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00:007h-9h, Europe 1 matin. 7h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin
00:06l'ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driancourt.
00:09Bonjour Xavier Driancourt. Bonjour Dimitri Pavlenko.
00:12Bienvenue sur Europe 1, votre dernier livre, l'énigme algérienne, chronique d'une ambassade à Alger aux éditions de l'Observatoire.
00:17En attendant un nouveau livre apparaître très prochainement, venez nous le dire.
00:20Le 7 mai. Le 7 mai, c'est très bientôt.
00:22Vous êtes aussi membre du comité de soutien à Boilem-Sensal, dont le sort est peut-être en train de se jouer en ce moment même.
00:28Xavier Driancourt, Jean-Noël Barraud, ministre des Affaires étrangères, se rend dimanche à Alger pour discuter,
00:34alors je lis le communiqué, d'une relance de la coopération entre la France et l'Algérie.
00:39Coopération totalement paralysée, on le sait depuis l'été dernier.
00:43Alors, ce qui se passe là aujourd'hui avec la visite de Jean-Noël Barraud, c'est la suite du coup de fil lundi
00:48entre Emmanuel Macron et Abdelmajid Tebboune. Est-ce qu'on est au début d'une désescalade, vous pensez ?
00:54Oui, manifestement. C'est bien qu'on se reparle avec l'Algérie, mais je crois qu'il ne faut pas surestimer la visite de M. Barraud.
01:03J'ai lu attentivement le communiqué publié dimanche ou lundi par l'Elysée, par les deux présidents.
01:10C'est embrassons-nous Follville. On repart à zéro, on se réfère à la feuille de route d'août 2022,
01:18on parle de la coopération judiciaire, c'est bizarre, la coopération sécuritaire, migratoire.
01:25On annonce la visite de M. Darmanin, mais pas celle de M. Retailleau.
01:30Et on parle de dialogue d'égal à égal aussi.
01:32Donc la question qui préoccupe la France, les autorités françaises, les OQTF, la distribution des laissés-passés consulaires par les consulats,
01:44les reconduites à la frontière, tout ça, on n'en parle pas.
01:48Alors c'est peut-être la coopération migratoire, mais la coopération migratoire, généralement,
01:53on entend du côté algérien davantage de visas, mais pas tellement les reconduites.
02:00Est-ce qu'on pourrait avoir un accord du style clandestin OQTF-Boilem-Sensal, ça pour la partie française,
02:06contre la reprise, plutôt l'augmentation du niveau de délivrance des visas ?
02:12Il peut y avoir un deal de ce genre, mais pour revenir à Boilem-Sensal, puisque c'est ça aussi le point déclencheur de la crise,
02:20d'abord il y a une vague allusion dans le communiqué, et puis le procureur algérien a fait appel hier de sa condamnation à 5 ans de prison.
02:32Boilem-Sensal lui-même a fait appel ?
02:34Boilem-Sensal lui-même a fait appel, mais le procureur hier a fait appel des 5 ans de prison qui avaient été décidées pour Boilem-Sensal.
02:42Et ça veut dire quoi, ça ?
02:43Et lui avait demandé 10 ans de prison.
02:45Ça veut dire que le procureur estime que la peine de 5 ans est insuffisante ?
02:48Donc il estime que la peine de 5 ans est insuffisante.
02:51Et le procureur, il est aux ordres de Thébou, né de la justice algérienne, et on l'appelle la justice du téléphone,
03:00c'est-à-dire qu'il y a une ligne spéciale entre El Mouradia, la présidence, et puis les procureurs,
03:06et qui dit que vous condamnez M. Pavlenko à 10 ans de prison.
03:11Je vous en prie, je n'ai rien fait, je suis totalement innocent.
03:14Mais on parle aussi depuis quelques temps, Xavier Drencourt, de la possibilité d'une grâce présidentielle,
03:20et alors c'est très intéressant, on voit que dans le droit algérien, il faudrait qu'il se désiste, Boilem-Sensal, de son appel,
03:28pour être gracié, parce que pour être gracié, il faut une condamnation définitive.
03:32Est-ce que vous y croyez, ou est-ce qu'on est toujours là dans une parodie de justice ?
03:35D'abord, je ne pense pas que M. Barraud va revenir avec Boilem-Sensal.
03:40Deuxièmement, le droit algérien, tout le monde s'assied dessus, s'il y avait un droit, ça se saurait.
03:48Justice du téléphone, vous allez me dire.
03:50C'est une justice qui n'existe pas, donc le droit algérien, on peut le passer par pertes et profits,
03:54quoi que fasse Boilem-Sensal.
