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00:00Nous avons le plaisir d'avoir aussi le capitaine de gendarmerie Marc Roland.
00:03Bonsoir avec vous. Nous allons parler de l'affaire du petit Émile.
00:06Catherine Ney, éditorialiste. Bonsoir.
00:08Et Geoffroy Lejeune.
00:10On parlera évidemment de la question de l'antisémitisme et de politique dans un instant.
00:13Mais d'abord, les gardes à vue des grands-parents maternels,
00:16de l'oncle et de la tante du petit Émile ont été prolongés de 24 heures.
00:19Vous le savez, les auditions se poursuivent à la gendarmerie de Marseille
00:23où se trouve Thibault Marchoteau. Bonsoir Thibault.
00:25Où en sommes-nous de ces gardes à vue ?
00:27Qu'est-ce qui va se produire dans les prochaines heures, peut-être minutes ?
00:32Écoutez, Laurence, les auditions vont continuer à se poursuivre.
00:35En ce moment, une audition du grand-père maternel d'Émile est en cours.
00:40Elle a commencé à 15 heures. Elles sont particulièrement longues.
00:43Pour l'instant, ce sont des audiences individuelles.
00:45Peut-être que dans la soirée, il y aura des confrontations.
00:48En tout cas, du côté de l'avocat, de la grand-mère et du grand-père,
00:53on se dit qu'on est prêt à coopérer avec les enquêteurs
00:56et les auditions se passent plutôt sereinement.
00:59Il reste encore 12 heures aux enquêteurs qui ont à disposition
01:02ces quatre individus qui ont été interpellés hier à 6 heures.
01:09Je vous rappelle, il s'agit des deux des grands-parents maternels d'Émile
01:12mais également d'un oncle et d'une tante
01:14pour le motif d'homicide volontaire et de recelle de cadavres.
01:17À la disposition des enquêteurs, il y a également tout ce qui a été saisi
01:21lors de la perquisition, une voiture, une remorque ainsi que du matériel informatique.
01:26Demain, à 6 heures, il sera 48 heures que cette garde à vue a commencé.
01:32Elle va donc s'achever.
01:33Deux options, ou ils sont relâchés ou alors ils sont déférés devant un juge d'instruction.
01:37Merci Thibault Marcheteau à Marseille.
01:39Avant de vous entendre, capitaine, on va aller à la Bouilladis,
01:42le village des grands-parents maternels, toujours sous le choc pour les habitants.
01:47Sur place, Stéphanie Roquier.
01:50La stupeur n'est pas retombée dans cette petite ville.
01:52Depuis le début de l'affaire,
01:53les habitants de la Bouilladis se sentent très concernés.
01:56Il faut savoir qu'en plein centre-ville, juste derrière la mairie,
02:00les parents du petit Émile vivent dans une maison mitoyenne.
02:03À deux kilomètres de là, sur les hauteurs,
02:05ce sont les grands-parents qui habitent une vaste maison juste derrière le cimetière
02:10où a été inhumé le petit garçon en février dernier.
02:13C'est cette maison qui a donc été perquisitionnée hier.
02:16Et donc ici, tout le monde parle surtout du grand-père.
02:19Il est kinéostéopathe.
02:21Il tient un cabinet dans le centre-ville.
02:23Les habitants et les patients le décrivent comme un homme très strict, sévère.
02:28Il vivait reclus chez lui et mis à part son cabinet dans le centre-ville,
02:32il ne participait pas du tout à la vie du village.
02:35Ses habitants, encore sous le choc,
02:37attendent désormais les conclusions des gardes à vue
02:41avec une communication du procureur d'Aix-en-Provence.
02:44Merci beaucoup Stéphanie Roquier à la Bouilladis.
02:46Marc Roland, vous êtes capitaine de gendarmerie.
02:48On voit que les enquêteurs ont visiblement des éléments à leur disposition
02:52qui leur ont permis de lancer ces interpellations.
02:54Il y a aussi les perquisitions, l'analyse des véhicules qui est en cours.
02:58Est-ce que cela veut dire, selon vous,
03:00qu'il y a déjà des éléments à leur disposition
03:02qui leur permettent d'avancer sur une hypothèse ?
03:04Il y a des éléments à charge depuis le début,
03:06puisqu'on met les personnes en garde à vue en raison d'éléments plausibles,
03:10qu'elles ont participé à un crime ou un délit.
03:12En l'état, effectivement, il y a suffisamment d'éléments dans la procédure judiciaire
03:16pour abonder les hypothèses d'incrimination les concernant.
03:20Parce que là, on parle de l'homicide volontaire, recel, le cadavre.
