Le président de la République Emmanuel Macron a participé à la remise du prix Jean-Pierre Bloch récompensant une personne engagée dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Celui-ci a été attribué cette année à l'humoriste Sophia Aram et à l'animateur Arthur.
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00:00Mesdames, Messieurs les ministres,
00:04Mesdames, Messieurs les parlementaires,
00:06Monsieur l'ambassadeur,
00:08cher Président, cher Mario,
00:13mesdames et messieurs en vos grades et qualités,
00:16chers représentants des associations et des cultes,
00:19cher Claude-Pierre Bloch, cher Sophia Aram,
00:24cher Arthur,
00:26mesdames et messieurs en vos grades et qualités,
00:28chers amis.
00:30Je suis très heureux de pouvoir vous retrouver
00:33pour beaucoup d'entre vous
00:34et vous accueillir dans cette maison
00:37pour ce prix Jean-Pierre Bloch
00:38et vous avez à l'instant convoqué,
00:42j'allais dire sa mémoire,
00:43mais au fond, ses combats qui disent tout de lui.
00:46Et ce prix organisé par l'ALICRA,
00:50remis ce soir, en effet, à 2 grands artistes
00:54pour défendre notre fraternité
00:57et, avec elle, notre République.
01:02Pourtant, je le sais, beaucoup ici
01:05sont quelque part ailleurs par la pensée et par le coeur.
01:09Et c'est un peu cela qui,
01:12dans le moment que nous vivons,
01:14trouble et qui, d'ailleurs, légitime pleinement,
01:18j'allais dire vos combats,
01:20mais à coup sûr, oui, il s'agit bien de combats.
01:23Oui, nous avons aujourd'hui la volonté
01:28aussi d'être un peu ailleurs.
01:29Nous sommes à Orléans,
01:32aux côtés du rabbin Harry Engelberg,
01:34attaqué dans une rue de la ville.
01:36Nous sommes aux côtés de ce rabbin pris en chasse,
01:38frappé, mordu par son agresseur, violenté
01:41sous les yeux de son propre fils de 9 ans.
01:46Nous sommes à Orléans, à ses côtés,
01:48aux côtés de sa famille,
01:50de la communauté juive de la ville
01:52et de tous ceux qui s'y retrouvent.
01:56Nous sommes à Rouen,
01:58aux côtés de ceux qui ont vu leur synagogue incendié
02:01au mois de mai, à la Grande Motte,
02:04aux côtés de ceux dont la synagogue était visée
02:06par une attaque en août, heureusement déjouée à temps.
02:10Nous sommes avec ces parents qui craignent
02:11pour la sécurité de leurs enfants,
02:13avec ces enfants qui craignent
02:15pour la sécurité de leurs parents.
02:18Nous sommes dans ces cours d'école ou ces salles de classe,
02:20dans ces amphithéâtres d'universités
02:23où des paroles de haine, injures antisémites,
02:26propos antisionistes sont prononcées.
02:30Nous sommes au seuil des portes
02:32dont ont été retirées les Mézousas par crainte.
02:35Nous sommes dans ces rues où porter la kippa devient un risque.
02:40Nous sommes avec ces jeunes femmes, ces jeunes hommes
02:44qui ne donnent plus leur vrai nom
02:46au moment d'appeler un taxi ou de commander une voiture.
02:50Nous sommes avec ces aînés qui croient voir
02:52dans nos années 20 leurs propres années 30.
02:57Nous sommes avec les milliers de Français juifs
03:00victimes d'une vague inédite d'antisémitisme
03:04depuis le 7 octobre 2023,
03:07comme nous sommes aux côtés de nos compatriotes,
03:10victimes aussi chaque jour de racisme, de discrimination.
03:15Nous sommes aux côtés de nos compatriotes juifs
03:17qui font face à cette vague d'antisémitisme
03:19dont le nombre de manifestations, de passages à l'acte,
03:22de faits de violence a plus que doublé en un an.
03:27Et les assises que vous venez de tenir, madame la ministre,
03:29ces délégués interministériels l'ont montré admirablement.
03:34Car l'antisémitisme aujourd'hui, c'est vouloir frapper,
03:38vouloir blesser, vouloir tuer par la haine.
