Plusieurs entreprises françaises ont reçu un courrier de l'ambassade des Etats-Unis les interrogeant sur l'existence de programmes internes de lutte contre les discriminations, ce qui pourrait les empêcher de travailler avec le gouvernement américain. Regardez l'interview de Laurent Saint-Martin, Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et des Français de l'étranger.
Regardez L'invité de RTL avec Thomas Sotto du 31 mars 2025.
Regardez L'invité de RTL avec Thomas Sotto du 31 mars 2025.
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00:00RTL Matin
00:04Et tout de suite, c'est l'invité de RTL Matin, Thomas, vous recevez Laurent Saint-Martin,
00:08qui a attentivement écouté, François, à l'instant, le ministre délégué en charge du commerce extérieur et des Français de l'étranger.
00:13Bonjour et bienvenue sur RTL, Laurent Saint-Martin.
00:15Bonjour.
00:16Justement, je vous ai vu ouvrir des grands yeux en écoutant François Lenglet.
00:18Est-ce que demain, la France prêtera au Trésor des Etats-Unis sans intérêt, sur une durée de 100 ans, et répondra à un chantage pareil ?
00:23Est-ce que c'est même envisageable ?
00:25Bon, d'abord, vous savez, dans le contexte actuel, depuis maintenant 2-3 mois, il faut regarder ce qui est concret,
00:31et de ce qui est de l'ordre des annonces ou des éditos, avec tout le respect que j'ai pour François Lenglet.
00:36D'abord, évidemment, ce qui est juste, c'est que nous sommes rentrés dans une nouvelle ère.
00:41Il y a un nouvel ordre mondial qui est...
00:43Erratique.
00:44...imposé, et sur lequel il nous faut nous adapter et sortir d'une forme de naïveté en Europe.
00:48Ça, nous le disons avec Emmanuel Macron, avec Jean-Noël Barraud, le ministre des Affaires étrangères, depuis maintenant 3 mois.
00:53Il faut savoir nous adapter et dialoguer. Qu'on soit très clair.
00:57Mais est-ce qu'on peut dialoguer vraiment avec cette administration américaine ?
00:59Il le faut, et je le fais moi-même régulièrement.
01:01Mais est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'il change d'avis ?
01:03Regardez, si on prend l'exemple, alors, ce n'est pas votre domaine, mais il dit...
01:06Il se rue sur Poutine hier, et dans la nuit, il se rue sur Zelensky, et demain, sur qui ?
01:11Est-ce qu'on peut faire du business dans ces conditions ?
01:13Là où vous avez raison, c'est que les prises de position et de parole varient souvent.
01:18Et que donc, il nous faut avoir un dialogue le plus stable possible avec l'administration.
01:22C'est ce que je fais à mon niveau, avec le secrétaire au commerce Howard Leutnick.
01:26C'est ce que fait aussi beaucoup la Commission européenne, notamment sur le sujet des droits de douane.
01:29En ce moment même, et d'ici le 2 avril, où il devrait y avoir des annonces de hausses de droits de douane possibles,
01:35eh bien, il y a un dialogue constant. Mais quand je dis constant, c'est toutes les heures.
01:39Entre l'Europe et l'administration américaine.
01:42Ce que je veux vous dire, c'est qu'on n'est pas du tout en lien rompu.
01:46On n'est pas du tout hors négociation. Tout ne se sait pas et tout ne se dit pas.
01:49Mais il y a évidemment un dialogue avec eux, et un dialogue qui va plutôt dans le bon sens.
01:53En tout cas, j'espère que la finalité sera positive pour nos industries européennes.
01:57Alors, venons-en. On peut dire que la guerre commerciale a débuté avec les Américains.
02:01Est-ce que vous pouvez nous dire ce que contient exactement la lettre envoyée par Donald Trump,
02:05via l'ambassade américaine, à plusieurs grandes entreprises françaises ?
02:08Qu'est-ce qu'ils demandent aux entreprises françaises ?
