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00:00Bonjour à tous et bienvenue à l'heure des pros ce matin sur Europe 1 jusqu'à 9h30, sur CNews jusqu'à 10h30.
00:12La justice, la justice empêchera-t-elle aujourd'hui Marine Le Pen de concourir à l'élection présidentielle en 2027 ?
00:20Une menace d'inégibilité pèse sur Madame Le Pen au moment où le tribunal correctionnel rendra à 10h son jugement
00:29sur le détournement de fonds européens au profit de son parti.
00:32Marine Le Pen est crédité de plus de 30% des intentions de vote si demain un premier tour à l'élection présidentielle était organisé dans le pays.
00:40L'IFOP l'a placé à 37% hier dans un sondage que publiait le journal du dimanche.
00:47C'est plus que François Mitterrand en 1988 ou Nicolas Sarkozy en 2007.
00:52Imaginez les conséquences pour des millions de français qui verraient dans cette inégibilité un coup d'état judiciaire.
01:00Est-ce possible ? Il faut rappeler que la justice a favorisé l'élection d'Emmanuel Macron en 2017
01:06quand le parquet national financier a mis hors jeu avec une célérité inhabituelle François Fillon.
01:12La semaine passée le parquet a requis contre Nicolas Sarkozy 7 ans de prison
01:17et la déchéance de son droit parental dans un dossier où les preuves manquent pour ne pas dire qu'elles sont absentes.
01:24Il est vrai qu'un procureur du dossier a cru bon dénoncer, je cite,
01:28l'ambition personnelle dévorante de l'ancien président de la République.
01:33Dans le procès de Marine Le Pen, la procureure de la République avait déclaré
01:37« ça me ferait trop mal de réclamer la relax pour une autre personne »
01:42que Marine Le Pen jugeait dans cette même affaire.
01:45Le conseil constitutionnel a retenu vendredi 3 conditions pour qu'une exécution provisoire soit prononcée.
01:52Réitération de l'infraction, a priori ce n'est pas le cas,
01:56contact avec les témoins, ça peut être évité,
02:00et trouble à l'ordre public, a priori ce n'est pas le cas non plus.
02:04A priori donc le cas Le Pen n'entre pas dans ces 3 conditions, je dis a priori.
02:09Décision vers 10h, il est 9h02, chanel ousto.
02:139h, 9h30, l'heure des pros sur CNews et Europe 1.
02:24Bonjour Pascal, bonjour à tous.
02:26Vous l'avez dit Pascal, c'est une décision de justice décisive pour l'avenir politique de la France.
02:31Aux alentours de 10h, Marine Le Pen saura si elle peut une nouvelle fois viser l'Elysée en 2027.
02:37La chef de file des députés RN à l'Assemblée nationale est menacée de 5 ans d'inéligibilité
02:42dans l'affaire des assistants parlementaires européens.
02:45Cette peine pourrait être accompagnée d'une exécution provisoire,
02:48ce qui veut dire qu'elle prendrait effet immédiatement, même en cas d'appel.
02:52La trêve hivernale prend fin aujourd'hui.
02:55Une bonne nouvelle pour les propriétaires victimes de squats ou de loyers impayés
03:00pendant cette période qui s'étend chaque année du 1er novembre au 31 mars.
03:04Les expulsions sont impossibles, mais donc à partir d'aujourd'hui,
03:07les procédures en cours pourront reprendre et de nouvelles pourront être lancées.
03:11Et puis c'est la fin d'un chantier titanesque.
03:14La liaison ferroviaire Paris-Milan sera rétablie aujourd'hui après 19 mois de travaux.
03:19Si vous avez prévu de prendre le train et de vous rendre en Italie, ne traînez pas.
03:23Les prix sont très attractifs avec cette reprise.
03:26Comptez 29 euros pour le premier prix d'un billet SNCF et 35 pour son concurrent italien Trenitalia.
03:33Voilà pour l'essentiel de l'information. C'est à vous Pascal.
03:35Merci Chana Lousteau et j'apprends à l'instant la mort de Yves Boisset.
03:40Et Yves Boisset est un réalisateur qui a fortement marqué les années 70.
03:46Dupont la Joie est un chef-d'oeuvre à revoir avec Jean Carmet, avec Jean-Pierre Mariel.
03:54Oui, c'est un chef-d'oeuvre et c'est assez étonnant de voir ce film-là.
03:57Le juge Fayard dit le shérif avec Patrick Devers.
04:01Il y a également un Taxi Mauve. C'était vraiment un réalisateur.
