"Adolescence", la série incontournable du moment", le premier documentaire de Zabou Breitman et le centenaire de Pierre Boulez
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00:00Avec vous Frédéric Carbone et on s'arrête d'abord Frédéric, sur le succès mondial
00:08d'une série bouleversante et dérangeante.
00:11Et comme souvent on ne l'avait pas forcément vu venir un tel succès sur Netflix, sans
00:15remonter à Squid Game l'an dernier, c'était Le Petit Reine, bonjour Céline Bédard-Court.
00:19Bonjour Frédéric.
00:20En ce moment donc, adolescence, fiction britannique en tête du box-office de la plateforme dans
00:25plus de 70 pays.
00:27En 71 précisément, elle est sortie le 13 mars et au bout d'une semaine, plus de 24
00:31millions d'abonnés l'avaient déjà regardée.
00:33Numéro 1, en France, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, Argentine, Italie, Ukraine,
00:37Sri Lanka, Australie, Canada ou encore Jordanie, aucun continent n'échappe à ce phénomène.
00:41Probablement parce que la série traite d'une question universelle.
00:44Savons-nous vraiment ce que vivent nos adolescents ?
00:47La réponse est non et c'est ce qui la rend glaçante cette fiction.
00:50Tout commence un matin à 6h, des policiers défoncent la porte de la famille Miller.
00:58« Je suis le lieutenant Bascom, j'ai un mandat pour fouiller votre domicile.
01:01Où est votre fils ? Où est votre fils ? Jamy Miller, il est 6h15 et je t'arrête pour
01:09suspicion de meurtre ». C'est une jeune fille de 13 ans qui a été retrouvée morte
01:13poignardée.
01:14Le suspect, Jamy Miller, a exactement le même âge, un visage d'ange, c'est la sidération
01:18pour ses parents et pour nous, téléspectateurs, comment un gamin peut-il être un criminel ?
01:23Question que s'est posée le créateur de la série après deux meurtres d'adolescentes
01:26commis par deux jeunes garçons en quelques jours au Royaume-Uni.
01:29Et c'est là que les adultes que nous sommes découvrent tout un monde que l'on ne connaît
01:32pas, celui des ados d'aujourd'hui.
01:34Avec les codes et la violence des réseaux sociaux, il y a l'idéologie incel par exemple
01:39qui désigne les hommes ayant peu de succès auprès des femmes et qui se mettent alors
01:41à les détester.
01:42Cela donne des discours misogynes ou pire masculinistes, déversés par des influenceurs
01:47qui peuvent conduire à tuer.
01:48Et ce qui fait aussi la force d'adolescence, c'est la mise en scène.
01:51Tout simplement époustouflante.
01:53Les quatre épisodes qui durent chacun une heure sont tournés en plan-séquence.
01:56Ça veut dire que jamais la caméra ne s'arrête, il n'y a aucun montage, c'est filmé d'une
02:00traite du début à la fin.
02:01Donc on vit la scène en temps réel, on est complètement immergé dans l'histoire.
02:05Alors c'est une prouesse technique car la caméra pouvait passer des mains de l'opérateur
02:09à une grue ou même un drone sans jamais cesser d'être en marche et c'est une performance
02:13pour les acteurs qui n'avaient pas le droit à l'erreur, même s'il a fallu au moins
02:16dix prises par épisode.
02:18Le fond est la forme.
02:19Merci Céline Baillard-Court.
02:20Que sait-on de ce que font nos adolescents les ravages des discours masculinistes ? Tout
02:24cela est au cœur de la réflexion et du travail de l'écrivain Mathieu Palin qui
02:28est en ligne avec nous.
02:29Bonjour.
02:30Bonjour.
02:31On peut citer votre podcast « Des hommes violents », votre dernier livre « Les hommes
02:34manquent de courage » également.
02:35J'imagine qu'elle vous a secoué cette série.
02:37Oui, elle est extrêmement prenante.
02:41Surtout ce que je trouve fort comme choix, c'est d'avoir vraiment pris un enfant,
02:47en effet, ça a été dit, avec une gueule d'ange, on pense à un homme violent ou
02:51on pense à un meurtrier, on ne pense pas du tout à un enfant avec cette tête d'enfant
02:56de cœur.
02:57Et pas une famille dysfonctionnelle non plus, donc au-delà de tout cliché.