02:10Pour faire simple, de renoncer aux politiques d'inclusion qui sont la loi, tout simplement,
02:16française et parfois européenne, notamment sur l'égalité entre les femmes et les hommes,
02:20dans la lutte contre les discriminations, contre le racisme, la promotion de la diversité
02:24pour aider les personnes en situation de handicap.
02:26Tout ceci, ce sont des avancées qui correspondent d'abord à nos valeurs françaises.
02:30Nous en sommes fiers et nous ne voulons pas transiger sur cela.
02:33Donc c'est non ?
02:34Mais je crois qu'on ne peut pas transiger sur le fait que les politiques d'inclusion
02:39qui font progresser l'égalité dans notre pays, c'est une valeur cardinale, fondamentale
02:43dans notre République française, peut être mise en question comme ça du jour au lendemain.
02:47Donc ce n'est pas souhaitable.
02:48Et puis, au risque...
02:49Ailleurs sur la forme.
02:50Attendez, pour qu'on comprenne bien.
02:51Au risque, parce que c'est ce que disent les Américains, ils disent
02:53si ces entreprises ne renoncent pas à leur politique pour lutter pour la diversité,
03:00ils ne pourront plus faire de business avec les Américains.
03:02Moi je considère que nous n'avons pas les mêmes valeurs quand nous disons cela
03:05et que ce n'est pas acceptable d'imposer à des entreprises françaises soumises à la loi française.
03:10Il faut-il le rappeler.
03:11Ce qu'elles font les entreprises françaises, ce n'est rien d'autre qu'appliquer la loi de leur propre pays.
03:15On ne peut pas, comme cela, du jour au lendemain, annuler l'application de nos propres lois.
03:20Ça s'appelle de l'extraterritorialité.
03:22En termes un peu techniques, ça serait un pas de plus dans l'extraterritorialité américaine
03:26mais cette fois-ci sur le champ des valeurs.
03:28Permettez-moi d'être profondément choqué et très attentif
03:33et nous allons avoir une discussion avec l'ambassade des Etats-Unis en France là-dessus
03:37parce qu'il nous faut comprendre quelle est vraiment l'intention derrière cette lettre.
03:41Vous ne créez pas que des entreprises françaises aillent aux Etats-Unis et se disent
03:44il faut se plier pour faire le business sinon on est mort.
03:47Mais d'abord, des entreprises françaises aux Etats-Unis, il y en a déjà beaucoup.
03:51Et il y a aussi beaucoup d'entreprises américaines en France.
03:54Pour cela, nous avons besoin l'un de l'autre et que nous sommes des partenaires commerciaux de premier rang.
03:59Donc cela, c'est déjà le cas j'ai envie de vous dire.
04:01Ce qu'il faut c'est se respecter aussi dans nos règles et nos lois respectives.
04:06Imaginez le contraire.
04:07Est-ce qu'on accepterait côté américain que la France dise
04:10je veux que toutes les entreprises américaines qui ont un lien avec la France
04:13appliquent nos propres lois françaises ?
04:15Je pense qu'ils bondiraient.
04:16Ils auraient raison.
04:18Comprenez aussi que de notre côté, nous ne sommes pas satisfaits de voir effectivement
04:21ces injonctions-là sur des entreprises françaises.
04:23Le non, ce n'est pas à chaque entreprise de décider.
04:25C'est une position gouvernementale française.
04:27C'est par définition à l'entreprise de décider.
04:30Nous ne sommes pas dans une économie administrée en France.
04:33Je vous dis juste que là, ce lundi matin,
04:35mais nous devons avoir une discussion encore une fois avec l'ambassade américaine à ce sujet-là.
04:40Je considère que imposer et demander à ce niveau-là
04:45de revenir sur des politiques qui sont chères à la France,
04:48qui sont des politiques d'inclusion, d'égalité,
04:50de promotion des personnes en situation de handicap n'est pas acceptable.
04:53C'est une forme de racisme de la part des Etats-Unis, ces exigences ?
04:56Ce qui est sûr c'est que nous ne partons pas des mêmes valeurs.
