• hier
Les clefs d'une vie avec Marc Lavoine, le chanteur qui sort un nouveau livre.

🗝 Découvrez plusieurs dates-clefs de la vie des plus grands artistes, auteurs et personnalités aux côtés de Jacques Pessis.
---
Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry

________________________________________

🎧 Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/

________________________________________

🔴 Nous suivre sur les réseaux sociaux 🔴

▪️ Facebook : https://www.facebook.com/SudRadioOfficiel
▪️ Instagram : https://www.instagram.com/sudradioofficiel/
▪️ Twitter : https://twitter.com/SudRadio
▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr

☀️ Et pour plus de vidéos des clefs d’une vie : https://youtube.com/playlist?list=PLaXVMKmPLMDQVk_MxJ_jFc3Az4Aqy_giC

##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2025-02-24##

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:06Vos débuts sont liés à un revolver,
00:08bien que vous ne soyez pas un enfant de la balle.
00:10Vous avez mené une carrière au galop,
00:12bien avant d'écrire un roman, où les chevaux sont très présents.
00:15Ce roman, nous allons l'évoquer aujourd'hui.
00:17Bonjour Marc Lavoine.
00:18Bonjour Jacques.
00:19Alors, le bonheur de vous retrouver, car vous avez été un des pionniers
00:22des clés d'une vie voici bien longtemps.
00:24Et vous revenez aujourd'hui avec un roman,
00:26Quand arrivent les chevaux, chez Fayard,
00:28qu'on va évoquer tout à l'heure.
00:30Mais le principe des clés d'une vie, c'est d'évoquer votre parcours
00:32à travers des dates clés.
00:33Donc j'ai trouvé des dates liées, de près ou de loin, à ce roman.
00:37La première, c'est le 14 janvier 2022,
00:40un album dont le titre vous correspond exactement.
00:54Adultes Jamais, un album,
00:56qui est un duo avec Grand Corps Malade.
00:58C'est une véritable rencontre Marc Lavoine.
01:00Avec Grand Corps ?
01:01Oui.
01:02C'est un type que, d'abord je l'ai découvert chez AZ,
01:05Zetoun sortait le disque,
01:07il n'était pas encore sorti, j'ai pris le disque
01:09et je l'ai écouté en voiture, en tournée.
01:11J'ai été vraiment absorbé par ce disque,
01:13je l'ai écouté en boucle.
01:14Et donc j'ai appelé Grand Corps Malade,
01:17pour lui dire à quel point j'aimais son travail.
01:19Et puis c'est comme ça que notre histoire a commencé.
01:21Je savais qu'il était de Saint-Denis,
01:23moi j'étais de banlieue sud.
01:25Je trouvais que nos deux univers
01:27pouvaient se rencontrer sur cette chanson
01:29et ça a bien marché.
01:30Il se trouve que le premier à avoir cru en lui,
01:32c'est Aznavour,
01:33qui l'a reçu un jour et qui a dit
01:35vous irez très loin.
01:36Et c'est ce qui s'est passé.
01:37Alors cet album est sorti,
01:39et vous assurez Marc Lavoine
01:41de ne pas vous reconnaître dans le monde des adultes.
01:43Oui.
01:44Ça ne s'est pas arrangé depuis ?
01:45Non, je ne leur fais pas confiance tellement.
01:47J'ai raison d'ailleurs.
01:48Oui, je crois.
01:49Et dans cet album,
01:51il y a un duo avec Virginie Le Toyen aussi.
01:53C'est une autre rencontre.
01:54C'est une belle rencontre.
01:55Virginie, ça faisait longtemps qu'on se connaissait.
01:57Et puis j'aime beaucoup sa voix.
01:59Une voix très grave,
02:01un peu à la Delphine Sérig.
02:03Ces voix que j'aime beaucoup
02:05et donc qu'on reconnaît parmi toutes.
02:07Et je savais qu'elle chantait.
02:09J'avais entendu une chanson de Barbara
02:11qu'elle avait chantée.
02:12Elle chantait divinement bien.
02:14Donc là je lui ai demandé de venir chanter.
02:15Donc on a fait deux versions.
02:16Une version où on chante ensemble toute la chanson
02:18et une version où on se répond.
02:20Il se trouve qu'elle a commencé à 14 ans
02:22sur le plateau du film Le Voyeur d'Enfant.
02:24Et à 14 ans, elle a dû embrasser
02:26Marcelo Mastroianni qui était son aîné de 54 ans.
02:28Pas mal.
02:29À l'époque, ça n'a pas fait de scandale.
02:31Et en plus, elle était tout à fait chaste.
02:32Oui, bien sûr.
02:33J'ai rencontré Virginie au Festival de Cannes
02:36sur son film D'Assaillasse qu'elle avait fait.
02:39Donc elle était toute jeune.
02:40Elle avait 17-18 ans.
02:42Elle était arrivée comme une princesse.
02:44Sa robe était ouverte derrière
02:46avec des kleenex partout.
02:48Et elle avait les jambes nues comme ça.
02:51Elle était perdue.
02:52Moi aussi, j'étais tout seul.
02:53Et puis, on a commencé à parler.
02:55C'est vrai qu'une amitié est née ce jour-là.
02:57Il se trouve aussi que cet album, Adulte Jamais,
03:01est sorti à un moment où les commerciaux vous ont dit
03:03qu'il ne fallait pas sortir d'album.
03:04C'est le mois de janvier.
03:05Et ça, vous ne les avez pas écoutés
03:06car vous faites toujours ce que vous voulez.
03:08Alors, ce n'est pas moi qui écoute et qui n'écoute pas.
03:10C'est vrai que sur la question des sorties,
03:12des dates, je ne suis pas très bon.
03:15Donc, il y a toujours quelqu'un à côté de moi.
03:17C'est Pascale Nègre, sur moi à l'époque,
03:19qui m'a dû dire de sortir le disque à ce moment-là.
03:22Je ne suis pas tellement…
03:23Là où je maintiens mon tir,
03:25c'est sur le choix des chansons.
03:27C'est sûr qu'à chaque fois qu'on m'a déconseillé
03:29de faire une chanson que j'avais envie de sortir
03:30ou qu'on m'a déconseillé de faire quelque chose…
03:32Par exemple, à l'époque,
03:34quand j'ai sorti l'audio avec Catherine Anger,
03:36les gens me disaient « mais t'es fou ! »
03:38« Non, non, il faut le faire avec une autre chanteuse »
03:40qui était plutôt à la mode à l'époque.
03:42Et moi, je n'ai pas voulu.
03:43J'ai vraiment eu envie de travailler avec Catherine Anger.
03:45De toute façon, vous avez toujours fait ce que vous voulez
03:47et la liberté a toujours été votre maître mot,
03:49Marc Lavoine.
03:50Depuis l'enfance, parce qu'à la maison,
03:52il y avait une certaine liberté à l'enjumeau.
03:54Oui, c'est vrai que mon père a été là par pointillé.
03:58Moi, je l'ai connu bien après qu'il soit revenu de la guerre d'Algérie.
04:02Je suis né en 1962, donc dès son retour.
04:05Disons que mon père était un peu perdu
04:09et puis il partageait son temps avec le Parti communiste,
04:12avec la CGT, avec des voyages.
04:14Avec ma mère, c'était beaucoup plus quotidien.
04:16On était plus tout le temps ensemble.
04:17Et puis les amis venaient dormir là.
04:19Il y avait un vent de liberté vraiment dans cette maison.
04:21C'était magnifique, c'était génial.
04:23Oui, c'était porte ouverte en permanence.
04:25Oui, c'est-à-dire qu'il y avait une clé sous la porte.
04:26Les copains de mon frère venaient.
04:28Ils dormaient un peu partout.
04:29Puis mes copains venaient aussi.
04:31Certains d'entre eux sont restés à la maison.
04:33Il y a deux garçons qui ont été adoptés par ma mère.
04:36Un dont la mère l'a accompagné à la maison.
04:39Elle lui dit, aidez-moi à vivre avec vous.
04:41Et l'autre parce que ses parents étaient morts.
04:43Donc ma mère l'a gardé avec nous.
04:44Et c'est vrai que c'était très bien.
04:46Et puis tous les autres copains, Billy et les autres,
04:48venaient manger le goulash ou bien les pâtes à la maison.
04:51Et en même temps, votre enfance a été bercée de poésie et de peinture.
04:56Ce qui vous a formé Marc Lavoine.
04:58Oui, d'abord Le Pierrot et le Loup.
04:59Ça a été mon premier guide.
05:00C'était effrayant.
05:02La musique de Prokofiev est assez effrayante.
05:04L'histoire est effrayante elle-même.
05:06La voix de Gérard Philippe était très très belle.
05:08Et mon père était fan de Gérard Philippe parce qu'il aimait beaucoup le TNP.
05:12Et alors mon frère me protégeait.
05:14Il venait me surveiller.
05:15En fait, il écoutait l'histoire derrière moi, juste à côté, avec sa main sur mon épaule.
05:20Et tous les soirs, je voulais vraiment écouter cette histoire.
05:22C'était vraiment un aimant.
05:25J'avais besoin de cette histoire.
05:27Et c'est vrai que mes parents m'ont fait lire Prévert assez jeune.
