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00:007h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le secrétaire départemental du syndicat police Allianz de Seine-Saint-Denis.
00:08Bonjour Grégory Goupil, bienvenue sur Europe 1, à Saint-Ouen, aux portes de Paris, va-t-on déménager une école maternelle à cause de la présence alentour d'un point de deal ?
00:18Le maire de la mairie de Saint-Ouen organise ce jeudi, dans quelques minutes, là ça va démarrer, une votation auprès des parents.
00:23Ils vont se prononcer sur le déplacement de leurs enfants un peu plus loin dans le quartier, en tout cas à l'abri des dealers.
00:29Situation choquante évidemment pour n'importe quel parent qui nous écoute, Grégory Goupil.
00:34Les lieux, vous les connaissez Grégory Goupil, vous pouvez nous décrire un petit peu à quoi ça ressemble cette école, cette situation d'environnement d'un point de deal ?
00:43Écoutez, pour le coup, c'est une école qui se trouve effectivement au milieu d'un quartier.
00:49On a un passage avec un petit muret, mais en fait il y a une séparation entre une crèche et une école.
00:58Pour le coup, c'est quelque chose de plutôt bien puisque les gens du quartier ont une proximité avec ces établissements.
01:07Elle est vraiment cernée par les tours alentours. L'établissement est très enclavé au milieu d'un passage piéton.
01:13C'est quand même particulier comme situation géographique.
01:17Je me pose quand même la question aujourd'hui si délocaliser une école de la République n'est pas un signe d'abandon.
01:32Pour moi, c'est un recul de l'État et c'est quand même catastrophique. Quel message on envoie ?
01:36Alors oui, il y a un petit référendum dans le quartier qui est en train d'être fait, mais les gens, on ne va pas les aider.
01:44C'est des gens qui vont devoir se lever plus tôt pour emmener les enfants un peu plus loin.
01:48Et qu'est-ce qu'on va délocaliser demain ? La mairie ? Le tribunal ? Je ne comprends pas.
01:55Dans votre teaser, ça m'a bien fait rire que que fait la police ? J'ai trouvé ça très sympa, mais moi je vais vous répondre.
02:02Justement, j'allais vous poser la question. Évidemment, Grégory Goupil, ce n'est pas pour vous mettre vous et vos collègues en accusation
02:08parce qu'on connaît bien la difficulté du travail de policier.
02:11Mais justement, racontez-nous, Saint-Ouen, c'est quand même très particulier. On est aux portes de Paris.
02:15C'est le point d'île de beaucoup de Parisiens aussi. Et là, cette école, elle est à 100 mètres des portes de Paris, du périphérique.
02:21Il y a ça aussi qui joue beaucoup.
02:23Il y a une proximité. Alors effectivement, il y a une proximité à Saint-Ouen. C'est une particularité.
02:28Moi, ça fait 20 ans que j'exerce en Seine-Saint-Denis. Ce point d'île, je le connais depuis au moins une dizaine d'années.
02:33Alors oui, oui, la proximité avec Paris joue. Que vous dire ? Nous, on est là quotidiennement, tous les jours.
02:42Les collègues font des opérations, mais ce n'est pas une opération. Parfois, c'est 2, 3, 4, 5 opérations.
02:47Par jour ?
02:48Vous avez les effectifs locaux. Par jour, vous avez les effectifs locaux. Un commissariat, vous allez avoir une brigade territoriale de contact.
02:55Vous allez avoir une BAC. Vous allez avoir des effectifs polices secours qui vont aussi faire des sécurisations quand ils ont le temps.
03:02Ces dealers, il faut savoir que si les pochons de substances variées à la revente sur ce secteur sont jetés dans cette école,
03:11c'est parce que mes collègues interviennent. Je vous imagine bien que des dealers ne vont pas acheter leurs marchandises dans une école gratuitement.
03:18C'est parce que les policiers interviennent.
03:20Vous les prenez en chasse et ils le jettent par-dessus les murs de l'école.
03:24Vous avez tout compris. Quotidiennement, ils jettent leurs substances de produits stupéfiants dans cette école.
03:32C'est vrai qu'il y a un risque, mais je vais vous dire que tous les jours, et j'ai eu un enquêteur expérimenté au téléphone,
03:40tous les jours, il y a des individus qui sont interpellés. Il y a des acheteurs qui sont interpellés.
03:46Il y a des amendes forfaitaires délictuelles qui sont rédigées. On met à disposition des offices de police judiciaire.
03:54Les collègues de terrain, ils interpellent. Mais une fois qu'on a interpellé, il y a une procédure.
03:59Je vous vois venir. Que fait la justice derrière ?
