• il y a 16 heures
Toute sa vie de gendarme, Christian Jambert aura dérangé les institutions. Trop curieux, trop entreprenant, trop solitaire et totalement incorruptible. En 1984, il est le premier à rédiger un rapport sur des jeunes femmes disparues dans l'Yonne. Des filles de la DDASS, fragiles et vulnérable. L'enquêteur y voit la main d'un seul et même homme, le chauffeur de car Emile Louis. Mais le rapport, accablant et dérangeant, se perd dans les couloirs et les bureaux du tribunal d'Auxerre. Il n'y aura pas d'enquête.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

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Transcription
00:0014h15, c'est l'heure du crime sur RTL, avec Jean-Alphonse Richard.
00:06J'ai fait une enquête, c'était des filles de la DAS et elles n'étaient déclarées disparues par personne parce que la plupart étaient majeures.
00:13Je me suis entêté et je me suis rendu compte qu'en fait c'était des disparitions suspectes parce que ces filles-là n'ont jamais réapparu.
00:22Bonjour, toute sa vie de gendarme, Christian Jeanbert aura dérangé les institutions, trop curieux, trop entreprenants, trop solitaires et totalement incorruptibles.
00:34En 1984, il est le premier à rédiger un rapport sur des jeunes femmes disparues dans Lyon, des filles de la DAS, fragiles et vulnérables.
00:43L'enquêteur voit derrière ses absences la main d'un seul homme, le chauffeur de car Emile Louis.
00:49Il alerte le tribunal d'Auxerre mais il n'y aura pas de suite, pas d'enquête.
00:53Jeanbert, tout seul, ne va jamais abandonner la piste Emile Louis jusqu'à sa mort au printemps 1997 alors qu'il allait enfin être auditionné.
01:03On va le retrouver sans vie dans la cave de sa maison, un étrange suicide avec deux balles dans la tête et des dossiers envolés.
01:11Pourquoi a-t-on si longtemps fermé les yeux sur le travail du gendarme ?
01:15Pourquoi ces investigations étaient-elles à ce point gênantes ? Fallait-il le faire taire ?
01:20Question posée à nos invités de l'heure du crime.
01:22La seule émission radio 100% fait d'hiver, Christian Jeanbert, les secrets de la sacoche jaune, c'est tout de suite sur RTL.
01:37Vendredi 22 juin 1984, Christian Jeanbert, adjudant à la brigade de recherche d'Auxerre,
01:43adresse un long rapport à Daniel Stilinovic, substitut au tribunal de la ville.
01:49Un procès verbal de synthèse qui indique que les six disparitions de jeunes femmes sur lesquelles il travaille sont toutes liées.
01:57Jusque-là, la justice ne s'est jamais intéressée à ces filles des fugueuses, dit-on.
02:02Les vérifications sont restées superficielles.
02:05Jacqueline Weiss, 18 ans, Chantal Gras, 18 ans, Madeleine Dejus, 21 ans,
02:10Françoise et Bernadette Lemoyne, 29 et 19 ans, et Martine Renaud, 16 ans, sont toutes des filles de l'assistance publique.
02:18Anciennes pupilles de l'ADAS, placées dans des foyers, la plupart sous tutelle, fragiles, isolées, le gendarme Jeanbert
02:25note derrière ces disparitions, survenues entre 1977 et 1979, la présence d'un homme.
02:32Apparaît ainsi le nom d'Émile Louis, chauffeur de car des rapides de Bourgogne.
02:38Il connaissait les filles, les transportait, en a hébergé certaines.
02:43Un témoin a raconté à Jeanbert qu'Émile Louis Fanfaron se vantait de transporter des cadavres dans sa voiture.
02:51Dans son rapport, l'adjudant écrit « Ces femmes n'ont jamais été revues.
02:55Elles ont tout abandonné, laissant leurs affaires, voire même leurs enfants pour les sœurs Lemoyne. »
03:01Il ajoute « Il est certain que pour les six disparues connues officiellement, elles se trouvaient toutes dans l'environnement de Louis, Émile. »
03:10Quatre jours plus tard, le substitut dossaire Daniel Stilinovic reçoit le rapport.
03:15Il indique l'avoir transmis au juge d'instruction Jacques Bourguignon.
03:20En ce tout début d'été 1984, le gendarme Jeanbert est rassuré.
03:24Il espère que son rapport, qui présente Émile Louis comme l'acteur central des disparitions, va déclencher une enquête.
03:30Jusque-là, le chauffeur de car lui a toujours filé entre les doigts.
03:34En 1979, Jeanbert l'avait entendu une première fois pour la disparition de Martine Renaud, 16 ans.
03:41En 1981, il croise à nouveau sa route après la découverte d'un cadavre de femme à Rouvray, à 20 minutes dossaire.
03:48La malheureuse a été retrouvée, les mains attachées dans le dos, un baillon enfoncé dans la bouche, la robe déchirée, identifiée comme étant Sylviane Lessage, 22 ans.
03:58On était sans nouvelles d'elle depuis presque un an.
04:00Sylviane vivait chez sa nourrice, laquelle partageait l'avis d'Émile Louis.
04:05Cinq mois plus tard, le chauffeur est en garde à vue, Jeanbert l'interroge, Émile Louis ne craque pas.
04:10Il fait diversion, il n'avoue que des attouchements sur trois filles mineures de la DAS.
04:15Pour ces faits, il sera condamné trois ans plus tard pour le reste.
04:18Il est libre, il va s'installer dans le Var.
04:22Après avoir rendu son rapport, Christian Jeanbert attend que le juge Bourguignon ouvre une enquête sur Émile Louis.
04:29Il a même contacté le juge, mais rien ne bouge.
04:32Le gendarme ignore alors que son procès verbal s'est mystérieusement perdu au tribunal.
04:38Le substitut, Stilinovic, affirmera avoir transmis le document, mais ignoré où il est passé.
04:44Le juge Bourguignon dira ne l'avoir jamais reçu.
04:47Le procès verbal ne sera retrouvé que des années plus tard avec cette mention manuscrite,
04:53non, NON, comme pour signaler de ne pas aller plus loin.
04:58On ne sait pas qui a écrit ce non.
05:02Le travail de l'adjudant Christian Jeanbert qu'on salue aujourd'hui dans l'heure du crime,
05:06ce rapport de juin 84, 16 ans, 16 ans avant l'arrestation,
05:11et les aveux d'Émile Louis dans lesquels le gendarme donnait déjà toutes les clés de ses disparitions.
05:18Il faut lire ce rapport qui est très bien renseigné et précis sur le chauffeur de car.
05:22C'est un rapport presque visionnaire parce que toute l'enquête est là.
05:25Il n'y avait pas besoin d'aller plus loin.
05:27On ne pouvait tout de suite arrêter Émile Louis et le questionner très sérieusement.
05:31On va en parler de cette quête dramatique du gendarme Jeanbert et de sa fin.
05:36Oh, combien trouble ce décès, ce suicide, entre guillemets.
05:40Et nous le garderons entre guillemets, ce suicide.
05:43Bonjour Jean-Marie Roy.
05:45Bonjour.