05:30Ils m'ont offert l'anthologie de la poésie française par Georges Pompidou.
05:34Et c'est là que j'ai commencé à comprendre que dans les mots, il y avait quelque chose pour moi.
05:38Enfin, il y avait tout ce qu'il faut pour être un artiste.
05:41Votre père, je crois, était fan de jazz.
05:43Et votre mère aurait rêvé d'être danseuse étoile.
05:45Oui, oui, elle aurait aimé être danseuse étoile.
05:47D'ailleurs, j'ai rencontré une femme plus tard, à l'Olympia, quand je travaillais, j'avais 16 ans.
05:51Il y avait deux dames pipi.
05:53Une dame pipi en bas, Madame Kobe, et Germaine en haut.
05:57Moi, j'aimais bien aller avec Germaine, qui était très bavarde.
06:00En tout cas, pas très bavarde, mais elle racontait ses histoires.
06:02Elle avait été l'habilleuse de Josephine Baker.
06:05Parce qu'elle était danseuse.
06:07Elle a perdu toutes ses dents.
06:08Elle a dû arrêter la danse.
06:10Elle est devenue l'habilleuse de Josephine Baker.
06:12Elle me racontait ses histoires.
06:14J'étais vraiment fasciné.
06:15Ça me rapprochait de l'univers de ma mère.
06:17De sa frustration de ne pas avoir pu être danseuse.
06:20Ma mère avait une bouteille dans laquelle il y avait une danseuse qui dansait sur elle-même,
06:23vous savez, avec une musique.
06:25Et elle tournait comme ça.
06:26Comme dans la vidéo de Mondino, pour Ludio et Catherine.
06:30Il y avait ces danseurs au début.
06:32Et elle regardait cette danseuse dans cette bouteille qui était vide depuis longtemps.
06:37Elle remontait en dessous la clé.
06:39J'entendais la musique.
06:40Je voyais cette danseuse danser dans ses yeux.
06:42C'était très émouvant.
06:43Et puis, il y avait effectivement votre père qui était militant communiste.
06:46Vous lui aidiez à vendre l'humanité le dimanche.
06:49Oui.
06:50On vendait l'humanité dimanche devant l'église.
06:53Ce n'est pas terrible.
06:54J'étais avec ma mère devant l'église.
06:55Nous vendions avec ma mère.
06:56Et mon père vendait avec mon frère.
06:58Comme on collait les affiches, on faisait un peu tout.
07:01On vendait aussi le bleuet.
07:02On vendait le muguet.
07:03Chaque chose était pour le Parti communiste.
07:07Ma mère me disait, et je lui disais j'aimerais bien aller à l'église.
07:10Elle me disait chutez-toi.
07:11Ne dis pas ça.
07:12Ton père va nous entendre.
07:13C'est ta vie privée.
07:15Si tu veux croire, tu crois.
07:16Mais ne le dis pas.
07:17Elle avait vraiment cette pudeur avec mon père de ne pas...
07:20Elle avait ces petites bibles que j'ai gardées d'ailleurs.
07:22J'ai gardé deux choses de ma mère, ces bibles.
07:24Et elles sont des à coudre.
07:25Il se trouve que l'humanité, au départ, était un journal socialiste.
07:29Lorsque Jean Jaurès l'a fondé en 1904,
07:31il est devenu un journal communiste en 1920,
07:33lorsqu'il a eu le congrès de Tours.
07:34Et vous avez fait, bien sûr, le voyage régulier pour la fête de l'humanité.
07:40Oui, évidemment, j'y suis allé.
07:42Mon frère y allait avant moi.
07:43J'y suis allé dans la boue.
07:45On dormait sous des bâches, comme ça, au stand de la CGT.
07:49Et donc, c'était les amis de mon père.
07:51Moi, je raconte dans le livre les soirées là-bas.
07:53Mais c'est surtout la vie culturelle qui était intéressante.
07:56C'étaient les concerts.
07:57Je me souviens d'avoir vu Dick Hengard.
07:59Je me souviens d'avoir vu beaucoup de gens sur scène.
08:01Et puis, un jour, j'ai eu la chance de pouvoir faire l'ouverture de la fête de l'humain.
08:06J'avais très peur que les gens partent.
08:08Il y en avait partout.
08:09Je crois qu'il y avait 100 000 personnes.
08:11J'ai eu peur qu'ils s'en aillent.
08:12Ils ne vont pas rester.
08:13Ce n'est pas possible.
08:14Et j'ai chanté.
08:15Et puis, quand j'ai chanté Le Déserteur,
08:17j'ai pensé à mon père.
08:18Il y a eu un silence dans toute l'audience.
08:22Et je suis sorti de scène.
08:23On m'a proposé un verre d'alcool.
08:24Et j'ai dit non, pas aujourd'hui.
08:26Et j'ai arrêté de boire ce jour-là.
08:28J'ai arrêté de boire de l'alcool après les concerts.
08:30Parce que, je ne sais pas, il s'est passé quelque chose.
08:32Mon père a dû me dire arrête.
08:34Et donc, j'ai arrêté.
08:35Et c'est vrai que ça m'a fait du bien d'arrêter.
08:37Et Le Déserteur, c'est une chanson de Boris Vian,
08:40interdite lorsqu'elle a été enregistrée par Uluji.
08:44Enfin, déconseillée à la radio.
08:45Ce n'était pas interdit.
08:46Ce n'était pas la même chose.
08:47Et qui a fait scandale parce que c'était le début de la guerre d'Algérie
08:51et la fin de la guerre d'Indochine.
08:53C'est pour ça que cette chanson, il y a deux fins.
08:55Il y a la fin de Reggiani.
08:57Enfin, celle que j'aime beaucoup, c'est celle de Reggiani
09:00où il dit que je n'aurai pas d'armes et qu'ils pourront tirer.
09:03Et Vian la chantait différemment.
09:07Autrement, il disait prévenez vos gendarmes que je possède une arme
09:11et que je sais tirer.
09:12Moi, je la chante avec cette fin-là, avec la fin de Boris Vian.
09:15Et il se trouve aussi que vos débuts professionnels,
09:18c'est dans la typographie.
09:19Vous auriez dû être typographe.
09:20Vous êtes dans un journal, dans un quotidien, Marc Lavoine.
09:22Alors, je suis rentré à l'école rue Madame.
09:24C'est une très, très grande école.
09:26Une école publique, voisine de Penningen, qui est une école privée.
09:30Moi, je suis allé à l'école publique.
09:32Mon frère était déjà en section dessin.
09:34Donc, il était très classe.
09:35Ils avaient tous les cheveux longs avec un carton à dessin.
09:37Ils parlaient philosophie.
09:39Ils parlaient architecture.
09:40Ils parlaient graphisme.
09:41Ça parlait vraiment du monde dans l'image, dans le dessin, dans l'imaginaire.
09:46Moi, j'étais à la section imprimerie avec un bleu de travail,
09:49les cheveux attachés.
09:50Et je voyais la rotative.
09:52Et je voyais la Heidelberg qui tournait devant moi.
09:55J'étais obligé de mettre de l'encre à l'arrière pour tenir.
09:57Il fallait tenir le niveau entre l'encre et les lingots.
10:02Tout ça, c'était une mécanique incroyable.
10:05Et on ne nous regardait pas.
10:07Nous, on était invisibles.
10:08Le bleu de travail te met dans une situation d'invisible.
10:11Donc, après, je suis allé à l'Olympia.
10:13Et c'était pareil.
10:14C'était un peu invisible.
10:15J'ai récupéré le costume de Bacri et je l'ai mis.
10:18Je me suis mis dans la salle et j'ai placé les gens tout de suite.
10:21C'était des métiers qui étaient intéressants pour moi.
10:23Parce que c'est des métiers qui touchent au cœur ouvrier.
10:27C'est des métiers...
10:29Alors, entre le spectacle et le public, c'était différent.
10:32Parce que là, j'avais une autre place.
10:34Et j'ai placé pour Yves Montand.
10:36Donc, c'était que des rêves qui s'enchaînaient, si vous voulez.
10:38C'était fantastique.
10:39Et vous êtes resté un artisan, finalement.
10:41Oui, exactement.
10:42Je suis un faiseur de chaises, comme Stark.
10:45En fait, les gens l'apprennent beaucoup.
10:47J'aime bien...
10:48J'étais à New York et Philip Stark me dit
10:51« Tu es où ? Tu es à New York ? »
10:54Je dis « Oui, je suis à l'hôtel en face de la galerie de Peter Beard. »
10:58Il me dit « Je suis en bas. Descends. »
11:00Je descends, je monte sur sa moto, il m'emmène à Brooklyn.
11:03Il ouvre la porte d'un hangar et il y avait des chaises partout.
11:06Il me dit « Voilà ce que je fais, je fais des chaises. »
11:08Il prenait les chaises, il m'expliquait la chaise franque.
11:11Et donc, il m'a dit « Si tu es assis sur une chaise, il faut vraiment être bien. »
11:15Moi, je suis un faiseur de chaises, en fait.
11:17Nous, on est très bien avec vous et on va continuer à parler de votre parcours
11:20à travers une autre date, le 3 septembre 2022.
11:23A tout de suite sur Sud Radio avec Marc Lavoine.
