L'animateur producteur Arthur reçoit le prix Jean-Pierre Bloch récompensant son engagement contre le racisme et l'antisémitisme
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00:00Chers amis, je vais être honnête, je ne sais pas comment recevoir ce prix.
00:05Je suis là devant vous et au lieu d'être heureux, je ressens quelque chose de plus profond qui me bouleverse, qui me glace.
00:12Parce que je me dis qu'en France, en 2025, on remet une récompense à quelqu'un juste parce qu'il a dit que l'antisémitisme était inacceptable.
00:21Et ça, ça ne me rend pas fier.
00:24Pour moi, c'est un signal d'alarme, une alarme qui nous dit que quelque chose s'est cassé, que quelque chose ne tourne plus rond.
00:31Alors oui, c'est vrai, depuis le 7 octobre, j'ai parlé fort, parfois avec maladresse, souvent en colère.
00:39Mais j'ai parlé pour rester debout, pour ne pas tomber, pour ne pas devenir fou.
00:44Parce que, comme tous les Jus de France, M. le Président, je vis désormais avec une peur qui ne me quitte plus.
00:52Pas une peur abstraite, une peur intime, une peur qui vous réveille la nuit, une peur qu'on n'avoue qu'à demi-mot, même à ses proches.
01:01Alors je parle. Je parle pour ne pas m'éteindre.
01:05Je parle, comme vous le disiez, pour mes parents qui changent leur nom quand ils commandent un taxi.
01:11Je parle pour ces femmes qui cachent leur étoile de David comme on cache une cicatrice,
01:15pour ces étudiants qui baissent les yeux dans les couloirs de la fac, pour ces commerçants dont les vitrines sont taguées,
01:21pour ces rabats frappés en pleine rue.
01:25Et je parle aussi parce que je n'en peux plus du silence.
01:29Où sont-ils ? Où sont-ils, ceux qu'on admirait, ceux qui se levaient pour toutes les causes, ceux qui avaient toujours le mot juste ?
01:37Les artistes, les penseurs, les humanistes, les féministes, les grandes voix.
01:42Les amis d'hier, aujourd'hui, si silencieux, ou pire, flous, tiède, ambigu.
01:49Ce silence, ce n'est pas de la douleur, c'est pire que de la douleur, c'est un abandon.
01:55Et croyez-moi, il blesse plus que toutes les insultes.
02:00Monsieur le Président, cher Emmanuel, chers amis, je ne vous demande pas de ressentir ce que nous ressentons.
02:08Je ne vous demande pas de vivre nos peurs. Je ne vous demande pas de vous mettre à notre place.
02:13Je vous demande de prendre la vôtre, votre place, celle qui engage, celle qui protège pour que l'histoire ne se répète pas.
02:21Votre place, debout, claire, ferme.
02:25Tenez la ligne. Tenez la ligne avant que les dernières digues ne cessent.
02:32Tenez-la comme on tient la main d'un enfant. Tenez-la comme on tient une promesse qu'on ne peut pas trahir.
02:38Parce que ça commence toujours par les Juifs. Et puis ça déborde, ça engloutit, ça emporte tout.
02:46Et pendant que, parfois, la République hésite, la haine, elle, elle avance, elle s'installe,
02:53elle prend ses aises, elle ne rase plus les murs, elle les peint, elle les signe avec son nouveau cheval de Troie, l'antisionisme.
03:02Celui qui dit Israël mais pense juif, celui qui prétend critiquer une politique mais qui déteste en fait une identité.
03:12Cet antisionisme qui tente de rendre la haine du Juif acceptable.
03:16Alors ce prix, je ne peux pas le garder pour moi. Je le tends. Je le tends à tous ceux qui, même dans cette période trouble, restent dignes, loyaux, debout.
03:26Je le tends à Sophia, mon amie, toi qui n'avais que des coups à prendre, tu t'es levée, sans calcul, sans rien attendre, courageuse.
03:33Je le tends à mes amis, mes amis du maquis, à mes bastards, à mes justes, ceux qui ne parlent pas mais qui agissent dans l'ombre, dans la poussière, dans le vrai.
03:44Je le tends bien entendu à Claude et à la famille Pierre-Bloch, à Mario et ses équipes de La Clicquera qui tiennent bon et sans relâche.
03:51Je le tends à Maéva, ma femme, qui encaisse tout sans jamais se plaindre.
03:58Alors croyez-moi, je ne suis pas du tout un héros, je suis juste un homme, un père, un citoyen, un français, un juif.
04:10Et tant qu'il me restera une voix, je ne me tairai pas, je ne m'excuserai pas, je ne reculerai pas. Merci à tous.