Une loi pour "sauver" Marien Le Pen : qu'en pense la porte-parole du gouvernement ? Écoutez l'interview de Sophie Primas.
Regardez L'invité de RTL avec Thomas Sotto du 03 avril 2025.
Regardez L'invité de RTL avec Thomas Sotto du 03 avril 2025.
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00:00RTL Matin
00:04Et tout de suite l'invité de RTL Matin, Thomas, vous recevez aujourd'hui la porte-parole du gouvernement, Sophie Prima.
00:09Bonjour et bienvenue sur RTL, Sophie Prima.
00:11Bonjour Thomas Soto.
00:12Ce sera donc plus 20%, 20% de droits de douane pour une Europe accusée d'arnaquer les Etats-Unis, pour reprendre le verbe employé par Donald Trump hier soir.
00:19Que répond la France ce matin à ce coup de sang américain ?
00:22La France répond avec l'Europe, parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité que de répondre avec l'Europe.
00:27La présidente Van Der Leyen cette nuit ou ce matin très tôt a fait une déclaration.
00:32Elle a parlé d'un coup dur porté à l'économie mondiale.
00:34Oui bien sûr, d'ailleurs François Lenglet a parfaitement analysé.
00:37C'est un coup dur porté à l'économie mondiale, à l'économie européenne et singulièrement à l'économie française.
00:43Donc nous allons continuer d'essayer de négocier avec les Etats-Unis car nous ne sommes pas à l'origine de cette attaque commerciale.
00:50Donc le canal c'est la discussion ?
00:52La discussion et ensuite la riposte. Vous savez qu'il y a deux ripostes qui sont préparées.
00:56Avec le président Trump, il faut rentrer dans un rapport de force.
00:59Évidemment, il n'y a pas d'autre chose que le rapport de force pour décider monsieur Trump.
01:05Et donc il y a deux ripostes qui sont prévues.
01:07Une première riposte qui est d'abord, qui sera efficiente à peu près à la mi-avril,
01:11qui va correspondre à sa première attaque sur l'aluminium et l'acier, qui est déjà en cours.
01:16Et puis il y a un deuxième jeu de ripostes qui sera probablement prêt à la fin du mois d'avril,
01:20sur l'ensemble des produits et des services, et j'insiste bien sur services, avec des nouveaux outils.
01:26Donc la droite sur les produits et les services américains, ça sera la riposte ?
01:29Ça sera la riposte.
01:30À hauteur de 20% aussi ? Plus de 2% ?
01:32Alors le mécanisme aujourd'hui et les produits qui seront considérés ne sont pas encore décidés.
01:36C'est une discussion qui a lieu entre les pays membres de l'Union Européenne.
01:40L'Union doit être forte, elle doit être unie pour cela.
01:43Et donc nous sommes en cours de négociations.
01:45Mais on va attaquer aussi les services.
01:47C'est quoi les services ?
01:48Les services, c'est par exemple les services numériques, qui aujourd'hui ne sont pas taxés et qui pourraient l'être.
01:53Le légafame ?
01:54Le légafame, par exemple.
01:56Nous avons des nouveaux outils, nous nous sommes dotés en Europe de nouveaux outils,
02:00qu'on appelle des outils anti-coercition, et par exemple c'est aussi l'accès à nos marchés publics.
02:05Donc nous avons aujourd'hui toute une batterie d'outils, et nous sommes prêts à cette guerre commerciale.
02:12On sait qu'Emmanuel Macron va recevoir tout à l'heure les secteurs, les représentants des secteurs touchés.
02:16Il y aura des annonces dans la journée ?
02:18Non, je pense que la première chose c'est que nous fassions un bilan et prévisionnel de ce que seront les attaques,
02:24et leur effet sur l'ensemble des filières.
02:26Je pense qu'ensuite nous regarderons comment nous pouvons soutenir nos industries de production.
02:31Il est allé trop loin Donald Trump, François Lenglet parlait d'un état voyou pour les Etats-Unis.
02:35Il va trop loin, il dépasse les bornes.
