Philippe de Villiers passe en revue l'actualité de la semaine dans #FaceAPhilippedeVilliers. Présenté par Eliot Deval
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00:00Un peu plus de 19 heures sur CNews, merci d'être avec nous pour votre rendez-vous
00:06du vendredi soir face à Philippe Devilliers, cher Philippe bonsoir.
00:09Bonsoir Eliott.
00:10Bonsoir Geoffroy.
00:11Geoffroy Lejeune comme chaque vendredi soir est avec nous, cher Geoffroy bonsoir.
00:14Bonjour les amis.
00:15Philippe Devilliers, vous entrez un peu plus dans l'histoire, l'histoire de la Vendée
00:20et des Sables d'Olonne.
00:21Cette semaine le conseil municipal a décidé de vous rendre hommage, j'ai découvert
00:27ça en baptisant une promenade en votre nom, la promenade Philippe Devilliers.
00:33Alors j'ai besoin d'y voir plus clair pour que les téléspectateurs comprennent.
00:36Vous avez en quelque sorte votre étoile à Hollywood Boulevard, c'est ça Philippe
00:42Devilliers ?
00:43Alors voilà, j'étais très surpris.
00:47C'est le conseil municipal des Sables d'Olonne, conduit par son maire Yannick Porreau, plein
00:56de gratitude, c'est rare en politique, qui a dit il faut qu'il y ait un lieu au nom
01:03de celui qui a cofondé le Vendée Globe avec Philippe Janteau, c'était en 1700, en 1900.
01:11Donc en 1988 et j'étais jeune président du conseil général, à l'époque je peux
01:23vous dire qu'il n'y avait pas un Sablé, pas un Vendée 1 qui croyait que c'était
01:28raisonnable.
01:29Aujourd'hui le Vendée Globe a fait le tour du monde, c'était un immense succès et
01:34ça me touche beaucoup.
01:35Talleyrand disait une distinction à bienfait doit toujours se recevoir avec un léger mouvement
01:42de recul mais elle ne se refuse jamais.
01:45Et quand j'ai appris ça, Eliott, Geoffroy, j'ai écrit à l'ARCOM.
01:54Ah bon ?
01:55Oui.
01:56Vous avez demandé quoi à l'ARCOM, au nouveau directeur de l'ARCOM qui nous regarde j'imagine ?
02:01Parce que je me suis dit ils vont être jaloux de ne pas avoir leur rue.
02:05Ou leur promenade.
02:07Et j'ai la réponse de l'ARCOM.
02:09Si oui, un quai de Seine, Eliott Deval, Geoffroy Luchon, ils m'ont simplement dit la décision
02:22sera prise en dernier ressort, en appel, par Madame Dialgaud.
02:28Et cette promenade, elle va des Sables d'Olonne, mais elle va jusqu'où ? Est-ce qu'elle
02:34va par exemple, je regardais jusqu'au 55.
02:37Je vous réponds, j'ai deux voisins qui sont morts tous les deux.
02:44John Kennedy, et moi je suis au milieu.
02:49Donc c'est le prolongement de la promenade John Kennedy, c'est ce que j'ai compris,
02:52et de l'Ade de Tassigny, qui est vendéen comme vous le savez.
02:57Eh bien écoutez, ça ne va pas jusqu'au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré.
03:03Je le dis pour l'ARCOM, ça ne va pas jusque là.
03:07Philippe Devilliers, autre chose évidemment, et là on va entrer dans le dur.
03:15Nous venons de vivre une semaine, pas comme les autres, avec la décision en première
03:19instance de condamner Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires.
03:23Je rappelle la condamnation aux téléspectateurs, 4 ans de prison dont 2 fermes aménageables
03:27sous bracelet électronique à domicile, 100 000 euros d'amende, et 5 ans d'inéligibilité
03:31avec exécution provisoire, c'est-à-dire l'application immédiate.
03:35Malgré l'appel, appel dont on connaîtra la décision à l'été 2026,
03:41au moins avant les élections de 2027.
03:45Incroyable, aurait dit Marine Le Pen, avant de se lever et de quitter la salle d'audience
03:49sans même attendre le prononcer de sa peine.
03:53Geoffroy Lejeune.
03:54Philippe, vous nous racontez toutes les semaines des épisodes de votre vie politique
03:57qui a duré 30 ou 40 ans.
03:59Est-ce que vous avez déjà vécu un tel séisme ?
04:03Incroyable.
04:06Je reprends l'interjection de forme exclamative pour dire que c'est incroyable.
04:17Qu'est-ce que ça veut dire incroyable en fait ?
04:21Ça veut dire, quand on a beaucoup vécu,
04:25ça veut dire quelque chose d'inattendu, d'imprévisible,
04:30une éruption d'un monde dans un autre monde.
04:38Et là en l'occurrence, vous avez les murs porteurs, les institutions
04:44qui sont délégitimées à travers l'institution judiciaire,
04:48on va en parler j'imagine,
04:51et vous avez la clé de vote qui elle-même de toute façon sera branlante
04:55parce que le président qui sera élu ou la présidente qui sera élue,
04:58ce sera soit malgré une condamnation, soit à cause d'une condamnation.
05:04Et donc oui, c'est incroyable.
05:08Et pour répondre à votre question,
05:11vous me demandez si j'ai vécu des événements comme ça.
05:15Alors, pas du même ordre, mais j'ai vécu mai 68,
05:25j'ai dit incroyable en mai 68 à mes camarades de classe
05:33en apprenant que le pouvoir était vacant.
05:37Le 29 mai, je me souviens, je passais mon bac.
05:41J'ai mis mon bac dans une pochette surprise cette honneur.
05:45Incroyable, Bernard Tricot, le secrétaire général de l'Elysée,
05:50va voir Georges Pompidou, le premier ministre, et lui dit,
05:53le général a disparu.
05:56Il est à Colombais ? Non, il n'est pas à Colombais.
05:59Et en fait, il est à Baden-Baden, on n'a jamais su pourquoi.
06:02Et là, il y a Mitterrand qui s'excite, il y a Madès France qui dit,
06:05mais nous on est prêts, ça Charlety, vous êtes trop jeunes pour avoir vécu ça,
06:09mais le pouvoir est vacant pendant plusieurs heures.
06:13Incroyable, ça veut dire quoi ?