03:43Depuis un an, cette peur légitime grandit,
03:45et je le sais, beaucoup ici ont l'impression
03:47que le désert croix grandit,
03:50souvent en désert de solitude et de silence.
03:54Et au fond, pour tant et tant d'entre nous,
03:59c'est comme s'il n'y avait pas eu de jour d'après
04:02le 7 octobre 2023.
04:06Jamais de lendemain cette nuit de ténèbres,
04:08jamais de lumière nouvelle après ce jour de deuil,
04:11et jamais d'aube complètement recommencée
04:13sur ce désert de cendres et de chagrins.
04:17D'abord pour les familles qui pleurent un blessé, un mort.
04:23Et notre pays, je le rappelle, a perdu 49 de ces enfants
04:26auxquels nous avons rendu hommage
04:27voilà presque un an dans la cour des Invalides.
04:30Nous, Français, avons connu la tragédie
04:33de la prise d'otages aussi,
04:36et avons appris la mort du dernier
04:37dont nous étions sans nouvelles au Hade le mois dernier.
04:43Nous, Français, avons tous ressenti cette profanation
04:46faite à la conscience humaine universelle de 7 octobre.
04:51Il n'y a jamais eu non plus de lendemain au 7 octobre
04:54pour tous nos compatriotes juifs qui, bien souvent,
04:57expriment une peur légitime, une inquiétude sans recours.
05:02Alors je tenais à m'exprimer devant vous pour dire
05:04quel 8 octobre, au fond, nous voulons,
05:08quel jour d'après nous bâtissons,
05:11quelle France nous voulons transmettre à nos enfants.
05:15Je pense à ces mots du rabbin Engelberg,
05:18justement, toujours lui,
05:20prenant la parole pour faire le récit de l'agression,
05:23la surprise d'abord, la conscience très vide
05:25de l'attaque antisémite, et puis ce sursaut,
05:29cette volonté de rendre les coups, de se défendre,
05:32car, disait-il, il voulait que son fils
05:34soit témoin de cette règle simple.
05:38Face à la haine, on ne baisse pas la tête.
05:43Ne pas baisser la tête, ne pas baisser les yeux,
05:45ne pas plier les chines.
05:48Je cite ces mots parce qu'ils expriment par excellence
05:51ce qui nous rassemble aujourd'hui,
05:53l'esprit français de résistance.
05:57L'esprit de résistance, c'est cela,
05:59vouloir opposer à la barbarie la lucidité,
06:04aux ténèbres l'entêtement farouche
06:06et aux pulsions la raison.
06:09Voilà ce qui tisse le fil de la vie admirable
06:11de Jean-Pierre Bloch,
06:13qui, de Léon Blum au général de Gaulle,
06:15écrivit les plus belles pages de l'humanisme français.
06:20Cet âme indocile se refut profond de l'esprit de défaite.
06:24C'est cela qu'il anima.
06:27Plus jeune député du Front populaire,
06:29engagé volontaire contre l'Allemagne nazie,
06:31prisonnier, évadé,
06:33revenant à Vichy braver les collaborateurs,
06:36prenant la route du maquis, arrêté à nouveau, évadé encore,
06:39ministre du gouvernement provisoire,
06:41on ne baisse pas la tête.
06:45Jamais on ne capitule, on lutte.
06:47Et on prend les chemins de la liberté,
06:49on entre en résistance.
06:53Jean-Pierre Bloch incarne cet esprit
06:55pendant la guerre, bien sûr, puis ensuite,
06:57président de la DICRA,
06:58militant inlassable contre le racisme,
07:01comme son épouse Gabi,
07:02artisan du dialogue avec toutes les religions,
07:05témoin au procès de Papon, en somme, une vie,
07:09à se faire vigie et sentinelle de notre humanisme français.
07:15Humanisme, parce que la dignité de l'homme
07:18et la force de son esprit forment un noyau infracassable
07:22qui résiste à toutes les oppressions
07:24et à toutes les assignations.
07:28Toujours relever la tête aux 2 sens de l'expression,
07:34porter un regard lucide et dénué de compromissions
07:37et opposer la volonté à la fatalité.
07:41C'est cet esprit de résistance qui nous réunit ici.
07:46Esprit de résistance qu'incarne la DICRA,
07:48que je remercie pour cet engagement,
07:51et vous tout particulièrement, monsieur le président,
07:53cher Mario.