02:37Il n'y a pas de limite, en réalité il se prend pour le maître du monde.
02:40On le voit bien dans les efforts qu'il fait pour travailler à la fois le Moyen-Orient, l'Ukraine, la Russie, maintenant le commerce.
02:48C'est une posture impérialiste qu'on avait un peu oubliée, mais qui revient avec grande force et grande détermination.
02:58Parmi les secteurs qui seront très impactés déjà, il y a l'industrie du vin et des spiritueux.
03:03Aujourd'hui ils envisagent une chute de 20% de leurs ventes à l'export.
03:06Ils parlent d'une perte qui pourrait atteindre 1 milliard d'euros.
03:09Est-ce que l'Etat et le gouvernement pourraient les aider, les subventionner, comme le fait d'ailleurs les Etats-Unis ?
03:13Est-ce que c'est envisageable ?
03:14Encore une fois c'est une décision qui sera une décision européenne.
03:17Bien sûr nous sommes très très marqués en France sur l'univers des vins, des spiritueux.
03:22Nous avons déjà des difficultés aujourd'hui avec la Chine.
03:25Heureusement Jean-Noël Barraud, dans la continuité de ce qui avait été fait sous le gouvernement Barnier,
03:30le ministre des Affaires étrangères a, par son travail en Chine la semaine dernière,
03:36obtenu un deuxième report de la taxation en Chine.
03:40Mais on voit bien que tous les marchés d'exportation, notamment des vins et spiritueux, sont en train de se fermer.
03:46Il va falloir donc supporter notre production européenne.
03:48Rien n'est exclu ?
03:49Rien n'est exclu.
03:50Vous craignez un réveil de l'inflation ? On parlait d'une baisse de la croissance qui a déjà été anticipée.
03:56C'est Astrid Panossian qui l'a annoncé hier, on n'est plus à 0,9 mais à 0,7.
04:00Vous redoutez un impact sur notre économie ici en France ?
04:02Bien sûr.
04:03Vous savez chiffrer déjà ?
04:04Non, on ne sait pas le chiffrer encore aujourd'hui.
04:06C'est pour ça que ce droit d'inventaire est en train d'être fait.
04:10Mais nous sommes à peu près sûrs que nous allons avoir des effets récessifs sur la production,
04:16sur les exportations naturellement.
04:18Et sur les prix ?
04:19Et tout ça, ça n'est pas très bon.
04:21On n'estime pas encore sur les prix.
04:23Ce qui est sûr, c'est que c'est très mauvais pour l'économie américaine.
04:26François Lenglet l'a dit tout à l'heure, à court terme c'est très mauvais.
04:29D'ailleurs les bourses ont décroché.
04:31Et vous savez, la bourse aux Etats-Unis, c'est très important.
04:34Parce que les Américains ont des retraites qui sont sur les fonds de pension.
04:38Donc plus que les Français ou que les Européens, ils regardent la bourse avec beaucoup d'attention.
04:42Donc est-ce que cette situation sera tenable dans le temps pour Donald Trump ?
04:46Nous le verrons.
04:47Donc vous vous misez aussi sur les marchés financiers pour le ramener à la raison en quelque sorte ?
04:50Bien sûr, bien sûr.
04:51L'autre actualité reste très politique.
04:53Trois jours après le jugement de Marine Le Pen, le sujet continue d'occuper une bonne partie de l'espace politique.
04:58Sophie Primat, Madame la porte-parole du gouvernement.
05:00Marine Le Pen est-elle une victime ?
05:03Je veux rappeler d'abord que Marine Le Pen a été condamnée par la Cour en première instance.
05:08Aujourd'hui elle a fait appel, donc elle est de nouveau présumée innocente.
05:12Mais je veux dire qu'elle a été condamnée pour des faits qui sont des faits graves
05:16et que la Cour de première instance a considéré comme avérée.
05:21Elle est d'abord quelqu'un qui a fait un détournement de fonds selon la Cour en première instance
05:26et donc à l'origine était la faute quand même.