05:46Merci beaucoup de nous faire l'honneur d'être avec nous aujourd'hui.
05:50Vous êtes académicien, vous êtes romancier.
05:52Vous avez écrit, je crois, une quarantaine de livres, c'est-à-dire une somme.
05:56Vous écrivez depuis des années et vous êtes l'auteur de cet ouvrage qui sort le 27 mars
06:03et qui s'appelle « Drôle de justice » qui est publié aux éditions Albain Michel.
06:08Alors « Drôle de justice », évidemment, on va en parler de votre livre « Drôle de justice »
06:12parce qu'effectivement, la justice n'est pas parfois très drôle,
06:15mais elle peut être bizarre, elle peut être ambiguë et elle peut être efficace aussi.
06:18Il faudra aussi saluer les succès de la justice.
06:21On revient avec vous, Jean-Marie Roy,
06:23parce que vous en parlez dans votre ouvrage de Christian Jeanbert
06:26parce qu'il fait partie évidemment de ces héros de l'ombre en quelque sorte
06:31qui ont travaillé pour la République et pour la justice
06:34et qui n'ont pas eu les échos mérités.
06:37Jean-Marie Roy, lorsqu'on relit ce dossier que donne Jeanbert à la justice,
06:45on est surpris, je l'ai dit, par l'efficacité de ce qu'il écrit.
06:49Il y a déjà tout dans ce rapport.
06:51Mais ce qui m'a surtout frappé, et d'ailleurs ce Jeanbert, j'ai failli lui dédier mon livre,
06:57comme c'est un livre aussi assez littéraire, je ne voulais pas me rentrer complètement dans le fait divers.
07:02Ce qui est frappant dans cette affaire, c'est bien entendu le discernement du gendarme Jeanbert,
07:08mais voir tous les bâtons dans les roues.
07:11C'est pour ça que là, ce n'est même plus l'incapacité de certains juges.
07:17Il y a une volonté de ne pas faire la lumière sur cette affaire.
07:22Et il y a des liens avec des gens, des personnages très importants,
07:27on va le voir notamment dans cette affaire des disparus jeunes,
07:30mais également dans une autre affaire connexe qu'avait dénoncé le gendarme Jeanbert,
07:34c'est l'affaire d'Apoigny, une histoire monstrueuse.
07:37Des jeunes femmes violées dans un pavillon, on en dira en moins.
07:41Torturées et violées.
07:42Mais là, on voit intervenir des gens qui sont très haut placés.
07:47Jean-Pierre Soissons, le ministre de la Justice, Marc Payange.
07:51C'est-à-dire qu'on voit des connexions avec des gens très importants
07:54et des disparitions de dossiers.
07:56Donc là, ce n'est plus des erreurs.
07:58Au greffe, les dossiers accusateurs disparaissent.
08:02Il y a une couleur politique.
08:04Jeanbert, il a mis les pieds où il ne fallait pas mettre les pieds.
08:07Ce n'est pas la première fois.
08:09Vous savez, il y avait quelques années auparavant l'affaire Doucet,
08:13qu'on a retrouvé aussi.
08:15Enfin, les affaires politiques, sans parler de l'affaire Stavisky.
08:18Il y a toujours eu un lien.
08:20Mais il marche là où il ne faut pas marcher, Jeanbert.
08:22Exactement.
08:23Il est très courageux.
08:25C'est vraiment un homme qui va s'acharner.
08:28Et évidemment, il va lui arriver ce qui devait lui arriver
08:31quand on est trop curieux et trop honnête.
08:33On va le retrouver la veille de son procès,
08:35que c'était quand même la consécration pour lui.
08:37La veille de son témoignage.
08:39Et bien, qu'est-ce qu'il va faire ?
08:41On va le retrouver avec deux balles dans la tête.
08:44Suicidé, deux balles dans la tête.
08:45On va en parler longuement de ce suicide.
08:47Parce qu'effectivement, il pose beaucoup de questions.
08:49Et encore aujourd'hui.
08:51Bonjour Jean-Pierre Jetty.
08:52Bonjour.
08:53Merci beaucoup d'être avec nous dans l'heure du crime.
08:55Vous êtes ancien magistrat.
08:57Vous étiez d'ailleurs président.
08:59Et c'est pour ça que vous êtes avec nous aujourd'hui.
09:01Président de la cour d'assises lors du procès d'Émile Louis.
09:03C'est vous qui meniez à la baguette ce procès,
09:07qui faisiez la police de l'audience, comme on dit.
09:09C'est le rôle du président d'une cour d'assises.
09:12Et puis vous êtes l'auteur d'un livre
09:14qui vient de sortir,
09:16qui est sorti le 13 mars.
09:18Et qui s'appelle « Jugez à hauteur d'homme »
09:21qui est publié aux éditions Michelon.
09:23Donc voilà, pour votre actualité Jean-Pierre Jetty,
09:27je le disais avec Jean-Marie Roy,
09:29le rapport Jean-Bert,
09:31il y a déjà toute l'enquête d'Émile Louis
09:33avant l'heure dans ce rapport.
09:35Oui, dès le départ,
09:37il a eu le flair, l'instinct
09:39de rechercher les disparus
09:41qui ne donnaient plus de nouvelles depuis un certain temps,
09:43à la suite de la découverte du corps
09:45de la petite Le Sage.
09:47Et il s'est inquiété de savoir
09:49parce que cette femme qui avait été découverte
09:51sous un tas de fumier n'avait pas été identifiée.
09:53Et donc il s'est intéressé
09:55au fait de savoir s'il n'y avait pas
09:57d'autres disparitions particulières
09:59dans le département de Lyon.
10:01Et c'est comme ça qu'au cours de son enquête,
10:03il a réussi à identifier
10:05six disparitions
10:07et qui avaient tout un point commun.
10:09Il s'agissait de jeunes filles
10:11qui étaient prises en charge par la DAS
10:13et qui à un moment ou un autre
10:15de leur vie quotidienne
10:17étaient en rapport
10:19avec un conducteur de cars
10:21qui les véhiculait, le fameux Émile Louis.
10:23Et sur la base de ces informations,
10:25il a rédigé un rapport qui a été adressé
10:27au parquet et qui malheureusement
10:29n'a pas été exploité.
10:31Ce rapport reste dans un tiroir,
10:33ou en tout cas on veut le laisser dans un tiroir.
10:35Jean-Marie Roy nous disait il y a un instant
10:37qu'il a failli dédicacer son ouvrage
10:39au gendarme Jean Berre.
10:41Jean-Pierre Jetty, c'est un enfant de la DAS
10:43et c'est aussi pour ça que cette affaire
10:45lui tient à cœur.
10:47Oui, et je crois que c'est aussi
10:49un point commun qui existe
10:51entre le gendarme Jean Berre et
10:53M. Maunoir qui a été un des acteurs
10:55importants dans cette affaire
10:57pour faire en sorte que la procédure
10:59puisse reprendre
11:01et puis donner satisfaction
11:03aux familles des victimes.
11:05Ce sont des personnalités qui sont passées
11:07par la DAS et qui avaient donc
11:09une motivation particulière,
11:11une motivation personnelle
11:13pour s'engager à fond
11:15dans le fait de rechercher la vérité
11:17dans ces disparitions.