06:15Mais qu'est-ce qui va se passer après ?
06:17En fait, c'est ça quand on dit incroyable.
06:19Qu'est-ce qui va se passer ?
06:21Et qu'est-ce qui va se passer ?
06:23La deuxième fois, je me suis dit, qu'est-ce qui va se passer ?
06:26J'étais à l'assemblée à côté de mon ami Charles Millon,
06:30et il me dit, en apprenant que le mur de Berlin est tombé,
06:37il me dit, j'aurais pensé que ce fut pour nos arrière-petits-enfants peut-être,
06:43mais jamais pour nous.
06:46Et il me prend le bras et me dit, à ton avis, qu'est-ce qui va se passer ?
06:49Je dis, j'en sais rien.
06:51Et là, tous les politiciens français, y compris Mitterrand, flottent.
06:55Qu'est-ce qui va se passer ?
06:57Alors là, ce détour historique ne doit pas me dispenser de répondre au cœur de votre question.
07:05Incroyable, pourquoi ?
07:10Il y a un mot de Camille Desmoulins que j'ai toujours médité.
07:19Desmoulins dit, avec beaucoup de verbes,
07:24« Pour éliminer un adversaire, les tyrans malhabiles usent de baïonnettes.
07:32Les tyrans habiles usent de la loi. »
07:39Il faut rapprocher cette recommandation
07:43d'une phrase lâchée par Ursula von der Leyen au moment des élections italiennes.
07:48Je ne sais pas si vous vous souvenez.
07:50Elle avait dit, si les choses tournent mal, nous avons les outils.
07:56Tiens, tiens, la boîte à outils.
08:00Qu'est-ce qu'il y a dans la boîte à outils ?
08:03Eh bien, le Parlement européen avait dans la boîte à outils les juges et l'État de droit.
08:11L'État de droit, c'est un truc flottant qui s'adapte comme une arme.
08:18Un fusil à tirer dans les coins.
08:20Et spécialement dans les coins de la droite, que vous le savez.
08:23Ah, l'État de droit.
08:26Et en fait, il y a eu cette semaine un très bon papier de Noël Lenoir,
08:33membre honoraire du Conseil constitutionnel.
08:37Elle a parlé du messianisme judiciaire.
08:41Le mot est juste et j'explique pourquoi.
08:45À Rome, il y avait ce qu'on appelait sous la République la puissance tribunicienne.
08:51Face à l'Imperium, il y avait le tribun de la plèbe
08:55qui était censé représenter le petit peuple face aux patriciens.
09:04Et il avait un droit d'interceptio, c'est-à-dire il avait un droit de veto.
09:09Il était la puissance tribunicienne.
09:13Tribunicia potestas.
09:17Et pourquoi je dis ça ? Parce qu'en fait, dans ses attendus,
09:23le tribunal correctionnel de Paris se comporte de manière tribunicienne,
09:31c'est-à-dire qu'il se dit qu'il est le défenseur du peuple contre les puissants.
09:39C'est sa motivation.
09:42En d'autres termes, la puissance tribunicienne est passée du politique au prétoire.
09:48Et ça donne quoi ?
09:50Ça donne une double interférence entre le judiciaire et le pouvoir politique,
09:57avec un double affaissement.
10:01Le premier affaissement, c'est le pouvoir législatif,
10:05puisque ce qui est inouï pour moi, quand on a vécu il y a 40 ans,
10:11et peut-être que j'expliquerai pourquoi tout à l'heure,
10:14le pouvoir judiciaire définit désormais ce qu'est la vie parlementaire,
10:20ce que doit faire un parlementaire, ce qu'il ne doit pas faire,
10:23ce que doit faire un assistant, ce qu'il ne doit pas faire.
10:26Donc en fait, c'est une émission formidable dans la vie politique elle-même.
10:34Le législatif.
10:36Donc le législatif est mort. Il est un pouvoir soumis au judiciaire.
10:41Et deuxièmement, l'exécutif, puisque c'est désormais le pouvoir judiciaire
10:45qui fait le casting de la prochaine présidentielle.
10:49En d'autres termes, et comme le dit Noël Lenoir,
10:54ce n'est plus une justice de juge, c'est une justice de justicier.
10:57Qu'est-ce que ça veut dire ? Quelle est la différence ?
11:00Une justice de juge, elle juge en droit.
11:03Une justice de justicier, elle juge à partir d'une morale.
11:09Et cette morale, l'état de droit flottant.
11:13Pardonnez-moi, mais la semaine dernière, vous avez rappelé à juste titre
11:18qu'il n'y avait pas de pouvoir judiciaire, mais une autorité judiciaire.
11:22Pourquoi aujourd'hui vous employez le terme de pouvoir judiciaire ?
11:25Est-ce que c'est une bascule qui se fait à travers cette décision ?
11:29Oui, c'est pour ça qu'on peut parler du fond du dossier, si vous voulez.
11:36Alors on va y aller dans un instant, mais d'accord, vous vouliez qu'on aille dans le fond.
11:39Attendez, là vous faites allusion à Montesquieu en fait.
11:42Mais non, mais c'est parce que ça m'a interpellé.
11:44Oui, alors Montesquieu a dit, il y a le pouvoir politique, exécutif, législatif,
11:55il y a le pouvoir judiciaire, l'autorité judiciaire.
12:00Et il a même ajouté, pour que personne ne soit tenté d'abuser du pouvoir,
12:05il faut que le pouvoir arrête le pouvoir.
12:08Et là, on est en plein dans le sujet.
12:10Le pouvoir, en fait, n'arrête pas le pouvoir, il y a un pouvoir qui a été bouffé.
12:15Le Rassemblement national, et allons sur le fond du dossier, Philippe de Villiers,
12:19est accusé d'un détournement de fonds publics.
12:21Que pensez-vous de cette accusation ?
12:24Est-elle justifiée ? Est-elle exagérée ? Ou encore, est-elle infondée ?
12:29Alors, je fais tout de suite un préalable pour que les choses soient très claires.
12:35Moi, je suis l'homme de personne.
12:39Je suis libre.
12:42Je suis le porte-parole de personne.
12:46Et si je monte à Paris depuis ma Vendée, le vendredi, pour venir vers vous,
12:54c'est pour déposer ici ce que je crois être la vérité cristalline.