05:29Est-ce que ce jugement vous a troublé comme le Premier ministre qui a été troublé ?
05:33Non, le jugement ne m'a pas troublé à titre personnel.
05:36D'ailleurs, il n'a pas troublé non plus le Premier ministre.
05:38Le Premier ministre est troublé...
05:39Vous êtes un peu schizophrène, ce n'est pas la bonne expression.
05:42C'est-à-dire qu'à titre de fonction, le Premier ministre ou la porte-parole n'est pas troublé
05:47et à titre personnel vous l'êtes.
05:49C'est un peu compliqué quand même.
05:50Alors, ce n'est pas du tout ça.
05:51En fait, c'est l'objet de notre trouble.
05:53En tout cas, du trouble du Premier ministre.
05:55Moi, je n'ai pas de trouble mais c'est l'objet du trouble du Premier ministre.
05:58Le Premier ministre n'est pas troublé par le jugement.
06:00La justice est indépendant, c'est un des piliers de notre démocratie.
06:04Il est jugé par l'exécution provisoire de l'inévitabilité.
06:06Il est troublé par le mécanisme qui ne concerne pas que Mme Le Pen,
06:10il concerne aussi d'autres personnes qui ont subi ce mécanisme de l'exécution provisoire
06:14et il s'interroge...
06:16Qui fait partie du jugement.
06:17Voilà, qui fait partie du jugement et il s'interroge sur ce mécanisme-là.
06:23Donc, il est un peu troublé par le jugement quand même.
06:25Non, il n'est pas troublé par le jugement.
06:26Il est troublé par le mécanisme de l'exécution provisoire.
06:30Alors justement, ce mécanisme, Éric Ciotti veut qu'il change.
06:33Il va déposer une proposition de loi pour faire disparaître,
06:36pour supprimer cette exécution provisoire des peines d'inéligibilité en cas de condamnation d'élu.
06:41Est-ce que le gouvernement va soutenir cette proposition de loi ?
06:44Alors moi, je suis un petit peu comme le président Larcher qui s'exprime aujourd'hui.
06:48Il faut faire très attention à la surréaction.
06:51En fait, cette exécution provisoire, elle a été décidée dans la loi Sapin II après l'affaire Cahuzac.
06:55Donc, après des affaires qui, pour le coup, troublent l'opinion à juste titre comme celle-ci,
07:00dont l'ampleur trouble l'opinion,
07:02on lave plus blanc que le blanc et on prend des décisions.
07:05Et ces décisions, on n'en mesure pas toujours l'effet réel dans le temps.
07:10Donc aujourd'hui, on a un peu de temps depuis l'affaire Sapin II.
07:13On regarde les effets de cette loi et on peut imaginer repartir dans une discussion parlementaire.
07:19C'est le rôle du Parlement. Le Parlement est indépendant également.
07:22Il y a un moment, il faut se positionner. Vous soutiendrez ou vous soutiendrez pas ?
07:26Moi, je n'ai pas vu le texte que M. Ciotti a mis sur le tapis.
07:29On connaît. Supprimer la peine d'inéligibilité avec l'exécution provisoire.
07:32Et c'est la responsabilité et l'indépendance du Parlement, du législatif, que d'examiner des textes.
07:38On verra les termes de ce texte.
07:40On verra l'analyse qui est faite, l'étude d'impact qui est faite.
07:44Vous savez, cette exécution provisoire, elle a été mise pour des bonnes raisons à l'origine par le Parlement.
07:49Donc, il faut regarder si son application n'a pas des effets délétères ou pas.
07:54Et puis, avoir la discussion parlementaire.
07:56Hier matin, Xavier Bartrand faisait un petit peu moins languide que vous, si je peux me permettre.
07:59Il disait « Votez la loi Ciotti-Le Pen » et puis quoi encore ?
08:02« Ce serait impensable, ce serait une loi pour contourner la justice ».
08:05Vous êtes d'accord avec ça ?
08:06Non, ce n'est pas une loi pour contourner la justice.
