Les informés de franceinfo du 4 avril 2025
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00:00Et bienvenue dans Les Informés du matin, une demi-heure ensemble sur France Info pour
00:11décrypter l'actualité du jour avec vous, Renaud Delis, bonjour.
00:15Bonjour Benjamin, bonjour à tous.
00:16Et ce matin, nos deux informés, Carole Barjon, éditorialiste politique pour la revue politique
00:20et parlementaire, bonjour.
00:21Bonjour.
00:22Et Étienne Girard, rédacteur en chef Alexpress, bonjour à vous.
00:24Bonjour.
00:25Alors avant d'évoquer le réchauffement des relations franco-algériennes, Renaud, on
00:28revient bien sûr sur la guerre commerciale lancée par Donald Trump au monde entier,
00:32la réplique s'organise.
00:33Eh oui, Donald Trump qui a donc dégainé cette salve de droits de douane tout azimut avec
00:38des calculs d'ailleurs un peu étonnants, souvent sur lesquels on pourra revenir.
00:43Et donc le plan se déroule parfaitement sans accroc, tout se déroule comme prévu puisque
00:47les bourses mondiales s'effondrent à la suite de ces annonces effectivement des Etats-Unis.
00:51Emmanuel Macron, lui, a réuni hier à l'Elysée les représentants des filières françaises
00:57directement, le plus directement menacés par l'annonce de ces droits de douane massifs
01:02des secteurs comme l'aéronautique, la chimie, l'automobile, l'agroalimentaire ou bien sûr
01:06le luxe étaient notamment reçus à l'Elysée et le chef de l'État a annoncé une riposte
01:12en deux temps.
01:13La décision qui a été annoncée cette nuit est une décision brutale et infondée.
01:18C'est un impact massif qui va toucher tous les secteurs de l'économie et de l'export
01:26européen.
01:27Pour cette méthode, la riposte européenne se fera en deux étapes parce que riposte
01:31il y aura de manière claire et je le dis pour que ce soit clair pour tout le monde,
01:35la première riposte aura lieu mi-avril, elle portera sur les taxes déjà décidées en
01:40particulier sur acier et aluminium.
01:42La deuxième réponse plus massive, celle aux tarifs annoncés hier, se fera à la fin
01:48du mois.
01:49Elle répondra à toutes ces nouvelles taxes annoncées par Donald Trump concernant l'Union
01:58européenne.
01:59Soulignons qu'Emmanuel Macron a aussi appelé les entreprises françaises à suspendre leurs
02:05investissements aux Etats-Unis.
02:06Quelle peut être la riposte française et européenne ? Forcément coordonnée au niveau
02:12de l'Europe.
02:13Est-ce que cette décision, ces annonces de Donald Trump peuvent être durables au regard
02:18des répercussions, des conséquences économiques et notamment financières, boursières depuis
02:23quelques heures ?
02:24Carole Barjot, comment vous la comprenez cette riposte à la fois graduée et en même temps
02:28la France semble avoir envie de rendre coup pour coup ?
02:30Oui, tout à fait et on sent une différence de tonalité entre les déclarations du président
02:39de la République française et les Allemands, notamment et l'Union européenne et madame
02:46van der Leyen qui, elle, a plutôt mis l'accent sur la négociation.
02:51Donc on voit bien que déjà au départ, il y a deux positions qui sont un petit peu différentes.
02:57Maintenant, la question c'est de savoir est-ce qu'on peut appliquer une riposte, qu'elle
03:06soit graduée ou non.
03:08Ça paraît compliqué parce que…
03:12Pourquoi pour vous ?
03:13Parce que d'abord les Européens prennent leur temps.
03:16Il y a une réunion qui est je crois mercredi prochain, il va y avoir déjà un certain
03:22nombre de mesures justement en réponse aux taxes et puis après, je crois que ce sera
03:27un mois plus tard, on décidera si oui ou non il faut utiliser l'arme nucléaire qui
03:35est ce qu'on appelle l'instrument anti-coercition.
03:37C'est l'abstrait, l'arme nucléaire, je précise.
03:41Voilà, c'est une image.
03:44L'arme nucléaire commerciale, on va dire, qui consiste en fait là à taper sur les
03:53services américains et plus seulement sur les produits, notamment, éventuellement,
03:58on peut même interdire une plateforme internet par exemple ou un réseau social.
04:05Et donc, ça veut dire s'en prendre au gaffame.
04:07Mais pour ça, il faut un vote à la majeure, deux votes en fait, à la majorité qualifiée
04:13des 27.