04:58Cela se voit de plus en plus.
05:00De la même façon que le vice-président américain lors de la conférence de Munich
05:03était venu parler en Europe sur le terrain des valeurs,
05:07vous voyez que là, dans le monde de l'entreprise désormais,
05:09nous avons des divergences importantes sur le champ des valeurs.
05:12Et ça, il va falloir le regarder en face.
05:14Il vaut mieux perdre un marché que de perdre son âme, c'est ce que vous nous dites ce matin.
05:17Je ne donne pas de leçons à nos entreprises françaises ce matin.
05:20Je comprends la situation dans laquelle elles sont,
05:22qui est difficile parce que beaucoup dépendent du marché américain, c'est vrai.
05:26Pour ça, il faut diversifier les marchés.
05:28Et je reviens par exemple d'une tournée en Amérique latine,
05:30notamment dans son voisin mexicain.
05:32Et il y a beaucoup d'opportunités de diversification pour nos entreprises françaises,
05:35ça c'est le premier point.
05:36Mais c'est vrai qu'on a besoin de nourrir un agenda positif avec les Etats-Unis.
05:39Vous ne me trouverez jamais, ni le gouvernement, ni le président de la République,
05:42dans un agenda belliqueux vis-à-vis des Américains.
05:45On est là pour négocier, on est là pour faire de la diplomatie économique.
05:47Les baffes, elles partent de là-bas.
05:48Qu'elles ne partent pas de France économique, elles partent de là-bas les baffes.
05:50Donc il y a ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas,
05:52et puis il y a le champ du dialogue et le champ de la négociation.
05:54Dans ce contexte compliqué, erratique,
05:57est-ce que notre commerce extérieur est déjà pénalisé par tout ce qui se passe depuis 2-3 mois ?
06:02Nos économies le sont.
06:03Cela crée de l'attentisme.
06:04Vous êtes un investisseur, vous avez besoin de stabilité,
06:07vous avez besoin de comprendre qui sont vos partenaires de moyen et de long terme.
06:10Et donc ce qui se passe depuis le début de l'année,
06:12est naturellement, de nature, à ralentir des décisions d'investissement,
06:16à inquiéter les exportations françaises...
06:19Vous avez le chiffré déjà sur notre commerce extérieur ou pas ?
06:21Non, on n'essaie pas encore le chiffrer.
06:23Mais ça aura un impact négatif ?
06:25Cela peut en avoir un, en fonction de comment se terminera effectivement
06:28cette séquence de négociations commerciales.
06:30Mercredi va y avoir une date importante.
06:32Mercredi, ce sera les annonces du gouvernement américain
06:36et de Donald Trump sur justement la hausse des droits de douane
06:40qui vont toucher nos entreprises européennes.
06:42A l'heure où on se parle, on est encore en train de discuter.
06:44Vous allez peut-être me taxer d'éternel optimiste,
06:47mais je crois qu'on peut encore éviter une guerre commerciale totale.
06:50Vous êtes très optimiste ?
06:51Non, je crois que les dialogues que l'on a sont positifs.
06:53Parce que ce que veut vraiment la Commission européenne
06:56et la France la soutient à 100%,
06:58c'est éviter une guerre commerciale qui serait néfaste...
07:00Il faudra répondre durement si jamais les américains restent une position dure ?
07:03Bien sûr.
07:04Oeil pour oeil, dent pour dent ?
07:05Bien sûr qu'il faut appliquer des mesures de rétorsion.
07:08C'est tout simplement une question de rapport de force.
07:10L'Europe ne sera jamais unie et forte
07:12si elle se laisse faire dans une guerre commerciale qu'elle n'a pas souhaitée.
07:15En revanche, elle doit toujours amener à un agenda positif,
07:18c'est-à-dire ce qu'on appelle en technique le zéro pour zéro.
07:20Plutôt baisser les doigts de douane,
07:22plutôt que d'essayer d'être dans un rapport d'augmentation inflationniste permanent.