03:00Oui, c'est ça, ça nous oblige à interroger aussi les familles qu'on a autour de nous,
03:05voire notre propre famille.
03:07Elle a le mérite donc de toucher d'une certaine manière au cœur de la question,
03:11de cette question du masculinisme, de ces ravages-là ?
03:14Oui, parce que ça montre aussi qu'on est dans une ère de réseaux sociaux et de communications
03:23qui nous permettent d'être en lien avec la planète entière, mais en fait, on n'a
03:26jamais été aussi seul.
03:27On a parlé d'épidémie de solitude chez les adolescents, alors il y a le Covid qui
03:32est passé aussi, mais on voit qu'on a perdu le rapport à l'autre, à l'altérité,
03:39à la vie en commun, et donc la violence, quand l'autre, on ne le considère plus,
03:43quand on n'a plus de rapport avec lui, elle est d'autant plus possible, et c'est ce
03:47qui se passe dans cette série.
03:48On entendait aussi dans le journal de 13h une sociologue spécialisée dans ces questions
03:51dire « c'est surprenant que ça surprenne, ça ne date pas non plus des réseaux sociaux
03:55ou dans votre podcast des hommes violents, ce ne sont pas que des adolescents, c'est
03:58des gens qui ont 40, 50, 60 ans parfois, comment vivent-ils ça ? Comment voient-ils
04:03ça ? N'ont-ils conscience ? »
04:04Non, les adultes aussi, c'est ce qu'ils font quand ils sont adultes aussi.
04:11Les adultes, en fait, à partir du moment où on a des enfants, on sait qu'on va échouer
04:16à les protéger, c'est ce que je trouve très beau dans la série, c'est aussi le
04:19rôle du père qui est quelqu'un d'assez taiseux, qui se demande qu'est-ce qu'il
04:23a mal fait, qu'est-ce qu'il a échoué, et nos enfants nous échappent, et c'était
04:28vrai bien entendu avant les réseaux sociaux, ça l'est d'autant plus aujourd'hui,
04:31où on se dit « au moins il n'est pas dehors, à traîner, je sais où il est,
04:35il est en sécurité » et en fait il est sur son ordinateur et on ne sait pas ce qu'il
04:39fait.
04:40C'est l'affaire de tous de ne pas laisser ces adolescents à la dérive d'une certaine
04:42manière ?
04:43Oui, disons que c'est facile, d'ailleurs ça a été parfois un peu dit par certains
04:51politiques de pointer du doigt les parents, les enfants ils sont élevés par toute la
04:55société et on est dans une société qui justement est complètement aussi déconnectée
05:02de l'autre, on a du mal à rester en contact avec les gens et les enfants ils n'échappent
05:11pas à ça.
05:12Dans cette société de plus en plus violente, les enfants ils sont partie prenante.
05:16Il y a des débats partout dans le monde autour de cette série et je voyais, c'est notre
05:20programmatrice qui me signalait ça il y a un instant dans les débats au Royaume-Uni
05:25notamment, des gens qui disent « mais ça ne peut pas être un vrai homme qui a écrit
05:29cette série-là, qui l'a faite, qui l'a conçue ». Là aussi on est au cœur des
05:33interrogations sans doute.
05:35Parce qu'il y a des grands mouvements de résistance, là depuis 2017 et l'arrivée
05:41de MeToo, les masculinistes sont organisés, c'est des mouvements conservateurs qui sont
05:47d'ailleurs extrêmement puissants sur les réseaux sociaux aussi parce que le message
05:50est simple à comprendre.
05:51Le message qui est vu comme le monde de dire qu'un homme ça doit être comme ça, c'est-à-dire
05:55fort, musclé, ne jamais pleurer, ne pas montrer ses émotions, quelqu'un qui est dominateur.
06:02C'est vrai que j'ai vu aussi cet extrait du créateur de la série qui a été attaqué
06:08parce que physiquement il n'avait pas l'air de correspondre au cliché que peut-être
06:12ce n'était pas un vrai homme.
06:14En fait, ces masculinistes, ils ne réalisent pas qu'ils sont exactement conformes au
06:20cliché aussi qui est le leur, c'est-à-dire qu'ils ne réfléchissent pas à la possibilité
06:26qu'être un homme ça soit autre chose que cette espèce de monolithe de certitude.