04:14Donc, c'est pas évident parce que tout le monde n'est pas forcément sur la même
04:16ligne.
04:17Donc, on voit que pour le moment, tout le monde n'est pas exactement sur la même
04:25analyse au moment d'être sur la ligne de départ.
04:28Or, il faut peut-être réagir assez vite.
04:30Christiane Girard, lorsque le président appelle les entreprises françaises à stopper
04:34les investissements aux Etats-Unis, est-ce qu'on en a vraiment les moyens ?
04:37Oui, c'est toujours compliqué ce type d'appel au patriotisme.
04:41Généralement, l'idéologie ne fait pas bon ménage avec le commerce.
04:45Les entreprises, elles ont besoin de gagner de l'argent, tout simplement.
04:49Donc, c'est compliqué de prendre en compte des enjeux qui sont autres.
04:53En revanche, aujourd'hui, c'est ce que disent les entrepreneurs, les entreprises.
04:57Il y a une telle incertitude aux Etats-Unis que ça pourrait être pour cette raison-là,
05:01qui est une raison commerciale, en réalité, que les entreprises arrêtent leurs investissements
05:07aux Etats-Unis.
05:08Sur la riposte qui est annoncée, bon, il n'y a pas d'invention particulière, c'est
05:11la grammaire des affaires.
05:12On augmente des droits de douane, la partie adverse les augmente de façon parallèle.
05:17C'est les contre-mesures, des mesures de rétorsion absolument classiques.
05:20Quelques remarques, constatations quand même.
05:24C'est très long, un mois, voire deux, pour le faire.
05:27Le risque, pendant ce laps de temps, ça a déjà commencé, on voit bien ce que c'est.
05:31C'est la volonté des Etats-Unis de décrocher des parties, de négocier de gré à gré avec,
05:38d'une part, des pays.
05:40Le pays peut-être le plus fragile de ce point de vue-là, c'est l'Allemagne, avec sa filière
05:44automobile.
05:45Et puis, de négocier avec des filières, avec des entreprises.
05:49Ça a déjà marché, avec notamment, en France, le fret maritime, le Rodolphe Saadé,
05:55qui a annoncé des investissements massifs aux Etats-Unis, il n'est pas revenu dessus.
06:01Depuis le bureau Oval, l'image avait marqué.
06:04Voilà.
06:05Il n'est pas revenu dessus immédiatement, l'annonce de la demande d'Emmanuel Macron
06:10n'a pas été tout de suite entendue.
06:13Mais la vérité, c'est quand même, tout va se jouer dans ces un à deux mois de bras
06:18de fer.
06:19Parce que la vérité, c'est quand même que si cette décision, elle met en difficulté
06:22les entreprises françaises, c'est très net.
06:24Elle met aussi en difficulté les entreprises américaines et les consommateurs, les épargnants
06:30américains.
06:31En France, on met beaucoup moins d'argent dans la bourse, toutes les bourses tombent,
06:36toutes les bourses dévissent en ce moment.
06:37Notre chance, en France, c'est que nous, épargnants, on met beaucoup moins d'argent
06:42en bourse par rapport aux Américains, qui eux, parfois, mettent des parts substantielles
06:47de leur fortune en bourse et ne peuvent pas se permettre, c'est l'électorat de Donald
06:50Trump, ne peuvent pas se permettre de perdre autant d'argent.
06:52Un délai, c'est vrai que ça risque de diviser les Européens, mais il ne faut pas se tromper.
06:56La riposte, elle sera forcément européenne, forcément coordonnée.
06:59C'est de la responsabilité de la commission, le niveau de droit de douane.
07:01En l'occurrence, les Etats-Unis taxent les produits en provenance de l'Union Européenne.
07:06L'Union Européenne répondra forcément de façon coordonnée.
07:09Reste à savoir à quel niveau.
07:11A quel niveau, effectivement, ça peut être un niveau plus bas que prévu.
07:14Un autre petit point, s'il faut du temps, je serais un peu plus indulgent à l'endroit
07:19du délai que souhaitent les Européens.
07:21Il faut bien comprendre que dans un premier temps, il y a un besoin de comprendre les
07:24chiffres imposés par Donald Trump.
07:26Ça semble tellement fantaisiste.
07:27Manuel Valls l'évoquait tout à l'heure à propos d'un certain nombre de territoires
07:31d'outre-mer ou du cas aussi d'autres pays comme Madagascar, par exemple.