04:01Mais oui, mais voilà, j'ai envie de dire qu'il faut peut-être refaire aussi le teaser et puis inviter la justice.
04:08Parce que oui, c'est compliqué. Alors moi, ce que j'aimerais, c'est...
04:11Mais après aussi, Grégory Goupil...
04:13Il n'y a pas de moyens.
04:14Oui, il faut dire aussi que les points de deal, les donneurs d'ordre du trafic, ils se sont adaptés.
04:19Et vous racontez, Grégory Goupil, vos collègues le font aussi, face à une main d'oeuvre qui est compliquée à traiter.
04:24Parce que ce sont des mineurs, ils sont sous OQTF, parfois ils ne parlent même pas français.
04:30C'est ça. Aujourd'hui, le dealer n'est plus un simple dealer.
04:34Aujourd'hui, c'est de l'esclavagisme moderne sur fond de trafic de stupéfiants. C'est ça la réalité.
04:41Oui, ils nous mettent des personnes en situation irrégulière, qui complexifient aussi le travail des enquêteurs.
04:49Parce qu'il faut systématiquement saisir un interprète.
04:54Et puis c'est de la main d'oeuvre, si vous voulez, pour le dealer du quartier.
04:57C'est de la main d'oeuvre qui, un, ne lui coûte pas cher.
05:00Deux, qu'il peut partir en garde à vue. De toute façon, ils n'ont aucune idée du réseau, qui les emploie, etc.
05:06Ils sont frappés, ils sont violentés régulièrement, quand il y a effectivement une saisie de la police.
05:15Et puis on change comme ça, sur un claquant de doigts.
05:19Donc ça va au-delà du trafic de stupéfiants.
05:21Pour revenir à cette école, Grégory Goupil, c'est vrai que c'est quand même catastrophique de se dire que peut-être il va falloir déplacer les enfants.
05:29Et la mairie, Karim Bouamrand, le maire de Saint-Ouen, il dit « je fais ce que je peux ».
05:33De toute façon, comme le disais, j'ai la rénovation urbaine, et puis il y a eu les opérations de Place Net XXL qui ont eu des effets,
05:39qui ont produit quelques effets à Saint-Ouen, mais on voit que c'est inabouti, c'est inachevé.
05:43Qu'est-ce que vous leur diriez, vous, aux parents, ce matin, Grégory Goupil, qui nous écoutent peut-être depuis Saint-Ouen,
05:47et qui se disent « mes enfants vont dans cette école, c'est terrible ».
05:51Moi, j'ai envie de leur dire déjà que leur police, la police nationale de Saint-Ouen, fait son travail.
05:58Je pense que, en tout cas pour notre part, on pense que c'est un recul de l'État, mais on est là, on est là pour eux,
06:06on est quotidiennement là, de manière, je vous l'ai dit, vraiment incisive.
06:14Les collègues sont présents, il y a des opérations, il y a des enquêtes qui sont faites.
06:19On est là, on est à côté de tous les parents.
06:24Moi, mon sentiment, je ne voudrais pas que cette école déménage.
06:29Moi, ce que je veux, c'est que le trafic de stups arrête.
06:31Mais, encore une fois, on fait 50% du boulot.
06:35Moi, ce que j'aimerais, c'est que derrière, il y ait une réponse pénale qui soit parfaitement adaptée,
06:40qu'au-delà d'un trafic de stups, on prenne en considération les conditions de ce trafic de stups de fions,
06:47parce que ce trafic de stups de fions prend des centaines de personnes en otage.
06:51Aujourd'hui, on voit même, c'est des enfants, c'est du personnel de l'éducation nationale.
06:55Et ça, sur une condamnation, je pense que ça doit être pris en compte.
06:58Alors, j'imagine que demain, la justice sera beaucoup plus ferme, peut-être,
07:02sur le trafic de stups de fions sur ce secteur à Rago,
07:05parce qu'ils auront connaissance de tout ce qui s'y passe.
07:08Mais je pense que c'est hyper important aujourd'hui qu'on travaille main dans la main,
07:12qu'il y ait une continuité entre l'intervention de la police nationale et ensuite la condamnation.
07:18Pour qu'on envoie un message, et ce n'est pas la police, la justice.
07:21C'est trop facile de dire à chaque fois qu'on se renvoie la balle.
07:24Non, non, c'est simplement une réponse que l'État renvoie.
07:27Et c'est ça que les riverains ont besoin.
07:29Merci Grégory Goupil, secrétaire départementale de Seine-Saint-Denis,
07:32donc du syndicat police Allianz.
07:33Et nous serons en direct de cette école de Saint-Ouen tout à l'heure dans le journal de 8h.

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