Aujourd'hui, dans « Les 4V », Maya Lauqué revient sur les questions qui font l’actualité avec Amir Reza-Tofighi, président de la CPME.
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00:00Bonjour Rami Reza Tofighi, merci d'être avec nous.
00:05Vous étiez hier à l'Elysée pour évoquer la riposte à l'augmentation des droits de douane annoncée par Donald Trump.
00:09Vous allez nous raconter ce qui s'est dit. Mais d'abord, est-ce que la guerre commerciale est déclarée ?
00:15La guerre commerciale est forcément déclarée avec les annonces de Donald Trump d'avant-hier soir.
00:21Aujourd'hui, la question est comment on s'assure, un, qu'on va négocier en position de force,
00:26et deux, comment on s'assure que notre économie va résister ?
00:28Donc vous dites, on va négocier ? Il y a encore une petite place pour de la négociation ?
00:32Il faut de toute façon négocier. Et Donald Trump est une personne avec qui il faut toujours négocier parce que c'est son style.
00:37Maintenant, il faut négocier en position de force.
00:39Et donc, le président de la République a annoncé qu'il allait avoir une double riposte de l'Union européenne.
00:43La première, mi-avril, avec des annonces qui avaient déjà été prises.
00:47Et la deuxième, fin avril, qui sera beaucoup plus forte, beaucoup plus ciblée, et qui touchera beaucoup plus les États-Unis.
00:53On va y revenir en détail. Quelle était l'atmosphère hier lors de cette réunion à l'Elysée ?
00:57Une atmosphère quand même inquiète, puisqu'on avait l'ensemble des filières qui vont être concernées, qui étaient là,
01:03et qui du coup ont fait remonter justement l'impact qu'allaient avoir ces droits de douane,
01:06et un impact qui pouvait être très très dangereux pour l'économie.
01:09Augmentation de 20% en ce qui concerne l'Europe de ces droits de douane, c'est pire que ce que vous pouviez anticiper ou imaginer ?
01:17Oui, parce que là, c'est vraiment massif, et il faut bien se rendre compte que c'est sur l'économie mondiale.
01:21Et donc, au-delà des droits de douane, qu'est-ce qui va se passer ?
01:24C'est qu'on va avoir d'autres pays qui vont devoir réorienter leur économie,
01:27et on va aussi avoir par exemple des pays qui vont exporter beaucoup plus dans l'Union européenne,
01:30parce qu'ils ne pourront plus exporter aux États-Unis.
01:32Donc, c'est un choc mondial. Ce n'est pas juste des droits de douane pour l'Union européenne,
01:36ce n'est pas juste nos exportations qui vont être impactées, c'est l'économie mondiale qui va être revue.
01:40J'imagine que votre téléphone chauffe depuis ces annonces de Donald Trump.
01:45Est-ce que vous parlez à des patrons de petites, de moyennes entreprises ?
01:48Et qu'est-ce qu'ils vous disent surtout ?
01:50Oui, par exemple, si on prend bien évidemment les vins spiritueux, mais aussi les cosmétiques,
01:54ils sont très inquiets parce que c'est en plus beaucoup de PME,
01:57de petites et de moyennes entreprises,
01:59qui n'ont pas forcément les moyens de pouvoir à un moment donné se diversifier
02:03ou pouvoir justement tenir sur la durée.
02:06Parce que la réalité, et le président de la République l'a rappelé,
02:08c'est que les premiers impactés seront les consommateurs américains.
02:11L'économie américaine va être la plus impactée.
02:13Donc, tout le monde espère qu'à un moment donné, Donald Trump reviendra à la raison.
02:16Mais il va falloir tenir.
02:18Ça va durer peut-être quelques semaines, peut-être quelques mois, peut-être un ou deux ans.
02:22Et donc, les PME seront plus fragiles pour tenir sur la durée.
02:25Emmanuel Macron appelle à suspendre tous les investissements vers les États-Unis.
02:29Avant clarification, rien n'est exclu quant à la réponse européenne.
02:32Il parle de réponse tarifaire, mécanisme de coercition,
02:35réfléchir au financement de l'économie américaine.
02:38Est-ce que vous êtes malgré tout ressorti rassuré de cette réunion ?
02:42Oui, je suis ressorti rassuré sur le fait que le président de la République,
02:46que le gouvernement sont derrière nous.
02:48Et en même temps, la réponse sera européenne.
02:50La réponse sera forcément européenne, mais on a besoin d'avoir une France forte au sein de l'Union européenne.
02:54Maintenant, moi, ce que j'appelle, c'est vraiment l'Union nationale derrière nos entreprises.