03:56Et troisièmement, Boilem-Sensal n'a toujours pas d'avocat, je le rappelle.
04:00Maître Zimré ne peut toujours pas aller à Alger le défendre.
04:04C'est un avocat extraterritorial, pour l'heure.
04:06C'est un avocat français, et ce qui est contraire à la convention franco-algérienne passée au moment des accords déviants.
04:12Donc vous êtes plutôt réservé, peu optimiste en tout cas, Xavier Drencourt, sur le sang Boilem-Sensal.
04:18On peut voir se communiquer le verre à moitié plein ou à moitié vide.
04:22Donc ça va dépendre de la négociation qui va s'ouvrir à partir de dimanche.
04:28Et je pense que le curseur de la grâce présidentielle qui pourra intervenir peut-être dans 40 jours,
04:34après l'Aïd, donc il y a un autre Aïd dans 40 jours, peut-être le 5 juillet,
04:40dépendra un peu des négociations qui vont s'ouvrir.
04:44C'est le jour de la fête nationale en Algérie, le 5 juillet.
04:46Oui, le 5 juillet, exactement.
04:48Les Algériens vont réagir en fonction de ce qu'on mettra sur la table,
04:52en fonction de la rançon qu'on va payer, en quelque sorte.
04:55Vous dites le point de départ de la crise c'est Boilem-Sensal,
04:57mais en fait c'était plutôt la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara occidental.
05:02Est-ce que vous pensez, Xavier Drencourt, que la France pourrait revenir sur cette reconnaissance ?
05:07Non, d'ailleurs il n'y a pas un mot sur le Sahara occidental dans le communiqué,
05:11donc de ce point de vue c'est plutôt une défaite algérienne.
05:15Mais dans le communiqué il y a une référence au principe des Nations Unies,
05:19et les Nations Unies sont sur une ligne de non reconnaissance
05:25de la marocanité du Sahara occidental.
05:28Donc c'est un point un peu curieux, on va voir comment on va esquiver le débat.
05:33Et vous pensez que c'est évidemment un des termes de la négociation qui se trame en coulisses ?
05:36Bien sûr, bien sûr.
05:38Très intéressant.
05:39Vous avez évoqué aussi, Xavier Drencourt, l'effacement de Bruno Retailleau
05:44au profit des diplomates.
05:45On voit qu'il n'est plus tellement question de riposte graduée.
05:48Alors il se défend le ministre de l'Intérieur en disant
05:50il fallait qu'instaurer de l'attention, ce qu'il a fait,
05:55pour que les lignes bougent finalement, pour arriver à cette logique de résultat, dit-on du côté de l'Elysée.
06:00Oui, c'est vrai, d'un côté c'est parce que nous avons commencé à mettre en oeuvre
06:06certaines dispositions visant les VIP algériens à l'aéroport d'Orly ou de Roissy
06:13et je pense que les Algériens se sont dit, oulala, ça va être embêtant.
06:17Je vous signale, hier, il y a eu le nouveau centre de visa qui a été ouvert à Alger pour la France
06:24parce qu'on externalise les formulaires de visa
06:30et on a changé de prestataire, c'est une entreprise française qui a remplacé une entreprise américaine
06:39en début de semaine, le premier jour de l'ouverture, 100 000 dépôts de demande de visa.
06:47Le premier jour.
06:49Ça veut dire qu'il y a quand même une demande pour venir en France
06:55et que c'est un levier que nous avons sur l'Algérie.
06:58Mais c'est pour ça, l'absence de M. Retailleau est quand même étonnante
07:05On va envoyer M. Barrault, puis M. Darmanin parler de coopération judiciaire
07:09Bon, la coopération judiciaire avec l'Algérie, elle est quand même assez limitée
07:13sauf à ce qu'on parle des extraditions d'opposants, de choses comme ça
07:17Mais M. Retailleau, qui est un des principaux intéressés, n'est pas convié au repas.
07:24Et vous ne voyez de toute façon pas Boilem Sansalle rentrer dans l'avion de Jean-Noël Barrault ?
07:28Ça m'étonnerait vraiment.
07:29Merci Xavier Driancourt d'être venu ce matin sur l'antenne d'Europe 1 Volumière
07:34sur l'énigme algérienne, le titre de votre dernier ouvrage en date chronique
07:38d'une ambassade à Alger, édition de l'Observatoire
07:40Merci d'être venu sur Europe 1, à très bientôt.
07:42A bientôt, merci.