Bruno Retailleau a jugé "objectif" le fait qu'il y ait des "juges rouges" après la condamnation de Marine Le Pen, une expression reprise par Jordan Bardella.
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00:00« Il y a des juges rouges, c'est objectif », répond donc Bruno Retailleau, validant ainsi cette expression reprise en début de semaine par Jordan Bardella au lendemain de la condamnation de Marine Le Pen.
00:11Je dis « vieille expression » parce que c'est une vieille histoire, les juges rouges. Ça a été popularisé il y a 50 ans en une du magazine Paris Match, où l'on voyait, c'était une,
00:19six magistrats détourés sur une couverture rouge vif, au centre, le juge d'instruction Patrice de Charette, qui avait un mois auparavant placé en détention préventive un patron à la suite d'un accident du travail mortal.
00:29Alors tous les juges qui étaient sur la couverture étaient membres du premier syndicat de la profession, créé en 1968, le fameux syndicat de la magistrature.
00:38Pour étayer son propos, Bruno Retailleau avance un argument, celui du mur des cons. Ça aussi, c'est une vieille histoire, vous en souvenez, elle date d'il y a 12 ans.
00:45En 2013, un panneau intitulé « Mur des cons », avec des photographies de personnalités politiques de droit, des magistrats, des journalistes, mais aussi des parents de victimes de crimes,
00:55avait été découvert dans les locaux du syndicat de la magistrature. L'affaire avait déclenché un tollé, à juste titre, et l'ancienne présidente du syndicat de la magistrature avait été condamnée pour injure publique.
01:04Ok, mais quel rapport avec la condamnation de Marine Le Pen ?
01:06Absolument aucun. La magistrate Bénédicte de Pertuis, qui présidait la 11e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, qui a condamné Marine Le Pen, n'est pas membre du syndicat de la magistrature, elle n'a même jamais été syndiquée.
01:18Mais qu'importe, dès qu'un élu de droite ou d'extrême droite a mal à partir avec la justice, il s'emploie à dénoncer une justice politique et à décrédibiliser les magistrats en nous ressortant toujours ce fameux « Mur des cons », et ça fait 12 ans que ça dure.
01:31Mais la magistrature penche-t-elle à gauche ou pas ?
01:33C'est impossible à dire, à moins de se planquer derrière chaque juge quand il est dans l'isoloir. Les magistrats sont tenus à un devoir de réserve et d'impartialité dans l'exercice de leurs fonctions, mais ils ont, comme tout citoyen, une liberté d'opinion.
01:45Le syndicat de la magistrature, il est étiqueté à gauche dans son combat syndical et il est très minoritaire dans la profession.
01:50Selon les dernières élections au Conseil supérieur de la magistrature, qui ont eu lieu en 2022, c'est un peu le baromètre des rapports de force syndicaux dans l'institution judiciaire,
01:57ce syndicat de la magistrature a obtenu 33,3% des voix contre 66,6% pour l'union syndicale des magistrats, qui est réputée modérée et apolitique.
02:07En fait, relayer deux vieux clichés mensongers ne revient qu'à une chose, décrédibiliser et fragiliser l'institution, ce n'est pas objectif, comme le dit Bruno Rotaillon, c'est dangereux.
02:16Et ça vaut pour la droite quand elle le fait à l'encontre de la justice, comme pour la gauche quand elle le fait à l'encontre de la police, mais ça, à coup sûr, ça ferait réagir Bruno Rotaillon.