Vous nous avez livré vos commentaires et questions sur la minisérie Netflix Adolescence. De la mise en scène à l’intrigue en passant par le jeu des acteurs. Notre journaliste TV vous répond.
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Court métrageTranscription
00:00Depuis quelques semaines, sur Netflix,
00:01il y a une série qui cartonne,
00:02une mini-série britannique
00:03qui s'appelle Adolescence.
00:05On a lu vos commentaires,
00:06on a lu vos questions et on y répond.
00:21Adolescence se distingue par une prouesse technique.
00:23Chacun des quatre épisodes,
00:24en fait, est réalisé en plan séquence.
00:26Ça n'a rien d'artificiel.
00:27En fait, on a l'impression d'être dans la maison,
00:29dans le commissariat.
00:30On a l'impression d'être dans la série.
00:31C'est vraiment l'intérêt de ce plan séquence
00:35et ça crée une tension dramatique permanente.
00:37Le dispositif du plan séquence,
00:38en fait, est hérité du cinéma.
00:40On en a vu de très long,
00:41comme dans 1917 de Sam Mendes,
00:44dernièrement.
00:46Mais là, c'est quatre fois 40 minutes.
00:49Il faut imaginer le travail technique
00:52que suppose, en fait,
00:54ce mouvement de caméra continu sans raccord.
00:56Et c'est bluffant parce que c'est
00:58du générique de début au générique de fin.
01:19La mise en scène d'adolescence est magistrale,
01:22mais, en fait,
01:23elle doit beaucoup, énormément,
01:25principalement à ses acteurs principaux,
01:27ses protagonistes.
01:28Dans le rôle de Jamie Miller,
01:30il y a Owen Cooper, le jeune Owen Cooper.
01:32Il est bluffant et glaçant et terrifiant
01:35parce qu'il a une bouille d'enfant.
01:37Il ne l'a même pas mué.
01:39Il est complètement imberbe.
01:40Et en fait, c'est lui le visage du mal.
01:44C'est très troublant.
01:45C'est très troublant.
01:46Et puis, dans la peau du père désespéré,
01:49terrassé par la douleur et l'incompréhension
01:51d'avoir un enfant assassin,
01:54l'acteur Stephen Graham est magistral,
01:57exceptionnel.
01:58Si la série n'émet aucun jugement moral
02:00parce qu'elle multiplie les points de vue
02:01de chaque protagoniste,
02:02que ce soit le suspect, la police
02:05et la psy de Jamie,
02:07mais aussi sa famille,
02:09on peut se poser la question
02:10et si c'était la faute du père ?
02:12Le père, c'est un brave plombier
02:15qui travaille la nuit et,
02:16comme dirait son fils,
02:17qui débouche des chiottes la nuit
02:20parce qu'il doit payer son pavillon
02:22et de banlieue et qu'il a du mal
02:25à joindre les deux bouts.
02:27Mais qui sait ?
02:28Le plus fou dans cette mini-série
02:30adolescente, c'est qu'aucun des acteurs,
02:32à part Stephen Graham,
02:34qu'on a vu dans Boardwalk Empire,
02:36la série de Scorsese,
02:37il y a quelques années,
02:40aucun acteur n'est connu.
02:41Mais le jeune acteur Owen Cooper
02:45crève l'écran.
02:46Il risque de remporter des prix
02:49pour ce rôle.
02:50Sa performance est incroyable.
02:52Je pense que la série adolescente
03:16peut sensibiliser les ados
03:18comme leurs parents
03:19à toutes ces questions sociétales
03:21qui nous traversent actuellement
03:23en 2025.
03:24En revanche, il vaut mieux accompagner
03:26son ado pour le regarder
03:27parce que c'est dur.
03:29Et comme ça, vous pourrez répondre
03:30à ses questions avec lui
03:31parce que la série interpelle.
03:33Et donc, il est bien d'accompagner
03:37et d'avoir une discussion derrière.
03:39C'est vrai qu'Adolescence
03:40est une mini-série choquante,
03:42glaçante, parfois difficile à regarder.
03:46Mais à la fois, elle s'attaque
03:48à des questions
03:50terriblement contemporaines.
03:51Par exemple, l'augmentation de la violence
03:53chez les mineurs de plus en plus jeunes.
03:55Ça parle aussi de harcèlement scolaire
03:57et aussi de cyberharcèlement
03:59sur les réseaux
04:01entre gosses, entre gamins,
04:03entre collégiens et entre lycéens.
