Des manifestations sont en cours aux États-Unis contre Donald Trump et son gouvernement. Les manifestants dénoncent la politique de Donald Trump avec notamment les droits de douane, mais aussi les coupes dans les budgets publics.
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00:00Et c'est la colère qui commence à monter du côté des Etats-Unis après le séisme commercial imposé par Donald Trump.
00:05Des manifestations sont en cours dans le pays et c'est rare, ça n'arrive pas tous les jours.
00:09Ça défile notamment à Boston contre ces nouveaux droits de douane qui entrent en vigueur aujourd'hui
00:14car ceux qui vont trinquer, voilà ce que disent les manifestants, ceux qui vont trinquer le plus fort,
00:18ce sont eux, les consommateurs américains qui payeront leurs produits plus chers.
00:23On va du côté de Washington à présent, Antoine Lallard. Washington où la manifestation vient de démarrer.
00:28Il y a déjà du monde autour de vous, Antoine ?
00:31Oui, il y a du monde. Les organisateurs annoncent 20 000 personnes.
00:34Alors on est loin des grandes manifestations qui avaient marqué le premier mandat de Donald Trump
00:39et qui avaient secoué la capitale américaine, mais tout de même, 20 000 personnes, c'est pas mal.
00:43Et des manifestations qui, il faut bien le préciser, sont prévues de longue date avant l'annonce des taxes douanières par Donald Trump.
00:50Ici, les manifestants se mobilisent avant tout contre ce qu'ils appellent la dérive autoritaire de Donald Trump
00:56et cette façon de gouverner extrêmement brutale.
00:59Il y a, au-delà de Donald Trump, une autre personne qui spécialise la colère ici, c'est Elon Musk.
01:03Beaucoup de pancartes contre Elon Musk ici parmi les manifestants.
01:08Musk, vous le savez, taille à la hache dans les dépenses du gouvernement, dans l'administration.
01:13Il y a beaucoup de fonctionnaires à Washington, donc les gens sont vraiment touchés directement par ce qui se passe.
01:19Craintes aussi pour la démocratie. Beaucoup de panneaux qui disent, pour défendre la démocratie, stop au fascisme.
01:27Nous ne voulons pas voir Donald Trump comparé à un monarque qui gouverne de façon extrêmement autoritaire.
01:33Mais la question des taxes douanières, évidemment, est également dans tous les esprits.
01:37Quelqu'un me disait tout à l'heure qu'il était embarrassé, honteux d'être américain,
01:43que ces taxes douanières ne sont pas un signe de force, mais plutôt un signe de faiblesse.
01:47On ne se comporte pas comme ça avec ses partenaires, avec ses alliés.
01:51Voilà ce que me disait cette personne tout à l'heure.
01:53Merci beaucoup à vous Antoine Eulard, en direct de Washington,
01:57alors qu'on voit des images d'une autre manifestation en ce moment même du côté de Boston,
02:01toujours dans le nord-est des Etats-Unis.
02:03Je vous présente mes invités. Stéphane Bureau, bonsoir.
02:06Vous êtes notre consultant Etats-Unis pour BFM TV.
02:09Patrick Martin-Jeunier, bonsoir, également professeur à Sciences Po, spécialiste des questions européennes et internationales.
02:14Et Nicolas Barré, bonsoir, merci d'être avec nous.
02:17Vous êtes directeur de la rédaction de Politico et grand connaisseur évidemment des Etats-Unis.
02:22Une première question, Stéphane Bureau, vous connaissez très bien les Etats-Unis aussi,
02:26on ne manifeste pas très régulièrement, on était surpris presque de voir très peu de manifestations
02:31après les annonces quand même tonitruantes et spectaculaires de Donald Trump.
02:34Est-ce que vous pensez que c'est le début d'un mouvement de la rue anti-Trump ?
02:38Non. Réponse courte, non, je ne pense pas.
02:40Les Américains ne sortent pas souvent dans la rue, on est très très loin de la culture politique française.
02:45À Boston, c'est un peu normal aussi parce que c'est un terreau naturel pour les forces progressistes,
02:50c'est le fief historique de la famille Kennedy, c'est tout à fait normal.
02:53Je ne pense pas qu'au Texas par exemple ou en Louisiane ou en Alabama,
02:56ils seront nombreux à fouler le trottoir pour aller manifester contre M. Trump.
03:00Ce qui est sain, c'est qu'il y ait un mouvement d'opposition qui puisse s'organiser.
03:04On a vu d'ailleurs, et pour moi c'est plus significatif cette semaine,
03:07quatre sénateurs républicains voter contre leur président aux côtés des deux indépendants
03:14et de 45 démocrates pour demander à ce que soient levés les droits douaniers spéciaux
03:19imposés aux partenaires commerciaux essentiels des États-Unis, le Canada.
03:22Et ce n'est pas mon accent qui trahit ici mon enthousiasme, mais de fait, c'est surprenant.