04:04Adieu Poulet, non ?
04:05Pardon ?
04:06C'est lui Adieu Poulet ?
04:07Non, Adieu Poulet, c'est Pierre Granier de Fer.
04:11Bonjour cher Olivier Delagarde.
04:15Je vois que vous avez pris la parole ce matin sur Europe 1.
04:19Je vous en prie, je vous dis bonjour.
04:21Et je le dis pour les auditeurs d'Europe 1.
04:24Albert Lévy est avec nous, Thomas Bonnet, Vincent Hervouet, Nathan Devers et Pierre-Henri Bofis.
04:31Vous êtes avocats parce qu'on va avoir besoin de vos lumières.
04:35Le Prix du danger est un film tout à fait étonnant également avec Piccoli,
04:42qui était une sorte d'animateur comme cela, un peu en avance.
04:47C'est des films politiques hein, Boisset ?
04:49Vous aviez Piccoli et Gérard Lanvin, ils disaient le Prix du danger !
04:54C'était une sorte de fou, un présentateur fou.
04:58C'était assez moderne d'ailleurs, puisque c'est un type qui jouait sa survie dans une émission de télé-réalité.
05:04Il y avait également Bruno Kremer.
05:07Il avait fait Canicule, Espions, lève-toi.
05:10Espions, lève-toi, c'est avec Lino Ventura.
05:13C'est quelqu'un RAS, c'est quelqu'un qui a marqué le cinéma.
05:16Vous avez raison, c'est un cinéma politique.
05:18Le juge Fayard dit le shérif, c'était sur le sac.
05:21Il y avait Aurore Clément qui perdait son petit lapin dans le juge Fayard.
05:26Il y avait Jean Bouys également, et c'est drôle.
05:29Mais du point de la joie, c'est quand même discutable.
05:31C'est assez drôle parce qu'on va parler de Marine Le Pen dans une seconde,
05:34mais Jean Bouys joue une sorte de vieux procureur,
05:37et le juge Fayard par définition, on va beaucoup parler de la justice ce matin,
05:40et il enquête sur des milieux difficiles.
05:43Quand Jean Bouys vient le voir dans les couloirs du tribunal,
05:47il dit vous êtes un bon juge Fayard.
05:49Vous êtes un bon juge Fayard.
05:51Et Patrick Devers joue ce rôle, c'est formidable.
05:53Donc on a une pensée évidemment pour lui.
05:55Bien évidemment, Norbert Saada, le prix du danger,
05:59Espions, lève-toi, que j'ai produit, c'est triste de perdre un ami,
06:01me dit Norbert Saada, avec qui il a travaillé longtemps.
06:04Bon, on va parler bien sûr ce matin de Marine Le Pen,
06:08et on va tout de suite voir le sujet de Maxime Legay.
06:11Et puis, vous me direz, parce que le Conseil constitutionnel,
06:15l'avis, la décision qu'il a rendue vendredi,
06:19personne n'a la même analyse.
06:21C'est drôle d'ailleurs, j'ai lu, vous avez vu ?
06:23Personne n'a la même analyse.
06:25Selon les infos que vous contactez, c'est différent.
06:27J'ai lu Noël Lenoir, qui trouvait que le Conseil constitutionnel
06:32n'allait pas... était un peu timoré, si j'ai bien compris.
06:35C'est de l'eau tiède.
06:36Oui.
06:37C'est totalement de l'eau tiède.
06:38En fait, le Conseil constitutionnel dit en clair,
06:40le juge est compétent pour analyser
06:44le caractère proportionné ou non
06:46de cette exécution provisoire d'inéligibilité.
06:48En gros, il débrouille vous, quoi.
06:50Il renvoie la patate chaude,
06:52sans trop se mouiller, en précisant quelques critères,
06:55en disant que ce soit proportionné.
06:57J'ai cité trois critères quand même, moi.
06:59Oui, ces critères, on les connaissait.
07:00Ah bon ?
07:01Et il dit aussi qu'il faut garantir la liberté de l'électeur.
07:04Oui, garantir la liberté de l'électeur.
07:06Encore une fois, c'est le juge qui prend la décision,
07:09qui est grave et responsable de savoir
07:11si oui ou non, il doit priver l'électeur.
07:13De toute façon, c'est le juge.
07:14Pierre-Henri Bovis.
07:15Vous, par exemple, vous êtes avocat,
07:17donc vous avez votre pronostic.
07:19Vous savez, j'aurais tendance à croire
07:21qu'il n'y ait pas d'exécution provisoire
07:23si elle était condamnée,
07:24parce qu'une relaxe, c'est encore possible.