12:59Je suis sur la fin de ma vie, moi.
13:01Je n'ai rien à gagner, je n'ai rien à espérer.
13:04Je suis libre.
13:07Et donc, je réponds à votre question.
13:12La qualification délictueuse du tribunal correctionnel de Paris
13:23concernant le Rassemblement national ne correspond pas
13:28aux faits qui sont reprochés au Rassemblement national.
13:32Ça peut paraître incroyable, et je l'explique.
13:36Vous venez de le dire, l'accusation, c'est détournement de fonds.
13:40Alors là, tous les gens qui nous regardent, et beaucoup d'autres,
13:43beaucoup de Français, j'imagine, se disent,
13:46oh là là, détournement de fonds, Marine Le Pen, détournement de fonds.
13:50Ils ont tapé dans la caisse, ils ont mis la main dans le pot de confiture,
13:54c'est ce qu'on entend dans tous les bistrots,
13:57et bref, c'est la corruption, quoi.
14:00C'est habituel.
14:03On a eu Cahuzac, on a eu tout ça, mais voilà, maintenant, c'est le Rassemblement national.
14:08Alors, allons au fond des choses, au fond de l'accusation.
14:12Détournement de fonds, très bien.
14:16Alors d'abord, les juges disent eux-mêmes,
14:23j'allais dire à vous, qu'il n'y a pas d'enregistrement personnel.
14:29C'est important, ça, que les Français le sachent.
14:32Ah bon, alors il y a détournement de fonds, mais il n'y a pas d'enregistrement personnel.
14:37Bon, il n'y a pas de corruption.
14:40Il n'y a personne qui a mis des sous dans la poche,
14:44les sous de l'argent public.
14:48Pas un assistant qui a détourné de l'argent,
14:52pas un député qui a détourné de l'argent.
14:56Mais ça va plus loin.
15:00Il n'y a même pas d'emploi fictif, c'est pas ça le reproche.
15:04On ne reproche pas aux assistants de ne pas avoir travaillé.
15:10C'est la nature du travail qui est en cause.
15:14Et là, il y a un vrai débat.
15:18Moi qui étais parlementaire national et européen,
15:22je sais ce que ça veut dire ce vrai débat.
15:26C'est la nature du travail, c'est-à-dire,
15:30pour le Parlement européen, pour le parquet,
15:34pour les juges et pour les européistes,
15:38pour les eurofédéralistes, pour l'État profond,
15:42un assistant parlementaire à Strasbourg, à Bruxelles,
15:46c'est l'employé du Parlement européen.
15:50Et pour la défense,
15:54pour ceux qui sont attaqués,
15:58et moi c'est ma conception d'assistant parlementaire,
16:02l'assistant parlementaire c'est l'employé,
16:06le collaborateur du parlementaire, du député.
16:10Et c'est d'autant plus vrai ce que je dis que
16:14quand un député au Parlement européen
16:18est au pouvoir, dans la majorité,
16:22il fait des résolutions avec tout le monde
16:26des essieux, des tendeuses à gazon, tout ce qu'occupe le Parlement européen
16:30pour nous simplifier la vie, comme vous le savez.
16:34Mais quand il est dans l'opposition, il devient tribunicien,
16:38c'est-à-dire que c'est une parole sur l'Europe, sur la manière dont elle est faite,
16:42dont elle est construite, dont les nations sont déconstruites, etc.
16:46Et donc forcément, dans la fonction du parlementaire,
16:50c'est une double fonction, il y a la fonction parlementaire, je fais les lois,
16:54la fonction politique, je combats les lois qui sont faites.
16:58On ne peut pas couper en deux le parlementaire.
17:02Et l'idée de dire, attention, la fonction politique
17:06ça ne concerne pas les assistants, c'est absurde.
17:10J'ajoute quelque chose qui m'a choqué.
17:14Le tribunal correctionnel a dit
17:18à inventer deux délits.
17:22J'espère que la cour d'appel va s'en apercevoir.
17:26Premier délit,
17:30elle a dit, il n'y a pas d'enrichissement personnel,
17:34mais il y a un enrichissement partisan. Mais ça, ce n'est pas dans le code pénal.
17:38Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Enrichissement partisan.
17:42Quand j'ai vu ça, je me tombais de l'armoire.
17:46Je fais trois fois le tour de ma maison en me disant, mais ils sont complètement
17:50hors du temps. Ils inventent,
17:54ce sont des funambules de la sémantique juridique, ces nouveaux juristes.
17:58Et deuxièmement,
18:02alors ça, c'est pas mal.
18:06Le juge dit, d'ailleurs, ils sont hostiles aux institutions européennes.
18:10Et l'hostilité aux
18:14institutions européennes, elle fait partie
18:18de l'architecture, de la décision. Ah, vous êtes hostile
18:22aux institutions européennes, donc vous êtes suspect.
18:26Mais c'est Fouquier-Tinville. Incroyable.
18:30On a toutes les caractéristiques d'un tribunal révolutionnaire.
18:34Et enfin et surtout,
18:38et là, j'ai apporté mon expérience et les conversations que j'ai pu avoir.
18:42Je me souviens, en 1991,
18:46j'avais lancé un combat incroyable.
18:50Dans l'affaire Urba, les anciens s'en souviennent probablement.
18:54Urba et Torbi, d'ailleurs, parce que c'était gauche et droite. Mais à l'époque,
18:58j'attaquais les socialistes. Et les cahiers Delcroix, etc.
19:02C'est qu'en fait, Jospin, qui a fait le beau sur une autre chaîne il y a deux jours,
19:06il ne se souvient pas que son nom était dans les cahiers. Ils étaient tous mouillés.
19:10Les grandes surfaces, les pots de vin, etc. Et à un moment donné,
19:14je rencontre un juge qui demande à me voir. Il s'appelle Jean-Pierre. On l'appelait le petit juge.
19:18Et qu'est-ce qu'il fait, Jean-Pierre ? Il part
19:22perquisitionner le Parti socialiste. Et ensuite, avec Van Rynbeck,
19:26un peu plus tard, il demande à perquisitionner l'Assemblée nationale et le Sénat.