03:28On n'a pas vu beaucoup sa famille politique prendre le risque de s'opposer frontalement au personnage Trump.
03:33Parce qu'il y a toujours un prix politique à payer aussi pour ceux qui ont eu l'audace de dire
03:38« Pardon, mais il faudrait peut-être y réfléchir à deux fois avant de faire ce que vous faites. »
03:42Et bien là, on a vu qu'il y a des gens qui ont le courage de le faire. C'est nouveau.
03:46Et pour moi, c'est plus significatif que cette rue, d'autant que comme le disait notre collègue à Washington,
03:53on a vu au premier mandat des foules beaucoup plus importantes se mobiliser après le premier choc Trump.
04:00Oui, mais effectivement, les démocrates sont dans un état de stupéfaction, tétanisé.
04:05Mais est-ce que ça peut être tout de même le début d'un réveil de l'opposition démocrate
04:09autour de ces droits de douane qui vont toucher frontalement les Américains, les consommateurs ?
04:14On peut dire qu'il y a un réveil d'une certaine forme d'activisme, mais ça n'est que cela.
04:19Il ne faut vraiment pas se méprendre sur ce type de manifestation.
04:23Et il faut bien voir que le parti démocrate depuis l'élection de Donald Trump est totalement inaudible.
04:29Vraiment inaudible. En plus, complètement divisé.
04:33Et puis les figures qu'on met en avant aujourd'hui, vous voyez bien, c'est Bernie Sanders qui a quand même 83 ans.
04:39Qui bouge, qui a fait un tour des États-Unis avec Alexandria Ocasio-Cortez.
04:43Il est allé avec une élue beaucoup plus jolie que lui.
04:45Et il est avec Alexandria Ocasio-Cortez qui a 35 ans. On dirait que ça fait une moyenne.
04:50Les deux sont quand même l'aile vraiment très à gauche du parti démocrate.
04:54Ce n'est pas là qu'on va trouver la relève pour éventuellement avoir un candidat pour suivre Donald Trump.
05:00C'est assez marginal pour l'instant.
05:03C'est assez marginal, mais ce sont les premières mobilisations.
05:06On était surpris de ne pas en voir depuis le début. Il y a eu pourtant des licenciements massifs.
05:10Vous y voyez quelque chose de significatif ?
05:12Moi personnellement, je ne partage pas l'opinion de mes collègues.
05:16Je pense que c'est d'autant plus symbolique.
05:18On le voit très rarement aux États-Unis, mais c'est tout de même symbolique.
05:22Parce que ces gens-là que vous voyez défiler, ce sont des victimes du trumpisme.
05:26Ce sont des gens qui sont licenciés par des décisions parfaitement illégales.
05:30Ce sont des retraités qui vont se voir privés de leur pension.
05:34Ce sont des gens qui vont être au chômage.
05:36C'est un pays qui va être en récession si les tarifs continuent à augmenter de cette façon.
05:42On parle quand même de mille manifestations dans l'ensemble du pays,
05:47avec plus de centaines de milliers de manifestants.
05:50Donc c'est tout de même plus que symbolique.
05:52Ce sont des gens qui ont peut-être voté Donald Trump,
05:56qui pensaient que ce serait positif pour eux, et ce n'est pas le cas.
05:59C'est le début de quelque chose.
06:01Ajoutons tout de même que ces tarifs, ces droits de douane, sont parfaitement anticonstitutionnels.
06:08Vous connaissez bien les États-Unis, c'est un pays très procédurier.
06:11Il y a d'ores et déjà une entreprise qui s'appelle Simplified,
06:15qui a décidé d'introduire une action devant les tribunaux fédéraux
06:18pour empêcher l'application de ces tarifs qui sont manifestement anticonstitutionnels.
06:22Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas respecté la séparation des pouvoirs.
06:25Est-ce qu'un mouvement de la rue pourra faire bouger, un tant soit peu, Donald Trump ?
06:29On va voir ce qu'il dit, ça n'en a pas vraiment l'air.
06:31On va voir cette dernière déclaration aujourd'hui.
06:33Hier, on se souvient qu'il disait « jamais, jamais je n'abandonnerai pas politique ».
06:37Alors, il est toujours conséquent, c'est-à-dire qu'il veut toujours aller jusqu'au bout,
06:41mais il reconnaît que ça va être difficile, ça va être compliqué.
06:46Donald Trump, l'offensive commerciale américaine contre ses partenaires commerciaux,
06:49elle portera ses fruits, mais ça ne sera pas facile.
06:52C'est une révolution économique, il parle de révolution économique en cours,
06:56et nous allons gagner, tenez bon.
06:58Voilà ce qu'il dit Donald Trump.
06:59Je voulais qu'on aille justement aux États-Unis, à New York.
07:01On vous retrouve, Mathieu Courtecuis, vous êtes fondateur et PDG de CIA Partners.
