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00:00À notre focus du samedi soir dans ce JTA, le pétrole, moteur de développement ou malédiction des ressources.
00:07L'Afrique produit environ 10% du pétrole mondial avec des géants comme le Nigeria, l'Algérie ou l'Angola,
00:13mais aussi des nouveaux entrants comme la Côte d'Ivoire ou le Sénégal,
00:17de grands projets qui voient le jour au Mozambique, en Ouganda ou en Namibie.
00:21Mais alors que les majors investissent, que les raffineries se modernisent
00:26ou peinent à fonctionner comme celles de d'un côté au Nigeria,
00:29une question revient, à qui profite vraiment l'or noir africain ?
00:34Pour en parler, nous recevons Jean-Pierre Favénec, spécialiste de l'énergie, consultant et professeur.
00:40Bonsoir et merci d'être avec nous.
00:42Bonsoir, merci.
00:43Alors, à 70 dollars le baril et un coût de production estimé à entre 30 et 40 dollars,
00:49le pétrole reste rentable, mais comment cette richesse est-elle répartie
00:55entre les États africains et les compagnies tout simplement, les compagnies exploitantes ?
01:00Alors, la répartition effectivement de ce qu'on appelle la rente pétrolière
01:04est un phénomène, un problème extrêmement important.
01:07Vous avez mentionné des chiffres, on va dire qu'il y a donc une marge,
01:10un bénéfice comme on dirait quand on est au cours moyen,
01:12il y a un bénéfice qui se fait se répartir entre l'État et entre les compagnies exploitantes.
01:17La particularité de ce qui se passe en Afrique,
01:20que je vais surtout parler d'Afrique de l'Ouest, donc depuis le Sénégal,
01:24qui nous récupère évidemment la Mauritanie jusqu'en Angola,
01:27c'est que les compagnies qui opèrent sont essentiellement des compagnies des majors,
01:30des compagnies étrangères.
01:32Et ça s'explique d'abord par le fait que,
01:34enfin beaucoup par le fait que ce sont des compagnies qui ont des moyens importants
01:38et que l'essentiel de l'exploitation pétrolière se fait en offshore, c'est-à-dire en mer.
01:42C'est assez compliqué, donc il faut des compagnies avec des capacités.
01:45Le pétrole en Afrique, c'est relativement récent,
01:47donc les compagnies nationales qui existent,
01:49Petrocene au Sénégal, Petrocy en Côte d'Ivoire, NNPC au Nigeria, Son Angole existent.
01:55Elles sont d'ailleurs en partenariat avec ces sociétés,
01:57mais elles jouent un rôle encore relativement limité.
02:00Donc quand je parlais de la répartition de cette rente,
02:02de ce bénéfice entre la compagnie et l'État,
02:05une grande partie de cette rente va à la compagnie, une partie va à l'État.
02:09Ça résulte des négociations qui sont plus ou moins compliquées.
02:12Mais voilà un petit peu comment ça se passe.
02:14Pour les citoyens maintenant,
02:17est-ce que la production de pétrole signifie concrètement une baisse des prix à la pompe
02:22ou tout simplement de l'amélioration de la vie quotidienne ?
02:25Je pense au Sénégal, ceux qui se disent on a découvert du pétrole offshore,
02:28la vie quotidienne des habitants, des citoyens va radicalement changer
02:32parce qu'il va y avoir la manne pétrolière.
02:34Est-ce que c'est vrai ou c'est une idée reçue ?
02:36Je vais essayer de faire court là-dessus.
02:38La plus mauvaise des solutions, à mon avis, ce serait de baisser les prix des carburants.
02:42Le prix du carburant, je le sais, au Sénégal,
02:44il est d'environ 900, 950 francs CFA par litre, c'est-à-dire 1,50 € on va dire.
02:49C'est cher. C'est cher.
02:50C'est le même prix qu'en France ou un tout petit peu moins,
02:53sachant que le pouvoir d'achat de la population n'est pas du tout le même.
02:56Alors il y a évidemment dans certains pays,
02:59je prendrai l'exemple du Venezuela, on va faire court là-dessus,
03:01il y a des pays où le prix de l'essence c'est rien.
03:04Avec ce que vous payez pour un litre d'essence au Sénégal,
03:06vous faites le plein de votre voiture au Venezuela.
03:08Je dis bien, vous achetez 40 litres d'essence, quelque chose comme ça.
03:11Mais vous voyez la situation du Venezuela.