11:19Et je pense que ça a été quand même
11:21un point essentiel de la réussite
11:23de ces enquêtes.
11:25Un gendarme qui va disparaître
11:27juste avant de toucher au but.
11:29Christian Jean Berre, les secrets de la sacoche jaune.
11:31Émile Louis, un père ou un grand frère.
11:33Compréhensif, éducatif,
11:35voire éducateur.
11:37L'enquête de l'art du crime,
11:39sur RTL.
11:4114h15, c'est l'heure du crime
11:43sur RTL.
11:45L'heure du crime,
11:47présentée par Jean-Alphonse Richard,
11:49sur RTL.
11:51L'heure du crime consacrée aujourd'hui à la longue enquête
11:53jusqu'à son dernier souffle du gendarme
11:55Christian Jean Berre, le premier au début
11:57des années 80, a levé le voile
11:59sur les filles disparues de Lyon.
12:01L'adjudant montre du doigt le chauffeur de car
12:03Émile Louis, mais la justice reste
12:05sourde et aveugle.
12:071987,
12:09Christian Jean Berre quitte la brigade de recherche
12:11d'Auxerre, muté dans
12:13la Nièvre. Il s'en va avec
12:15une certaine amertume, triste
12:17qu'aucune enquête sur les 6 puis
12:197 disparues de Lyon
12:21ne soit ouverte. Son suspect
12:23Émile Louis n'a jamais été inquiété.
12:25Le gendarme va pourtant
12:27continuer à s'intéresser à lui.
12:29Il revient dans la région pour des
12:31week-ends, des vacances. Il en profite
12:33pour aller fouiller les bois, les coins de
12:35pêche fréquentés par Émile Louis.
12:37L'enquêteur pense que c'est ici
12:39que le chauffeur de car dissimulait
12:41ses victimes. Vendredi 6
12:43octobre 89, Christian Jean Berre
12:45tique sur le titre à
12:47la une du journal Lyon Républicaine.
12:49Un notable
12:51Auxerrois inculpé de viol.
12:53L'homme n'est pas n'importe qui.
12:55Pierre Charrier a été secrétaire
12:57général de l'association pour adultes
12:59et jeunes handicapés de Lyon.
13:01Directeur de
13:03travail spécialisé dans la région.
13:05Il est accusé d'avoir violé,
13:07pendant un an, une handicapée
13:09de 23 ans. Jean Berre
13:11remarque que 4 des
13:13disparus de Lyon fréquentaient
13:15des établissements administrés
13:17par ce même Pierre Charrier
13:19dont l'institut Gratterie à
13:21Auxerre. Émile Louis y avait
13:23ses entrées. L'épouse de Charrier,
13:25Nicole, entendue,
13:27va d'ailleurs décrire le chauffeur de car
13:29sous son meilleur jour. Compréhensif,
13:31éducatif, voire éducateur,
13:33vécu comme un père
13:35ou un grand frère.
13:37L'institut ne s'était jamais inquiété de
13:39ces disparitions classées comme des
13:41fugues.
13:43Mercredi 3 juillet 96,
13:45l'association de défense des
13:47handicapés de Lyon et son président, Pierre
13:49Monnoir, demande une enquête sur
13:51les disparus de Lyon. Depuis des années,
13:53il remue ciel et terre
13:55pour que ce dossier avance.
13:57Monnoir a lancé un appel sur RTL
13:59puis il s'est rendu sur le plateau de l'émission
14:01Perdu de vue. Ce jour-là,
14:03Pierre Monnoir est au palais de justice
14:05à Auxerre avec
14:07l'avocat de l'association, Pierre
14:09Gonzalès de Gaspard. Une plainte
14:11est déposée pour enlèvement, séquestration.
14:13Le gendarme Jeanbert,
14:15témoin de première importance,
14:17est également présent.
14:19On allait enfin toucher au but.
14:21Christian Jeanbert était ému.
14:23Il avait quasiment les larmes aux yeux, confie
14:25une avocate. La plainte est rejetée.
14:27Les faits seraient prescrits.
14:29Encore un an et demi de bataille
14:31judiciaire. Vingt ans
14:33après les premières disparitions,
14:35la cour d'appel ordonne enfin
14:37l'ouverture d'une enquête. Le juge
14:39Benoît Lewandowski et les gendarmes
14:41de la section de recherche de Paris
14:43sont chargés des investigations.
14:47Lundi 4 août 1997,
14:49au matin, Philippe Jeanbert rend visite
14:51à son père Christian
14:53dans un pavillon d'Auxerre.
14:55À 56 ans, le gendarme
14:57traverse une mauvaise passe.
14:59Il est dépressif. Il vit mal
15:01sa séparation avec sa compagne.
15:03Christian l'a vue trois jours auparavant.
15:05Je suis resté avec lui. Il semblait
15:07aller bien. Il m'a assuré qu'il ne ferait pas
15:09de bêtises, témoigne-t-il.
15:11Christian Jeanbert trouve la porte de la maison ouverte
15:13alors que son père la garde toujours fermée.
15:15L'habitation est vide.
15:17Sur une table, une lettre d'adieu
15:19destinée à Isabelle, sa fille
15:21et soeur de Philippe.
15:23Les gendarmes découvrent
15:25le corps au sous-sol. Christian Jeanbert
15:27s'est tiré une balle de 22 longs rifles
15:29dans la tête. La carabine est au sol.
15:31Le gendarme Jeanbert,
15:33précieux témoin, devait être entendu
15:35deux jours plus tard
15:37par le juge Lewandowski.
15:39Il s'impatientait
15:41de ce rendez-vous.
15:43Et on va voir que cette mort
15:45va faire couler beaucoup d'encre car tout est bizarre
15:47dans cette histoire. D'abord, on va s'apercevoir
15:49qu'il n'y a pas une balle mais qu'il y a deux balles.
15:51Il se serait tiré deux balles dans la tête
15:53Christian Jeanbert. On se demande comment il a fait
15:55au point que la thèse du suicide
15:57elle va s'éclipser
15:59à la faveur de celle d'un meurtre
16:01ou sans doute même plutôt d'un assassinat.
16:03On va voir dans la suite de l'heure du crime
16:05ce que réserve comme surprise
16:07ce moment. Alors j'ai raconté
16:09l'arrestation de Pierre Charrier
16:11ce notable dosser.
16:13Il est rattrapé pour viol.
16:15On sait que le chauffeur de car, Émile Louis
16:17suspect désigné par Jeanbert
16:19qui est tranquille, il est dans le
16:21Var, il se repose.
16:23Émile Louis avait ses entrées
16:25privilégiées dans les foyers
16:27qui étaient gérées par Pierre Charrier.
16:29Jean-Marie Rouart, vous êtes
16:31avec nous dans l'heure du crime, auteur
16:33de l'ouvrage Drôle de Justice
16:35publié aux éditions Albain Michel.
16:37Vous nous disiez tout à l'heure que vous aviez
16:39failli dédicacer cet ouvrage
16:41au nom
16:43du gendarme Jeanbert.
