Éric Lombard, ministre de l’Économie et des Finances, est l'invité du Face à Face ce vendredi 4 avril 2025. Il a notamment réagi à l'annonce des droits de douane américains et la riposte européenne.
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00:00Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV, bonjour Éric Lombard.
00:04Bonjour Apolline de Malherbe.
00:05Merci d'être dans ce studio ce matin, vous êtes le ministre de l'économie et des finances,
00:09et on a particulièrement besoin de vos réponses ce matin, après les déclarations fracassantes de Donald Trump.
00:14On va parler croissance, chômage, inflation, quelles conséquences pour la France et pour les Français.
00:20Emmanuel Macron qui parle d'une décision brutale et infondée.
00:24Première question, est-ce qu'on peut encore y échapper ?
00:26On va tout faire pour y échapper.
00:29C'est une décision qui va d'abord toucher le peuple américain.
00:33Je veux que chacun comprenne bien de quoi il s'agit.
00:36Donald Trump veut taxer les importations aux Etats-Unis,
00:39toutes les importations de l'Union Européenne, c'est-à-dire 500 milliards d'euros de produits européens
00:44qui vont chaque année aux Etats-Unis et qui seront frappés d'une taxe de 20%.
00:49Quelle va être la conséquence ?
00:50Première conséquence, ça va augmenter le coût des produits vendus aux Etats-Unis,
00:55donc ça va augmenter l'inflation, ça va baisser le niveau de vie des Américains,
00:58qui d'ailleurs commencent à râler.
00:59La bourse à New York hier a baissé très fortement,
01:04beaucoup plus fortement que depuis toutes ces dernières années.
01:08L'impact qui, dans un premier temps, va être moindre en Europe,
01:10c'est que nous allons moins vendre de produits,
01:12et donc c'est malheureusement une difficulté pour nos entreprises,
01:15pour les exportateurs qui sont très nombreux,
01:18et que nous allons naturellement accompagner.
01:20L'attitude habituelle de Donald Trump, c'est un négociateur.
01:24Il a mis sur la table une proposition qui est agressive,
01:28nous allons y répondre.
01:29Il y a de nombreuses réunions de l'Union Européenne à partir de lundi,
01:33notamment les ministres de l'Économie et des Finances,
01:35les ministres du Commerce extérieur,
01:36afin de construire une riposte qui doit être proportionnée,
01:41mais qui doit nous conduire à la table de négociation.
01:44Nous avons un premier espoir, c'est que cette négociation,
01:48où on négocie d'égal à égal,
01:49moi je veux rassurer les personnes qui nous écoutent,
01:51D'égal à égal, vraiment ?
01:53L'économie européenne est une des plus puissantes du monde.
01:57Nous sommes les premiers investisseurs l'un chez l'autre,
02:00et en matière de flux d'exportation en matière de services,
02:04les sociétés américaines de services gagnent beaucoup d'argent en Europe.
02:08Donc nous avons tout à fait les moyens de négocier,
02:11dans un premier temps, pour obtenir si possible
02:14un désarmement avant l'application.
02:16Alors ça, ça me semble effectivement peut-être un peu optimiste.
02:18Puisque les premières applications auraient lieu à partir de demain.
02:21Elles vont avoir lieu très vite,
02:23mais obtenir un désarmement le plus rapidement possible.
02:27Le dialogue se poursuit en permanence.
02:29Il est mené par le commissaire européen Maros Sefcovic,
02:33par tous les ministres qui se parlent en permanence,
02:35le Président de la République qui parle avec le Président de la Commission européenne.
02:39Vous dites à la fois riposte et renégociation.
02:42D'abord, pour qu'on soit bien clair,
02:43vous n'empêcherez pas l'application immédiate ?
02:45On ne peut pas empêcher l'application immédiate,
02:47parce que ce sont des droits de douane qui sont perçus
02:49aux frontières des Etats-Unis.
02:51En revanche, la riposte, elle peut être très vigoureuse.
02:53Il ne faut pas qu'on riposte exactement avec les mêmes armes.
