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GRAND DÉBAT / Condamnation de Marine Le Pen : la guerre des meetings

« Le récap » par Bruno Donnet

Marine Le Pen a appelé ses troupes à se rassembler le dimanche 6 avril, place Vauban à Paris, afin de dénoncer son jugement qu'elle estime être une « décision politique ». En effet, depuis sa condmanation prononcée par le tribunal correctionnel de Paris, les élus du Rassemblement National appellent leurs forces à s'organiser pour cette manifestation parisienne. Les militants multiplient les opérations de tractage pour mobiliser les troupes. En réaction à cette manifestation étiquetée « anti-juges » par le reste de la classe politique, deux autres rassemblements prennent place à Paris le même jour. Un meeting du groupe « Ensemble Pour la République » - prévu de longue date par Gabriel Attal - a été réimaginé pour regrouper les « défenseurs de la démocratie ». L'autre, place de la République, est organisé par les Écologistes et la France Insoumise afin de dénoncer la remise en cause de l'Etat de droit par le RN. Quelle force politique parviendra à rassembler le plus de militants ?

Invités :
- Pierre-Stéphane Fort, journaliste d'investigation et auteur de « Le grand remplaçant » (Studio Fact éditions),
- Charles Sapin, journaliste politique au magazine « Le Point »,
- Antoine Oberdorff, journaliste politique à « L'Opinion ».

GRAND ENTRETIEN / Brice Teinturier : les Français et la politique, une histoire tourmentée

Dans le cadre de la Journée du livre politique 2025, Ipsos en partenariat avec « CESI - École d'ingénieurs », a réalisé un sondage consacré à l'opinion des Français sur le climat politique et les institutions. Entre attachement au cadre institutionnel et désir de changement, les Français y expriment un certain nombre de sentiments négatifs vis-à-vis de la politique. L'enquête met en lumière une forte demande de stabilité, notamment concernant la composition de l'Assemblée nationale, tout en soulignant que la majorité des Français continue de privilégier l'élection d'un chef d'État modéré. Peut-on réellement dire que les Français détestent la politique ?

Grand invité : Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut de sondage « Ipsos »

GRAND ANGLE / France-Algérie : Bruno Retailleau hors-jeu ?

- Elsa Mondin-Gava, journaliste LCP,
- Jean-Baptiste Daoulas, journaliste politique à « Libération »,
- David Revault d'Allonnes, rédacteur en chef de la revue « L'Hémicycle ».

Ça vous regarde, votre rendez-vous quotidien qui prend le pouls de la société : un débat, animé par Myriam Encaoua, en prise directe avec l'actualité politique, parlementaire, sociale ou économique.
Un carrefour d'opinions où ministres, députés, élus locaux, experts et personnalités de la société civile font entendre leur voix.

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Transcription
00:00Bonsoir et bienvenue dans ça vous regarde. Très heureuse de vous retrouver avec à mes côtés ce soir Brice Peinturier. Bonsoir et merci d'être mon grand témoin ce soir.
00:15Vous allez nous révéler les résultats d'une grande enquête Ipso Sesi, école d'ingénieurs sur les Français, la politique et les institutions.
00:23Une enquête à l'occasion de la journée du livre politique qui se tient demain à l'Assemblée. LCP est partenaire évidemment comme chaque année défiance, déception mais aussi engagement et attachement à la Vème République.
00:35Notamment on en parlera dans le détail dans la deuxième partie. Mais d'abord la bataille des meetings de ce week-end.
00:43Tous les regards seront tournés ce dimanche sur le rassemblement de soutien à Marine Le Pen. Le RN sera-t-il mobilisé pour contester dans la rue la condamnation judiciaire de sa championne ?
00:57Tout débordement pourrait lui coûter cher. En face la gauche et les macronistes lancent des contre-manifs, chacun de leur côté. Grand décryptage dans un instant avec mes invités.
01:08Enfin grand angle ce soir sur le réchauffement entre Paris et Alger. Qui a renoué la crise ? Macron le diplomate ou Retailleau la menace ?
01:18Rendez-vous avec nos chroniqueurs à la fin de cette émission. Voilà pour le sommaire on y va Brice Peinturier, ça vous regarde, générique.
01:27Générique
01:37D'ordinaire ils ne sont pas très friands des grandes manifestations mais cette fois c'est leur chef en personne qui leur demande de battre le pavé.
01:45Combien de sympathisants de Marine Le Pen se déplaceront ce dimanche à Paris pour contester la décision de justice qui pourrait l'empêcher de se présenter en 2027 ?
01:54Combien et surtout dans quel climat va se dérouler ce rassemblement ? Le RN joue gros des slogans anti-juge ou même pire des débordements violents pourraient effrayer plus d'un électeur qu'elle essaie de conquérir.
02:07Alors on va prendre le temps de décrypter les enjeux ce soir avec Charles Sapin du Point, bonsoir, en charge du suivi des droites, avec Antoine Auberdorf pour le Point, je précise de l'opinion, bonsoir.
02:19En charge vous pour l'opinion du suivi des gauches et enfin avec Pierre-Stéphane Faure, bonsoir, merci d'être là.
02:26Le biographe de Jordan Bardella, le grand remplaçant, c'était chez Studio Fact, vous êtes journaliste d'investigation et réalisateur.
02:34Brice Tinturier, évidemment l'opinion des Français sur ce jugement mais aussi sur ce rassemblement de dimanche nous intéresse.
02:42Vous êtes partie prenante à ce débat qui s'ouvre par le récap de Bruno Donnet, bien évidemment qu'on accueille tout de suite.
02:59Bonsoir Bruno.
03:00Bonsoir Myriam, bonsoir à tous.
03:01Votre récap ce soir des confrontations tous azimuts.
03:04Oui, cette semaine Myriam aura été celle de l'opposition radicale, une opposition qui s'est d'abord cristallisée autour d'un mot.
03:12Le système a sorti la bombe nucléaire et s'il utilise une arme aussi puissante contre nous, c'est évidemment parce que nous sommes sur le point de gagner les élections.
03:26Marine Le Pen a estimé que le système traduisait l'union prétendue des partis politiques et des jus, c'était allié contre elle.
03:35Mais de son côté, le système que la justice a condamné cette fois, c'est celui mis en place par le Front National entre 2004 et 2016.
03:44Un système d'emploi fictif qui consistait à faire travailler pour le parti des assistants parlementaires de députés européens.
03:51Un système qui aurait donc permis de détourner, tenez-vous bien, 2 900 000 euros.
03:56Mais qui n'a pas refroidi ceux qui estiment que les vrais coupables sont les juges.
04:01Il y a des tyrannies qui enferment leurs opposants. Il y a désormais des justes tyrans qui exécutent l'état de droit en place publique.
04:10Toute la semaine, le Rassemblement National a tempêté contre la justice et décidé, Myriam, d'organiser la riposte dans la rue.
04:18Et donc elle aura lieu ce dimanche.
04:20Absolument dimanche, le Rassemblement National a décidé d'organiser un grand meeting aux Invalides qui n'aura, c'est promis, strictement rien à voir avec un coup de force.
04:30Non, ce n'est pas un coup de force. C'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'état de droit et de la démocratie française.
04:36Alors le problème, c'est que ça n'est pas du tout l'avis des partis de gauche ni de la majorité présidentielle qui voient dans ce rassemblement-là une menace.
04:44Il y a une volonté très claire du Rassemblement National de faire pression sur la justice, de jouer la rue contre les institutions de la République.
04:51Et il y a en cela un comportement qui est grave, qui est un comportement presque de factieux, de putschiste.
04:58Voilà, les macronistes sont ulcérés, d'autant plus que Gabriel Attal a prévu lui aussi.
05:03Et depuis longtemps, un rassemblement ce week-end. La rue va donc se transformer en baromètre de l'opinion.
05:09Vous avez de la concurrence, Bristain Thurier. Mais d'après Laurent Jacobelli, le match est déjà plié.
05:15Gabriel Attal est furieux parce que son moment médiatique va lui être volé dimanche. Il a fait une réunion.
05:20Il fait une réunion au même moment que le grand rassemblement à Paris, une réunion qui s'annonce comme un flop puisque personne ne s'inscrit à cette réunion.
05:26Enfin, si vous ajoutez à cela qu'une troisième manifestation est également organisée ce dimanche, cette fois-ci par la France insoumise et les écologistes,
05:35vous comprendrez qu'il faudra donc compter, compter pour savoir qui a le plus rassemblé.
05:41Et si le parti qui rappelait très récemment ceci a réussi son pari ?
05:46Ne pas avoir de condamnation à son casier judiciaire est pour moi une règle numéro une lorsqu'on souhaite être parlementaire de la République.
05:55Un pari assez audacieux, Myriam, qui consiste à faire passer une formation politique jugée coupable pour la victime.
06:03Merci beaucoup, Bruno Donnet. Alors Charles Sapa, je commence avec vous. Contre qui et contre quoi précisément le RN appelle à se rassembler ce dimanche ?
06:13Alors en fait, déjà, ça a fait beaucoup débat en interne, l'organisation de ce meeting, parce qu'il y avait une peur, une crainte que finalement un parallèle soit fait avec Donald Trump aux Etats-Unis
06:25et, vous savez, cette marche sur le Capitole qui a beaucoup marqué au Rassemblement national et notamment Marine Le Pen.
06:31Finalement, après beaucoup de discussions, ils ont décidé d'organiser cette manifestation. Pourquoi ? Il y a trois objectifs.
06:36Déjà, gagner la bataille de l'opinion, c'est-à-dire essayer de convaincre le maximum de personnes que le risque pour l'ordre public n'est pas tant la candidature de Marine Le Pen,
06:46mais justement qu'elle soit un péché, que ce soit en fait une intêrte à la démocratie.
06:50Pour l'instant, la bataille est loin d'être gagnée. Selon différents sondages, nous, on en a un cluster 17 au point. On est à 6 Français sur 10 qui trouvent finalement cette condamnation normale.
06:58On va y venir avec Brice Tinturier. Ça sera Ipsos saisie, école d'ingénieurs.
07:02Mais s'il y a des slogans anti-juge, on entendait les mots, la rhétorique virulente anti-juge de Jean-Philippe Tanguy ou Jordan Bardella,
07:12même si ce n'est pas une manif au sens « on va marcher », c'est un rassemblement statique.
07:17S'il y a des slogans anti-juge qui reprennent cette idée de juge rouge, elle a beaucoup à perdre, non ?