16:45Ces
16:47coïncidences, j'ai envie de dire, ça n'a
16:49pas échappé au gendarme Jeanbert.
16:51Coïncidence d'Émile Louis avec
16:53ses entrées privilégiées dans les foyers.
16:55C'est important parce que c'est peut-être là
16:57qu'il allait faire entre guillemets son marché
16:59Émile Louis.
17:01Sans compter qu'il y avait
17:03des affaires parallèles
17:05que connaissait très bien
17:07le gendarme Jeanbert.
17:09C'était l'affaire d'Apoigny.
17:11L'affaire d'Apoigny, c'était
17:13un couple de tortionnaires
17:15qui torturaient des jeunes filles
17:17avec à la fois
17:19des cigarettes
17:21qui étaient violées
17:23par un certain nombre de notables
17:25de la région d'Auxerre.
17:27Et quand une fille
17:29qui était séquestrée va enfin
17:31pouvoir les dénoncer à la police
17:33qu'ils vont être arrêtés,
17:35qu'ils vont être condamnés,
17:37alors là on va voir
17:39d'une part que
17:41le registre sur lequel le tenancier
17:43avait noté ses clients
17:45va disparaître au greffe.
17:47Et il va être condamné
17:49à la prison perpétuelle
17:51mais libéré au bout de 6 ans.
17:53Il y a beaucoup
17:55de mystères et d'interrogations
17:57et beaucoup de choses qui disparaissent
17:59au tribunal d'Auxerre à l'époque.
18:01Il y aura même une commission d'enquête qui va être déclenchée
18:03parce qu'il y a beaucoup trop d'abus.
18:05Jean-Marie Rouart,
18:07il a fallu 20 ans
18:09pour que la justice donne suite
18:11à cette affaire.
18:13Il faut vraiment des enquêtes sur les disparus de Lyon.
18:15Comment est-ce qu'on peut expliquer
18:17toutes ces années perdues ?
18:19D'abord, peut-être parce que les filles,
18:21c'était des filles de l'ADAS, je suis désolé de le dire comme ça,
18:23mais on n'en tenait peut-être pas compte.
18:25C'est certain, c'était des filles pauvres
18:27et les prédateurs
18:29s'intéressent surtout à des filles pauvres de l'ADAS
18:31qui n'ont pas de liens familiaux.
18:33Mais ce qu'on voit,
18:35ce qui est très
18:37visible dans cette affaire,
18:39c'est qu'on a tout fait
18:41pour ne pas faire la lumière
18:43sur cette affaire, sur ces deux affaires.
18:45Aussi bien un poignet
18:47que sur... Les juges ne sont
18:49intervenus que contraints et forcés
18:51parce qu'il y a eu une émission de télévision
18:53perdue de vue. L'association de
18:55Pierre Monnoir. L'association de Pierre Monnoir.
18:57Mais ce que je trouve, et c'est ce que je dénonce
18:59dans mon livre, c'est que
19:01ça devrait être du côté des juges. Et pourquoi
19:03est-ce que la justice est très rarement rendue
19:05du côté des juges ?
19:07Elle est plus facilement rendue
19:09du côté des écrivains. Parce que si on remonte
19:11dans le passé, l'affaire Sirven,
19:13l'affaire Calas, l'affaire du Chevalier
19:15de la Barre, ce ne sont pas les juges qui ont...
19:17Au contraire, ils ont condamné.
19:19Donc c'est soit rendu par des écrivains, soit rendu
19:21par un malheureux gendarme
19:23qui aurait dû être entendu
19:25immédiatement. Vous vous rendez compte ?
19:27Toutes ces affaires, nous qui ne sommes pas
19:29des magistrats, on voit
19:31tout de suite les erreurs. Et c'est là
19:33où on se dit, là, il y a quelque chose
19:35qui dépasse. Il y a la politique
19:37qui intervient. Et la politique
19:39aurait dû intervenir.
19:41Pourquoi est-ce qu'on a fait une commission
19:43de requête parlementaire sur l'affaire Benalla ?
19:45Et pourquoi ça n'en a pas
19:47fait une sur les disparus de Lyon ?
19:49Oui, c'est la grande question
19:51qui s'est posée. Parce qu'effectivement, les disparus de Lyon,
19:53on les a oubliés pendant des années.
19:55Jean-Pierre Jetty, vous êtes avec nous dans l'heure du crime
19:57ancien magistrat. Vous avez présidé la Cour
19:59d'assises qui a jugé Emile Louis.
20:01Votre livre à vous s'appelle
20:03« Jugez au hauteur d'hommes » qui est publié
20:05aux éditions Michelon. En quoi
20:07le témoignage de Christian Jeanbert
20:09s'annonçait-il
20:11capital ? Qu'est-ce qu'il pouvait dire
20:13qui risquait de déranger tout le monde ?
20:15Sur l'affaire
20:17Emile Louis, il avait compris
20:19beaucoup de choses. Il a eu
20:21véritablement un sens
20:23très approfondi des responsabilités
20:25qui lui incombaient.
20:27Et comme vous le disiez tout à l'heure,
20:29c'était un peu un enquêteur
20:31solitaire. Il a fait un travail
20:33qui était absolument capital
20:35pour le déroulement
20:37des actes de procédures ultérieures.
20:39Donc, j'aurais apprécié
20:41pour ma part, pouvoir l'entendre
20:43au cours du procès et il aurait
20:45certainement donné un éclairage
20:47sur précisément
20:49le contexte de
20:51l'époque avec les rapports avec
20:53l'ADAS, les rapports avec le parquet,
20:55le rapport avec sa propre
20:57hiérarchie dans la gendarmerie.
20:59Tout ceci aurait permis
21:01d'éclairer les dysfonctionnements
21:03qui ont eu lieu dans cette affaire.
21:05Sauf que le gendarme ne sera pas là à ce procès
21:07Emile Louis. Pas une, mais deux
21:09balles pour un suicide.
21:11Christian Janbert, les secrets de la sacoche jaune.
21:13Il faudra nous dire pourquoi on a caché
21:15les causes de sa mort. L'enquête de l'heure du crime,
21:17qui avait intérêt à faire taire l'adjudant
21:19et où sont passées ses notes
21:21et ses dossiers sur les disparus.
21:23A suivre dans un instant sur RTL.
21:27C'est l'heure du crime sur RTL.
21:29Avec Jean-Alphonse Richard.
21:33Jean-Alphonse Richard sur RTL.
21:35L'heure du crime.
21:37Je croyais au suicide effectivement
21:39en 90 c'est tout. La vérité était maquillée
21:41bien évidemment. Sachant qu'il travaillait
21:43sur plusieurs enquêtes, j'espère que le nécessaire
21:45va être fait. J'ai bon espoir
21:47maintenant de découvrir
21:49exactement ce qui s'est passé.
21:51Retour aujourd'hui dans l'heure du crime sur la
21:53longue enquête du gendarme Christian Janbert
21:55sur les disparus de Lyon. L'adjudant
21:57a été le premier à dénoncer les faits
21:59à la justice. 20 ans après,
22:01il allait témoigner. Il s'est donné la mort
22:03juste avant. 5 ans après,
22:05la justice examine cet étrange
22:07suicide.