11:26Sud Radio, les clés d'une vie. Jacques Pessis.
11:29Sud Radio, les clés d'une vie.
11:31Mon invité Marc Lavoine.
11:33Votre actualité, un album et aussi « Quand arrivent les chauds »,
11:36un livre chez Fayard, très émouvant qu'on va évoquer
11:39et qu'on évoque d'ailleurs en filigrane au fil de l'émission.
11:42Une date importante dans votre vie, que j'ai trouvée le 3 septembre 2022,
11:46c'est le premier soir où est diffusée cette émission de télévision.
11:49Je t'appelle Marion, le français tutoyant. Moi, c'est Claire.
11:53Les rencontres du papotin. Et tout le monde a oublié, je n'ai vu nulle part,
11:56le fait que le premier à avoir trouvé et défendu le papotin, c'est vous Marc Lavoine.
12:01Non mais, c'est pas grave ça.
12:02Non mais, quand même, pour rétablir la vérité.
12:04Le papotin n'appartient qu'à lui-même, n'appartient qu'aux auteurs.
12:07Moi, j'ai toujours été très proche des auteurs et du réalisateur du papotin.
12:13C'était pas une émission de télé, c'était...
12:15Nous filmions, nous, les choses, mais on les gardait, bien sûr.
12:18Mais maintenant, c'est une émission de télé.
12:20C'est autre chose, c'est plus la même chose.
12:25Que j'ai pas été évoqué durant l'émission, ou pendant l'émission, ou après l'émission,
12:30c'est pas grave.
12:32D'ailleurs, je pense que si on...
12:35C'est une autre aventure.
12:36Moi, j'ai vécu 20 ans avec eux.
12:38J'ai vécu de 92 à 2002, je crois.
12:42Je me suis séparé sur le dernier double numéro avec Nicolas Sarkozy.
12:46Et puis, je crois qu'il y avait aussi Frédéric Mitterrand.
12:51C'était un numéro avec beaucoup d'invités, que mon frère avait d'ailleurs dessiné.
12:54Je me suis séparé d'eux après.
12:56Je suis parti pour travailler avec les gens contre le cancer, notamment les enfants,
13:02dans le club contre les discriminations.
13:05Donc, si vous voulez, je n'ai pas de ressentiment, pas du tout.
13:10Je n'ai fait que recevoir du papotin.
13:13J'ai reçu tellement d'amour, tellement de...
13:16Ils m'ont tenu la manche pendant 20 ans.
13:18Pendant 20 ans, j'ai été...
13:20Je fais partie du papotin pendant 20 ans.
13:22Ensuite, j'ai fait partie d'une autre aventure.
13:24Et maintenant, j'ai un peu arrêté les aventures, parce que ça vous entame beaucoup.
13:28C'est vrai que j'arrive à un âge où...
13:30Je suis un homme qui pleure maintenant.
13:31C'est nouveau.
13:33J'arrive à un âge où je supporte...
13:36Les enfants contre le cancer, ça a été un gros travail.
13:39On a vraiment mis en avant le Carrefour Connecté avec Abdel Haïssou.
13:43Et donc, il a fallu aller voir tout le monde.
13:47Voir d'abord les hôpitaux, les chirurgiens, les pédiatres, les dames qui s'occupent des enfants,
13:52les enfants eux-mêmes, leur famille.
13:54Et c'est vrai que c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup d'émotions.
13:59Et d'efforts.
14:00C'est plus qu'une émotion, c'est-à-dire que...
14:02Moi, je fais les choses à fond.
14:03J'étais vraiment à fond, comme j'étais avec le papotin.
14:07Et bon, au bout de 35 ans, je crois que j'ai besoin de prendre un peu de recul.
14:12Je peux faire des choses, comme le Téléthon, bien sûr.
14:14Mais même si l'immersion est difficile dans le Téléthon, parce qu'il faut aller proche des gens.
14:18C'est des gens, c'est des familles entières qui sont touchées par quelqu'un de leur famille qui a du mal.
14:24Donc, si vous voulez, c'est devenu un peu compliqué pour moi.
14:27Oui.
14:28Les Restos du Coeur, le Téléthon, toutes ces choses.
14:31J'ai maintenant un peu de mal à y aller parce que...
14:34C'est devenu difficile, mais ça reviendra.
14:36Oui, mais en même temps, il faut rappeler que le papotin, quand vous avez commencé à vous en occuper,
14:42personne n'en parlait dans les médias.
14:43Non.
14:44Vous avez été le premier à défendre les enfants autistes.
14:46Oui, c'est-à-dire qu'ils avaient fait trois numéros.
14:48Le numéro avec Howard Buten, d'ailleurs, qui est mort, il n'y a pas longtemps.
14:52Je tiens à rendre hommage à la mémoire de cet homme, parce que c'est un homme bien.
14:57Le clown buffo qui a disparu et que j'aimais vraiment beaucoup.
15:01Il m'a appelé quand j'ai quitté le papotin pour me demander de revenir.
15:05Il m'avait dit, tu sais, nous, les Juifs, on pardonne, on boit un verre et on recommence.
15:09J'ai dit, oui, mais là, je suis fatigué.
15:11C'était vraiment une fatigue et je le regrette.
15:14Je regrette de ne pas l'avoir revu, de ne pas l'avoir tenu dans les bras, Howard.
15:18Et Yadris aussi, bien sûr, que je salue.
15:20Ça a été... Je suis rentré au troisième numéro, après le numéro du Solier, de Léo Scarax.
15:25Je suis rentré au quatrième numéro.
15:27On a fait l'interview.
15:28Les jeunes m'avaient dit, t'inquiète pas, Marc Lavoine, on va te présenter à une bande de fous.
15:32Et on va discuter de ça tranquillement.
15:34On a discuté de ça tranquillement pendant 20 ans.
15:36Vraiment, c'est un grand cadeau que les autistes m'ont fait.
15:39Arnaud, tous les enfants, tous les jeunes hommes et femmes que j'ai rencontrés,
15:44ça a été pour moi une aventure littéraire.
15:46Je les emmenais au musée, je les emmenais au spectacle, au cinéma.
15:50Je les emmenais dehors.
15:51J'aimais bien les emmener dehors, les emmener aller voir quelque chose, aller faire quelque chose.
15:55Et puis les retrouver ensuite dans la salle de rédaction, d'abord à l'hôpital de jour,
16:00et puis au Lucerneur, qui nous a reçus pendant des années.
16:03Et puis voilà, il y a un jour où les choses doivent s'arrêter.
16:09Oui, mais en même temps, sans vous, il n'y aurait pas eu autant de choses.
16:12Il y a eu un livre, « Toi et moi, on s'appelle par nos prénoms », qui a été un événement.
16:15Parce que grâce à vous, on a découvert cet univers qu'on connaissait mal.
16:21Le premier qui nous a ouvert la porte, ça a été une émission au soir qui a été présentée par,
16:26j'ai oublié son nom, il ne m'en voudra pas, Michel Phil.
16:30Il avait réuni sur le plateau des gens normaux, moi, Maxime Le Forestier,
16:37et entre chacun d'entre nous, il y avait le fils de Glamour White aussi qui était là,
16:40ils avaient mis des autistes, et donc les gens s'exprimaient.
16:43Ils ont été présentés non pas comme des autistes, mais comme des auteurs.
16:47Et des gens m'appelaient, j'ai un ami peintre qui m'appelle, il me fait « j'ai vu l'émission,
16:52j'adorerais rencontrer cet auteur-là ».
16:54Je dis « oui, mais c'est un jeune autiste ». Il n'avait pas perçu ça.
16:58Donc, ça a été la première fois qu'on mettait à la télévision,
17:01invité sur un plateau, des gens, ensemble, sans dire qu'ils étaient ceci ou cela.
17:07Et ça avait pas mal marché.
17:09Ensuite, je suis allé chez Patrick Sabatier faire une émission,
17:13on m'avait proposé des thèmes, et j'avais choisi de parler de Berber Unblié,
17:17et de parler du papotin.
17:19Et donc, Marc-Olivier Faugel, qui était l'assistant de Sabatier,
17:24m'avait fait faire un film en noir et blanc, au ralenti,
17:27avec Kostak et Kébénice, et qui l'avait passé à l'antenne.
17:30Ça a été le départ, ça a été le début.
17:32Et là, on a commencé à percevoir de l'argent, des abonnements.
17:35C'est un journal qui sortait inalphabétique, quand il était prêt,
17:40mais qui vivait sur les ventes du journal.
17:43Donc, c'était pas un journal comme Le Réverbère,
17:45que les gens achètent et ne le lisent pas.
17:47Les gens l'achetaient pour le lire, et ça, c'était très important pour moi.
17:49Et Le Réverbère a été dirigé longtemps par Rodolphe Ruauteau,
17:52qui était à la radio une star des années 50,
17:55sous le prénom de Rodolphe, à Radio Luxembourg.
17:57Il avait 5 ans.
17:59Il se trouve aussi que vous avez joué un médecin à la télévision,
18:02dans une série policière, Y-3P,
18:05mais que ça aussi, c'était de l'infirmierie psychiatrique.
18:08Alors, il n'y a pas de rapport, mais il y a quand même un côté médical
18:11qui vous tient à cœur.