07:34Il nous dit même qu'il y a une nouvelle liste qui existe sans droits supplémentaires
07:37sur les territoires d'outre-mer.
07:38Ça semble extrêmement fantaisiste, les tableaux annoncés par Donald Trump.
07:42Il faut bien comprendre son calcul.
07:43Et on s'est pas mal arraché les cheveux pour essayer de comprendre les uns ou les autres.
07:48Par exemple, Donald Trump dit, attendez, je suis bien gentil, l'Europe nous taxe, nous,
07:52les Américains, à 39%.
07:54Donc moi, je vous rajoute juste 20% de taxes.
07:56Vraiment, je suis bienveillant.
07:57Pourquoi ? D'où sort-il ce chiffre de 39% qui n'a aucun rapport avec la réalité ?
08:02L'Union européenne ne taxe pas les produits américains à 39%.
08:05Il part du déficit commercial des États-Unis vis-à-vis l'Union européenne, de l'ordre
08:10de 235 milliards.
08:11Il divise ce chiffre par le montant des importations européennes aux États-Unis, de l'ordre
08:16de 805 milliards.
08:17Ça donne 0,39.
08:18Il multiplie par 100 pour arriver à 39%.
08:21Ça n'a aucun rapport avec le niveau de taxes imposées par l'Union européenne aux États-Unis.
08:26Il faut savoir d'ailleurs qu'il y a quelques mois, Donald Trump pensait encore que la TVA
08:29était une taxe imposée par la France aux produits importés des États-Unis.
08:33Donc il faut d'abord décrypter ça.
08:35Et un dernier point, l'OTAN, ça permet aussi de voir les effets financiers, boursiers, et
08:39la catastrophe aux États-Unis même.
08:40C'est-à-dire que ça aussi, ça peut peut-être, espérons-le, ramener Donald Trump à un certain
08:44sens de la réalité.
08:45Justement, ce qu'il faut noter à ce propos, c'est qu'aujourd'hui, l'un des principaux
08:53opposants, si on peut dire, à cette nouvelle politique commerciale de Donald Trump, c'est
08:58le Wall Street Journal, qui fait des titres très très très durs, et la bourse, effectivement,
09:06de New York qui dévisse.
09:07Donc la réaction, elle peut venir d'abord des Américains eux-mêmes.
09:10Par ailleurs, je voulais juste relever ce qu'a dit Laurence Amartin, le ministre du
09:16budget, non, du reste extérieur, excusez-moi, quand on lui a posé la question sur une autre
09:21antenne de, est-ce qu'il faudrait faire un appel au boycott, par exemple, pour les consommateurs
09:26français.
09:27Il a dit non, non, non, non, on n'en est pas là.
09:30Donc effectivement, pour le moment, on est plutôt dans une phase de prénégociation
09:35on va dire.
09:36Carole Barjon, Étienne Girard, vous restez avec nous pour la suite de ces informés et
09:39de ce débat.
09:40On se retrouve juste après le Fil Info à 9h15 avec Magali Homo.
09:44Les chefs d'état-major militaires français et britanniques à Kiev aujourd'hui pour
09:48discuter des garanties de sécurité en cas de cesser le feu en Ukraine.
09:52Une éventualité qui paraît encore bien loin alors que la Russie a continué ces trois
09:57dernières semaines de frapper les infrastructures énergétiques du pays, fait savoir ce matin
10:01Jean-Noël Barreau, le ministre des Affaires étrangères.
10:04Les droits de douane américains dévoilés par Donald Trump font trembler le secteur
10:09automobile.
10:10Nissan annonce ce matin qu'il arrête de commercialiser aux Etats-Unis deux SUV produits au Mexique.
10:16IRC Stellantis qui a suspendu une partie de sa production au Canada et au Mexique.
10:20Le président américain a annoncé une surtaxe de 25% sur toutes les voitures importées.
10:26Une école à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis bientôt délocalisé la faute au trafic de
10:32drogue.
10:33Les Français ont voté hier soir pour un transfert temporaire dès la rentrée de printemps.
10:37Pour répondre à la demande croissante de trains à grande vitesse, Alstom annonce ce
10:42matin un plan d'investissement de 150 millions d'euros en France.
10:46Le constructeur ferroviaire promet 1000 embauches en 2025.
11:03Le coup de massue donné par Donald Trump sur les droits de douane à travers le monde.
11:14On a commencé à évoquer les conséquences pour les entreprises françaises, Etienne
11:18Girard.
11:19Mais pour les consommateurs français en eux-mêmes, à quoi faut-il s'attendre selon vous ?
