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00:00Il est 7h11 sur Europe. Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le politologue Bruno Cotteres.
00:06Bonjour Bruno Cotteres.
00:07Bonjour Dimitri, bonjour.
00:09Chercheur CNRS OCVIPOV, Bruno Cotteres, le centre de recherche politique de Sciences Po où vous enseignez également.
00:15Alors, Bruno Cotteres, c'est le scénario catastrophe que Marine Le Pen redoutait.
00:19Condamné à 5 ans d'inéligibilité avec exécution prévisoire.
00:24Ça remet donc sérieusement en cause sa participation à la présidentielle dans 2 ans.
00:27Alors même que l'Elysée est à portée de main pour elle.
00:30Vous êtes un spécialiste de sociologie politique Bruno Cotteres.
00:33Depuis longtemps vous faites le diagnostic des fractures françaises.
00:36Cette grande enquête que vous menez tous les ans.
00:38Première question, l'élimination de Marine Le Pen de la course au pouvoir par l'autorité judiciaire.
00:44Parce que c'est la particularité de cette affaire.
00:46Qu'est-ce que cela représente selon vous ?
00:49Bon d'abord c'est un des plus grands chocs de l'actualité politique des dernières années incontestablement.
00:56Marine Le Pen est à la fois en tête ou dans le trio de tête du classement des personnalités politiques préférées des françaises et des françaises.
01:04Elle disposait jusqu'à présent d'intention de vote la classant très clairement parmi les 2-3 favoris de l'élection présidentielle.
01:13C'est une personnalité politique que les français connaissent maintenant très bien.
01:17Elle a déjà été 3 fois candidate à la présidentielle, 2 fois qualifiée au second tour.
01:22La décision d'hier est un très gros événement politique qui va avoir sans aucun doute des répercussions en chaîne en conséquence dans les mois qui arrivent.
01:34Pour la stratégie des différents candidats à la présidentielle, à l'intérieur de la vie politique, ça ne peut qu'avoir des effets en chaîne.
01:40La juge Bénédicte de Pertuis qui présidait le procès a justifié la peine d'inéligibilité avec exécution provisoire en expliquant qu'il s'agit de veiller
01:50à ce que les élus, comme tous les justiciables, ne bénéficient pas d'un régime de faveur.
01:55Or il se trouve que ça, les français sont plutôt d'accord avec ça.
01:59Et il y a ce sondage dans le Figaro ce matin qui peut nous interpeller et qui nous dit que finalement les français ne sont pas choqués par le jugement
02:05et ils ne pensent pas que ce soit un handicap pour le rassemblement national cette condamnation de Marine Le Pen.
02:11Comment vous vous interprétez ces prises de position Bruno Cotteres ?
02:16Alors d'abord c'est un argumentaire assez classique dans les tribunaux lorsqu'un élu est mis en cause,
02:22lorsqu'on annonce sa condamnation et que le tribunal motive sa décision de condamnation avec l'idée qu'un élu doit être exemplaire
02:29ou qu'il doit montrer l'exemple à tout le monde et qu'il est dépositaire d'une autorité, une autorité publique,
02:35qui l'incarne la société, les valeurs de la société, donc qu'un élu doit être encore plus exemplaire que les autres.
02:42Alors très souvent on va constater qu'effectivement la motivation d'une décision de justice contre un élu vient trouver cet argument.
02:50D'autre part, vous avez raison, les enquêtes que nous réalisons à Sciences Po, baromelles de la confiance politique, fractures françaises,
02:57montrent effectivement un regard des français et des français sur la politique qu'ils considèrent comme une sorte de club de privilégiés,
03:05de gens qui vivent dans leur univers à eux, dans leur bulle à eux, avec leurs propres règles.
03:09Et effectivement du point de vue du regard des citoyens sur la vie politique, le fait que la justice rappelle qu'un politique c'est un citoyen comme un autre,
03:18c'est plutôt quand même globalement bien vu. Alors dans l'électorat de Marine Le Pen, j'imagine qu'effectivement c'est beaucoup beaucoup moins bien vu.
03:26Bien sûr, mais il y a quand même une ambivalence, parce que d'un côté les français sont assez d'accord avec l'idée que personne n'est au-dessus des lois,
03:32mais de l'autre, ils considèrent aussi, il y a beaucoup de commentaires qui circulent, est-ce que la France est encore une démocratie ?
03:40Est-ce que ce n'est pas un coup d'état judiciaire auquel on vient d'assister, un coup d'état des juges qui se retrancheraient derrière le paravent de la loi ?