07:26On met tous Marine Le Pen condamnée,
07:28mais elle a plaidé, la relaxe,
07:29elle pourrait être relaxée.
07:30Si elle était condamnée,
07:31je n'imagine pas qu'un juge
07:33puisse prendre une telle responsabilité
07:35de prononcer l'exécution provisoire
07:37d'une peine d'inéligibilité.
07:39L'erreur que je trouve totalement absurde,
07:41c'est une peine d'inéligibilité
07:42d'exécution provisoire.
07:43C'est encore un coup...
07:44Voter en 2016.
07:45...d'un législateur,
07:46après l'affaire Cahuzac,
07:47de vouloir faire plus blanc que blanc
07:49avec les lois sur les transparents,
07:50d'ailleurs pour renouer le contact
07:52entre les citoyens et la politique,
07:53ce qui a eu un effet totalement inverse.
07:55Enfin, ce qui pourrait aussi avoir
07:56un effet totalement inverse.
07:57Mais on est dans une séquence morale
07:59qui a débuté il y a 10 ans, 15 ans,
08:02et qui, dans tous les rouages
08:05de la société, est présente.
08:07C'est vrai.
08:08C'est vrai chez les journalistes
08:09qui ont une carte de prêche.
08:11C'est vrai dans la justice.
08:13C'est vrai dans l'entreprise.
08:15C'est vrai dans les relations hommes-femmes.
08:17C'est vrai dans toutes les relations.
08:18Alors, parfois, ça peut avoir du bon,
08:20mais le jugement qu'on pose sur les sujets
08:22est d'abord un jugement moral.
08:24Mais moral, c'est parce qu'on passe aussi
08:26dans une période où on avait l'impression
08:29que les politiques étaient au-dessus des lois,
08:31que nous, de toute façon,
08:32on n'était jamais punis.
08:33Pourquoi est-ce que cette loi
08:35Saint-Pas-deux a été prise ?
08:36Parce qu'on sortait de l'affaire Chirac,
08:39rappelez-vous.
08:40Cahuzac.
08:41Non, mais il y avait eu l'affaire Chirac précédemment,
08:44où on s'était aperçu que, finalement,
08:46cette histoire des emplois fictifs
08:47à la mairie de Paris,
08:48Chirac n'avait jamais été inquiété.
08:50Il n'a été inquiété finalement
08:51que 15 ans plus tard,
08:52à une époque où il n'était plus
08:54véritablement ni en âge,
08:55ni en situation de se défendre.
08:57On va voir le sujet, peut-être.
08:59On va voir le sujet de Maxime Legay,
09:01même si, alors, tout le monde,
09:03évidemment, connaît bien le sujet maintenant.
09:05Tout le monde, comme toujours,
09:06est devenu spécialiste du droit constitutionnel
09:09ce week-end.
09:10Tout le monde a un avis.
09:12Ultra-crépidariens, ça s'appelle.
09:13Ça s'appelle comment ?
09:14Ultra-crépidariens.
09:15Vouloir donner un avis sur tout
09:16sans savoir de quoi on parle.
09:17C'est notre boulot, quoi.
09:20Moi, je traduis ça en disant
09:21que c'est des toutologues.
09:22Oui, des toutologues.
09:23Mais répétez le mot.
09:25Ça vaut.
09:26Ultra-crépidariens.
09:28Eh bien, nous sommes ultra-crépidariens.
09:30Franchement, ultra-crépidariens.
09:32Voyons le sujet de Maxime Legay.
09:34Maxime Legay.
09:36C'est une décision qui pourrait être historique
09:39et un véritable séisme politique.
09:41Ce matin, le tribunal correctionnel de Paris
09:43doit se prononcer sur le sort de Marine Le Pen
09:45dans le procès des assistants parlementaires européens.
09:48L'achat de fil du RN risque jusqu'à 300 000 euros d'amende,
09:51cinq ans de prison, dont deux fermes et aménageables,
09:54et surtout une peine d'inéligibilité de cinq ans.
09:57Au cœur des interrogations,
09:58la question de l'exécution provisoire
10:00qui pourrait être prononcée par les juges.
10:02En clair, la peine d'inéligibilité prendrait effet immédiatement
10:05et cela même en cas d'appel interjeté par Marine Le Pen.
10:08Conséquence directe,
10:09elle ne pourrait pas se présenter pour l'élection présidentielle de 2027.