18:13Le texte, c'était vraiment beau.
18:15On se réunissait tous les jours sur le plateau,
18:17parce que j'avais l'impression d'être trop servi par le texte.
18:19C'est un peu le général de Gaulle qui parle,
18:21et puis les intervenants viennent de t'entendre.
18:23On mettait le texte sur le plateau, à plat,
18:26et on essayait de distribuer les phrases qui étaient plus féminines
18:29à des jeunes femmes qui étaient là, mon assistant, etc.
18:32Et donc, on a vraiment travaillé en groupe,
18:35dans l'hôpital en tout cas.
18:37Après, avec ma partenaire Barbara Schulz, c'était autre chose.
18:40C'était vraiment un jeu magnifique.
18:42C'était un jeu à deux.
18:44Mais quand on était en groupe,
18:46on faisait comme au Parti communiste,
18:48on partageait tout.
18:50Ça a donné du rythme à la série.
18:53Alors, l'effet,
18:55ce que j'ai ajouté là-dedans,
18:57c'est vrai que le type,
18:59on ne sait pas où il vit.
19:01Il vit un peu à l'hôpital,
19:03on ne sait pas où est sa chambre,
19:05on ne sait pas tout ça,
19:07parce qu'il a eu un gros problème dans sa vie.
19:09On s'est dit, d'ailleurs, dans la série,
19:11que quelqu'un est mort à cause de lui.
19:14Donc, il est parti dans un autre univers,
19:17il est entre les malades et la réalité.
19:22Cette pathologie, il la vit complètement.
19:25C'était intéressant à faire, c'était fatiguant.
19:27Il se trouve que vous aviez deux rêves.
19:29Enfant, Marc Lavoine, la chanson et le cinéma,
19:31ou la comédie.
19:33Vous avez réussi à faire les deux.
19:35Il y a beaucoup de metteurs en scène qui vous ont fait confiance,
19:37à commencer par Claude Chabrol.
19:39Oui, je n'ai pas fait du cinéma.
19:41J'ai tourné avec Claude Chabrol.
19:43Non, pour le cinéma.
19:45Moi, j'ai tourné avec Trintignant, avec Pierre Boutron.
19:48J'ai tourné avec Tony Gatliff.
19:50C'est vraiment des films qui m'ont marqué.
19:52J'ai tourné avec Schoendorfer, j'ai tourné avec Esposito.
19:54J'ai tourné avec des gens, j'ai tourné avec des équipes.
19:56J'ai tourné avec des thèmes, avec des textes,
19:59qui étaient des textes forts.
20:01La reprise du film de Clouseau par Chabrol
20:03était un texte très fort.
20:05J'ai revu le film de Clouseau, d'ailleurs, après,
20:07qui a été remonté avec Bérénice Bégeau
20:09et un acteur que j'adore, Jacques Gambla.
20:11C'est le même texte, mot pour mot.
20:13Et c'était fantastique d'être dans les yeux de Claude Chabrol.
20:16La première fois que je l'ai rencontré, je vais chez lui.
20:18J'allais chez lui dîner.
20:20J'étais avec mon agent, Abel Karoubi.
20:22Et j'allais rentrer chez Claude Chabrol.
20:24Je me suis dit, je vais lui acheter une bouteille de vin.
20:26Il faut quand même que je fasse quelque chose.
20:28Je vais chez un marchand de vin.
20:31Et je lui demande une bouteille.
20:33Alors, je prends une bouteille.
20:35Et j'arrive avec ma bouteille.
20:37Et Claude Chabrol me dit, ah, c'est le vin préféré de Jean Poiré.
20:39Donc, j'étais déjà bien entré chez lui.
20:41Et c'est vrai que le premier dîner avec lui a été fantastique.
20:44Donc, sur le tournage ensuite, je me sentais très très bien sur ce tournage.
20:48C'était un tournage en même temps dramatique.
20:50Parce que le film est absolument incroyable.
20:53Cette folie, cette jalousie.
20:55On n'est pas jaloux de ce qu'on voit.
20:57On est jaloux de ce qu'on ne voit pas.
20:59Et c'est ça qui est fou.
21:00Et donc, c'était une folie.
21:02Ce tournage Cluzet était dans un état pas possible.
21:04Il avait son scénario.
21:06J'avais regardé l'intérieur du scénario.
21:08Mais c'était magnifique.
21:09C'était réécrit.
21:10Il écrivait partout.
21:12Et puis, Emmanuel.
21:14Il y avait Jean-Pierre Cassel.
21:16Il y avait même un garçon qui avait joué dans le premier qui s'appelait Mario David.
21:20Donc, on était copains.
21:21On jouait à la pétanque.
21:22On mangeait.
21:23On mangeait bien.
21:24On bulait bien.
21:25Et on jouait ces personnages.
21:26Et je m'entendais très très bien avec l'équipe de tournage.
21:28Et surtout avec l'équipe des machinaux.
21:31Enfin, des décorateurs.
21:32Et Cécile Mestre, qui est la fille de Claude Chabrol et d'Aurore,
21:36était très pétillante.
21:38On buvait.
21:39On chantait des chansons.
21:43Doré Doré s'est mariée.
21:45C'était fantastique.
21:46Et donc, j'ai demandé à Claude si je pouvais rester 15 jours de plus après mon tournage.
21:50Me mettre à côté de lui et le regarder tourner.
21:52Je l'écoutais.
21:53Il était fantastique avec les gens.
21:55Quand on tournait dans le village d'Arovel.
21:59Et surtout, un jour, une scène avec Mario David qui était fantastique.
22:03Il était génial.
22:04Parce qu'elle sort du bus avec des paquets.
22:07Il y a Mario qui prend les paquets.
22:08Et qui accompagne Emmanuel à l'accueil de l'hôtel.
22:12Et il prend les paquets.
22:14Il lui donne un par un.
22:15Et puis le dernier, il lui dit, je pense que ça c'est un sous-vêtement.
22:18Et il se plantait complètement, Mario.
22:21Et Claude lui dit, c'est très bien Mario.
22:23C'est magnifique.
22:24Tu es vraiment magnifique.
22:25Il y a une chose qui ne va pas, c'est le paquet.
22:27Le paquet, à la fin, tu le tiens comme ça.
22:29Tu le tiens de bas en haut.
22:31Ce n'est pas terrible.
22:32Tiens-le au-dessus de ta tête.
22:33Comme ça.
22:34Comme toi, comme le corbeau et le renard.
22:35Tu le tiens comme ça.
22:36Tu hésites à le lâcher.
22:37Tu le tiens.
22:38Et tu fais sûr que c'est des sous-vêtements.
22:40Et il dit, d'accord, oui, tu as raison.
22:42Et là, il a tourné la scène.
22:43C'était d'un coup, d'un seul.
22:45Fantastique.
22:46Ce qui veut dire qu'être metteur en scène,
22:48c'est vraiment appriboiser le hasard.
22:51Et en même temps le sentir.
22:53Le précéder.
22:54Et trouver la solution idéale.
22:56En plus, la solution était idéale.
22:58Mais elle tenait debout.
23:00Parce que ce paquet tenu comme ça,
23:01n'était pas la même chose que ce paquet tenu du bas vers le haut.
23:04Et donc, si vous voulez, c'était très malin.
23:06Il était très intelligent.
23:07Oui, c'était un amoureux des nourritures terrestres.
23:09Et maintenant, on va parler de celle de l'esprit.
23:11Avec une autre date.
23:12Le 18 octobre 2024.
23:14A tout de suite sur Sud Radio.
23:15Avec Marc Lavoine.
23:17Sud Radio, les clés d'une vie.
23:19Jacques Pessis.
23:20Sud Radio, les clés d'une vie.
23:21Mon invité Marc Lavoine.
23:23L'actualité quand arrivent les chevaux.
23:25Un livre chez Fayard qu'on va évoquer.
23:27Parce que c'est un livre très émouvant et très étonnant.
23:30Votre plume est vraiment celle d'un romancier et d'un écrivain.
23:33On ne sait plus très bien qui est l'un et qui est l'autre.
23:35Alors, le 18 octobre 2024 est sorti un album pour vos 40 ans de carrière.
23:41Avec une chanson revisitée.
23:55Cette chanson est sortie le 5 mars 1985.
23:57Et moi, je me souviens encore de ma première interview avec vous.
24:00À Radio Monte-Carlo.
24:01Vous débutiez.
24:02Vous n'étiez pas sûr du tout du succès, Marc Lavoine.
24:05Non, on n'en est jamais sûr.
24:07Je ne suis pas sûr non plus du succès aujourd'hui.
24:09Chaque jour est une grande aventure.
24:15Je ne suis pas sûr du succès.
24:16Je ne suis jamais vraiment sûr de moi.
24:18Enfin, je ne suis pas sûr.
24:19Quand je me couche, j'ai des doutes terrifiants.
24:21C'est pour ça que je me couche peu d'ailleurs.
24:23Et quand je me réveille, j'ai des convictions.
24:25Je m'appuie sur ces pauvres convictions.
24:27Et j'essaie de travailler.
24:29J'ai toujours travaillé beaucoup.
24:31Depuis l'âge de 15 ans, je travaille.
24:34Et j'ai toujours compris que c'est à travers le travail que l'inspiration pouvait venir.