06:30Merci beaucoup Mathieu Palin, je renvoie votre dernier livre « Les hommes manquent de courage »
06:35publié aux éditions de l'Iconoclast.
06:37Et encore une vie d'homme dans tout public à présent, Frédéric, mais traité plus
06:42en douceur au cinéma mais qui touche profondément aussi.
06:45Oui, ça s'appelle « Le garçon » à la forme étonnante, docu-fiction, partie d'une
06:49photo trouvée dans une brocante et aux propos absolument universels.
06:53Bonjour Zabou Bretman, co-réalisatrice avec Florent Vassot de ce film, un mot quand même
07:00parce que vous me disiez que la série « Adolescence » vous étiez en train de la regarder, vous
07:04êtes frappée vous aussi par cette série, ce qu'on entendait sur le masculinisme aussi.
07:10Pas encore peut-être parce que je n'ai pas tout vu, mais je suis surtout éblouie
07:16par l'intelligence de la réalisation, le grand talent de tous les acteurs et les dialogues.
07:24C'est incroyablement bien fait et joué de manière assez impressionnante.
07:30Et le son de cinéma, un plan séquence par une heure, par épisode, et en même temps
07:34ce n'est pas gratuit.
07:35Non pas gratuit, mais quand le concept sert l'histoire, parce que c'est exactement
07:40ça, on est en temps réel et en fait le temps réel c'est donner au spectateur la même
07:45place que les gens à l'intérieur de l'histoire, et ça c'est très impressionnant.
07:49Je ne veux pas faire plus de rapprochement que cela, mais le concept qui sert l'histoire
07:53ça colle aussi à votre film, allons donc sur les traces de ce garçon, film collage,
07:58film d'enquête, Mathew Mastracci, pour retrouver celui qui est sur la photo.
08:02Chaque vie est une aventure et mérite d'être racontée.
08:06Une famille dont les photos traversent plusieurs décennies, et au milieu ce garçon qui devient
08:10un adolescent, puis un homme, son visage changeant assez peu.
08:14C'est lui qui tape dans l'œil du duo de réalisateurs qui se répartissent les rôles.
08:18Florent Vassot se charge de la partie documentaire et Zabou Bretman imagine une fiction avec
08:23notamment Isabelle Nanty et François Berléant dans le rôle de ses parents.
08:26Mais très vite, le documentaire prend le pas sur la fiction et finit par l'avaler,
08:30et on progresse dans le film et cette recherche avec une vraie curiosité et le suspense
08:35qui va avec, entre fausses pistes, impasses et avancées parfois improbables.
08:39Idée de départ géniale, dispositif réussi et film à l'arrivée très original et vraiment
08:45émouvant, une véritable investigation qui devient en quelque sorte le biopic d'un parfait
08:50inconnu et dont on ne révélera pas ici la fin, mais qui a comme dernière bonne idée
08:54de traiter tout cela avec transparence et une pudeur bienvenue.
09:01Vous ne facilitez pas la tâche, disons-le d'entrée, Zabou Bretman, parce que non seulement
09:05il ne faut pas révéler la fin, mais il faut dire le moins possible de la vie de ce jeune
09:10homme qui grandit, parce que vous êtes d'accord, le principe c'est que le spectateur soit
09:15avec vous dans l'enquête et progresse peu à peu, donc on ne dit rien de la vie.
09:19Non, mais ce n'est pas que ça, ce n'est pas qu'une enquête, il y a aussi en permanence
09:23le contraste avec ce jeune homme que moi, enfin, je l'ai choisi à 25 ans sur 24 heures
09:29dans une unité de lieu, d'espace, pendant que Florent va raconter sa vie.
09:35Ce qu'il y a, c'est qu'on ne sait pas l'un et l'autre, ce que fait l'autre et l'un.
09:40Donc, en revanche, j'ai juste pris des dialogues des gens interviewés pour les mettre dans
09:48la bouche de mes acteurs.
09:49Et la démarche, c'est tout sauf du hasard, vous ne vous êtes pas trouvé dans cette
09:53brocante par hasard, vous vouliez partir d'une photo pour raconter une vie ?
09:57Oui, de toute façon, c'était le plus facile pour raconter une vie dont on pense de toute
10:01façon, avec Florent, qu'elle mérite d'être racontée quelle qu'elle soit, parce que
10:04pour nous, n'importe qui, n'importe quelle personne mérite qu'on raconte sa vie et
10:10son aventure, parce qu'il y a toujours une aventure, il y a toujours une aventure même
10:13chez les gens qui paraissent comme ça banal.