07:55Résistance par l'effort de l'intelligence,
07:59par la culture, par l'humour,
08:01tout ce qui vous façonne, cher Arthur, cher Sophia.
08:06Cet esprit de résistance, celui qui ne cède rien,
08:08qui ne transige pas, qui ne baisse pas les yeux,
08:11ni sur le mal, ni sur ses auteurs, ni sur ses complices,
08:14et qui ne cède à aucune facilité,
08:17ni à aucune simplification des temps que nous vivons.
08:26Alors oui, la République agit.
08:29Nos forces de l'ordre sont intraitables.
08:31Elles traquent les auteurs d'actes antisémites
08:33dans nos rues, derrière nos écrans.
08:34La justice agit.
08:36Les auteurs sont jugés quand il le faut condamnés.
08:40Aucune complaisance, pas d'inaction, pas de silence,
08:43et il n'y aura pas de défaite.
08:46Je le dis donc, ce 8 octobre commun
08:49dans la République est possible.
08:53La place des Français juifs, elle, est en France.
08:57Cette place est là dans nos coeurs, indéracinable,
09:00avec la longue histoire de France,
09:02enfouie dans les vestiges de notre passé,
09:05dans ces migvées, ces stèles, ces inscriptions
09:07qui sont sur les pierres de France,
09:10de la Drôme, du Comtat vénécin à Troyes,
09:14où vivait Rachid au XIe siècle,
09:15dans le Languedoc, en Normandie.
09:19Histoire du judaïsme, histoire profondément française,
09:22irréductiblement française.
09:25On ne baisse pas la tête.
09:27Et je dis aussi qu'il faut lever les yeux, hausser la tête,
09:31regarder notre passé
09:33et ne pas tomber dans cette tyrannie du présent.
09:38Et c'est là où je disais que l'époque est piégeuse,
09:41avec ses raccourcis.
09:44Nous connaissons les origines de l'antisémitisme contemporain,
09:48cette généalogie de la haine.
09:50Elle commence au temps de l'affaire Dreyfus,
09:53avec les Drumonds, les Deroulaides,
09:54les Maurasses, les Barès et tant d'autres.
09:57C'est ensuite le régime de Vichy, la collaboration,
10:00le statut des Juifs, la rafle du Veldiv,
10:02la mention juif imposée sur les papiers d'identité,
10:05alors même que les nazis ne l'avaient pas demandé.
10:10C'est la collaboration et tout ce qui s'en suit.
10:13Et depuis quelques années ont émergé
10:15les tristes héritiers de l'antisémitisme.
10:19L'un évoque les chambres à gaz
10:20comme un point de détail de l'histoire,
10:22l'autre reprend à son compte
10:23la vieille accusation du peuple déicide,
10:26pointant que Jésus a été crucifié par ses propres compatriotes.
10:30Un autre encore affirme que le maréchal Pétain
10:32a sauvé des Juifs au mépris le plus absolu de la vérité.
10:35Cela entretienne et soutienne
10:38les vils propagateurs de l'antisémitisme.
10:41Je pense à ces humoristes ou affluenceurs,
10:43activistes ou prédicateurs, petits trafiquants de haine,
10:46qui sournoisement, insidieusement,
10:49instillent le poison antisémite dans les consciences.
10:53Cela savent tirer profit de l'opportunité
10:55que leur offrent les nouvelles techniques
10:56de communication numérique.
11:00Le poison antisémite n'est constitué
11:02que d'un seul ingrédient, la haine.
11:06Et quelle que soit l'expression que prend l'antisémitisme,
11:08religieuse, sociale ou raciale, elle n'est que le produit de la haine.
11:14Une haine née à l'extrême droite,
11:16qui a prospéré à l'extrême droite
11:18et qui a su essaimer au-delà de l'extrême droite.
11:23Et aujourd'hui, malheureusement,
11:24jusqu'à certains rangs de l'extrême gauche et de la gauche,
11:26pour qui l'antisionisme fait office d'alibi
11:28à l'expression de l'antisémitisme.
11:32Ainsi s'est assemblée la monstrueuse chaîne de la haine
11:36qui seule pouvait lier les radicaux islamistes
11:39aux négationnistes de la Shoah.
11:41Nous en sommes là.
