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00:00Bon, salut à Jean-Christophe Cuvie qui est avec nous, secrétaire du syndicat de police unité que vous connaissez, bonjour M. Cuvie.
00:05Bonjour Pascal Praud.
00:06On salue M. Théo Grévin qui est exceptionnellement sorti du musée et qui est avec nous, voici ce qu'il s'est rendu sur place pour enquêter.
00:16Pourquoi il n'est pas fait dossier ?
00:18Il a été recruté au musée. C'est comme un des personnages de Woody Allen qui sortait de l'écran, et bien lui il est sorti du musée Théo Grévin.
00:26C'est sa famille.
00:27D'accord.
00:28Et il est né dans le musée, en Cire.
00:31C'est une statue à qui on a donné de la vie, un peu comme un personnage de Frankenstein.
00:36Il est devenu journaliste.
00:39On vous en parle depuis ce matin, en Seine-Saint-Denis, à Saint-Ouen, une école maternelle va déménager à cause du trafic de drogue.
00:45On en est là Théo.
00:46Quatre classes de l'école Émile Zola, l'un des plus gros points de deal de la ville, située à quelques mètres de l'entrée.
00:53Une école située au milieu de plusieurs HLM.
00:55Alors, vous avez enquêté, vous êtes allé, dites-nous tout.
00:58Oui, pour décrire déjà un petit peu ce lieu, c'est-à-dire que vous l'avez dit, il y a des bars HLM, il y a cette école qui est en plein milieu,
01:04et des trafiquants tout autour.
01:06Donc les parents arrivent le matin, ils passent devant les guetteurs.
01:10C'est une situation qui est assez inquiétante quand vous accompagnez votre enfant.
01:13Même chose l'après-midi quand ils viennent récupérer leur enfant, et donc c'est un vrai problème.
01:18Et face à cette situation, la mairie va devoir délocaliser l'école.
01:24Et donc là, toute la question, c'est de savoir s'ils peuvent tenir jusqu'à la fin de l'année.
01:27Mais dans tous les cas, en septembre, l'école, elle ne sera plus là.
01:30Ils vont être obligés de déménager à cause de ce point de deal.
01:33Point de deal qui s'étend parce qu'en fait, désormais, les dealers viennent même dans la cour de l'école pour cacher la drogue.
01:40C'est en tout cas ce qu'explique un père de famille qu'on peut peut-être écouter, qui a répondu au micro d'Europe 1.
01:44Qu'est-ce qu'on attend ? Est-ce qu'on attend qu'un accident arrive ?
01:47Ou est-ce qu'on considère que suffisamment d'événements sont arrivés pour dire maintenant ça suffit ?
01:52Moi, ma fille a retrouvé un sachet. On parle de sachet avec de la cocaïne.
01:56Donc c'est un pouce dans la bouche, évite d'arriver après avoir cru que c'était du sucre.
02:00C'est aussi des jets de projectiles contre des fenêtres.
02:03C'est un climat qui n'est pas normal pour une école.
02:06Voilà, donc c'est une situation catastrophique.
02:09Et ce que raconte ce père de famille, c'est assez impressionnant.
02:11La cour de récréation est devenue le lieu de stockage de la drogue.
02:16Mais vous-même, vous étiez sur place et vous vous êtes fait agresser.
02:19Oui, alors la situation est particulière parce que les journalistes sont sur place depuis dimanche à peu près.
02:25Et forcément, ça va paraître assez fou ce que je vais dire, mais on les empêche de travailler, ces dealers.
02:30Et donc, ils sont venus nous voir une, deux, trois fois.
02:34Et la troisième fois, c'était un petit peu plus tendu.
02:37Heureusement, les équipes de télévision, et ça les auditeurs d'Europe 1 ne le savent pas forcément,
02:41mais les équipes de télévision, et il y en avait une en l'occurrence,
02:44viennent aujourd'hui avec des agents de sécurité dans certaines zones.
02:48Écoutez, franchement, c'est invraisemblable.
02:50C'est invraisemblable que la police ne fasse pas son travail.
02:54Je rappelle que vous êtes secrétaire du syndicat de police unité.
02:57Pardonnez-moi, que fait la police ?
02:59Vous savez, Saint-Ouen, c'est 130 fonctionnaires de police.
03:02Il en manque une trentaine, enfin 170 pardon.
03:05Il en manque au moins une trentaine pour avoir assez d'effectifs pour occuper le terrain.
03:10On n'arrête pas de le dire.
03:12Le problème aujourd'hui, c'est qu'on a des services...
03:14On peut faire venir d'autres fonctionnaires de police qui ne viennent pas forcément de Saint-Ouen,
03:19sur un cas aussi emblématique.
03:21Je ne suis pas ministre de l'intérieur,
03:24mais lorsqu'il y a, par exemple, au Stade de France, un match de football,
03:27je vois des effectifs autour du stade qui sont déployés en masse.