07:06Donald Trump veut aller jusqu'au bout.
07:08Vous pensez qu'il bluffe ou qu'il ira jusqu'au bout malgré l'effondrement des marchés, notamment ?
07:14Je pense qu'on ira forcément vers un minimum de droits qui seront appliqués à tous.
07:24Le meilleur scénario qui soit possible d'obtenir à la fin d'une négociation
07:29sera de l'ordre de ce que l'ont obtenu les Anglais aujourd'hui.
07:31Donc, c'est ça la cible en réalité aujourd'hui pour l'Union européenne.
07:34C'est d'arriver à une base de 10%.
07:37Moi, j'avoue que le fait qu'on démarre à 20% pour l'Union européenne, c'est plutôt une bonne surprise.
07:42J'en ai parlé avec aussi un certain nombre de responsables économiques,
07:45enfin de grands patrons français, etc.
07:47C'est plutôt un point de départ raisonnable pour l'Europe,
07:51et qui, s'il y a des négociations qui se mettent en place,
07:55on pourrait obtenir un deal à la fin qui serait du niveau anglais en fait.
07:58Donc, vous pensez que son objectif, c'est vraiment la négociation par la force,
08:02donc de taper très fort pour finalement obtenir des taux,
08:06certes beaucoup plus élevés qu'auparavant,
08:08mais revenir à des barrières douanières qui soient un peu plus en faveur des produits des Etats-Unis ?
08:13Il doit aller vite parce que les élections midterms, en fait,
08:18la préparation démarre en mai et juin de l'année prochaine.
08:21Donc, ça va aller assez vite en réalité.
08:24Là, il veut obtenir, donc c'est avec un peu de brutalité,
08:27il veut obtenir des résultats assez rapides.
08:29Avec l'Europe, le sujet n'est pas tellement sur les tarifs,
08:32en réalité, il est plutôt sur les normes et la réglementation européenne
08:36sur un certain nombre de produits et de services
08:39qui sont en réalité la vraie cible américaine vis-à-vis de l'Europe.
08:43Alors, il veut négocier Donald Trump, c'est ce que vous pensez ?
08:47C'est ça son objectif ?
08:48Nicolas Barré, on a vu quand même des déclarations absolument alarmantes
08:52du côté du patron de la Fed, c'est pas n'importe qui,
08:54le patron de la Réserve fédérale hier,
08:56qui prévoit du chômage, qui prévoit surtout l'inflation,
09:00donc il prend le risque de faire monter les prix,
09:03alors qu'il a été élu pour ça, justement, pour faire baisser les prix ?
09:06Oui, ce qu'il faut bien voir, c'est que si on se place du côté
09:09de l'administration Trump, ils ont tout un plan
09:12qui ne tient pas forcément la route,
09:14mais ils ont tout un plan très raisonné, très calculé,
09:17qui consiste à dire, grâce aux droits de douane,
09:20on va pouvoir financer massivement des baisses d'impôts.
09:23Donc ce que vous allez perdre, effectivement,
09:25avec des prix qui montent à cause des droits de douane,
09:27on va vous le redonner avec des baisses d'impôts.
09:30Tout ça, ça reste à démontrer, c'est pas du tout évident
09:33que ça fonctionne, et il y a déjà d'ailleurs des divisions
09:36au sein même de l'administration Trump,
09:38puisque J.D. Vance, le vice-président,
09:40est plus prudent que d'autres dans l'anglo-américain.
09:44M. Navarro, par exemple, qui lui parle de 600 milliards à générer,
09:47c'est beaucoup.
09:48600 milliards, 6000 milliards au bout de 10 ans,
09:51les Américains vont faire fortune.
09:53À ce stade-ci, c'est pas ça qu'on voit, évidemment.
09:56L'impact immédiat, c'est celui de l'effondrement de la bourse,
09:59et on sait que c'est important pour les Américains.
10:01La bourse, c'est pas comme pour les Français,
10:0360% des Américains...
10:04C'est un véritable séisme, un effondrement,
10:07enfin on ne va pas parler d'effondrement,
10:09en tant que chute sévère de la bourse à New York,
10:11mais également les bourses au Japon asiatique.
10:14Côté le Japon, qui est un allié quand même traditionnel des États-Unis,
10:17vont être imposés, je ne parle même pas de la Chine
10:19avec ses 34%,
10:20mais le Bangladesh, qui est quand même le deuxième pays pauvre,
10:23un des principaux exportateurs de tissus, de textiles,
10:27est lourdement frappé également.
10:29Comment voulez-vous que les bourses ne chutent pas ?
10:31Et donc, on sait très bien qu'à New York,
10:34vous savez, à Times Square,
10:35vous avez tous les indices sur la place qui sont affichés,
10:39et bien ils vont effectivement diminuer,
10:41et ça, Trump fait très attention à ça.