l'évolution du programme.
12:33C'est tout à fait spectaculaire.
12:35Ça monte à toute vitesse jusqu'à 2008-2009.
12:40N'y voyez pas un sujet politique.
12:42C'est un sujet de culture administrative, ce dont je vous parle.
12:45Jusqu'à 2008-2009.
12:47Et après, vous voyez la courbe de Gauss.
12:50Et c'est zéro, zéro, zéro, zéro, zéro pendant sept ans.
12:55Voilà.
12:56On a voulu...
12:58C'est là où je dis, derrière le mot « agence », il y a la plus belle et la pire des choses.
13:04C'est un programme qui, globalement, a quand même représenté...
13:08Je ne sais pas les chiffres actuels.
13:10Ne m'en veillez pas.
13:11Mais de l'ordre de 150 à 200 000 destructions-reconstructions.
13:16200 000 familles déplacées.
13:19C'est quand même un truc.
13:21Il a fallu que les familles soient engagées.
13:25C'est une affaire.
13:26450 000 résidentialisations.
13:30C'est-à-dire couper des bouts de bar, privatiser, changer complètement.
13:36300 équipements publics.
13:3820 kilomètres d'avenue pour aérer les quartiers.
13:41Donc ça a été un très grand chantier d'espoir républicain.
13:45Et c'est devenu, quelle que soit la qualité des successeurs de l'agence,
13:50des opérateurs, directeurs général ou présidence,
13:53la technocratisation de la machine
13:57fait qu'on a changé.
13:59Et c'est devenu une machine à penser à la place des élus.
14:02Je pense qu'à travers cet exemple,
14:06on peut voir tous les rêves des agences
14:09et toutes les difficultés que parfois un État qui veut tout contrôler
14:14finit par paralyser.