19:30Et là, il tombe sur un bec. Et je me souviens
19:34de Jacques Chaban-Helmas, qui était un grand président,
19:38et Pierre Mazeau. Je me souviens des conversations que j'ai eues avec eux en disant
19:42qu'il faut que le petit Jean-Pierre apprenne une chose,
19:46c'est que c'est l'inviolabilité de la Chambre des députés, l'inviolabilité du Parlement.
19:50C'est une autorité, nous sommes le pouvoir.
19:54Et il n'est pas question que des juges viennent perquisitionner chez nous.
19:58Là, avec cette anecdote,
20:02vous mesurez la pente descendue. En fait,
20:06nous sommes devant un pouvoir évanescent.
20:10Pourquoi ? Parce que le pouvoir, c'est deux choses,
20:14c'est l'apotestas et l'auctoritas. C'est comme ça qu'on obtient
20:18l'obéissance d'un sentiment. Or, l'apotestas,
20:22c'est-à-dire le pouvoir juridique, il est parti à Bruxelles,
20:26et l'auctoritas, c'est-à-dire le pouvoir moral, le fameux état de droit,
20:30il est parti chez les juges. – Philippe de Villiers, Geoffroy Lejeune, la publicité,
20:34on revient dans un instant, on a encore énormément de questions à se poser autour de cette affaire
20:38de Marine Le Pen, et on parlera dans un instant de l'exécution provisoire.
20:42Et c'est la première fois que vous allez apporter
20:46votre analyse, première déclaration de Philippe de Villiers
20:50sur la question de l'exécution provisoire, donc dans la condamnation,
20:54en première instance, en attendant l'appel. – Ça, c'est une trouvaille.
20:58– Vous auriez pu écrire votre texte ? – Là, on est sur les sommets.
21:02L'exécution provisoire, c'est quand même…
21:06La publicité, on revient dans un instant.
21:12Quasiment 19h30 sur CNews, et on poursuit
21:16notre émission face à Philippe de Villiers. Philippe de Villiers, avant la publicité,
21:20nous parlions évidemment avec vous
21:24de cette condamnation en première instance de Marine Le Pen dans l'affaire
21:28des assistants parlementaires, c'est d'ailleurs la première fois que vous prenez la parole
21:32depuis cette condamnation à laquelle
21:36Marine Le Pen a fait appel. Je voudrais qu'on revienne
21:40sur l'exécution provisoire de Philippe de Villiers. La Cour d'appel
21:44a décidé d'un nouveau procès à l'été 2026, ça on le verra bien sûr.
21:48Sans quoi cette mesure empêchait Marine Le Pen
21:52d'être candidate à l'élection présidentielle ?
21:56Quelle analyse vous faites de cette situation ?
22:00C'est compliqué, il faut simplifier les choses pour que ça soit compréhensible.
22:04L'exécution provisoire
22:08qui porte mal son nom, on va voir pourquoi,
22:12c'est l'idée qu'on exécute
22:16la peine au prononcé du jugement.
22:20Et non pas quand toutes les voies de recours sont épuisées.
22:24Par exemple, Georges Tron,
22:28il a été éligible,
22:32mais il a eu toutes les voies de recours
22:36et à la fin, il a eu sa peine.
22:40Il a exécuté sa peine, sauf erreur de ma part.
22:44Là, en l'occurrence, on a
22:48dès la première instance, la peine.
22:52L'exécution provisoire. Qu'est-ce que c'est l'exécution provisoire ?
22:56En l'occurrence, c'est l'exécution définitive.
23:00C'est l'exécution capitale, on devrait dire.
23:04C'est la peine de mort politique, la décapitation.
23:08C'est-à-dire que les juges empêchent Marine Le Pen
23:12de concourir à l'élection présidentielle.
23:16Les deux motivations
23:20des juges, là encore, sont extravagantes.
23:24La première, c'est le risque
23:28de récidive. On appelle ça,
23:32dans le langage empoulé de la magistrature, la réitération.
23:36La récidive, en fait,
23:40c'est pour les grands délinquants. On ne veut pas qu'ils s'enfuient
23:44à l'étranger, donc on leur met l'exécution provisoire tout de suite.
23:48Marine Le Pen a supposé qu'elle ait commis
23:52un délit au Parlement européen, elle n'est plus au Parlement européen.
23:56Donc il n'y a aucun danger de récidive sur les faits tels qu'ils sont qualifiés.
24:00Deuxièmement, alors là, c'est le pompon.
24:10Les juges expliquent que
24:14il y a un danger, un risque
24:18de trouble à l'ordre public démocratique.
24:22Et là, je fais deux réflexions. Première réflexion,
24:26l'ordre public démocratique, c'est une notion qui n'existe pas
24:30en droit pénal. L'ordre public démocratique, je ne sais pas ce que c'est.
24:34Et apparemment, tous les juristes qui ont été consultés,
24:38il n'y en a pas un qui a pu définir ce qu'est l'ordre public
24:42démocratique. C'est une invention des funambules,
24:46de la sémantique de la 11e chambre.
24:54Mais il y a plus fort que ça.
24:58C'est que la juge explique
25:02qu'il y a danger de trouble à l'ordre public si Marine Le Pen
25:06a été élue. Et là, on comprend mieux.
25:10C'est-à-dire qu'il y a danger d'élection.
25:14Et si Marine Le Pen est élue,
25:18ça constitue aux yeux de la magistrature
25:22un trouble à l'ordre public.
25:26Donc, en d'autres termes,
25:30Marine Le Pen ne peut pas concourir.
25:34Elle est un risque de récidive. Elle est un risque
25:38de trouble à l'ordre public. Et alors, il y a deux arguments
25:42fallacieux que j'ai entendus toute la semaine. Le premier, c'est
25:46les juges n'ont fait qu'appliquer la loi. Alors, les faits incriminés,
25:50j'ai bien regardé, ça date d'avant le 15 février
25:542016. Et la loi en question,
25:58la loi Sapin, la fameuse loi Sapin, c'est 11 décembre
26:022016. Or, il y a un principe en droit, surtout en droit pénal,
26:06aucune loi n'est rétroactive quand elle est plus sévère que la loi précédente.
26:10Donc, ils n'ont pas pu appliquer cette loi. Alors, s'ils l'ont fait, ils se sont trompés.
26:14Et ensuite, on dit, ils ont appliqué la loi.
26:18Mais c'est curieux parce qu'il y a d'autres gens qui sont dans le même cas que
26:22Marine Le Pen. Et j'ai une pensée pour eux dans cet instant, notamment LFI.