07:25Laurent Saint-Martin, l'événement judiciaire ou politique de la journée,
07:27ça va être le jugement qui sera rendu ce matin
07:29dans le procès des assistants parlementaires européens du Front National.
07:32Marine Le Pen va savoir si elle est condamnée
07:34et surtout, peut-être, si elle sera déclarée immédiatement inéligible,
07:37compromettant largement ses chances de pouvoir être candidate
07:40alors à la prochaine présidentielle.
07:42Est-ce que ça vous poserait un problème, vous, qu'elle ne puisse pas être candidate ?
07:45Est-ce que ça poserait un problème démocratique ?
07:47Ce qui ne me pose jamais de problème, c'est que la justice applique la loi.
07:50Et donc comme je crois que le jugement sera rendu dans deux ou trois heures maintenant,
07:55vous comprendrez que je ne vais pas m'immiscer dans cette décision-là maintenant.
08:01Je veux que la justice puisse appliquer la loi.
08:04Donc la décision sera la bonne, quelle qu'elle soit ?
08:06Par définition.
08:08Combattre Mme Le Pen se fait dans les urnes, pas ailleurs.
08:10Vous savez qui a dit ça ?
08:11Gérald Darmanin. Bien sûr.
08:13Je lui garde des seaux.
08:14Mais bien sûr que ça se combat d'abord dans les urnes.
08:16Et si vous me posez la question, je préfère mille fois combattre Mme Le Pen sur le terrain des idées
08:20et dans les urnes qu'ailleurs.
08:22Parce que je suis un responsable politique comme les Gérald Darmanin.
08:25Après vous me posez la question de qu'est-ce que la justice doit décider.
08:28Ça ce n'est pas à moi de le dire, c'est au juge.
08:30Et vous redoutez qu'elle se venge sur la censure ?
08:33Il y a un risque derrière ?
08:34Si on réfléchit comme ça, on n'agit plus.
08:37J'en sais quelque chose, j'ai été ministre du budget dans l'ancien gouvernement de Michel Barnier.
08:41À un moment donné, il faut tenir ses positions en politique.
08:43Et savoir effectivement ce que l'on est prêt à transiger ou non.
08:47Donc je ne me lève pas le matin en me demandant
08:50quelle peut être la réaction du Rassemblement National vis-à-vis de notre gouvernement
08:54sur une potentielle censure par rapport au jugement de ce matin.
08:57D'abord parce que mon portefeuille ministériel, vous l'avez dit en première partie d'interview,
09:01m'occupe suffisamment.
09:02Et par ailleurs, quand on fait de la politique, on ne se demande pas
09:05ce que les juges vont décider chaque matin.
09:07Sinon, on ne croit plus en l'impartialité et en l'indépendance de la justice.
09:10Si on réfléchit comme ça, alors on n'agit plus.
09:12Il paraît qu'Emmanuel Macron est de mauvais poil justement parce que le gouvernement n'agit pas assez.
09:15C'est vrai ça ?
09:16Je crois que le gouvernement est au travail tous les jours.
09:18Il est de mauvais poil le chef de l'État ?
09:19Je ne le crois pas. Je crois qu'il est déterminé sur notamment la scène internationale
09:23entre tous les efforts qui sont déployés pour trouver une solution de paix durable et juste en Ukraine
09:28et tous les sujets...
09:30La vraie réponse, il est de mauvais poil ou pas ?
09:32A quel moment ce sont des éléments de langage ?
09:33Vous avez vu ce qui s'est passé ces dernières semaines par l'initiative du Président de la République ?
09:38Vous l'avez vu ? C'est tout sauf des éléments de langage.
09:40Construire une paix juste et durable en Ukraine, j'espère que c'est tout sauf des éléments de langage.
09:44Je crois que c'est une réalité essentielle pour l'avenir de l'Europe.
09:47Je vous dis qu'il est de mauvais poil, vous me dites qu'il faut construire une paix juste et durable en Ukraine.
09:50On est bien !
09:52Je crois qu'on est là où il faut être.