10:15Et l'idée double forme documentaire fiction, ça aussi, dès le début ?
10:21Oui, mais je ne voulais absolument pas faire le documentaire, c'était ça qui était
10:25très important pour ne pas tout savoir, parce qu'on sait toujours tout aujourd'hui,
10:28et l'état de ne pas savoir est un état que je trouve extrêmement, un petit peu vertigineux
10:35et en même temps très agréable.
10:36Oui, il y a plein de délicatesse, parce qu'il y a plein de choses qui passent dans les deux
10:40formes documentaire, mais on n'assène pas, on laisse en permanence, allez-y, faites-vous
10:46votre avis, réfléchissez aussi, mais au final, quand même, je vais dire une banalité,
10:51mais la réalité, elle est plus forte que la fiction.
10:54Il y a beaucoup de gens qui nous ont dit, parce qu'il y a des choses qui sont très
10:59drôles et des choses qui sont beaucoup moins, que la fiction était là aussi pour sauver
11:05la réalité.
11:06La doucière.
11:07La doucière, absolument.
11:08Mais là, la réalité est infiniment riche et il y avait le défi que le dispositif ne
11:14prenne pas le pas sur l'histoire et qu'on cède au consensationalisme en même temps.
11:18Ligne de crête.
11:19Oui, ligne de crête, puis danger d'écrire un film, on ne peut pas faire ça.
11:24Évidemment, quand on écrit un roman, on a moins de pression, ce n'est pas une industrie
11:28de la même manière que le cinéma et donc, ne pas avoir de scénario au départ, c'est
11:34très compliqué pour un producteur, parce qu'on comprend très bien pourquoi et on
11:39l'a écrit uniquement au montage.
11:40En fait, chaque film est dépendant de l'autre.
11:44Le film, ce sont les deux films réunis qui ne font qu'un et l'un n'existe pas
11:50sans l'autre non plus.
11:51Vous êtes d'accord avec Mathéo Maestraci que vous avez inventé une nouvelle forme
11:55de biopic ?
11:56Peut-être.
11:57Peut-être, écoutez.
11:58Je suis d'accord avec lui.
11:59C'est plutôt sympathique.
12:00Oui, je suis d'accord si c'est sympa, en fait.
12:02A suivre, on verra bien.
12:04Il se trouvait là encore, on n'en dira rien, mais que le parcours de ce garçon,
12:08en soi, est une histoire très forte, très touchante, mais ça aurait marché quelle
12:13que soit l'histoire.
12:14On en est persuadé.
12:15On n'aurait pas eu ces mêmes émotions, c'est certain, mais on aurait pu tomber
12:18aussi sur une ordure et pourquoi pas ? Pourquoi pas en raconter l'histoire ? L'idée,
12:24ça sera les méandres de l'aventure de cette personne.
12:27On n'est pas qu'une chose.
12:28Une ordure ou une vie banale ?
12:31Il n'y a pas.
12:32Il n'y a pas ?
12:33Non.
12:34Ça n'existe pas ?
12:35Non, c'est impossible.
12:36J'en suis convaincue.
12:37C'est impossible.
12:38Il n'y a pas un secret, ou une noirceur, ou au contraire, quelque chose de brillant
12:44mais qui n'est pas là sur le papier.
12:46Non, je suis convaincue qu'il y a beaucoup plus de choses merveilleuses chez chacun.
12:50C'est vrai que le film touche beaucoup aussi par le fait qu'on raconte un peu que
12:55l'être humain n'est pas que pourri.
12:56A dire vrai, je vous titille, mais je suis assez d'accord, évidemment, avec ça.
13:01Le seul frein possible, c'était le droit à l'image, les autorisations, ces photos.
13:06Vous avez toutes les autorisations ?
13:08Pas forcément.
13:09Non, non, non.
13:10C'est forcément déjà...
13:11Mais il y a des choses que vous n'avez pas pu montrer ?
13:12Non, non.
13:13Mais Florent Avasso a bien entendu demandé les autorisations.
13:17C'est une obligation légale, mais surtout, il fallait que ce soit le garçon ou sa famille,
13:23en tout cas, que les gens tout proches soient d'accord dans le film, de voir ce qu'ils
13:29racontent et ce qu'ils sont.
