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C’est une condamnation à laquelle Marine Le Pen, jusqu’au bout, espérait pouvoir échapper : une peine d’inéligibilité de 5 ans avec effet immédiat. Un séisme politique pour celle qui a fini à 2 reprises au 2ème tour de l’élection présidentielle, et un coup d’arrêt dans sa carrière politique.  Après 40 ans de combats acharnés, de désillusions et de guerres, parfois même contre les membres de son clan, Marine Le Pen saura-t-elle poursuivre le fil de son incroyable destin politique  ?

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00:00Sur le tableau de bord, posée devant lui,
00:06cette liasse de tract, comme pour lui rappeler son mantra du jour, soutenons Marine.
00:12Au volant, le sénateur RN du Pas-de-Calais, Christophe Surek.
00:17Ce matin, il ne se rend ni au Sénat, ni en commission.
00:23Il part au combat pour sauver le soldat Le Pen.
00:27On est un peu dans le jour d'après, fatalement,
00:29mais toujours ce même sentiment à la fois de colère, d'injustice, de tristesse, de considération.
00:36Christophe Surek prend la route direction Hénin-Beaumont,
00:39fief du Rassemblement National, là où Marine Le Pen s'est établie.
00:44Conseillère municipale à trois reprises, 67% au second tour de la dernière présidentielle,
00:50est réélu député pour la troisième fois après la dissolution,
00:54et dès le premier tour avec plus de 64% des voix.
01:00Au lendemain de la condamnation, la contre-offensive,
01:03après un appel lancé par le patron du RN, Jordan Bardella.
01:07C'était vraiment un ordre de mobilisation de la part de Jordan.
01:12C'est un appel à nous soutenir, à soutenir Marine par tous les moyens possibles.
01:18Pour l'accompagner dans sa lutte, des élus, des militants, des sympathisants.
01:24Tous réunis dans cette permanence,
01:27convaincus de l'injustice de la peine d'inéligibilité prononcée contre Marine Le Pen.
01:32Manifestement, des magistrats ont décidé que Marine ne serait pas candidate à l'élection présidentielle.
01:37En tout cas, c'est le message qu'on va aller faire passer sur le marché d'Hénin-Beaumont.
01:41Je vous remercie encore de votre mobilisation et on va se diriger vers le marché.
01:45Merci.
01:50Dans le bataillon, Jacqueline, militante depuis 40 ans.
01:54On ne va pas la perdre, on va se battre pour qu'elle reste.
01:57Stand après stand, tract en main, Jacqueline sillonne les allées du marché.
02:02C'est injuste.
02:03Elle est forte, elle va rebondir.
02:06Beaucoup n'ont pas besoin d'être convaincus.
02:09Un regard, un mot suffisent souvent à persuader.
02:13C'est pour soutenir Marine.
02:19D'autres, en revanche, demandent des comptes.
02:21C'est pour Marine, c'est pour la soutenir.
02:24On va voir ce qu'ils ont fait avec elle parce que nous, on se trouve ça vraiment aberrant.
02:28Pourquoi ?
02:29Parce qu'ils l'ont massacrée.
02:31Moi, je trouve que son procès était fait avant d'être jugé.
02:34Elle a détourné quoi ?
02:37Elle aurait détourné de l'argent.
02:40Mais pas pour s'enrichir, pas pour elle.
02:43Pour qui alors ?
02:44Pour remonter son parti et tout ça.
02:48L'argent de qui aussi ?
02:50L'argent du peuple, notre argent.
02:52Si on détourne notre argent, si elle est au pouvoir, qu'est-ce que ça va être ?
02:58Ça va être quoi ?
03:00Après une vie de combat, Marine Le Pen pensait enfin avoir dompté les vents contraires.
03:06Sa condamnation judiciaire vient fissurer une stratégie longuement peaufinée.
03:10Ce jugement est une folie et les Français ne l'accepteront pas.
03:15C'est une déflagration.
03:16C'est l'œuvre de sa vie qui s'écroule.
03:19Après une carrière politique construite dans l'adversité,
03:22cette décision judiciaire marque-t-elle le début d'une bataille de plus
03:26ou la fin de l'ambition de sa vie ?
03:28La plus forte des probabilités, c'est qu'elle ne soit pas candidate en 2027.
03:32Un destin contrarié ?
03:34Vous me laissez passer, merci.
03:35Alors qu'elle se voyait déjà sur le perron de l'Élysée.
03:38Elle est déterminée à mener une guerre.
03:40Les choses sont extrêmement claires, on ne se laissera pas faire.
03:46L'histoire rocambolesque de la famille Le Pen commence lors de la nuit de la Toussaint 1976.
03:52Marine a alors 8 ans.
03:55Une explosion d'une violence tout à fait inouïe a détruit plusieurs appartements de la villa Poirier,
04:00dans le 15e arrondissement de Paris, où se trouvait le domicile de M. Le Pen.
04:04Il y a quelqu'un qui a choisi d'éliminer la famille Le Pen.
04:08Toute la famille Le Pen.
04:10Un artificier a déposé une bombe sur l'escalier.
04:15Et à 6h du matin, la bombe a explosé.
04:18Nous avons été victimes d'un attentat qui a détruit l'intégralité de l'immeuble dans lequel nous étions en train de dormir.
04:23Par miracle d'ailleurs, personne n'est mort.
04:26Il y a même un bébé d'un an qui a été projeté du cinquième étage et qui n'a eu qu'un bras cassé.
04:31Jean-Marie Le Pen, sa femme Pierrette et les trois filles, sans toit,
04:35viennent s'installer à Montretout dont ils viennent d'hériter.
04:39La vaste demeure se transforme peu à peu en Ruche, le quartier général du Front National.
04:46Et à partir de là, ça s'est mélangé.
04:49Vous ne pouviez pas dissocier du tout la vie du quotidien avec la vie politique.
04:54Parce que d'abord c'était son bureau.
04:56Et puis tout le monde, les enfants, venaient au milieu des soirées politiques ou bien des bureaux politiques.
05:04Les trois filles de Jean-Marie Le Pen font pleinement partie du bouillonnement qui saisit Montretout à cette époque.
05:11Et parmi elles, Marine, le portrait craché de son père, occupe une place à part.
05:20Marine Le Pen, c'est la chouchoute de Jean-Marie.
05:24Quand elle est enfant, il lui passe tout.
05:27C'est elle qui est encore plus gâtée que ses deux sœurs aînées.
05:31Jean-Marie Le Pen a vraiment les yeux de chimène pour sa petite dernière, il l'adore.
05:36C'était le chouchou, c'était la plus jeune.
05:39Tout à fait naturellement, c'est le bébé le plus jeune qui généralement reçoit le plus de témoignages d'affection.
05:47Marine avait un charme fou, une gaieté ravageuse, une espèce d'amour de la vie qui était très communicatif.