02:56Parce que si on fait comme les Etats-Unis,
02:58c'est-à-dire si on applique des tarifs des droits de douane
03:02à toutes les importations américaines,
03:04qui sont considérables, on parle de 350 milliards d'euros
03:08pour toute l'Union européenne,
03:09on va avoir aussi un effet négatif en Europe.
03:11C'est-à-dire que nous, nous aurons aussi l'inflation qui augmente.
03:13On aura aussi l'inflation et la baisse.
03:15Donc, on va riposter sur un certain nombre de produits
03:18sur lesquels on ne risque pas de désorganiser
03:20les chaînes de valeur en Europe.
03:22Et en revanche, on aura un impact aux Etats-Unis.
03:24Mais il n'y a pas que les droits de douane.
03:26La question des produits numériques d'abord,
03:27est-ce que c'est celle-là qui est sur la table ?
03:29On est en train d'en parler et dans ces cas-là,
03:32il faut que la riposte soit rendue publique
03:34au moment où elle est complète.
03:35Pour regretter que ça ait été évoqué hier,
03:37pour l'instant, vous dites, on négocie, on réfléchit,
03:40on annoncera quand c'est fait.
03:41Je ne regrette pas que ça ait été évoqué.
03:42C'est un signal qui a été adressé à nos amis américains.
03:45Mais on travaille sur un paquet de ripostes
03:48qui peut aller tout à fait au-delà des droits de douane,
03:50de façon, encore une fois,
03:52à amener les Américains à la table de négociation
03:55et d'arriver à un accord équilibré.
03:56Ça veut dire quoi, au-delà des droits de douane ?
03:58Qu'est-ce qu'on a d'autres comme outils ?
04:00Eh bien, on a des outils de réglementation
04:02sur des éléments que je ne veux pas détailler.
04:06Ça voudrait dire que, potentiellement,
04:08vous pourriez dire de certains produits
04:09qui ne sont plus aux normes
04:10et qui ne sont donc plus acceptés dans l'Union Européenne ?
04:12Les normes, les échanges de données.
04:14On a des outils fiscaux.
04:16Et l'avantage des outils fiscaux,
04:17c'est qu'ils peuvent toucher des entreprises,
04:20mais pas des secteurs entiers.
04:21Et ils n'ont pas d'impact sur le coût des produits en Europe.
04:25On veut vraiment protéger, autant que faire se peut,
04:27les citoyens de l'Union Européenne.
04:29Et d'ailleurs, j'observe,
04:31on a fait des premiers calculs dans la nuit d'avant-hier à hier matin,
04:35l'impact, cette année, sur l'Union Européenne
04:37est bien moindre que ce qu'il sera aux États-Unis.
04:40Donc, ça nous donne aussi un petit peu de temps pour nous adapter.
04:43Le président de la République, hier, avec le Premier ministre,
04:45nous avons réuni les filières,
04:46nous allons accompagner les entreprises
04:48pour que dans cette période très difficile,
04:50c'est un moment historique que nous vivons.
04:52Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale,
04:54on était dans un système où l'économie mondiale s'ouvrait,
04:58ce qui a bénéficié au développement des produits
05:00et à faire baisser le prix des produits.
05:02Il y a eu une inversion massive, historique de ce cycle.
05:06Nous, on veut profiter de ce moment
05:08pour remettre la situation à l'équilibre
05:11dans notre relation avec les États-Unis.
05:12Est-ce que c'est la fin du libre-échange ?
05:15C'est une question qui est posée.
05:18Le libre-échange visait à faire baisser les droits de douane.
05:22Je veux dire que quand j'ai été aux États-Unis
05:24avec le président de la République, il y a quelques semaines,
05:25et que j'ai parlé avec mon homologue,
05:27il parlait encore de faire baisser les droits de douane.
05:30Le libre-échange, il a permis le développement
05:33de produits très compétitifs au bénéfice des consommateurs.
05:37Au bénéfice des consommateurs, mais ne l'a-t-il pas été aussi
05:39au détriment des travailleurs ?