26:26Chacun comprendra cette pensée.
26:30C'est pour ça qu'il m'a la pédale douce, mais en ce moment, parce que
26:34il sait ce qu'il a fait. Il sait
26:38ce qui va lui arriver. Même tarif.
26:42Et le Premier ministre qui se dit troublé.
26:46Quand Bayrou est troublé, c'est qu'il est troublé dans son égo.
26:50Pourquoi ? Parce qu'en fait,
26:54en cas d'appel, et ça semblait être le cas,
26:58l'appel arrivera en même temps.
27:02Or, Bayrou, lui, c'est les mêmes faits,
27:06la même qualification, il s'en est tiré
27:10sans problème. Donc, ça veut dire que quand on dit
27:14qu'ils ont appliqué la loi, ils auraient pu ne pas appliquer la loi, parce qu'ils ne l'ont pas fait pour Bayrou.
27:18Deuxièmement,
27:22j'ai entendu aussi que
27:26en fait, tout ce
27:30processus était
27:34un processus qui sort de l'état de droit.
27:38Mais l'état de droit, c'est quoi ? De quoi
27:42on parle, là ? Vous savez ce qui me frappe en ce moment ?
27:46Quand on voit toutes les affaires judiciaires qui succèdent.
27:50En 40 ans, tout s'est troublé.
27:54Avant, vous aviez
27:58l'indice concordant et grave
28:02pour être mis en examen. Ensuite, pour aller
28:06au tribunal, il fallait des charges. Et ensuite, pour condamner,
28:10il fallait des preuves. Et là, en fait, c'est l'état de droit.
28:14L'état de droit, c'est l'intuition du juge et sa volonté
28:18idéologique. – Parlons de volonté idéologique à présent, et je voudrais vous montrer
28:22deux communiqués du syndicat de la magistrature. Nous sommes d'abord
28:26en juin 2024, et le syndicat de la magistrature
28:30qui représente 30% des magistrats syndiqués en France,
28:34publie un communiqué où il dit que le syndicat de la magistrature appelle l'ensemble des magistrates
28:38et des magistrats, ainsi que toutes celles et ceux qui participent à l'activité judiciaire
28:42à se mobiliser contre l'accession au pouvoir de l'extrême droite.
28:46Et puis, en avril 2025,
28:50le 1er avril, je vous promets que ce n'est pas un poisson rouge, Philippe, c'est sérieux, voilà ce que
28:54dit le syndicat de la magistrature, après cette affaire et cette condamnation en première instance.
28:58Il convient de rappeler qu'aucun, alors j'ai du mal à lire en écriture
29:02inclusive, qu'aucun magistrat, aucune formation de jugement,
29:06ni individuellement, ni collectivement, ne saurait être satié, assimilé ou tenu
29:10comptable des prises de positions passées ou à venir des organisations syndicales indépendantes,
29:14fût-elle de portée politique, comme le permet au demeurant toute expression syndicale.
29:18Geoffroy Lejeune. – Philippe, dans votre livre «Mémoricide»,
29:22vous avez consacré un chapitre de nombreuses pages à la question, à ce que vous
29:26appelez la République des juges, alors déjà, qu'est-ce que vous appelez la République des juges
29:30et surtout, est-ce que vous pensez qu'on est en train d'y rentrer ?
29:34– La République des juges, c'est la res publica, qui appartient au juge, c'est-à-dire les juges,
29:38les magistrats, deviennent les sourds.
29:42Je dis ça par rapport à Jean Baudin, le grand légiste,
29:47qui a défini la souveraineté dans les six livres de la République,
29:51et qui dit que la souveraineté, c'est le caractère d'une puissance
29:55qui ne relève d'aucune autre et qui n'entend pas être soumise
30:01au concours d'une autre, c'est clair.
30:05Or là, on est dans une situation où les juges ont pris le pas sur le pouvoir politique.
30:13Regardez ce qui se passe avec les cours suprêmes.
30:17Les cours suprêmes, elles se nourrissent d'une idéologie qui n'est plus l'idéologie nationale,
30:23qui est une idéologie du paradis diversitaire et d'un droit de l'homisme
30:29qui abandonne la citoyenneté, la souveraineté populaire, la souveraineté nationale,
30:33au profit des droits de l'homme, ce que Marcel Gaucher a très bien défini,
30:39et finalement de l'hédonisme consumériste qui vise à détruire la société.
30:45Il suffit de voir la jurisprudence du Conseil d'État,
30:49comment le délit de séjour est régulier au nom du principe de la fraternité, etc.
30:54Je ne développe pas.
30:56Par contre, vous avez parlé du syndicat de la magistrature.
31:00Alors, on a des ministres aujourd'hui qui disent
31:06le syndicat de la magistrature c'est épouvantable, le mur des cons, etc.
31:10Eux ils n'étaient pas sur le mur des cons, moi j'y étais.
31:13Moi j'étais sur le mur des cons, vous pouvez regarder, en bonne compagnie d'ailleurs,
31:17avec le papa d'une jeune fille qui avait été violée et assassinée dans le métro.
31:23Donc je peux parler du mur des cons.
31:25Mais quand vous dites quelque chose, si ça ne va pas, il faut changer.
31:32Donc le syndicat de la magistrature, moi aujourd'hui je dis,
31:35il ne suffit pas de déplorer, il faut le supprimer.
31:39Il faut interdire aux magistrats d'être syndiqués.
31:43Comme on l'interdit aux militaires.
31:46Étant une famille de militaires, je sais ce que ça veut dire, la grande muette.
31:51Et donc le militaire, il n'est pas là pour aller sur la place publique
31:54et expliquer ce qu'il faudrait faire pour prendre à l'envers le champ de bataille.
31:59Donc les magistrats, sous les cas magistrats, il a ses opinions.
32:03Tout le monde a ses opinions.
32:05Mais qu'il fasse de son opinion une occasion de réformer la société,
32:10c'est extrêmement dangereux.
32:12Or c'est ça qui se passe aujourd'hui.
32:14Il y a un magistrat, et non des moindres, très haut placé,
32:18qui m'a appelé, ça m'a vachement surpris.
32:21Et pour me dire, vous savez aujourd'hui il y a trois sortes de magistratures.