05:54Donc ils étaient extrêmement proches.
05:55Et puis on le sent encore aujourd'hui, alors que tout le monde est très adulte désormais, il y a des ressemblances et des automatismes.
06:02Je crois qu'il y a des comportements, des attitudes, des réflexes sémantiques qui font qu'on voit bien que l'une est la fille de l'autre.
06:10Au rebours de ce que l'on pourrait attendre d'une famille de la droite nationale,
06:14Marine et ses sœurs vont, durant l'essentiel de leur scolarité, fréquenter l'enseignement public, une forme d'endurcissement revendiqué par leur père.
06:25Je souhaitais qu'elle ait ce genre d'éducation parce que je voulais qu'elle soit confrontée aux problèmes de la vie dès leur enfance et leur adolescence.
06:36Qu'elle ne soit pas élevée dans du coton et ça n'a pas toujours été facile pour elle d'être les filles Le Pen.
06:45Mais ce sont les avantages et les inconvénients, on ne peut pas tout avoir.
06:50Un climat hostile à l'école et à la maison, un couple qui se fissure, emporté par le tourbillon de la politique.
06:58Moi je me souviens que leur chambre, enfin leur appartement était au premier et en même temps il y avait le bureau à côté.
07:06Donc voilà, sans doute, il n'y avait pas beaucoup d'intimité, sans doute, sans doute.
07:11Pierrette raconte très souvent en fait ce qu'elle ne supportait plus, c'était que parfois il pouvait lui arriver de se lever le matin et d'être encore en chemise de nuit
07:17et de croiser un cadre du front qui est croisé dans le couloir et qui même allait dans la salle de bain pour se laver les mains,
07:22qui disait non non mais te dérange pas et donc ça elle va vraiment très très mal le vivre.
07:26Alors, un matin d'octobre 1984, Pierrette Le Pen boucle ses valises et part avec un homme que Jean-Marie Le Pen a hébergé à Montretout, l'écrivain Jean Marcy.
07:39C'était un monsieur qui écrivait un livre sur moi qui s'appelait Le Pen sans bandeau.
07:44Elle est partie et vous savez en général les gens partent avec des gens qu'ils connaissent, qu'ils fréquentent.
07:53Et c'était celui-là qui était là à ce moment-là mais ça devait correspondre sans doute à un désir d'évasion.
08:02Et Marine apprend cette nouvelle-là en fin de journée quand Yann, sa sœur, vient la chercher à la sortie de l'école et elle lui dit tout simplement maman est partie.
08:1216 ans oui, ça s'est fait dans des conditions assez brutales c'est vrai donc ça marque et puis surtout c'était public.
08:18C'était public, la déesse au sang bouche s'est saisie de cela et c'est ça qui démultiplie en quelque sorte la souffrance que l'on peut ressentir.
08:29En effet, les mois et même les années qui suivent vont être rythmées par la haine et la violence du couple qui se déchire.
08:37Entre papiers glacés et confidences filmées, Jean-Marie et Pierrette Le Pen prennent les Français à témoin.
08:44Elle part quasiment sans rien, elle va réclamer à Jean-Marie Le Pen les moyens de sa subsistance, qu'il participe à son train de vie.
08:53Le Pen refuse, ne lui verse rien etc.
08:55Et Le Pen un jour explique dans la presse que si Pierrette après tout elle veut gagner sa vie, elle n'a qu'à faire des ménages.
09:02Pierrette Le Pen va prendre au mot celui qui quelques mois plus tôt a été élu député à l'Assemblée Nationale.
09:09Pierrette va avoir une proposition du mensuel Playboy qui va lui proposer en fait de poser à moitié dénudé en tenue de soubrette.
09:18Et voilà on est en 1987 et Pierrette Le Pen fait la une.
09:23Quatre jours après l'apparution dans les kiosques, le numéro est épuisé et pour faire face à la demande, Playboy réimprime 200 000 exemplaires.
09:31La France entière en fait découvre Madame Le Pen en train de faire le ménage à Languy.
09:39Il y a des centaines qui circulent partout, à l'Assemblée Nationale le kiosque est dévalisé, c'est un truc qui est extrêmement violent.
09:44Et nous on a eu que quelques heures pour se préparer parce qu'il y avait une rumeur donnant l'impression qu'il allait se passer quelque chose dans la presse.
09:50Avec une vague idée du sujet, enfin une grande différence avec le fait de détenir le magazine, de l'avoir entre les mains et de lui montrer.
09:57Évidemment Le Pen vit très mal ses scènes, il s'énerve, il insulte la terre entière dont des élus, des journalistes etc.
10:05Et d'abord Pierrette Le Pen qui est coupable en fait d'une espèce de crime de lèse-majesté, c'est une humiliation publique qui est terrible pour Jean-Marie Le Pen et dont il sait jamais et qu'il a jamais digéré.
10:15Mais le règlement de compte ne se limite pas à des photos de charme.
10:18Dans sa lutte médiatique pour obtenir de Jean-Marie Le Pen le paiement d'une pension, Pierrette va aussi lever le voile sur le patrimoine de la famille.
10:27La partie moins visible de l'héritage Lambert.
10:31Il y avait 3 milliards de centimes en Suisse qui doivent toujours y être d'ailleurs puisque je suis séparée de lui depuis 3 ans.
10:38Donc j'ai plus de nouvelles et qui ont dû faire probablement des petites. J'espère pour lui.
10:43Et dans une longue interview au magazine Rolling Stone, elle raconte l'homme politique en privé, son idéologie à la maison.
10:52J'ai toujours vécu dans l'antisémitisme de Jean-Marie Le Pen. Mes filles ont été élevées dans l'antisémitisme primaire.
11:02Mais derrière leur père, les filles font bloc, meurtri et trahi par le départ de Pierrette Le Pen.
11:09Marie-Caroline, Marine et Yann écrivent au juge qui instruit le divorce pour demander que leur père obtienne la garde exclusive.
11:18Et dans le magazine Paris Match, elles enfoncent le clou.
11:22Une mère, ça fait partie d'un jardin secret, pas d'une décharge publique.
11:27La période est une épreuve. La politique a détruit leur famille.
11:32Et pourtant, les 3 filles Le Pen ne s'en éloignent jamais beaucoup.
11:381985, enregistrement de l'émission L'Heure de Vérité.
11:42Monsieur Le Pen, depuis plusieurs mois, vous essayez de ressembler à un homme politique sérieux, responsable, normal, raciste.
11:57Elles sont bien en évidence au premier rang du public.
12:01La même année, lors de l'habituel hommage à Jeanne d'Arc, Yann, Marie-Caroline, Jean-Marie et Marine, ce sont 4 Le Pen qui mènent le cortège vers la statue de la pucelle.
12:14A Montretout, c'est un père célibataire qui reçoit les journalistes de questions à domicile.