02:58Il faut que l'ensemble de la nation, que l'ensemble des politiques,
03:01au-delà des clivages politiques, soient derrière nos entreprises.
03:03Parce que le choc va être très dur, et on doit sentir que la nation soutient ces entreprises.
03:07Qu'est-ce qui peut réellement faire mal à Donald Trump et servir de levier aux négociations ?
03:14Il y a plein de solutions différentes.
03:17Mais ce qui est important, c'est vraiment de bien cibler.
03:19Ça veut dire que lorsqu'on commence une guerre commerciale,
03:22la réponse peut bien évidemment ensuite être pire pour nous.
03:26Et donc, il ne faut pas que le remède soit pire que le mal.
03:28Donc, dans les différentes mesures qui sont possibles,
03:30il va falloir choisir les meilleures pour vraiment impacter les Américains.
03:33Pour donner un exemple, il y a par exemple des produits
03:36que les Américains n'ont pas et sont dépendants de nous.
03:39Et donc sur cela, par exemple, on peut justement les pédaliser.
03:42Lesquels ?
03:43Si on prend par exemple l'aéronautique,
03:45ils ont des chaînes sur lesquelles ils sont dépendants de l'Union européenne.
03:47Autre solution, c'est peut-être de faire comme, j'imagine, la Suisse,
03:51dont les taxes vont augmenter de 31%,
03:53et qui dit qu'on ne fait rien pour ne pas rompre les relations commerciales.
03:56Est-ce qu'il faut se soumettre et attendre,
03:59peut-être que les consommateurs américains soient en difficulté,
04:03pour que ça puisse faire changer le comportement de Donald Trump ?
04:06Il faut garder la tête froide.
04:08Ça veut dire qu'il ne faut pas être dans une sorte de riposte
04:11où on veut juste taper encore plus fort que les Américains.
04:14Il faut être dans une riposte qui soit graduée.
04:18Ça veut dire qu'on soit sûr qu'on va taper où ça fait mal
04:21et qu'on ne va pas derrière avoir une riposte pire.
04:23Donc moi, je ne pense pas que la solution, c'est de dire on ne fait rien.
04:25Par contre, la solution, ce n'est pas de dire juste qu'on attaque de tous les côtés
04:29pour faire mal aux Américains,
04:30sans être sûr que la riposte ne sera pas pire contre nous ensuite.
04:32Vous l'évoquiez, ne plus faire commerce avec les États-Unis,
04:35ça veut dire aussi créer d'autres marchés, créer de nouvelles concurrences.
04:39Est-ce que c'est la fin de la mondialisation telle qu'on l'a connue jusqu'à aujourd'hui ?
04:43En tout cas, ça rabat les cartes.
04:45Moi, je pense qu'aujourd'hui, et c'est mon côté optimiste qui va parler,
04:48c'est qu'on n'a pas le choix dans ce moment difficile que de faire des grandes choses.
04:53Et donc, il y a trois sujets majeurs qu'on doit aborder.
04:55Le premier, c'est la simplification.
04:57On allait beaucoup trop loin.
04:59Et aujourd'hui, nos entreprises ont un contexte normatif qui est trop compliqué.
05:03Le deuxième, c'est la compétitivité.
05:06On ne va pas pouvoir changer le comportement des Américains,
05:08mais on peut au moins donner des armes à nos entreprises.
05:10On peut les rendre plus compétitives.
05:12Et d'une façon générale, l'économie européenne doit être plus compétitive face aux Américains.
05:16Et le troisième, c'est le financement de notre modèle social.
05:19Je ne dis pas qu'il faut moins le financer,
05:21mais est-ce que c'est au travail aux entreprises de financer entièrement le modèle social ?
05:25Et c'est ce que j'ai rappelé hier.
05:26J'ai dit qu'il est temps aujourd'hui d'avoir ces grandes réflexions-là.
05:29Est-ce qu'on doit passer une partie de la fiscalité qui, aujourd'hui,
05:32est sur le coût du travail sur d'autres fiscalités ?
05:34Et notamment, cela pourrait être impacté sur les produits importés,
05:37les produits américains, par exemple,
05:39et être moins sur le travail aujourd'hui, puisque c'est le travail aujourd'hui,
05:41donc les salariés et les entreprises,
05:43qui financent la plus grande majorité de notre modèle social.
05:47Les secteurs du luxe, les produits laitiers dans l'alimentation,
05:50l'aéronautique, spiritueux, vous les avez cités,
05:52ils sont en danger aujourd'hui.
05:53Est-ce qu'il va y avoir, à court terme, de la casse ?
05:55Des suppressions d'emplois liées à cette décision de Donald Trump ?
05:58C'est possible, oui.
06:00Il faut dire la vérité aux Français, c'est possible.