24:38Et puis, avoir un peu de jugeote.
24:40Peut-être et avoir de bons amis.
24:41Fabrice Aboulker, par exemple, que vous connaissez bien,
24:43est un ami extrêmement proche.
24:45Et donc là, qu'on a fait les souliers rouges,
24:48qu'il marche vraiment bien, qu'il va partir en Chine.
24:50C'est une belle aventure qu'on a tous les deux.
24:52Depuis maintenant plus de 40 ans, il m'a connu.
24:55J'avais 16 ans.
24:57Il m'a mis dans un groupe de hard rock à l'époque.
24:59C'est le premier à croire en vous, d'ailleurs.
25:01Oui, ça a été le premier.
25:03Pas tout de suite.
25:04Sa mère lui avait dit, écoute, j'ai un mec en face de moi,
25:07il a l'air un peu con, mais il a l'air d'avoir du talent.
25:09Reçois-le.
25:10Donc il m'a reçu par amour pour sa mère, pour Florence.
25:13Mais au début, il n'a pas compris ce que je faisais.
25:16Et c'est quand il a entendu ma voix sortir des enceintes dans le studio,
25:20il s'est dit, putain, mais il a une voix, lui.
25:22Donc là, je lui ai dit, fais-moi des chansons.
25:24Je lui ai demandé pendant deux ans de me faire des chansons.
25:26Il a fini par m'en faire une, et puis par m'en faire une deuxième,
25:28et puis la troisième.
25:29C'est les U Revolver.
25:30Oui, alors cet album s'appelle Revolver.
25:32Il est sorti pour les 40 ans de carrière dans une nouvelle version électro-symphonique
25:36enregistrée à Sofia avec 80 musiciens.
25:38Voilà, à Sofia, ce qui est une ville assez forte.
25:42Même les voitures pleurent là-bas.
25:44C'est-à-dire que c'est une ville d'une tristesse absolue.
25:46Mais ils ont un orchestre symphonique absolument divin
25:50qui est dans un immeuble nazi accroché à un immeuble communiste.
25:53Ça plante le décor.
25:55Je suis allé là-bas avec un certain souffle au cœur quand même
25:58parce que franchement, c'était waouh.
26:01Et là, je suis rentré dans cet univers.
26:03Personne ne m'a dit bonjour.
26:05J'ai dit bonjour comme ça à tout le monde.
26:07J'ai testé les mains.
26:08On ne m'a même pas regardé, à part le chef d'orchestre.
26:10Et ils m'ont dit au revoir.
26:12C'est marrant, c'est qu'ils ne disent pas bonjour, mais ils disent au revoir.
26:15Moi, j'ai toujours eu du mal à dire au revoir,
26:17et j'aime bien dire bonjour.
26:19Donc c'était un peu bizarre, mais ils ont joué.
26:21J'étais dans la salle avec eux quand ils jouaient
26:23parce que je ne voulais pas être dans la cabine.
26:25Et la seule chanson pour laquelle j'ai demandé à ne pas mettre d'électro,
26:27c'est Lady Revolver.
26:28Je la trouve vraiment bien réussie.
26:30Pourquoi faire cette nouvelle version électro-symphonique, Marc Lavoine ?
26:34D'abord parce que Frédéric Domenec, mon manager, m'a dit
26:37il faut que tu fasses une version symphonique de tes morceaux.
26:39Non symphonique, ça semble sympa.
26:41On en laisse tomber.
26:43Et en réfléchissant, j'ai dit électro
26:45parce que j'aimais beaucoup l'album de Deep Purple,
26:48le Royal Philharmonic Orchestra,
26:49qui a été suivi d'un album des Eurythmics,
26:52qui a été suivi d'un album de Portishead,
26:55et qui a été suivi d'une expérience de Beck.
27:00Beck a fait son morceau de Bowie en symphonique
27:03avec tous les instruments du monde.
27:05Ça m'a vraiment bouleversé, ces versions-là.
27:07Et puis j'aime beaucoup Sakamoto aussi,
27:09qui mélangeait le symphonique et l'électro.
27:11Donc j'ai dit électro-symphonique, ça m'intéresse.
27:13Donc j'ai pris la liste des chansons
27:15qui me paraissaient être les plus représentatives du travail que j'ai fait,
27:18surtout par les textes.
27:20Et puis bizarrement, les musiques sont bonnes aussi,
27:22donc on a enregistré ça, on a fait quatre inédites.
27:24Et puis voilà, c'est pour ça.
27:26On va en parler, mais en fait, finalement,
27:28« Les yeux révolvers », ça a été enregistré
27:30à peu près sur tous les rythmes déjà.
27:32Il y a eu un tas de versions.
27:33Oui, il y a eu des versions cubaines,
27:35des versions argentines, des versions rock,
27:37des versions hard rock.
27:39Oui, oui, c'est une chanson que même les rappeurs
27:43ont repris cette phrase.
27:45Il y a Joss Mann qui l'a reprise.
27:47Je sais que Nekfeu a repris aussi « Les yeux révolvers ».
27:50C'est Dizzy Lapeste qui avait repris, d'abord, c'est ça, la France.
27:53C'est des gimmicks.
27:55Moi, j'ai toujours chanté avec Dave,
27:58avec Catherine Anger.
27:59Je n'ai jamais eu de problème
28:01avec les différences de couleurs, de couleurs de musique.
28:05Là, j'ai enregistré une chanson avec Chrissy,
28:07qui est le rappeur qui avait produit Damso.
28:09Ça s'est fait naturellement.
28:11Il faut dire que leur maman aime beaucoup ce que je fais,
28:13donc c'est souvent à cause de leur mère que je les rencontre.
28:15Ça crée un lien.
28:17C'est sûr que la mère est un lien absolu.
28:19Chrissy adore sa mère.
28:21Les gens aiment beaucoup leur maman.
28:23Votre mère, justement, vous l'aimez beaucoup.
28:25On va en reparler tout à l'heure.
28:27Mais il y a aussi le fait que,
28:29Catherine Anger que vous évoquiez,
28:31elle a aussi fait un duo avec vous, un duo qui est mythique.
28:45Cette chanson, Marc Lavoie,
28:47n'a fini de jamais être enregistrée.
28:49Lorsque vous avez appelé Catherine Anger,
28:51elle vous a raccroché au nez.
28:53Oui, on s'était rencontré sur un événement.
28:55Je ne sais pas si je peux vraiment tout raconter.
28:57Elle est montée sur scène
28:59et je ne savais pas vraiment
29:01ce que ça voulait dire.
29:03Je lui ai pris la main
29:05et je lui ai tenu la main pour saluer.
29:07Et là, elle m'a regardé dans les yeux.
29:09Et elle m'a regardé...
29:11Elle m'a vraiment regardé.
29:13Elle m'a regardé comme ma mère me regardait.
29:15Elle a vu qui j'étais.
29:17J'étais heureux.
29:19J'étais heureux de ce regard qu'on avait eu ensemble.
29:21Le temps a passé.
29:23Pour enregistrer la chanson, je l'appelle.
29:25J'étais à Morzine avec Fabrice Saboudka.
29:27J'avais une amie avec moi.
29:29Une amie qui était un peu dans la difficulté.
29:31Elle me dit, appelle-la.
29:33Je dis, je ne vais pas l'appeler.
29:35Je l'ai appelé et elle m'a raccrochonné.
29:37Elle m'a dit, Marc Lavoine, c'est ça.
29:39Moi, je suis les Beatles. Elle m'a raccrochonné.
29:41Pour être sûr d'avoir le bon numéro, je l'ai re-rappelé.
29:43Je lui ai dit, c'est Marc Lavoine.
29:45Elle m'a demandé, quelles chansons chantes-tu en ce moment ?
29:47J'ai dit, bascule avec moi.
29:49Elle m'a dit, vas-y, chante.
29:51Alors, j'ai chanté, évidemment.
29:53Quand Catherine Ringer vous demande de chanter, vous chantez.
29:55J'ai chanté et puis là, je l'ai rencontrée.
29:57Elle m'a dit, voilà.
29:59Ce n'est pas l'Erythème de Sucre, c'est Catherine Ringer.
30:01Fred fera la pochette.
30:03On refera un remix avec
30:05Tony Visconti et puis on fera la vidéo
30:07avec Mondino.
30:09Elle a tout fait.
30:11En même temps, je me souviens des débuts
30:13d'Erythème de Sucre dans une guinguette
30:15qui était à Neuilly.
30:17La brocante de Neuilly,
30:19le dimanche soir, elle chantait.
30:21Couchée sur le piano,
30:23il y avait quelques personnes autour d'elle
30:25et on ne comprenait pas au départ ce qu'elle faisait.
30:27Après, Marcia Maia a tout changé.
30:29C'est-à-dire qu'elle a été capable, si tu veux,
30:31de mettre des mots
30:33difficiles, le cancer,
30:35sur les dancefloors.
30:37De mettre des phrases sur la déportation
30:39sur les dancefloors et mettre des textes
30:41sur les dancefloors.
30:43Je pense que depuis Patrick Juvet,
30:45personne n'avait réussi à le faire.