12:21J'ai des responsabilités si lourdes que je n'ai que très peu de temps à distraire de la politique.
12:28Les filles me le reprochent quelquefois, même si elles ont les mêmes convictions que moi.
12:32Il présente avec fierté ses 3 filles.
12:35Sur le tabouret, c'est Marine, qui a 17 ans, qui est étudiante en terminale. Le bac est dans quelques jours, quelques semaines.
12:43Dans un mois.
12:44Dans un mois. A côté de vous, en vert, c'est Yann, qui est la fille du milieu, la fille cadette, et qui vient de fonder son affaire d'hôtesse d'accueil.
12:56Qui porte le nom de commando chic. Musclé et charme.
13:04Et Marie-Caroline, que l'on connaît peut-être plus parce qu'elle est active en politique à vos côtés, puisqu'elle était candidate du Front National aux dernières élections.
13:14Et qu'elle est conseillère régionale.
13:16C'est donc naturellement à l'aîné qu'il revient de marcher dans les pas de son père.
13:22Marie-Caroline Le Pen, c'était une vraie militante dans l'âme, qui s'est présentée à de multiples élections, qui a collé des affiches, qui a milité avec les militants de base du Front National très tôt.
13:31Et c'est celle sur laquelle Jean-Marie Le Pen misait à l'origine pour assurer l'héritage politique.
13:36En 1997, lors d'une législative partielle à Montelajolie, elle arrive en tête au premier tour, très bien placée pour l'emporter.
13:46Mais la visite de soutien que vient lui consacrer son père ne va pas avoir l'effet escompté.
13:52Ça va très très mal se passer. Jean-Marie Le Pen va arriver tel un matamor dans ce marché.
13:56Et très vite, en fait, ils vont rencontrer les équipes d'Agnès Peulvas, la concurrente.
14:01On le voit ici au ralenti, hors de lui, Jean-Marie Le Pen, plat contre le mur, la candidate socialiste Annette Peulvas de Bergerac.
14:07Le Pen ! On en a marre de vous ! On en a marre ! Vous avez compris, on en a marre !
14:14Le Pen président ! Le Pen !
14:17Et il va y avoir quasiment des échanges de coups, en fait, entre les deux. Les images sont très très frappantes,
14:22puisque cette époque, c'est suivi par les caméras de télévision et tout ça.
14:25Je suis à courir, moi ! Tu vas voir le rouquin, là-bas !
14:28Hein ? Pédé !
14:31Ça va, Cameron ?
14:33Ah, ça me rajeunit !
14:35Marie-Caroline, elle va juste halluciner. Elle comprend, en tout cas, qu'elle a perdu, en fait.
14:39Et elle a perdu à cause de son père.
14:41Et d'ailleurs, cette rancœur, elle sera tenace, si j'ose dire, puisque l'année suivante, en 98,
14:47lorsqu'il y a la scission avec Bruno Maigret, le numéro 2 de Jean-Marie Le Pen,
14:51qui claque la porte du parti et qui emporte avec lui un certain nombre de cadres,
14:55eh bien, Marie-Caroline Le Pen fait partie de ceux qui décident de rompre avec Jean-Marie Le Pen.
15:01L'aînée, Marie-Caroline, quitte donc Montretout avec bagages, mari et enfant.
15:07Après Pierrette, une deuxième Le Pen choisit l'exil.
15:11Reste Yanne, la fille cadette, mais elle fuit la lumière, refuse de s'engager en politique.
15:19Et Marine, la petite dernière, la fille préférée de son père, n'a pas très envie de plonger dans le grand bain.
15:27Entre hostilité des camarades et querelles politiques à la maison,
15:31ces années d'apprentissage ne vont pas inciter la jeune Marine à se lancer à son tour dans l'arène.
15:37Elle le confie pendant la campagne présidentielle de 2017.
15:43« Vous avez hésité quand même. »
15:45« Non, je n'ai pas hésité, je ne voulais absolument pas faire de politique. »
15:47« Ah oui, justement. »
15:49« C'est-à-dire que j'en connaissais, il faut bien le dire, tous les aspects les plus arides, les plus rudes.
15:54Donc je n'avais pas d'attirance. »
15:58Mais même sans vouloir faire de politique, Marine Le Pen emprunte beaucoup à l'itinéraire paternel.
16:04Le bac en poche, elle s'inscrit en fac de droit à Assas, comme un certain Jean-Marie, 40 ans plus tôt.
16:12Et pour la cornaquer dans ses études, c'est un lieutenant du Front National, Jean-Claude Martinez, qui veille au grain.
16:20« Elle a eu son bac, et donc un matin, Jean-Marie, tu l'as fait inscrire,
16:25elle est venue me récupérer à mon hôtel, au boulevard Saint-Michel,
16:29et je l'ai amenée à Assas physiquement.
16:31S'inscrire, je l'ai amenée dans les bureaux pour la protéger,
16:34je l'ai prise dans mes travaux dirigés, elle a été hyper protégée.
16:38C'est la fille du chef, même à Assas, elle était une vedette. »
16:44Diplômée de droit, Marine Le Pen entre à l'école du Barreau pour devenir avocate.
16:50Elle ne tourne pas tout à fait le dos à l'entreprise familiale.
16:55En 1993, entre deux procès, Maître Le Pen est candidate aux législatives.
17:02« Objectivement, 24 ans, c'est une vie assez courte.
17:06Mais subjectivement, nous avons été confrontés, en qualité de fille de Jean-Marie Le Pen,
17:11à un grand nombre d'obstacles dans notre vie.
17:14Et peut-être cela nous a forgé un caractère plus combatif
17:18et nous a donné une expérience certaine du sens des choses et de la valeur des choses. »
17:26On peut lire sur son tract, Marine Le Pen, 24 ans, avocat.
17:31Elle reprend les propositions du parti.
17:34Français d'abord, ou rétablissement de la peine de mort.
17:38Quelques années durant, elle tente de mener de front sa carrière d'avocate et son engagement politique.
17:44Et en 1998, elle franchit tout à fait le Rubicon en se faisant embaucher par son père.
17:51Son traitement fait des envieux.
17:54« Bon, il lui donne les affaires juridiques, c'est très bien,
17:57mais il lui octroie un salaire de 30 000 francs, un truc comme ça.
18:01Les gens disent que c'est un abus de pouvoir.
18:04Les autres ne sont pas traités de cette manière-là.
18:06Et qu'a-t-elle fait ? Pourquoi elle mérite un tel salaire ?
18:11Enfin, etc. C'est pas très bien accueilli. »
18:14« Il y a une part évidente de népotisme, évidemment.
18:17Ça n'enlève pas les qualités que peut avoir Marine Le Pen en tant que juriste.