11:22Il y aura probablement des augmentations de prix des produits puisque les entreprises
11:28devront, pour arriver dans leur budget, augmenter des marges ici ou là.
11:37Donc oui, ça va être compliqué sur certains produits.
11:41Probablement, la question est combien de temps ça va durer ? À quel point ces augmentations
11:47de prix seront douloureuses ? Et ça, c'est vrai, la décision était tellement soudaine,
11:52tellement extravagante de Donald Trump sur les montants qui ont été annoncés, qu'on
11:57le mesure assez mal.
11:59Et il n'est pas à exclure des effets de bord qui soient assez surprenants, et une façon
12:05de reconfigurer le marché qui nous surprennent sur certains produits, des consommateurs
12:11allant chercher ailleurs, des entreprises se débrouillant autrement pour fabriquer
12:16leurs produits.
12:17Donc ça, vraiment, pour avoir un impact très concret de ce que ça va donner, il va falloir
12:21attendre quelques semaines, voire quelques mois.
12:23L'effet immédiat, Carole Barjon le disait, c'est l'effet sur les bourses.
12:27Avec Tokyo qui dévise, New York, Paris en baisse également, est-ce que le spectre
12:32d'une crise économique mondiale est là, est présent ?
12:34On ne peut rien exclure, on ne peut rien exclure, on sait parfaitement que ce genre de décision
12:43qui provoque de l'incertitude, ça a d'abord provoqué de la sidération, et ensuite pour
12:49les chefs d'entreprise, les investisseurs, ils sont en pleine incertitude, et on sait
12:55très bien que l'incertitude n'incite pas à investir ou à créer des entreprises
13:01nouvelles.
13:02Ça peut créer une forme d'attentisme, et l'attentisme, ce n'est pas ce qui fait
13:07marcher l'économie.
13:08Donc oui, il peut y avoir des conséquences extrêmement néfastes.
13:13À surveiller avec l'entrée en vigueur de ces premières augmentations dès demain.
13:18On en vient à un autre sujet, Renaud Delis, celui de la crispation depuis des mois au
13:22sein du gouvernement, les relations entre la France et l'Algérie, et finalement les
13:26choses avancent.
13:27Avec un réchauffement des relations entre la France et l'Algérie ces derniers jours,
13:31le président Emmanuel Macron et son homologue algérien Théboune se sont parlé, ils ont
13:35échangé longuement en début de semaine, après d'ailleurs une succession de rendez-vous
13:38secrets d'émissaires d'Emmanuel Macron qui s'étaient rendus à Alger pour s'entretenir
13:42avec le président algérien.
13:43Il s'agit donc d'essayer d'apaiser les tensions entre l'Algérie et la France.
13:47Emmanuel Macron a appelé aussi à un geste de clémence envers l'écrivain franco-algérien
13:53Boilem Sansal qui est toujours détenu, et rappelons-le, qui a été condamné à cinq
13:56ans de prison par un tribunal algérien.
13:59Dans ce contexte d'ailleurs, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud,
14:03se rendra à Alger dimanche.
14:05Alors est-ce que cette méthode de dialogue, de reprise du dialogue sous condition de la
14:12part de l'Elysée, est plus efficace que la fameuse riposte au gradué, agrémentée
14:17de quelques coups de menton du ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau ? Voici ce
14:21qu'en disait l'intéressé Bruno Retailleau hier soir sur le plateau de France 2.
14:25La méthode, je pense qu'en réalité il faut les deux dans une négociation.
14:30Vous le savez très bien, il faut à la fois la fermeté et il faut le dialogue.
14:35La diplomatie et la fermeté du ministère de l'Intérieur.
14:40Ma charge, c'est de protéger les Français, mais il y a aussi la France qui a une forme
14:46de fierté quand même, qui peut trouver un peu fort de café qu'elle se fasse souvent
14:51offenser.
14:52Protéger les Français dit Bruno Retailleau et on comprend là que cette fermeté elle
14:56est d'abord à destination intérieure, de politique intérieure justement, voire électorale
15:01tandis que l'Algérie évidemment, et c'est normal, préfère discuter avec les canaux
15:05diplomatiques, donc le Quai d'Orsay et l'Elysée.
15:08Est-ce qu'il y a une complémentarité entre ces deux méthodes ou est-ce que finalement
15:13la méthode de Bruno Retailleau extrêmement spectaculaire n'a produit aucun effet, voire
15:19peut-être a compliqué les relations avec l'Algérie ?
15:21Carole Barjon, comment vous l'interprétez ?