11:45Et il ne suffit pas d'être contre l'extrême droite
11:49pour être pour la République
11:52lorsqu'on propage des propos antisionistes et antisémites,
11:56de la même façon qu'il ne suffit pas d'être
11:59contre l'extrême gauche pour protéger les Juifs,
12:03quand on va au secours
12:05de ceux qui ont eux-mêmes servi le négationnisme.
12:09Et je veux ici vous dire que nous ne céderons
12:11à aucun de ces raccourcis, à aucun de ces chemins
12:14qui voudraient opposer bloc à bloc deux discours de haine
12:18et leur propre voie de normalisation.
12:20Au milieu, il y a juste la République,
12:26c'est-à-dire un combat pour l'universel,
12:28un combat qui refuse d'essentialiser qui que ce soit,
12:33un combat qui, vous l'avez parfaitement
12:35et admirablement dit,
12:38repose sur l'universel de la laïcité,
12:41car c'est un universel qui permet dans notre République
12:44de croire ou de ne pas croire,
12:46qui n'assigne personne à sa religion.
12:49Un combat pour la liberté, l'égalité, la fraternité,
12:52qui permet de critiquer, de blasphémer, d'ironiser,
12:57parce que toujours, chacun est respecté.
13:01Mais un combat qui fait que la seule chose qui compte
13:03dans cette République, par son universel,
13:07c'est que nous sommes citoyennes et citoyens.
13:12C'est cela, le combat que vous menez.
13:15C'est cela, le combat que vous portez.
13:21Chaque fois que l'antisémitisme tente de renaître,
13:23des consciences s'éveillent, se révoltent, mènent le combat.
13:26Et même s'il paraît difficile,
13:27même si je sais que beaucoup se sentent dans un désert,
13:30même si certains cèdent parfois à des simplifications,
13:34oubliant l'histoire encore contemporaine,
13:37nous sommes là avec cette exigence et cette volonté.
13:43Parce qu'à cette généalogie de la haine
13:47s'oppose la généalogie de la fraternité.
13:53Et vous, aujourd'hui, chère Sophia, cher Arthur,
13:55vous êtes de celles et ceux qui ont choisi
13:57de s'inscrire dans cette généalogie.
14:01Fraternité républicaine qui élève, qui fait d'un enfant
14:04de séfarades algériens et de Juifs alsaciens,
14:07un député, un ministre, un héros français,
14:10comme Jean-Pierre Bloch,
14:11en l'honneur duquel Mme Martine Benayoud,
14:14pour qui j'ai une pensée ce soir, a créé ce prix,
14:17et dont vous avez repris la charge, chère Claude.
14:20Fraternité républicaine qui fait d'une enfant de Trappes,
14:26née dans une famille marocaine, une icône populaire,
14:29chère Sophia.
14:31Fraternité républicaine qui fait d'un petit garçon né au Maroc,
14:35un enfant de la télé, un enfant de la République, surtout,
14:39une vedette de notre paysage audiovisuel, chère Arthur.
14:43Chère Sophia, au micro de France Inter ou sur scène,
14:48vous défendez vos idéaux en vous acquittant avec courage
14:52du prix des attaques, de la haine, des insultes,
14:55du racisme, des critiques.
14:58Vous ne cédez à aucune facilité.
15:03Vous n'êtes pas sensible à l'influence des biotopes.
15:07Et au fond, vous êtes, comme beaucoup de nos concitoyennes
15:10et concitoyens qui mènent ce combat,
15:12en se sentant trop souvent seuls.
15:15Et je crois que ce visage toujours souriant,
15:19cette insolence libre, mais en même temps,
15:23cette fierté d'être ce que vous êtes,
15:26beaucoup s'y retrouvent.
15:28Et je pense qu'elle aide beaucoup de jeunes femmes,
15:31de jeunes garçons qui, dans beaucoup d'endroits
15:34de la République, se sentent parfois seuls.
15:38Défense de vos idéaux, de nos idéaux français,
15:41la liberté de penser,
15:43la liberté de penser face au fanatisme.
15:46Et vous l'avez dit, c'est ce combat que nous menons.
15:49Ca veut dire précisément de croire dans l'esprit critique,
15:54de croire dans l'insolence et dans l'esprit critique.
15:56C'est-à-dire de se dire que face au fanatisme,
15:59les réponses simples sont parfois les plus idiotes
16:01et que la vérité n'est sans doute pas à chercher à l'extrême
16:04et encore moins dans la complaisance.