07:22Est-ce que cette volonté un peu anti-système qu'on a entendue juste après l'annonce de la condamnation va être mise en sourdine ?
07:30Pour l'instant, on sait que dans les discours, ils vont essayer de lisser un peu ce discours, c'est-à-dire que présenter une vision positive de la démocratie plutôt qu'attaquer les juges.
07:37Maintenant, on peut en douter. Pourquoi ? Parce que cette mise en cause des juges et derrière les juges, le système, c'est l'ADN du Rassemblement national qui est un parti populiste,
07:46à savoir un parti dont la vision de la société, c'est deux blocs aux antipodes, antagonistes.
07:52D'un côté, une élite qui est vue comme par nature corrompue, qui détournerait l'intérêt général pour son intérêt propre ici pour rester au pouvoir,
07:59et de l'autre, un peuple rêvé comme pur qu'il faudrait laisser s'exprimer de façon sans filtre en lui donnant la parole en accédant au pouvoir.
08:08Donc les juges ou le système contre le peuple, c'est ça qui va se jouer ?
08:12Tout l'enjeu est de faire, pour mobiliser ces troupes et de gagner cette bataille d'opinion,
08:17et de faire dire qu'en gros, il y a comme un système qui se liguerait pour empêcher Marine Le Pen d'arriver au pouvoir.
08:22Le tract, j'ai regardé de près, il y a cette phrase, le tract de soutien que tous les Français ont vu, puisqu'il a fait l'objet de beaucoup de reportages.
08:30Il est écrit, une partie de la justice cherche, une partie, cherche à triompher là où nos adversaires ont échoué.
08:37Il tente, par tous les moyens, c'est au pluriel, de nous empêcher.
08:41C'est qui ce « il » ? Antoine Oberdorf, il a basculé ou il est revenu à son passé anti-système ?
08:47Certains diront même un peu sédicieux de l'ORN ?
08:50Ce qui est certain, c'est que les propos tenus par Marine Le Pen, cette surenchère verbale et sémantique,
08:55quand elle parle de bombe nucléaire lâchée par le système, a des effets sur les profondeurs du parti,
09:01sur son socle électoral et à l'échelle des cadres.
09:04Il n'est pas non anodin que le RN, à la faveur de cette condamnation,
09:09renoue avec les vieux démons qui s'étaient déjà manifestés au moment législatif
09:13et un délégué départemental qui, par exemple, du côté de l'Aveyron,
09:17parle de l'emploi par les juges, de la solution finale contre Marine Le Pen.
09:21C'est un délégué départemental du RN qui vous dit ça,
09:24déjà candidat pour prendre la sous-préfecture d'Aveyron, de Rodez pardonnez-moi, dans l'Aveyron.
09:30Donc, si vous voulez, ce type de propos témoigne du fait que, quand même,
09:33les propos de Marine Le Pen ne sont pas neutres et qu'à tout moment,
09:36il peut y avoir des pulsions qui s'expriment au sein du RN et qui, effectivement,
09:40sont les plus populistes qu'ils soient.
09:42– Mais vous y voyez au fond un retour du refoulé, la pulsion du passé.
09:46On se souvient que Jean-Marie Le Pen avait fait défiler ses partisans en 1998 à Versailles,
09:51après justement un jugement qui ne lui était pas favorable d'un point de vue de son éligibilité,
09:55où vous y voyez, au fond, une sorte d'angoisse de se dire qu'ils sont allés trop loin, Brice Tinturier.
10:02Et donc, on sent que cette rhétorique est un peu lissée, vous voyez ça aussi ou pas ?
10:06– Oui, moi j'ai l'impression que l'intérêt, d'abord, des crises, c'est que ce sont de puissants révélateurs.
10:11Le RN traverse, avec cette condamnation, une crise très importante.
10:14Et qu'est-ce qu'il se passe ? C'est moins une stratégie, je crois, qu'un réflexe,
10:18qu'un réflexe de survie et c'est une crispation sur les fondamentaux.
10:22Et qu'est-ce qu'on voit ? Eh bien que les fondamentaux de ce parti,
10:25ce sont toujours des attitudes populistes, antisystèmes,
10:29où on met en cause la justice, où on met en cause les magistrats.
10:33Et j'ai envie de dire, c'est presque 14 années de stratégie qui était une bonne stratégie,
10:38de désextrémisation, de notabilisation, qui sont, non pas ruinées, le terme serait un peu fort,
10:44mais qui sont mises à mal par, tout à coup, cette réaction qui nous remet le RN dans ces fondamentaux.
10:50Est-ce que c'est un mot de réflexe de survie plus que de stratégie ?
10:53Je pense que c'est plus de... Parce que si c'était une stratégie...
10:55Alors là, pour le coup, je pense que c'est une stratégie maladroite
10:58et qui vient abîmer ce qui était les fervents, les leviers, en réalité, du succès ces dernières années du RN.
11:04Charles Sapin.
11:05Alors, pour revenir, en fait, sur cette stratégie populiste,
11:08on voit bien aussi que Marine Le Pen, d'une certaine façon, a le pied sur le frein.
11:12Et ça s'est vu très bien dans son intervention au 20h, puisque dans la même phrase,
11:17elle disait que... Elle vouait aux gémonies une justice politisée
11:21qui ferait partie d'un système l'empêchant à se présenter à l'élection présidentielle.
11:24Mais dans la même phrase, et c'est là où on n'est plus trop dans le populisme,
11:27elle a voué n'attendre son salut que de cette même justice en attendant réparation en appel.
11:33Alors, à quoi peut-on s'attendre ?
11:35Évidemment, on va parler des autres meetings dans Paris.
11:38C'est qui rassemblera le plus, évidemment.
11:41Mais, Pierre-Stéphane Faure, c'est un rassemblement statique.
11:44Alors, moi, j'ai pris mon Google Maps, j'ai regardé la place Vauban.
11:47C'est derrière les Invalides. C'est pas énorme, en fait, la place Vauban.
11:5010 000 personnes au maximum. On est très, très loin du Trocadéro.
11:54Et on se souvient des peut-être 100 000, 200 000 militants profillons ou adhérents ou sympathisants.
12:00Donc là, c'est une prise de risque minimale, parce que s'ils rassemblent...
12:04Ils parlent de 8 000 à 10 000 personnes.
12:06C'est déjà une démonstration de force ou pas ?
12:09En tout cas, la prise de risque est réelle,
12:11parce qu'on connaît les radicaux qui gravitent quand même autour du Rassemblement national,
12:15qui ont toujours gravité autour du Rassemblement national.
12:18Seront-ils là, lors de cette manifestation ?
12:20Est-ce qu'il y a des risques de débordement ?
12:22Peut-être aussi avec des groupes d'extrême-gauche
12:24qui viendraient chercher la bagarre autour de cette manifestation.
12:28Ce sera évidemment scruté de près,
12:30parce que toute violence à la suite ou autour de ce rassemblement
12:34viendrait un petit peu plus affaiblir cette stratégie de la normalisation
12:37qui, déjà, est en train de voler en éclat depuis les déclarations de Marine Le Pen.
12:41Vous, qui avez travaillé sur le RN version Bardella,
12:45on voit bien que tout a été très organisé.
12:49En tout cas, il y a une volonté d'éviter le moindre débordement.
12:53Non ?
12:54Je m'interroge sur l'organisation largement.
12:56Au contraire, c'est quoi ?
12:58On a l'impression qu'on est dans l'improvisation la plus totale.
13:01Lundi soir, après le verdict,
13:04je discutais avec un cadre actuel du parti.
13:07C'est quand même étonnant, on a l'impression
13:09que vous êtes en train d'improviser à la suite de cette condamnation.
13:12Vous ne l'avez pas anticipé, la condamnation possible de Marine Le Pen ?
13:15Et il me disait, de manière très franche,
13:17en fait, c'était un sujet tabou au sein du parti.
13:19On ne pouvait pas en parler, même en réunion de travail avec Marine Le Pen.
13:22En parler, envisager une condamnation, c'était un crime de lèse-majesté.
13:25Donc, en fait, le sujet a été tabou.
13:27Alors, pas impréparation sur le jugement final,
13:30mais sur la manière dont maintenant ils essayent
13:33de mettre en place cette manifestation pour dimanche.
13:36Faire venir 8 000 ou 10 000 personnes,
13:39sincèrement, pour un parti qui a obtenu les résultats
13:42qu'il a obtenus aux législatives et aux européennes,
13:44je ne dis pas que c'est facile, rien n'est facile,
13:46mais ce n'est quand même pas un défi majeur.
13:48Donc, la question des débordements, elle est réelle.
13:51Il peut y avoir des débordements, ça pourrait nuire aux RN.
13:53Mais attention, ça peut nuire aussi,
13:55où les débordements peuvent venir aussi, si je puis dire, du camp d'en face.
13:58Donc, ce n'est pas ça, moi, qui me semble être le plus la prise de risque du RN.
14:02C'est laquelle, la prise de risque ?
14:03La prise de risque du RN, c'est vraiment d'apparaître comme une formation
14:07qui, devant les Français, ne veut pas reconnaître
14:10que quand la justice les condamne,
14:12eh bien, à ce moment-là, cette formation qui dénonçait le laxisme judiciaire
14:16n'a pas d'autre discours que de se poser en victime.
14:19Je voudrais vous remontrer...
14:20C'est ça la ligne de crête quand même très difficile aujourd'hui pour le RN.
14:23Quelques sondages, et comprendre s'ils sont contradictoires ou pas.
14:28Les Français ont un rapport plutôt de défiance avec leur justice.
14:32On va voir les différents sondages.
14:34On est regardé Trolaxi, 69 %.
14:38C'est un sondage Ipsos, en plus.
14:40C'est la fameuse fracture française pour le Cevipop.
14:4368 % politisés, 67 % ne traitent pas tout le monde à égalité,
14:48et plus globalement, ils ne lui font pas confiance, 55 %.
14:52Et quand on regarde les récents sondages,
14:54et je mets ça en parallèle par rapport au jugement,
14:57alors là, surprise par rapport à ça,
15:00eh bien, ils comprennent le jugement.
15:01Ils comprennent aussi bien la condamnation et l'inéligibilité
15:04que son application immédiate.
15:06Comment vous l'expliquez ?
15:08Juste par égard, avec mes confrères,
15:11c'est pas un sondage Ipsos, celui-là.
15:13Ah mince, pardonnez-moi.
15:14C'est fracture française,
15:15et là, je crois que c'est le baromètre de la confiance.
