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Une professeure d'EPS exerçant au collège des Ormeaux à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) a été violemment agressée par d'anciens élèves âgés de 13 ans, alors qu'elle était avec sa classe à l'extérieur de l'établissement. François Bayrou, Élisabeth Borne ainsi que le maire de Fontenay-aux-Roses ont réagi après l'agression. 

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Transcription
00:00Une professeure d'EPS, une professeure de sport de Fontenay-aux-Roses dans les Hauts-de-Seine, a été agressée très violemment.
00:06Cette semaine, c'était mardi lors d'une sortie scolaire, agressée à l'extérieur de son établissement par trois mineurs devant ses élèves et d'autres encore.
00:14Ils étaient plusieurs dizaines. Trois jours après les faits, aucun suspens n'a encore été interpellé.
00:19Réaction du Premier ministre François Bayrou cet après-midi.
00:22« Je voudrais qu'on ait un mot de solidarité, une pensée de solidarité avec une de vos jeunes collègues, d'un professeur d'éducation physique qui a été agressé,
00:40qui s'appelle Émilie Crambe, dans le département. Et donc, pour elle, une pensée de solidarité.
00:52Un indice de plus que ce métier n'est pas tout à fait un métier facile, que ce métier est au croisement de toutes les tensions de la société et de toutes les dérives de la société aussi. »
01:04Le Parc aide Nanterre confirme avoir ouvert une enquête et officiellement, à ce stade, aucune interpellation et donc aucune garde à vue.
01:11Je rappelle qu'il y a trois suspects très jeunes, trois jeunes âgés de 13 et 14 ans, dont deux anciens élèves de l'établissement et connus déjà des services de police.
01:24Bonsoir Yves Trayard, merci d'être avec nous. Vous êtes l'éditorialiste politique BFM TV avec moi également Sophie Médénité, bonsoir et bienvenue.
01:30Vous êtes secrétaire générale adjointe du syndicat enseignant SNES-FSU. D'abord, est-ce que vous avez ce soir des nouvelles de votre collègue qui a été violemment agressée mardi ?
01:40Écoutez, on sait qu'elle est sous le choc, comme toute la communauté éducative de ce collège et comme, je dirais, au-delà de ce collège, tous les enseignants.
01:47Parce qu'encore une fois, on voit une professeure qui se fait agresser dans l'exercice de ses fonctions.
01:52Il y a eu un certain nombre de faits similaires ces dernières semaines, ces derniers mois.
01:56À un moment, on a envie de dire que ça suffit, on ne peut plus enseigner dans ces conditions-là et il faut vraiment maintenant prendre la mesure de ce qui se passe,
02:04prendre les mesures nécessaires et trouver, je dirais, le bon équilibre entre des mesures qui doivent permettre de sanctionner les élèves fautifs
02:10et aussi un travail éducatif qui doit permettre de faire en sorte que ces élèves-là comprennent pourquoi ce qu'ils font est inacceptable et pas entendable dans l'ensemble scolaire.
02:19La description par des témoins de la scène est très choquante.
02:24Je ne sais pas d'ailleurs s'il existe de simples agressions, mais ça a duré un moment, les mises en cause semblent s'être littéralement acharnées sur votre collègue.
02:37Certains élèves filmaient, cette agression s'est faite devant plusieurs dizaines d'élèves, c'était pendant une sortie scolaire et puis il y avait plusieurs classes.
02:46Mercredi, la journée de cours a été banalisée, une cellule psychologique a été mise en place pour les enseignants, les élèves qui le souhaitent.
02:53Vous dites qu'il faut prendre la mesure de ce qui s'est passé, mais comment ?
02:57Parce qu'en fait, la violence des jeunes et chez les jeunes semble être chez certains et par endroits sans limite.
03:05C'est votre sentiment ou pas ?
03:06En tout cas, il faut bien analyser ce qui se passe dans chacun des événements qui ont eu lieu ces dernières semaines.
03:11Celui-là en particulier, c'était une professeure d'EPS sur le chemin pour aller vers des infrastructures sportives qui sont en dehors de l'établissement scolaire.