22:09Mardi 5 novembre 2002,
22:11le procureur Dosser qui avait d'abord
22:13classé la mort de Christian Janbert en suicide
22:15ouvre une information judiciaire
22:17pour recherche des causes de la mort.
22:19C'est la fille du gendarme Isabelle
22:21qui a demandé ses investigations.
22:23En 2004, le corps est exhumé.
22:25Le docteur Dominique
22:27Lecomte, directrice
22:29de l'Institut Médico-Légal de Paris
22:31détecte l'existence
22:33de deux orifices
22:35au niveau de la tête.
22:37Janbert se serait donc suicidé
22:39de deux balles. Une dans la bouche,
22:41au-dessus de la lèvre,
22:43un tir près du corps,
22:45l'autre dans la tempe.
22:47Le rapport de la légiste
22:49estime que la thèse du suicide est
22:51peu compatible avec ses constatations.
22:53L'avocat d'Isabelle Janbert,
22:55maître Didier Seban,
22:57s'interroge. Il faudra nous dire pourquoi
22:59on a caché les causes de la mort.
23:01Philippe et Isabelle,
23:03les enfants de Christian Janbert s'étonnent
23:05de toute une série de détails troublants
23:07lesquels obscurcissent le scénario
23:09du suicide. Primo,
23:11le gendarme n'aurait raté pour rien au monde
23:13le rendez-vous avec le juge
23:15en charge de l'affaire des disparus.
23:17Secondo, le stylo rouge
23:19qui a servi à rédiger la lettre d'adieu
23:21est introuvable, tertio.
23:23Il venait tout juste de répondre
23:25à une annonce, le gendarme Janbert,
23:27pour un recrutement
23:29d'un enquêteur privé. Il y a encore
23:31et surtout, la disparition
23:33de la sacoche jaune
23:35du gendarme Janbert.
23:37Il l'avait toujours avec lui.
23:39Elle contenait des notes sur l'affaire des disparus,
23:41des carnets, des répertoires
23:43et des cahiers rangés dans un placard
23:45se sont également évaporés, déplore
23:47Philippe Janbert, son fils.
23:49Deux témoins, un ancien collègue de la victime
23:51et un commerçant dosser
23:53confirment l'importance
23:55de la sacoche jaune. Janbert
23:57avait une collection de documents
23:59privés sur l'enquête. Un
24:01sous-dossier par personne disparu
24:03avec des photos, des copies
24:05de toutes les procédures, des notes.
24:07Sa sacoche, genre
24:09cartable, il ne s'en séparait
24:11quasiment jamais,
24:13assure le commerçant Jacques Moreau
24:15dans le journal
24:17Le Parisien.
24:19Et on retrouve dans cette heure du crime
24:21l'un de nos invités, c'est Jean-Pierre Jetty.
24:23Vous étiez, Jean-Pierre Jetty,
24:25le président de la Cour d'Assise
24:27lors du procès d'Émile Louis. On dira un mot
24:29évidemment sur ce procès.
24:31Et vous êtes l'auteur de l'ouvrage Jugez à hauteur
24:33d'homme qui vient d'être publié aux éditions
24:35Michelon. Jean-Pierre Jetty,
24:37la thèse du suicide
24:39elle a été avancée très vite
24:41et très rapidement. Il a fallu beaucoup
24:43de temps avant qu'on rouvre ce dossier
24:45et que la justice penche sur les
24:47circonstances de la mort du gendarme.
24:49Un suicide parce qu'il était déprimé, c'est ça ?
24:51Oui, c'est un
24:53personnage qui a une personnalité
24:55fragile.
24:57Il avait versé un moment donné dans l'alcoolisme,
24:59il avait divorcé,
25:01il était dans une situation difficile.
25:03Son travail autour d'Émile Louis
25:05n'avait pas été pris en considération.
25:07Ce qui développait chez lui
25:09un fort sentiment de frustration.
25:11Il y avait multiples facteurs
25:13qui ont contribué certainement
25:15au cas où il se serait suicidé
25:17à passer à l'acte. Je me réserve
25:19que ce soit bien cette hypothèse-là qui soit retenue.
25:21Je suis d'accord avec vous,
25:23au cas où il se soit suicidé
25:25mais il y a toujours des guillemets
25:27autour de cette mort. Encore une question
25:29Jean-Pierre Jetty. Il y a la fameuse
25:31sacoche jaune, parce que là
25:33on est un peu perdu.
25:35Elle a totalement disparu
25:37cette sacoche jaune. Elle n'était pas là
25:39quand on est arrivé, quand on a découvert le corps.
25:41C'est la sacoche au secret
25:43et effectivement on ne l'a jamais retrouvée.
25:45Oui, il mettait ses dossiers
25:47dans cette sacoche. J'ai appris ça
25:49à la lecture du dossier
25:51et cette sacoche là aussi a disparu.
25:53Ça fait là encore
25:55partie des mystères de cette affaire.
25:57Il y a des zones d'ombre qui sont
25:59très importantes. Vous savez, moi,
26:01j'ai été juge d'instruction pendant 15 ans,
26:03j'ai instruit 1850 affaires,
26:05des affaires criminelles j'en ai vues,
26:07que l'affaire Émile-Louis cumule
26:09véritablement une multitude
26:11de dysfonctionnements, de mystères,
26:13d'incompréhensions qui sont
26:15quand même assez étonnants.
26:17Dans votre bouche, évidemment, Jean-Pierre Jetty,
26:19qui est un grand professionnel de la justice,
26:21on ne s'aperçoit de l'abîme
26:23dans lequel est ce dossier
26:25et on a toujours eu du mal à en sortir de cet abîme.
26:27Jean-Marie Roy, vous êtes également
26:29avec nous dans l'heure du crime,
26:31romancier, membre de l'Académie française,
26:33auteur de l'ouvrage Drôle de Justice,
26:35publié aux éditions Albain-Michel,
26:37sorti le 27 mars.
26:39Jean-Marie Roy,
26:41effectivement, là, votre titre, Drôle de Justice,
26:43il s'applique parfaitement à cette affaire
26:45Jean-Bert-Émile-Louis,
26:47parce que les deux sont indissociables.
26:49Oui, mais moi, ce qui
26:51m'interpelle, comme on dit,
26:53c'est quand même que
26:55l'autopsie, la première autopsie,
26:57n'est pas décelée,
26:59qu'il y avait deux orifices de la balle,
27:01donc la thèse du suicide
27:03ne tenait pas. Comment peut-on ?
27:05La question de la faisabilité,
27:07et c'est là où on voit que,
27:09au fond, les experts sont
27:11très souvent entre
27:13les mains des juges
27:15et qu'ils préfèrent
27:17très souvent ne rien voir.
27:19J'ai pu le voir dans l'affaire
27:21Omar Haddad, notamment.
27:23Les experts, quelquefois,
27:25ils dépendent des juges,
27:27donc ils ne sont pas tout à fait
27:29fiables. Et ce qu'on voit bien
27:31dans cette affaire, c'est le désir
27:33de tout étouffer.