32:25Il y a la magistrature debout, la magistrature assise.
32:28Donc la magistrature debout c'est le parquet.
32:30La magistrature assise, c'est le siège.
32:34Et il y a une troisième forme de magistrature
32:36qui respecte le corporatisme syndical de la magistrature.
32:39La magistrature debout, la magistrature assise et la magistrature couchée.
32:44Depuis mardi, Philippe de Villiers, les uns et les autres envisagent les voies de recours.
32:48Marine Le Pen parle d'un chemin étroit.
32:51Et vous ?
32:54Sur un chemin montant, sablonné, mal aisé.
32:59Oui, alors j'énumère.
33:03Premièrement, la saisine de la Cour européenne de justice,
33:06parce que là, dans le monde entier, dans tous les pays,
33:10l'appel suspensif est respecté, la présomption d'innocence est respectée.
33:16Or, dans ce jugement, elle ne l'est pas.
33:18On ne respecte pas les deux degrés de juridiction.
33:24Deuxièmement, le Conseil constitutionnel, pour le rappeler à sa jurisprudence,
33:32puisque le 28 mars dernier, le Conseil constitutionnel a dit
33:35qu'il faut que la décision soit proportionnée,
33:37elle ne l'est pas,
33:39et qu'elle garantisse la liberté de l'électeur.
33:43Le moins qu'on puisse dire, c'est que, sans être juriste,
33:46chacun comprend ce que je veux dire.
33:48Elle ne l'est pas.
33:49Donc le Conseil constitutionnel peut très bien dire
33:51« Attendez, je redis ce que j'ai dit le 28 mars. »
33:55Et troisièmement, l'appel.
33:57Et je redis ce que j'ai dit tout à l'heure, c'est que, pour l'appel,
34:01si on est sur la promenade de Philippe de Villiers au Sape de Lune,
34:05je propose que François Bayrou et Marine Le Pen montent dans le même bateau,
34:08vers la haute mer, vu qu'ils vont passer ensemble.
34:12Et si jamais ils coulent, les deux couleront.
34:18Mais il n'y a pas de raison que Marine soit coulée sur son embarcation
34:24et que Bayrou s'en tire.
34:26Et il va passer juste après Bayrou.
34:28Donc ça va être intéressant.
34:30Ça va être un moment très intéressant à observer.
34:33Et puis enfin, il y a la voie législative, la loi Ciotti.
34:39C'est-à-dire une loi qui permettrait de rétablir
34:45que l'appel en France est suspensif
34:50et que quand on n'est pas condamné de manière définitive,
34:54on est toujours innocent.
34:56Geoffroy Lejeune.
34:58Cette décision du tribunal intervient quelques semaines
35:00après la fermeture de C8, qui était la première chaîne de la TNT.
35:03Certains ont fait le rapprochement entre les deux événements
35:06pour expliquer qu'aujourd'hui, des certaines élites
35:10organiseraient le système, verrouilleraient le système
35:13pour que ne s'exprime plus une parole dite ou jugée populiste.
35:16Est-ce que c'est votre avis ?
35:18Oui. Alors, j'ai vous parlé du populisme,
35:22parce que j'ai vécu l'émergence du mot.
35:25Toujours intéressant d'observer quand un mot arrive.
35:29Comme disait Paul Valéry, les mots prennent du volume
35:32à mesure qu'ils perdent leur sens.
35:34Populisme.
35:35Et je réponds à votre question.
35:38On a vécu la sécession des élites.
35:43Qu'est-ce que ça veut dire ?
35:45Ça veut dire qu'en fait, depuis longtemps,
35:47les élites françaises ont été nourries
35:51au lait de la culture post-nationale.
35:55Elles ont retrouvé, les élites françaises,
35:57l'instinct censitaire.
36:03Elles se tournent vers le monde,
36:05elles ne se tournent plus vers le peuple.
36:07Elles craignent ce que, un jour, Emmanuel Macron
36:10a appelé devant moi, la vague irrédentiste.
36:16Et en fait, elles pratiquent la recommandation
36:18de Bertolt Brecht, quand le peuple s'en caprice
36:21de ne plus voter pour le gouvernement,
36:23il n'y a qu'une solution, c'est de changer de peuple.
36:26Ils le font, ils changent même de peuplement.
36:29En 2005, le cercle de la raison,
36:32je ne sais pas qui est le premier qui a lancé ça,
36:34Delors, Meink ou Attali, a dit « populisme ».
36:38Et moi, j'ai repris, à l'époque avec Éric Zemmour,
36:41c'est lui l'inventeur du mot,
36:43le populisme, c'est le cri des peuples
36:45qui ne veulent pas mourir.
36:47C'est un cri de détresse, un cri d'angoisse,
36:49un cri d'appel.
36:54En réalité, la sécession des élites,
36:57elle se manifeste par quatre spoliations.
37:01La première spoliation,
37:03c'est la spoliation de l'outil de travail.
37:05C'est eux qui ont tout délocalisé.
37:08C'est eux la mondialisation heureuse.
37:10C'est eux qui ont dit « la France ne sera plus
37:13un pays de producteurs mais un pays de consommateurs ».
37:15Et donc, c'est eux qui ont installé cette idée
37:17d'une collection d'atomes interchangeables.
37:20Si on manque d'atomes acheteurs,
37:22on va aller chercher dans le sud,
37:24on va chercher des nouveaux esclaves.
37:26C'est une vision néocoloniale d'un capitalisme sans entrailles.
37:29Deuxièmement, la deuxième spoliation,
37:31c'est la spoliation de la propriété.
37:33Tous les petits propriétaires,
37:35passoires thermiques pour leur logement,
37:37les voitures thermiques, les ailes des feux.
37:39Le peuple, en fait, est soupçonné d'être polluant.
37:42Le peuple est rétif à l'idée du passage
37:46d'un peuple polluant à un peuple climatophile.
37:51Le peuple, il dégage des mauvaises fumées.
37:54Le peuple, il dégage des mauvaises odeurs.
37:57Place aux mervers qui vont remettre de l'ordre.
37:59La troisième spoliation, c'est la spoliation de la souveraineté.
38:02Le peuple n'est pas capable de guider ce choix lui-même.
38:05On revient aux candidatures officielles de Napoléon III.