18:21Mais évidemment, elle a l'avantage d'être la fille d'eux. »
18:25Elle passe ainsi plusieurs années à observer, de l'intérieur, le fonctionnement du parti,
18:30avant de crever l'écran, un soir de 2002.
18:34Second tour de l'élection présidentielle.
18:37Jean-Marie Le Pen est balayée par Jacques Chirac.
18:40Les cadres du FN ne se bousculant pas sur les plateaux télé,
18:44la fille du chef est envoyée au front.
18:47La France assiste à la naissance d'un animal médiatique et politique.
18:53« On leur a fait peur. On leur a dit que si Jean-Marie Le Pen était élue,
18:57les rivières s'arrêteraient de couler, le soleil ne se lèverait plus,
19:00ce serait le début de l'ère glaciaire.
19:02Il y a probablement un certain nombre de gens qui y ont cru. »
19:06Ainsi débute son irrésistible ascension au Front National,
19:10poussée par un père ravi qu'une Le Pen puisse en jour succéder à Le Pen.
19:15« À partir de 2003, elle a été nommée vice-présidente du FN.
19:19Jean-Marie Le Pen fait tout pour assurer la promotion politique
19:24de Marine Le Pen au sein du FN.
19:27Il avait une formule célèbre que tout le monde connaît,
19:29je préfère mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines.
19:32Cette formule-là, il l'a appliquée à l'intérieur du FN. »
19:36Quand en 2010, il décide de lâcher les rênes du parti,
19:40Marine grie la politesse à Bruno Gollnisch qui patientait depuis plus de dix ans.
19:45« C'est une affaire familiale, il faut vraiment avoir ça à l'esprit.
19:48Je n'ai pas imaginé, puis je ne suis pas la seule à ne pas l'avoir imaginé,
19:51une seconde que Le Pen allait adouber Gollnisch.
19:55C'était évident qu'il allait soutenir Marine Le Pen. »
19:59« Marine Le Pen est élue présidente du FN. »
20:05À la tribune, elle dit vouloir tout assumer de l'héritage paternel, l'actif et le passif.
20:12« Nous avons tous une dette à son égard.
20:14La mienne est double.
20:16Puisque président et père, il a largement contribué à faire de moi non seulement la militante,
20:22mais aussi la femme que je suis.
20:24Aujourd'hui, je voudrais simplement lui dire merci. »
20:27Il lui offre le parti, mais ne la lâche pas d'une semelle.
20:31Comme lors de cette scène quelques mois plus tard, captée par une caméra.
20:36Marine Le Pen vient de prononcer un discours.
20:58« Elle est bonne ? Elle est bien ? »
21:00« Attends, je vais te le dire. »
21:01« Si t'as bouffé, tu le tues. »
21:08« Elle est bonne ? »
21:10« Oui, très bien. »
21:11« Tu viens la faire avec Yannick, là.
21:13Mais c'est pas moi qui vais la faire, je sais pas faire quoi. »
21:21« La seule chose qu'il lui dit, c'est ça.
21:23C'est à l'image de leur rapport à un moment.
21:26À la fois, je te donne le parti, et en même temps, je suis toujours là.
21:30J'ai fait de la politique depuis tellement d'années
21:32que je suis capable de te dire, va voir l'orthophéniste.
21:35C'est pas humilier, c'est souviens-toi d'où tu viens. »
21:39Comme pour mieux échapper à la tutelle paternelle,
21:42Marine Le Pen va placer ses pions au sein du parti.
21:45« Elle le dit très clairement.
21:47Elle dit aux gens qui sont là que sa formulation, c'est les historiques,
21:50j'en ai rien à foutre. »
21:52Parmi les petits nouveaux,
21:54un homme fait son apparition à l'ombre de Marine Le Pen.
21:57Un énarque, fonctionnaire au ministère de l'Intérieur,
22:01séduit par le front national ripolliné que promet la nouvelle patronne.
22:05Mais en 2009, les premières visites de Florian Philippot
22:09amontrent tout son quasi-clandestine.
22:13« Marine Le Pen a voulu d'abord que son clan, sa famille proche
22:17ne soit pas trop au courant,
22:19parce que j'aurais été peut-être mal accueilli ou perçu comme un intrus.
22:23Je pense que par prudence, elle s'est protégée en me « cachant ». »
22:28Aidé de son fidèle Philippot,
22:30Marine Le Pen va s'atteler à dédiaboliser le parti,
22:34le rendre présentable,
22:36gommer son image extrémiste.
22:38Sacrilège pour le patriarche,
22:40il lui mène une guerre sans merci,
22:43d'abord larvée, puis publique.
22:46« Ils l'accusent de trahir l'héritage politique, l'héritage paternel,
22:50de détourner le Front National de sa mission historique, de son sens,
22:55et de rendre les armes devant ce qu'ils appellent le politiquement correct. »
22:59« Il y a un moment où il pète un câble, je ne sais pas ce qu'il se passe,
23:02mais toutes les semaines, il fait un dérapage, c'est de la provocation pure. »
23:06Face au seille répété du fondateur, comme cette vidéo antisémite,
23:12« Et M. Bruel aussi ! »
23:14les équipes de Marine Le Pen colmatent, comme elles peuvent.
23:18« Un jour, il y avait une vidéo terrible,
23:20où il dissertait sur la devise de Vichy.
23:23J'avais prévenu Marine Le Pen, et personne n'osait aller le voir
23:26pour lui dire qu'on était obligé de couper ça.
23:28D'abord politiquement, parce que c'est insupportable,
23:30et même pour vous, pour vous éviter des procès.
23:33Et personne n'osait aller le voir, parce que ça aurait été l'engueulade.
23:36Non, on ne me censure pas, on ne me coupe pas, j'assume, etc.
23:39Ça, c'est Jean-Marie Le Pen.
23:41Et donc, j'ai eu cette idée de dire,
23:46« Ecoute, en fait, cette vidéo ne sera jamais mise en ligne,
23:48parce que le site va planter.
23:50Et donc, du vendredi au dimanche soir, vous avez un message d'erreur
23:53sur le site du Front National.
23:55Et en fait, c'était nous-mêmes qui l'avions planté.
23:57On n'était que deux à le savoir, Marine Le Pen et moi.
24:00Lui, il a à moitié cru, il a essayé de faire son enquête,
24:03mais on lui a dit, « Non, non, on a perdu la vidéo, désolé.
24:06Et comme il n'a pas eu le courage de la retourner,
24:08on était sauvés pour une semaine. »
24:10Mais plus rien n'arrête le président d'honneur du Front National
24:12dans sa spirale provocatrice.
24:15Elle était à bout, et elle nous dit,
24:18« Aidez-moi parce que je ne sais plus quoi faire.
