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00:00Europe 1 Soir, 19h21, Pierre de Villeneuve.
00:04Et nous sommes en ligne avec la députée du Tarn-et-Garonne, députée UDR, Brigitte Barèche.
00:11Bonsoir Madame.
00:12Bonsoir.
00:13Vous êtes dans le train de retour dans votre circonscription, merci de nous accueillir
00:18et de nous accorder quelques instants sur Europe 1 pour parler justement de ce qui arrive
00:23à Marine Le Pen parce qu'à peu de choses près vous avez vécu à peu près la même
00:26chose.
00:27Exactement, à peu près la même chose, oui tout à fait.
00:29Et alors cette exécution provisoire, cet effet immédiat de la peine, comment est-ce
00:35que vous, dans votre cas, en 2021, comment est-ce que vous l'avez vécu ?
00:39Ça a été terrible, vous savez c'est brutal, dans les deux jours du prononcé du jugement,
00:46la préfète m'a convoquée pour me démissionner de tous mes mandats, mandat de maire, mandat
00:52de la présidente de l'agglomération, mandat de conseiller départemental, du jour au lendemain
00:56je n'étais plus rien, je n'avais plus rien, je n'avais plus de revenus, tout était
01:00arrêté, il fallait que mes successeurs prennent ma place, et donc je ne vous dis pas en plus
01:06le sentiment de honte que j'avais, je ne sais pas, d'être poursuivie pour des tournements
01:09de fonds, j'étais très humiliée, moi je me suis toujours battue contre la corruption,
01:14je ne voulais pas sortir de chez moi, il a fallu vraiment que mes amis, mon compagnon
01:18me disent non, et d'ailleurs heureusement qu'ils ont été là, que j'étais très
01:21soutenue, il y a même une manifestation de soutien de tous les élus, il y a 1000 personnes
01:25à la rue, ça fait du bien quand même parce que dans ces moments-là vous vous doutez
01:28de tout, vous êtes vraiment pris dans un étau terrible, et puis la brutalité des
01:33choses surtout, c'est très très rapide.
01:35Ce qui étonne Marine Le Pen c'est que c'est un juge de première instance, là aussi pour
01:39vous c'était un juge de première instance, détournement de fonds, et la même année
01:44vous avez été relaxée par la cour d'appel de Toulouse, et qu'est-ce qu'on a envie de
01:48faire ? On a envie d'aller voir le juge de première instance en disant bah vous voyez
01:51bien vous aviez tort ?
01:52Eh bien écoutez, je vous avoue que ce juge était quand même un peu spécial, et ça
01:55a peut-être joué en ma faveur dans la cour d'appel, c'est que moi avant que je repasse
01:59dans la cour d'appel, la même année comme vous le dites, en octobre, j'ai été condamnée
02:02en février, il a été mis à l'index parce que, en fait c'était pas un juge apparemment,
02:09il venait de la fédération hospitalière, vous savez, il y a des stunts de passerelles,
02:12et il a venu de relaxer un imam qui était poursuivi par le procureur parce qu'il avait
02:17appelé à tuer des juifs en chair dans sa mosquée, et lui il avait relaxé au nom de
02:21la liberté d'expression, je vais vous dire qu'il y a un niveau quand même de ce magistrat
02:24au nom de la liberté d'expression ?
02:26Oui, oui, tout à fait.
02:27Alors du coup, depuis, je pense et j'espère qu'il ne siège plus au pénal, au correctionnel,
02:32parce que c'est quand même assez dramatique, j'étais la juge unique, moi c'était le
02:35seul juge.
02:36D'ailleurs j'avais senti tout au long de l'audition, il était très agressif, il
02:39me prenait, je sais pas, pour un bandit de Grand Chemin, quelque chose de terrible, donc
02:43moi c'est quand même mon quatrième mandat quand même de maire, bon je suis quelqu'un
02:47d'absolument honnête, j'avais des problèmes, c'était terrible, bon, il ne voulait rien
02:51entendre, c'était vraiment très très dur, et puis le parquet, quand le parquet a requis
02:55contre moi, le procureur, 5 ans d'injubilité avec l'exécution provisoire, je suis la
03:00première victime de la loi Sapin, finalement, en 2021.