38:08Et donc, on lui dit, non, non,
38:10il y a des candidats pour lesquels il ne faut pas voter.
38:12C'est la justice, en plus, ce qu'il dit.
38:14Celui-là, il ne faut pas voter pour l'autre.
38:16Vous pouvez voter pour un tel, vote ça.
38:18Donc, le peuple est dépouillé de sa souveraineté.
38:20Et enfin, et surtout, le peuple est dépouillé
38:23de sa mémoire vivante.
38:25C'est-à-dire qu'on salit la France à longueur de journée.
38:28Et il n'y a pas un politicien pour se lever et dire,
38:31et crier en pleurant,
38:33arrêtez, arrêtez la honte.
38:37Est-ce que vous pouvez dire aux petits Français
38:39qu'on est un grand pays, qu'on est un beau pays ?
38:44Arrêtez de faire de chaque Français un exilé.
38:47Le pire exil, ce n'est pas d'être arraché de son pays,
38:49c'est de ne plus rien trouver qui le faisait aimer.
38:53Surtout quand on était petit.
38:56Et il y a une phrase de Jaurès que je dédicace
38:58à toute cette gauche magistrale
39:02qui supporte la magistrature
39:04contre ceux qui veulent défendre
39:08le moignon de France qui nous reste.
39:12La phrase de Jaurès,
39:14la patrie, c'est le bien de ceux qui n'ont rien.
39:20Voilà ce qu'on pouvait dire sur cette affaire.
39:24Marie Le Pen qui va se poursuivre jusqu'à Minima l'été 2026.
39:30Philippe Devilliers, dans un instant,
39:32ce sera votre apologue.
39:34Il nous reste quelques minutes,
39:36trois minutes très précisément avant l'apologue.
39:38Mais voilà une guerre, un bras de fer.
39:41Et je voulais vraiment qu'on en parle ce soir
39:43parce que vous l'aviez annoncé
39:45depuis l'élection américaine de Donald Trump.
39:48L'oncle Sam, vous preniez cette expression,
39:50je m'en souviens très bien,
39:52pense d'abord aux Américains
39:54avant de penser libre-échange.
39:56Donald Trump a annoncé mettre en place
39:58des droits de douane bien plus importants qu'auparavant,
40:00minimum 10% sur toutes les importations
40:03et ça va à 20% pour les produits arrivant de l'Union Européenne.
40:08Vous pourrez l'écouter, mais Donald Trump a dit
40:11l'Europe nous a arnaqués.
40:14Est-ce que nous entrons dans un nouveau monde,
40:16Philippe de Villiers, en trois minutes ?
40:18Oui, alors, d'abord il faut partir de l'ancien monde
40:22que j'ai bien connu.
40:23L'ancien monde, c'est le monde des préférences régionales.
40:28C'est avant la chute du mur.
40:30Le monde des préférences régionales,
40:32vous aviez l'ALENA en Amérique,
40:34vous aviez l'ASEAN en Asie,
40:35vous aviez la CEE.
40:37Petite parenthèse, la CEE,
40:39la Communauté Économique Européenne,
40:41elle était fondée sur un principe,
40:44c'est ce qu'on appelait le marché commun,
40:46c'est la préférence européenne.
40:48C'est-à-dire qu'il y avait un tarif extérieur commun.
40:51L'Europe à l'époque était protégée,
40:54la préférence européenne,
40:56qui a fait prospérer notre agriculture notamment.
40:59Et puis tout à coup, les dividendes de la paix,
41:02la chute du mur de Berlin,
41:04la mondialisation heureuse,
41:05pour reprendre le terme de Minc.
41:07La mondialisation heureuse, ça veut dire quoi ?
41:10Ça veut dire qu'on pense que la prospérité,
41:13ça sera un marché planétaire de masse.
41:17C'est un système dans lequel ce sont les pauvres
41:20des pays riches qui subventionnent les riches
41:22des pays pauvres.
41:23C'est un système dans lequel l'entrepreneur
41:26va chercher le travail là où c'est le moins cher
41:29et vient vendre là où il y a du pouvoir d'achat.
41:31Mais ça dure un certain temps.
41:34Et c'est un système dans lequel
41:36il y a les chaînes de valeurs globales
41:38qui sont interconnectées.
41:39Au nom de cette interconnection,
41:41ça sera la paix définitive.
41:42Ils se sont tous plantés.
41:43Résultat, la désindustrialisation.
41:46Chez nous et aux Etats-Unis.
41:48Or, comme c'est un Américain, Trump,
41:51qui est attentif aux intérêts vitaux de son pays,
41:54la ceinture de rouille, vous vous souvenez,
41:56qui a voté pour lui,
41:57il dit moi je veux réindustrialiser.
42:00Qu'est-ce que ça veut dire ?
42:02Ça veut dire que jusqu'à présent,
42:04c'est le consommateur qui l'emporte sur le producteur
42:07dans le marché planétaire de masse.
42:09Je veux que ce soit le producteur
42:11qui à nouveau l'emporte sur le consommateur.
42:14Jusqu'à présent,
42:17avec les chaînes de valeurs globales,
42:21chaque pays perdait sa personnalité
42:24et on pensait qu'on aurait le bien-être cosmique.
42:28Et puis voilà qu'on change de monde.
42:32Dans ce monde-là, la frontière revient.
42:38Dans ce monde-là, la nation revient.
42:41Dans ce monde-là, le politique revient.
42:44Dans ce monde-là, la puissance revient.
42:48J'ai décrit le miroir sans teint
42:52de l'Europe finissante.
42:54Je le répète, au moment de l'élection de Donald Trump,
42:57vous nous présentiez ce qui était en train de se passer
43:00et ce qui est en train de se passer
43:02du côté des États-Unis,
43:04qui a des conséquences évidemment sur le reste du monde.
43:08Philippe, cette semaine, le 1er avril,
43:10nous avons commémoré la naissance de Edmond Rostand,
43:13le grand dramaturge français.
43:15Et vous avez souhaité, pour votre apologue,
43:17de nous parler de sa pièce maîtresse,
43:19celle qu'il a rendue célèbre, Cyrano de Bergerac.
43:26C'est un grand moment de la littérature française.
43:31On est ensemble au théâtre de la Porte Saint-Martin.
43:36Théâtre prestigieux s'il en est.
43:39C'est la couturière, c'est la panique, c'est l'angoisse.