24:21Je vais peut-être arrêter. »
24:23Et je lui dis ce mot,
24:25« Est-ce que tu es capable d'aller jusqu'à l'éviction
24:28de Jean-Marie Le Pen du parti ? »
24:31Et là, à ce moment-là, donc déjà, les autres me regardent
24:33avec des yeux effrayés,
24:36et elle me répond du tac au tac, « Jamais.
24:38Je ne ferai jamais de politique contre mon père.
24:40Tu m'entends ? Jamais. »
24:42Jusqu'à un dernier dérapage qui va changer la donne.
24:45« Ce que j'ai dit correspondait à ma pensée,
24:48que les chambres à gaz, c'est un détail de l'histoire de la guerre,
24:51à moins d'admettre qu'elle soit la guerre
24:53qui soit un détail des chambres à gaz. »
24:55« Vous maintenez ces propos ? »
24:56« Oui, absolument, je les maintiens,
24:58parce que je crois que c'est la vérité. »
25:00Florian Philippot, avec son frère Damien,
25:02conseiller officieux de Marine Le Pen,
25:05en profite pour la mettre au pied du mur.
25:07« Il y a eu une réunion à Bruxelles,
25:09et à ce moment-là, les frères Philippot
25:11vont mettre en balance
25:13le fait que c'est le père
25:15ou c'est eux. »
25:21Elle décide de lancer une procédure d'exclusion
25:24contre son père.
25:29Sachant le sort qui lui est promis,
25:31Jean-Marie Le Pen se jette
25:33dans un dernier barreau d'honneur.
25:351er mai 2015.
25:37« Jeanne ! Au secours ! »
25:42Devant des dizaines de caméras,
25:44il s'incruste à l'hommage à Jeanne d'Arc,
25:46alors que Marine Le Pen ne l'avait pas invitée.
25:49Puis monte sur l'estrade,
25:51au moment même où sa fille
25:53allait commencer son discours.
25:55« Je n'y avais aucune volonté
25:57de provocation de ma part,
25:59et si j'avais un imperméable rouge,
26:02c'était un petit peu mode, si vous voulez. »
26:06« Ah non, mais c'était le 1er mai,
26:08horribilis !
26:10C'était catastrophique de A à Z.
26:12Vous aviez eu l'effet MEN sur le balcon.
26:14« Salue ! Salue ! Salue ! Salue ! Salue ! »
26:20Vous aviez Jean-Marie Le Pen
26:22avec sa parka rouge sur la scène.
26:24Alors on s'y attendait.
26:26Moi je suis désolé, je n'ai pas été surpris.
26:28On en parlait avant, on disait
26:30il va nous faire un coup comme ça.
26:32Sauf que personne ne voulait y croire
26:34et qu'on ne l'avait pas bien préparé.
26:36Comme personne ne voulait y croire,
26:38il n'y avait pas de politique à venir.
26:40Il a lieu 3 jours plus tard.
26:42« Ne prenons pas ! »
26:45Réunion du bureau politique
26:47pour trancher le cas du président d'honneur.
26:50« Reculez bien sûr !
26:52Reculez ! Reculez ! »
26:54« Je suis un militant discipliné
26:56et pour l'instant,
26:58je ne suis pas encore sanctionné
27:00si je dois l'être. »
27:02« Attention aux pieds, merci. »
27:06Effervescence et sourire devant les grilles.
27:08Mais dans le huis clos du carré,
27:10le siège du Front National,
27:12le ton est glacial.
27:16On a l'impression qu'on est
27:18dans un cimetière.
27:20Une ambiance très pesante, très lourde.
27:22On entend les feuilles voler.
27:24Personne ne parle.
27:26La plupart des gens de ce bureau politique
27:28avaient adhéré sous Jean-Marie Le Pen.
27:30Ils étaient tous terrorisés
27:32parce qu'ils l'ont vécu pendant 40 ans
27:34ou 20 ans ou 10 ans
27:36comme le grand chef.
27:38Incontestable et incontesté.
27:40Donc il n'était pas question
27:42de l'ouvrir contre Jean-Marie Le Pen.
27:44Jean-Marie Le Pen se lance alors
27:46dans une lourde charge visant sa fille
27:48et Florian Philippot.
27:50Il y a tous les griefs
27:52qui lui permettent d'accuser sa fille
27:54de trahir.
27:56« Je t'ai tout donné,
27:58je t'ai comblé,
28:00tu ne serais rien sans moi » lui explique-t-il.
28:02Il lui dit qu'elle n'a pas le niveau,
28:04qu'elle est incapable de diriger le mouvement,
28:06qu'elle n'y arrivera jamais.
28:08T'es conseillé,
28:10t'es gouroutisé par un autre incapable.
28:12Moi je ne m'attendais pas à son âge
28:14à ce qu'il puisse encore sortir des choses pareilles.
28:16Moi parfois j'avais le sentiment
28:18qu'on était dans une cour de récréation.
28:20A l'issue de la réunion,
28:22le bureau politique condamne à la quasi-unanimité
28:24les dérapages de Jean-Marie Le Pen.
28:26Et le soir même,
28:28il est suspendu de sa qualité
28:30de président d'honneur.
28:32Je constate que Marine Le Pen
28:34fait aujourd'hui l'Union nationale.
28:36Malheureusement, c'est contre son père.
28:38Je me réveillais d'un cauchemar.
28:40Parce que quand même,
28:42exclure Jean-Marie Le Pen, pour moi c'était quelque chose
28:44d'inconcevable.
28:46Je ne sais pas comment vous le dire.
28:48La direction politique du Front National
28:50a pris une décision.
28:52Jean-Marie Le Pen, encore une fois,
28:54dans la provocation systématique
28:56et probablement à mon égard,
28:58je pense qu'il y a
29:00beaucoup de raisons affectives
29:02derrière cela.
29:04Mais il n'en demeure pas moins
29:06qu'il tenait des propos
29:08qui n'étaient plus admissibles,
29:10qui nuisaient à notre mouvement,
29:12aux idées que nous défendons.
29:14La menace paternelle,
29:16tout juste écartée,
29:18voilà que grandit pour elle
29:20un nouveau péril.
29:22Mais surtout, s'appelle aussi
29:24Le Pen. Dans l'ombre
29:26de sa tente, la députée
29:28Maréchal attend son heure.
29:38Marion Le Pen
29:40débute la politique dans une poussette
29:42et avec un défilé du 1er mai.
29:46Sur ces images rares,
29:48l'aînée Marie-Caroline, Jean-Marie Le Pen
29:50et son épouse Janie.
29:52Yann Le Pen
29:54tient dans ses bras sa fille Marion
29:56qu'elle élève seule.
29:58A ses côtés, Marine,
30:00la tante attentionnée, pousse son lando.
30:02Il ne faut pas oublier
30:04que Marion avec Marine,
30:06elles ont un lien quasi filial.
