L’exposition Paris Noir, dernière avant la fermeture du Centre Pompidou pour travaux, met en lumière 150 artistes afro-descendants d’Afrique et des Amériques, dont les œuvres restent souvent inédites en France. Alors que le centre Pompidou a fait l'acquisition d'une 40 d'oeuvres présentées, quelle influence une telle initiative pourrait-elle avoir sur le marché de l’art et sur la valorisation d’artistes jusque-là exclus des discours dominants de l’histoire de l’art ?
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00:00L'exposition Paris Noir, dernière exposition au Centre Pompidou avant sa fermeture, présente
00:09150 artistes afro-descendants de l'Afrique aux Amériques dont les oeuvres n'ont souvent
00:13jamais été montrées en France.
00:15Christophe Persson, galeriste spécialisé dans la représentation d'artistes modernes
00:19et contemporains africains est mon invité pour en parler.
00:22Merci beaucoup d'être avec nous.
00:23Merci Sybille pour l'invitation.
00:24Tout d'abord en tant que galeriste, comment est-ce que vous avez perçu cette exposition,
00:30est-ce que c'était une attente ? Quels sont vos premiers ressentis ?
00:36Je pense que cette exposition vient un peu à la suite de tout ce qui s'est passé
00:39sur le marché de l'art africain au cours des 15 ou 20 dernières années et c'est
00:43vrai qu'on a connu assez récemment un très fort engouement pour la scène contemporaine
00:48africaine avec très souvent la question de savoir d'où est-ce que venaient tous ces
00:52artistes.
00:53Parfois on a eu tendance à penser à tort que beaucoup de leur inspiration venait de
00:58la création contemporaine ou moderne notamment à Paris avec Picasso et puis ensuite avec
01:03les Basquiat et finalement quand on creuse un petit peu on se rend compte que bien entendu
01:07ces artistes contemporains ils ont des sources d'inspiration qui viennent également de
01:11l'Afrique ce qui est aussi rassurant mais de la part d'artistes qu'à Paris on connaît
01:15assez mal même pour ceux qui sont exposés à Paris Noir et donc je trouve que voilà
01:19c'est intéressant de trouver ces artistes qui arrivent à faire le lien en fait entre
01:23ce que l'on connaît aujourd'hui et puis peut-être les sources d'inspiration de
01:26ces contemporains.
01:27Et puis aussi j'imagine une redécouverte d'artistes qui ne sont pas forcément, enfin
01:30qui sont des artistes modernes, pas forcément les artistes contemporains dont on a entendu
01:34parler sur le marché qui ont fait des très grands chiffres etc. qui sont des jeunes artistes,
01:39là on a redécouvert aussi des noms qui devraient être présents ou en tout cas revalorisés
01:44dans l'histoire de l'art.
01:45Alors ce sont des artistes qui pour le public parisien beaucoup d'entre eux vont être
01:48des découvertes c'est tout à fait vrai mais ce qu'il faut savoir c'est qu'il existe
01:52quand même des marchés de l'art qui sont locaux que ce soit en Afrique et donc il y
01:56a des maisons de vente aux enchères par exemple au Kenya, à Lagos, en Afrique du Sud qui
02:00déjà présentent ces modernités africaines.
02:03Alors c'est vrai que ce sont des marchés qui sont plutôt spécialisés dans une sous-région
02:09et je pense que cette exposition va contribuer à leur donner une reconnaissance plus internationale.
02:14Du point de vue français, quel regard, est-ce qu'il y a eu des moments marquants d'un
02:23site d'initialisation ou de présence plus forte de ces artistes sur le marché je dirais
02:28européen du coup ?