16:07L'égalité, l'égalité entre les femmes et les hommes,
16:10l'émancipation, la conquête, la fraternité
16:14qui pleurent toutes les morts en ne l'étaisant pas,
16:18en ne distinguant rien,
16:19en étant fidèles à ce devoir d'humanisme,
16:21comme vous avez eu le courage de le faire
16:23lors de la cérémonie des Molières.
16:27Cher Arthur, vous aussi, on vous connaît si bien,
16:30mais on vous découvre toujours.
16:33Toujours plus en avant face à la haine et la calomnie,
16:36l'antisémitisme, vous ne pliez pas les chines,
16:40vous persévérez,
16:42vous vous affirmez comme Français de confession juive,
16:44le coeur à rire et à pleurer, coeur tricolore,
16:48coeur qui ne tait rien de ses chagrins ou de ses espérances.
16:53Vous vous battez avec vos armes, l'humour, l'ironie,
16:57une forme de panache aussi,
16:59avec ce que vous savez faire, créer,
17:02aider les autres à créer
17:05et en gardant avec pudeur vos propres angoisses,
17:10celles d'un père lorsque son fils prend les armes
17:13et risque tout pour la liberté et libérer les otages.
17:18L'un et l'autre, l'un avec l'autre,
17:19vous êtes les visages de cette fraternité française.
17:25Alors, grâce à vous et par vous, ce soir,
17:28nous ne baissons pas la tête, jamais.
17:32Nous croyons dans l'universel et l'universalisme,
17:36nous croyons dans la liberté, l'égalité,
17:38la fraternité, la laïcité,
17:41nous croyons dans la République
17:43et nous pensons que ces principes
17:47permettent seuls de vivre
17:49et que nos mots salent encore le quotidien de la vie,
17:54ils donnent un goût et nous permettent de tenir.
17:59Alors, grâce à vous, ce soir, nous relevons la tête
18:02et je veux remercier les organisateurs du prix Jean-Pierre Bloch,
18:04toute sa famille ici présente,
18:07la LICRA et tous ses compagnons de lutte.
18:13L'inaccessible étoile, cher Mario,
18:16je ne sais pas si on pourra l'atteindre.
18:17De la même manière, je ne sais pas
18:18si on atteint vraiment la République,
18:20parce que c'est un combat recommencé chaque jour.
18:25C'est toute sa beauté.
18:26C'est ce qui nous permet, au fond,
18:30de ne jamais être fixe,
18:35de ne jamais être à l'arrêt,
18:39de ne jamais être, en quelque sorte,
18:42une idée finie qu'on pourrait décrire
18:43comme un corps déjà mort.
18:46Beaucoup s'interrogent souvent, ça revient régulièrement
18:49à travers les époques, sur ce qu'est être français.
18:52C'est un projet.
18:54C'est celui de réinventer chaque matin la République.
18:58Ce projet a commencé avant la République elle-même.
19:01Peggy l'a beaucoup mieux dit avant moi.
19:03Et il continue chaque jour.
19:05C'est ce projet-là qui est le vôtre.
19:07Demandez-vous ce qu'est être français aujourd'hui.
19:11Ce n'est ni votre sang, ni vos origines,
19:17ni votre religion.
19:19Et nous le savons de...
19:21Je tiens à Josephine Baker.
19:23C'est une volonté.
19:25Les deux enfants de la République
19:26qui sont consacrés ce soir le montrent.
19:28C'est ça, être français.
19:30Vive la République et vive la France.
19:32Applaudissements
19:37J'invite à présent...
19:40J'invite à présent Mme Sophia Aram,
19:43M. Jacques Essebag,
19:44M. Jean-Claude Pierre-Bloch
19:46et ses petits-enfants à monter sur scène.
19:48Applaudissements
19:53...
20:17...
20:32...
20:54Applaudissements
21:01...
21:14Je voulais juste embrasser Claude d'abord.
21:17...
21:30Bonsoir à tous.
21:31J'aimerais partager avec vous quelques remerciements
21:34et un constat.
21:36Tout d'abord, merci à vous, M. le Président,
21:38cher Emmanuel, pour vos mots,
21:40pour votre invitation ici.
