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[#Interview Exclusive] Jean Mariole Kombila Yebe, Enseignant-Chercheur à l’Université Omar Bongo

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00:00Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre le 30 août et aujourd'hui, je n'ai plus en face, il me semble, à l'observation des faits, le même Oleg Nguema.
00:18Mesdames, messieurs, bonsoir. Bienvenue dans Interview exclusive.
00:22Ce soir, nous avons l'honneur de recevoir M. Jean-Mariol Kombila Yebe, docteur en histoire, option idée politique, enseignant-chercheur à l'université au Marbongo,
00:33maître-assistant KAMES, membre de l'association des historiens de la Sorbonne et intellectuel engagé.
00:40Il vient décrypter pour nous les enjeux politiques du bouleversement du fonctionnement de nos institutions,
00:46voulu par le Comité pour la transition et la restauration des institutions.
00:51Bonsoir M. Jean-Mariol Kombila Yebe et merci d'avoir accepté notre invitation.
00:56Bonsoir, c'est moi qui vous remercie pour l'invitation.
00:59Alors tout de suite, nous entrons dans le vif du sujet.
01:01Les militaires ont pris le pouvoir le 30 août 2023 avec la promesse de restaurer les institutions dans ce processus qui a conduit justement à l'adoption d'une nouvelle constitution,
01:11à l'élaboration d'un code électoral désormais constitué en un seul bloc, puis à la tenue prochaine de l'élection présidentielle.
01:19Dans tout cet ensemble, que retenez-vous ?
01:22Bien, je vous réitère mes remerciements pour l'invitation.
01:26J'aimerais retenir deux choses à la lumière de l'adoption de la nouvelle constitution et du code électoral.
01:36La première chose, c'est qu'elle s'est voulue être inclusive, selon ce qui a été dit, mais à l'observation des faits, il n'y a pas vraiment eu une inclusivité, s'il faut le dire ainsi.
01:47Et puis le code électoral, je note des avancées dans certains domaines, on verra bien tout à l'heure, mais aussi un recul démocratique assez important.
01:57Je ne suis pas d'avis à l'idée de remettre la gestion, peut-être pas totale, mais plus ou moins organisationnelle entre les maires du ministère de l'Intérieur.
02:06Je trouve que c'est une avancée entremplée.
02:11C'est-à-dire qu'en réalité, on n'a pas une avancée réelle, puisque l'objectif de tout pouvoir politique est de conserver le pouvoir.
02:20Et donc un ministre qui est membre du gouvernement qui organise les élections, nommé par le candidat président, je trouve quand même que c'est assez osé.
02:35Je pense que c'est un recul. On aurait pu améliorer autrement les choses en ayant une institution véritablement autonome,
02:43qui ne cohabite pas systématiquement avec l'appareil étatique, c'est-à-dire qui n'est pas ministre, etc.
02:50Donc je pense qu'à ce niveau, c'est un recul démocratique.
02:57Et je pense qu'on n'avait pas besoin, effectivement, d'arriver à ce niveau quand il y a eu le coup d'État du 30 août.
03:06Ce coup d'État a nourri les espoirs. Et donc l'idée, effectivement, était d'améliorer fondamentalement les choses
03:15et non d'aller dans une sorte de continuité, même si on veut nous faire croire qu'il y a une rupture.
03:21Et la rupture, elle n'y est pas. Il y a plutôt un changement, mais dans la continuité.
03:25– Alors justement, c'est le sens de ma prochaine question.
03:28Vous êtes un historien des idées politiques.
03:31Quelles sont les similitudes, mais aussi les différences que vous observez
03:36dans tout ce qui se fait au plan institutionnel par rapport à l'ancien régime ?
03:42– Bien, je vous remercie pour la question, elle me semble être pertinente.
03:45Ça me permet, effectivement, de croiser le regard avec ce qui s'est fait, effectivement, avant le 30 août.
03:50Mais je voudrais, avant de reprendre de façon formelle à votre question,
03:54faire un retour dans le rétroviseur de l'histoire.
03:57Pour vous rendre compte, effectivement, qu'en fait, nous n'inventons pas grand-chose
04:01dans la dimension politique de ce qui est fait actuellement au Gabon.
04:05Quand on jette le regard dans l'histoire, avec l'avènement de Staline au pouvoir,
04:09même dans des périodes assez lointaines, comme l'Antiquité romaine, par exemple,
04:14quand Auguste arrive au pouvoir en 31 avant Jésus-Christ, lorsqu'il défait Antoine à Axiome,
04:19il vend son oncle Jésus-César en 44, assassinant les idées de Mars.
