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00:00L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Alexis Brezhev. Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:05Alexis Marine Le Pen a annoncé hier qu'elle faisait appel du jugement qui la frappe et qu'en attendant elle demeurait la candidate naturelle du RN.
00:12Est-ce qu'elle a encore une chance de pouvoir concourir en 2027 ?
00:16Alors en théorie oui. Il y a une possibilité, une toute petite possibilité, un trou de souris.
00:24Si Marine Le Pen veut pouvoir se présenter, il faut en été la conjonction de trois éléments.
00:301. Que le jugement en appel soit audiencé, c'est-à-dire programmé, avant l'élection présidentielle. Après c'est trop tard.
00:37Ça, ça ne paraît pas hors de portée.
00:392. Qu'une éventuelle condamnation en appel, très probable, ne soit pas assortie comme la décision d'hier d'une mesure d'exécution provisoire.
00:48Et ça c'est beaucoup plus incertain.
00:503. Si l'exécution provisoire n'est pas décidée en appel, que le pourvoi en cassation, qui sera dès lors suspensif, soit examiné après l'élection présidentielle.
01:00Nous sommes d'accord, ça fait beaucoup de si.
01:03Marine Le Pen, parce qu'elle veut manifester qu'elle ne se laissera pas éliminer, prétend emprunter ce chemin étroit.
01:11Mais c'est loin, très loin d'être gagné.
01:14On a le sentiment que Marine Le Pen a été prise au dépourvu hier, comme tout son parti.
01:18Le RN n'a rien vu venir, vous croyez ?
01:20Mais personne, quasiment personne, du côté des experts en droit comme des responsables politiques, s'attendait à un tel coup de tonnerre
01:28que la condamnation des élus RN soit sévère.
01:31Même s'il n'y a pas d'enrichissement personnel, même si l'argent frauduleusement utilisé est passé de la poche du parti à Bruxelles à la poche du parti à Paris.
01:41Ça on le voyait venir, que cette condamnation s'accompagne d'une peine d'inéligibilité, on le presse en tête aussi.
01:48Mais ce que la plupart des observateurs, même les plus hostiles au RN, ne voulaient pas croire,
01:54c'est que le juge, suivant cela le parquet, oserait prononcer l'exécution provisoire de cette peine,
02:00avant toute procédure d'appel donc, ce qui ne saurait en principe se justifier que par le risque de récidive ou par celui de trouble à l'ordre public.
02:10Et là c'est vrai que les choses deviennent assez invraisemblables.
02:12On nous parle de récidive, mais Marine Le Pen n'est ni députée européenne, ni même présidente du RN, elle est donc bien incapable de récidiver.
02:21La juge dit oui, mais votre système de défense conteste la gravité des actes qui ont été commis, donc vous êtes dans l'état d'esprit de récidiver.
02:30Mais ce qu'on reproche à Marine Le Pen, c'est donc son système de défense, mais c'est du jamais vu.
02:37Quant au trouble à l'ordre public, c'est plus surréaliste encore.
02:41Le jugement dit explicitement que la candidature présidentielle, voire l'élection d'une personne ayant été condamnée en première instance, serait un motif de scandale.
02:50On ne saurait reconnaître plus clairement la nature politique du jugement.
02:55Quel aveu ! C'est parce que Marine Le Pen est candidate et uniquement pour cela, qu'il faut qu'elle soit inéligible sans attendre.
03:04Alors qu'en réalité, s'il faut craindre des troubles à l'ordre public, ce sont plutôt ceux qui pourraient entraîner ce jugement.
03:10Vous pensez qu'il y a vraiment un risque ?
03:12Bah Dimitri, des magistrats censés statuer au nom du peuple, qui retirent au peuple le droit de se prononcer.
03:20La favorite de l'élection présidentielle, candidate du premier parti de l'opposition, empêchait de se présenter.
03:26C'est un séisme démocratique qui ne peut pas ne pas avoir de conséquences.
03:31François Fillon avant-hier, Nicolas Sarkozy hier, Marine Le Pen aujourd'hui, ça commence à faire beaucoup.
03:38Beaucoup pour l'électeur de droite, qui va finir par se demander si les magistrats n'ont pas décidé de souscrire à son nom un abonnement perpétuel au mur des cons.
03:47Mais aussi pour ces millions de français qui se vivent déjà comme des citoyens de second rang et qui vont lire dans cette décision une preuve supplémentaire de leur relégation.
03:58On voudrait creuser encore davantage le fossé entre le peuple, ses représentants et ses institutions, on ne s'y prendrait pas autrement.
04:06Vous vous souvenez Dimitri de la phrase de François Mitterrand en 1995, alors qu'il présidait son dernier conseil des ministres ?
04:13« Méfiez-vous des juges, disait-il, ils ont tué la monarchie, ils tueront la république. »
04:19L'édito politique sur Europe 1, merci Alexis Brel.