13:30Parce que sinon, ça aurait été pour Florent une sorte de manipulation, une trahison.
13:35Moi, c'était plus facile avec mes acteurs, évidemment, c'est pas la même chose.
13:39Lui, il avait quand même une charge différente.
13:41Et heureusement, tous les proches et tous les gens concernés de près par cette histoire
13:47sont très émus et très heureux de ce film.
13:50Vous le dites vous-même, c'est une démarche que vous n'êtes pas la seule à avoir eu.
13:53Je crois qu'un des déclencheurs, c'était un livre d'Isabelle Monin, « Les gens dans
13:57l'enveloppe ».
13:58C'était le déclencheur, exactement.
13:59Parce que j'aime le documentaire, j'avais fait « Des gens d'après deux parlants ».
14:02Il y a Sophie Call qui travaille là-dessus, les installations, il y a Lévi Minuscule,
14:10il y a énormément de choses en littérature.
14:12Effectivement, le déclencheur, c'est ça.
14:14Je me dis, ça, c'est super, mais on ne peut pas adapter ce bouquin, ce n'est pas possible.
14:17En revanche, j'aimerais bien le faire ça, mais d'une autre manière, c'est-à-dire
14:22que le chemin ne soit pas le même.
14:23Il y a aussi ces derniers temps, Anne Beret qui a beaucoup marché avec lui.
14:26Avec sa carte postale, qui est d'une merveille.
14:28Anne Beret, c'est sublime.
14:29Je ne sais pas si vous connaissez Clara Baudou sur Madeleine Project, qui parle du même
14:33genre de choses.
14:34Ce n'est pas la première fois, mais j'ai l'impression qu'il y a ce besoin aujourd'hui,
14:38c'est quoi ? D'identité ou de lien ?
14:40Les deux, les deux mots généraux.
14:44Oui, je pense qu'il y a ce besoin-là qui se fait sentir, j'ai l'impression, oui.
14:49Et alors, en fonçant peut-être des portes ouvertes, c'est un hasard si toutes les personnes
14:51que j'ai citées sont des femmes qui font ce genre de choses.
14:55Ah, c'est drôle ce que vous dites.
14:57Il y a un spectateur qui m'a parlé qu'Émile Ajar avait fait Les Angoisses du roi Salomon
15:01et que moi j'ignorais complètement.
15:03Je ne savais pas qu'il avait fait quatre bouquins, déjà, sous le nom d'Émile Ajar.
15:07Et Les Angoisses du roi Salomon, alors là, je ne savais pas du tout.
15:10Il m'a dit oui, c'est un type, il retrouve une carte postale.
15:12Bon, il y a des hommes aussi.
15:14Celui-là, il était deux en plus.
15:15Il était pas mal.
15:16Et en plus, il y en avait deux d'un.
15:17Merci beaucoup, Bretman.
15:18Merci.
15:19Le Garçon, à partir d'aujourd'hui au cinéma.
15:22Et tout public se poursuit dans un instant avec le centenaire du compositeur français
15:27central, phare controversé peut-être aussi, Pierre Boulez.
15:30On en parle juste après.
15:32Le Fil info, 13h50, Armand Perrouloga.
15:35Une garde à vue prolongée jusqu'à demain matin pour les grands-parents du petit Émile,
15:41son oncle et sa tante.
15:42Ils sont entendus depuis hier matin pour homicide volontaire et recel de cadavres.
15:46Près de deux ans après la disparition de l'enfant, les interrogatoires portent notamment
15:50sur la personnalité et le passé du grand-père d'Émile.
15:53Le procès de Gérard Depardieu, troisième jour très tendu.
15:57L'acteur a été interrogé ce matin sur les accusations de la deuxième plaignante.
16:00Gérard Depardieu nie toute agression sexuelle.
16:03Le procès de Nicolas Sarkozy pour le financement libyen présumé de sa campagne présidentielle
16:08de 2007.
16:09C'est le deuxième jour des réquisitions ce mercredi.
16:11Le parquet national financier a évoqué ce matin l'existence d'un pacte de corruption
16:15noué avec Muammar Gaddafi afin qu'il finance sa campagne présidentielle.
16:20La visite inédite de Jordan Bardella en Israël.