03:23Évidemment, incrimination extrêmement grave.
03:26L'homicide volontaire, effectivement, on est dans le haut du spectre du code pénal.
03:29Au-delà, il y a l'assassinat et voire même les actes terroristes.
03:32Effectivement, l'instruction a identifié des éléments matériels probants
03:36pour une telle qualification pénale avec une rigueur aussi stricte.
03:40On se pose tous la question depuis hier.
03:42Dans cette voiture, dans ce van pour les chevaux,
03:45on peut encore retrouver, trois ans après,
03:48des éléments ADN, des éléments matériels, Capitaine.
03:51Oui, parce qu'on reste figé sur la disparition.
03:55Mais au courant de ces 20 derniers mois,
03:57le dossier a été abondé par des éléments divers
04:02issus d'interceptions judiciaires, par exemple,
04:04issus des retours de réquisitions, des expertises.
04:07Et il était opportun, effectivement, hier,
04:10d'appréhender ces objets, de les mettre sous scellée
04:12et de les remettre à expertise.
04:14Parce qu'on peut chercher des choses, autre chose que d'ADN.
04:16On peut chercher autre chose que des empreintes génétiques
04:18ou des empreintes digitales.
04:20On peut rechercher, dans un véhicule, sa mobilité.
04:24Chaque véhicule a une petite mémoire inerte, discrète.
04:27Souvenez-vous de l'affaire Lina,
04:29où le GPS a été volontairement neutralisé.
04:31Et pourtant, on est arrivé à retracer l'itinéraire du véhicule
04:35en s'appuyant sur d'autres outils informatiques
04:37qui équipent le véhicule nominalement.
04:38Catherine, c'est une affaire terrible
04:40qui a une dimension nationale
04:42et qui parle d'un huis clos familial étouffant.
04:46Oui, oui, mais ça, c'est une émotion nationale.
04:48Parce que d'abord, cet enfant, c'est un petit ange,
04:50donc on se sentait tous concernés.
04:52Et il y a quand même que cet enfant ait disparu,
04:56comme ça, malgré toutes les recherches,
04:58et qu'on le retrouve, 20 mois après,
05:00dans un endroit où il ne pouvait pas aller seul à pied
05:03au moment où il a disparu,
05:04parce qu'il faisait chaud, que c'était trop long.
05:07Donc, c'est un corps, logiquement,
05:09enfin, l'hypothèse, c'est qu'il a été transporté.
05:11Et par qui ?
05:12Voilà, donc, c'est ça, l'énigme
05:14que les policiers, les enquêteurs ont à résoudre.
05:17C'est par qui, quoi ?
05:18Voilà, c'est tout, moi.
05:20C'est les seules choses.
05:21On ne veut incriminer personne.
05:22On a des doutes,
05:24mais ça ne suffit pas d'avoir des doutes.
05:27Geoffroy Lejeune, il y a aussi cette dimension familiale.
05:30Cette famille, avec ses distinctions,
05:33évidemment, on l'imagine, terribles.
05:36Je pense que c'est déjà compliqué
05:37de pardonner la mise en danger de son propre enfant
05:39à quelqu'un de son cercle familial,
05:41mais alors, quand il y a la mort qui est passée par là,
05:42et le soupçon, et le travail d'enquête,
05:45et la justice qui s'interposent,
05:47vous avez tous les ingrédients pour qu'une famille,
05:50mais aussi un village et une région,
05:52et même une sociologie, s'interroge aussi sur tout ça.
05:57C'est absolument épouvantable.
05:59Et c'est l'incertitude, c'est le doute.
06:01Tant qu'on n'aura pas la vérité,
06:02en fait, le fait d'échapper des hypothèses rend fou aussi.
06:05C'est-à-dire que vous commencez à soupçonner tout le monde.
06:08Et aujourd'hui, je pense que ce qu'attend le grand public de la France,
06:12puisque, comme le disait Catherine, c'est une émotion nationale,
06:14et surtout, cette famille, ce dont elles ont besoin, c'est de la vérité.
06:16Bien sûr. Capitaine Marc Rolland,
06:18le fait que les gardes à vue étaient prolongés de 24 heures,
06:20ça ne veut pas dire quoi que ce soit ?
06:22Il ne faut pas spéculer là-dessus ?
06:24La garde à vue, en soi, il n'y a rien de surprenant.
06:27On garde à sa disposition sur la contrainte judiciaire des personnes.
06:30La prolongation, ça commence à être un indicateur.
06:33Pour autant, elle ne préjuge de rien.