05:41Est-ce qu'au fond, quand Donald Trump fait ses déclarations
05:45devant un parterre d'ouvriers,
05:47est-ce qu'il a complètement tort sur cette question-là ?
05:50Il me semble que les deux questions sont palliées.
05:53La question de la répartition des richesses dans chaque pays
05:56dépend de politiques nationales.
05:59Et quand vous regardez ce qui se passe en Europe
06:01par rapport aux États-Unis,
06:02l'écart de richesse en Europe est bien moindre.
06:04On peut regretter que notre société ne soit pas plus égalitaire,
06:07mais elle est beaucoup plus que l'économie américaine,
06:11et d'ailleurs la France est aussi un pays plus égalitaire en Europe.
06:15Donc c'est un sujet qui économiquement n'est pas lié
06:18à la mondialisation, il est lié à un autre sujet.
06:21Et s'il y a une démondialisation qui se traduit par une augmentation
06:24du prix des produits, comment voulez-vous que ça bénéficie aux consommateurs ?
06:26Avec évidemment la question de l'emploi,
06:28et je voudrais que vous écoutiez tout de suite les mots de Patrick Martin,
06:31il était ce matin sur BFMTV, le président du Medef,
06:34qui craint des centaines de milliers d'emplois menacés.
06:38On exporte de l'ordre de 50 milliards d'euros par an aux États-Unis,
06:42alors c'est vrai dans toutes les filières,
06:44mais c'est vrai dans l'aéronautique,
06:45c'est vrai dans l'agroalimentaire,
06:48et donc il peut y avoir des conséquences graves
06:50à hauteur de plusieurs centaines de milliers de destructions d'emplois,
06:53à la fois ciblées sectoriellement et ciblées géographiquement.
06:57On entend la très grande inquiétude du patron des patrons,
06:59qu'est-ce que vous lui répondez ?
07:00On les a reçus hier, on connaît les entreprises exportatrices,
07:04on va les accompagner,
07:06on va mettre en place au ministère des Finances un site d'information
07:09pour que chacun connaisse exactement les tarifs et les conséquences.
07:13C'est quoi, c'est un numéro vert ?
07:14Pardon, mais quand vous dites accompagner,
07:16ils craignent de perdre des emplois,
07:18et vous allez leur donner un tableau avec les chiffres ?
07:20Je commence mon propos,
07:22il y a un accompagnement avec les équipes locales du ministère des Finances,
07:26qui comme pendant le Covid vont être en proximité.
07:29On va réunir très régulièrement Bercy,
07:31les patrons, les représentants des filières industrielles,
07:35pour être dans le dialogue, dans l'accompagnement.
07:37Nous voulons éviter les conséquences que craignent les entrepreneurs,
07:41le risque est réel, nous voulons éviter qu'il se produise.
07:44Le risque est réel ?
07:45Le risque est réel évidemment,
07:47puisque si on ne parvient pas à une négociation
07:50qui aboutit à faire baisser les droits proposés par Donald Trump,
07:54nous aurons une baisse de la croissance en Europe, en France,
07:57et elle va toucher d'abord les entreprises exportatrices.
08:01Et 40% des entreprises qui exportent vers les Etats-Unis
08:05ont un chiffre d'affaires avec les Etats-Unis
08:07qui est supérieur à la moitié de leur chiffre d'affaires.
08:09Je pense aux vins et spiritueux, à certaines filières spécialisées.
08:13Ces entreprises-là devront faire l'objet d'un accompagnement tout particulier
08:16pour qu'elles puissent franchir cette période
08:19et qu'on les aide à éviter les licenciements, les fermetures, plus grave encore.
08:22Cet accompagnement, il va se manifester par des aides, sonnant et trébuchant ?
08:26Nous n'en sommes pas là.
08:28D'abord, nos finances publiques nous contraignent à être très attentifs.
08:32On va d'abord regarder les conséquences.
08:34On va agir. Les annonces ont été faites il y a deux jours.
08:36Donc, on va discuter avec l'ensemble des entreprises,
08:39répondre de façon proportionnée à leur demande, faire de l'accompagnement.