30:47Ce qu'avaient fait Jarre,
30:49avec Juvet et Christophe d'ailleurs,
30:51il avait réussi à mettre
30:53dans la modernité des vrais textes
30:55et Catherine a fait ça. Ils ont fait une musique,
30:57l'Erythème de Sucre, qu'une personne n'avait fait
30:59avant et que personne n'a fait depuis.
31:01Ils ont créé quelque chose.
31:03Cette création, c'est d'avoir mis des grands textes
31:05qui faisaient danser les gens.
31:07Et ça, c'était très malin.
31:09C'est l'intelligence des cons, je trouve.
31:11C'est très intelligent d'avoir fait ça.
31:13Elle était très sensible.
31:15Elle est très sensible et Fred Chichard
31:17était un garçon remarquable.
31:19Il se trouve aussi que la chanson,
31:21finalement, vous n'auriez peut-être jamais fait ce métier
31:23si votre frère ne vous avait pas offert
31:25à 5 ans une guitare, Marc Lavoine.
31:27C'est vrai qu'il m'offre une guitare.
31:29Je ne sais pas jouer.
31:31Je gratte des accords.
31:33On met mes doigts dessus.
31:35Finalement, on a fait des chansons.
31:37On chantait dans les comités d'entreprise.
31:39On allait chanter à droite, à gauche,
31:41surtout à gauche à l'époque.
31:43Un jour, j'ai voulu faire du théâtre.
31:45Je suis parti faire du théâtre.
31:47La chanson, ça a continué.
31:49Dans cet album,
31:5140 ans de souvenirs,
31:53les chansons sont classées par section.
31:55C'est important pour vous ?
31:57Oui, vous avez remarqué que c'est classé par section.
31:59Oui, parce qu'il y a les chansons
32:01qui sont issues du Pont Mirabeau, de Paris.
32:03C'est ça la France.
32:05Le protocole, ce ne sont pas des chansons politiques,
32:07mais qui ont un regard sur la société.
32:09Il y a des chansons d'amour, des chansons intimes.
32:11Sur l'album vinyle,
32:13il y a 4 faces.
32:15C'est vrai que
32:17chacune des chansons est ponctuée
32:19par une chanson inédite.
32:21Ça représente des sections.
32:23C'est ça la France dont vous parlez
32:25et présente sur cet album.
32:31C'est la version originale.
32:33C'est la version originale.
32:35Ce n'est pas la nouvelle version.
32:37Au départ, quand la chanson est sortie,
32:39il y avait une nouvelle version
32:41de la chanson de Rick Azaray, c'est ça la France.
32:43Oui, absolument.
32:45C'est vrai que c'était plutôt Ma France
32:47de Jean Ferrat qui vous avait inspiré.
32:49Ce qui m'a inspiré, c'est la phrase de Jean-Marie Le Pen
32:51sur l'équipe de France de football,
32:53en 1996.
32:55La France perd la Coupe d'Europe,
32:57avec Zidane, avec Lyssa Rassou,
32:59avec tous ces gens,
33:01avec Thuram.
33:03Ils disent que ce n'est pas l'équipe de France,
33:05ça ne ressemble pas à la France.
33:07Moi, c'est la France que je voyais depuis mon enfance.
33:09C'était la France que je voyais depuis mon enfance.
33:11Je n'ai pas compris pourquoi cette phrase était là,
33:13ce qu'elle voulait dire.
33:15J'ai voulu faire une chanson
33:17contradictoire.
33:19Avec Sylvain Berger,
33:21on a fait le clip du dernier titre
33:23qui s'appelle Protocol.
33:25On a fait beaucoup de clips ensemble,
33:27des films, des documentaires,
33:29etc.
33:31Avec lui, on s'était réunis,
33:33on avait mis sur le papier tous les gens
33:35qui étaient français ou pas français,
33:37qui ont fait la France.
33:39De Nora à Coluche,
33:41en passant par Jean Gabin,
33:43ou Michel Moreau,
33:45pardon,
33:47ou bien Jane Birkin,
33:49tous ces gens qui agglomèrent
33:51sont des français.
33:53C'est un peu comme dans les années 1920,
33:55il y avait une espèce
33:57de...
33:59du chant,
34:01de tous ces gens qui font la culture
34:03de cette époque-là,
34:05avec les filles qui ressemblent aux garçons,
34:07l'arrivée du porno, le dadaïsme.
34:09Il y avait une sorte de France comme ça.
34:11Et de l'autre côté,
34:13il y avait des croquamets sur les cimetières.
34:15C'était une France très...
34:17C'était les années 1920.
34:19On est dans les années 1920 en ce moment.
34:21Et donc, si vous voulez,
34:23j'aimerais qu'on mette sur cette vidéo
34:25des gens qui ressemblaient à notre pays.
34:27Pas à l'Assemblée nationale, forcément,
34:29mais en tout cas au pays.
34:31Dans cet album, vous l'avez dit,
34:33il y a des chansons inédites, comme celle-ci.
34:35Pourrais-je dire encore je t'aime ?
34:39Pourrais-je dire encore je t'aime ?
34:45Pourrais-je dire encore je t'aime ?
34:49Ça, c'est une chanson d'amour,
34:51mais je crois que le public vous dit encore je t'aime.
34:53Et après tant d'années,
34:55les nouvelles générations vous suivent
34:57parce que vous n'avez pas changé,
34:59vous êtes resté fidèle à vos valeurs, Marc Lavoine.
35:01Je pourrais jamais être infidèle à mes valeurs.
35:03Ça serait être infidèle à ma mère.
35:05Ma mère disait toujours la vérité.
35:07C'était la valeur principale de ce qu'elle était.
35:09Elle disait la vérité.
35:11La vérité, c'est rien d'extraordinaire,
35:13c'est juste la vérité.
35:15Le mensonge finit toujours par se tuer tout seul.
35:17Ce qui est arrivé, d'ailleurs.
35:19Cette chanson sonne
35:21la fin d'une époque
35:23et le début d'une nouvelle époque.
35:27Je suis capable de dire je t'aime.
35:29Je le dis toute la journée.
35:31Je ne pense qu'à ça,
35:33je ne pense qu'à elle.
35:35C'est vraiment bon
35:37de ressentir ça à mon âge.
35:39Vous êtes encore très jeune.
35:41Oui, mais je n'y croyais plus.
35:43La vie m'a rattrapé.
35:45C'est très bien.
35:47C'est comme mon livre.
35:49Je l'ai gardé sept ans sur la table de travail
35:51sans oser le sortir.
35:53C'est l'édition qui m'a appelé
35:55en me disant il faut sortir le livre maintenant.
35:57Je l'ai fait lire à mon attaché de presse
35:59qui est présent aujourd'hui.
36:01On l'a lu en deux jours
36:03et on s'est dit c'est pas mal.
36:05Donc on va le laisser partir.
36:07En le laissant partir, tout me revient.
36:09La joie me revient, le bonheur de vivre,
36:11l'envie, le désir.
36:13Cette chanson et ce livre
36:15m'ont sorti à un moment de ma vie
36:17où je ne savais plus, j'avais envie de m'arrêter.
36:19J'en pouvais plus.
36:21Je voulais partir en Grèce et lire des romans
36:23peut-être de loin comme ça.
36:25Mais je voulais vraiment m'arrêter.
36:27Et là, je ne veux plus m'arrêter.
36:29Ça tombe bien parce que ce livre,
36:31on va en parler à travers la date de la sortie
36:33le 15 janvier 2025.
36:35A tout de suite sur Sud Radio avec Marc Lavoine.
36:37Sud Radio, les clés d'une vie.
36:39Jacques Pessis.
36:41Sud Radio, les clés d'une vie.
36:43Marc Lavoine.
36:45Nous, on est heureux de vous recevoir pour évoquer
36:47la date du 15 janvier 2025,
36:49la sortie de ce livre
36:51Quand arrivent les chevaux chez Fayard.
36:53C'est un roman qui est sorti dix ans après L'homme qui ment
36:55qui avait été un immense succès.
36:57Il a fallu attendre dix ans alors que ce roman était écrit déjà.
36:59Il était écrit trois ans après L'homme qui ment.
37:01J'ai commencé à écrire ce bouquin
37:03et j'ai laissé sept ans
37:05sur ma table de dessin.
37:07Il y avait du café renversé dessus,
37:09des morceaux, des couleurs.
37:11Même les corrections étaient dedans.
37:13Quand on m'a demandé de le sortir,
37:15je l'ai lu avec Marie,
37:17qui est une croqueuse de chocolat
37:19et moi un croqueur de chocolat aussi.
37:21En croquant notre chocolat,
37:23on a lu le livre et on s'est dit
37:25c'est bon, on peut le laisser s'envoler.
37:27Je l'ai donné.
37:29Ce jour-là,
37:31j'ai sorti mon disque en même temps.
37:33Il s'est produit quelque chose.
37:35Les gens dans l'édition ont aidé,
37:37ont aimé ce livre.
37:39La direction a changé de patronne.
37:41C'est Lise Breul qui a pris la direction du label.
37:43Elle a adoré le livre.
37:45On l'a sorti.
37:47On l'a écrit avec Jean-François
37:49qui l'a remis en oeuvre.
37:51J'écris sans ponctuation
37:53et avec des typos différents.
37:55Il a fallu remettre des typos
37:57et des ponctuations.