04:22Il vient en disant qu'il apporte un régime nouveau, mais en réalité, ce n'était pas un régime nouveau.
04:26Donc, bref, qu'est-ce que je voulais dire exactement,
04:29pour venir reprendre à votre question fondamentalement ?
04:32Ce que je voulais dire, c'est qu'il n'y a pas, en réalité, de changement très important.
04:38Il y a une sorte de changement, mais en réalité, qui ne porte pas véritablement ce nom.
04:43Pourquoi ? Premièrement, parce que M. Oligi Nguema, lorsqu'il arrive au pouvoir,
04:48il dit effectivement qu'il veut redonner aux Gabonais leur dignité.
04:52La dignité, c'est un mot latin qui vient de dignitas.
04:55Dignitas signifie honneur, mais signifie aussi une charge,
04:58adossée effectivement à la responsabilité.
05:01Et donc, la dignitas des Gabonais, à mon avis,
05:04devait passer par un changement radical du paradigme.
05:08Après, les combinaisons politiques, oui, ça existe toujours.
05:12Effectivement, on ne fait pas d'un pouvoir politique qu'un fait tout nouveau,
05:18pour paraphraser un auteur.
05:20Mais il semblerait intéressant pour Oligi Nguema de véritablement changer les pratiques.
05:25Premièrement, avec, par exemple, l'organisation des élections,
05:28vous voyez bien que vous avez l'impression d'avoir déjà vu tout ça,
05:31avec toutes les gadgets, tous les moyens étatiques déployés autour de cette campagne.
05:36Deuxièmement, vous avez toujours le PDG qui est en tête,
05:40effectivement, de l'organisation des élections.
05:44Quand je parle d'organisation, c'est-à-dire l'implication réelle des partis politiques.
05:48Le PDG est dans beaucoup de coordination.
05:51On observe, deuxièmement, des pratiques un peu autoritaires,
05:54qui rappellent un peu l'ancien régime.
05:56Vous vous souvenez du jeune homme appelé Overmax,
05:59qui a dû faire une vidéo qui était époutant réelle,
06:01sur les délestages à répéter, notamment au CHU de Libreville,
06:05et qui a dû être arrêté et demander des excuses en pleine télévision publique.
06:09Ça nous rappelle quand même le régime d'Ali Bongo.
06:13On peut prendre tellement d'exemples pour montrer en réalité
06:17qu'à la fois dans la pratique du pouvoir autoritaire, on n'est pas très loin de ça,
06:22mais également dans ce qui est fait comme gestion politique au quotidien.
06:28L'intégration des partis politiques et tout ce qui va avec.
06:33On se rend bien compte, effectivement, qu'on n'est pas très loin de l'ancien régime.
06:37Donc, en conclusion, je voudrais, malheureusement, s'il faut le dire ainsi,
06:42qu'il n'y a pas eu véritablement de changement.
06:45Il y a eu un changement dans la continuité.
06:48– Allons-y un peu plus loin, si vous voulez bien.
06:51Le président de la Transition, Brice Cloutier-Oliguine-Guémard,
06:54justement, est venu avec la promesse de casser les codes politiques.
06:58Il a déstructuré le fonctionnement classique des partis politiques.
07:01Il a tué le système partisan fondé sur le principe de la majorité opposition.
07:07Et presque là, actuellement, la quasi-totalité des formations politiques
07:11s'est alignée derrière sa candidature.
07:14Est-ce un tournant dans la vie démocratique de notre pays ?
07:16Et surtout, comment interprétez-vous ces bouleversements du point de vue démocratique ?
07:21– Je ne vois pas de changement. Ce n'est pas tant un bouleversement.
07:26C'est plutôt une envie de fédérer, effectivement,
07:30qui échappe à une donnée importante, c'est laquelle ?
07:34C'est simplement le fait de ne pas être tenu par un parti politique.
07:38Il l'a dit lui-même publiquement.
07:40Donc, en réalité, l'idée, effectivement, c'est une organisation, on va dire,
07:44quasiment sporadique, hybride, à la limite.
07:47Les bâtisseurs, c'est une plateforme qui regroupe un ensemble des partis politiques
07:52voulant soutenir la candidature du président, mais pas que des partis politiques.
07:56Il y a la société civile, il y a les syndicalistes,
07:58j'ai vu presque tout le monde, des personnes individuelles engagées, etc.