08:07À partir du moment où on fait la loi, la justice s'appuie sur la loi pour déterminer ses peines.
08:14Moi, je pense qu'une loi doit être évaluée si on considère qu'elle a des effets qui vont au-delà de l'intention du législateur.
08:21Puisque Marine Le Pen va être rejugée assez rapidement, faut-il aussi que la justice se hâte ?
08:25S'agissant de l'affaire des assistants parlementaires du Modem,
08:27affaire dans laquelle François Bayrou, qui avait été relaxé en première instance, doit être rejugée.
08:32La Cour d'appel de Paris, d'ailleurs, sa présidente s'est exprimée récemment dans la presse,
08:37a indiqué d'une part que la Cour d'appel ne méconnait pas les effets politiques de cette décision.
08:43Elle prend sa décision en conscience et à partir de la loi,
08:46mais elle ne méconnait pas l'environnement de la décision qu'elle prend.
08:49Il y a un petit côté justice à la carte. On se hâte pour Marine Le Pen, on prend son temps pour François Bayrou ?
08:53Pas de justice à la carte, c'est la Cour d'appel, de nouveau indépendante, qui fait son ordre du jour,
08:58qui d'ailleurs indique, la présidente de la Cour d'appel indique dans la presse,
09:02qu'elle avait prévu, en fait, que Marine Le Pen ferait appel, elle l'avait mis dans le calendrier.
09:08C'est les mots de la présidente de la Cour d'appel, donc je vous vois dubitatif.
09:11Oui, parce que ça va très vite, mais on ne peut pas dire qu'il y avait une petite pression politique de tous bords.
09:17Elle est très agacée par ce commentaire, d'ailleurs elle le dit dans la presse,
09:22en disant qu'elle est parfaitement indépendante et qu'elle avait prévu les choses.
09:26Après, l'appel dont on dit que le jugement serait rendu à l'été 2026, ça fait en gros 16 à 18 mois,
09:34la durée moyenne de l'appel c'est 18 mois, donc on n'est pas, on n'est pas,
09:38ah ben ça c'est madame la présidente de la Cour d'appel qui doit décider, c'est pas moi.
09:43Dernière question, le RN en attendant a appelé à la mobilisation, samedi à Marseille, dimanche à Paris,
09:47il s'agit, a écrit Jordan Bardella, de sauver la démocratie, et puis après il a dit, attention c'est pas un coup de force,
09:52est-ce que cette manifestation parisienne est une manifestation qui vous inquiète ?
09:55Est-ce que c'est une manifestation à risque ?
09:57J'ai pas envie qu'on joue un mauvais remake du Capitole, ça qui était Xavier Bertrand encore hier matin.
10:01Écoutez, alors évidemment on n'a pas envie du Capitole, parce qu'on est dans une démocratie qui est solide,
10:06et il faut la garder solide.
10:08Il y a un risque là pour vous ?
10:10Par conséquent, écoutez, je pense que moi je fais confiance aux organisateurs et au rassemblement national,
10:16qui veut se montrer présidentiable, pour respecter à la fois les conditions de sécurité,
10:23les conditions, les bonnes conditions de la manifestation.
10:27Cette décision elle a amené un trouble chez les 11 millions de français qui ont voté pour le rassemblement national.
10:3211 millions plus 1 visiblement ?
10:33Oui, qu'il y ait la volonté de montrer l'adhésion au rassemblement national,
10:40je trouve, bon, ils ont parfaitement le droit de le faire, il faut que ça se passe dans le calme,
10:45parce qu'une démocratie n'a rien à gagner dans la violence.
10:48Et puis, je voudrais juste dire quand même la chose suivante,
10:51c'est que si Marine Le Pen venait à être inéligible de façon définitive, définie par la cour d'appel,
10:57après la peine de la cour d'appel, le rassemblement national compte aujourd'hui beaucoup de personnalités,
11:02donc le rassemblement national ne serait pas empêché de se présenter à l'élection présidentielle.
11:07Merci Sophie Prima d'être venue ce matin sur RTL Dans un instant, c'est Philippe.