37:59J'ai coupé quelques morceaux
38:01qui étaient à mon avis un peu hors-sujet.
38:03Surtout dans l'intro.
38:05Je parlais trop de moi
38:07et je ne parlais pas assez de ma mère
38:09pour mettre dans le roman à ce point.
38:11Du coup,
38:13il est sorti.
38:15Les gens ont envie de le lire et de le liser.
38:17Surtout, ils sont heureux après l'avoir lu.
38:19Ce livre était
38:21un besoin pour vous, Marc Lavoine.
38:23L'homme qui ment aussi.
38:25C'était un besoin.
38:27J'avais besoin de raconter l'histoire de mon père,
38:29de la guerre d'Algérie,
38:31de la Grande Guerre et de la guerre d'Algérie
38:33qui fut une grande guerre aussi.
38:351962, c'est quand même pas mal.
38:37Ce n'est pas des événements.
38:39La suite, c'est la mort de ma mère.
38:41J'ai eu des difficultés à l'écrire.
38:43Je l'ai écrit
38:45comme l'homme qui ment.
38:47J'ai lu l'écrit en trois semaines.
38:49Trois semaines totales.
38:51Sans coup de fil, sans rien.
38:53Et en même temps, avec une date de mort
38:55qui ne correspondait pas à la réalité.
38:57Vous l'avez aperçue plus tard
38:59qu'elle était morte,
39:01beaucoup plus tôt que vous pensiez.
39:03Le temps s'est arrêté.
39:05Quand mon père est mort,
39:07le temps ne s'est pas arrêté.
39:09Les lundis existaient, les mardis.
39:11Je ne sais même plus quel jour nous sommes.
39:13Je sais quelle année nous sommes,
39:15mais ça ne m'intéresse plus.
39:17Le jour où ma mère est morte,
39:19le temps ne m'intéresse plus.
39:21C'était terminé.
39:23Je ne sais pas pourquoi.
39:25Ça a été un bouleversement.
39:27Le centre du monde a disparu.
39:29Je n'ai pas compris.
39:31J'ai refusé ce jour-là.
39:33Je ne sais même pas quel jour elle est morte.
39:35Elle est morte un mois après son anniversaire
39:37parce que je lui ai offert une montre.
39:39Je regrette d'ailleurs de l'avoir offert.
39:41Comme si cette montre était symbolique du temps.
39:43Et ce temps m'a manqué.
39:45J'aurais bien aimé qu'elle vive encore un an,
39:47qu'elle revienne une nuit, une journée,
39:49de temps en temps,
39:51qu'elle vienne me voir.
39:53Elle ne reviendra pas, elle est morte.
39:55Vous affichez des regrets
39:57qui ont disparu avec le temps.
39:59Vous pensez que vous auriez dû la changer d'hôpital.
40:01Oui, c'est pour ça que Francis Dion,
40:03mon ami Francis Dion, le frère de Philippe,
40:05est dans le roman que j'ai enterré aussi.
40:07Il est dans le roman
40:09parce qu'il vient me parler d'elle.
40:11Il me parlait tout le temps de quelqu'un d'autre.
40:13Ce sont des gens
40:15que je cite dans le livre,
40:17même si Mao au début.
40:19Ce sont des gens qui me parlaient tout le temps d'autres choses.
40:21Ils ne me parlaient pas d'eux.
40:23Ils me parlaient de ma mère,
40:25de Brassens,
40:27de théologie, de Litz,
40:29de choses d'art moderne.
40:31Ils ne me parlaient pas d'eux.
40:33Je ne parlais que de moi,
40:35de ma peine.
40:37Il y a Frédéric qui perd son fils.
40:39Je comprends qu'il y a
40:41un illogisme là-dedans.
40:43Il y a quelque chose de terrifiant.
40:45Je dois absolument faire du cheval.
40:47Quand arrive Les Chevaux,
40:49la particularité, c'est un roman,
40:51mais on ne sait plus comment on peut discerner
40:53la réalité de la fiction.
40:55C'est l'état dans lequel nous sommes
40:57quand on apprend la mort en Europe.
40:59En Afrique, c'est différent.
41:01En Inde, c'est différent. En Asie, c'est différent.
41:03J'ai un ami qui est mort en Asie,
41:05en Asiatique,
41:07un bouddhiste
41:09hindouiste.
41:11On a fait une crémation.
41:13Il est mort. Il y a eu une semaine de réjouissance.
41:15C'était très différent.
41:17J'ai vu son fils jouer avec son fémur sur la plage.
41:19Ses cendres partirent.
41:21J'étais apaisé.
41:23En Europe,
41:25c'est terrifiant parce que tout est mort.
41:27Les rues sont mortes.
41:29Les voitures sont déjà mortes. Les feux rouges sont morts.
41:31Rien n'est vivant. Tout est vertical.
41:33On cache la mort. On n'a pas envie d'en parler.
41:35On a envie de l'éviter.
41:37Votre mari ou votre femme est en chimio.
41:39Vous dites que ça va très bien.
41:41Nous, on a un problème avec ça.
41:43Il y a aussi un problème quand on lit votre livre.
41:45On ne sait plus si vraiment
41:47elle a vécu la vie qu'elle raconte
41:49ou c'est vous qui l'avez imaginé.
41:51Je l'ai imaginé grâce à elle.
41:53Je l'ai imaginé grâce à tout ce qu'elle m'a laissé.
41:55Je n'aurais pas pu écrire ça sans avoir vécu avec elle.
41:57Sans avoir cousu avec elle.
41:59Sans avoir fait le ménage avec elle.
42:01Sans avoir été sous son bureau
42:03pour l'écouter jouer de la machine à écrire.
42:05Je n'aurais pas pu écrire ça
42:07sans ses confidences.
42:09Sans sa peur de l'orage.
42:11Sans ses larmes.
42:13Sans aussi son silence quand elle était assise
42:15couchée sur son lit comme une feuille morte
42:17qui attend quelqu'un qui n'y reviendra jamais.
42:19Vous comprenez ?
42:21C'est une histoire d'amour complètement déchirée.
42:23C'est une femme qui a été vidée de sa féminité.
42:25Et si vous voulez,
42:27quand on enlève
42:29la féminité d'une femme, c'est terrifiant.
42:31C'est un crime.
42:33Et les chevaux ?
42:35Vous expliquez dans ce livre qu'elles ont été liées
42:37à un certain Dr Schweppes
42:39et qu'ils avaient la passion des chevaux sauvages.
42:41Oui, parce que le cheval
42:43est un animal mi-sauvage, mi-domestique.
42:45Et donc il y a une sorte de danger
42:47à monter sur lui.
42:49Il y a un danger à être avec un cheval.
42:51Quand on en a peur, et moi j'avais peur des chevaux,
42:53j'ai commencé à être apprivoisé
42:55par les chevaux quand j'ai joué
42:57avec Tony Gatliff le rôle du vétérinaire
42:59et du maire d'une ville
43:01qui accueille les Ziganes
43:03qui vont être déportés
43:05et qui les défend.
43:07Et là j'ai dû m'approcher des chevaux.
43:09J'ai dû faire des scènes avec les chevaux.
43:11Notamment avec un mâle
43:13très violent, très puissant
43:15qui se jette sur moi
43:17et puis une jument qui tombe.
43:19Je regardais son œil.
43:21Je commençais à être tactile avec les chevaux.
43:23Et puis j'ai eu un cheval qui est mort dans mes bras.
43:25Un Ardennais.
43:27Et je l'adorais parce que je ne le montais pas, bien sûr.
43:29Parce que je ne montais pas les chevaux, j'avais peur de les monter.
43:31Je montais sur son dos et je dormais sur son dos.
43:33Il me promenait, il me secouait comme ça.
43:35Et quand j'arrivais chez moi,
43:37il galopait vers moi.
43:39C'est un cheval Ardennais gris avec les cheveux blancs
43:41qui touchent le sol.
43:43Il est tombé et
43:45il est mort dans mes bras.
43:47C'est ça qui m'a donné l'idée
43:49d'avaler son âme.
43:51Je pense à ce cheval très souvent depuis que j'ai avalé son dernier soupir.
43:53J'y pense pratiquement tous les jours.
43:55J'ai associé ma mère
43:57à ce souffle-là parce que
43:59quand ma mère est morte, je suis tombé par terre.
44:01Vraiment, je suis tombé par terre.
44:03Cette douleur a été terrifiante.
44:05J'ai traversé des moments difficiles
44:07avant de sortir ce livre.
44:09Il y avait aussi quelqu'un qui avait très peur des chevaux.
44:11C'était Hergé, le créateur de Tintin.
44:13Il ne pouvait pas s'approcher d'une écurie
44:15sans devenir blême
44:17et avec une envie de s'enfuir.
44:19Les chevaux réagissaient mal.
44:21La chance que j'ai eue, c'est que le cheval n'avait pas peur de moi.
44:23Et je n'ai pas eu peur de lui.
44:25Je l'ai respiré,
44:27je l'ai embrassé, je lui ai parlé toute la journée.
44:29Je suis allé dans la neige avec lui,
44:31je m'enfonçais dans la neige, je sortais de la neige.
44:33Tout le monde est tombé sauf moi.