08:01Donc, en réalité, c'est une envie de fédérer tout le monde pour porter cette candidature.
08:05Et après, je pense, sauf erreur de ma part,
08:09que le mouvement des bâtisseurs va prendre fin.
08:13L'idée est laquelle ?
08:15C'est que, vous savez, la meilleure gestion du pouvoir est de donner l'impression d'inclure tout le monde.
08:25Mais en réalité, ce n'est pas le cas.
08:27En réalité, il faut fédérer pour ne pas avoir des contestations politiques.
08:30La preuve, c'est que quand vous observez bien toutes les candidatures validées
08:34par la Cour fonctionnelle au final, vous vous rendez bien compte
08:37que ces candidatures ne constituent pas effectivement un poids politique important.
08:41La seule qui, à mon avis, pourrait poser des problèmes, peut-être pas fondamentalement,
08:46était celle de Jean-Rémi Yama.
08:48Vous avez bien vu le sort réservé à Jean-Rémi Yama,
08:50qui répondait effectivement à tous les critères,
08:52qui a dû faire un recours pour apporter la pièce demandée.
08:55Mais la candidature a été invalidée.
08:57Vous vous demanderez les raisons.
08:59Je ne saurais vous donner, mais je sais effectivement que tout participe à un jeu politique
09:03puisque le but, effectivement, de Monsieur de Guinguémard
09:06est de gagner cette élection avec un score à la soviétique.
09:10Pour effectivement faire bonne figure auprès de la communauté internationale.
09:14Pour justifier effectivement qu'il est annulé par son peuple.
09:17D'accord ?
09:18Donc, c'est simplement une inclusivité temporaire
09:23qui participe effectivement à un objectif principal,
09:28c'est de remporter les élections.
09:29Par contre, il y a effectivement un danger.
09:34Le danger est lequel ?
09:35C'est qu'après ces élections, on va avoir droit au lieu à d'autres élections,
09:40notamment les municipales, les législatives, etc.
09:43Mais le danger dans cette histoire, c'est que tous ces partis politiques
09:47vont revenir à leur base essentielle
09:50et vont concourir effectivement aux élections futures.
09:53Le problème va se poser plus tard sur la cohabitation,
09:59au niveau du Parlement, je veux dire.
10:03Et à partir de ce moment, on verra toutes les combinaisons politiques
10:07qui vont naître à partir de ce moment-là.
10:09Donc pour le moment, je ne voudrais pas m'avancer sur des éléments futurs,
10:15mais cette organisation n'est pas véritablement un bouleversement.
10:21On peut y voir de première vue qu'il y a un petit changement dans la façon de faire,
10:26mais c'est simplement pour échapper effectivement
10:29à l'exclusivité d'un parti politique qui aurait porté sa candidature.
10:32D'accord, merci Jean-Marie Olkombi-Layebé pour ces éclairages.
10:36Nous marquons une courte pause et revenons juste après pour poursuivre cette émission.
10:41A tout de suite.
11:02Sous-titrage Société Radio-Canada
11:32De retour sur ce plateau avec Jean-Marie Olkombi-Layebé, docteur en histoire,
11:43option idée politique, enseignant-chercheur à l'Université Omar Bongo,
11:47avec qui nous décryptons les enjeux des changements institutionnels et politiques de notre pays.
11:53Alors, poursuivons cette entrevue.
11:56J'aimerais tout de suite vous poser cette question d'un point de vue des idées politiques.
12:01Pensez-vous justement que ce modèle hybride que nous proposent les militaires gabonais
12:07pourrait intéresser les chercheurs et notamment le chercheur que vous êtes
12:11et pourquoi pas être expérimenté ailleurs ?
12:15Écoutez, comme vous observez, le modèle qui est proposé peut faire l'objet effectivement d'une curiosité intellectuelle.
12:23Si c'est le cas, moi je m'intéresse effectivement à la façon dont le pouvoir est actuellement géré,
12:29dans le sens effectivement de l'inclusion des partis politiques, de toutes les forces politiques en présence.
12:34Ça m'intéresse, mais comme je vous le disais, quand on jette le regard dans le rétroviseur de l'histoire,
12:39on se rend bien compte qu'il n'y a pas d'innovation réelle en réalité.
12:42Il n'y a pas d'innovation réelle.
12:44Ce sont des faits historiques qui se reproduisent, peut-être pas à l'identique,
12:47mais dans des contextes effectivement différents.