03:14Alors je ne veux pas avoir un discours caricatural,
03:16mais c'est quand même pas très...
03:17Donc je ne recommande pas qu'on baisse le prix de l'essence
03:19parce qu'il y a du pétrole.
03:21Le pétrole au Sénégal, s'il était vendu à un prix très bon marché,
03:24à la raffinerie pour faire de l'essence très bon marché,
03:27qu'on pourrait mettre...
03:28Donc très bon marché d'investissement au service,
03:30ça veut dire autant d'argent en moins pour le pays,
03:32autant d'argent en moins à l'exportation.
03:34Donc ce n'est pas une très bonne solution.
03:35Et pour la vie quotidienne, est-ce que ça va vraiment...
03:37Est-ce qu'il va y avoir une rente pétrolière ?
03:40Est-ce que ça va changer radicalement les vies des habitants ?
03:44Vous parlez tout à fait justement de rente pétrolière.
03:46L'exploitation du pétrole de Sangomar,
03:48comme l'exploitation d'ailleurs du gaz de GTA,
03:51Grande Tortue à Ménil,
03:52va rapporter de l'argent au Sénégal.
03:54Alors ce n'est pas des fortunes,
03:56ce n'est pas non plus négligeable.
03:57À la louche, je dirais que Sangomar,
03:59ça va peut-être apporter quelques centaines de millions de dollars au Sénégal.
04:03C'est-à-dire qu'on pourrait...
04:04Par an.
04:05Oui pardon, par an, tout à fait.
04:07Par an au Sénégal,
04:09ce n'est pas tout à fait négligeable
04:10quand on compare à un PNB sénégalais
04:12qui est de l'ordre de 20 ou 25 milliards de dollars.
04:14Donc ce n'est pas négligeable.
04:15Mais ce n'est pas non plus des sommes.
04:17Il y a eu beaucoup de discussions au Sénégal.
04:18Il y a beaucoup de fantasmes, on a l'impression.
04:20Il y a eu beaucoup de fantasmes il y a quelques années.
04:21Il y a eu des polémiques qui heureusement se sont calmées.
04:24Bon, maintenant la situation est que ça va rapporter de l'argent.
04:27Des sommes qui ne sont pas négligeables,
04:29mais qui ne vont pas changer complètement la donne.
04:31Ça va permettre d'améliorer un peu
04:33les conditions du plan Sénégal émergent par exemple.
04:35Ça va permettre d'améliorer le taux de croissance.
04:38Mais bon, c'est quand même un peu limité.
04:40Et parlons du Nigeria par exemple,
04:42qui est un autre pays avec un autre cas de figure.
04:45Là-bas, il y a Aliko Dangkote
04:46qui est le milliardaire,
04:47un des hommes les plus riches du continent africain.
04:50Nigerien, qui exploite,
04:52qui lui a lancé sa propre raffinerie.
04:54Est-ce que ça a changé vraiment la donne ?
04:56Écoutez, le raffinage.
04:58Bon, il y a deux choses dans le pétrole.
05:00Il y a la production, on vient d'en parler.
05:02Quand il y a du pétrole qui est produit,
05:03il y a de l'argent qui est généré.
05:05Et cet argent revient,
05:06par le biais d'une sorte de taxe si vous voulez,
05:08revient à l'État.
05:08On vient d'en parler pour le Sénégal.
05:10Au Nigeria, c'est la même chose.
05:11Il y a donc une production pétrolière
05:13relativement importante,
05:14même si elle a beaucoup décliné.
05:15On n'a pas le temps de s'étendre là-dessus,
05:17mais elle a beaucoup décliné,
05:18de 40% à peu près en 10 ans.
05:20Le gouvernement essaie de la relancer.
05:22Ça, c'est un aspect.
05:23C'est dans les mains, d'une part,
05:24de NNPC, la Société Nationale,
05:26et de grandes sociétés pétrolières
05:27comme Chevron, Total et puis ESO.
05:30En ce qui concerne le raffinage,
05:32c'est une autre histoire.
05:33Au Nigeria, il y avait la construction
05:36de plusieurs raffineries
05:37qui ne fonctionnaient pas bien.
05:38Et donc, M. Dangote,
05:39le milliardaire dont vous avez parlé,
05:40a construit une énorme raffinerie,
05:42une très, très grande raffinerie.
05:43C'est une raffinerie qui est plus grande
05:44que n'importe quelle raffinerie en Europe.