03:48Est-ce que la justice est encore respectable dans cette affaire-là ? Certains soulèvent la possibilité que tout ce poison-là se diffuse massivement après cette condamnation de Marine Le Pen.
03:59Je distinguerais deux aspects. Il y a l'aspect qui est la justice, la démocratie. Dans notre pays, les magistrats n'ont fait qu'appliquer le droit.
04:09Le droit, curieusement, que les politiques peuvent contester, mais qu'ils ont voté. C'est le Parlement qui fait la loi, ce n'est pas les magistrats, sauf à travers la jurisprudence.
04:18C'est la loi pour la confiance dans la vie politique, c'est la loi Sapin II 2016-2017.
04:23Ça vient de là, à l'origine. Premier élément, le droit, la démocratie. Deuxième élément, c'est vrai qu'il y a cette question qui est personnalité principale candidate à l'élection présidentielle,
04:37qui est éliminée de la compétition politique. Alors ça n'empêchera pas le RN d'avoir un ou une candidate. Nous verrons bien ce qui va se passer.
04:46D'abord Marine Le Pen fait appel, ensuite on verra ce qui va se passer à l'intérieur du RN, mais la justice a considéré qu'elle n'entravait pas à la démocratie puisque le RN,
04:55bien que condamné comme personne morale lui aussi, va pouvoir présenter un ou une candidate à l'élection présidentielle.
05:03Enfin, peut-être troisième aspect. Je disais qu'en avait deux, il y en a peut-être un troisième d'aspect. Le troisième aspect, c'est la question de la qualité de notre démocratie.
05:11C'est un chantier beaucoup plus important. Effectivement, beaucoup de données dont on dispose, beaucoup d'enquêtes d'opinion montrent qu'aujourd'hui en France,
05:20beaucoup considèrent que la démocratie ne fonctionne pas très bien. Ce n'est pas du tout de la justice dont il s'agit. C'est surtout le sentiment que la vie politique ne sait pas écouter les demandes des citoyens.
05:32Au chapitre des réactions, j'ai lu beaucoup hier, ce qui va se passer maintenant, c'est qu'au sein du RN, une partie de l'électorat de Marine Le Pen va se dire qu'il faut revenir à des alternatives plus anti-système.
05:45Vous étudiez-vous l'électorat du RN ? Est-ce que vous le voyez prendre cette tendance que certains qualifient de trumpiste, d'anti-système ?
05:53Ou est-ce qu'au contraire, l'électorat RN n'est pas très dépolitisé et finalement, les appels à la mobilisation, par exemple l'enseignère par Jordan Bardella, pourraient faire flop ?
06:04L'électorat du RN est caractérisé par un très grand sentiment de colère. Colère contre le système politique que l'électorat du RN perçoit comme au fond bloquant l'accès du RN aux responsabilités,
06:19le front républicain aux élections législatives de 2024, aujourd'hui la décision de justice contre Marine Le Pen, colère contre le système social aussi, une très forte colère sociale dans l'électorat du RN.
06:32Cette colère existe déjà, elle est déjà là, c'est l'une des principales motivations, c'est un des grands ressorts du vote pour le RN.
06:39On ne peut pas dire un électorat qui serait susceptible de verser dans des actions politiques qui seraient illégales, dans des actions politiques qui iraient vers de la violence politique.
06:49Par contre, que cet électorat utilise les moyens légaux de la protestation, on va voir effectivement dans les semaines qui arrivent, quelle est la capacité du RN au fond à mobiliser à la fois ses troupes,
07:02à mobiliser au-delà de ses troupes sur cette décision de justice. Pour le moment, je dirais qu'il me semble que l'électorat du RN est d'abord et avant tout sans doute un peu groggy, chaos un peu de cette décision de justice,
07:16mais que sans doute très rapidement, si Marine Le Pen, il se confirme et qu'elle ne puisse pas être candidate, sans doute va-t-il se tourner assez naturellement vers son dauphin Jordan Bardella.
07:27Jordan Bardella, est-ce qu'il se présentera comme tel ? On lui posera la question, parce que je vous rappelle qu'il est l'invité à 8h10, exceptionnel, de CNews et Europe 1 jusqu'à 9h, face à Sonia Mabrouk et Laurence Ferrari.
07:38En attendant, merci beaucoup Bruno Cotteres d'avoir été avec nous sur Europe 1, chercheur CNRS OCVIPOF, enseignant Sciences Po, bonne journée à vous.