21:42Merci à Claude, à sa famille.
21:45Merci à Lalicrain, Mario.
21:49Merci à mes fils, à mes frères et sœurs
21:53et à mes amis nombreux ici
21:56pour la force que vous me donnez.
21:58Merci aussi à mon père de nous aimer.
22:01Merci de nous avoir élevés et de nous avoir protégés.
22:05Merci, papa.
22:06...
22:13Merci à Arthur, fidèle compagnon de combat.
22:16Et enfin, merci à Benoît, l'homme de ma vie.
22:20...
22:26Mon constat est simple.
22:28J'ai grandi dans un monde
22:30dans lequel l'antiracisme était une évidence,
22:33l'universalisme, une boussole
22:35et la laïcité, un socle.
22:37Pour tout vous dire, je viens d'un monde
22:39dans lequel Jean-Marie Le Pen était déjà antisémite
22:41et Jean-Luc Mélenchon ne l'était pas encore.
22:45Ce qui, je conviens, pour les plus jeunes d'entre nous ici,
22:47peut être un peu surprenant.
22:50Personne à l'époque n'aurait pu confondre l'extrême droite
22:52avec un rempart contre quoi que ce soit,
22:54ni considérer le hijab comme un embellissement.
22:57Le combat contre le racisme et l'antisémitisme
22:59était un combat contre les identitaires
23:01de tout poil et de toute barbe.
23:04L'explosion des actes antisémites
23:05qui a suivi le pogrom du 7 octobre
23:08nous a fait basculer dans un monde différent,
23:10un monde travaillé depuis longtemps par l'islamisme,
23:13la pensée identitaire et le communautarisme.
23:16Et pour ceux qui se demandent où peut bien nous conduire
23:19un monde dans lequel on mêle de plus en plus
23:23politique, race et religion,
23:26eh bien, ouvrez un livre d'histoire
23:28et vous aurez la réponse.
23:31Voilà pourquoi je pense qu'il n'y a plus de place
23:35pour nos petits renoncements et nos grands accommodements.
23:39Il est temps de nous rassembler face à l'islamisme
23:42et face au populisme, qu'il soit d'extrême droite
23:44comme d'extrême gauche.
23:46Il est temps de se rassembler autour d'une idée simple,
23:50autour de l'idée simple que l'humanisme ne se divise pas.
23:54Il ne se divise pas en race
23:56et que la République ne se divise pas en communauté
24:00parce que la République ne se divise pas, point.
24:03La République est une et indivisible.
24:06Au-delà de nos différences et de nos parcours,
24:08voilà ce qui nous rassemble ici ce soir
24:10et voilà pourquoi je suis heureuse et fière
24:13de partager ce prix avec toi, Arthur.
24:16Merci à tous.
24:17Applaudissements
24:19...
24:32Pas facile de passer après tout le monde.
24:34...
24:41Monsieur le président, cher Emmanuel,
24:45chers amis,
24:47je vais être honnête, je ne sais pas comment recevoir ce prix.
24:50Je suis là devant vous et au lieu d'être heureux,
24:53je ressens quelque chose de plus profond qui me bouleverse,
24:56qui me glace,
24:58parce que je me dis qu'en France, en 2025,
25:00on remet une récompense à quelqu'un
25:02juste parce qu'il a dit que l'antisémitisme
25:04était inacceptable.
25:07Et ça, ça ne me rend pas fier.
25:09Pour moi, c'est un signal d'alarme,
25:10une alarme qui nous dit que quelque chose s'est cassé,
25:13que quelque chose ne tourne plus rond.
25:16Alors oui, c'est vrai, depuis le 7 octobre,
25:19j'ai parlé fort, parfois avec maladresse,
25:23souvent en colère, mais j'ai parlé pour rester debout,
25:26pour ne pas tomber, pour ne pas devenir fou,
25:30parce que, comme tous les Jus de France,
25:33monsieur le président,
25:34je vis désormais avec une peur qui ne me quitte plus,
25:37pas une peur abstraite, une peur intime,
25:41une peur qui vous réveille la nuit,
25:42une peur qu'on n'avoue qu'à demi-mot,
25:44même à ses proches.
25:46Alors je parle.
25:48Je parle pour ne pas m'éteindre.
25:51Je parle, comme vous le disiez,
25:52pour mes parents qui changent leur nom
25:54quand ils commandent un taxi.