05:46Elle fait, je veux dire,
05:4730 millions de tonnes par an.
05:48C'est gigantesque.
05:49Mais cette raffinerie
05:51est une raffinerie, entre guillemets,
05:52privée.
05:52C'est-à-dire que M. Dangote
05:53achète du pétrole,
05:55négocie beaucoup avec le gouvernement
05:57pour que le Nigeria lui fournisse
05:58une partie du pétrole dont il a besoin,
06:00mais est également amené,
06:01comme la raffinerie est très, très importante,
06:03il a besoin de beaucoup de pétrole,
06:04à l'acheter un peu partout en Afrique.
06:06Mais même, il a acheté beaucoup de pétrole
06:07aux Etats-Unis.
06:08Alors ça, ça lui permet
06:09de faire beaucoup de produits.
06:11Une partie de ces produits
06:12va vraisemblablement aller
06:13sur le marché nigérian,
06:14qui en a besoin parce que le Nigeria,
06:16sinon, importe beaucoup de produits.
06:18Le reste est exporté.
06:19Parlons, cette fois-ci,
06:21Jean-Pierre Favének,
06:22de la transition énergétique.
06:25Tout le monde parle de décarbonation partout.
06:28Quel avenir pour les projets
06:30pétroliers en Afrique?
06:31Y a-t-il un risque, finalement,
06:33d'investir dans des infrastructures
06:34qui vont très vite être dépassées,
06:37dans la mesure où on parle quand même
06:39du besoin d'énergie
06:41du continent africain
06:42qui se développe,
06:43et en même temps, on a l'impression
06:44qu'il y a une dichotomie
06:45avec le discours sur la transition énergétique.
06:48Alors ça, c'est une très, très bonne question.
06:50Je vais être très clair là-dessus.
06:52L'Afrique,
06:53enfin, en particulier l'Afrique de l'Ouest,
06:54c'est 3 ou 4 % des émissions de CO2.
06:56Donc, ce n'est pas violent.
06:57Et beaucoup de personnalités africaines,
07:00et je partage tout à fait leur position,
07:02y compris, par exemple, le président Macky Sall,
07:04quand il était président, disait toujours
07:06« Laissez-nous exploiter notre pétrole
07:08et notre gaz.
07:09On a besoin de ce gaz, par exemple,
07:10pour faire de l'électricité.
07:12Et l'Afrique a besoin de se développer,
07:14d'avoir l'accès à l'électricité.
07:16Il y a encore quelques pas à faire,
07:18même si le Sénégal est en bonne voie.
07:20Donc, laissez-nous exploiter notre gaz
07:22et notre pétrole,
07:23notre pétrole pour avoir,
07:25d'abord, faire face à nos besoins locaux
07:27et ensuite, faire des recettes à l'exploitation.
07:29Donc, c'est très clair.
07:30Bien sûr, il faut voir ça de manière raisonnable,
07:33mais l'Afrique, je le répète,
07:35de toute façon, la production africaine de pétrole,
07:37la production de l'Afrique de l'Ouest,
07:38puisque c'est la seule qui m'intéresse le plus,
07:41c'est quelques % de la production mondiale.
07:42Donc, ça n'a pas changé.
07:43L'essentiel du pétrole, il est produit au Moyen-Orient
07:46ou bien dans certains pays d'Amérique.
07:48Donc, ce n'est pas tout à fait catastrophique.
07:51Maintenant, il est certain qu'il y a un point
07:53sur lequel il faut aussi insister,
07:54c'est que vous avez parfaitement bien souligné
07:56le fait qu'on peut se préoccuper de l'avenir.
07:59On se dit que le pétrole, ce n'est pas éternel,
08:01ce qui explique sans doute, d'ailleurs,
08:03ce que je disais tout à l'heure,
08:04le fait que beaucoup de compagnies étrangères
08:07se désintéressent, je dirais, en partie de l'Afrique.
08:09Il y a moins d'investissements, certainement.
08:11Et donc, ça pose la question
08:14du développement de la production pétrolière
08:16et gazière en Afrique.
08:17Merci beaucoup, Jean-Pierre Favének.
08:19Merci d'être venu pour ce décryptage sur le JTA.
08:21On suivra évidemment ce dossier-là.
08:23Merci beaucoup.
08:24C'est la fin de ce journal.
08:25Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde
08:28ce soir de Paris en passant par Dakar,
08:31Sangoma, Lagos, partout.
08:34Restez avec nous car l'actualité continue sur France 24.

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