08:44On a mobilisé d'ores et déjà BPI France, la banque publique de développement,
08:47qui pendant le Covid a mis en place des outils d'accompagnement qui vont se maintenir.
08:51Mais je demande aussi à l'ensemble des réseaux bancaires
08:54d'être très attentifs dans le suivi de ces entreprises
08:57dans ce moment où notre économie peut être en fragilité.
09:00Notre économie peut être en fragilité, c'est ça vos mots ?
09:02C'est-à-dire qu'on entre dans une zone de turbulence, d'incertitude.
09:06Vous appelez chacun des acteurs à se mobiliser quand vous dites je demande aux banques.
09:10Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les banques doivent aussi prendre
09:14une partie de l'effort en continuant à soutenir des entreprises
09:17pour qu'elles passent ce cap difficile ?
09:19Je veux peut-être prendre une vision plus large.
09:23Le monde est dans une situation extrêmement risquée.
09:26C'est un monde de prédateurs.
09:29On a la Russie qui est toujours en guerre malgré les efforts de toutes les nations en Ukraine.
09:36On a la Chine qui de façon plus pacifique a une attitude commerciale très agressive.
09:40Et on a maintenant les États-Unis d'Amérique qui augmentent les droits de douane,
09:44qui envisagent de prendre des territoires qui relèvent de l'Union européenne.
09:48Donc on est dans un moment de difficulté, de risque pour l'ensemble du monde.
09:53Là, on se concentre sur les aspects économiques à cause de cette question de tarifs.
09:57Effectivement, nous devons faire nation et le président de la République hier a demandé
10:01à l'ensemble des acteurs d'être solidaires, d'être attentifs.
10:04Et dans ce cadre, naturellement, les banques doivent accompagner leurs clients.
10:08Elles le font spontanément, je veux le rappeler.
10:10Quand vous dites nous devons faire nation, il y a eu aussi cette déclaration d'Emmanuel Macron
10:15qui appelle toutes les entreprises françaises à suspendre leurs investissements aux États-Unis
10:19en attendant une clarification.
10:21Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
10:22Oui, je suis intervenu après pour confirmer cette demande, s'il en était besoin.
10:28Pourquoi ?
10:30Il y a une négociation qui s'engage avec les États-Unis.
10:32Quel est l'objectif réel des États-Unis d'Amérique ?
10:35Parce qu'il y a évidemment un objectif politique et économique.
10:38C'est de réindustrialiser leur pays et de contraindre les groupes à venir fabriquer aux États-Unis
10:44pour éviter ces droits de douane.
10:46De siphonner en gros les entreprises en Europe pour leur demander de produire directement aux États-Unis.
10:51Il y a des textes qui veulent effectivement siphonner l'économie du monde à leur profit.
10:56Nous ne devons pas nous laisser faire et pour ça nous devons être solidaires.
11:00Pendant cette phase de négociation, il est clair que si une grande entreprise française
11:05acceptait de s'engager à ouvrir une usine aux États-Unis, ce serait donner un point aux Américains.
11:10On ne dit pas dans la durée qu'il ne faudra pas investir aux États-Unis
11:14parce qu'on va sortir de cette période de difficultés.
11:17Mais dans cette période où on est dans une négociation difficile,
11:20où nous-mêmes allons demander probablement aux Européens d'être solidaires
11:24parce qu'on va devoir mettre des droits de douane sur certaines filières,
11:27on va devoir être dans une phase d'affrontement commercial avec les États-Unis,
11:31il faut que l'ensemble des Européens soient solidaires et notamment nos grandes entreprises.
11:35Éric Lombard, ça veut dire qu'au fond, les entreprises qui ne feraient pas ce choix,
11:38qui, sans tarder, feraient plutôt le choix justement d'accepter cette sorte de main,
11:44j'allais dire tendue sous la contrainte de Donald Trump, seraient quasiment non-patriotes.
11:51Je ne vais pas jusque-là, c'est quelque chose qui s'organise dans le débat public,
11:56nous leur demandons, puis après chacun jugera de leur attitude.
12:00Mais puisque vous avez dit, je leur demande de faire nation,
12:03si à l'inverse elles y vont, c'est qu'elles ne font plus nation.