12:49Donc, on ne l'innove pas, il n'innove pas, effectivement, dans cette démarche-là.
12:55De toutes les façons, il fallait qu'il y ait une cohabitation entre les militaires et les civils,
13:00notamment les militaires et les partis politiques, les hommes politiques, la société civile.
13:05C'est ce qui a d'ailleurs été fait.
13:06Donc, il ne pouvait pas en être autrement.
13:09Par contre, ce qui m'intéresse, et je n'échappe pas à votre question,
13:14ce qui m'intéresse, c'est la révendication que porte M. Oleg Genghis.
13:19Il revendique être un omarien.
13:21Donc, vous voyez bien que dans son appareil militaire,
13:23il y a effectivement toujours eu en filigrane l'idée d'une admiration fascinante pour Omar Bongo,
13:30qui représente, du point de vue de l'histoire, je suis désolé,
13:33une figure que l'on ne peut pas effectivement magnifier ou rendre idyllique.
13:38Le Gabon, il est ce qu'il est, parce qu'il y a aussi eu Omar Bongo.
13:41Ensuite, il y a eu son fils.
13:43Donc, quand on se revendique être un omarien, un militaire qui se revendique être un omarien,
13:48ça fait quand même peur pour la suite.
13:50Enfin, c'est comme si vous dites à un étudiant qui vous dit,
13:55écoutez-moi, je veux juste avoir 10 sensations pour valider.
13:58L'exemple peut paraître un peu laconique, mais c'est un peu ça.
14:01C'est très moyen Omar Bongo.
14:03Donc, avoir Omar Bongo comme modèle, je trouve que c'est avoir moins d'ambition.
14:06C'est avoir moins d'ambition.
14:08Donc, M. Oleg Genghis a effectivement agrandi, on va dire, à la cour présidentielle.
14:14Il a été garde-corps d'Omar Bongo durant 8 années.
14:18Il est venu très jeune.
14:20Il a appris des choses.
14:21Il a vu des choses.
14:22Il a été témoin des transactions.
14:24Et donc, cette mixture de pouvoir politique et militaire conduite sous son autorité
14:33ne fait pas véritablement école, puisqu'il n'y a pas eu d'exceptionnalité à mes yeux.
14:38D'accord ?
14:39Donc, je ne pourrais pas parler d'innovation,
14:42mais je reconnais plus ou moins à M. Oleg Genghis l'envie, notamment au début de ce fameux coup d'État,
14:51il y a eu une envie réelle, il faut l'admettre, de faire autrement.
14:57Mais je ne sais pas ce qui s'est passé entre le 30 août et aujourd'hui.
15:01Je n'ai plus en face, il me semble, à l'observation des faits, le même Oleg Genghis.
15:06Alors, on va poursuivre.
15:08Dans ce mélange, au sein de la plateforme Rassemblement des bâtisseurs, on trouve un peu de tout.
15:14Alors, ils l'ont dit eux-mêmes que les partis politiques et autres corporations retrouveront leur base une fois la présidentielle terminée.
15:24Mais, alors, je disais, on trouve un peu de tout, notamment des partis politiques, qui sont parfois antagonistes,
15:30la société civile, les activistes, les intellectuels, mais aussi les associations et surtout les cadres des administrations publiques.
15:39Alors, dans ce mélange, est-ce qu'à terme, on pourrait craindre un retour aux partis uniques, dans les faits du moins ?
15:46– Bon, écoutez, je vous disais tout à l'heure que lorsque Staline est arrivé au pouvoir,
15:51ce sont les méthodes qui ont été quasiment mises en place.
15:54Quand on regarde dans le rétroviseur de l'histoire, pour ne pas me reprendre, c'est exactement la même chose.
15:59Omar Bongo lui-même, lorsqu'il arrive au pouvoir, effectivement, le parti unique est mis en place. Pourquoi ?
16:05Avec toujours l'idée d'inclure. En réalité, c'est un faux prétexte, cette fameuse inclusion. C'est un faux prétexte.
16:13En fait, il faut amener tout le monde à la mangeoire. Il faut contenter tout le monde.
16:16Il faut satisfaire tout le monde pour se poser comme une figure tutélaire. D'accord ?
16:21Fidel Castro a fait la même chose. Il y a tellement d'exemples dans l'histoire
16:25pour comprendre effectivement les mécanismes qui sont mis en place par le pouvoir militaire,
16:30encore appeler l'agent militaire, moi je ne dirais pas cette expression, par le pouvoir militaire.