06:35C'est un acte d'investigation,
06:36pris par la loi, dans le cas d'espèce,
06:38pour cette infraction, deux fois 24 heures.
06:40Et ils sont toujours présumés innocents à l'heure où nous parlons.
06:44Laetitia Guidon.
06:45Oui, mais c'est un fusil à un coup.
06:46C'est-à-dire qu'effectivement, passées les 48 heures,
06:48ils ne pourront plus les remettre en garde à vue.
06:50Et puis, vu l'impact, le choc,
06:53commencé par la famille même, du petit Émile,
06:56que ça implique, mettre en garde à vue
06:59pour ces chefs d'accusation, les grands-parents et les tantes,
07:04probablement qu'ils ont assez d'éléments, justement,
07:06pour tenir le choc.
07:08Parce que c'est un trauma.
07:09C'est un trauma pour tout le monde.
07:11Évidemment, la suspicion,
07:12même s'ils sont relâchés au bout de ces 48 heures,
07:14la suspicion que quand même, ce sont eux,
07:17mais qu'on n'aura pas réussi à établir les faits,
07:21va être insupportable.
07:22À commencer par les parents du petit Émile,
07:24parce qu'effectivement, il y a déjà des dissensions dans la famille,
07:27qui ont probablement aussi alerté les inspecteurs.
07:29Mais le fait d'imaginer,
07:31sans pouvoir fermer une porte ou en ouvrir une autre,
07:38que ce sont ses propres parents qui ont tué son enfant,
07:41c'est un poison mortel.
07:44Catherine ?
07:45Non, mais ça a l'air d'être un nœud de vipère,
07:47mais on l'imagine, parce que dans le fond, on n'en sait rien.
07:49Parce qu'un couple qui fait 10 enfants,
07:51c'est a priori qu'il aime les enfants.
07:52Dont le dernier avait été à peine plus âgé que le petit Émile.
07:58Donc c'est très très bizarre.
08:01Là aussi, on montre des hypothèses d'un père familial,
08:06d'un père de famille qui était assez colérique, emporté.
08:12Donc on pourrait dire, est-ce qu'il y a eu un geste maladroit
08:15qui a pu entraîner quelque chose qu'il ne souhaitait pas,
08:18pour des raisons, parce qu'un enfant est trop turbulent.
08:21Je ne sais pas, c'est des hypothèses qu'on échafaude,
08:24mais on les échafaude et on ne sait rien.
08:26Et là, quand j'entends le journaliste qui dit
08:28« Ah, mais le père répond vraiment, là il est très ouvert,
08:31ça a l'air de dire, mais tout va bien, cool, voilà. »
08:34Et quelle est la réalité des échanges à vue ?
08:37Parce que pour que ça dure aussi longtemps,
08:39je pense que les policiers...
08:44Alors justement, Catherine, on va écouter
08:46maître Isabelle Calombani, qui est l'avocate du grand-père d'Émile,
08:49qui justement a dit que lors de la garde à vue,
08:51son client coopérait absolument totalement.
08:55Je pense que peut-être le procureur fera un communiqué dans la journée.
08:58Il faudra se référer au communiqué du procureur de la République.
09:01Les choses se passent très sereinement.
09:03Après, il faut aller au bout de la garde à vue,
09:06et le bout de la garde à vue, c'est jusqu'à demain matin,
09:096h05, voilà. C'est ce que je peux vous dire.
09:12Il faut aller au bout de la garde à vue, il faut y aller.
09:14Ah bah oui, une fois qu'elle est prolongée, il faut y aller.
09:16C'est une règle essentielle.
09:18Il y a une coopération parfaite.
09:20Une coopération parfaite, mais on ne sait pas
09:23ce qui se dit dans ces échanges, Capitaine.
09:26Une coopération parfaite, elle suggère que l'intéressé n'a pas exercé son droit au silence.
09:30Il répond aux questions, il avance les arguments, il ne s'adapte pas.
09:33Voici ce que veut dire le mot coopératif.
09:36Geoffroy, là-dessus, on sait que lors de l'enterrement du petit garçon,
09:39qui est très récent, qui s'est déroulé au mois de février,
09:42les grands-parents avaient demandé la manifestation de la vérité.
09:45Ils avaient dit, ça fait trop longtemps, trop de temps est passé,
09:47il faut que la vérité éclate.
09:49On a du mal à imaginer cela à la lumière de ces interpellations.
09:53C'est vrai, c'était leur communiqué.
09:55Puis on a vu les images sur CNews de cet enterrement,
09:58où on les voyait accueillir les gens qui s'y rendaient.