12:07Alors je vais répondre positivement.
12:10Il y a un grand sentiment d'unité dans notre pays en ce moment,
12:14et notamment les entrepreneurs savent que nous devons, avec l'État, avec l'Union européenne,
12:19être dans cette négociation afin de la faire aboutir.
12:22Donc j'ai senti une écoute très attentive et très positive.
12:25Et puis il y a aussi des investissements qui sont déjà engagés,
12:30des contrats qui sont en train de se nouer.
12:32Cela, il faut les suspendre ? Les mettre sur pause ?
12:35Il y a liberté d'entreprendre, et c'est aux responsables des différentes entreprises,
12:39en fonction de la situation, de faire ce qu'ils estiment le plus approprié.
12:42Vous en appuyez presque à leur patriotisme ?
12:44Nous faisons appel au patriotisme parce que nous sommes dans un moment de confrontation
12:48entre les grands blocs sur la planète, les États-Unis, la Russie, la Chine.
12:53L'Europe a tous les moyens d'être au niveau, mais ça demande des efforts.
12:58Et si je peux faire le lien avec les sujets intérieurs,
13:01le Premier ministre, le 15 avril, va réunir l'ensemble des parties prenantes
13:04pour préparer le budget 2026.
13:07Nous allons aussi devoir, dans le cadre de notre politique intérieure,
13:11être plus solidaires, faire plus d'efforts,
13:15puisque le monde change et nous devons nous adapter.
13:17Nous allons devoir faire des arbitrages et faire des efforts.
13:20Est-ce qu'il faut comprendre qu'il y aura sans doute des hausses d'impôts ?
13:24On a toujours dit, et je le confirme,
13:26que nous ne souhaitons pas augmenter les impôts des entreprises,
13:29et de façon générale, nous ne souhaitons pas augmenter les impôts.
13:32En revanche, il faut qu'on soit attentif notamment à tout ce qui est dépenses publiques,
13:36afin que la dépense publique, qui est élevée dans notre pays,
13:39pour des services publics qui sont indispensables,
13:42il ne s'agit pas de baisser la qualité des services publics et des protections.
13:46En revanche, on peut agir de façon plus efficace,
13:49et en tout cas, on doit agir de façon moins coûteuse pour l'État,
13:52parce qu'à la fin, ce sont nos impôts.
13:53Est-ce que ça peut suffire de ne jouer que sur les dépenses ?
13:55Est-ce qu'à un moment ou à un autre, le MEDEF par exemple propose,
13:59mais la CFDT n'est pas contre, de supprimer cette niche de 10%
14:02sur les pensions des retraites les plus aisées ?
14:05Est-ce que ça peut faire partie des choses où vous vous dites,
14:07à un moment, il va en effet falloir que l'effort soit partagé ?
14:10La méthode que nous suivons avec le Premier ministre,
14:12c'est de laisser le dialogue s'engager,
14:14et on n'intervient pas sur telle ou telle mesure,
14:16parce qu'on voit bien que sinon, c'est le débat budgétaire
14:19qui s'engage aujourd'hui, au lieu de s'engager devant le Parlement au mois de septembre.
14:23Donc, je suis très heureux que les partenaires sociaux,
14:26les entreprises fassent des propositions, débattent, réfléchissent,
14:31et nous allons, dans les mois qui viennent jusqu'à l'été,
14:34ouvrir un espace de dialogue avec les partenaires sociaux,
14:38avec aussi les associations d'élus,
14:40parce que les collectivités locales devront partager à l'effort,
14:43avec l'État, le Premier ministre a demandé à tous les ministères
14:46de rendre compte de leur mission,
14:47de façon que par le dialogue, on aboutisse à un projet commun
14:50qui sera évidemment présenté au Parlement de la République à la rentrée.
14:53Ça veut dire que jusqu'à l'été, vous espérez effectivement des propositions
14:56qui aillent quand même dans le sens, à un moment ou à un autre, d'un effort.