15:23Est-ce qu'il y a une sorte de good cop bad cop entre Bruno Retailleau et Emmanuel Macron ?
15:28C'est-à-dire qu'on peut imaginer que les menaces qu'avait lancées d'abord François
15:35Bayrou à l'issue d'un comité interministériel de contrôle de l'immigration, où il disait
15:42qu'il fallait dénoncer les accords de 1968 qui lient la France à l'Algérie, là il
15:48y était allé assez fort et effectivement c'était la ligne Retailleau que Bayrou exprimait.
15:55Est-ce que ces menaces, plus l'état de l'opinion publique française qui soutient, parce qu'il
16:03faut pas l'oublier ça quand même, qui soutient la ligne Retailleau grosso modo, c'est-à-dire
16:09l'Algérie doit respecter le droit international, elle doit reprendre ses ressortissants, etc.,
16:15surtout quand ils sont condamnés, les délinquants, des gens qui sont dangereux, et elles refusent
16:20de le faire et donc c'est une entorse à nos accords ? L'opinion était très favorable
16:27à ça. Est-ce que ça a facilité la reprise du dialogue entre Emmanuel Macron et le président
16:37algérien Théboune ? C'est possible, parce que les autorités algériennes connaissent
16:43donc parfaitement tout ce qui se passe en France et ils voient bien qu'on était arrivé
16:49à un moment d'extrême tension. Maintenant que le dialogue a été renoué entre Théboune
16:57et Macron, c'est vrai qu'on a le sentiment que Retailleau a été écarté, puisque...
17:03Avec Jean-Noël Barraud, le ministre des Affaires étrangères, qui sera dimanche en Algérie.
17:07Voilà, c'est Jean-Noël Barraud, c'est l'alliance qui va se rendre à Alger dimanche, la diplomatie
17:10qui reprend ses droits. En fait, on aura la réponse à la question de quelle ligne était
17:18la bonne, à mon avis, seulement lorsque Boilem-Sensal aura été peut-être, espérons-le,
17:26libérée. Parce que c'est à ce moment-là qu'on verra s'il y a eu des contreparties
17:30ou non, et si la ligne Retailleau est totalement désavouée, totalement, ou si au-delà de
17:39la libération de Boilem-Sensal, l'Algérie accepte par exemple de reprendre les ressorts
17:45ressortissants dont une liste lui a été fournie par le ministère de l'Intérieur.
17:49– Etienne Gérard, vous êtes d'accord avec ça ?
17:51– Oui, j'ajouterais quelque chose, c'est qu'au-delà de voir s'il y a des contreparties
17:55données, acceptées par l'Algérie, il faudra voir si elles sont respectées.
18:00Parce que c'est un peu ça le problème dans la relation avec l'Algérie, c'est que
18:04parfois il est dit des choses et ensuite on se rend compte que dans la vraie vie, si je
18:09puis dire, les Algériens ne reprennent pas leurs ressortissants. Les Algériens n'ont
18:13jamais dit qu'ils ne reprenaient pas leurs ressortissants qui sont expulsés du territoire
18:17français, sauf que dans la vraie vie, ils ne le font pas. Je ne crois pas du tout à
18:21la thèse de la répartition des rôles en bonne intelligence entre Emmanuel Macron,
18:25Jean-Noël Barraud et Bruno Retailleau. – C'est-à-dire ?
18:28– Ils ont deux visions totalement différentes du sujet, ils sont aussi dans des positions
18:34totalement différentes. Faire de la diplomatie, c'est pas comme faire de la politique.
18:40Jean-Noël Barraud, il va à l'Algérie, il n'a jamais été question que ce soit
18:44Bruno Retailleau. Une discussion avec un pays étranger, de toute façon, ça aurait été
18:48mené par le Quai d'Orsay. Quand le Quai d'Orsay mène une discussion, on négocie
18:55forcément. – Donc pour vous c'est Bruno Retailleau
18:58qui a débordé de ses fonctions ? – Non, non, pas du tout. C'est que Bruno
19:01Retailleau, il fait de la politique. Il pense profondément et il donne son avis d'homme
19:07politique. Il se compare d'ailleurs là davantage en homme politique qu'en ministre
19:11de l'Intérieur. Il pense profondément qu'il faut revoir de fond en comble les fondements
19:17de la relation entre la France et l'Algérie. Donc il donne son avis. Il y a au fait aussi
19:23qu'il y a des dossiers dans lesquels il s'était personnellement impliqué et dans
19:27lesquels les Algériens n'ont pas voulu reprendre leurs ressortissants. Le Quai d'Orsay
19:31est dans une position totalement différente. Le Quai d'Orsay a besoin d'une victoire
19:35et cette victoire serait le retour heureux en France de Boilem Sansal. Les Algériens,
19:42si on les interroge, ils diront évidemment que Bruno Retailleau a failli faire tout
19:47capoter et que c'est grâce à la bonne volonté, la clairvoyance d'Emmanuel Macron
19:52et du Quai d'Orsay. Si un jour prochain, ce qu'on souhaite, une issue heureuse est
19:57trouvée pour Boilem Sansal, la vérité c'est que dans ce type de cas, il est difficile
20:02de dire ce qui aura été de la pression contre-productive et de la vraie pression
20:07qui a fait bouger les Algériens. – Renaud Delis.