03:31Donc j'imagine qu'on peut laisser, pendant quelques jours,
03:35des effectifs qui viendraient d'un autre lieu de France.
03:38Mais on est à Saint-Ouen, mais à côté il y a Saint-Denis,
03:40et dans toute la France, on fait venir des CRS, des gendarmes mobiles,
03:43mais je veux dire, vous connaissez les Watu-Watu ?
03:46Vous savez, on pouvait les dupliquer comme ça.
03:48Mais là, on ne peut pas faire ça avec la police, ce n'est pas possible.
03:50Monsieur Kouvi, on parle d'une école qui va être fermée,
03:53parce que des dealers sont en train de faire leur trafic.
03:57Et on va demander aux parents de se prononcer lors d'un vote, je crois, demain,
04:01pour dire si l'établissement est délocalisé à la rentrée de septembre,
04:05ou aux vacances de Pâques.
04:07Je vous assure qu'on marche sur la tête,
04:09pour reprendre l'émission de Cyril Hanouna,
04:11et je m'étonne, mais ce n'est pas de votre responsabilité,
04:14je m'étonne que le ministre de l'Intérieur,
04:16parce que s'il veut le ministre de l'Intérieur,
04:18si en France, en clair, on ne peut même pas garder une école,
04:21pendant deux mois, avec des forces de police,
04:24parce qu'elle est menacée par des dealers,
04:26je m'inquiète vraiment.
04:28Je veux bien qu'on nous envoie un kit de survie,
04:30si demain on est attaqué par l'Ukraine ou par la Russie,
04:33mais il faudrait peut-être simplement se préoccuper de ce qui se passe à Saint-Ouen.
04:37Écoutez, aujourd'hui, moi je suis le premier,
04:39alors franchement, le premier navré, je suis horrible,
04:41quand j'ai vu ça, mais c'est scandaleux,
04:43parce qu'en fait, quel message on donne à ces gamins ?
04:45En fait, on donne le message, parce que ces gamins,
04:47ça va être des futurs adultes.
04:49On leur dit déjà, la République recule,
04:51on est en train de vous déplacer,
04:53parce qu'on n'est pas capable de déplacer des dealers.
04:55Donc en fait, les dealers gagnent,
04:56et donc c'est la République qui recule à chaque fois.
04:58Et une fois qu'on a fait ce constat,
04:59qu'est-ce qu'on fait, justement, pour empêcher ça ?
05:01On n'a pas assez d'effectifs, on n'arrête pas de le dire,
05:03il y a des dossiers à traiter,
05:04on n'a pas assez d'officiers de police judiciaire.
05:06Hier, le bureau national s'est déplacé à Agin,
05:08on parle de Saint-Ouen,
05:09vous savez combien il y a de policiers pour Agin ?
05:11100.
05:12La brigade des stups, ils sont 3.
05:14La question qu'on pose toujours,
05:15est-ce qu'on peut mettre des militaires,
05:16qui ne sont pas là, a priori, pour faire ce type d'opération ?
05:18Les militaires, ils vont faire des rondes,
05:19à un moment donné, ils vont se confronter, effectivement, aux dealers,
05:21et puis ils n'auront pas les prérogatives pour interpeller,
05:23et donc du coup, qu'est-ce qu'on fait ?
05:25Ils tirent à vue, ils font quoi ?
05:26En fait, la problématique, c'est qu'on a un pays,
05:28moi, quand je vois des images,
05:29où comme à Saint-Denis, il y a 2-3 jours,
05:30la police municipale est obligée de quitter le terrain,
05:33et se fait pratiquement lyncher par une centaine d'individus.
05:35On a vu ces images qui sont téléportées sur les réseaux sociaux.
05:37Mais on se dit, on est en France,
05:38on est dans un pays du tiers monde.
05:39Mais je me pose la question,
05:40et aujourd'hui, on n'a plus les moyens,
05:41on a créé un Kraken,
05:42vous savez, dans les mythologies, c'est ça,
05:44c'est le monstre énorme,
05:45et aujourd'hui, ces monstres-là,
05:46on n'arrive pas à les endiguer,
05:48parce qu'ils sont plus nombreux que nous,
05:49les policiers.
05:50Et comment on fait ?
05:51Il faut des policiers, maintenant,
05:52pour surveiller les gardes à vue.
05:53Même quand vous êtes en garde à vue,
05:55vous avez un droit à l'image,
05:56et il faut demander votre consentement
05:58pour pouvoir être filmé H24.
06:00Donc, on met des policiers
06:01pour garder les gens qui sont en garde à vue.
06:03On n'équipe plus de police secours.
06:05Je vous dis, à Agen,
06:06ils sont 100,
06:07ils doivent faire des choix.
06:08J'ai un collègue,
06:09il a 1500 dossiers à Agen à traiter,
06:11il n'en peut plus.
06:12Enfin, à un moment donné,
06:13il y a la façade,
06:15effectivement, on vote des lois
06:17contre le narcotrafic, etc.