43:43L'auteur agite son monocle.
43:47La presse a déjà titré « Ce sera un four ».
43:53Parce que le héros est inconnu,
43:56l'auteur n'est pas sûr de son verbe,
43:58la pièce est trop longue, etc.
44:02Et avant la première, pendant la couturière,
44:06il y a Sarah Bernard qui est là,
44:08qui assiste à la couturière.
44:09Sarah Bernard, c'est immense.
44:12Et il y a Constant, le rôle principal,
44:21qui joue Cyrano,
44:24et qui est l'ami d'Edmond Rostand.
44:28Et là, Edmond Rostand le prend dans ses bras en larmes
44:31et lui dit « Pardon, pardon, pardonnez-moi
44:34de vous avoir entraîné dans cette aventure désastreuse. »
44:38Et puis finalement, le lendemain, c'est la première.
44:44Et il y a les premiers sifflets,
44:47mais très vite ça s'arrête.
44:49Et à la fin du premier acte, il y a neuf rappels.
44:53Et puis ensuite, les gens applaudissent
44:55et réclament et acclament l'auteur.
44:57Ils réclament l'auteur.
44:59Et alors il y a la fin de la séquence,
45:03la tirade du nez, que je connais bien
45:06pour l'avoir expérimenté.
45:10Les gens qui ont un grand nez ont un fort caractère.
45:14Et c'est le…
45:19Oh non !
45:22C'est un peu court, jeune homme.
45:25Vous pouvez dire au Dieu bien des choses en somme.
45:29Ce n'est… c'est un roc, c'est un pic, c'est un cap.
45:35Que dis-je ? C'est un cap, c'est une péninsule.
45:40Vous aimez à ce point les oiseaux
45:44que paternellement, vous vous préoccupate
45:49de tendre ce perchoir à leurs petites pattes.
45:55Et puis ensuite vient…
45:56Alors là, les gens sont debout, à petites pattes.
46:00Ils se rassoient.
46:01Les acteurs sont troublés,
46:02ils ne savent plus comment dire leur texte.
46:05Et arrive la séquence du « Non, merci. »
46:09Être terrorisé, barre de vagues gazettes,
46:14se dire sans cesse
46:18« Comment pourrais-je être présent
46:22dans les petits papiers du Mercure François ? »
46:26Avoir ça une.
46:28Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
46:32monter moins haut peut-être.
46:36Mais tout seul.
46:38Le public se relève.
46:40Et à la fin, il y a la séquence du panache.
46:47« Je sais bien qu'à la fin, vous me mettrez à bas.
46:54N'importe, je me bats, je me bats, je me bats. »
47:03Et à la fin, il dépose son panache.
47:06Le public est debout.
47:09Edmond Rostand va rentrer à l'Académie Française.
47:14Et là, il a ce mot.
47:16« Le panache, c'est la victoire de l'esprit qui voltige
47:20sur la carcasse qui tremble. »
47:24Et puisque je parle du panache,
47:26je suis heureux de vous annoncer
47:29Elijah Jochua,
47:31qui a un événement littéraire majeur dans notre pays,
47:35sur une colline de Vendée.
47:40Bientôt, les Français brandiront le panache.
47:44C'est le magazine du roman national.
47:48Enfin, il sort.
47:50Chacun peut s'abonner.
47:52Et c'est un magazine qui est fait pour les jeunes,
47:57pour les enfants.
47:59C'est magnifique.
48:02C'est l'esprit d'élévation, de beauté,
48:07de pérennité française.
48:11C'est tout le légendaire français.
48:14La mémoire vivante du dépôt millénaire,
48:16dans l'esprit des apologues
48:19que vous écoutez avec attention
48:24et beaucoup d'affection et de délicatesse
48:28chaque vendredi.
48:30Voilà, le panache.
48:32Merci beaucoup, Philippe Devilliers,
48:35pour cette émission.
48:37Ce qui est vrai, c'est qu'elle a été consacrée
48:40dans sa quasi-entièreté à l'affaire Marine Le Pen,
48:43qui a eu un séisme politique
48:46qui a traversé l'Atlantique.
48:49On le verra dans un instant dans l'heure des pros,
48:51puisque Donald Trump a réagi
48:54il y a quelques heures de cela.
48:57Un grand merci pour cette émission.
48:59J'entendais dire tout à l'heure
49:01Trump réagit, Poutine réagit, Vance réagit,
49:04Erdogan réagit, oh là là, c'est pas bon, tout ça.
49:08Ça veut dire que c'est un tremblement de terre, c'est tout.
49:11Ça veut dire qu'on passe pour des oseaux
49:13aux yeux du monde entier.
49:15On passe pour une république bananière,
49:17ce qu'on est en train de devenir.
49:19On devait parler de l'Algérie, de la France.
49:21Je sais que Boulam Sansal est votre ami.
49:23Vous avez été d'ailleurs l'un des premiers
49:25à en parler et vous en parliez régulièrement
49:28dans cette émission.
49:30Vous savez ce que je vous aurais dit ?
49:32Je crois. La honte.
49:34Je vous aurais dit, la riposte graduée,
49:37c'est la riposte coucou-chepagné.
49:39Eh bien, pensons à ailleurs.
49:41J'ai dit, M. Barrot,
49:43incarne la riposte coucou-chepagné.
49:46C'est lui qui est délégué pour aller discuter
49:49avec les Algériens.
49:51Et si vous écoutez Xavier Driancourt,
49:53qui est un grand ambassadeur,
49:55il vous dira qu'il va en faire une bouchée
49:57du petit Barrot.
49:59Détenu, je le rappelle,
50:01depuis le 16 novembre dernier.
50:03Merci à tous les deux.
50:05Et on me dit, j'ai un informateur bien informé.
50:08Vous ne me l'avez même pas dit.
50:10Vous ne m'avez même pas invité demain.
50:12C'est la réouverture demain du Puy-du-Fond.
50:14Ah.
50:15Sympa. Sympa de travailler avec vous.
50:18Ah ben, dis donc. J'ai compris.
50:20Geoffroy, vous allez devoir bosser ce week-end.
50:22De toute façon, je travaille ce week-end.
50:25Allez, merci à tous les deux.
50:27Dans un instant, c'est l'heure des pros.
50:29Restez avec nous.