44:35Je n'étais pas fier,
44:37je n'étais pas heureux, je n'étais pas malheureux.
44:39Je pleurais en même temps.
44:41J'ai fait un premier galop raté,
44:43et le deuxième galop a réussi
44:45parce que j'ai arrêté le cheval au milieu du lac,
44:47au gelé, et je lui ai dit
44:49écoute mon vieux, on le fait ensemble
44:51ou j'y vais à pied, mais là j'en ai marre.
44:53On a galopé
44:55vraiment tous les deux.
44:57Quand on lit votre livre Marc Laval, on s'aperçoit
44:59que l'amour que vous aviez pour votre mère,
45:01je crois qu'elle vous a appris l'élégance, la joie.
45:03Ma mère était
45:05une femme brisée, mais toujours joyeuse,
45:07toujours travailleuse. Elle travaillait toujours
45:09et elle avait toujours l'élégance
45:11de recevoir les amis
45:13et de leur faire à manger.
45:15Elle était heureuse de ça. Elle nous regardait,
45:17elle nous écoutait. Elle fumait sa cigarette,
45:19elle buvait son petit verre.
45:21Elle nous écoutait, elle nous regardait.
45:23Mais surtout elle m'a rendu heureux moi.
45:25Elle a réussi mes rêves.
45:27Elle m'a permis
45:29de vivre dans ce monde adulte
45:31et d'être un homme
45:33enfin libre je crois.
45:35Alors que finalement, elle disait toujours
45:37ne pas être une adulte et avoir 11 ans
45:39ou 12 ans.
45:41Oui, ça c'est dans le livre, je dis qu'elle a 11 ans.
45:43Enfin 12 parce qu'elle triche toujours sur son âge
45:45et qu'elle est une jument
45:47puisqu'elle a avalé l'âme de sa jument qui s'appelait ma jument.
45:49Donc elle me demande de me rajouter
45:51un jus au milieu de maman et de l'appeler ma jument.
45:53En même temps, vous dites
45:55que c'est une histoire à mourir debout.
45:57C'est une belle expression.
45:59Oui c'est ça, c'est une histoire à mourir debout.
46:01C'est une histoire qui touche à la mort
46:03et qui touche à la vie surtout.
46:05Elle touche à ce que la mort nous donne.
46:07La mort ne nous enlève pas totalement les choses.
46:09Elle nous enlève une partie.
46:11Elle nous enlève la voix, elle nous enlève les yeux.
46:13Les yeux que Giacometti cherchait à retrouver
46:15parce que quand Vanne demeure faisait le grand tour
46:17avec le deuxième grand tour qu'il a fait
46:19avec Giacometti, il est mort
46:21et c'est là qu'il s'est aperçu
46:23du côté terrifiant de la mort
46:25qu'on enlève des yeux des gens
46:27toute la vie qu'ils nous donnent.
46:29Et ça c'est terrifiant.
46:31Elle nous soigne, elle nous calme.
46:33Elle nous donne des choses qu'on n'avait pas attendues.
46:35Des choses qu'on avait presque oubliées.
46:37Elle nous rattrape et elle nous dit
46:39regarde, ça c'est ta mère.
46:41Et même dans ce livre vous évoquez
46:43une chose d'ailleurs importante, le suicide.
46:45Car le suicide vous le liez à certains
46:47grands écrivains comme Virginia Woolf
46:49comme d'autres qui se sont suicidés.
46:51Et pour vous c'est quelque chose, ça a été un déclic aussi.
46:53Moi d'abord j'ai eu envie de mourir.
46:55On a tous envie de mourir.
46:57On a tous envie d'être alcoolique,
46:59de prendre des médicaments.
47:01Vous savez, la France est un des pays qui se droguent
47:03le plus, qui prend le plus de médicaments.
47:05Donc c'est aussi une analyse de mon pays que je fais.
47:07Dans le livre, il n'y a pas un côté politique
47:09mais il y a un côté quand même social.
47:11Qu'est-ce qui nous arrive ? Qu'est-ce qui se passe dans nos têtes
47:13quand on est au bord, quand on va chercher
47:15la mort à ce point ?
47:17Moi je l'ai associé à la mort de ma mère.
47:19C'est vrai que la mort de ma mère m'a emmené dans des univers
47:21que je ne comprends plus.
47:23Qui m'ont esquinté.
47:25Qui m'ont fait souffrir.
47:27Et donc si vous voulez,
47:29c'est ça, c'est-à-dire que
47:31ce Marcel, il est perdu.
47:33Il s'attrape à ce qu'il peut.
47:35Il y a un chemin.
47:37C'est vraiment, comment dirais-je ?
47:39C'est une quête.
47:41Oui, c'est ça.
47:43Le chemin de la vie, c'est le sens de pourquoi nous sommes vivants.
47:45Pourquoi est-ce qu'on existe ?
47:47Le personnage s'appelle Marcel, mais vous êtes en filigrane derrière.
47:49Et ce qui est étonnant, c'est que vous citez
47:51en préambule Romain Garry, La promesse de l'aube.
47:53Et que La promesse de l'aube, c'est l'histoire
47:55de Romain Garry avec sa mère.
47:57Oui, absolument.
47:59Il y a un lien.
48:01La phrase est magnifique.
48:03Il faisait si bon vivre que je n'ai jamais
48:05su où habiter depuis.
48:07C'est quand même une phrase qui dure une vie.
48:09C'est une phrase qui vous dure...
48:11C'est comme la phrase de Léo Ferré.
48:13Le bonheur, ce n'est pas grand-chose.
48:15C'est du chagrin qui se repose.
48:17C'est une phrase qui remplit une vie.
48:19Et puis, il y a la malice de votre mère
48:21qui fait croire qu'elle est sourde et muette.
48:23Oui, c'est-à-dire que
48:25quand elle a ce choc affectif,
48:27elle devient sourde et muette.
48:29Mais Schweppes le voit.
48:31Schweppes va lire Madame Bovary dans des éditions différentes
48:33tous les jours, avec son rire au lait.
48:35Et il lui dit, vous êtes une enfant.
48:37Schweppes a vraiment existé ?
48:39Oui, bien sûr, Schweppes a existé.
48:41C'était un homme merveilleux, d'ailleurs.
48:43Un homme merveilleux qui venait chez ma mère,
48:45qui était très lié avec ma mère.
48:47Il se parlait dans la cuisine, toujours, avec un café.
48:49Et je n'entendais pas ce qu'il disait.
48:51En fait, je ne voulais pas entendre.
48:53Quand je passais et que j'entendais leur voix,
48:55j'entendais un ronron, des rires.
48:57Il faisait rire, ma mère.
48:59Et ça faisait longtemps qu'elle ne riait plus.
49:01Et là, il la faisait rire.
49:03C'était pendant le divorce avec mon père.
49:05Il la faisait rire et il lui remontait le moral.
49:07Et elle était heureuse d'être vue par cet homme.
49:09D'ailleurs, elle a été heureuse aussi une fois
49:11quand elle s'est cassée l'épaule dans la rue,
49:13en bas de chez moi.
49:15Elle venait voir mon fils Romane, souvent.
49:17Et Romane, les dernières années de sa vie
49:19Romane et Yasmine.
49:21Elle s'est cassée l'épaule et je lui ai dit
49:23je vais t'emmener à l'hôpital.
49:25Je l'ai emmené à l'hôpital et un jeune homme
49:27de 30 ans l'a regardé.
49:29Il ne lui a pas dit comment vous vous appelez.
49:31Il ne lui a pas dit...
49:33Il m'a demandé comment elle allait.
49:35Et son visage est devenu celui
49:37de la femme que je connaissais.
49:39Ses yeux se sont mis à pétiller.
49:41Elle a passé une des plus belles soirées de sa vie.
49:43Dans ce livre marque la voix des dialogues avec votre éditrice.
49:45Et je me dis que vous pourriez parfaitement
49:47l'adapter sous forme de dialogue au cinéma.
49:49Écoutez, c'est un projet que je caresse.
49:51On m'en a parlé.
49:53Et donc
49:55je vais laisser faire parce que
49:57un film comme celui-ci
50:01c'est ambitieux en même temps.
50:03Mais bon, ça me plait.
50:05Ça me plairait en tout cas de faire le film.
50:07En tout cas, ce livre est sorti.
50:09Il y a la tournée qui démarre.
50:11Une grande tournée retour sur scène.
50:13Ce livre s'appelle Quand arrivent les chevaux chez Fayard.
50:15Et je suis sûr que vous en écrirez d'autres
50:17parce que vous n'allez pas en rester là.
50:19Déjà, j'ai le titre du prochain album.
50:21C'est important parce qu'il fallait que je trouve ce titre.
50:23Je ne peux pas faire un album
50:25sans avoir le titre.
50:27J'ai le titre de l'album. C'est pas mal.
50:29Et j'ai déjà la petite idée
50:31d'un nouveau roman.
50:33C'est tout le mal qu'on vous souhaite.
50:35Je sais que vous n'aimez pas les adieux.
50:37Donc on va simplement se dire au revoir et à bientôt
50:39dans Les clés d'une vie.
50:41Merci MacLawan.
50:43C'est terminé pour aujourd'hui.
50:45On se retrouve bientôt.
50:47Restez fidèle à l'écoute de Sud Radio.