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Sur BFM2, Sandrine Rousseau, députée Écologiste et social de Paris, dresse le bilan des auditions menées ces derniers mois par la commission d'enquête relative aux violences dans le secteur culturel. "Cette commission d'enquête a permis de révéler le caractère systémique des violences", souligne notamment la députée qui a présidé cette commission d'enquête.

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Transcription
00:00Alors Sandrine Rousseau, je le disais, la commission d'enquête relative aux violences commises dans le secteur culturel touche à sa fin.
00:08Qu'est-ce que vous retenez de toutes ces auditions menées ?
00:11Est-ce que les violences qui apparaissent dans ces secteurs sont bien plus présentes qu'on ne pouvait le penser initialement ?
00:17En tous les cas, elles ne sont plus regardées parce que précisément la culture nous appelle à la regarder, à l'écouter.
00:26On est appelé en tant que spectateur, auditeur, on est appelé en tant que citoyen à regarder les oeuvres qui sont produites.
00:35Par conséquent, qui appelle notre regard, appelle aussi notre vigilance.
00:43C'est une commission d'enquête qui a permis de révéler des choses très importantes, comme le caractère systémique des violences qui s'y déroulent.
00:52Le fait que le cadre de travail est souvent mis tout à fait au second plan, c'est comme s'il y avait une espèce de création artistique qui se situait au-dessus de tout,
01:01alors qu'en fait c'est une relation de travail.
01:04C'est la même chose pour les talents, on a l'impression que parce qu'il y a un talent, ce talent doit être préservé, doit être protégé,
01:13quand bien même il se comporte mal avec les femmes ou avec les enfants.
01:17Il n'y a pas de talent qui soit au-dessus des lois, même 20 personnes n'étaient au-dessus des lois.
01:23Cette commission a permis de montrer cela.
01:26Qu'est-ce que vous retenez de ces témoignages ? Il y en a eu évidemment beaucoup.
01:31Il y a eu celui de Judith Gaudrech, mais aussi de nombreux autres, parfois plus tendus.
01:37On pense aussi avec Dominique Meznard, il n'y a pas si longtemps que ça.
01:40Qu'est-ce que vous retenez ?
01:43Je retiens des moments extrêmement forts, on a tous pleuré pendant cette commission d'enquête.
01:47Tous les députés présents ont eu la larme à l'œil à un moment, parce que ça nous a beaucoup émus.
01:52Il y avait des témoignages qui étaient extrêmement forts, extrêmement touchants.
01:56Et puis il y a eu des témoignages aussi comme ceux des acteurs qui se sont faits en off,
02:02mais qui ont, par leurs paroles, posé aussi un acte de dire peut-être qu'on n'avait pas tout vu,
02:07peut-être qu'on n'a pas été assez vigilants, peut-être que nous-mêmes on a été lourds.
02:11Et en fait, c'est aussi en faisant cet espèce de chemin personnel sur notre responsabilité qu'on avance collectivement.
02:17Donc ça, c'était un moment qui était aussi évidemment assez fort.
02:21Et j'espère que, sorti de la commission d'enquête, ces paroles qu'ils ont posées perdureront,
02:28parce que c'est important, en tant qu'acteurs majeurs de ce système,
02:32qu'ils aient une vigilance de chaque instant sur les violences qui peuvent s'y dérouler.
02:37– Ce n'est pas un regret d'ailleurs de voir des acteurs très connus, très médiatiques,
02:40comme Jean Dujardin ou Gilles Lelouch, avoir été auditionnés à huit clos
02:45pour porter cette parole et ce témoignage ?
02:49– Bien sûr que si, mais c'est moi qui accordais les huit clos en tant que présidente.
02:53Là, je le réaccordais parce que j'ai compris qu'ils avaient très peur
02:56qu'une phrase qui aurait pu être un peu maladroite, un peu mal interprétée,
03:01soit coupée de son contexte, qu'elle fasse le tour des réseaux sociaux.
03:06Et en fait, ils n'avaient pas envie de cela, ils n'avaient pas envie de prendre ce risque.
03:09Et moi, quand même, je trouvais que c'était très important
03:12qu'ils puissent venir parler dans la commission d'enquête.
03:14Donc j'ai préféré que ça soit à huit clos pour leur permettre d'être libres dans leurs paroles.
03:19Après, il y a aussi eu des grandes actrices qui sont venues à huit clos,
03:23il y a aussi eu des victimes qui sont les salariés du monde de la culture,
03:28qui sont venues terroriser, témoigner.
03:31Voilà, on a eu beaucoup d'auditions à huit clos.
03:34Et moi, j'ai reçu aussi énormément de témoignages par téléphone, par écrit,
03:43de gens qui m'ont écrit.
03:45Toutes ces personnes n'ont pas pu ou n'ont pas voulu venir à la commission d'enquête.
03:49Mais vraiment, ils décrivent un monde qui doit connaître une révolution.