10:12En revanche, Marine Le Pen pourrait rester députée
10:14jusqu'à de prochaines élections législatives
10:16et ne serait pas obligée de démissionner de son mandat en cours.
10:20Autre scénario,
10:21si le tribunal prononce une inéligibilité simple,
10:23sans exécution provisoire,
10:25et que Marine Le Pen décide de faire appel,
10:27la peine sera suspendue jusqu'au deuxième procès.
10:30Dans ce cas de figure,
10:31et au regard des délais de procédure,
10:33il est probable qu'une décision définitive
10:35soit rendue avant l'élection de 2027
10:37et l'empêche donc d'une éventuelle candidature.
10:42Je vous propose d'écouter Pierre Lelouch
10:44qui était ce matin sur l'antenne de CNews
10:48avec notre ami Romain Desarbres.
10:52D'abord, je ne sais pas du tout ce que les juges vont faire
10:54puisque l'incrimination existe dans les textes
10:57et donc les juges ont saisi ces textes
10:59et après ils sont souverains.
11:02Ensuite, ce qu'on peut dire, c'est la chose suivante.
11:04D'abord, je suis un peu surpris
11:06que le risque d'exécution provisoire
11:10soit mentionné dans cette affaire
11:13parce que l'exécution provisoire
11:15est assortie d'un certain nombre de conditions
11:17dont l'urgence,
11:18le fait de ne pas réitérer,
11:20le risque de réitérer le délit,
11:21ce n'est pas franchement le cas.
11:22Et puis, enfin et surtout,
11:24il y a le cas Beyrou,
11:25Premier ministre actuel,
11:27qui a fait l'objet de poursuites
11:29exactement pour la même chose,
11:30c'est-à-dire pour les abus de financement de partis
11:34déclarés comme assistants parlementaires en Europe,
11:37au Parlement européen.
11:39Beyrou est sortie de cette affaire
11:41sans être moins du monde inquiété.
11:44D'ailleurs, le parquet a saisi une nouvelle fois la justice.
11:47Enfin, on est quand même devant deux poids, deux mesures.
11:50C'est un peu étonnant.
11:51Les dernières remarques,
11:53il y a un vieux principe Montesquieu
11:55à séparation des pouvoirs, etc.
11:56On s'aperçoit que de plus en plus,
11:58tout se mélange.
11:59Mais partout.
12:00Regardez Trump qui avait sept juges derrière lui,
12:03ça n'a pas empêché de gagner.
12:04Enfin, Strauss-Kahn a été éliminé.
12:06Fillon a été éliminé par une mise en examen
12:10un peu intempestive et rapide
12:12au moment de la présidentielle,
12:13ce qui a permis à M. Macron
12:14de gouverner le pays depuis sept ans quand même.
12:16Ce n'est pas rien l'implication de ce genre de choses.
12:20C'est vrai qu'Élisabeth Lévy,
12:22c'est vrai que tout ça,
12:23toutes ces affaires sont très différentes,
12:25les unes des autres.
12:26Oui, évidemment.
12:28Mais il y a deux choses, si vous voulez.
12:30C'est qui a donné ce pouvoir au juge ?
12:32C'est-à-dire, vous nous dites,
12:33Olivier, avant, c'était terrible.
12:35Il y avait de la corruption partout.
12:36Ils ont voulu jouer les chevaliers blancs.
12:38Ce n'est pas ce que j'ai dit.
12:39Les politiques ont voulu jouer les chevaliers blancs.
12:42Ils ont voulu montrer
12:43qu'ils étaient plus blancs que blancs.
12:44Ils ont voulu nous la jouer comme ça.
12:47Eh bien, ce sont eux qui ont donné le pouvoir.
12:50C'est eux qui ont voté une loi
12:52où on dit que ce n'est pas les lecteurs
12:54qui décident, d'accord ?
12:55Que ce n'est pas les lecteurs qui choisissent
12:57qui a le droit d'élire
12:58et quel degré, après tout,
13:00de fautes passées ils acceptent.
13:02On a le droit de vouloir voter
13:03pour des gens qui ont été condamnés.
13:04Je suis désolé.
13:05Ce n'est plus les lecteurs,
13:06ce sont des juges.
13:07Mais il faut d'abord le reprocher aux politiques
13:10comme pour l'extension du pouvoir des juridictions
13:13et comme pour tout le reste.
13:14Ils se sont dessaisis.
13:15Et maintenant, ils pleurent
13:16parce que les juges utilisent
13:17le pouvoir qu'on leur donne.
13:18Nathan Devers.