27:35Et il y a eu,
27:37à l'évidence, pression,
27:39pression qu'on peut imaginer
27:41sur les juges, parce que c'est
27:43pas possible, vous savez, c'était la phrase
27:45de Lincoln,
27:47on peut cacher une turpitude
27:49pendant un certain temps à quelques personnes,
27:51on ne peut pas la dissimuler
27:53à tout le monde, tout le temps.
27:55Donc, 20 ans, vous vous rendez compte,
27:57dans une région quand même limitée,
27:59avec autant de crimes,
28:01il faut se dire que là, c'est là,
28:03peut-être une des affaires politiques les plus graves.
28:05C'est pour ça que je trouve que
28:07ça mériterait, vraiment,
28:09au fond des choses, de voir
28:11pourquoi est-ce que des hommes
28:13politiques ont pu intervenir
28:15dans cette affaire.
28:16Qui a fait pression, c'est ça ?
28:17Et selon vous, il y a eu des pressions ?
28:19Bien sûr. Puisqu'on l'a bien vu, ça a été
28:21dans l'affaire qui est
28:23apparente, l'affaire Lapoigny,
28:25on a vu l'intervention de Jean-Pierre
28:27Soisson et du
28:29ministre Arpayange.
28:31C'est ça. Donc, selon vous, cette affaire,
28:33le gendarme Jambert, il a fait
28:35les frais, effectivement, de ces pressions
28:37exercées, vous le dites.
28:39Parce que, Émile Louis
28:41a été le lampiste.
28:43Il y avait derrière, mais c'est un peu
28:45comme dans l'affaire Dutroux.
28:47Un lampiste actif, désolé.
28:49Un lampiste très actif.
28:51Et très dangereux.
28:52Mais néanmoins, un lampiste,
28:54puisqu'on n'a pas cherché quels étaient les commanditaires.
28:57La vengeance posthume
28:59du gendarme, Émile Louis,
29:01arrêté et jugé.
29:03Christian Jambert, les secrets de la sacoche jaune.
29:05J'étais possédé par quelqu'un d'autre
29:07qui me poussait au mal.
29:09L'enquête de l'heure du crime. On se retrouve dans un instant
29:11sur RTL.
29:23Au programme aujourd'hui de l'heure du crime,
29:25l'enquête du gendarme Christian Jambert
29:27sur les disparus de Lyon.
29:29Le premier à alerter la justice sur ce dossier
29:31dans les années 80.
29:33Sans être entendu, il est mort avant l'arrestation.
29:35Plus de 20 ans après les faits.
29:37L'arrestation de son suspect
29:39numéro 1.
29:41Mardi 12 décembre 2000,
29:43aux alentours de 20h, le chauffeur de car
29:45Émile Louis, 66 ans, est interpellé
29:47dans le Var, où il réside.
29:49Les gendarmes le placent en garde à vue.
29:51Il est questionné sur sept disparitions
29:53de jeunes femmes dans Lyon
29:55à la fin des années 70.
29:57Contre toute attente, il est très décontracté.
29:59Disposé aux confidences.
30:01Il pense, en effet,
30:03que les crimes sont prescrits.
30:05Mais il se trompe. Il se met donc
30:07à parler. A propos des meurtres,
30:09il indique.
30:11J'étais possédé par quelqu'un d'autre qui me poussait
30:13au mal. Le démon
30:15m'habitait, c'était la pleine lune.
30:17Six jours après les premiers aveux,
30:19le corps d'une disparue, celui de Madeleine Dejus,
30:21est retrouvé le long
30:23de la rivière. Le serein.
30:25Le gendarme, Jean-Bert, avait noté
30:27ce coin de pêche dans ses recherches.
30:29Trois ans plus tard, Émile Louis
30:31comparaît devant la cour d'assises de Lyon.
30:33À hausser, il n'affiche aucune émotion.
30:35L'une des avocates des disparus se souvient
30:37à l'avoir surpris, en train de
30:39sourire devant les photos de certains
30:41corps condamnés
30:43à la perpétuité. Il meurt en prison
30:45à 79 ans.
30:47Décembre 2007, le corps du gendarme
30:49Christian Jean-Bert est exhumé.
30:51Une deuxième fois, de nouvelles expertises
30:53balistiques doivent être menées.
30:55Les experts constatent alors que
30:57plusieurs os du crâne ont
30:59mystérieusement disparu.
31:01Ce sont des pièces à conviction qui sont absentes.
31:03Cela rend impossible l'enquête
31:05sur la mort de mon père.
31:07Il existe bien trop de dysfonctionnement
31:09dans ce dossier, déplore Isabelle
31:11Jean-Bert. Lundi 31 janvier
31:132011, le parquet
31:15d'Auxerre indique qu'un non-lieu est délivré
31:17dans le dossier de la mort de l'adjudant.
31:19L'hypothèse du suicide
31:21est retenue.
31:23Et on retrouve dans cette heure du crime
31:25Jean-Pierre Jetty.
31:27Vous étiez le président de la cour d'assises du
31:29procès Émile Louis.
31:31Vous venez de sortir un livre qui s'appelle
31:33Jugez à hauteur d'homme, publié en édition Michalon.
31:35Évidemment, vous faites
31:37allusion à cette histoire
31:39Émile Louis qui vous a beaucoup marqué.
31:41Qu'est-ce qui se passe
31:43à ce procès Émile Louis ? Quel est
31:45le souvenir marquant que vous en avez ?
31:47Écoutez, c'est un procès qui
31:49pour moi a été vraiment
31:51une affaire importante.
31:53Dans la mesure où s'agissant
31:55de personnes fragiles
31:57qui ont été traitées de manière
31:59absolument déconsidérée.
32:01Donc cet aspect-là
32:03m'a beaucoup choqué
32:05et j'ai pensé qu'il fallait
32:07faire en sorte que la voix de ces
32:09jeunes filles puisse être entendue
32:11à travers tous les témoignages,
32:13à travers tous les actes qui ont eu lieu au cours du procès
32:15et je m'y suis
32:17beaucoup attaché. C'est le souvenir
32:19que j'ai le plus marquant dans cette
32:21histoire, c'est véritablement
32:23la façon dont les jurés se sont
32:25investis pour
32:27rendre une justice de qualité.
32:29Et je garde le souvenir
32:31vraiment d'un procès
32:33de très bonne tenue. Alors très bonne tenue
32:35avec un accusé qui est quand même
32:37un petit peu particulier, un petit peu spécial.
32:39Lors des débats,
32:41oui on a le sentiment qu'il n'a pas grand-chose à dire,
32:43en tout cas qu'il ne veut pas dire grand-chose,
32:45mais pourtant il n'a peut-être pas été très loin
32:47de craquer à un moment donné.
32:49Au cours des débats, Émile Louis
32:51l'avait déjà dit à Draguignan
32:53qu'il avait été
32:55habité par une pulsion très forte,
32:57lui il appelait ça la bête,
32:59qui l'amenait à passer
33:01à l'acte. J'ai constaté en lisant
33:03le dossier que lorsqu'il
33:05abordait cette question à Draguignan,
33:07il l'avait fait de manière
33:09très précise.
