Quatre personnes, dont les grands-parents du petit Émile Soleil, disparu en juillet 2023 dans les Alpes-de-Haute-Provence, ont été placées en garde à vue pour "homicide volontaire" et "recel de cadavre". Écoutez l'analyse du général François Daoust, ancien directeur de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale.
Regardez L'invité de Yves Calvi du 25 mars 2025.
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00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Il est 18h18, bienvenue à vous qui nous rejoignez sur RTL.
00:06Bonsoir Général François Daoust.
00:08Bonsoir.
00:09Vous êtes l'ancien directeur de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale.
00:12Merci beaucoup de prendre la parole sur RTL ce soir.
00:15L'enquête donc autour de la mort du petit Émile disparu en juillet 2023
00:20dans les Alpes de Haute-Provence a pris une tournure tout à fait particulière depuis ce matin.
00:24Quatre membres de la famille du petit garçon ont été placés en garde à vue.
00:27Les grands-parents maternels et deux de leurs enfants majeurs.
00:31Rappelons évidemment qu'ils sont toujours présumés innocents.
00:33Comment interprétez-vous ce tournant inédit dans l'enquête ?
00:37Alors il est inédit parce qu'on a enfin une garde à vue si je puis dire.
00:42Après presque deux années, on se demandait s'il y avait bien quelque chose derrière ou pas.
00:48Donc en fait c'est un dossier qui arrive à maturité,
00:51qui se constituait au fur et à mesure et une garde à vue
00:54ne peut intervenir qu'à partir du moment où il y a des éléments à éclaircir.
00:59Et là on est justement à cette conjonction de temps
01:03où il faut éclaircir certaines déclarations, certains témoignages,
01:07voire certains indices matériels dont on n'en aurait pas connaissance
01:11et qu'il conviendrait de mettre en perspective
01:14par rapport à tout ce qui avait été dit précédemment ou entendu auprès de la famille.
01:17Donc il y a forcément des éléments dans l'enquête menée par la gendarmerie
01:21qui ont permis de déclencher ces interpellations ?
01:24Voilà, tout à fait.
01:25Comme je disais, soit des témoignages,
01:28soit des écoutes qui auraient pu apporter des points d'interrogation
01:34ou assez énigmatiques quant au contenu.
01:38Mais les témoignages qui sont ceux de la famille,
01:41ceux qui peuvent être de l'environnement, du village,
01:45des uns et des autres.
01:47Et il y a peut-être des incohérences,
01:50et je suis sûr que ça a été passé avec le logiciel Anacrim,
01:55qui ont mis un exergue des incohérences qui conviendra d'éclairer.
01:59D'ailleurs, le procureur, même si la qualification reste importante,
02:03parce que c'est une qualification d'homicide volontaire, de crime,
02:08meurtre qui est mis en avant avec recelle de cadavres,
02:12à côté, il prend quand même des précautions oratoires,
02:16mais très importantes.
02:17C'est-à-dire que ces gardes à vue sont là pour des vérifications,
02:22ce qui permet de garder en retrait.
02:25Et si jamais les incohérences étaient levées pour X raisons,
02:31c'est-à-dire une incompréhension,
02:33sous l'émotion on a confondu un horaire ou un lieu, etc.,
02:39eh bien la garde à vue, elle se lèvera
02:41et on repartira dans l'enquête pour aller vers d'autres hypothèses.
02:47Mais il faut déjà déblayer celles qui ont amené vers la famille,
02:51vers ce petit cercle familial plus restreint,
02:54des grands-parents et des oncles majeurs.
02:57Vous venez de l'évoquer, mais pour nous, grand public,
02:59je rappelle que les quatre membres de la famille sont donc en garde à vue
03:03pour homicide volontaire et recelle de cadavres.
03:05Homicide volontaire et recelle de cadavres,
03:08ce sont des termes qui sont extrêmement impressionnants.
03:11Alors oui...
03:13Pardonnez-moi, j'en prends un terme simple,
03:17et accusateur dans la définition.
03:19Alors, parce que c'est la définition juridique,
03:22mais il faut savoir qu'en procédure pénale,
03:25quand on est dans le cadre justement d'une instruction
03:29et sous le vocable criminel,
03:34il y a un certain nombre de pouvoirs d'investigation
03:37qui sont donnés aux juges d'instruction et aux enquêteurs,
03:40qui ne le seraient pas forcément si on était dans du délictuel,
03:44c'est-à-dire un homicide involontaire, par exemple.
03:47Et c'est vrai que le terme de recelle de cadavres
03:52impressionne énormément.
03:53Oui, il faut savoir que c'est une peine largement minorée
03:58et qu'il n'est pas une peine criminelle du tout.
04:00C'est le mot qui fait peur.
04:02Il est normal que nous connaissions ces détails, notamment de terminologie ?