16:35Donc, c'est simplement, on est dans une perspective où il faut satisfaire tout le monde. D'accord ?
16:42Il faut plus ou moins, si vous voulez, taire un maximum de contestations.
16:46Parce que le Gabon, ils l'ont dit, ce n'est pas moi, c'est un grand gâteau.
16:50M. Marcona et Sengui l'avaient dit, M. Le Guinguin m'a repris, il a dit après on va se partager le gâteau.
16:55Donc, vous voyez bien que la chose étatique, on la chosifie, on la caricature.
17:00Ce n'est pas ça la republica, c'est-à-dire la chose de tous. Ce n'est pas ça.
17:04La République invite d'avoir un sursaut patriotique, à faire les choses avec une honnêteté assez palpante,
17:11avec une objectivité réelle. Il faut qu'il y ait une réelle volonté de transformer ce pays,
17:17à la fois dans la conception, dans les idées, dans la façon de faire,
17:21pour qu'enfin, ce qui semble être chanté sous nos yeux tous les jours,
17:25cet essor vers la félicité que revendique l'océterie, ne soit pas une fiction.
17:30Parce que pour l'instant, c'est une fiction. Il faut que ce soit une réalité.
17:34Une réalité qui s'observe dès le début. Mais quand vous observez la transition,
17:38dès le départ, la transition, M. Le Guinguin m'a, dès le coup d'état, été déjà en campagne.
17:44Toutes les personnes avisées le savent. Dès le coup d'état, il était en campagne.
17:48D'ailleurs, pour aller un peu plus loin dans la réflexion, essayons d'avoir une analyse assez scientifique.
17:52Lisez Wilson André Ndombe, qui a sorti un très bon livre intitulé « La transmission de l'État colonial ».
17:59Encore plus loin, vous pouvez regarder Joseph Tonda, qui a sorti un très bon livre intitulé « Le souverain moderne ».
18:06C'est exactement ça. Nous sommes en train de fabriquer un souverain.
18:10Nous ne disons pas qu'il ne faut pas soutenir le président de la République. Nous sommes républicains.
18:13Moi, je suis à l'université. De toutes façons, je ne m'appartiens pas à un parti politique. Je ne suis pas un homme politique.
18:17J'observe les faits. Je me rends compte que nous sommes en train de fabriquer un souverain moderne.
18:22Et c'est un danger pour la démocratie. J'aurais aimé que les candidatures, notamment celle de Jérémy Yama,
18:29qui représente une figure importante de la lutte syndicale, puissent être candidats, du moins pour le jeu politique.
18:36Effectivement, pour qu'il y ait une éclosion, pour qu'on observe véritablement une forme, on va dire, de félicité finalement.
18:44Mais le mouvement des bâtisseurs n'est autre chose que terre.
18:49Toutes les contestations, c'est une invite à la mangeoire.
18:52Associations, partis politiques. J'étais choqué de voir les associations syndicales,
18:57ou les associations, autant pour moi, et les syndicats de l'éducation nationale,
19:02qui ont effectivement rejoint ce mouvement. Ça signifie quoi exactement ?
19:06C'est gênant, c'est indigeste à mes yeux. On peut faire mieux, on peut faire plus. Il n'est pas trop tard. On peut faire mieux.
19:12Alors, on parlait justement de modèle. Nous avons vu en France, Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir en 2017
19:18en tuant justement le système partisan qui a façonné la Vème République.
19:22Alors, les partis de gouvernement sont désormais minoritaires au Parlement.
19:27Et ce sont désormais les partis dits extrémistes qui font les rois en France.
19:33Faut-il justement, dans le cas du Gabon, s'inquiéter d'une montée du populisme dans ce qu'essaient de nous proposer les militaires ?
19:40Le populisme est favorisé par l'ethnocentrisme. Le Gabon a ceci de particulier.
19:45Ce que nous observons actuellement, une montée en puissance d'une tribalisation de l'État et de la politique.
19:52C'est inquiétant. C'est inquiétant. Je suis universitaire. Je suis à l'Université d'Ottawa à Bongo.
19:57Je vous dis qu'il existe même des associations, des universitaires de telle province, de tel clan, de telle ethnique.
20:04C'est abject. C'est indigeste. Donc, le populisme naît de quoi ?
20:09Il naît du fait que nous avons effectivement tribalisé la scène politique.