15:17Pardonnez-moi, tout à fait.
15:18Barrette de la confiance.
15:20Il n'y a pas de contradiction.
15:22C'est justement parce que les Français considèrent
15:24que la justice est trop laxiste
15:26que là, ils ont le sentiment que la justice fait son travail,
15:30et que cette condamnation,
15:32eh bien, réellement, elle semble adaptée.
15:35D'abord, elle a été prise par trois magistrats,
15:37et elle semble adaptée à la réalité
15:39et à l'issue d'un long procès.
15:41Et puis, les Français, ils ont quand même un petit peu de mémoire,
15:43contrairement à ce qu'on dit.
15:44Ils savent bien que cette justice,
15:46dont ils soupçonnent toujours qu'elle ne soit pas
15:48suffisamment indépendante,
15:50c'est notamment indépendante du pouvoir politique.
15:52Mais quand même, ils ont vu qu'elle avait condamné
15:54François Fillon, LR, Nicolas Sarkozy,
15:56ancien président de la République.
15:58Si on remonte dans le temps,
16:00Cahuzac, PS, et beaucoup d'autres PS,
16:02si on remonte encore plus dans le temps.
16:04Et aujourd'hui, elle condamne le RN.
16:07Donc, c'est la démonstration que la justice,
16:10en réalité, n'est pas si dépendante
16:12que ce que certains Français redoutent du pouvoir politique.
16:16Elle s'applique à tous, là, pour le coup.
16:18Antoine Oberdorf, ils sont commentés,
16:20ces sondages par les politiques,
16:22quels que soient les camps, le RN,
16:24mais aussi, effectivement, leurs adversaires.
16:26Comment ils comprennent,
16:28et qu'est-ce qu'ils en disent, au fond,
16:30finalement, des Français qui,
16:32ne sont pas du tout révoltés,
16:34majoritairement, par ce jugement ?
16:36Le paradoxe de la situation, c'est qu'on a des Français
16:38qui, contre toute attente,
16:40sont plus derrière leur justice
16:42que les politiques eux-mêmes.
16:44Je m'explique. Quand on entend Bruno Retailleau,
16:46notamment du côté du ministère de l'Intérieur,
16:48dire qu'il n'est pas dupe
16:50de la politisation des magistrats,
16:52et il en prend pour preuve
16:54leur adhésion massive
16:56au syndicat national de la magistrature,
16:58qui, effectivement, a fait un communiqué
17:00dans le cadre législatif
17:02pour appeler au Front républicain,
17:04Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur,
17:06accrédite l'idée qu'il y a une politisation
17:08de la justice et que, donc,
17:10Marine Le Pen a bel et bien été empêchée
17:12de se présenter à l'élection présidentielle.
17:14A l'inverse, sur des territoires
17:16largement acquis aux idées du RN.
17:18On voit, par exemple,
17:20dans l'Heure, je parlais ce matin
17:22avec l'un des seuls députés
17:24socialistes de l'Heure, Philippe Brun,
17:26qui me disait, j'ai organisé une réunion publique,
17:28était là une électrice du RN
17:30à la dernière présidentielle, une électrice de Marine Le Pen,
17:32qui disait ne faire preuve
17:34d'aucune mensuétude particulière
17:36à l'égard de Marine Le Pen et de cette condamnation,
17:38qu'elle l'a comprenée.
17:40Ce n'est pas pour autant qu'elle a mandé ses idées,
17:42qu'elle a rabatté sur ses exigences
17:44vis-à-vis de l'insécurité,
17:46de l'immigration, en tout cas,
17:48ce qui l'a conduit à voter pour le RN,
17:50mais en l'espèce, la demande d'exemplarité
17:52qu'exprime ce jugement,
17:54cette électrice l'a comprenée.
17:56Alors, comment... Je vous en prie,
17:58mais rapidement, allez-y.
18:00Juste aussi pour une explication,
18:02c'est que là, on est face à une grosse ambiguïté
18:04dans ce sujet, c'est-à-dire que, d'une part,
18:06il y a évidemment la condamnation de Marine Le Pen
18:08en première instance
18:10du détournement de fonds publics avec une peine d'inéligibilité,
18:12et ça, personne ne le remet réellement en cause.
18:14Là où il y a un problème,
18:16c'est sur l'exécution provisoire,
18:18qui n'est prononcée que dans 3% des cas
18:20d'inéligibilité,
18:22et qui a une motivation
18:24dans le jugement que certains juristes,
18:26notamment M. Shuttle,
18:28qui est l'ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel...
18:30Effectivement, elle divise beaucoup cette décision
18:32sur l'application immédiate,
18:34l'exécution provisoire, et peut-être d'ailleurs
18:36que l'opinion va bouger, mais j'avance,
18:38on va voir comment le RN mobilise concrètement
18:40ses troupes pour dimanche.
18:42C'est un sujet de Baptiste Gary Chartier,
18:44qui a suivi le député RN Alexandre Sabatou
18:46dans sa circonscription de l'Oise.
18:48Reportage.
18:50...
18:52La contre-offensive
18:54est lancée.
18:56Alexandre Sabatou, élu dans l'Oise dès 2022,
18:58entame les grandes manœuvres
19:00pour sonner la mobilisation dans sa circonscription.
19:02Dimanche, on fait
19:04Place Vauban, c'est derrière les Invalides à Paris,
19:06c'est une manifestation de soutien
19:08à Marine Le Pen et aux partis.
19:10Vous êtes les bienvenus,
19:12on trouve qu'on est à côté.
19:14C'est important, imaginez que
19:16la place est vide,
19:18ça serait une image catastrophique. Dans l'Oise,
19:20on a affrété 2 voire 3 bus
19:22pour amener des gens du département
19:24pour les accompagner, parce qu'on sait qu'on a
19:26un électorat assez populaire, de classe moyenne,
19:28qui n'ont pas forcément les moyens de payer pour faire ces déplacements,
19:30et donc on les accompagne
19:32pour venir nous aider à la manifestation.
19:34Et s'il affirme, ils seront bien présents
19:36lors de la mobilisation, pour dénoncer,
19:38disent-ils, la décision du tribunal.
19:40Pourquoi la justice
19:42se permet d'écarter
19:44quelqu'un qui est susceptible
19:46d'être élu président,
19:48alors qu'ils savent très bien qu'elle est en tête dans tous les sondages ?
19:50Tu lui redonnes le droit
19:52de pouvoir se présenter,
19:54c'est pas normal.
19:56Mais pour d'autres électeurs, pas question d'aller
19:58manifester dimanche.
20:00Je ne comprends pas du tout le Rassemblement National
20:02à appeler tout le monde à la mobilisation,
20:04je trouve ça vraiment dommage,
20:06d'en arriver là, alors qu'elle a joué,
20:08elle a perdu.
20:10Je pense que si elle a été condamnée,
20:12c'est que la justice avait ses raisons
20:14de la condamner.
20:16Mais pas de quoi faire douter le député,
20:18qui après la tournée des bars, s'essaie au porte-à-porte
20:20pour convaincre de potentiels citoyens.
20:22Bonjour madame, je suis Alexandre Sabatou,
20:24je suis votre député.
20:26Cette électrice fervente défenseuse du Rassemblement National
20:28ne se rendra pas dimanche à la Capitale,
20:30notamment d'un risque de débordement.
20:32Ça peut dégrader vite,
20:34et on a un peu l'impression
20:36d'aller dans les manifestations.
20:38C'est-à-dire que vous avez un petit peu peur
20:40du désordre ?
20:42Certains essaient de nous faire croire que ça va être
20:44une prise du capital comme aux Etats-Unis,
20:46mais il n'y a rien de tout ça.
20:48Est-ce que vous êtes conscient qu'il va falloir faire
20:50peut-être attention à l'image que vous allez renvoyer dimanche ?
20:52Moi, j'ai confiance en mes électeurs,
20:54je sais que nos électeurs ne sont pas des casseurs
20:56à l'inverse de certains autres partis politiques.
20:58La plupart des députés du Rassemblement National
21:00tentent de mobiliser les troupes
21:02dans leurs circonscriptions,
21:04mais nul ne sait encore si cette stratégie payera
21:06le jour J de la manifestation.
21:08Charles Sapin, on le sait,
21:10les électeurs du RN ne sont pas des Parisiens,
21:12c'est la France périphérique,
21:14il y a des bus qui ont été affrétés.
21:16L'objectif, c'est de rassembler combien dimanche ?
21:18Qu'est-ce qu'ils affichent, qu'est-ce qu'ils ont annoncé
21:20à la préfecture ?
21:22Ils sont extrêmement prudents,
21:24ils ne veulent absolument pas donner de chiffres.
21:26C'est un objectif de rassembler
21:28le maximum de personnes possible,
21:30parce que c'est vrai qu'en plus, la place Vauban,
21:32en dessous, vous avez l'avenue de Breteuil,
21:34donc vous pouvez élargir en fonction.
21:36Il faut savoir que...
21:38Ce n'est pas dans leur culture.
21:40Ce n'est plus dans leur culture.
21:42En fait, un meeting
21:44en plein air à Paris,
21:46c'est sans précédent,
21:48depuis 2015, où il y avait, vous le savez,
21:50chaque année, ce rassemblement du 1er mai,
21:52qui était très cher à Jean-Marie Le Pen.
21:54Voilà, exactement. Rassemblement à Jeanne d'Arc,
21:56place de l'Opéra. Et c'est vrai que,
21:58depuis Jean-Marie Le Pen, qui s'était invité
22:00sur la scène en parc à rouges,
22:02tout le monde se souvient de ces images,
22:04Marie Le Pen avait barré
22:06ces rassemblements, il n'y avait plus de rassemblements
22:08à Paris en grand air.
22:10Donc c'est la première fois. En tout cas,
22:12ce qui est certain, c'est qu'organiser des meetings,
22:14le Rassemblement national, c'est faire, à chaque élection.
22:16Et là, en plus, il y a eu un audit
22:18de toutes les fédérations, suite
22:20à la faillite de l'organisation
22:22des dernières législatives.
22:24Donc les délégués départementaux
22:26vont essayer de rivaliser pour remplir des bus.
22:28Il y a des cars qui ont été affrétés pour ramener
22:30le maximum de militants sur place.
22:32C'est les militants, c'est les adhérents du RN
22:34qui seront là. Ils ne pourront pas
22:36compter sur la droite.