20:10– Je crois que la stratégie de Bruno Retailleau a servi le régime algérien,
20:14elle sert le pouvoir algérien. Il suffit de lire la presse algérienne pour le constater.
20:17Cette stratégie du coup de menton, de la menace permanente, elle permet au régime
20:22à chaque fois de fortifier son pouvoir en interne, d'instrumentaliser un peu plus
20:29le rejet de la France, la rente mémorielle, etc. Mais elle n'obtient aucun résultat.
20:36Mais c'est normal, parce que je ne pense pas que ce soit l'objectif de Bruno Retailleau.
20:40Son objectif, il est purement interne, électoraliste. D'abord gagner le parti ALR
20:46et ensuite conforter sa popularité. Donc prendre cette position vis-à-vis de l'Algérie
20:51quand on a ses objectifs en tête sur le plan de politique intérieure, c'est logique.
20:55C'est cynique, mais c'est logique. Et ça marche, ça marche.
20:57Ça marche. Sa popularité l'illustre. Il l'a dit la semaine dernière en meeting en Vendée.
21:02Bruno Retailleau, dans le cadre de la tournée de la campagne interne ALR, il a eu cette phrase
21:06à l'adresse des militants qu'il rencontrait.
21:08« Chaque polémique m'a servi. Elles m'ont permis de passer par-dessus la tête du petit monde
21:12médiatico-politique pour parler directement aux Français. Cela me sert. »
21:17Ça a été traduit d'ailleurs par la presse algérienne comme « Bruno Retailleau se sert de l'Algérie. »
21:21Ce n'est pas ce qu'il a dit. J'ai cité ses propos.
21:23Mais on voit bien cette logique politique, électoraliste, interne, qui n'a rien à voir
21:27avec l'amélioration des relations diplomatiques avec l'Algérie.
21:31Il faut rappeler qu'il avait menacé de démissionner il y a quelques semaines,
21:33tellement il avait monté le son, si j'ose dire, très fort.
21:36Ensuite, le canal diplomatique, c'est évidemment le Quai d'Orsay, c'est l'Élysée,
21:42et c'est d'abord le sort d'une part de Boilem-Sensal qui importe et qui doit
21:47effectivement être résolu. Et c'est de ce point de vue-là qu'agissent l'Élysée et le Quai d'Orsay,
21:51je pense, de façon beaucoup plus efficace que les coups de menton de Bruno Retailleau,
21:54d'ailleurs, sur le sort même de Boilem-Sensal.
21:56D'une part, et puis d'autre part, de remonter, non pas de rétablir.
21:59L'Algérie continue de reprendre un certain nombre de ressortissants.
22:02Quand on écoute Bruno Retailleau, on a l'impression qu'il n'y en avait plus aucun.
22:04C'est de l'ordre de 20 par semaine, à peu près.
22:06En revanche, le chiffre au préalable était de 40, et il faudrait effectivement des ressortissants.
22:10Sous EQTF, sous obligation de quitter les territoires français,
22:12il faudrait que l'Algérie accepte d'en reprendre davantage.
22:15Et ça, c'est l'objet des négociations engagées par le Quai d'Orsay.
22:17Merci Renaud, et merci à vous, Carole Barjon, éditorialiste politique pour la Revue politique et parlementaire.
22:22Merci Etienne Girard, rédacteur en chef à L'Express.
22:24L'Express qui met Marine Le Pen en une cette semaine avec ce titre.
22:27La crise qui vient, sa condamnation risque de fragmenter les partis.
22:31C'est ce qu'écrit Éric Scholl, directeur de la rédaction de L'Express.
22:34Les informés reviennent ce soir à 20h.
22:37L'info continue sur France Info.