16:23C'est la première fois qu'un dirigeant du Rassemblement national se rend sur place.
16:26Il participe cet après-midi et demain à un séminaire sur l'antisémitisme.
16:30Emmanuel Macron reçoit Volodymyr Zelensky ce soir à l'Elysée et ce, à la veille
16:35d'un nouveau sommet sur la paix en Ukraine.
16:37Il va réunir demain à Paris 31 pays amis de l'Ukraine alors que la Russie a mené
16:41de nouvelles attaques aux drones la nuit dernière.
16:43Et puis, le Danemark salue le changement de programme de la visite américaine au Groenland.
16:48Le vice-président américain et sa délégation se rendront seulement dans une base militaire
16:53américaine vendredi mais pas sur le reste du territoire autonome qui appartient au Danemark
16:58et qui est convoité par Donald Trump.
17:07Et tout public se poursuit en musique Frédéric Carbone avec le centenaire du compositeur
17:12français emblématique du XXe siècle.
17:19Note pour piano numéro 1 de Pierre Boulez, compositeur, chef d'orchestre et bâtisseur,
17:35fondateur de l'IRCAM, l'ensemble intercontemporain créé en 1976 à l'origine aussi de la
17:40Cité de la Musique.
17:41Deux spectacles d'ailleurs ce soir et demain dans ce lieu rituel, l'Orchestre de Paris
17:47et sa compagnie LA Dance Project.
17:50Bonjour Laurent Baille, compagnon de route on va dire de Pierre Boulez, vous dirigez
17:55aujourd'hui la Philharmonie de Paris, vous publiez Pierre Boulez aujourd'hui chez Odile
18:00Jacob, on reconnaît du Boulez à la première note, c'est sans doute pas l'oeuvre la plus
18:04emblématique de vos lumières.
18:06Juste parenthèse, j'ai dirigé la Philharmonie jusqu'à fin 2021 et maintenant mon successeur
18:13est Olivier Manteilli.
18:14L'oeuvre que vous avez fait entendre, elle est écrite à 20 ans, c'est le mouvement
18:18lent de cette oeuvre et oui, pour une oreille experte, on va reconnaître le Boulez de 20
18:25ans, de 40 ans, 60 ans, malgré l'évolution énorme qui s'est produite dans sa musique
18:32qui est devenue de plus en plus assouplie si vous voulez, on peut reconnaître les traits
18:37caractéristiques de Boulez, le jaillissement, les changements de hauteur etc.
18:43Donc effectivement, c'est un peu ce qui caractérise généralement un grand compositeur,
18:47c'est l'identité de la musique.
18:50Et quel que soit l'âge, 20 ans, 30 ans, 50 ans, il y a un mot sans doute clé, c'est
18:54liberté.
18:55Liberté et également, regard vers l'avenir, vision, c'était quelqu'un qui avait une
19:04vision très très forte qui l'a conduit par rapport aux autres artistes à dépasser
19:10la simple fonction de compositeur, c'est sûrement ça qui l'a conduit à se projeter
19:16vers le chef d'orchestre parce qu'il y a une dimension plus sociétale, c'est également
19:20ça qui l'a conduit à aller au départ du polémiste qui irrupte contre le conformisme
19:28vers, on va dire, le bâtisseur de l'institution.
19:33Vous prenez ce terme de bâtisseur, oui, vous prenez ce terme de bâtisseur, certes bâtisseur
19:37c'est un destructeur aussi, d'une certaine manière, mais il faut détruire pour bâtir.
19:41Mais voilà, voilà, disons pour bâtir, il faut détruire.
19:46Je vais vous dire pourquoi c'est un bâtisseur, parce qu'en règle générale, quand vous
19:51regardez le monde musical, le monde théâtral, le monde muséographique, vous avez beaucoup
19:56de managers, d'institutions qui ont été des grands directeurs.
20:01Oui, mais lui, il a créé des institutions, il a créé des modèles nouveaux, vous avez
20:06cité l'IRCAM, on peut citer un orchestre qui s'appelle l'Ensemble Intercontemporain,
20:11il y a la Cité de la Musique, quand il était jeune, à la toute petite échelle, il a créé
20:15le domaine musical, et regardons aujourd'hui, ce sont des institutions qui existent au-delà
20:21de lui.