13:19Alors, Nathan Devers,
13:20je fais juste une petite parenthèse.
13:22Vous avez écrit une très belle préface
13:24dans un livre de M. Drucker
13:26que j'ai vu hier soir, d'ailleurs,
13:28sur France Télévisions
13:29qui était en pleine forme,
13:31dans une excellente séquence.
13:33Je ferme la parenthèse
13:34parce que j'espère que Michel
13:35viendra nous voir.
13:36Et vous viendrez,
13:37vous serez là, évidemment.
13:38Avec joie.
13:39C'était une expérience passionnante.
13:40Oui, alors, sur ces affaires...
13:42On n'est pas du tout là, quand même.
13:44Non, c'est parce qu'il m'a fait...
13:46On va le déstabiliser, c'est normal.
13:48C'était sur l'autobiographie
13:49qu'il m'a raconté.
13:50On a fait une série de discussions.
13:51On s'est passé un été
13:52à écouter ses leçons de vie,
13:54ses leçons de télévision
13:55sur ce qui a changé
13:56depuis le début de sa carrière.
13:58Et c'était vraiment passionnant.
13:59J'ai appris énormément.
14:00Voilà, c'est pour ça.
14:01C'était pas la préface en elle-même,
14:03c'était le tour de l'aventure.
14:04Mais vous avez passé tout l'été
14:05pour faire cette préface.
14:06Non, pas la préface,
14:07mais pour écouter tout ce qu'il m'a raconté
14:10de son existence, etc.
14:11Et ça, c'était une bonne partie de l'été.
14:14Bon, je ferme la parenthèse.
14:16Et on salue Michel qui nous écoute, peut-être,
14:18même s'il écoute généralement
14:20trois, quatre personnes en même temps.
14:22Oui, alors sur ces affaires,
14:24je pense qu'elle raconte une transition
14:26qui est très symptomatique.
14:28C'est-à-dire qu'en effet,
14:29si on regarde tous les politiques
14:30de l'histoire de la Ve République
14:32qui ont confondu la raison d'État
14:34avec leurs intérêts personnels,
14:35avec nos critères d'aujourd'hui,
14:37on pourrait condamner à peu près
14:38tous les anciens présidents,
14:39excepté peut-être M. Pompidou.
14:41Bon, mais sinon,
14:42on pourrait trouver des affaires
14:43pour chacun d'entre eux.
14:44Et cette génération-là
14:45que vous avez citées,
14:46Fillon, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen,
14:49c'est une génération de transition.
14:51Ça veut dire que d'une part,
14:52elle a appris la politique
14:53sur le modèle des générations précédentes.
14:55Et donc elle aussi,
14:56il lui est arrivé de confondre
14:57les deux raisons d'État,
14:58intérêts personnels,
14:59et elle se retrouve avec ces affaires.
15:01Et de l'autre,
15:02elle subit un changement de critères.
15:04Et en l'espace de dix ans,
15:05il se fait que maintenant
15:07le moindre écart de la part d'un politique
15:09donne lieu à une condamnation exemplaire,
15:11parfois plus exemplaire
15:12que de la part d'un autre citoyen.
15:13Et la question que ça pose, à mon avis,
15:14c'est quelle sera la classe politique
15:16de la prochaine génération ?
15:17Est-ce qu'elle ne sera pas un peu robotisée ?
15:18Est-ce qu'elle ne sera pas un peu aseptisée ?
15:20C'est ces questions-là.
15:21Est-ce qu'elle existera ?
15:22Bon, vous avez parlé d'intérêts personnels ?
15:25Il n'y a pas d'enrichissement personnel dans l'affaire ?
15:28Je ne suis pas sûr qu'on puisse dire exactement cela.
15:31En tout cas, le modérateur...
15:32Intérêts personnels en politique ?
15:34Intérêts...
15:35Vous voyez ce que je veux dire ?
15:36Intérêts particuliers,
15:37ce serait le meilleur mot.
15:38Mais Nicolas Sarkozy,
15:39François Fillon,
15:40Marie Le Pen,
15:41c'est un peu la même chose.
15:42La question que vous posez est très intéressante.
15:43Parce que,
15:44qu'est-ce qui se passe
15:45dans la vie politique aujourd'hui ?
15:47Quand vous êtes à gauche
15:49et que vous faites de la politique,
15:51vous grimpez, entre guillemets,
15:53dans l'échelle sociale.
15:54C'est-à-dire que,
15:55je vois messieurs Délegu, etc.,
15:57leur engagement à gauche
15:59est synonyme de monter dans l'échelle sociale.