02:29Alors ce qui est intéressant c'est de voir que finalement c'est la ségrégation raciale
02:33aux Etats-Unis, le racisme qui a poussé beaucoup de ces artistes et beaucoup de ces créatifs
02:38aussi de ces créateurs, de ces écrivains à venir à Paris et donc dans une période
02:43où il y a eu une grande ébullition culturelle et donc on peut considérer que du point de
02:47vue de cette exposition, en tout cas c'est les années 50 qui sont le point de départ
02:50justement de l'arrivée de ces artistes, on peut d'ailleurs faire un écho avec l'actualité
02:54puisque en fait on se rend compte qu'aujourd'hui avec le nouveau gouvernement Trump, il y a
02:58beaucoup d'artistes aussi qui présentent des profils similaires qui certainement ne
03:01sont plus très bien vus chez eux et donc en fait c'est cette situation qui a entraîné
03:05la venue à Paris qui était une place très très attractive de tous ces artistes-là.
03:10Et depuis les années 50, est-ce qu'il y a eu des moments charnières que vous jugez
03:13être très importants pour le marché ?
03:14Alors il y a eu des événements qui ont été liés plutôt à des expositions institutionnelles
03:19comme par exemple à Dakar en 1966 et donc il y a eu quand même tout un tas de jalons
03:23comme ça qui ont fait émerger des artistes et des artistes qui vont soit pour les artistes
03:29plutôt francophones à Paris, soit encore plus fortement pour les artistes anglophones
03:33à Londres avoir une cote assez importante et on le voit parce que Bonhams par exemple
03:37organise des ventes dédiées à l'art moderne africain avec plutôt un focus sur le Nigéria
03:42et l'Afrique du Sud avec des artistes qui peuvent faire des prix très importants et
03:45beaucoup de gens connaissent par exemple Ben & Wenwu qui est présenté en tout début
03:48de l'exposition, cet artiste moderniste et du côté de l'Afrique du Sud c'est Cotto
03:53aussi qui fait l'affiche de l'exposition avec ce personnage qui est très très fort
03:57avec un visage qui est très prenant donc il existe en effet certains de ces artistes
04:01qui sont déjà établis sans parler évidemment des Américains qui peut-être ne sont pas
04:05très vendus jusqu'à présent en France mais qui aux Etats-Unis ont une vraie place institutionnelle
04:10et sur le marché.
04:11Est-ce que vous pensez que ce genre d'exposition va permettre d'avoir un regard nouveau et
04:18d'insulter une nouvelle tendance sur le marché ? C'est vrai qu'on a beaucoup parlé par exemple
04:21du black portrait qui était une tendance assez forte peut-être qu'il s'essouffle un petit
04:25peu maintenant, est-ce qu'on pense qu'il va y avoir une tendance qui sera autre ?
04:28Je pense en effet que ça va ouvrir les yeux sur des nouvelles esthétiques alors il y a
04:33toute une partie de l'exposition qui est consacrée à une forme de surréalité de
04:36surréalisme africain en fait qui est très très belle et qui est portée par Wilfred
04:41O'Dame et Cardenas et on se rend compte que tout autour en fait il y a beaucoup beaucoup
04:45d'artistes qui ont développé ces esthétiques dans cet imaginaire en fait qui est une espèce
04:50de mélange entre les identités de là où les artistes viennent et puis leur présence
04:55à Paris.
04:56Il y a aussi beaucoup d'artistes qui ont traité et on le voit dans l'exposition à deux périodes
05:00différentes un peu d'abstraction en fait dans les années 60 il y a eu ces prémices
05:04autour de l'abstraction avec des oeuvres qui sont de mon point de vue assez spectaculaires
05:08et puis ensuite d'autres artistes un petit peu plus tard aussi qui ont réinventé ce
05:12mouvement donc ça veut dire qu'à côté du black portrait que l'on connaît très très
05:15bien il y a beaucoup d'autres tendances, il y a l'inspiration aussi qu'ont pu avoir
05:19des artistes par rapport à l'école de Paris donc l'abstraction, surréalisme, portrait
05:25comme ça donc c'est vrai qu'on arrive grâce à cette exposition à découvrir tout un
05:29tas d'autres mouvements qui sont intéressants à explorer davantage.
05:32Mais est-ce qu'il y aurait des esthétiques qui auraient une valeur croissante désormais
05:37qu'on pourrait retrouver aux enchères ou dans d'autres ventes ou dans les foires ?