03:03Là je vous assure que là, c'est ça que je me battrai jusqu'au bout, pour qu'au
03:07moins on m'enlève l'exécution provisoire, parce que d'abord je suis...
03:10Ça c'est la proposition de loi d'Éric Ciotti, donc de votre parti.
03:12Exactement, et tout à l'heure quand j'ai posé la question au gouvernement et au
03:16Premier ministre, il a opiné de la tête, il a opiné du chef, c'est qu'en fait, on
03:21ne met pas en cause une décision judiciaire, simplement c'est ses conséquences.
03:24L'exécution provisoire c'est quelque chose qui doit être motivé par le juge.
03:27La cour de cassation l'a rappelé d'ailleurs, très récemment, dans une affaire qui
03:31concernait le maire de Toulon, on s'est dit que la maire de Toulon fait le con en disant
03:34l'exécution provisoire, en règle générale, elle a le droit, elle doit s'appliquer que
03:38quand il y a un risque de récidive, que la personne soit renouvelée, ou quand il y a
03:42un risque que la personne s'enfuie, pour permettre qu'on contrôle l'exécution de
03:45la peine, bon, on n'était pas du tout dans ce qu'elle a, ni pour moi, ni pour
03:48elle d'ailleurs.
03:49Donc, déjà, c'est pas normal, et ensuite de ça, vous avez vu que le Conseil d'État
03:54très récemment, interrogeait dans le cadre de ce qu'on appelle une QPC, une question
03:58prioritaire de constitutionnalité, qui concernait un élu maorais, cette fois-ci, il était
04:02poursuivi dans un tribunal administratif, même chose, pour 4 ans, je crois, d'inégibilité,
04:07eh bien, le Conseil d'État dit, c'est suffisamment grave, suffisamment spécial,
04:11pour que je saisisse le Conseil constitutionnel.
04:14Donc, quand même, vous voyez que même les autres juridictions de l'État sont interpellées
04:18par ça.
04:19Et enfin, le Conseil constitutionnel, très récemment, dans cette affaire-là, justement,
04:23a rappelé, bon, un petit peu alambiqué, mais a fait rappeler, quand même, qu'il
04:26fallait respecter la liberté de l'électeur, déjà, et qu'il fallait prendre des décisions
04:30proportionnées.
04:31Voilà.
04:32Donc, je pense qu'on a manqué de mesures, et que je crois que le mieux, c'est carrément
04:36ne pas empêcher que la peine d'inégibilité soit lancée, ce qui peut être normal, mais
04:40que, par contre, l'exécution du provisoire soit supprimée, parce que ça permet, quand
04:44même, déjà, pour tout justiceable, d'être...
04:46J'ai senti d'être jugée deux fois par des juges différents, ce qu'on appelle le double
04:49degré de juridiction, et moi, j'ai eu la chance, à la peine, de tomber sur trois magistrats
04:54d'abord tout à fait normaux, qui ont fait parfaitement leur métier.
04:57Vous savez, j'ai dit que j'avais douté un peu de la justice, et là, j'en suis sortie
05:01en disant, bon, finalement...
05:02Là, le gouvernement défend les juges, même Emmanuel Macron, aujourd'hui, a pris la parole
05:06là-dessus.
05:07Oui, mais en raison.
05:08Il faut redéfendre les juges.
05:10Et donc, du coup, par définition, il défend également les juges, et dont Mme de Pertuis,
05:14qui a jugé Marine Le Pen.
05:16Je ne la connais pas, personnellement.
05:18Je ne peux pas porter jugement, et je me garderai bien de le faire.
05:21Mais, en tout cas, c'est certain que, dans la magistrature, il y a une poignée, une
05:26tiers, à peu près, de juges, comme disent les juges un peu rouges, on appelait ça,
05:29déjà, une unité comme ça, les syndicats de la magistrature.