30:08Quand elle naît en 1989,
30:10il y a une autre personne qui est avec Yann à la maternité,
30:12c'est Marine. Elle va être là et c'est elle
30:14qui, dans les premiers jours de sa vie,
30:16va être la deuxième maman,
30:18c'est la définition de Marion
30:20et quand Marine dit
30:22Marion c'est comme ma fille,
30:24elle le pense.
30:26Il y a une gratitude de Marion
30:28vis-à-vis de sa tante qui ne s'effacera jamais
30:30parce qu'en fait c'est elle
30:32qui lui a donné naissance quelque part.
30:34Quand j'ai été déclaré Marine,
30:36j'avais dit Marine,
30:38Marine nous ne connaissons pas,
30:40ils ne connaissaient pas leur calendrier
30:42parce qu'il y a un Saint-Marin
30:44et je dis bon écoutez,
30:46appelez-la Marion,
30:48il n'y a pas de problème.
30:50En fait, elle s'appelle Marion
30:52à l'état civil
30:54et Marine à l'église.
30:56Elle a été baptisée Marine.
31:00Très vite, son grand-père
31:02flaire un potentiel.
31:04Il va la pousser à se présenter
31:06aux législatives de 2012
31:08pour peser dans le parti
31:10alors que Marine et Florian Philippot
31:12sont un peu la ligne.
31:14Il ne supportait pas vraiment,
31:16il nous le disait beaucoup en réunion,
31:18en bureau politique, de manière véhémente.
31:20Il ne supportait pas le tournant plus social
31:22et donc il voulait retrouver
31:24un peu la continuité,
31:26à travers la continuité familiale,
31:28retrouver la continuité idéologique.
31:30Et Marion Maréchal
31:32est parfaite pour ça
31:34parce qu'elle est beaucoup plus réactionnaire
31:36que sa tante, plus libérale économiquement
31:38que sa tante,
31:40en fait, dans le logiciel Jean-Marie Le Pen.
31:42Marion Maréchal,
31:44qui a ajouté Le Pen à son nom,
31:46emporte l'élection.
31:48À 23 ans,
31:50elle fait entrer la marque Le Pen à l'Assemblée
31:52après un quart de siècle
31:54d'absence.
31:58Ce soir, nous avons toutes les raisons
32:00d'être fiers de nous.
32:02Fiers d'abord de nos résultats,
32:04à la mesure du travail que nous avons fourni.
32:06Et maintenant, nous sommes en guerre !
32:08Marine ! Marine !
32:10Marine !
32:12Le même soir, sa tante doit reconnaître
32:14sa propre défaite à Hénin-Beaumont
32:16et en tant que chef de parti,
32:18féliciter sa nièce.
32:20C'est un grand signal
32:22pour la jeunesse de France
32:24de voir cette jeune fille courageuse,
32:26convaincue,
32:28devenir la plus jeune députée
32:30de la Vème République.
32:32C'est en tout cas, pour moi,
32:34une fierté à double titre.
32:36Une fierté comme tante, je l'avoue,
32:38mais aussi une fierté comme présidente
32:40du Front National.
32:42Entre la présidente du parti
32:44et la plus jeune députée de France,
32:46s'installe une drôle de concurrence.
32:52La cruauté politique
32:54vient troubler la tendresse familiale.
32:56Car à l'Assemblée nationale,
32:58dès son arrivée,
33:00Marion Maréchal Le Pen
33:02voit très vite la lumière.
33:14En très peu de temps,
33:16s'ouvre une fracture idéologique
33:18entre les deux femmes.
33:20Plusieurs fois, on a dû la recadrer
33:22après des interviews parce qu'elle sortait
33:24des choses sur le planning familial, l'IVG,
33:26qui nous plombait une campagne.
33:28Vous avez d'un côté la présidente du parti
33:30et de l'autre, votre tante.
33:32Celle qui fait des blagounettes
33:34et celle qui est la mère tape-dur.
33:36A chaque fois que vous faites un truc,
33:38vous téléphonez en disant que c'était une mauvaise idée.
33:40A chaque fois que Marion voulait faire
33:42une émission de télé, c'était toujours une mauvaise idée.
33:48Le rapport entre les deux femmes
33:50est complexe et déroute les observateurs.
33:52J'avais la surprise, parfois,
33:54de voir que quand Marion
33:56fêtait son anniversaire,
33:58c'était sur Twitter.
34:00Je trouvais que ça nous remettait dans la famille.
34:02C'était bizarre parce qu'elle faisait ça
34:04pour personne d'autre.
34:06Elle mettait bon anniversaire Marion sur Twitter.
34:08Elle organisait un meeting dans le Sud
34:10et Marine Le Pen allait la soutenir.
34:12Alors qu'elle aurait pu, au contraire,
34:14lui créer un peu plus de difficultés.
34:16Je me disais, toujours à la fin,
34:18la logique familiale l'emporte.
34:20Quand on est en commission nationale d'investiture,
34:22qu'on doit sélectionner les candidats,
34:24il y a étonnamment
34:26un changement complet
34:28de comportement de la part de Marine Le Pen
34:30suivant si Marion est là ou pas.
34:32Quand la nièce est là,
34:34vous avez une Marine Le Pen complètement stressée,
34:36sur ses gardes,
34:38et Marine se tourne vers elle
34:40et lui dit, Marion, tu en penses quoi ?
34:42Marion, ton avis ? Tu es d'accord ?
34:44C'est assez surprenant.
34:46Le fait d'être de la même famille
34:48sera toujours plus fort que tout.
34:50Je pense qu'elles sont faites un peu pareil
34:52et que la famille
34:54les empêchera d'aller au bout de l'affrontement.
34:56Il n'y en a pas une qui va tuer l'autre.
34:58C'est pour cette raison,
35:00entre autres,
35:02que Marion Maréchal Le Pen décide
35:04de ne pas se présenter aux législatives
35:06et annonce en juin 2017
35:08son retrait de la vie politique.
35:12Je ne rentrerai jamais dans le jeu
35:14d'un conflit avec Marine Le Pen.
35:16Je le dis d'autant plus sereinement
35:18que j'ai vu la politique
35:20atomiser ma famille à toutes les générations.
35:22Que ce soit d'un point de vue politique
35:24où je trouverais ça totalement détestable
35:26eu égard à la situation des Français,
35:28mais aussi d'un point de vue personnel,
35:30je n'aurais aucune envie
35:32de vivre cela et d'imposer cela
35:34dans le débat français. Je trouverais ça assez pathétique.
35:36Marion Maréchal se met en réserve
35:38de la politique pendant quelques années.
35:40Cinq ans plus tard, présidentielle de 2022,
35:42elle fait le choix de soutenir non pas Marine Le Pen,
35:44mais Éric Zemmour,
35:46le rival direct
35:48dont on dit qu'il n'est pas ringardisé
35:50en début de campagne,
35:52Marine Le Pen.