15:00On avait, il y a quelques semaines, le débat sur
15:03est-ce qu'on pourra continuer à maintenir les pensions
15:05tout en devant augmenter la production de canons, si je simplifie.
15:09On rajoute à ça maintenant, dans un contexte qui était déjà difficile,
15:13cette grande inquiétude sur les droits de douane
15:15et sur la fin d'un certain modèle du libre-échange,
15:17et donc de l'ouverture pour nos produits à l'étranger.
15:21Est-ce que sincèrement, la France a l'air insuffisamment solide pour y faire face ?
15:25Mais oui, nous sommes l'une des économies les plus fortes du monde.
15:27D'ailleurs, grâce aux efforts qui ont été faits ces dernières années,
15:30vous parliez du taux de chômage, le taux de chômage est à un niveau
15:33historiquement bas dans la période de nos entreprises.
15:35Mais il remonte.
15:36Très fort.
15:37Il remonte un peu, les derniers indicateurs que nous avons sont assez positifs.
15:41Vous espérez que la hausse cesse ?
15:44On espère une stabilisation, et puis avec l'effort...
15:50Avez-vous des indicateurs qui vous donnent la possibilité de dire ce matin
15:54que le chômage cesse d'augmenter ?
15:55Je suis très prudent sur les indicateurs, parce que le choc
15:58qui a été annoncé il y a deux jours peut modifier l'attitude des entreprises,
16:01et l'invité c'est qu'il faudra attendre quelques temps de voir comment
16:04la négociation s'engage et comment les entreprises réagissent.
16:07Donc les indicateurs que j'avais il y a deux jours, honnêtement, ils sont caducs.
16:10En revanche, nous avons tout à fait les moyens,
16:13avec le niveau de dépenses publiques qui est le nôtre,
16:16je rappelle, plus de 56% de la richesse nationale
16:19est engagée dans les dépenses publiques,
16:20la dépense des collectivités locales, la dépense sociale.
16:23Donc on peut en gagnant en efficacité,
16:26protéger les Français, financer l'effort de défense nationale
16:30qui est un effort pour la paix, et puis permettre de continuer
16:33d'avoir une économie qui se développe au bénéfice de tous.
16:35Éric Lambart, vous venez de dire, vous ministre de l'économie,
16:38vous qui avez fondé le budget sur une prévision de croissance,
16:42que les indicateurs d'il y a deux jours, en tout cas en matière d'emploi,
16:45n'étaient plus forcément les indicateurs d'aujourd'hui ni de demain.
16:48Lorsque vous avez inscrit ce budget dans une prévision de croissance
16:52initialement de 0,9, avant de la revoir à la baisse à 0,7,
16:55est-ce qu'aujourd'hui vous vous dites qu'il faut vraisemblablement
16:58la revoir autour de 0,5 ?
17:00Alors, les travaux sont toujours sur l'indicateur précédent,
17:03parce qu'on ne change pas le budget tous les jours,
17:050,7 c'est la nouvelle prévision de la Banque de France,
17:07que nous regardons.
17:10Le budget, on ne va pas le changer tous les jours,
17:14d'autant que, comme je le disais,
17:15on est dans une phase d'incertitude dans l'incertitude.
17:18Il faut attendre dans les semaines qui viennent de voir comment
17:21la négociation avec les Etats-Unis d'Amérique s'engage et comment elle évolue.
17:25Si on peut rapidement, ce qui est tout à fait possible,
17:28arriver à un accord avec un désarmement des mesures qui ont été engagées,
17:33un désarmement des mesures qui vont être annoncées par l'Union européenne,
17:35on peut encore avoir une année qui soit une année de croissance,
17:38certes modérée, mais positive.
17:40En revanche, si on n'y parvient pas et si on est dans une guerre commerciale,
17:45à l'évidence, on sera en termes de situation économique dans une autre situation,
17:50beaucoup plus difficile, et dans ces cas-là,
17:51dans le dialogue avec les Françaises et les Français,
17:54on proposera des choses, mais...
17:57C'est-à-dire quoi, on proposera des choses ?
17:58Éric Lambart, c'est très important ce que vous êtes en train de dire.