20:22Et qui aurait dit à l'époque qu'une institution musicale allait s'installer dans un lieu
20:26comme le Parc de la Villette, dans ce quartier-là de Paris ?
20:29Mais ça, c'est la dimension visionnaire, et bien entendu, il ne suffit pas de dire
20:34qu'on va créer une salle de concert dans un quartier populaire, il s'agit de dire
20:39si on veut créer une salle de concert dans un quartier populaire, il faut un projet artistique
20:44de concert très large, couvrant toutes les musiques, mais il faut également un projet
20:49de transmission auprès des publics, de façon à permettre à ces publics d'entrer progressivement
20:56dans cette matière musicale, et la réussite du projet à la Villette, de la Cité de la
21:01Philharmonie de Paris, porte là-dessus.
21:03C'est plus qu'une salle de concert, bien évidemment.
21:06C'est aujourd'hui une évidence, vous l'écrivez vous-même, d'une certaine manière, quelqu'un
21:10en mission, Pierre Boulez, artistique, mais aussi politique, on le comprend, vous écoutez
21:15là, il y a quelque chose ?
21:16Oui, c'est-à-dire, je pense qu'on pourrait presque dire que c'est quelqu'un qui, très
21:19jeune, s'est mis en retrait du monde politique, au sens direct du terme, parce qu'il pouvait
21:27se trouver en phase, en 1945, avec tous ceux qui voulaient changer le monde, progressistes
21:32et autres, mais il y a quelque chose qui l'a énormément énervé et déçu, c'est l'arrivée
21:38du réalisme, du janovisme, du fait qu'il fallait prendre le contre-pied d'un art pur
21:46et abstrait, et soi-disant avoir un message direct en phase avec la société.
21:52Soi-disant plus accessible.
21:53Il a trouvé ça très réducteur et très dangereux, mettons, la tendance Aragon, si
21:59on veut lui représenter en plus la tendance René Chars, si vous voulez, si on veut faire
22:03une comparaison.
22:04Et partant de là, il a transféré toute sa volonté politique, tout son engagement dans
22:10le champ musical, et effectivement, il y a une dimension, du coup, qu'il a aussi dépasse
22:16l'artiste, qu'il est devenu une espèce de personnage que les politiques ont tantôt
22:22suivi, tantôt craint.
22:24Enfin, il a su se faire respecter.
22:26Mais qui était écouté.
22:27Je ne vais pas vous faire parler de votre amitié exagérément, rentrer dans votre
22:31intimité, mais il y a une vraie fraternité aux côtés de Pierre Boulez.
22:34Oui, parce que c'est quelqu'un qui ne juge pas.
22:40C'est-à-dire que c'est quelqu'un dont on pourrait penser, moi je l'ai connu, il
22:45avait entre 55 et 60 ans, donc je l'ai connu jusqu'à la fin de sa vie tardive, on va
22:50dire 90 ans.
22:51Mais il vous prend comme vous êtes, il ne cherche pas à vous juger, il ne cherche pas
22:55à vous transformer, il ne cherche pas à vous convaincre.
22:58Et en revanche, sa bienveillance et son professionnalisme, je dirais, parce que c'est comme vous avez
23:08dit, il est en mission et chaque fois il vise toujours la plus haute exigence pour lui-même
23:14en premier lieu.
23:15C'est l'exemple qu'il donne, irrigue finalement sur les autres personnes et ça, moi je ne
23:20suis pas musicien interprète, mais tous les musiciens d'orchestre qui l'ont côtoyé
23:24le disent.
23:25Quand Pierre Boulez venait nous diriger, on était un ton au-dessus, parce qu'on se sentait
23:31porté.
23:32Je revois votre livre.
23:33Merci Laurent Ball, Pierre Boulez, aujourd'hui sur le lit de Jacob, vous racontez notamment
23:37un 70e anniversaire de Pierre Boulez ici, dans cette maison de la radio qui ne s'appelait
23:42pas encore maison de la radio.
23:43Exactement, du matin au soir.
23:44Vous l'avez eu du mal à parler de lui, mais il l'avait fait toute la journée.
23:47Oui, exact.
23:48Ça doit se trouver Alina, ses émissions.
23:49Ça se trouve Alina.
23:50Merci d'être venu.
23:51Merci à vous.
23:52Et merci à vous Frédéric Carbone, tout public, avec le service culture de France
23:57Info.