05:31Après, il y a des magistrats tout à fait normaux, qui font leur métier de magistrats,
05:35avec l'objectivité, la neutralité et la compétence qu'on est en droit d'attendre.
05:38Donc, il faut faire confiance.
05:40J'espère que Marine Le Pen, comme moi, pourra bénéficier de magistrats, disons, non militants.
05:46On ne va pas dire peut-être ça.
05:48Voyez-vous, je vous donne un exemple.
05:50Et c'est un peu le cas pour elle.
05:52Un jour, je suis passée devant la cour d'appel, et ça a peut-être joué en ma faveur.
05:56Le parquet général, vous savez, devant la cour d'appel, c'est la boca générale,
05:59c'est-à-dire le président de procura, a requis, contre moi, de maintenir la mesure
06:03des peines.
06:04C'est-à-dire, j'avais eu cinq ans d'éligibilité.
06:05Il a dit, je voudrais un an de plus, au cas où elle ne puisse pas se représenter en 2026
06:09aux élections municipales.
06:11C'est terrible, ça montre très bien l'ingérence politique.
06:14On sort du droit.
06:15Complètement.
06:16Et je pense que c'est un peu ce dont elle a été victime, si j'en crois les attendus
06:19du jugement, que je n'ai pas lu.
06:20Et là, concernant, il y a des moments où il faut quand même rappeler aux magistrats
06:23qu'ils ne sont pas là pour faire de la politique.
06:25Une séparation des pouvoirs qui est absolument respectée.
06:27Dans mon cas, c'était la période au Bira, etc.
06:31Dans mon affaire, la plainte a été déposée par mes opposants politiques à la veille
06:36des municipales, parmi eux des socialistes, bien sûr.
06:39Et je pense que tout avait été orchestré.
06:41Moi, c'était vraiment très politique.
06:42Et ça peut être démontré dans les cours d'appel.
06:44Voilà.
06:45Donc, je pense qu'il faut faire confiance aux hommes de justice.
06:49J'en profite pour dire d'ailleurs, je suis totalement choquée qu'on ait pu menacer
06:53ce magistrat, qui a le droit de se tromper, qui a le droit d'avoir ses idées.
06:57Mais il faut surtout qu'elle soit rejugée, Marine Le Pen, par d'autres juges.
07:00Et on verra bien où est la vérité.
07:01C'est ce qui va se passer normalement à l'été, en tout cas pour l'année 2026.
07:05Brigitte Barreges, une dernière question.
07:07On interroge ce matin dans Le Parisien Marine Le Pen sur le fait qu'elle aurait pu anticiper
07:13que le juge utilise cette exécution provisoire.
07:16Est-ce que...
07:18Non, non, non, mais ce n'est pas ça.
07:20Est-ce que vous-même, quand vous êtes arrivé et quand il y a eu ce jugement en première instance,
07:25est-ce que de la même façon, vraiment, vous n'y pensiez pas ?
07:29Pas du tout, pas du tout.
07:30En plus, c'était nouveau.
07:31C'était en 2021.
07:32Je dois être l'une des premières, sincèrement.
07:35Oui, la loi Sapin 2, c'est 2016.
07:37Oui, mais je crois que je suis l'une des premières de ma connaissance.
07:42Il n'y en a pas eu beaucoup avant moi.
07:44Et moi, j'avoue que je suis tombée des nues.
07:47Non, non, je ne m'y attendais pas du tout.
07:49J'ai écouté le parquet, le procurateur, quand il a énoncé les réquisitions, les demandes de pénalité.
07:56Et quand j'ai entendu l'inégalité déjà, mais quand j'ai entendu les réquisitions pour les hommes,
08:01je me suis dit que ce n'était pas possible.
08:03En tout cas, merci beaucoup, Brigitte Barège, de nous avoir donné votre témoignage ce soir sur Europe 1.
08:08Merci beaucoup.

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