22:38Même Laurent Wauquiez, qui s'est montré
22:40plutôt solidaire
22:42de cette injustice
22:44qu'aurait constitué l'exécution provisoire
22:46de Marine Le Pen sur son éligibilité,
22:48a dit qu'elle fasse
22:50valoir ses idées, c'est normal.
22:52En revanche, le chaos, c'est autre chose.
22:54Je le dis clairement, je considère
22:56que ce n'est pas le rôle des partis politiques
22:58d'en appeler à la rue contre les institutions.
23:00Clairement, on sera sur du militant
23:02encarté dimanche.
23:04Oui, sans doute. Comme vous le disiez,
23:06réunir 8 à 10 000 militants
23:08pour le Rassemblement national, c'est pas non plus
23:10un exploit.
23:12J'entends qu'à priori, ils auraient gagné
23:1420 000 adhérents, nouveaux adhérents...
23:16C'est ce qu'ils font savoir.
23:18Ça relève quand même
23:20de la communication du parti.
23:22Il n'y a aucune preuve pour l'attester,
23:24pour en attester aujourd'hui. Ils n'ont pas fourni
23:26de listing, de listes, etc. Il n'y a pas de documents
23:28qui viennent prouver ça.
23:30Ceci dit, je me souviens aussi qu'avant le jugement,
23:32et c'était aussi de la com politique,
23:34certains responsables du RN disaient
23:36que si Marine Le Pen est condamnée,
23:38les Français défileront dans la rue,
23:40ce sera l'apocalypse, etc.
23:42C'est pas du tout ce qu'on a vu, loin de là.
23:44Et à priori, je pense effectivement
23:46que le RN de dimanche se tiendra
23:48avec 8 ou 10 000 militants.
23:50L'enjeu, et je trouve qu'on le voyait
23:52très bien dans votre excellent reportage,
23:54c'est que le RN se veut une puissance d'ordre
23:56et le risque pour lui, c'est d'apparaître
23:58comme une puissance de désordre à l'occasion de ce meeting.
24:00Donc au-delà, effectivement, de la capacité
24:02à faire venir 8 000 ou plus
24:04d'adhérents ou de sympathisants,
24:06c'est ça aussi
24:08qui se joue. Et la peur
24:10qu'on voyait de certains
24:12sympathisants du RN,
24:14elle est liée à cette idée que
24:16normalement, c'est le parti de l'ordre,
24:18et là, tout peut déraper. C'est la difficulté
24:20quand vous appelez à la rue,
24:22sans appeler à la rue, etc.
24:24Et Laurent Wauquiez l'a parfaitement compris,
24:26il va dans la brèche.
24:28On en vient, Antoine Oberdorf,
24:30et on parlera de Jordan Bardella, plan B, tabou ou pas,
24:32dans un instant, Pierre-Stéphane Faure,
24:34sur ce match de meeting
24:36auquel on va assister dimanche.
24:38Contre rassemblement à l'appel des insoumis
24:40et des écologistes, place de la République,
24:42et meeting de Gabriel Attal,
24:44patron de Renaissance, qui était prévu de longue date,
24:46repensé en rassemblement,
24:48on le voit, pour la démocratie
24:50et l'État de droit.
24:52Il y a un énorme enjeu d'image,
24:54c'est l'avant-goût de la présidentielle,
24:56qui va rassembler le plus ?
24:58Ce qui est sûr,
25:00c'est qu'il y a un véritable savoir-faire du côté
25:02de la France insoumise, ça je ne vous apprends rien.
25:04Lorsque la France insoumise,
25:06il y a un savoir-faire pétitionnaire,
25:08pour le coup, la stratégie populiste ne leur fait
25:10absolument pas peur, ni même d'ailleurs
25:12les dérapages, ils ont pour mot d'ordre
25:14un motto simple répété
25:16par Jean-Luc Mélenchon à l'envie,
25:18abattez la citadelle. Donc, en l'espèce,
25:20ils n'auraient pas de mal à réunir
25:22des foules. Mais la place de la République,
25:24ce n'est pas tellement l'enjeu,
25:26ça va véritablement être les militants
25:28les plus politisés de Paris
25:30et ses environs qui vont venir
25:32exprimer une opposition à l'extrême droite.
25:34Le PS n'ira pas, pourquoi ?
25:36Le PS n'ira pas pour une raison simple, c'est que...
25:38A la place de la République, il faut suivre.
25:40A la place de la République, absolument.
25:42Il y a plusieurs théâtres dans Paris ce week-end,
25:44donc place de la République, ni la Ligue des Droits de l'Homme,
25:46ni SOS Racisme, ni même
25:48les grandes centrales syndicales,
25:50CGT, CFDT, ne s'associent
25:52à ce mouvement,
25:54ce rassemblement dit de
25:56mobilisation pour défendre l'état de droit.
25:58Donc, si vous voulez, ça pose un petit problème
26:00aux partis socialistes d'avoir le sentiment de participer
26:02en réalité à une mobilisation
26:04téléguidée par la France insoumise
26:06il y a des organisations de jeunesse.
26:08C'est honnêtement des procédés assez
26:10classiques, les organisations de jeunesse ont
26:12ouvert le bal en appelant la mobilisation,
26:14quelques minutes plus tard c'était la France insoumise, les élecologistes.
26:16Quant à Gabrielle Attal,
26:18elle a, Gabrielle Attal, de fait son événement
26:20perd un petit peu
26:22de sa superbe
26:24parce que Gabrielle Attal
26:26aime à se camper au sein du bloc central,
26:28à se singulariser par
26:30une position de centralité par rapport aux extrêmes,
26:32mettant à distance
26:34les dérives droitières
26:36ou ce qu'il interprète comme des dérives droitières
26:38venant de Gérald Darmanin ou même
26:40de membres du gouvernement, typiquement Bruno Retailleau
26:42et puis, bien évidemment,
26:44une hostilité
26:46à ceux qui présentent quasiment comme des ennemis de la République
26:48à savoir la France insoumise.
26:50Avant cette affiche que vous avez montrée à l'écran, il y avait une autre affiche
26:52dans laquelle Gabrielle Attal,
26:54avec une hyper personnalisation sur lui,
26:56était entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
26:58C'est vraiment l'image
27:00qu'il veut donner de lui-même avec un message
27:02extrêmement simple.
27:04Demain, si nous ne faisons rien,
27:06si nous laissons tomber les derniers remparts,
27:08nous serons les Etats-Unis de Donald Trump.
27:10Justement, on en vient
27:12à Donald Trump. Je voudrais vous faire réagir.
27:14On sait très bien qu'un certain
27:16nombre de démocraties, illibérales,
27:18Orban, Mélanie,
27:20mais aussi Donald Trump,
27:22ont réagi en soutenant
27:24Marine Le Pen. Encore une réaction.
27:26Regardez ce qu'il écrit hier
27:28sur son réseau Truth Social.
27:30Je ne connais pas Marine Le Pen,
27:32mais j'apprécie à quel point elle a travaillé dur
27:34pendant tant d'années. Elle a subi des échecs,
27:36mais elle a continué, maintenant,
27:38juste avant ce qui serait une grande victoire.
27:40Ils lui font payer une accusation mineure
27:42dont elle ne savait probablement rien.
27:44Tout cela est très mauvais pour la France
27:46et pour le grand peuple français,
27:48quel que soit son camp. Libérez
27:50Marine Le Pen.
27:52Charles Sapin, ça la sert
27:54ou ça la dessert, ce soutien ?
27:57J'ai envie de dire ni l'un ni l'autre.
27:59Pourquoi ? Parce que, finalement,
28:01ce soutien peut être gênant,
28:03dans le sens où il va crisper
28:05une part de l'électorat, mais cet électorat-là,
28:07en fait, c'est un électorat qui n'a jamais pensé
28:09voter pour Marine Le Pen.
28:11De toute façon, il va être confirmé dans le fait
28:13qu'il a bien fait de ne jamais voter Marine Le Pen.
28:15Pour ce qui est de l'électorat
28:17aujourd'hui de Marine Le Pen,
28:19on l'a vu lors de la dernière présidentielle,
28:21c'est un électorat très peu porté
28:23sur l'international, donc, en fait,
28:25il sera assez imperméable à l'argument.
28:27Ce qui est intéressant de voir,
28:29c'est que, que ce soit
28:31ce témoignage de soutien de Donald Trump,
28:33mais il y a aussi eu
28:35Victor Orban ou autre, c'est qu'on voit
28:37qu'il y a, dans cette logique,
28:39tous ces responsables poétiques
28:41ont en commun, en fait, une obédience populiste,
28:43nationale populiste pour la plupart,
28:45et, en fait, on le voit s'organiser,
28:47une forme de solidarité, une internationale
28:49populiste,
28:51parce que chaque...
28:53Ce qui se passe dans un pays peut servir le récit de l'autre.
28:55Alors, est-ce que ça peut prendre,
28:57ce discours, au fond,
28:59on est entravés par des normes,
29:01par l'état de droit, par les juges,
29:03la liberté du peuple est entravée.
29:05On voit vraiment que cette idéologie-là
29:07monte dans le monde entier
29:09avec des réseaux de coordination, de solidarité.
29:11Juste avant, si vous me permettez,
29:13moi, je pense que ça la dessert,
29:15ces soutiens, justement, de Donald Trump,
29:17pour une raison qui est très claire,
29:19c'est que l'électorat RN,
29:21bien sûr que lui, il fait bloc,
29:23mais l'enjeu pour le RN, c'est d'élargir.
29:25D'ailleurs, Marine Le Pen
29:27dit qu'on s'oppose à une victoire
29:29annoncée. Trump reprend cette idée.
29:31Je suis désolé, mais la victoire de Marine Le Pen,
29:33elle n'était pas écrite. On a vu aussi
29:35au moment des législatives qu'il y avait encore
29:37quelques difficultés.
29:39Donc ces soutiens-là effraient les électeurs.
29:41Et le positionnement
29:43de Marine Le Pen, à mon avis, soude son électorat,
29:45donc je ne m'attends pas du tout à ce qu'il y ait un reflux,
29:47mais bloque la capacité
29:49d'élargissement de ce soc.
29:51Parce qu'on revient, justement,
29:53aux fondamentaux plutôt populistes
29:55du RN, et parce que Trump en France,
29:57Poutine en France, Orban en France,
29:59ne sont pas des figures populaires.
30:01Ce sont des figures massivement
30:03ou très majoritairement répulsives.
30:05Donc je ne crois pas que ce soit un bon calcul ou une bonne chose pour elle.
30:07Et ce discours, dans le fond,
30:09sur la liberté d'expression entravée ?