03:19C'est un sujet que nous avons déjà pointé depuis plusieurs mois, plusieurs années, de dire qu'il y a un sujet de sécurisation pour aller vers notamment les enceintes sportives.
03:29Il y a un deuxième sujet dans cette situation, c'est qu'on a affaire à des élèves dont certains avaient été exclus de l'établissement et parfois même poly-exclus dans le jargon de l'éducation nationale,
03:37c'est-à-dire que des élèves ont été exclus plusieurs fois.
03:40Ça les impressionne assez peu ?
03:41C'est un sujet, c'est encore un angle mort dans l'éducation nationale.
03:45Vous savez, quand il y a un conseil de discipline dans un collège ou dans un lycée, qu'on exclue un élève, généralement il est affecté dans un collège ou un lycée du même secteur.
03:52Mais il n'y a pas eu les mesures nécessaires pour travailler sur ce que veut dire l'exclusion, pour qu'un élève comprenne ce que veut dire l'exclusion.
03:59Et ce n'est pas juste changer de collège ou changer de lycée, que quand on est exclu, c'est parce qu'on a fait quelque chose de grave,
04:04que quelque part on en paye les conséquences en changeant d'établissement et qu'il est nécessaire de comprendre pourquoi on ne doit plus enfreindre la règle.
04:11Et ce travail sur les élèves poly-exclus, on n'a jamais eu vraiment d'impulsion politique pour les mener.
04:18Il y a eu beaucoup de mots depuis un an pour nous dire l'ordre, l'autorité, etc.
04:21Mais dans les faits, il n'y a pas grand-chose qui a changé dans nos établissements scolaires.
04:24Laurent Vastel est avec nous, bonsoir.
04:25Monsieur le maire UDI de Fontenay-aux-Roses, merci d'être avec nous.
04:28Vous vous êtes entretenu cet après-midi avec le préfet, on va y venir dans un instant.
04:31Mais d'abord, est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous savez, vous, de cette agression survenue mardi sur le territoire de votre commune ?
04:41Écoutez, la même chose que ce qui vient d'en être résumé, c'est-à-dire qu'effectivement, il y avait trois élèves, dont deux qui ont été exclus récemment du collège.
04:51Et parce qu'on leur demandait de laisser la place sur un terrain de sport, la situation a très vite dégénéré.
04:59Et l'un d'entre eux, notamment, s'en est pris violemment à la professeure.
05:05Cet après-midi, vous lui avez demandé quoi ? Voir quel appel, finalement, lui avez-vous lancé ?
05:11Parce que cette attaque, elle s'inscrit dans un contexte global de regain de violence, à la fois dans le collège en question,
05:16mais aussi dans la commune, globalement, de Fontenay-aux-Roses, dont vous êtes le maire.
05:22Alors, nous, on est quand même relativement protégés. Il y a eu effectivement deux événements récents.
05:30Cela dit, il est vrai qu'il y a dix ans, on n'avait absolument pas ce type de problématique,
05:38et qu'aujourd'hui, on est de plus en plus souvent face à des comportements violents de certains élèves, y compris dès le primaire, maintenant.
05:45C'est-à-dire qu'avant, ça n'arrivait jamais dans le primaire. Aujourd'hui, dès le CM1-CM2, on a des enfants qui sont difficiles,
05:53avec des comportements agressifs, violents, ce qui va souvent avec des familles aussi très agressives vis-à-vis du personnel enseignant
06:00et vis-à-vis du personnel communal.
06:03Écoutons ensemble, M. le maire, la ministre de l'Éducation, Elisabeth Borne, qui, elle aussi, s'est exprimée sur cette agression aujourd'hui.
06:12On travaille sur beaucoup de dispositifs, et on le fait bien évidemment en lien avec les collectivités,
06:18que ce soit sur la protection périmétrique de nos établissements, que ce soit sur ces systèmes d'alarme.
06:25On sait, par exemple, que la région Île-de-France, mais là, je vous parle des lycées, souhaite généraliser ces bipers.