33:11Il se trouve que dans l'affaire
33:13des disparus de Lyon, une déclaration
33:15d'Émile Louis
33:17figure dans un procès verbal
33:19très proche de la déclaration
33:21qu'il avait faite à Draguignan.
33:23Et je lui oppose ces deux déclarations.
33:25Il était à deux doigts
33:27de le dire.
33:29Je vous assure, ces échanges
33:31qui ont eu lieu à ce moment-là
33:33se sont fait les yeux dans les yeux,
33:35il n'y avait pas un bruit
33:37dans la salle d'audience
33:39et Émile Louis à un moment donné
33:41a tourné la tête, il s'est repris
33:43mais je pense qu'on était très proche
33:45d'obtenir des aveux d'Émile Louis.
33:47Et ça n'a pas été le cas parce qu'il s'est refermé
33:49ensuite comme une huître cet homme et puis
33:51il est parti en prison, on ne l'a plus revu, il est mort
33:53d'ailleurs en prison.
33:55Jean-Marie Roy, romancier, membre de l'Académie
33:57française, auteur de l'ouvrage Drôle de Justice
33:59publié aux éditions Albert Michel,
34:01il y a eu le procès Émile Louis,
34:03ce procès c'est grâce à Christian Jambert
34:05que ce procès a été audiencé, c'est lui qui avait mené
34:07toute l'enquête. L'affaire
34:09Christian Jambert elle va continuer
34:11après le procès et notamment sur
34:13son suicide. Il y a une question
34:15toute simple qui se pose, qui avait
34:17intérêt à tuer
34:19ou plutôt à faire tuer
34:21Christian Jambert s'il s'agit d'un assassinat ?
34:23Je rappelle que la justice elle est restée
34:25sur le suicide. Eh bien
34:27les auteurs de ce suicide
34:29ont parfaitement réussi leur coup puisque
34:31s'ils devaient mettre des gens
34:33en cause, et c'est évident qu'ils savaient
34:35beaucoup de choses, c'était
34:37Émile Louis qui était le lampiste,
34:39mais eh bien on ne le saura
34:41jamais. Mais moi ce qui me frappe
34:43dans la justice, c'est
34:45pas la mise en cause
34:47des juges, parce qu'il y a énormément de
34:49juges qui sont vraiment formidables.
34:51C'est simplement
34:53toutes les questions que nous avons
34:55posées au cours de cette émission et qu'on se pose
34:57depuis toujours et que je pose dans mon livre,
34:59comment se fait-il que
35:01les juges puissent s'en satisfaire ?
35:03Ils savent très bien, au final,
35:05que le juge Jambert
35:07ne s'est pas suicidé,
35:09le gendarme Jambert,
35:11qu'il a été assassiné, qu'on a
35:13voulu dissimuler les choses, que derrière
35:15tous ces crimes, il y avait
35:17des gens importants, des notables
35:19de la région de Lyon, et même d'ailleurs
35:21parce que dans les deux affaires d'Apuanie
35:23et d'Auxerre, il y a
35:25on a bien vu que c'était des gens qui venaient
35:27pour ces parties fines, violentes
35:29et sataniques.
35:31Donc, on le sait, mais
35:33bizarrement, une fois que les juges
35:35ont refermé le dossier, ils se
35:37contentent d'un à peu près.
35:39Et c'est la raison pour laquelle, me semble,
35:41eh bien, les
35:43Français ont du
35:45mal à croire à la justice, parce que
35:47c'est pas la seule affaire. Il y a d'autres
35:49affaires qui entraînent des politiques.
35:51J'ai parlé de l'affaire Doucet,
35:53qui est une affaire caricaturale
35:55dans le domaine. On sait très bien
35:57des politiques sont intervenues. Il y a eu
35:59un livre sur l'affaire Doucet qui l'a montré.
36:01Eh bien, ça, je crois que ça, c'est
36:03si les reproches qu'on peut faire
36:05à la justice.
36:06Alors, juste sur le pasteur Doucet, c'est effectivement un pasteur
36:08qui a été tué,
36:10enlevé et tué. Il y a eu toute une
36:12histoire autour des renseignements généraux, etc.
36:14Et effectivement, les politiques ont été
36:16citées, montrées du doigt à cette époque.
36:18Le gendarme et le chauffeur de
36:20cartes sont décédés, mais bien des
36:22questions demeurent. Christian
36:24Jambert, les secrets de la sacoche jaune
36:26dans le cimetière d'Emile Louis,
36:28une huitième victime.
36:30L'enquête de l'heure du crime, je vous retrouve tout de suite sur RTL.
36:44Dans l'heure du crime, aujourd'hui,
36:46la très longue enquête du gendarme Christian Jambert
36:48sur l'affaire des disparus de Lyon
36:50à la fin des années 70.
36:52Il est mort avant d'avoir pu assister
36:54à l'arrestation de l'homme qu'il avait
36:56désigné comme le suspect numéro un,
36:58à savoir, Emile Louis.
37:02Samedi 20 octobre 2018,
37:04la ville d'Auxerre rend hommage à l'adjudant
37:06Christian Jambert. Un square
37:08de la ville où une statue est érigée
37:10en hommage aux disparus
37:12portera désormais son nom.
37:14Décembre 2018,
37:16un crâne de femme est
37:18retrouvé dans l'un des cimetières
37:20d'Emile Louis, dans le secteur de
37:22Rouvray, près d'Auxerre.
37:24Les ossements de deux disparus
37:26avaient déjà été détectés
37:28à cet endroit. Le crâne est celui
37:30d'une mère de famille, Marie-Jeanne Coussin,
37:32un temps hébergée dans un foyer,
37:34disparue en 1975.
37:36Elle est
37:38la huitième victime
37:40d'Emile Louis.
37:42Plus tard que jamais, et puis
37:44il faut aussi que l'avenir soit
37:46un peu plus ouvert, et puis que ça serve
37:48un petit peu de morale à tous
37:50les gens qui nous ont dit que nous avions
37:52sali le département. Jambert, c'est pas quelqu'un
37:54qui a sali le département, c'est quelqu'un qui a défendu
37:56les plus faibles.
37:58Il a défendu les plus faibles, c'est la voix de Pierre
38:00Monnoir, membre fondateur de l'association
38:02de défense des handicapés de Lyon.
38:04C'était sur France 3 en 2018
38:06et on salue Pierre Monnoir parce que son
38:08travail a été formidable aussi dans cette
38:10affaire. On l'a reçu plusieurs fois
38:12dans l'ordre du crime et c'est toujours un plaisir de
38:14l'entendre. Alors évidemment,
38:16cette affaire,
38:18Jambert, Émile Louis est mort,
38:20il a été jugé, c'est fini
38:22de ce côté-là. L'affaire Jambert
38:24n'est peut-être pas terminée parce que
38:26Maître Seban qui défend
38:28la fille de Christian Jambert
38:30souhaite
38:32que cette affaire soit relancée, en tout cas
38:34la fille du gendarme souhaite que cette
38:36affaire soit relancée, donc elle va peut-être réactiver
38:38à nouveau la justice comme quoi
38:40on n'est pas au point final de cette
38:42histoire. Jean-Marie Roy,
38:44il y a quelque chose de très frappant,
38:46c'est qu'il y a une huitième victime
38:48qui a été retrouvée, vous qui êtes romancier
38:50et qui sortez ce livre, Votre rôle de justice
38:52publié aux éditions Albert Michel.