30:11Alors, là, il y a quelque chose, je crois,
30:13d'extrêmement sérieux.
30:15Pour moi, c'est l'enjeu du moment,
30:17c'est l'enjeu du RN.
30:19C'est est-ce que cette supposée conception
30:21de la démocratie, consistant à dire
30:23que la démocratie, ce n'est pas un bloc,
30:25ce n'est pas la séparation des pouvoirs,
30:27ce n'est pas l'indépendance de la justice,
30:29ce n'est pas le pluralisme,
30:31ce n'est pas l'existence de médias indépendants,
30:33c'est le suffrage universel.
30:35Et donc, quand on s'oppose au suffrage universel,
30:37on s'oppose à la démocratie,
30:39ce qui n'est absolument pas le cas,
30:41mais c'est une définition implicite,
30:43en réalité, qui correspond au despotisme
30:45et ce n'est pas parce que vous avez fait 51%
30:47que vous avez tous les pouvoirs,
30:49ça, c'est ce qui est en jeu.
30:51Est-ce que ça peut pénétrer chez les Français,
30:53cette idée que, oui, on essayerait,
30:55comme ça, de s'opposer au peuple ?
30:57À force de le répéter, oui,
30:59et on l'a vu dans votre reportage,
31:01c'est très exactement ce que disait
31:03un des électeurs du RN que vous avez interrogé.
31:05On cherche à s'opposer
31:07à la démocratie en l'empêchant.
31:09Donc ça, pour moi, c'est l'enjeu majeur
31:11du moment présent.
31:13Les réflexes dans l'URN sont attendus,
31:15elles ne sont pas nouvelles.
31:17Quand la démocratie n'est plus synonyme
31:19de l'Etat de droit.
31:21Il y a deux définitions de la démocratie
31:23qui circulent et c'est ça qui est inquiétant.
31:25Je voudrais qu'on termine.
31:27On balaye large ce soir,
31:29mais on a de bons spécialistes
31:31avec Jordan Bardella, Pierre Stéphane Faure.
31:33On l'a évidemment interrogé,
31:35il était l'invité hier soir
31:37de nos confrères d'LCI sur le plan B.
31:39Se prépare-t-il, malgré tout,
31:41il n'y a pas de plan B
31:43parce que le plan A
31:45n'a pas encore été mené à son terme.
31:47Nous sommes un duo.
31:49C'est ainsi qu'elle a souhaité
31:51installer cette relation
31:55qui est une relation aussi personnelle
31:57entre elle et moi, qui est une relation
31:59d'une très grande confiance.
32:01Je souhaite que cet équilibre
32:03que nous avons créé puisse évidemment
32:05perdurer. Je suis à son service
32:07et je ferai ce qu'elle
32:09me demandera de faire.
32:11Pierre Stéphane Faure, vous qui avez enquêté,
32:13est-ce que ce plan B,
32:15comme Bardella, est si tabou que cela ?
32:17En tout cas, on voit que Jordan Bardella
32:19fait à nouveau allégeance à Marine Le Pen.
32:21Il l'a fait de manière continue depuis 48 heures
32:23pour vraiment faire passer le message
32:25« je ne vais pas essayer de te doubler
32:27ou de putscher quoi que ce soit ».
32:29C'est l'officiel, mais l'officieux,
32:31est-ce que certains le poussent à se préparer en coulisses
32:33parce qu'après tout, la décision en appel
32:35pourrait être conforme à la première instance ?
32:37Sans doute qu'il se prépare,
32:39mais est-ce que Marine Le Pen va lui laisser la place
32:41pour se préparer, c'est-à-dire notamment pour se créer
32:43une étoffe internationale, pour rencontrer
32:45des chefs d'État, pour se rentrer un petit peu
32:47dans le costume d'un présidentiable,
32:49tant qu'elle n'aura pas épuisé tous les recours judiciaires,
32:51ça me paraît assez peu probable.
32:53Encore une fois, on est dans l'ordre un petit peu
32:55de l'incantation aussi au RN.
32:57On n'ose pas imaginer que Marine Le Pen ne pourra pas se présenter,
32:59toujours pas aujourd'hui.
33:01C'est du déni alors ?
33:03Il y a une part de déni, une part un petit peu incantatoire.
33:05On a du mal à faire de la place à Jordan Bardella
33:07en plan B crédible, puisque le plan A
33:09n'est pas encore tout à fait vain
33:11à leurs yeux.
33:13Et pourtant, quand on regarde électoralement,
33:15en tout cas au premier tour, le socle ne bouge pas.
33:17On est à 30, 35, 36 %
33:19des intentions de vote,
33:21donc Bardella-Le Pen, il n'y a pas de déperdition.
33:23Qu'est-ce qu'on dit en coulisses, Charles Sapin ?
33:25Est-ce que c'est un meilleur candidat
33:27en vue d'un deuxième tour
33:29pour justement élargir,
33:31comme on le disait avec Brice Tinturier, ou pas ?
33:33Non.
33:35En fait, la problématique Bardella,
33:37c'est qu'aujourd'hui, en effet, il est très populaire
33:39et même dans les intentions de vote, il peut rivaliser
33:41avec Marine Le Pen, mais la grande différence qu'il a
33:43avec Marine Le Pen, c'est qu'il n'est pas l'incarnation
33:45présidentielle jusque-là. Et c'est vrai que
33:47l'un des secrets de la popularité de Jordan Bardella,
33:49c'est d'être très lisse, en fait.
33:51C'est quasiment une baie vitrée,
33:53une surface de projection où tout le monde
33:55projette un peu ce qu'il veut
33:57de la belle-mère,
33:59c'est le gendre modèle.
34:01Le jour où on est candidat présidentiel,
34:03à la présidentielle, on est obligé de faire des choix,
34:05des arbitrages, et c'est là où on clive,
34:07et c'est là où il peut y avoir changement.
34:09La décision de Marine Le Pen de rester coûte que coûte
34:11et de ne pas donner le bâton de maréchal,
34:13de ne pas transmettre cette candidature...
34:15Mais en coulisse aussi, parce que dans un an,
34:17à l'été 2026, si elle ne peut pas y aller,
34:19il va falloir avoir une machine derrière.
34:21Ce qui est sûr, c'est que c'est un choix.
34:23En fait, le choix se fait maintenant.
34:25Marine Le Pen est face à un choix crucial,
34:27c'est-à-dire, soit elle se dit
34:29que coûte que coûte, je serai candidate
34:31à la présidentielle, et en prenant le risque
34:33d'être empêchée juste avant
34:352027, mais dans ce cas, elle laisse son parti
34:37dans l'incapacité d'envoyer
34:39Bardella ou qui que ce soit d'autre en candidat
34:41alternatif, parce qu'il sera trop tard
34:43en termes de financement, en termes de parrainage,
34:45en termes de programme, en termes de crédibilité
34:47de candidature, soit, dès maintenant,
34:49elle anticipe, et elle se retire,
34:51et elle laisse Bardella installer une crédibilité
34:53de candidature. Votre intuition, votre sentiment,
34:55est-ce qu'elle tranchera, et dans quel sens ?
34:57Elle l'a déjà tranchée, à mon sens,
34:59elle l'ira jusqu'au bout, parce que
35:01tout était dans son venteur,
35:03elle l'a dit avec des mots choisis, mais elle pense que
35:05Jordan Bardella n'est pas prêt, il n'est pas sûr
35:07que les cadres le suivent, il n'est pas sûr que les électeurs
35:09le suivent, et en fait,
35:11sa candidature sera vue comme moins redoutable
35:13que la sienne pour tout un tas d'adversaires
35:15qui redoubleront d'ambition,
35:17et ce qui explique, en fait, le choix de Marine Le Pen.
35:19Je vous donne le mot de la fin, Antoine Obédorff,
35:21il s'appelle pas Le Pen, ça, ça fait
35:23quand même une sacrée différence.
35:25La prophétie de Patrick Buisson, l'ancien
35:27conseiller Nicolas Sarkozy, qui lui avait dit que
35:29probablement la dernière marche
35:31qu'il manquerait, Marine Le Pen
35:33raterait la dernière marche parce qu'elle porte
35:35ce patronyme, le nom de Le Pen, ce qui
35:37n'est pas le cas de Jordan Bardella. Pour autant,
35:39elle a dit que c'était un atout
35:41qu'elle espérait activer le plus tard possible,
35:43Bardella, qu'elle espérait garder dans sa manche,
35:45et moi, j'ai noté au venteur, surtout,
35:47qu'en réalité, de manière, bien évidemment,
35:49très subtile, mais elle a délégitimé
35:51par avant Jordan Bardella. Lorsque
35:53Marine Le Pen vous dit, si mon
35:55appel devait intervenir
35:57postérieurement à 2027 et qu'il cassait
35:59la décision, quelle serait
36:01la légitimité du scrutin présidentiel de
36:032027 quand bien même Jordan Bardella aurait pu
36:05se présenter ? Donc, en faisant cela,
36:07elle nous a indiqué que, pour l'heure,
36:09le grand remplaçant,
36:11comme vous l'appelez, a vocation à rester
36:13sur le banc de touche. Merci. On s'arrête là,
36:15vous étiez excellent, ils sont bons, hein, sur
36:17LCP. Merci. On va y
36:19revenir, évidemment, parce que ce feuilleton ne
36:21fait que commencer. Vous restez avec
36:23moi, Brice Pinturier, on va s'arrêter à présent
36:25sur votre enquête Ipsos
36:27saisie école d'ingénieurs
36:29et sur le rapport des Français à la politique
36:31et à leurs institutions.
36:33C'est une enquête pour lire la politique, c'est
36:35l'association qui organise chaque année un
36:37événement important, la journée du livre politique
36:39à l'Assemblée. Vous allez pouvoir d'ailleurs
36:41la suivre en intégralité sur LCP.
36:43Sans surprise, la défiance
36:45est très forte, mais les Français restent
36:47très attachés à leur institution.
36:49Les principaux résultats, on en parle tous les deux
36:51juste après.
36:53Si on vous invite, Brice
36:55Pinturier, c'est pour comprendre
36:57la perception des Français sur la politique.
36:59D'abord, sur notre
37:01constitution et ses institutions,
37:03celles de la Ve République.
37:0570%
37:07des citoyens y sont attachés,
37:09mais dans le même temps,
37:1195% d'entre eux appellent
37:13à les modifier, à les réformer
37:15en profondeur, du moins
37:17à les adapter.
