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Court métrageTranscription
00:00Aimer perdre, mais qu'est-ce qui se cache sous ce beau titre ?
00:03Aimer, aimer, aimer, aimer, emprunter.
00:07Oh ! N'oublie pas, tu me donnes 30 balles, hein !
00:09T'inquiète, je te le rends bientôt !
00:11Aimer négocier.
00:12Je te fais payer seulement 150 euros pour la chambre.
00:14150 euros, regarde, c'est même pas une chambre.
00:16C'est une chambre.
00:17Prends pas compte de la chance que t'as, hein !
00:18Aimer l'amour.
00:19Tu fais quoi à Bruxelles ?
00:20Je sais pas, ça s'annonce quand tu me manques.
00:22Tu sais que je fais encore des trucs pour toi.
00:24T'es comédienne alors ?
00:25Non.
00:26T'as une copine ?
00:27Aimer perdre, c'est quoi ? C'est l'histoire d'Armande.
00:30Armande Pigeon, qui est jouée par une actrice,
00:34vraiment, c'est une révélation, elle est tout à fait étonnante,
00:36qui s'appelle Maria Cavalier Bazan.
00:39Armande erre dans Bruxelles,
00:41elle souloue un clic-clac pourri chez une logeuse
00:44qui est jouée par Catherine Ringer.
00:45Et la pauvre Armande, on découvre petit à petit
00:47qu'elle n'a pas vraiment de toit,
00:48qu'elle n'a pas vraiment de boulot,
00:49qu'elle n'a pas vraiment de famille.
00:50C'est vraiment une comédie de la précarité,
00:52la précarité totale.
00:54C'est très concret, cette précarité,
00:56parce qu'il y a cette actrice qui a un corps
00:58qui est assez passionnant à regarder,
01:00et ce corps, il a faim, il a besoin de dormir,
01:03et puis il a ses règles, et voilà.
01:04Le film a un grand mérite,
01:06c'est qu'il ressemble vraiment à rien de connu.
01:09Les Frères Guittes n'ont pas froid aux yeux,
01:11ils y vont à fond tout le temps.
01:12C'est un peu affreux, sale et méchant tout le temps.
01:14Très sale.
01:16C'est pas de la belle image,
01:17c'est filmé à la va comme je te pousse.
01:19Ça parle beaucoup de corps,
01:20des dérèglements des corps,
01:22ou de ce qui se passe normalement à un corps,
01:24normalement féminin.
01:25Donc les règles, là on voit ce que ça fait.
01:28Les conséquences que ça peut avoir,
01:30c'est trash, mais c'est très réaliste.
01:32Tout le film est un petit peu comme ça,
01:33donc il faut avoir le cœur bien accroché parfois,
01:36pas seulement pour ça,
01:36parce qu'il y a deux ou trois scènes un peu dures.
01:38Le personnage d'Armand est très intéressant,
01:40parce qu'il n'est pas très aimable.
01:41Marie l'a dit, elle est dans la précarité totale,
01:43et il faut bien qu'elle mange,
01:45il faut bien qu'elle vive, qu'elle survive,
01:47et elle est prête à tout pour ça.
01:48Elle est odieuse avec tout le monde,
01:50à un tel point qu'on se demande
01:51comment les gens arrivent encore à la recevoir
01:53ou à l'accueillir,
01:53parce qu'elle les entourloupe en permanence,
01:56elle dit tout et son contraire.
01:57Mais elle est portée par une espèce d'énergie vitale
02:00qui finit par être communicative.
02:01Alors l'actrice est assez formidable,
02:03c'est vraiment une révélation,
02:05un vrai corps qui est là,
02:08avec une énergie constante.
02:10Aimez rire ou pleurer,
02:12aimez aussi les pigeons.
02:14Tu gardes un pigeon ici ?
02:16C'est pour ça que ça pue en fait.
02:18C'est nourri de plein d'influences,
02:20on pense à Agnès Varda.
02:21Alors moins pour Santois-Nilois
02:23que pour Les glaneurs et la glaneuse, par exemple.
02:26Mais eux, ils citent volontiers
02:28un film de Suzanne Sedalman
02:30qui s'appelle Smithereens,
02:31qui était l'histoire d'une jeune punkette
02:33qui voulait réussir dans la musique à New York
02:35au début des années 80.
02:37Et il y a de ça chez Armand,
02:38sauf qu'elle a un physique,
02:40j'allais dire, moins passe-partout,
02:42moins conventionnel,
02:46et qu'elle a une espèce de...
02:49presque un côté kamikaze,
02:50un côté un peu mortifère,
02:52qui moi me passionne.
02:54Et puis, évidemment, on pense un peu à Striptease,
02:57parce qu'ils ne sont pas belges d'adoption pour rien.
02:59Il y a toute une collection
03:00de personnages secondaires formidables.
03:02On retrouve Michael Zindel,
03:03qu'on avait adoré dans Le dernier des Juifs
03:05de Noé Dobré.
03:07Mon Catherine Ringer qui grimace
03:08et qui fait la folle avec son fichu
03:10et son tablier, elle est démente.
03:12Mais il y a aussi Melville Poupeau, par exemple,
03:13qui joue une espèce de flambeur hyper inquiétant.
03:16Je ne vous raconte pas ce qui se passe la nuit
03:18sur son balcon, mais rien que ça,
03:20c'est une grande scène, en fait.
03:21Il faut avoir l'idée de cette scène
03:23et de raconter qu'est-ce que c'est le jeu,
03:24la passion du jeu et à quoi ça peut mener.
03:42Je suis peut-être un peu trop vieux pour ces conneries.
03:44C'est-à-dire qu'au bout d'un moment,
03:46comme disait Mel Gibson dans L'arme fatale,
03:48moi, j'ai un petit peu de mal à un moment.
03:50Je trouve que le film s'essouffle un peu
03:53malgré sa brièveté, c'est-à-dire qu'on était
03:55plutôt sur un long court-métrage
03:57ou un moyen-métrage.
03:59Au bout d'un moment, j'en ai un petit peu assez
04:00de cette Armande qui finit par me fatiguer un peu
04:02et le film s'essouffle un petit peu.
04:04C'est un peu dommage parce que pour le reste,
04:06vraiment, il y a quelque chose.
04:07Il y a un ton, un univers profondément original.
04:09C'est vrai qu'elle est fatigante, Armande
04:11et c'est vrai qu'elle est un peu folle dingue.
04:13Elle a un truc, surtout, c'est qu'elle joue.
04:15Elle joue tout, n'importe quoi, tout le temps.
04:17Elle peut perdre ses pompes sur un pari absurde.
04:21Et puis, tout à coup, on se rend compte qu'en fait,
04:23aimer perdre, ça veut bien dire ce que ça veut dire.
04:25Elle passe sa vie à paumer tout, le fric,
04:28ses pompes, son lit, etc.
04:30Et en fait, tout à coup, en fait, plus j'y pense,
04:33plus j'aime ce film.
04:34Mine de rien, c'est un film
04:36pas dingue, avec un look comme ça,
04:39un peu fauché, etc.
04:41Mais qui est quand même nourri d'une certaine cinéphilie.
04:43Je pense, c'est un film qui va vite.
04:44C'est un film qui ne s'étend pas
04:46et qui, par ailleurs, me paraît très juste sur...
04:50Comment ça va, les jeunes en 2025 ?
04:53Bof.
04:54Aimer perdre, c'est bof, c'est bien.
04:55Malgré tout, c'est bien.
04:57Aimer perdre, on a tout à gagner.
04:59C'est bien.