06:19Comme je dis en rigolant,
06:20mais tremblez, narcotrafiquants,
06:22la police, oui, j'arrive,
06:23et on va vous faire reculer.
06:25Mais on n'en a pas les moyens.
06:26C'est terrible.
06:27Je vous assure,
06:28quand on est confronté
06:29aux exemples concrets
06:30qui existent dans ce pays,
06:31je suis effondré, effaré,
06:34comme sans doute
06:35ceux qui sont en train de nous écouter.
06:36Vous avez rencontré le maire de Saint-Ouen.
06:38Tout à fait, Karim Bouamrane.
06:39Alors lui, il se défonce.
06:40C'est le maire PS de Saint-Ouen.
06:41Il explique qu'il y a des solutions
06:44qu'il y a des choses
06:45qui arrivent prochainement.
06:46Il y a des effectifs de police
06:47qui vont arriver
06:48dans les prochaines semaines.
06:49La police municipale,
06:50notamment, lui, se défend.
06:52Il explique qu'à Saint-Ouen,
06:53il y avait six points de deal.
06:54Aujourd'hui, il n'y en a plus que trois.
06:55Donc, forcément,
06:56ça devient des gros points de deal.
06:57Et il se défend.
06:58Ça, c'est une bonne défense.
06:59De dire, effectivement,
07:00il n'y en a plus que six,
07:01il y en avait trois,
07:02mais les trois sont plus importants
07:03que les six d'avant.
07:04C'est vraiment, c'est une bonne défense.
07:05Mais on pourrait l'appeler, d'ailleurs,
07:06le maire de Saint-Ouen.
07:08Et on l'a, si vous voulez,
07:09il a répondu au micro d'Europe 1.
07:11Avec plaisir.
07:12Là où il y aurait eu un échec
07:13de la part du service public,
07:14c'est si jamais on avait fermé,
07:15il y aurait écrit
07:16« fermé pour cause de deal ».
07:17C'est la situation dont j'ai hérité.
07:18Et on a laissé, par laxisme
07:20et par incompétence,
07:22prospérer une situation
07:24qui était la privatisation
07:25de l'espace public
07:26au profit du deal.
07:27Ce qui est de ma responsabilité,
07:28c'est d'assurer la sécurité
07:30au quotidien des écoles.
07:32On va marquer une pause.
07:34Mais c'est vrai que c'est passionnant.
07:36Si j'ose dire,
07:37de voir l'état dans lequel ce pays est.
07:43On va remercier, évidemment,
07:44Jean-Christophe Kouvis,
07:45secrétaire du syndicat de police Unité,
07:48et Théo Grévin
07:49qui est allé sur place.
07:50Et je vous rappelle
07:51qu'en Seine-Saint-Denis,
07:52à Saint-Ouen,
07:53une école maternelle va déménager
07:54à cause du trafic de drogue.
07:55On en est là.
07:57C'est fait, ça, ce déménagement ?
07:58Ou il reste quand même
07:59une possibilité
08:00que l'État reprenne du terrain ?
08:02Non, non, c'est fait.
08:03Ça a été acté hier soir
08:04lors d'une réunion publique
08:05entre le maire et les parents d'élèves.
08:07Et demain, les parents vont voter.
08:09Et on vous fera suivre, évidemment,
08:10la situation sur Orantan.
08:11Je vous assure, c'est effrayant.
08:12Pour savoir s'ils partent
08:13dès avril ou en septembre prochain.
08:16C'est effrayant,
08:17Jean-Christophe Kouvis, c'est effrayant.
08:18Moi, depuis longtemps, on le dit.
08:20En fait, aujourd'hui,
08:21on a les dealers
08:24qui veulent justement
08:25empêcher le désenclavement
08:26de certaines personnes
08:27dans des quartiers.
08:28Effectivement, les écoles,
08:29c'est l'avenir.
08:30Vous vous formez,
08:31vous êtes des adultes
08:32et on forme des citoyens
08:34à être des citoyens plus tard.
08:35Et aujourd'hui, en fait,
08:36les dealers,
08:37c'est pour ça aussi qu'ils brûlent.
08:38Ils ont brûlé pendant les émeutes
08:39sur l'affaire Nahel,
08:40les bibliothèques,
08:41les médiathèques,
08:42tout ce qui est culturel
08:43pour enclaver justement
08:44ces gens-là,
08:45les laisser dans les cités
08:46parce que ça leur fait
08:47de la main-d'oeuvre après.
08:48Et c'est ça qui est terrible.
08:49Et en fait, on a l'impression
08:50qu'on est cas au-debout
08:51et on a une République
08:52qui ne réagit pas.
08:53Mais ça, c'est des...
08:54Désolé, mais dans un combat de boxe,
08:55on est dans les cordes.
08:56On va essayer de la faire réagir
08:57d'ici demain
08:58et on va en parler,
08:59médiatiser,
09:00pourquoi pas avoir une solution.
09:01Merci, M. Kouvi.
09:02Merci, M. Grévin.

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