37:19Politologue, analyste pointu,
37:21vous l'êtes Brice Pinturier, en recueillant
37:23la parole, les opinions, pour les
37:25transformer en données et en dynamique.
37:27Directeur général délégué
37:29d'Ipsos France, troisième
37:31acteur mondial des études de marché.
37:33Depuis des années, vous sondez les
37:35Français sur la politique, qui suscite
37:37aujourd'hui des sentiments bien négatifs,
37:39la déception d'abord
37:41loin devant la colère et
37:43même le dégoût. L'intérêt
37:45pour le sujet n'arrive qu'en troisième
37:47position. Symptôme d'une
37:49France en colère et contestataire,
37:5148%
37:53des citoyens se disent dans cet état
37:55d'esprit. Et pour changer les choses,
37:5736% pensent qu'il faut
37:59plus de radicalité.
38:01Dans ce contexte, couille du regard
38:03des Français sur l'Assemblée Nationale,
38:05trois blocs distincts, pas de majorité,
38:07mais après le bras de fer dans
38:09l'hémicycle sur le budget 2025
38:11et la censure de Michel Barnier,
38:13les Français semblent vouloir plus
38:15de stabilité. 48%
38:17souhaitent une majorité absolue.
38:19Ils étaient seulement 30%
38:21en 2022.
38:23Alors,
38:25on va s'arrêter pour commencer
38:27sur ce qui peut apparaître comme un paradoxe
38:29peut-être apparent. Les Français
38:31expriment un rejet massif de la politique.
38:3380% d'entre eux expriment
38:35un sentiment négatif et en même temps,
38:37ils restent attachés aux institutions de la
38:39Ve. Alors, est-ce qu'il faut comprendre que c'est les
38:41hommes et les femmes politiques
38:43qui le rejettent avant tout, mais pas le cadre,
38:45pas les règles du jeu institutionnel ?
38:47Oui, tout à fait. Il faut vraiment distinguer
38:49les institutions et distinguer la crise
38:51politique. Une crise du politique,
38:53ça, c'est indéniable, on peut y revenir.
38:55Il n'y a pas de crise, je crois, institutionnelle
38:57ou en tous les cas, pas comparable,
38:59pas un niveau comparable. On a une très forte
39:01majorité de Français qui déclarent
39:03leur attachement à la Ve République.
39:05Ils veulent quand même qu'on fasse des modifications.
39:07Alors, des modifications plutôt
39:09à la marge
39:11que quelque chose qui serait radical
39:13ou en profondeur. De ce point de vue,
39:15la VIe République, non. On abattrait
39:17complètement la Ve République,
39:19mais malgré tout, il y a un désir d'aménagement
39:21qui montre que du côté des institutions,
39:23il y a quand même des choses à faire aussi.
39:2570% d'entre eux sont attachés
39:27à la Ve République, vous l'avez dit.
39:29Il faut l'adapter et la transformer.
39:31De Gaulle reste la personnalité
39:33politique dont l'action a eu
39:35le plus d'effets et de très loin.
39:37Mais moi, ce qui m'a frappée,
39:39les sondés avaient la possibilité de choisir
39:41le nom qu'ils souhaitaient. Il n'y avait pas
39:43de liste proposée. Question ouverte.
39:4510% considèrent qu'aucune
39:47personnalité n'a eu
39:49d'effet sur la vie des Français.
39:51C'est beaucoup, non, 10% ?
39:5310%, quand même, là,
39:55je le mettrais dans la catégorie
39:57des choses plutôt positives. Ce qui est
39:59frappant dans cette question ouverte,
40:01c'est tout l'intérêt de ne pas avoir suggéré
40:03une liste de noms. Ceux qui arrivent en tête,
40:05ce sont les présidents. Il y a De Gaulle,
40:07mais derrière, vous n'avez quasiment
40:09que des présidents dans les 4 ou 5 premiers
40:11noms cités. Badinter et même
40:13Simone Veil arrivent très loin derrière.
40:15Ca montre à quel point, quand même,
40:17notre vie politique, elle est marquée
40:19autour de la figure du président de la République.
40:21C'est lui qui donne le sentiment
40:23de faire des choses, de conduire des transformations.
40:25Là, c'est le tropisme poussé
40:27à l'extrême de la Ve République et on voit
40:29bien que ça fonctionne. Sur la politique,
40:31en tant que telle, il y a
40:33de la colère, il y a de la déception
40:35et il y a même du dégoût.
40:37En même temps, il y a un peu d'ambivalence
40:39parce que les Français restent
40:41intéressés par la politique,
40:43même si c'est moins qu'avant.
40:45Expliquez-nous.
40:46Il y a deux choses qui m'ont frappé
40:48dans cette enquête. Effectivement,
40:50on retrouve les fondamentaux
40:52du rapport à la politique,
40:54beaucoup plus marqués par du négatif que par du positif.
40:56Le négatif, pour répondre,
40:58parce que je ne l'ai pas fait à votre question
41:00précédente, c'est l'absence de résultats
41:02et le sentiment
41:04de ne pas être bien représenté.
41:06C'est ça, quand même, si on veut aller très vite,
41:08qui explique cette crise du politique
41:10et donc la déception, le dégoût,
41:12la colère, etc.
41:14Ça, c'est tout l'aspect, on va dire, très négatif
41:16aujourd'hui du rapport à la politique des Français.
41:18L'aspect positif, malgré tout,
41:20c'est que ces chiffres sont plutôt meilleurs
41:22qu'en 2016. Quand j'ai écrit
41:24mon livre, je m'étais appuyé sur
41:26justement le plus rien à faire, plus rien à foutre
41:28des Français, la vraie crise
41:30de la démocratie, eh bien les chiffres étaient
41:32encore plus mauvais. On avait encore
41:34plus de Français qu'aujourd'hui qui nous disaient
41:36franchement, la politique, ça ne m'intéresse plus.
41:38Encore plus de Français qui donnaient
41:40le dégoût ou la déception.
41:42A quoi attribuez-vous ce léger regain
41:44de confiance ? Eh bien parce que
41:46il y a des choses qui ont permis de réembarquer
41:48une partie de la population.
41:50Y compris, d'ailleurs, dans des formes assez radicales.
41:52La montée du Rassemblement national,
41:54ça a permis de réembarquer
41:56une partie des milieux populaires qui se détournaient
41:58du politique. Il faut aussi avoir ça...
42:00Et on le voit bien, d'ailleurs, dans cette enquête,
42:02à travers les attentes de radicalité
42:04qui sont assez élevées.
42:06Mais je commence par commenter
42:08le chiffre majoritaire. Tout à fait.
42:10Les deux tiers des Français ne sont pas en demande
42:12de radicalité, ils sont plutôt en demande d'apaisement.
42:14Maintenant, vous avez raison, on a
42:16aussi, on le voit très bien dans l'enquête,
42:18un tiers, alors c'est beaucoup plus
42:20à la France insoumise, il y a une singularité des électeurs
42:22de la France insoumise qu'on voit très bien dans cette enquête,
42:24dans d'autres enquêtes aussi, mais dans celle-là,
42:26ils sont beaucoup plus polarisés,
42:28beaucoup plus radicaux, beaucoup plus en demande
42:30de modifications extrêmement fortes,
42:32beaucoup plus dans la France contestataire
42:34et pas simplement mécontente.
42:36Donc cette radicalité, elle existe
42:38à la France insoumise, ensuite
42:40au Rassemblement national, mais un peu moins
42:42au Rassemblement national, et elle fait partie
42:44des ingrédients à la fois répulsifs
42:46vis-à-vis de la politique,
42:48mais qui permettent, encore une fois, d'en faire revenir
42:50certains. On dit souvent que les Français sont
42:52un peuple très politique. Ce qui est certain dans
42:54cette enquête, c'est qu'on voit que leur
42:56manière de s'engager
42:58change vraiment
43:00en profondeur. On peut pétitionner,
43:02on peut boycotter,
43:04alors on ne peut plus
43:06adhérer à un parti, c'est fini.
43:08Oui, ça, c'est depuis longtemps,
43:10on n'a plus, et les partis le savent et le voient bien,
43:12on n'a plus des adhésions massives,
43:14on n'a plus de partis de masse.
43:16Il y a deux choses aussi qu'on voit dans cette enquête
43:18et sur ce que vous venez de dire, c'est des aspects
43:20liés à l'âge, qui sont très profonds,
43:22et des aspects liés à la sensibilité politique.
43:24Si vous êtes un sympathisant
43:26de gauche, vous pétitionnez,
43:28vous faites grève,
43:30vous manifestez votre mécontentement,
43:32vous boycottez certaines entreprises
43:34ou certains produits. C'est pas du tout
43:36ce qu'on trouve plutôt dans le bloc central
43:38ou chez les sympathisants LR.
43:40Et ça recoupe une variable d'âge.
43:42Les plus jeunes sont également,
43:44dans ce que je viens de signaler, le boycott,
43:46l'expression de leur opinion sur les réseaux
43:48sociaux, etc.
43:50Les plus âgés, qui sont plutôt
43:52les sympathisants de droite, sont sur des formes
43:54plus traditionnelles du rapport à la politique
43:56et plus apaisées aussi.
43:58Très intéressant sur l'Assemblée nationale,
44:00on est à la chaîne parlementaire, fragmentée en trois blocs
44:02que tout oppose depuis la dissolution.
44:04On observe un véritable
44:06changement. Les Français veulent clairement
44:08des dirigeants qui sont capables de faire des compromis,
44:10mais ils sont de moins en moins
44:12nombreux, et c'est très net depuis
44:142022, à considérer la majorité relative
44:16comme un bon système.
44:18Ils en reviennent.
44:20Ils en reviennent, mais je l'avais
44:22vraiment dit dès 2022,
44:24quand on avait fait nos premières mesures, c'était
44:26après les législatives, quand on n'avait donc
44:28pas de majorité absolue. Là, les Français
44:30ont sincèrement cru, et très majoritairement,
44:32que finalement, c'était bien.
44:34Parce qu'ils se disaient, comme ça, on aura
44:36des négociations, des compromis,
44:38les points de vue seront davantage pris en considération.
