• il y a 3 jours
"Monsieur le président, je voudrais vous parler des conditions dans lesquelles les femmes accouchent, en France, en 2020."
Transcription
00:00Monsieur le Président, je voudrais vous parler des conditions
00:02dans lesquelles les femmes accouchent en France en 2020.
00:05En salle d'accouchement, quand vous avez trois femmes en travail,
00:07plus les urgences à gérer, vous êtes dans la maltraitance.
00:10Vous ne pouvez pas faire autrement.
00:11Alors des fois, heureusement, il y a des gardes calmes
00:13et on arrive à faire notre travail correctement,
00:14mais la plupart du temps, c'est l'horreur,
00:15parce qu'on est pris entre quatre feux, c'est le cas de le dire.
00:17Et donc oui, on devient maltraitant, mais on est maltraitant.
00:20Quand moi, je laisse traîner des femmes,
00:21que je ne peux même pas leur apporter un verre d'eau,
00:23quand je les laisse dans des serviettes hygiéniques dégueulasses,
00:25quand on ne refait pas leur lit, ça va très, très vite, la maltraitance.
00:28Les femmes, elles ne méritent pas d'attendre des heures aux urgences.
00:30Les femmes, elles ne méritent pas non plus
00:34de ne pas avoir leur souhait le plus cher respecté.
00:37Je m'explique, une femme qui a envie d'accoucher sans péridurale,
00:39elle a le droit d'avoir une sage-femme avec elle,
00:41qui l'amasse, qui lui susurre des mots doux,
00:43qui la soutient, qui l'encourage.
00:45Elle a le droit, c'est son doigt le plus strict.
00:46Dans les services de maternité ou partout,
00:48l'exemple typique, c'est je reviens dans deux minutes.
00:52Et en fait, je reviens trois heures après, si je reviens.
00:55Et des fois, c'est sur des choses importantes.
00:57Des fois, quand une femme se met à pleurer,
00:59je suis là, oh là là, la catastrophe, elle se met à chialer,
01:01ça veut dire, je ne peux pas m'occuper de les autres.
01:03Mais vous imaginez que j'en suis réduite à penser ça ?
01:06Enfin, je veux dire, c'est dingue.
01:07En fait, on ne respecte pas la dignité de la personne
01:11parce qu'il y a quand même des choses très importantes
01:14qui doivent être sacralisées.
01:15Je veux dire, il y a la pudeur, il y a la gentillesse.
01:18C'est des choses qui sont très importantes pour les gens
01:21quand on vient accoucher, on ne vient pas s'enlever juste une dent.
01:26Quand je vois une femme qui baigne dans son sang
01:28parce qu'on n'a pas pu la changer,
01:29qu'est-ce que ça veut dire, on en est là, franchement ?
01:32Quand une femme pleure, crie de douleur
01:34et qu'on n'a pas le temps d'aller la voir,
01:36mais on est dans quelle société ?
01:38On est où pour faire des choses pareilles ?
01:39On est où ?
01:40Il y a dix ans, j'ai endossé ma blouse
01:42et j'étais comme la plupart des professionnels de santé,
01:44j'étais émue par un désir très fort d'aider les autres,
01:47de secourir la vie, d'être au service de la vie.
01:51Et en dix ans, et pour ça, j'ai accepté de ne plus avoir de soirées d'été,
01:56j'ai accepté de ne pas avoir Noël,
01:57j'ai accepté d'être payée au lance-pierre, j'ai accepté tout ça.
02:00J'ai renoncé à beaucoup de choses pour ça.
02:03Vous savez, j'ai beaucoup de rêves,
02:03on m'accuse beaucoup d'être utopiste, d'être rêveuse, c'est vrai,
02:06je le suis, j'ai l'âge pour,
02:08mais des fois, les rêves, c'est des lois, souvent même.
02:11De façon très pragmatique et très claire,
02:13je demande une sage-femme par salle d'accouchement.
02:15C'est aussi simple que ça.
02:17C'est une mesure qui n'est pas du tout délirante.
02:18Regardez les autres pays ce qu'ils font.
02:19En Angleterre, ils le font, en Finlande, etc.
02:21Il y a d'autres pays qui le font.
02:22Ce n'est pas une mesure complètement sortie de nulle part.
02:25C'est très simple.
02:25Il suffit d'un décret, parce que là, je connais l'histoire.
02:28On va nous dire, on va faire des groupes de travail,
02:29des commissions, des machins.
02:30Non, je veux dire, on ne va pas encore faire quatre heures de réunion,
02:32dix semaines de réunion pour accoucher d'une crotte de souris.
02:35Voilà, il suffit d'une femme par sage-femme, point, point, point.
02:38Ce n'est pas négociable.
02:39Moi, je n'ai pas envie de négocier sur des choses qui sont évidentes.
02:42On ne va pas passer notre vie à enfoncer des portes ouvertes.
02:44Là, les maternités sont exsangues.
02:46Les professionnels de santé qui y travaillent sont exsangues.
02:50Et les femmes qui y accouchent, et les parents qui viennent,
02:52et les bébés qui viennent au monde sont exsangues.
02:54Donc, stop. Stop.
02:55Ne laissez pas les sages-femmes mourir de désespoir.
02:58Vraiment, on est la première arche par laquelle se transmet l'humanité.
03:01C'est ça, on est la première arche.
03:03Et cette première arche doit être valorisée à sa juste valeur
03:06et respectée autant qu'elle le mérite.
03:08Les femmes qui accouchent le méritent.
03:10Les bébés qui naissent le méritent.
03:12Les parents, les pères, les coparents, tout le monde le mérite aussi.
03:16Toute leur famille le mérite.
03:17Et nous aussi.

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