35:54Je peux vous dire qu'autour de Marine Le Pen,
35:56on ne fait pas les fiers à ce moment-là.
35:58Malgré les propos très durs
36:00que les uns et les autres ont pu tenir sur Marion Maréchal,
36:02il y a un peu d'inquiétude.
36:04Inquiétude qui retombe
36:06dès que les premiers sondages montrent qu'il n'y a pas d'effet massif
36:08de Marion Maréchal auprès d'Éric Zemmour.
36:10Elle reprend contact
36:12politiquement avec le Rassemblement national
36:14et comme Emmanuel Macron
36:16dissout l'Assemblée nationale,
36:18au lendemain des Européennes,
36:20Marion Maréchal, Jordan Bardella
36:22et Marine Le Pen
36:24annoncent qu'ils ont trouvé un accord.
36:26La voie est désormais libre
36:28pour Marine Le Pen qui se prépare
36:30pour sa quatrième présidentielle en 2027.
36:32Pour ouvrir ce nouveau chapitre,
36:34elle va choisir
36:36un nouveau Poulain.
36:42J'ai souhaité parallèlement
36:44et je le revendique
36:46que des visages nouveaux puissent émerger.
36:48C'est là
36:50qu'émerge Jordan Bardella,
36:52sur scène, juste derrière elle
36:54parmi ses nouveaux visages.
36:56Il fait alors son entrée dans le bureau exécutif
36:58à seulement 22 ans.
37:00Il n'est certes
37:02qu'un membre parmi les autres,
37:04mais son heure va bientôt
37:06arriver à la surprise générale.
37:12En septembre 2018,
37:14Marine Le Pen nous convoque
37:16à son domicile, ce qui n'était pas habituel.
37:20On a une petite dizaine de dirigeants
37:22et elle nous dit
37:24« Je voudrais vous parler des élections européennes
37:26et de la tête de liste aux élections européennes. »
37:30Et au bout de quelques secondes,
37:32elle nous livre sa pensée.
37:34Elle nous dit
37:36« Je pense à Jordan Bardella. »
37:40Je peux vous dire qu'on a été
37:42très peu inquiétés et très peu assouris.
37:44Mais le reste des dirigeants
37:46n'étaient pas enthousiasmés.
37:48Le mot est faible par cette candidature-là
37:50disant qu'il est
37:52trop jeune, il n'est pas connu,
37:54on n'a pas de recul
37:56sur lui, etc.
37:58Et il y a eu un grand blanc à la suite
38:00de la proposition de Marine Le Pen.
38:02Je me souviens d'un dirigeant de l'URN
38:04qui regardait ses chaussures
38:06et qui ne disait plus rien,
38:08pensant que c'était une folie.
38:13Et puis ils l'ont avoué après.
38:15Ils m'ont dit qu'ils avaient pensé
38:17que j'étais devenue folle.
38:19C'était effectivement
38:21une grande prise de risque.
38:23Après, ça aurait pu mal se passer
38:25par ailleurs.
38:27Mais c'est le principe
38:29de la prise de risque.
38:31Vous avez un instinct,
38:33vous considérez que c'est la bonne personne
38:35qui va apporter aussi
38:37une vision un peu différente
38:39de celle qui est portée précisément
38:41par une vision aguerrie.
38:43Et puis vous croisez les doigts
38:45pour que les choses se déroulent
38:47comme vous l'espérez.
38:49Elle se dit que cela coche
38:51plusieurs avantages
38:53de tenter ce pari pour les Européennes.
38:55D'abord, s'il échoue,
38:57ce sera l'échec
38:59de Jordan Bardella,
39:01de l'inexpérience, de la nouveauté
39:03d'une personne qui n'est pas
39:05l'un des politiques inscrits
39:07dans le paysage depuis 20 ans.
39:09Et puis, il n'est dans aucune chapelle
39:11à ce moment-là aussi, Jordan Bardella.
39:13Le jeune homme grimpe alors
39:15tous les échelons à une vitesse vertigineuse.
39:17Il devient l'un des porte-parole
39:19du parti, puis président
39:21du Mouvement des Jeunes du Front National
39:23qu'il réorganise brillamment
39:25aux yeux de Marine Le Pen.
39:27A seulement 22 ans, il reçoit déjà
39:29les louanges de la patronne.
39:31Bravo à Jordan qui en a eu l'idée,
39:33qui l'a imaginé et organisé
39:35et qui va mener cette belle aventure
39:37selon la rigueur
39:39et la vigueur qu'on lui connaît.
39:47Les Européennes sont un succès.
39:49La liste RN menée par Jordan Bardella
39:51arrive en tête du scrutin
39:53avec 23,3%
39:55des suffrages exprimés.
39:57Devant La République en marche,
39:59le parti d'Emmanuel Macron.
40:07C'est une 40 pour Nathalie Basso.
40:09La liste de La République en marche.
40:15Quand on me dit, tu as fait Jordan Bardella
40:17ou vous avez fait Jordan Bardella,
40:19je dis non, honnêtement, je n'ai pas fait Jordan Bardella.
40:21J'ai donné sa chance
40:23à Jordan Bardella.
40:25Mais comme j'aime le rappeler assez souvent,
40:27j'ai donné leur chance à pas mal de gens
40:29et pas mal de gens n'en ont strictement
40:31rien fait.
40:33C'est le principe même, c'est un des rôles aussi
40:35des dirigeants, d'être capable de donner
40:37leur chance à des gens.
40:39Il y en a d'autres qui écrasent tout le monde
40:41en dessous d'eux de peur de pouvoir être remplacé.
40:43Ce n'est pas du tout la philosophie
40:45qui est la mienne, ce n'est pas du tout ma manière
40:47de faire et je n'ai fait
40:49que lui donner sa chance.
40:51Jordan Bardella
40:53était en coup de poker et Marine Le Pen
40:55continue de miser sur lui.
40:57En 5 ans, elle l'a fait passer
40:59de simple militant à numéro
41:012 du parti.
41:03Un moment vice-président,
41:05puis président par intérim.
41:07Elle espère l'emmener encore plus loin.
41:09Marine Le Pen,
41:11elle découvre à ce moment-là
41:13à quel point son pari est payant.
41:15Elle ne s'attendait pas à ce retour sur investissement.
41:17Et elle découvre
41:19qu'en fait, elle est en train de créer
41:21un personnage politique
41:23qui sera extrêmement
41:25utile à son parti.
41:27Pour officialiser ce pacte,
41:29elle lui donne publiquement
41:31les clés du parti pour se concentrer
41:33sur la présidentielle de 2027.
41:35La route lui
41:37semble grande ouverte,
41:39les sondages favorables,
41:41mais un nouvel obstacle va entraver son chemin.
41:49Le 30 septembre 2024,
41:51au palais de justice
41:53de Paris,
41:55s'ouvre le procès des assistants parlementaires
41:57du Rassemblement national.