44:40Et progressivement,
44:42année après année, jusqu'à aujourd'hui,
44:44on a vu cette courbe s'inverser,
44:46et maintenant, on a deux blocs quasi équivalents,
44:48parce que les Français ont tout simplement compris
44:50que non, les compromis, ils n'arrivent pas
44:52forcément, et que cette absence de majorité,
44:54ça avait aussi donné lieu à de la
44:56polarisation, à des choses dont ils ne
44:58veulent pas à l'Assemblée, donc ils en reviennent,
45:00et maintenant, on a deux blocs équivalents
45:02qui nous disent, il vaut mieux une majorité
45:04absolue, au moins comme ça, on prend des décisions,
45:06puis un autre bloc qui est toujours dans l'idée
45:08non, majorité relative, ça permet
45:10des compromis, ça, c'est bien.
45:12Mais est-ce que ça veut dire que le prochain président,
45:14la présidente peut espérer avoir une majorité
45:16pour gouverner ?
45:18Les Français sont prêts à revenir là-dessus ?
45:20Je crois vraiment là que c'est trop tôt pour le dire.
45:22La fragmentation politique du pays,
45:24c'est une réalité. Le pays
45:26est divisé en sensibilités politiques
45:28très différentes,
45:30il y a cette fragmentation, il faudra
45:32une campagne présidentielle,
45:34une capacité ou pas à embarquer,
45:36à fédérer davantage d'électeurs, pour ensuite
45:38voir s'il y a à l'Assemblée, avec
45:40effectivement maintenant cette connaissance des difficultés
45:42à trouver des majorités, si les Français, du coup,
45:44voteront beaucoup plus pour retrouver une majorité
45:46absolue, ou s'ils resteront chacun
45:48dans leur couloir.
45:50Merci, Bristain Thurier, je renvoie donc à cette enquête
45:52qui sera présentée demain,
45:54la journée du Livre politique,
45:56vous allez d'ailleurs l'ouvrir avec Françoise Fressoz,
45:58et puis on va se retrouver sur LCP
46:00pour une table ronde sur
46:02comment fait-on l'opinion ?
46:04Vaste sujet ! Comment l'opinion se fabrique-t-elle ?
46:06Et évidemment, vous êtes aux premières loges
46:08pour nous répondre, on verra
46:10ça notamment sur la chaîne
46:12YouTube en direct d'LCP
46:14qui retransmira
46:16les débats
46:18et sur LCP, l'antenne
46:20de la TNT pour les prix
46:22en direct. Allez, dernière séquence
46:24de l'émission, c'est un grand angle
46:26entre Paris et Alger, les relations
46:28se sont bien réchauffées, regardez.
46:30Générique
46:32...
46:38Bonsoir, les amis.
46:40Elsa Mondingava, journaliste
46:42et ma consoeur d'LCP,
46:44Jean-Baptiste Daoulas, de Libération,
46:46Service politique, et David Revodalone,
46:48rédacteur en chef de la revue L'Hémicycle.
46:50Nouveau numéro ?
46:52Nouveau numéro, très belle une.
46:54Là, voilà, magnifique.
46:56L'incendie, violence et politique,
46:58les circonstances en ces journées
47:00extrêmement tendues.
47:02C'est très beau, d'ailleurs, l'iconographie.
47:04Alors, on va parler de l'Algérie,
47:06de la France, du président de la République
47:08et du ministre de l'Intérieur,
47:10mais d'abord, regardez ce sujet de Marco Pogny.
47:12Un entretien téléphonique
47:14pour réchauffer des relations glaciales
47:16entre la France et l'Algérie.
47:18Lundi, les présidents Macron et Théboune
47:20se sont parlés, un échange
47:22franc et amical selon un communiqué
47:24commun où ils ont convenu
47:26un retour à un dialogue d'égal à égal
47:28entre deux partenaires.
47:30Première étape de cet apaisement,
47:32la visite à Alger ce dimanche
47:34du ministre des Affaires étrangères
47:36Jean-Noël Barraud.
47:38Les tensions entre la France et l'Algérie
47:40dont nous ne sommes pas à l'origine
47:42ne sont dans l'intérêt de personne,
47:44ni de la France, ni de l'Algérie.
47:46Nous voulons les résoudre
47:48avec exigence et sans aucune faiblesse.
47:50Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin,
47:52se rendra aussi en Algérie
47:54pour renforcer la coopération judiciaire,
47:56mais rien concernant
47:58le ministre de l'Intérieur,
48:00pourtant très offensif sur le sujet.
48:02Bruno Retailleau veut croire
48:04que sa pression a payé.
48:06Dans une négociation, vous le savez très bien,
48:08il faut à la fois la fermeté
48:10et il faut le dialogue.
48:12La diplomatie et la fermeté
48:14du ministère de l'Intérieur.
48:16Si je n'avais pas été au gouvernement,
48:18je pense que cette ligne de fermeté,
48:20peut-être qu'elle n'aurait pas été suivie.
48:22Est-ce que Bruno Retailleau,
48:24sur le dossier franco-algérien,
48:26peut-il être perçu par le candidat
48:28à la primaire des LR comme un désaveu ?
48:30Vous avez évidemment reconnu
48:32au commentaire la voix d'Elsa Mondingua.
48:34Mille excuses.
48:36Désaveu pour Bruno Retailleau.
48:38Ce qu'on voit, c'est que dans le communiqué de presse
48:40commun entre les deux présidents
48:42qui scellent une forme d'apaisement,
48:44le nom du ministre des Affaires étrangères
48:46est cité.
48:48Il se rend en Algérie ce week-end.
48:50Il y aura une prochaine rencontre
48:52entre les deux présidents.
48:54Et puis, on ne voit pas du tout
48:56le nom de Bruno Retailleau.
48:58Lui ne considère pas que c'est un désaveu
49:00dans le sens où il reste très prudent.
49:02Les relations se réchauffent.
49:04Il faut encore attendre de voir
49:06ce qui va se passer, notamment au niveau
49:08de la libération ou non de Boilem-Sensal.
49:10Mais effectivement, on a le sentiment
49:12qu'Emmanuel Macron, que la ligne plus diplomatique,
49:14plus apaisée, a pris le dessus
49:16sur la ligne de fermeté de Bruno Retailleau.
49:18Ca veut dire que la fermeté,
49:20certains diront le coup de menton,
49:22la pression qu'a mise Bruno Retailleau
49:24notamment sur la question
49:26des OQTF, des ressortissants
49:28algériens condamnés sous OQTF
49:30que le QALG a refusé
49:32de réadmettre sur son sol,
49:34c'était une erreur ?
49:36Ca n'a pas permis
49:38ce réchauffement aujourd'hui
49:40par la voie du Quai d'Orsay ?
49:42Ca dépend pourquoi. S'il s'agit de parler du Congrès LR,
49:44parce que c'est quand même
49:46une des compétitions dans lesquelles
49:48le ministre de l'Intérieur est engagé,
49:50ça peut marcher, puisqu'on sait que c'est un thème cher
49:52à l'électorat de droite et d'extrême-droite,
49:54qui est précisément le segment que vise
49:56Bruno Retailleau.
49:58Là-dessus, sur le plan plus politicien et partisan,
50:00ça peut être intéressant.
50:02Après, on l'a vu, le simple fait qu'il explique
50:04que c'était une répartition des rôles,
50:06le bon flic, le méchant flic,
50:08si vous me permettez cette expression,
50:10le bon flic étant Jean-Noël Barraud
50:12et jouant la diplomatie, ce qui est logique
50:14pour le tenant du quai d'Orsay,
50:16et lui étant le méchant flic, ce qui est logique
50:18pour le tenant du ministre de l'Intérieur.
50:20Il met d'ailleurs en garde l'exécutif
50:22sur le fait qu'on n'est pas encore
50:24sur un fonctionnement normal en termes de retour
50:26des OQTF, de laisser passer consulaire
50:28pour le retour des expulsés algériens.
50:30Il y aura une réunion entre les préfets français
50:32et les consuls algériens,
50:34mais très clairement, pour l'instant,
50:36c'est Barraud, la ligne Macron-Barraud 1,
50:38la ligne Retailleau 0,
50:40si on s'en tient évidemment
50:42à la relation bilatérale.
50:44Jean-Baptiste Daoulas, vous avez suivi
50:46pas mal Bruno Retailleau ces derniers temps.
50:48Il y a cette petite phrase qu'il a prononcée
50:50dans un meeting pour la bataille
50:52pour la tête du parti.
50:54Chaque polémique m'a servi
50:56à passer par-dessus la tête
50:58du petit monde médiatico-politique
51:00pour parler directement au français,
51:02a-t-il dit aux adhérents et aux Républicains.
51:04C'était la semaine dernière en Vendée.
51:06L'Alger, ça n'a pas manqué
51:08la reprise en une de sa presse.
51:10Est-ce qu'au fond, il paye
51:12viser ses ambitions intérieures,
51:14Bruno Retailleau ?
51:16En fait, Bruno Retailleau,
51:18il a quand même inventé un système
51:20assez génial qui est le pile-je-gagne-fasse-tu-perdre,
51:22c'est-à-dire qu'il est toujours gagnant.
51:24Ça avance un peu avec l'Algérie,
51:26il vous dit que s'il n'avait pas mis la pression,
51:28ça n'aurait évidemment pas avancé, ça aurait stagné.
51:30Il a un peu effacé de la photo, là.
51:32Peu importe, vous l'avez écouté dans le sujet,
51:34il apparaît imperturbable.
51:36Et si ça n'avance pas,
51:38il vous dit que ça n'avancera vraiment que le jour
51:40où ses idées seront au pouvoir.
51:42Et ça, finalement, ce pile-je-gagne-fasse-tu-perdre,
51:44il le développe pour tous les aspects
51:46de sa politique à Beauvau.
51:48C'est-à-dire qu'il fait avancer,
51:50il se met des objectifs
51:52en termes de législation, notamment sur l'immigration.
51:54Il n'y a pas grand-chose qui avance.
51:56Il y a des mini-propositions de loi au Sénat,
51:58donc ça donne l'impression que ça avance,
52:00mais elles n'ont quasiment aucune chance de prospérer
52:02à l'Assemblée parce qu'il n'a pas de majorité.
52:04Mais ce n'est pas grave.
52:06La proposition de loi sur le voile
52:08dans les compétitions sportives
52:10et celle sur l'immigration,
52:12ça marche pas mal dans les sondages.
52:14Il y a un effet retaillot.
52:16Il y a eu et il y a toujours un effet retaillot
52:18qui se stabilise, malgré tout.
52:20Oui, on avait vraiment une dynamique
52:22très très forte et là, on a vu dans notre
52:24dernière enquête pour La Tribune,
52:26notamment, qu'on commençait à être
52:28sur un plateau.
52:30Je trouve votre expression assez
52:32astucieuse et il y a effectivement un peu de ça.