04:05Et ça parle aussi d'identité masculine,
04:07de la construction de l'identité
04:08masculine aujourd'hui, en 2025.
04:10Qu'est-ce que c'est d'être un garçon
04:11en 2025 ?
04:13Et évidemment,
04:14elle essaie d'ausculter
04:17les mécanismes de la masculinité toxique.
04:20Depuis qu'elle est diffusée sur Netflix,
04:21la série cartonne tellement
04:23qu'elle buzze sur les réseaux sociaux,
04:26tout le monde en parle.
04:28Elle plaît à l'unanimité,
04:29à part quelques personnes
04:30qui la trouvent trop violente
04:32ou qui sont gênées
04:32par les plans-séquences et le dispositif.
04:35Et même le Premier ministre britannique
04:37en a parlé comme une série exemplaire.
04:50Vous devez les truquer,
04:51parce que vous ne les recevrez jamais
04:52de la manière normale.
04:54Autant les deux premiers épisodes
04:55d'adolescence sont à un rythme effréné,
04:59on est hors d'haleine,
05:02autant le troisième épisode,
05:03il est dans un huis clos très particulier.
05:04C'est la séance psy
05:07entre Jamie et sa psychoclinicienne.
05:09Donc, en fait, c'est un dialogue
05:11comme un ping-pong autour d'une table.
05:14Parfois, Jamie persénère,
05:15mais en général,
05:16ils sont assis face à face.
05:18Alors, pour ceux qui ne sont pas
05:20coutumiers de la psychanalyse
05:21ou des séries comme En Thérapie,
05:23où le psy s'entretient
05:25avec son patient,
05:26ça peut paraître lent,
05:28mais en fait, c'est tellement brillant.
05:30Les dialogues sont tellement
05:31bien écrits, ciselés.
05:33C'est tellement naturel.
05:34La direction d'acteur est géniale.
05:36La psy, elle est vraiment
05:38assez fascinante.
05:39Elle reste à distance,
05:40mais on sent qu'elle est
05:41dans l'émotion, elle aussi.
05:43Et elle tente de comprendre
05:45ce qu'il y a dans la tête
05:46de ce petit garçon,
05:47qui a quand même 13 ans,
05:48qui est un ado.
05:51Et comme nous,
05:52elle a du mal à comprendre.
05:53Est-ce que la série
05:55ne nous donne pas vraiment la réponse ?
05:56C'est comme elle nous ouvre
05:58plein de pistes de réflexion
06:00autour de l'identité masculine
06:03aujourd'hui,
06:04chez les jeunes, en fait.
06:17Je vous ai besoin
06:18pour vous assiser.
06:34Moi, je ne trouve pas du tout.
06:35Je la trouve bouleversante.
06:37En fait, ça se passe dans la maison
06:39d'Emilie,
06:39et en fait, elle est
06:41une petite fille.
06:42Elle est sans-déjeuner.
06:43Elle est un peu en retard.
06:45Elle n'a pas beaucoup de temps
06:46Ça se passe dans la maison des Miller, et toute la famille se retrouve dans un pétage de plomb collectif à essayer de comprendre ce qui se passe.
06:55Et la performance de Stephen Graham dans Le rôle du père est hallucinante à cet égard, et donc c'est assez violent, mais je ne suis pas d'accord, je pense que c'est plutôt fin comme fin.
07:09Peut-être que certains spectateurs auraient voulu connaître les raisons de la violence de Jamie, mais la série n'apporte pas cette réponse, et au contraire nous laisse en suspens.
07:21L'idée, c'est d'analyser les mécanismes qui ont poussé Jamie à commettre l'irréparable, mais toutes les pistes sont ouvertes, et c'est pour ça qu'elle est brillante.
07:32Alors ça peut être frustrant, mais c'est à chacun de nous de se faire une idée, avec toutes ces hypothèses qui ont été lancées, pour comprendre un peu la psyché torturée de Jamie.
08:02En fait, Adolescent, c'est bien plus qu'un thriller, c'est un drame social et familial qui s'inspire et qui est hérité du cinéma britannique de Ken Loach ou de Mike Lee.
08:21Et sa mise en scène, son écriture et sa réalisation prouvent une fois de plus que les séries britanniques sont d'une grande qualité, toujours en avance sur leur temps.
08:37C'est sûr que cette série est très marquante et qu'elle risque d'inspirer une nouvelle génération de créateurs fascinés par ce cinéma du réel.
08:51Je vous invite à écouter attentivement.
08:55Je vais commencer par vous demander.
09:07Regardez-moi maintenant !