16:01Quand vous êtes à droite,
16:03vous baissez dans l'échelle sociale.
16:05Votre engagement politique.
16:07C'est-à-dire que vous étiez promis, pourquoi pas,
16:09à une carrière intéressante sur le plan financier.
16:12Vous pouviez avoir des jobs extrêmement rémunérateurs,
16:15pourquoi pas.
16:16Si vous vous engagez à droite,
16:18et dans le temps,
16:20les meilleurs venaient dans la politique.
16:22Aujourd'hui, les meilleurs,
16:23ils sont PDG de Carrefour.
16:26Souvent, c'est le cas d'Alexandre Bompard.
16:29Alexandre Bompard,
16:30dans un autre monde,
16:32il aurait peut-être fait de la politique.
16:33Aujourd'hui, il est chez Carrefour.
16:35Pourquoi ?
16:36Il n'a peut-être pas envie d'être...
16:37Pardonnez-moi, c'est trivial ce que je veux dire.
16:38Il n'a peut-être pas envie d'être emmerdé.
16:40Il a peut-être envie de gagner beaucoup d'argent.
16:42Et puis, il n'a pas...
16:43Alors, quand tout sera bien,
16:45peut-être qu'il reviendra à la politique.
16:46Mais c'est très intéressant.
16:48Donc, qu'est-ce qui va se passer si on se projette ?
16:51Il ne va plus avoir...
16:52Les meilleurs ne viendront plus.
16:54Les meilleurs ne viendront plus,
16:56parce qu'il y a trop de coups à prendre.
16:57Donc, ça se passe déjà dans les villes.
16:59Je ne veux pas citer d'exemples,
17:01mais il y a un niveau...
17:03Là, à Nantes, par exemple,
17:05vous avez quelqu'un à Nantes,
17:07un conseiller municipal à Nantes,
17:09qui a expliqué que Nantes avait été bombardée
17:11par des nazis en 1943.
17:14C'est dire le niveau culturel
17:16des conseillers municipaux à Nantes.
17:18On a une députée qui a parlé de la guerre de 1940.
17:20D'ailleurs, je demande...
17:22On va le sortir.
17:23Les nazis...
17:24Donc, il n'est pas au courant
17:25que c'est les Américains qui ont bombardé Nantes.
17:27Et les conseillers municipaux à Nantes.
17:28Et les Anglais.
17:29C'est joli.
17:30Et les Anglais.
17:31Et il y avait Clark Gable
17:32qui était dans l'escadron.
17:33À des mille pieds.
17:34C'est une légende.
17:35À des mille pieds.
17:36Donc, je rebondis sur ce que vous dites.
17:38Monsieur Bofis, racontez juridiquement.
17:42Qu'en pensez-vous ?
17:43Monsieur Bofis.
17:44Je vous l'ai dit.
17:45Cette exécution provisoire d'une peine complémentaire
17:48me semble totalement disproportionnée.
17:50Mais pas forcément même dans le cas Le Pen.
17:52Dans un cadre général.
17:53Ce que vous disiez tout à l'heure,
17:55je suis totalement d'accord.
17:56Le citoyen peut avoir droit de voter
17:58pour une personne qui a été condamnée.
18:00D'ailleurs, la justice a été rendue au nom du peuple.
18:02Normalement est rendue au nom du peuple.
18:04Donc, le fait de prononcer une peine d'inégibilité
18:06avec l'exécution provisoire
18:07prive quand même le peuple
18:09d'exercer son propre droit.
18:10Et d'exercer ce pouvoir électoral.
18:12Il y a une présomption d'innocence quand même.
18:14Il y a une présomption d'innocence.
18:15Il me semble que jusqu'à la fin des recours,
18:19on est considérés comme présumés innocents.
18:23En fait, l'exécution provisoire en matière pénale
18:26est intéressante lorsque vous avez affaire
18:28à un individu qui est dangereux.
18:30Criminel, même d'ailleurs délictuel,
18:32s'il est très dangereux pour la société.
18:34Il a le droit de faire appel à son droit absolu.
18:37Mais pour préserver l'intérêt général
18:39et prévenir tout trouble à l'ordre public,
18:41on peut lui laisser un mandat de dépôt
18:42à l'exécution provisoire.
18:43Et là, il est en détention le temps de l'appel.
18:46Mais sur les peines d'inéligibilité,
18:48je trouve que c'est encore une fois
18:49vouloir faire plus blanc que blanc.
18:51Si je peux me permettre,
18:52on se focalise un peu sur l'exécution provisoire.