41:59Marine Le Pen est sur le banc des prévenus.
42:03En fait, ce qu'ils reprochaient à Marine Le Pen
42:05et à l'ensemble des autres prévenus,
42:07parce qu'ils étaient 24 à ses côtés dans ce tribunal,
42:09c'est d'avoir détourné
42:11les fonds du Parlement européen.
42:13Comment s'embaucher des personnes qui travaillaient
42:15non pas pour l'activité européenne
42:17des eurodéputés du FN,
42:19mais pour le parti ?
42:21Marine Le Pen aborde ce procès
42:23d'abord en décidant d'être très assise
42:25à toutes les audiences,
42:27à écouter attentivement
42:29ce qui était dit ici ou là.
42:41À la barre,
42:43Marine Le Pen, sous le feu des questions,
42:45se défend et hausse le ton.
42:57Mais après un mois et demi de procès,
42:59à l'heure où sont formulées les réquisitions,
43:01elle change de stratégie.
43:03Marine Le Pen comprend
43:05quel risque gros.
43:07C'est une deuxième Marine Le Pen
43:09que l'on voit apparaître, convaincue
43:11qu'au final, les dés sont pipés,
43:13que les arguments
43:15que peuvent apporter ses avocats n'auront aucun effet,
43:17et convaincue
43:19qu'il y aurait un système judiciaire
43:21qui veut l'abattre.
43:23Et là, on passe
43:25à une Marine Le Pen prévenue,
43:27une Marine Le Pen chef de guerre
43:29qui organise la riposte
43:31médiatique, politique,
43:33mais dans son esprit,
43:35il n'y a aucun scénario où elle est empêchée
43:37d'être candidate à la présidentielle.
43:39Alors qu'elle se présente ce lundi
43:41dans la salle d'audience pour son jugement,
43:43escortée par son avocat,
43:45Bonjour Madame Le Pen,
43:47Madame Le Pen, vous êtes dans quel état d'esprit
43:49avant de se délimiter ?
43:51Vous êtes inquiète Madame Le Pen ?
43:53Elle semble confiante,
43:55consciente que la sanction risque d'être lourde,
43:57mais à mille lieues d'imaginer
43:59que sa peine pourrait entacher
44:01ses ambitions politiques.
44:03Elle arrive d'un pas décidé,
44:05elle n'esquive pas les caméras,
44:07elle rentre dans la salle d'audience,
44:09elle sourit, elle va dire d'ailleurs cette phrase
44:11à un des avocats, elle est ravie de vous revoir,
44:13comme si finalement c'était
44:15une étape normale dans ce parcours,
44:17elle va s'asseoir là où elle s'est assise
44:19pendant toutes les audiences au premier rang.
44:21Où la présidente du tribunal parle d'inéligibilité
44:23et là, au premier rang,
44:25Marine Le Pen se décompose.
44:27Et à ce moment là, Marine Le Pen
44:29comprend qu'elle va être condamnée
44:31à cette peine d'inéligibilité avec exécution provisoire,
44:33et là d'un seul coup, elle souffle,
44:35elle ne parle pas, elle souffle là,
44:37incroyable, incroyable,
44:39comme ça, il faut bien comprendre
44:41que dans le prétoire il n'y a pas un bruit.
44:43Puis elle se tourne vers son avocat,
44:45échange avec lui, de ce que l'on comprend,
44:47elle lui demande si elle peut quitter la salle,
44:49et effectivement, à ce moment là,
44:51elle se lève, elle quitte la salle.
44:57Sans un mot,
44:59et avant même l'énoncer du jugement,
45:01Marine Le Pen
45:03s'engouffre dans sa voiture,
45:05direction le siège du Rassemblement National.
45:07En urgence,
45:09la cheffe de file des députés RN
45:11organise autour d'elle
45:13une réunion de crise,
45:15et c'est derrière ces fenêtres
45:17qu'elle prend connaissance de sa sanction.
45:19Reconnue coupable de détournement
45:21de fonds publics,
45:23elle écope de 4 ans de prison,
45:25dont 2 ans ferme aménagée sous bracelet,
45:27assortie d'une peine de 5 ans
45:29d'inéligibilité.
45:31C'est la première fois
45:33que Marine Le Pen s'envoie
45:35une réunion de crise,
45:37assortie d'une peine de 5 ans
45:39d'inéligibilité avec effet immédiat.
45:41C'est la déflagration
45:43entre ceux qui nous disent
45:45tomber de leur chaise,
45:47un certain nombre de nos sources
45:49qu'on essaye de contacter,
45:51dont l'un député qui m'écrit
45:53« je ne peux pas vous prendre au téléphone,
45:55j'ai les larmes au bord des yeux ».
45:57Personne ne voulait y croire,
45:59personne. Au Rassemblement National,
46:01on s'était convaincu que les juges
46:03n'allaient pas s'envoler.
46:05C'est l'œuvre de sa vie qui s'écroule.
46:07Elle voit lui échapper son rêve,
46:09la possibilité de se présenter
46:11une nouvelle fois à l'élection présidentielle
46:13en 2027. Mais reste un espoir minime.
46:15Il faut que la Cour d'appel
46:17audience son procès dans les 18 mois
46:19ou dans les 2 ans. Il faut ensuite
46:21que la Cour d'appel rende sa décision
46:23avant le premier tour de l'élection présidentielle.
46:25Et puis surtout, et c'est sans doute
46:27l'embûche la plus importante sur cette route
46:29pour Marine Le Pen, c'est que la Cour d'appel
46:31ait une décision qui lui soit plus favorable
46:33que celle qui a été rendue hier.
46:35Mais ça, c'est vraiment pas acquis.
46:37En faisant appel, la candidate
46:39choisit d'emprunter ce chemin étroit.
46:41Pas question pour elle de faire
46:43une croix sur son avenir politique.
46:45Je pense qu'elle n'abandonnera pas.
46:47Si elle doit arrêter la politique,
46:49elle l'arrêtera quand elle le décide.
46:51Pas sur une décision de justice.
46:53Elle n'est pas du tout dans l'état d'esprit
46:55de lâcher prise.
46:57Elle est plutôt dans l'idée
46:59que si je dois périr, vous périrez tous,
47:01si j'ose dire.
47:03Donc je pense qu'elle ira jusqu'au bout.
47:05Et pour obtenir au plus vite un procès en appel,
47:07et pour mouiller, si j'ose dire,
47:09impliquer le reste de la classe politique
47:11en y antention, je ne me laisserai pas couler
47:13sans frais et sans conséquences
47:15pour l'ensemble de la classe politique.
47:17Marine Le Pen
47:19semble avoir gagné une première bataille.
47:21La Cour d'appel envisage
47:23un procès avec une décision
47:25à l'été 2026,
47:27un an avant la présidentielle.

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