06:02Face à une guerre commerciale comme ça,
06:04face à des baisses d'activités qu'il pourrait y avoir,
06:06il peut y avoir des baisses d'emplois.
06:08Maintenant, l'objectif, c'est justement d'éviter ça.
06:11Comment ?
06:12Vous dites qu'il faut que la nation soit derrière les entreprises.
06:14Cela veut dire quoi ?
06:15Donner des aides, un quoi qu'il en coûte ?
06:17Surtout pas.
06:18On ne demande surtout pas un quoi qu'il en coûte.
06:21On est sur une crise, aujourd'hui, qui est quand même ciblée.
06:23Elle va toucher beaucoup d'entreprises,
06:25parce que forcément, il y a des sous-traitants
06:27qui travaillent pour les entreprises qui exportent.
06:29Mais on a besoin, aujourd'hui, de rétablir nos finances publiques.
06:32On a besoin que l'ensemble des Français fassent des efforts.
06:35Les entreprises, bien évidemment aussi.
06:37Donc, on ne peut pas demander un quoi qu'il en coûte.
06:38Par contre, des mesures très ciblées,
06:40sur les entreprises qui seront impactées,
06:42sur les secteurs qui seront impactés,
06:43mais des mesures très ciblées pour ne justement pas donner le sentiment
06:46qu'on part sur un quoi qu'il en coûte.
06:48Vous appelez aussi les citoyens à se mobiliser
06:51pour aider nos entreprises.
06:53Mais de quelle manière ?
06:54Vous appelez à boycotter les produits américains, par exemple ?
06:58Non, mais si on revient, justement,
07:00sur les trois grandes propositions que je faisais tout à l'heure,
07:02la simplification, la compétitivité
07:05et le fait de basculer le financement du modèle social
07:08sur d'autres fiscalités.
07:10Ça, aujourd'hui, c'est pour redonner du souffle aux entreprises.
07:13C'est pour qu'on ait un discours qui est pro-compétitivité,
07:15pro-entreprise, pro-économie
07:17et qu'on donne des armes à nos entreprises.
07:19C'est le moment d'avoir ces débats aujourd'hui.
07:20C'est le moment d'avoir un débat éclairé,
07:22mais un vrai débat pour comment on fait
07:24pour donner à nos entreprises les moyens de se battre
07:26dans le commerce international.
07:28Un mot de notre actualité qui concerne la CPME,
07:31et on a commencé à l'évoquer,
07:32ce nouveau conclave sur les retraites,
07:33plus largement sur le financement de notre modèle social.
07:36Il réunit les partenaires sociaux
07:37qui ont accepté de continuer les discussions
07:40et la séance de négociation a lieu tous les jeudis.
07:43Est-ce que vous avez réussi hier à vous mettre d'accord ?
07:45Et si oui, sur quel point ?
07:46Hier, on a retravaillé la feuille de route
07:48pour travailler une feuille de route différente
07:50pour les prochaines semaines.
07:52L'objectif, et je pense qu'on va y arriver,
07:54c'est d'avoir un accord.
07:55Pourquoi on doit y arriver ?
07:56Parce qu'après la réforme des retraites,
07:59on a toujours aujourd'hui un déficit.
08:016 milliards cette année,
08:02et on va avoir sur les 20 prochaines années
08:04350 milliards de déficit cumulé.
08:07Ces 350 milliards, c'est de l'argent qu'on ne peut pas mettre
08:10pour la transition écologique,
08:11pour la transition numérique,
08:12pour notre souveraineté militaire.
08:14Donc il faut que nous, partenaires sociaux,
08:15on soit au rendez-vous.
08:16Il faut que nous, on puisse trouver un accord
08:18pour justement permettre à la France
08:20d'avoir les moyens d'investir sur ces sujets stratégiques.
08:22La CFTC a mis des réserves,
08:24le bateau ne prend pas l'eau,
08:25mais on est quand même sur un bateau ivre.
08:28On a une voie de passage qui est limitée,
08:30mais on a une voie de passage.
08:31Je sais qu'on est tous toujours prudents
08:36par rapport à ces négociations,
08:37puisqu'elle est compliquée.
08:38Elle est compliquée aussi
08:39parce qu'on a beaucoup de personnes politiques
08:41qui commentent la décision.
08:43Trop ?
08:44Un petit peu.
08:45Il faut nous laisser travailler.
08:46J'ai eu Cyril Chabanier hier soir.
08:48On en a discuté.
08:49On partage la même volonté,
08:50c'est d'arriver à un accord.
08:51Merci beaucoup, Amélie Ressate au Chili,
08:53d'avoir été avec nous.
08:54Merci à vous.