05:43Alors je pense que quand on regarde par exemple le marché des artistes modernes sénégalais
05:48qui a commencé à frémir un petit peu au cours des dernières années notamment dans
05:53les ventes aux enchères et notamment dans les ventes aux enchères à Paris de voir
05:57maintenant ces artistes qui arrivent dans un grand musée en fait ce qu'il faut comprendre
06:00c'est que l'écosystème de l'art en fait il fonctionne par ajout comme ça de plusieurs
06:05éléments donc on va avoir l'engagement des ventes aux enchères, l'engagement des
06:09institutions publiques, l'engagement des galeries et tout ça va finir par faire une
06:13mousse qui va sensibiliser les collectionneurs et qui devrait contribuer à voir la valeur
06:18de ces artistes augmenter bien sûr.
06:19Oui parce que là on a vu qu'il y avait une quarantaine d'oeuvres qui avaient été
06:22acquises par le centre Pompidou, ça c'est vraiment un acte important pour cette histoire de l'art ?
06:29Oui oui tout à fait c'est un acte important parce que ces oeuvres elles sont montrées
06:32lors de l'exposition Paris Noir et donc on peut imaginer et on peut espérer que ces
06:36mêmes oeuvres pourront à l'avenir être montrées de nouveau dans des contextes différents
06:42et avec des rapprochements qui seront pertinents qui vont certainement aussi contribuer à
06:46donner de la valeur si on arrive à bien signifier que ces artistes s'inscrivent avec pertinence
06:52dans une histoire globale de l'art et c'est aujourd'hui un petit peu la méconnaissance
06:56que l'on a sur leur travail.
06:58Oui c'est parce que j'allais dire peut-être le point à venir comment progresser aussi
07:04et dans cette redécouverte c'est de l'apprendre dans sa globalité pas forcément traiter
07:08les oeuvres ou remettre ces oeuvres d'artistes panafricains dans un contexte panafricain
07:13mais plutôt de les voir dans la globalité de l'histoire de l'art.
07:15Oui oui tout à fait quand on regarde par exemple la section abstraite qui présente
07:21je ne sais pas une dizaine ou une quinzaine de tableaux évidemment ça paraît toujours
07:24un petit peu niche en revanche si ces mêmes tableaux sont présentés dans une grande
07:28exposition dédiée à l'art abstrait par exemple au centre Pompidou ou ailleurs tout
07:32de suite ça donne un poids à ces artistes qui montrent qu'en fait ils sont à leur
07:36vraie place justement aux côtés de leur père qui sont beaucoup plus connus.
07:39Et donc vous pensez que Paris pourrait être encore à nouveau une place d'accueil pour
07:43tous les artistes internationaux ?
07:44Alors moi je le souhaite vivement je trouve qu'à la galerie on a beaucoup de gens justement
07:48issus des Etats-Unis plutôt dans le profil des populations noires qui se demandent un
07:52petit peu ce qui se passe et ce qui va se passer c'est vrai qu'on le lit dans la presse
07:55tous les jours des expositions qui sont considérées woke par le gouvernement qui sont annulées
08:01et donc moi je trouve qu'il serait temps que les galeries et les acteurs parisiens
08:04lancent un appel à ces artistes en disant finalement à Paris on a des institutions
08:08qui fonctionnent on a des musées on a des galeries on a des maisons de vente aux enchères
08:12donc il pourrait y avoir à mon avis ce qui s'est passé dans ces années 50 quelque
08:15chose qui se renouvelle à Paris je pense que ce serait intéressant.
08:18Merci beaucoup Christophe Persson, je rappelle que vous êtes galerie spécialisée dans
08:21la représentation d'artistes modernes et contemporains africains, merci de nous avoir
08:25aidé à regarder l'exposition Paris Noir avec un œil marché et puis merci à vous
08:30toutes et tous de nous avoir regardé c'était Arrêt Marché édition Week-end.
08:34Merci.