04:06Les détails de... Oui, c'est tout à fait normal.
04:09C'est-à-dire que ça fait partie de la communication du procureur
04:13qui rappelle que nous sommes dans une procédure criminelle,
04:19l'affaire judiciaire est criminalisée pour l'instant,
04:22sauf à avoir, par un revirement,
04:25parce que ça peut impressionner aussi les personnes qui sont en garde à vue,
04:29en se disant mais on me soupçonne de crime alors que
04:32finalement c'était peut-être qu'un accident et il faut que je l'explique.
04:35Voilà, ça peut être aussi quelque chose qui va aider
04:39dans le déroulement de la garde à vue.
04:42Justement, Général François Daoust,
04:44pouvez-vous nous rappeler le fonctionnement d'une garde à vue ?
04:47Ça dure combien de temps et qui fait-on et que peut-on y faire ?
04:51Pour des enquêteurs, bien entendu.
04:53Mais bien sûr, la garde à vue,
04:55droit commun dans ce genre d'affaires,
04:58c'est 24 heures renouvelables une fois,
05:01c'est-à-dire qu'on a une possibilité d'avoir une garde à vue de 48 heures.
05:05Là, on a quatre personnes à la fois,
05:07c'est-à-dire qu'il y a quatre équipes
05:10qui vont entendre séparément, à même temps,
05:13toutes les personnes,
05:16en reprenant le début de l'affaire, leur témoignage
05:19et les éléments qu'ils ont pu relever comme incohérences.
05:22Et au fur et à mesure où il y aura une variation
05:26de déclaration par rapport à
05:29« oui, mais ça j'avais oublié, je n'avais pas fait attention,
05:31maintenant que vous me le dites, etc.
05:33ça devait être comme ça,
05:34et puis ce qu'avait dit mon épouse
05:36ou ce qu'avaient dit mes enfants, c'est ça et non pas ça. »
05:40Et chacun va savoir ce qui se passe,
05:43chacun, chaque enquêteur,
05:45va savoir ce qui se passe chez les uns et chez les autres,
05:48et va en remettre et reposer des questions en disant
05:50« vous savez que votre mari a dit ça,
05:54sur ça, sur ça, c'est réel, c'est pas réel ? »
05:57Et ainsi de suite, on risque d'avoir
05:59une augmentation des incohérences,
06:02ou au contraire, on va se retrouver avec
06:05quelque chose de linéaire.
06:07Mais va être observé aussi un autre élément,
06:11c'est si les quatre personnes
06:13ont la même version, à la virgule près,
06:15avec les mêmes mots de vocabulaire et de sémantique.
06:18Ça, c'est le signe que c'est une version apprise.
06:22Et c'est autre chose.
06:24Il peut y avoir des confrontations,
06:26les personnes interrogées sont entendues séparément ?
06:28Elles sont entendues séparément,
06:32et si confrontation il y a,
06:35ce ne sera que dans une stratégie
06:38de finalisation de l'audition.
06:40On a deux versions qui, à la fin,
06:43ont complètement divergé,
06:44s'opposent complètement,
06:46et il faudra les mettre l'une face à l'autre.
06:48Alors, soit ça sera par déclaration
06:51des enquêteurs à l'un ou à l'autre,
06:55soit, si le juge est si nécessaire,
06:57eh bien ça sera mis en face de l'une ou l'autre personne.
07:02Et je pense que derrière,
07:03ils sont certainement aidés par
07:05le département des sciences du comportement
07:07pour voir quels sont les leviers
07:10sur lesquels il faut insister
07:12et comment on doit poser les questions
07:13pour que les individus,
07:16les personnes qui sont en garde à vue,
07:18libèrent leur parole
07:19et rentrent dans une véritable communication
07:21avec les enquêteurs.
07:22Si je vous demande de résumer en moins d'une minute
07:24la situation ce soir, avant de nous séparer,
07:26que nous dites-vous ?
07:28Vérification par tous les enquêteurs
07:31des versions qui ont été données,
07:34des balayages ou au contraire
07:36enfermements dans les incohérences
07:38pour voir s'il y a une implication
07:40de la famille, de ce noyau familial au plus près,
07:43ou au contraire, on élimine
07:46cette famille de l'équation.
07:50Et on a bien compris, grâce à vos explications,
07:53que quatre équipes travaillent en ce moment même.
07:55Merci infiniment, Général François Daoust,
07:57ancien directeur de l'Institut de Recherche Criminelle
07:59de la Gendarmerie Nationale.
08:01Je précise également que vous pouvez retrouver
08:03un dossier très complet sur l'affaire Emile
08:05avec des éclairages, de nombreuses interviews
08:07sur rtl.fr et l'application RTL.
08:09Et enfin, à 19h15, On refait le monde
08:11sera consacré au tout dernier développement
08:13de cette affaire.