03:54Et justement, les victimes notamment qui venaient témoigner,
03:58vous les aviez au téléphone, c'est ça ?
04:00Généralement, avant qu'elles viennent dans l'enceinte de l'Assemblée,
04:03c'était important, ça ?
04:05Oui, parce qu'en fait, elles prenaient un très gros risque
04:08sur leur carrière, pour leur santé psychique, de venir parler.
04:13Souvent, c'était une des premières fois où elles parlaient publiquement.
04:17Et donc, c'était très important de les rassurer
04:19quant au cadre de l'enquête, de la commission d'enquête,
04:22de les rassurer aussi sur le fait que leurs paroles ne seraient pas jugées,
04:27mais qu'au contraire, elles seraient accueillies
04:30et qu'elles permettraient de faire avancer les travaux de la commission.
04:33En fait, vous savez, moi j'ai vu là, dans cette commission,
04:37des immenses actrices, mais des immenses actrices,
04:40avoir la main qui tremble comme une feuille morte,
04:45tellement elles étaient terrorisées à l'idée de venir devant cette commission
04:51dire tout ce qu'elles avaient subi durant leur carrière.
04:54Donc voilà, ça a été des moments vraiment où je me suis dit
04:57mais c'est pas possible que des actrices de leur rang, de leur niveau,
05:01soient à ce point-là terrorisées de parler, c'est qu'il y a un problème de fond.
05:05Alors vous allez rendre votre rapport très rapidement.
05:09Quelles vont être les grandes lignes, si vous pouvez nous le dire ?
05:12Qu'est-ce que vous allez porter dans ce rapport ?
05:15On va porter une meilleure protection des enfants,
05:17parce que les enfants sont encore assez exposés.
05:20On ne prend pas suffisamment soin des enfants.
05:22Il y a eu des progrès qui ont été faits durant les années précédentes,
05:26mais quand même, on ne prend pas suffisamment soin des enfants.
05:28Je pense notamment au moment des castings, par exemple,
05:31qui sont des moments où il n'y a pas encore de contrat de travail,
05:34il n'y a pas encore de contrats qui sont signés.
05:36Donc en fait, c'est un peu une espèce de no man's land en matière de juridiction.
05:42Donc ça, on va regarder cela.
05:45Je pense qu'il faut aussi bien mieux accompagner tous les acteurs,
05:51tous les échelons de la culture,
05:54que ce soit de la petite structure associative,
05:57aux grands producteurs, des victimes,
06:00aux directions de films ou de plateaux,
06:05pour que quand il y a un signalement qui se fait,
06:09ce signalement puisse être véritablement instruit,
06:12correctement instruit,
06:14et qu'enfin, cette espèce de tolérance que l'on a avec des propos sexistes,
06:20avec des attitudes sexistes, puisse s'arrêter.
06:22Et puis, je l'ai dit, mais pour moi, il n'y aura pas que des questions de loi.
06:26Alors évidemment, on a fait des propositions,
06:28mais à la fin, c'est aussi beaucoup dans les esprits que ça se passe,
06:31et il va falloir que les esprits changent.
06:33Et ça, notre commission d'enquête est un élément,
06:36est une brique de cette évolution, mais ça n'est qu'une brique.
06:39Et donc, la responsabilité viendra à tout ce monde de la culture et du spectacle.
06:44La ministre de la Culture, Rachida Dati, avait justement présenté
06:48quelques mesures de lutte contre les violences dans la culture.
06:52Vous étiez présente d'ailleurs à ses côtés lors de cette présentation.
06:55Ça va dans le bon sens ?
06:57Vous vous sentez entendue par l'État, par le gouvernement ?
07:02Oui, en tous les cas, la ministre nous a vraiment dit,
07:05et en commission, et lors de cette conférence de presse
07:10qu'elle faisait pour annoncer les mesures qu'elle commençait à prendre,
07:13elle nous a redit à chaque fois combien elle était volontaire
07:16pour prendre des mesures fortes.
07:18Elle attendait notre rapport.
07:20Donc, je compte sur elle pour pouvoir continuer cette bataille.
07:23Dans tous les cas, je l'ai sentie vraiment,
07:28enfin, beaucoup plus ouverte sur ces questions,
07:31beaucoup plus réfléchie aussi sur ces questions.
07:34Et plus volontariste que ses prédécesseuses, en l'occurrence.
07:40Merci beaucoup, Sandrine Rousseau, députée écologiste et sociale de Paris,
07:46présidente de cette commission d'enquête relative aux violences sexuelles
07:51commises notamment dans les secteurs artistiques et médiatiques,
07:55d'avoir été en direct avec nous sur BFM2
07:57pour dresser le bilan de ces audiences
08:00que l'on a suivis en grande partie aussi en direct sur BFM2 ces derniers mois.
08:05Merci de nous avoir suivis.
08:07Restez bien avec nous, un nouveau direct à suivre dans quelques instants.

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