20:14Nous avons tribalisé la conception politique à l'idée que c'est mon frère qui est candidat.
20:19Donc, la tribalisation crée le populisme. Il est de mon ethnie. Sa femme, elle est de mon ethnie.
20:26On va soutenir le président de la République. Est-ce que vous comprenez un peu la logique ?
20:30Nous sommes dans des logiques qui, malheureusement, ne sont pas des logiques intelligentes.
20:35Ce populisme-là, effectivement, c'est aussi un coup de communication.
20:40Vous voyez bien qu'on encence M. Oleg Nguema sur des travaux réalisés ici et là.
20:47Moi, j'appartiens à l'Université d'Ottawa à Bongo. J'ai vu que l'Université d'Ottawa à ma grande surprise
20:53remerciait le président de la Transition pour son rayonnement.
20:57Il n'y a pas de toilettes à l'université. Il n'y a pas d'Internet. Il n'y a pas de bureau. Il n'y a pas de salle de classe.
21:04Les enfers sont sales. On vole tout. Il y a de l'insécurité. On vous braque à 20 heures.
21:09Mensonge ou vérité ?
21:12On peut faire mieux, je le répète, mais il faut que nous fassions des choses qui, effectivement, donnent l'impression que nous sommes dans du réel.
21:21Il ne faut pas qu'on retombe dans les mêmes choses.
21:24Le populisme est voulu par M. Oleg Nguema. Il n'y a qu'à voir comment il se comporte.
21:28Je suis gêné par la statue du chef d'État qu'il peut représenter. Je suis gêné par cela.
21:33Il y a encore une possibilité. Au soir de l'élection, plus de toutes les façons, il sera déclaré vainqueur.
21:40Au soir de l'élection présidentielle, il a une possibilité d'améliorer les choses.
21:47Justement, pour finir, comment ce qui se fait au Gabon est perçu de l'extérieur ?
21:53D'autant plus que dans une interview que le président de la Transition a accordée à France 24 et RFI récemment,
22:00il indiquait justement que le modèle gabonien va être enseigné ou pourrait être enseigné dans des établissements prestigieux français.
22:09Comment c'est perçu ?
22:11Quel modèle ?
22:14De transition.
22:16Écoutez, nous ne sommes pas en transition. La transition n'a pas eu lieu. Elle n'aura pas lieu. Elle n'en aura jamais été, fondamentalement.
22:23Ce que je retiens, c'est une continuité, un changement dans la continuité.
22:27La transition, on l'observe ailleurs, au Mali, au Niger, au Burkina, vous voyez bien ce qui se passe.
22:33On ne demande pas au Gabon de se radicaliser.
22:36On demande au Gabon, effectivement, que la transition devait servir à mettre fin à un certain nombre de maux,
22:45lesquels, par exemple, inviter un débat réel sur le franc CFA,
22:51inviter un débat réel sur la transformation, effectivement, du camp de Gaulle.
22:57Pourquoi peut-on maintenir la présence française au Gabon ? Quel est l'intérêt aujourd'hui ?
23:00Tout le monde rejette la France au Gabon. On dit non, nous, on veut toujours avoir la France.
23:04Aujourd'hui, il y a un enjeu international.
23:06L'enjeu international consiste à dire que l'Afrique, de demain, à l'observation du nouvel ordre mondial qui est mis en place,
23:13l'Afrique de demain va être extrêmement courtisée.
23:16Et pour cette raison, il faut créer des États forts, des États réellement indépendants, mais ce n'est pas le cas.
23:22Je suis gêné à l'idée qu'on avait l'occasion historique de pouvoir révisiter fondamentalement
23:29un certain nombre d'accords militaires, politiques, économiques avec la France, mais on n'a pas eu cette occasion.
23:35On a au contraire renforcé ces accords.
23:37Alors, c'est la fin, malheureusement, de cette émission passionnante.
23:42Je rappelle que nous étions avec Jean-Mariol Kombila Yebe, docteur en histoire, option idée politique,
23:48enseignant-chercheur à l'université Omar Bongo, maître assistant KAMES,
23:53membre de l'association des historiens de la Sorbonne et intellectuel engagé.
23:58Merci à vous d'être passé chez nous.
24:00C'est moi qui vous remercie.
24:02Et merci à vous également, chers internautes, pour votre fidélité.
24:05Je vous donne rendez-vous la prochaine fois pour un autre numéro d'interview exclusive.
24:10Bonne soirée chez vous.

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