10:01C'est pour ça que le huis clos de ces auditions est absolument,
10:05comment dire, il est terrifiant,
10:07parce qu'on ne sait pas du tout ce qui est en train de se passer,
10:09ce qui est en train de se dire.
10:10Est-ce que quelqu'un est en train de craquer ?
10:11Est-ce qu'au contraire, ils sont accusés à tort ?
10:13Il y a une incertitude qui rend toute cette affaire complètement démente.
10:17Et tant qu'on n'aura pas...
10:19Donc évidemment, moi j'attends,
10:20comme tous les gens qui s'intéressent à cette affaire,
10:22j'attends la fin de la garde à vue et le communiqué du procureur
10:25pour savoir quelle va être la direction qui va être prise,
10:28la suite qui va être donnée à tout ça.
10:30Et en attendant, honnêtement, je vous garantis, Laurence,
10:33je n'ai aucune idée.
10:34Aucune idée de ce qui se passe.
10:36Il ne faut pas avoir d'intime conviction.
10:37Rapidement, Laetitia et Alexandre.
10:38Ça participe à l'effroi et à la fascination
10:40qu'exerce l'affaire Émile,
10:42parce qu'effectivement, il y a ces gens
10:44qui, en même temps, c'est un milieu très pieux
10:46et où le pire arrive,
10:47c'est-à-dire la mort probablement criminelle d'un enfant.
10:50Donc tout se côtoie de façon...
10:52Ce sont des gens qui ont une morale,
10:54effectivement, qui pratiquent
10:56de façon acharnée toute la journée
10:59et qui, peut-être, sont à l'origine
11:01de ce qui se commet de pire.
11:03On est dans le Sud,
11:05mais en même temps, on est dans les ténèbres.
11:08On est dans ce huis clos, effectivement,
11:09et tout ça concorde aussi à se demander,
11:12à entretenir, justement, cette fascination
11:14et à se demander comment, effectivement,
11:16des gens qui, possiblement, sont les auteurs
11:18d'un acte aussi terrible,
11:20peuvent cliver, peuvent se dire...
11:22Pour l'instant, restons prudents.
11:24Même si, au jour d'aujourd'hui,
11:26effectivement, rien n'est du tout établi.
11:28Ils sont prudents, mais innocents.
11:29Alexandre de Lécu.
11:30Comme Jean-François, je suis...
11:32Je n'ai aucune idée de l'issue de cette garde à vue.
11:35Enfin, on rappelle quand même
11:36que sur l'affaire Grégory,
11:37il n'y a pas si longtemps,
11:38il y a eu des gardes à vue de 48 heures
11:40qui n'ont rien donné.
11:42Je pense que, malgré tout,
11:43ce que disent les avocats est une indication.
11:45Moi, j'ai des souvenirs dans d'autres affaires,
11:47notamment l'affaire Jonathan Daval,
11:49que les avocats,
11:51quand Jonathan Daval était en train de craquer,
11:54l'annonçait quasiment, préparait les médias.
11:58Là, il y a une forme de sérénité chez les avocats,
12:00donc il n'est pas dit du tout
12:02que les personnes qui ont été mises en garde à vue
12:04soient mises en examen.
12:06Et si elles le sont,
12:07les faits peuvent être aussi requalifiés,
12:09je peux vous le dire.
12:10Ce n'est pas parce que là,
12:11il y a une garde à vue sous le régime,
12:13avec la mise en accusation d'homicide volontaire,
12:17que ce sera forcément un homicide volontaire.
12:20Un dernier mot, Capitaine Rolland,
12:21avant de vous libérer.
12:23Sur les véhicules qui ont été saisis,
12:25combien de temps peuvent durer ces analyses ?
12:27Est-ce que les enquêteurs ont déjà à leur disposition
12:29une partie des résultats ou pas encore ?
12:31C'est en fonction de ce qu'ils recherchent, effectivement.
12:33Et on peut imaginer que le véhicule va être désossé.
12:35Donc, vous pensez bien que ça peut mettre plusieurs semaines.
12:38Et ça s'inscrira non pas dans la garde à vue,
12:40mais dans l'instruction.
12:41Bien entendu.
12:42Et là, ça sera décisif,
12:44parce que ce sont des preuves complètes.
12:45Souvenez-vous de l'affaire La Petite Maïlisse,
12:46on a trouvé une petite goutte de sang
12:48en démontant entièrement le coffre.
12:49Mais des mois après !
12:50Une petite goutte de sang figée sur une vis,
12:52un petit rivet au fond du coffre.
12:54Ce qui a permis de confondre l'intéressé.