52:34Il joue et gagne.
52:36Il a développé un discours
52:38qui plaît aux Français.
52:40Le discours de fermeté sur l'immigration,
52:42sur les occupations, douce musique
52:44aux oreilles de très nombreux Français.
52:46Maintenant, l'enjeu ensuite, c'est
52:48est-ce que ça se transforme en résultat ?
52:50Là, on a le sentiment quand même que c'est plutôt
52:52la diplomatie, plutôt la ligne Macron qui a été
52:54la plus efficace. Donc il y a à la fois
52:56la douce musique et puis il y a l'épreuve du résultat.
52:58C'est la vraie question, en fait.
53:00C'est une méthode, une jurisprudence politique
53:02trouvée en son temps par Nicolas Sarkozy
53:04entre 2002 et 2007, celle de l'activisme,
53:06des cartes postales, des messages,
53:08des transgressions permanentes, puis reprise
53:10en son temps encore sous François Hollande
53:12par Manuel Valls et aujourd'hui, Bruno Retailleau
53:14essaie de l'appliquer, ce qui explique une percée.
53:16Vous avez raison de dire qu'il y a un plateau,
53:18mais je rappelle qu'il y a six mois, un an,
53:20Bruno Retailleau était quasiment inconnu des Français.
53:22Et puis, deuxième chose, effectivement, la question
53:24des résultats. Mais est-ce que Bruno Retailleau
53:26va vraiment attendre d'être encore à Beauvau
53:28quand l'addition va lui être présentée ?
53:30C'est d'ailleurs un des procès que lui intente le Rassemblement national.
53:32En gros, c'est le ministère de la Parole,
53:34je cite les responsables du RN, sur les OQTF,
53:36sur le trafic de stupéfiants,
53:38sur la délinquance, sur les cambriolages et autres.
53:40Peut-être que Bruno Retailleau, si d'aventure
53:42il s'empare du Parti des Républicains,
53:44va avoir envie de prendre la poudre d'escampette,
53:46d'éviter la prochaine motion de censure
53:48qui pourrait frapper François Bayrou
53:50dans les prochains mois,
53:52et de se lancer comme son prédécesseur,
53:54Nicolas Sarkozy,
53:56il y a un peu moins de 20 ans, à l'assaut de l'Élysée.
53:58Sur le fond du dossier,
54:00a priori, les choses avancent,
54:02peut-être que ce sera une bonne nouvelle aussi,
54:04il faut rester très prudent pour Boalem-Sensal,
54:06et d'après le communiqué,
54:08c'est très rare,
54:10le communiqué commun, ça nous fait changer complètement d'air,
54:12les réadmissions d'algériens sous OQTF
54:14devraient reprendre.
54:16Mais si on reste sur le terrain politique,
54:18qu'est-ce que vous répondez à David ?
54:20Au fond, à un moment donné,
54:22il faudra partir pour Bruno Retailleau.
54:24Il faudra partir. Pour l'instant,
54:26Jean-Baptiste Tinturier disait que ça se tessait,
54:28il avait l'opinion publique pour lui.
54:30Sur la question de l'Algérie, c'était assez flagrant.
54:32En plus, sa stratégie,
54:34il n'a pas vraiment d'autre choix.
54:36Le RN n'a pas cessé de répéter
54:38qu'il fallait être intransigeant sur cette question.
54:40Wauquiez aussi a essayé
54:42de lui mettre un peu les bâtons dans les roues,
54:44donc il ne pouvait qu'avoir cette ligne-là.
54:46Ensuite, comme Jean-Baptiste le disait,
54:48s'il aille à des avancées dans les prochains jours,
54:50il pourra dire, effectivement,
54:52que lui, ça a aussi également servi,
54:54de deux pièces, sur la diplomatie.
54:56Le sujet, c'est non seulement, évidemment,
54:58la libération et le retour en France de Boilem Sansalle,
55:00mais c'est aussi, et ça, Paris y tient,
55:02la réadmission
55:04des étrangers sous OQTF.
55:06En revanche, Bruno Retailleau,
55:08il aura une question qui va se poser,
55:10c'est à quel moment, pour lui, il a le plus intérêt
55:12à quitter le gouvernement,
55:14à prendre vraiment de l'air.
55:16Pour l'instant, sa popularité, il l'a gagnée
55:18grâce à sa présence au sein du gouvernement.
55:20S'il n'était pas rentré au gouvernement,
55:22on voit que Wauquiez, le fait de ne pas en être,
55:24il a quand même le sentiment de se tasser.
55:26Jean-Baptiste, et je vous donne la parole après.
55:28Et d'ailleurs, c'est intéressant ce que dit Elsa,
55:30parce qu'effectivement, Beauvau, c'est le ministère de la célébrité.
55:32Quand Darmanin l'a quitté en septembre,
55:34on a vu à quel point il était complètement perdu,
55:36puisque c'est le ministère qui vous met,
55:38dans le quotidien des Français,
55:40où vous pouvez passer de 15 à 35 % d'opinions
55:42positives en quelques mois, c'est un record,
55:44et ça, il peut difficilement s'en passer.
55:46Donc maintenant, l'enjeu pour Bruno Retailleau,
55:48c'est de justifier le fait d'y rester.
55:50Mais c'est d'autant plus facile qu'il enchaîne les provocations,
55:52et il reste.
55:54Regardez hier, il parle de juge rouge,
55:56de la même manière qu'il a à propos des magistrats
55:58qui ont condamné Marine Le Pen,
56:00de la même manière qu'il avait dit que l'État de droit
56:02n'était ni intangible, ni sacré en septembre.
56:04Donc sa popularité le protège à l'intérieur du gouvernement ?
56:06C'est pas tant ça, c'est que plus personne n'ose le virer,
56:08puisque les LR sont indispensables
56:10à une coalition qui n'est même pas majoritaire
56:12à l'Assemblée nationale. Il a tous les avantages,
56:14en fait. Il peut provoquer,
56:16avoir cette espèce d'image un peu abrasive,
56:18et finalement ne jamais se faire virer.
56:20C'est gagnant-gagnant pour Retailleau.
56:22Oui, et puis il a une autre grande force, je crois,
56:24qui le différencie de la Nicolas Sarkozy
56:26à l'époque sur la question, en tous les cas,
56:28de l'immigration, c'est que Nicolas Sarkozy,
56:30il avait tous les pouvoirs, il avait du temps.
56:32Il était président de la République, il avait une majorité absolue,
56:34il avait cinq ans. Là, Bruno Retailleau
56:36pourra toujours dire, même s'il reste encore
56:38pendant un an, voire deux ans,
56:40il pourra toujours dire, mais j'étais empêché,
56:42je n'avais pas tous les leviers.
56:44Donc j'ai fait ce que j'ai pu,
56:46mais le temps de comparaison avec les résultats
56:48n'est pas venu, et les conditions
56:50de ce que je pouvais faire ne permettaient pas
56:52d'aller jusqu'au bout.
56:54Il y en a un dont on n'a pas parlé, David, c'est Gérald Darmanin.
56:56Parce que s'il est moins présent sur la photo,
56:58celui qui va aller après Jean-Noël Barraud,
57:00le ministre des Affaires étrangères à Alger,
57:02c'est Gérald Darmanin.
57:04Alors évidemment, il est ministre de la Justice,
57:06mais il a été à Beauvau. Il a aussi des ambitions.
57:08Ça, c'est pas un problème pour Retailleau ?
57:10Et puis on se rappelle que Gérald Darmanin,
57:12il a quand même joué le ministre de l'Intérieur bis
57:14au moment où il a débarqué Place Vendôme
57:16il y a quelques mois, et on se demandait
57:18qui était toujours, il y avait quand même une confusion,
57:20qui était le véritable patron.
57:22Donc ça, c'est vrai que c'est un problème pour Retailleau,
57:24mais il y a quand même un deuxième personnage qu'on oublie un petit peu
57:26dans ce débat, c'est Emmanuel Macron,
57:28parce qu'on cite les OQTF, les laissés-passer consulaires,
57:30l'écrivain Boilem Sansal,
57:32mais on oublie que l'origine de la crise,
57:34elle date de l'été dernier,
57:36c'est le fait qu'Emmanuel Macron, après avoir joué l'Algérie
57:38depuis 2017, s'est retourné pour jouer
57:40son frère ennemi marocain
57:42en reconnaissant la légitimité
57:44de la marocanité
57:46sur le Sahara occidental.
57:48Et c'est ce qui est
57:50vraiment à l'origine de ce durcissement
57:52et de cette crise paroxysme.
57:54Mais on a l'impression qu'Alger tourne
57:56quand même la page,
57:58et justement, Emmanuel Macron explique
58:00que plusieurs émissaires ont été envoyés
58:02au palais présidentiel avec des
58:04entretiens porte-cause, comme on dit
58:06dans le langage diplomatique, avec trois rendez-vous
58:08secrets depuis janvier
58:10avec le président Teboun.
58:12C'est à la fois Macron qui provoque la crise,
58:14mais c'est Macron qui la résout.
58:16Parce que, Teboun, aujourd'hui,
58:18le dit, il n'y avait que lui comme interlocuteur.
58:20Oui, c'est vrai,
58:22c'est un retour à l'envoyeur, mais
58:24on ne peut pas quand même mettre sous silence
58:26le fait qu'Emmanuel Macron a joué
58:28du en même temps ou du zigzag, c'est-à-dire qu'après avoir
58:30joué à fond la carte algérienne, il a joué
58:32à fond la carte marocaine, ce qui lui a occasionné
58:34ce retour de bâton. Et c'est vrai que,
58:36vous citiez les émissaires,
58:38notamment le sherpa de l'Elysée, le chef des diplomates
58:40Emmanuel Bonne, qui s'est rendu
58:42dans le plus grand secret en Algérie
58:44il y a quelques semaines et qui a permis
58:46de dénouer la crise. Mais attendons,
58:48je ne veux pas répéter ce que dit Bruno Retailleau,
58:50mais attendons ce que vont donner
58:52les retours des expulsés, les laissés-passer consulaires,
58:54ça reste quand même un sujet
58:56à regarder de très près.
58:58Merci, les amis. Fin de semaine, nous voilà
59:00informés comme jamais et merci
59:02à vous, Brice Tinturier.
59:04Rendez-vous demain, donc, pour la journée du
59:06jour politique avec la remise des prix
59:08en direct sur notre antenne. Très belle soirée,
59:10c'est le week-end. Profitez bien.

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