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Transcription
00:00Ce malus ne tient pas compte de la pénibilité des carrières morcelées et des injustices de genre.
00:05Une femme ayant élevé des enfants, soigné un parent, travaillée à temps partiel sera triplement pénalisée.
00:10Prenons le cas d'une infirmière qui travaille d'abord 30 ans à temps plein.
00:15Et puis elle est malade d'un cancer.
00:18Elle continue ensuite à travailler à mi-temps avec des absences pour soins.
00:22À 73 ans, physiquement, elle ne saurait plus continuer et donc elle doit s'arrêter de travailler.
00:27Mais elle n'a pas, du coup, les fameux 7 020 jours de travail effectifs exigés pour éviter un malus.
00:33Résultat, elle va perdre 6% de pension.
00:36Donc, 90 euros par mois.
00:38Et ça, ça peut vraiment faire la différence entre la pauvreté et la dignité.
00:42Finalement, ce dont j'ai l'intuition, c'est que vous allez pousser les belges à bout.
00:47Et que ce que vous cherchez, ce n'est pas forcément que les gens travaillent véritablement jusqu'à 67 ans.
00:51Mais c'est qu'en fait, ils renoncent à avoir une pension complète.
00:55Et donc une pension qui leur permette de vivre dans la dignité.
00:58Et là, c'est là que les inégalités se révéleront.
01:01Étant donné qu'il y a ceux qui sont, par exemple, propriétaires.
01:04Qui ont de l'argent de côté.
01:06Et ceux qui n'en ont pas et qui, en fait, sont...
01:08Ceux qui, en fait, ont fait confiance dans le système de sécurité sociale
01:12auquel ils ont contribué toute leur vie à la hauteur de leurs moyens et de leur capacité physique.
01:18Eh bien, le contrat, à ce moment-là, ne sera pas respecté vis-à-vis d'eux.
01:22Alors que ce sont ceux qui en ont véritablement le plus besoin.
01:25Alors, on a déjà beaucoup parlé des inégalités de genre dans votre note.
01:31On sait à quel point les carrières des femmes, encore aujourd'hui, sont inégales par rapport aux carrières des hommes.
01:39Les femmes sont sous-représentées dans les métiers à temps partiel.
01:42Des temps partiels qui sont la plupart du temps subis.
01:44Mais même quand ils sont choisis, c'est au service de l'État et d'une organisation familiale qui arrange bien tout le monde.
01:50Quand il n'y a pas assez de places en crèche et que les entités fédérées ne parviennent pas à assurer
01:55le nombre de crèches nécessaires pour le nombre d'enfants qui naissent,
01:59eh bien, c'est sur les femmes et sur les grands-parents qu'on se repose pour en assurer la garde.
02:04Et ça, personne ne se dit que ça devrait être calculé dans le calcul de la pension.
02:08Alors que c'est véritablement un service qui est rendu à la communauté et qui pallie à un manquement.
02:14C'est aussi elle qui assure une série de soins pour les personnes âgées,
02:17des personnes en situation de handicap ou malades.
02:21Et elles ont également moins souvent accès au deuxième pilier de pension que vous entendez pourtant renforcée.
02:27Et donc, quelques éléments qui montrent que cette réforme est structurellement désavantageuse pour les femmes.
02:32Il y a le lien entre travail effectif et accès à la pension qui est renforcé.
02:36Or, comme je l'ai déjà dit, les carrières des femmes sont radicalement différentes des carrières des hommes.
02:42Les périodes assimilées sont réduites et plafonnées.
02:45Donc, vous me direz, oui, mais on va quand même assimiler certains congés,
02:48comme les congés de naissance, les congés de parentalité.
02:53Mais d'autres périodes, comme par exemple le temps partiel, choisi au sein d'une famille,
02:58eh bien, lui, vous pouvez me confirmer qu'il ne sera en effet pas repris dans le calcul de la pension.
03:04Et donc, ça veut dire qu'une femme qui a mis de côté sa carrière au bénéfice de son mari et de la société,
03:08eh bien, sera pénalisée au moment de la pension.
03:11Le deuxième pilier que vous voulez continuer à renforcer alors qu'on sait que les femmes bénéficient moins souvent,
03:16en raison de l'écart salarial, du financement du deuxième pilier par leur employeur.
03:21La pension auto-ménage qui est amenée à disparaître, mais sans alternative de soutien pour ces femmes
03:25qui n'ont toujours pas, en 2025, une égale possibilité que les hommes de se constituer des droits propres.
03:32Ensuite, je vais vous remplacer la pension de survie par une allocation de transition
03:37qui est limitée dans le temps et sous le motif que ce serait un piège à l'emploi.
03:41Alors, pour ces femmes, oui, parce que ce sont majoritairement des femmes qui bénéficient de cette pension de survie,
03:46c'est souvent un filet, c'est un véritable filet de survie d'avoir accès à cette pension.
03:53Et donc, ici, une veuve de 55 ans sans carrière propre verra son allocation s'éteindre après deux ou trois ans.
04:00Et après, quelle perspective aura-t-elle dans un marché du travail qui est discriminant,
04:04passé un certain âge de la pension et en sachant que la lutte contre la discrimination va plutôt avoir tendance à se réduire ?

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