18:55Mais l'autre scénario qui est aujourd'hui
18:57le plus probable,
18:58que Marine Le Pen soit condamnée
18:59sans exécution provisoire,
19:00il n'est pas beaucoup plus confortable pour elle.
19:02Parce que ça veut dire qu'elle peut faire appel
19:03de la décision.
19:04Je parle sous votre contrôle.
19:05La procédure d'appel,
19:06ça va nous amener vers 2026,
19:08peut-être début 2027.
19:09Ça veut dire que,
19:10jusqu'à la campagne présidentielle de 2027,
19:12ces affaires judiciaires
19:13vont rester dans l'atmosphère,
19:14vont continuer à l'embêter, Marine Le Pen.
19:17Et donc, en fait,
19:18qu'elle soit condamnée avec exécution provisoire
19:20ou sans,
19:21elle sera embêtée jusqu'à l'élection présidentielle.
19:23Mais elle peut avoir aussi une peine d'inéligibilité
19:25avec exécution provisoire
19:26d'un an ou deux ans.
19:27Et dans ce cas,
19:28elle pourra quand même concourir
19:29à l'élection présidentielle,
19:30même dans deux ans.
19:31Et puis, sur le fond,
19:33moi, je vous assure,
19:35sur le fond,
19:36d'empêcher Mme Le Pen
19:38de se présenter à l'élection présidentielle.
19:40Parce qu'elle aurait fait travailler
19:43ce qui est déjà très contestable,
19:45parce qu'évidemment,
19:46quand t'es un député,
19:47quand t'es assistant d'un député,
19:50va faire la différence
19:52entre le travail que tu fais
19:54pour le Parlement européen
19:55et le travail pour ton parti.
19:57C'est une affaire de corne-cul.
19:59Voilà.
20:00C'est une affaire de corne-cul.
20:01Ça n'a pas l'air très évident.
20:02Ça a été démontré au moment du procès,
20:05visiblement.
20:06Alors ensuite, ce qu'on peut discuter,
20:07c'est, est-ce qu'elle n'est pas légitime
20:09pour quelqu'un qui travaille
20:10au sein du RN
20:12ou du FN à l'époque,
20:13de travailler, finalement,
20:15pour le FN
20:16et pas pour l'Union européenne ?
20:20Ce que voulait l'Union européenne,
20:21c'est de fonctionnariser,
20:23effectivement, ces gens-là
20:25et qu'ils ne travaillent que pour le Parlement.
20:26Tout ça n'a pas de sens.
20:29...déchire,
20:30depuis des semaines,
20:31si Mme Le Pen va pouvoir se présenter
20:32parce qu'elle aurait fait travailler
20:34un assistant parlementaire,
20:36tout ça est grotesque.
20:38Tout ça, évidemment, est grotesque.
20:40En tout cas, je vous livre mon humble avis,
20:42M. Hervouët.
20:43Mais je n'ai pas véritablement d'avis.
20:45J'écoute et j'apprends.
20:46Ça, c'est très facile.
20:48Quel menteur !
20:49On n'avait pas d'avis.
20:51C'est un drôle de pays
20:52où l'on peut se présenter...
20:53La preuve, c'est que...
20:54C'est un drôle de pays
20:55où l'on peut être vaincu trois fois
20:56à plate-couture à la présidentielle
20:57et se présenter une quatrième fois.
20:59Vous me direz que c'est comme ça
21:00que Mitterrand a été élu.
21:02Mélenchon ?
21:03Quoi, Mitterrand ?
21:0475 ? 74 ? 80 ?
21:06Troisième fois ?
21:07Oui.
21:08Chirac, pareil.
21:10La famille Le Pen, c'est la neuvième fois.
21:12D'accord, la famille...
21:14Je crois que c'est unique au monde.
21:16Oui, c'est vrai.
21:17C'est la première remarque.
21:18La deuxième remarque...
21:19On n'est pas un concours.
21:20Je vous assure que c'est assez singulier.
21:23On voit ça partout.
21:24Vous avez parfaitement raison.
21:25La deuxième chose...
21:27Normalement, aux États-Unis,
21:28quand vous êtes vaincu,
21:29vous disparaissez de la scène.
21:30On n'en a plus jamais parlé.
21:31Vous avez raison, Trump vient d'être élu.
21:32C'est le bon exemple.
21:33Oui, franchement...
21:34C'est la première fois, c'est comme le pape.
21:36On peut en prendre...
21:37Il en veut une troisième, en plus.
21:38Oui, il en veut une troisième.