06:32Et je pense que c'est important, dans l'ensemble des mesures que l'on déploie, qu'on puisse en faire le bilan territoire par territoire,
06:39et puis qu'avec les collectivités qui sont aussi au cœur de ce dispositif, en lien avec le ministère de l'Intérieur, qui est bien évidemment concerné,
06:47on puisse généraliser ce qui fonctionne bien.
06:50– M. le maire de Fontenay-Rose, vous demandez plus de moyens de police autour d'une école, de ce collège,
06:56et puis vous réfléchissez aussi, Elisabeth Borne y fait allusion, à mettre en place des mesures,
07:01et notamment vous souhaitez que soient fournis aux enseignants de collège lors de leur sortie des bipers d'alerte.
07:09Vous pouvez nous expliquer concrètement à quoi ça consiste, parce que ça paraît dingue de mettre cela en place en France.
07:14– Alors en fait, ce n'est pas très nouveau, c'est-à-dire que nous, nous l'avons mis en place il y a à peu près 6 ans,
07:23dans le cadre du plan Vigipirate, et en fait, ça fait partie d'un dispositif anti-intrusion que nous, nous avons mis en place dans nos écoles,
07:31à la suite de certains attentats qui ont eu lieu.
07:34C'est un dispositif très simple, c'est un petit biper sur lequel il suffit d'appuyer sur un petit bouton,
07:39qui permet d'avoir d'emblée une alerte qui est donnée à la police nationale et à la police municipale,
07:44souvent la police municipale étant assez près des lieux, et ça permet de le faire au moment où les choses commencent à dégénérer,
07:51et avant qu'on soit dans une situation de violence, et c'est quelque chose que nous allons fournir en fait,
07:56nous, aux professeurs du collège, qui ont à sortir pour venir éventuellement à l'extérieur du collège,
08:02sur un terrain communal, un terrain de sport par exemple, c'est-à-dire sur un terrain de sport qu'a eu lieu l'agression dont on parle aujourd'hui.
08:08– C'est un outil à utiliser quand il est un peu tard, voire trop tard, en fait ?
08:13– Écoutez, en fait, dans ce genre de situation, il faut protocoliser un peu les choses,
08:20c'est-à-dire que quand on voit que le ton monte, on peut d'emblée prévenir la police municipale qu'il vienne en renfort.
08:26– Sophie Vénétité, comment vous réagissez à cette éventualité ?
08:30Parce qu'on parle d'un arsenal, du côté des établissements, du côté des communes, de l'État aussi, on va y venir,
08:37mais qu'est-ce qu'il faut faire pour endiguer ce fléau de la violence des jeunes ?
08:41– Écoutez, moi j'entends la bonne volonté du maire qui cherche des solutions peut-être pour équiper les enseignants,
08:47mais on voit bien que ce type de solution n'en est pas vraiment une,
08:50enfin je veux dire, avoir un bipper pour appuyer quand on sent que la situation dégénère,
08:55c'est prendre le risque, les secours pour arriver trop tard,
08:58et c'est finalement un pansement sur une fracture béante,
09:02donc on a besoin de bien d'autres choses,
09:04on voit bien qu'on a besoin de pouvoir traiter la violence en amont,
09:08on a besoin de pouvoir la repérer, de pouvoir la traiter et de pouvoir faire de la prévention,
09:13et de ce point de vue-là, ce qui nous manque c'est notamment un travail avec les différents services de l'État,
09:17l'éducation nationale ne pourra pas tout faire toute seule,
09:20et aujourd'hui le travail par exemple avec la justice, avec la PJJ, avec la santé,
09:25tout ça c'est un travail qui nous manque pour pouvoir à un moment se dire,
09:28bon ben là il y a par exemple des élèves qui ont tel comportement,
09:32comment est-ce qu'on pourra le traiter, comment est-ce qu'on pourra parler avec des familles,
09:35ça on ne pourra pas le faire tout seul et il faut qu'on puisse le faire,
09:37et par ailleurs il nous faut aussi plus d'adultes dans les établissements pour rappeler la règle,
09:42et pour là aussi pouvoir faire de la prévention.