18:00Justement, je veux être très clair,
18:02on ne va pas modifier le budget en matière de dépenses cette année.
18:08Les dépenses qui sont annoncées seront tenues,
18:11et même si la situation devait se dégrader,
18:14on ne va pas demander un effort supplémentaire.
18:16Mais comment vous faites ?
18:17En revanche, la conséquence dans cette situation-là serait,
18:23c'est des décisions qui sont en cours avec le gouvernement,
18:25tout n'est pas totalement arbitré, mais la position que je porte,
18:29c'est que dans ces cas-là, probablement les recettes baisseraient,
18:32puis le PIB baisserait par rapport à ce qui est prévu,
18:34ce qui dégraderait, sans rentrer dans la technique, le taux de déficit,
18:39et je pense que dans ces cas-là, pour protéger les Françaises et les Français,
18:41il faudrait l'accepter.
18:43C'est-à-dire que la priorité, même si la situation se dégrade,
18:46c'est de laisser le niveau de dépense publique là où il était prévu,
18:49qui représente déjà un effort considérable par rapport à l'année dernière.
18:53Donc nous pensons qu'il ne faut pas accroître l'effort
18:57à un moment où on aura besoin à la fois de soutenir l'effort de défense,
19:01et puis encore une fois de soutenir tous les Français.
19:03Ce que j'entends derrière les mots que vous prenez avec grande prudence,
19:07soin d'énoncer ce matin, Éric Lambart,
19:10c'est que vous nous préparez à l'idée potentielle d'accepter
19:13de laisser à nouveau couvrir le déficit.
19:15L'important, je vais être très précis là-dessus,
19:19l'engagement que nous avons pris devant nos partenaires européens
19:22et devant d'ailleurs les marchés financiers, c'est le niveau de la dépense.
19:25S'il y a une variation trop importante de la production,
19:29effectivement le taux se dégradera de façon transitoire.
19:34Mais il nous paraît important de contrôler la dépense publique
19:38et de la faire évoluer de façon stable.
19:41Donc effectivement, je ne souhaite pas, même si la situation se dégrade,
19:45qu'on donne un coup de rabot supplémentaire à la dépense publique,
19:48ça aurait un impact négatif en réalité sur l'économie,
19:52sur les entreprises, sur les Français.
19:53Éric Lambart, comment on négocie avec quelqu'un
19:56avec lequel on n'est absolument pas d'accord sur les chiffres,
19:58avec lequel on ne parle plus le même langage ?
20:00Quand on regarde son tableau, on ne sait même plus vraiment d'où sortent les chiffres.
20:02Comment on négocie avec quelqu'un qui a des chiffres délirants ?
20:06C'est le mot utilisé par le journal Les Echos ce matin.
20:10On négocie parce que le président Trump connaît l'économie,
20:16la comprend et a bien compris qu'il imposait un droit de 20%
20:19sur tous les produits qui rentraient sur son territoire.
20:21Ce chiffre-là, il est clair ?
20:22Ce chiffre-là, il est très simple, il est très clair et ça a un impact négatif.
20:25Et le président Trump regarde la bourse de New York qui a baissé très fortement hier.
20:29Et donc la négociation que nous allons proposer,
20:31c'est revenez sur cette décision qui est nuisible à votre pays
20:34et nous les mesures de riposte que nous allons présenter,
20:37dans ces cas-là, nous les reprenons.
20:39Et si vous n'acceptez pas cela, nous maintenons notre riposte
20:43et c'est un jeu à somme négative,
20:45mais il faut absolument qu'on négocie à armes égales
20:47parce que si on ne le fait pas, ces 20% seront maintenus
20:51et dans la durée, c'est l'économie européenne qui sera touchée,
20:54et ça, nous ne le voulons pas.
20:55Merci Éric Lombard, ministre de l'Économie et des Finances,
20:59d'avoir répondu très clairement, mais de manière, j'avoue,
21:03pas forcément très réconfortante au moment où on se parle,
21:07mais on l'a bien compris, vous le dites, c'est un moment historique.
21:10Il est 8h53 sur AMC BFM TV.