21:39Le pape a été élu qu'une fois.
21:41Il faut le reconnaître, quand même.
21:43Vous avez bien fait de prendre la parole.
21:45Moi, j'ai l'impression d'être dans la...
21:47Il y a un pays que je connais bien,
21:49où je fais souvent un reportage,
21:50qui est la République du Santéodoros.
21:53La République du Santéodoros,
21:55ou la République de l'Oreille cassée,
21:57où il y a des coups d'État.
21:58Ah oui !
21:59Mais là, en France, maintenant,
22:00on a des coups d'État judiciaires,
22:02ce qui est quand même assez original.
22:04Donc, on a eu Fillon, on a eu Sarkozy,
22:06on a maintenant...
22:07Mais Fillon, c'est un bon exemple.
22:09Ce que vous disiez tout à l'heure,
22:11ce sont les parlementaires
22:12qui ont donné ce pouvoir aux juges.
22:14Mais les juges se sont arrogés
22:15sur cette espèce de pouvoir de faiseur de droit.
22:17Et pour Fillon, je trouve que c'est un bon exemple.
22:19Parce que, il faut se rappeler,
22:20le canard enchaîné sort les révélations,
22:22c'était mi-janvier, vers le 20 janvier,
22:24quelque chose comme ça.
22:25Un mois après, le PNF est saisi.
22:28Vraiment ?
22:29Et un mois après, il y a une mise en examen.
22:31C'est quand même d'une responsabilité inhésite.
22:34Pour être honnête, Fillon le réclamait.
22:36Je pense que c'est plus rapide.
22:37C'est-à-dire que le papier sort le matin
22:39et le PNF est saisi le soir.
22:40Oui, oui, ça va plus vite.
22:41Si le soir, il a mis en examen,
22:42intervient un mois et demi après.
22:43Oui, c'est possible.
22:44Mais tout à l'heure, j'ai dit,
22:46il a favorisé.
22:47Bien sûr.
22:48Je n'ai pas dit...
22:49J'ai pris un terme vraiment le plus léger possible.
22:51Le PNF a favorisé l'élection d'Emmanuel Macron.
22:54Je n'en ai pas dit davantage.
22:56Éliminer le favori en 2017,
22:58ça pourrait aller le faire en 2027.
23:00Je vous assure que c'est vraiment singulier.
23:01Je crois qu'il n'y a pas d'autres exemples d'enjeux.
23:03Vous, vous allez plus loin que moi.
23:05Vous dites qu'il a éliminé le favori en 2017
23:07et il s'apprête à éliminer le favori.
23:09Il a éliminé deux.
23:10Il s'est quand même présenté.
23:11Vous avez entendu le carillon peut-être ?
23:12C'est dommage, j'avais une bonne remarque à faire.
23:14Ça, écoutez, vous la direz à Michel Drucker.
23:17Mais en revanche, Thomas Hill est là.
23:20Bonjour.
23:21Je suis très content d'abord de vous voir
23:23parce que c'est lundi.
23:24Vous m'avez manqué.
23:25Je vous vois une heure en avance.
23:27Puisque cette heure d'été est horrible.
23:29Mais c'est comme ça.
23:30Saleté d'heure d'été.
23:31Bon, mais ce soir, ce matin,
23:34vous avez André Comte-Sponville.
23:39André Comte-Sponville.
23:41Passionnant.
23:42Et c'est passionnant.
23:44Et vous allez lui poser la célèbre question sur le poulet.
23:47Ah oui, rappelez-moi la question,
23:49il faut que je la note.
23:50Mais la question, dans un de ses bouquins,
23:53André Comte-Sponville dit
23:55quand je dis j'aime le poulet,
23:57c'est pas forcément bon pour le poulet.
24:00Et j'adore ça parce qu'au nom de l'amour,
24:03on fait dire parfois n'importe quoi.
24:05Vous savez, c'est ses parents, parfois,
24:07et puis même dans les couples.
24:08Mais c'est parce que je t'aime que je fais ça.
24:10Et lui définit ce qu'est l'amour.
24:13Ce qui n'est jamais simple.
24:14Convenons-en, c'est quoi l'amour ?
24:16Oh là là.
24:18J'ai trois heures devant moi, là.
24:20Mais vous avez monsieur Comte-Sponville.
24:22L'amour est dévorant.
24:24Eh bien, cette phrase est géniale.
24:26Quand je dis j'aime le poulet,
24:28c'est pas forcément bon pour le poulet.
24:30Il est 9h25, on en parle.

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