09:44– Derrière vous Laurent Vastel fait l'amour, pourquoi ?
09:50– Écoutez, moi je dis qu'on a le droit de faire les deux,
09:53c'est-à-dire que nous aussi on a depuis plusieurs années,
09:57quand on a vu apparaître les phénomènes de violence dans les écoles primaires,
09:59on a développé plus de prévention, on a ouvert un deuxième club de prévention jeunesse,
10:04on a mis en place des dispositifs d'accompagnement,
10:07on a renforcé nos dispositifs sur la parentalité,
10:09on a mis en place des cellules psychologiques, enfin on a fait le job,
10:12parce que nous on est sur le terrain, on est au contact, j'ose dire.
10:15Alors je ne prétends pas que les bipers ça va régler les problèmes de la violence à l'école,
10:20c'est un problème qui est bien plus général qu'un problème de société,
10:23qui est un problème qui est lié aux missions régaliennes de l'État,
10:25et je pense que le débat il devrait plutôt avoir lieu à l'Assemblée Nationale,
10:27on est bien d'accord, mais en même temps sur le terrain,
10:30moi je pense que les enseignants ne peuvent pas travailler en ayant peur,
10:34ce sont souvent des gens qui habitent la commune,
10:36qui sont proches de leur lieu de travail,
10:38et c'est un moyen qui est tout à fait peut-être anodin et périphérique,
10:43mais qui en pratique est de nature à rassurer les enseignants
10:47et à leur donner un niveau de sécurité supplémentaire.
10:49– Yves, l'État est-il aujourd'hui…
10:51– Je ne vois pas pourquoi on…
10:54– Pardonnez-moi monsieur le maire, Yves Tréhard,
10:57je m'adressais à Yves Tréhard, pardonnez-moi,
10:59est-ce qu'aujourd'hui Yves, l'État est dépassé par la violence,
11:03notamment des mineurs, dans ou à bord des établissements scolaires,
11:06c'est un pan parmi d'autres de ce fléau ?
11:08– Le problème c'est l'autorité qui a disparu,
11:10l'autorité qui s'était filochée,
11:12et ce n'est pas uniquement d'ailleurs dans l'éducation nationale,
11:15c'est partout, on voit bien que le respect des forces de l'ordre
11:19est beaucoup entamé, il y a un problème d'autorité dans la société
11:25qui fait partie, c'est un des fléaux je dirais,
11:28parce que la criminalité et la violence augmentent,
11:32et d'ailleurs si on regarde les statistiques,
11:34on s'aperçoit de deux choses qui sont quand même très inquiétantes
11:37pour ce qui est des établissements scolaires,
11:39si vous le savez sans doute,
11:41c'est un, que cette violence s'exerce de plus en plus jeune,
11:44c'est-à-dire que même maintenant on parle de violences,
11:47mais de violences physiques, dès l'école primaire,
11:51ce qui est quand même absolument incroyable,
11:54quand en école primaire généralement on a moins de 10 ans,
11:57et vous avez des élèves qui tiennent tête,
11:59et qui tiennent tête parfois physiquement à leurs enseignants,
12:04ça c'est la première des choses,
12:05et puis c'est l'introduction, et ça c'est une américanisation,
12:09l'introduction d'armes, notamment d'armes blanches dans les écoles,
12:13et on le voit dans les collèges et les lycées,
12:16parfois en école primaire, on l'a vu récemment,
12:18et ça c'est un véritable fléau.
12:20Alors on peut chercher, comme vous le faites,
12:23les élus, les enseignants, des moyens pour empêcher cela,
12:28mais la racine du mal c'est dans cette violence qui s'exprime,
12:33et cette violence qui s'exprime, elle s'exprime pourquoi ?
12:35Parce qu'il y a un délitement de l'autorité publique effectivement,
12:40de l'autorité de l'État,
12:41de l'autorité des enseignants,
12:43et de l'autorité des parents également,
12:45parce que les parents ont en gros joué là-dedans,
12:47ce n'est pas anodin.
12:49– Merci à tous les trois.

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