38:54Non, qui n'est pas un roman, mais vous
38:56qui êtes romancier, c'est très étonnant
38:58cette coïncidence, on trouve cette
39:00huitième victime à l'endroit même
39:02où Émile Louis l'a enterré
39:04mais surtout, où allait
39:06Christian Jambert ? Parce qu'il allait, il prenait
39:08comme ça son bâton de pèlerin,
39:10il essayait d'aller voir s'il n'y avait pas
39:12quelque chose qu'il allait trouver dans ses coins de pêche.
39:14Ça, c'est quand même très extraordinaire.
39:16Ce sont des coïncidences, en effet,
39:18comme il y en a très souvent dans la vie.
39:20Mais c'est une petite région,
39:22vous savez donc, c'est vrai que les parcours
39:24des gens sont toujours un peu
39:26les mêmes.
39:28Sur le fait qu'on puisse relancer
39:30peut-être cette enquête, c'est ce que désire
39:32la fille de Christian Jambert
39:34avec son avocat, mettre ce banc,
39:36ça, ça vous paraît être une bonne chose,
39:38il faut continuer parce qu'on n'a pas été dit.
39:40Bien sûr, mais ça aurait dû être
39:42à l'initiative des juges.
39:44Parce que quand il y a des
39:46dissimulations,
39:48des obscurités, des mystères
39:50qui ne sont pas vraiment des mystères,
39:52il faudrait que les juges reprennent
39:54les choses en main, ne se satisfassent pas de ça.
39:56Donc moi, je crois plutôt
39:58à une solution parlementaire,
40:00à une commission d'enquête.
40:02Parce que des politiques sont
40:04mis en cause. Alors, peut-être à tort,
40:06mais en tout cas, il faudrait
40:08que
40:10une commission parlementaire d'enquête puisse
40:12mettre tout à plat, voir tous les
40:14dysfonctionnements. Parce que vous remarquerez...
40:16Alors, il y a eu déjà une commission
40:18d'enquête sur... Pas parlementaire.
40:20Non, pas parlementaire. Non, non, une commission
40:22parlementaire, parce que
40:24le problème des juges,
40:26c'est ce que je dénonce dans mon livre,
40:28même s'il y en a énormément,
40:30la majorité, la large majorité,
40:32qui sont des gens formidables,
40:34eh bien, c'est qu'ils ne sont jamais jugés.
40:36Ils se sont des magistrats...
40:38Ce sont des magistrats de droit divin.
40:40Donc, ce qui est l'origine,
40:42d'ailleurs, parce que le magistrat représentait
40:44le roi, donc, de droit divin,
40:46eh bien, il faudrait
40:48qu'ils se remettent en cause, et qu'ils
40:50aient cette chose que les écrivains
40:52ont, c'est le doute. Je crois que c'est
40:54très important dans la vie d'avoir des
40:56doutes sur soi-même, sur les
40:58actions entreprises, et sur ses propres
41:00erreurs. Alors, sous cette affaire précisément,
41:02je vais vous donner juste un mot, c'est que le juge
41:04Bourguignon, qui a été mis en cause, c'est lui qui
41:06n'avait pas pris le rapport à l'époque, il s'est
41:08ensuite, mais des années après, il s'est
41:10excusé, il a dit qu'il avait fait une erreur, qu'il
41:12n'avait pas pris la bonne dimension de
41:14ce que pouvait représenter Émile Louis. Dans
41:16tact, mais ce sont des
41:18excuses qui sont venues, effectivement, très tard.
41:20Jean-Pierre Jetty, vous êtes notre autre
41:22invité dans l'heure du crime. Vous
41:24présidiez la cour d'assises lors du procès d'Émile
41:26Louis, auteur de l'ouvrage, jugé à hauteur
41:28d'homme, publié aux éditions
41:30Michelon. La justice,
41:32selon vous, aurait dû écouter
41:34Christian Jambert,
41:36à qui, aujourd'hui, on rend hommage,
41:38mais c'est peut-être un peu trop tard ?
41:40C'est évident. Il y a eu des concours de circonstances.
41:42D'abord, il y a eu une très mauvaise
41:44évaluation du rapport
41:46de Jambert. Personne
41:48s'y est vraiment intéressé.
41:50De ce côté-là, il y a eu
41:52une négligence, et donc,
41:54quand c'est mal enmanché au départ,
41:56tout s'accumule derrière.
41:58Dans cette histoire, c'est
42:00grâce à M. Monoy,
42:02qui a découvert un choix transmis
42:04considéré par
42:06la cour de cassation comme un acte interruptif
42:08de prescription, que l'enquête
42:10est repartie. Vous voyez, dans ce type
42:12d'affaires, véritablement,
42:14il y a eu des blocages qui ont
42:16été difficilement surmontés
42:18et ne l'ont pu l'être que grâce
42:20à la détermination de quelques
42:22personnalités qui ont vraiment
42:24cherché à aboutir
42:26dans cette affaire.
42:28Jean-Marie Rouart, juste un petit mot.
42:30Christian Jambert, il y a des pages qui lui sont
42:32dédiées. Vous ne pouviez pas passer à côté
42:34de Christian Jambert, en parlant de la justice.
42:36Non, parce que je trouve que ça fait partie
42:38de ces hommes dont
42:40ce n'était pas vraiment le métier.
42:42Enfin, si, c'était un gendarme.
42:44Il attendait que ce soient les juges qui
42:46suivent ces accusations, de ces hommes
42:48complètement désintéressés, qui sont
42:50des martyrs de la justice.
42:52Je trouve que c'est important, parce que
42:54ça rachète toutes les autres
42:56erreurs. Jean-Pierre Jetty, en mots,
42:58avec vous également, à l'époque, on n'a pas
43:00voulu voir, on n'a pas voulu savoir.
43:02Oui, vous prenez par
43:04exemple les responsables de l'ADAS,
43:06ils s'en fichaient royalement.
43:08Ce n'était pas leur préoccupation.
43:10Et Charrier
43:12était véritablement une personnalité
43:14très forte, qui était reconnue
43:16dans la ville, et à ce
43:18titre, il avait une réputation
43:20qui était
43:22très bien d'établi,
43:24et qui, malheureusement, a aussi
43:26empêché que d'autres personnalités
43:28puissent se poser des
43:30questions sur ces disparitions,
43:32et faire en sorte de répondre
43:34à des questions que chacun aurait dû
43:36se poser à l'époque.
43:38Merci beaucoup Jean-Pierre Jetty
43:40et Jean-Marie Roy
43:42d'avoir été aujourd'hui les invités de L'Ordre du Crime.
43:44Merci à l'équipe de l'émission, rédactrice en chef Justine
43:46Vigneault, préparation
43:48Marie Bossard, Lisa Canalès, réalisation en direct
43:50Nicolas Godet.

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