25:56Je parle pour ces femmes qui cachent leur étoile de David
25:58comme on cache une cicatrice,
26:00pour ces étudiants qui baissent les yeux
26:02dans les couloirs de la fac,
26:03pour ces commerçants dont les vitrines sont taguées,
26:06pour ces rabats frappés en pleine rue.
26:10Et je parle aussi parce que je n'en peux plus
26:12du silence.
26:14Où sont-ils ?
26:16Où sont-ils, ceux qu'on admirait,
26:17ceux qui se levaient pour toutes les causes,
26:20ceux qui avaient toujours le mot juste,
26:22les artistes, les penseurs, les humanistes, les féministes,
26:25les grandes voix ?
26:27Les amis d'hier, aujourd'hui, si silencieux,
26:29ou pire, flous, tiède, ambigu.
26:34Ce silence, ce n'est pas de la douleur.
26:37C'est pire que de la douleur.
26:38C'est un abandon.
26:40Et croyez-moi, il blesse plus que toutes les insultes.
26:45M. le président, cher Emmanuel, chers amis,
26:50je ne vous demande pas de ressentir ce que nous ressentons.
26:53Je ne vous demande pas de vivre nos peurs.
26:55Je ne vous demande pas de vous mettre à notre place.
26:58Je vous demande de prendre la vôtre, votre place,
27:02celle qui engage, celle qui protège
27:04pour que l'histoire ne se répète pas.
27:06Votre place, debout, claire, ferme.
27:10Tenez la ligne.
27:12Tenez la ligne avant que les dernières digues ne cessent.
27:17Tenez-la comme on tient la main d'un enfant.
27:20Tenez-la comme on tient une promesse
27:22qu'on ne peut pas trahir.
27:23Parce que ça commence toujours par les Juifs.
27:26Et puis ça déborde, ça engloutit, ça emporte tout.
27:31Et pendant que, parfois, la République hésite,
27:35la haine, elle, elle avance, elle s'installe,
27:38elle prend ses aises, elle ne rase plus les murs,
27:41elle les peint, elle les signe.
27:44Avec son nouveau cheval de Troie, l'antisionisme.
27:47Celui qui dit Israël, mais pense juif.
27:51Celui qui prétend critiquer une politique,
27:54mais qui déteste, en fait, une identité.
27:57Cet antisionisme qui tente de rendre
27:58la haine du Juif acceptable.
28:01Alors ce prix, je ne peux pas le garder pour moi.
28:04Je le tends.
28:05Je le tends à tous ceux
28:07qui, même dans cette période trouble,
28:08restent dignes, loyaux, debout.
28:11Je le tends à Sofia, mon amie,
28:13toi qui n'avais que des coups à prendre,
28:14tu t'es levée sans calcul, sans rien attendre, courageuse.
28:19Je le tends à mes amis, mes amis du maquis,
28:22à mes bastards, à mes justes,
28:25ceux qui ne parlent pas, mais qui agissent dans l'ombre,
28:27dans la poussière, dans le vrai.
28:29Je le tends, bien entendu, à Claude et à la famille Pierre Bloch,
28:33à Mario et ses équipes de La Clicquera,
28:35qui tiennent bon et sans relâche.
28:37Je le tends à Maréva, ma femme,
28:40qui encaisse tout sans jamais se plaindre.
28:44Alors croyez-moi, je ne suis pas du tout un héros.
28:48Je suis juste un homme, un père, un citoyen,
28:53un Français, un Juif.
28:56Et tant qu'il me restera une voix, je ne me tairai pas,
29:00je ne m'excuserai pas, je ne reculerai pas.
29:04Merci à tous.
29:05...
29:14Nous allons passer à la séquence photo.
29:17...
29:19Photo avec les primés,
29:23M. Pierre Bloch, ses petits-enfants,
29:24et le président de La Clicquera.
29:26...
29:32...
29:38...
29:47...
29:55...
30:01...
30:06Donc se prépare à gauche de la scène la famille de Mme Aram.
30:11...
30:17...
30:23...
30:30...
30:36...
30:42...
30:48...
30:54...
31:00...
31:05Je vous invite à sortir par la gauche de la scène, s'il vous plaît.
31:18J'invite Mme Aram et sa famille à monter sur scène.