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Il y a 10 ans, l’Accord de Paris fixait à 1,5 °C l’objectif d’augmentation de la température moyenne de la Terre. Revu entretemps à la hausse, le chiffre est aujourd’hui passé à 2°C. Afin de ne pas aggraver la situation davantage, Jean-François Rial et Matthieu Belloir expliquent dans leur livre “Le chaos climatique n'est pas une fatalité” qu’il faudrait planter 80 milliards d’arbres en 10 ans.

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Transcription
00:00Générique
00:06L'invité de Smart Impact, c'est Mathieu Béloir, bonjour.
00:09Bonjour.
00:09Bienvenue, vous êtes le directeur général du cabinet de conseil en RSO et communication conciliance.
00:14Vous publiez avec Jean-François Rial, le cofondateur de Voyageurs du Monde, ce livre
00:18« Le chaos climatique n'est pas une fatalité » qui est publié aux éditions de l'Archipel.
00:23C'est quoi l'objet d'un tel livre ? Un message d'espoir en quelque sorte ?
00:26À la fois un message d'espoir peut-être et une sorte de coup de gueule contre une forme
00:30de l'inefficacité de l'action climatique entreprise depuis maintenant de nombreuses décennies.
00:35En 2025, on va fêter deux choses, à la fois les 30 ans des COP, ces grandes messes annuelles
00:41qui réunissent la quasi-totalité des pays dans le monde pour parler du climat,
00:45prendre des engagements, faire des bilans, trouver des financements, etc.
00:49Et aussi en 2025, on va fêter les 10 ans des accords de Paris au cours desquels
00:56ont été pris des engagements comme celui de ne pas dépasser une augmentation
01:01de la température moyenne de la planète d'un degré et demi devenu moins de 2 degrés.
01:07On sait qu'un et demi de toute façon ne le tiendra pas.
01:09On n'y arrive pas. En 2024, on a effectivement franchi cette barre un peu symbolique.
01:142024 aura été l'année la plus chaude, le niveau des mers a augmenté l'année dernière
01:20comme à peu près jamais, donc globalement on voit qu'on est mal engagé.
01:24Mais est-ce qu'il faut pour autant baisser les bras ?
01:26Nous ne le pensons pas, c'est la raison pour laquelle on a essayé de réfléchir
01:29aux raisons pour lesquelles effectivement on a des difficultés à s'inscrire
01:33sur cette trajectoire vertueuse pour limiter le réchauffement de la planète à 2%.
01:38Comment peut-on faire ? C'est tout l'objet de notre proposition.
01:41On va évidemment rentrer dans le détail.
01:44François Germain qui est co-auteur du sixième rapport du GIEC signe la préface du livre.
01:48La référence est intéressante, ça veut dire que vous vous inscrivez
01:52dans le constat scientifique fait par les auteurs des rapports du GIEC depuis des années ?
01:57Oui, tout à fait. Comme vous le savez, le GIEC a modélisé plusieurs trajectoires.
02:02On oublie sciemment, en tout cas c'est notre partie, la trajectoire de 1,5°
02:08pour les raisons que nous venons d'évoquer.
02:10On s'inscrit plutôt dans une trajectoire de 2° d'ici les années 2070-2075.
02:19Mais pour respecter cette trajectoire, il faudrait qu'on baisse nos émissions
02:23de l'ordre de 4% par an et on n'y est pas du tout puisque depuis 3 ans
02:26on est plutôt sur une augmentation de 1%.
02:29Donc il faut trouver des solutions et c'est ce qu'on essaie de faire avec notre proposition.
02:33Avec cette expression, vous dites qu'il faut acheter du temps
02:36pour limiter la hausse des températures à 2°.
02:39Comment gagner ce temps ?
02:41Il nous faut acheter du temps. C'est l'expression que nous utilisons.
02:45On manque de temps pour faire les efforts de maîtrise de nos émissions
02:50et pour réussir à maîtriser cette augmentation de la température à 2%.
02:57Pour acheter du temps, il faut essayer d'expliquer les raisons
03:02pour lesquelles on est dans cette situation un peu stressante.
03:06Il y a deux raisons à cela.
03:09La première, c'est un problème d'acceptabilité sociale.
03:12Globalement, les populations ont des efforts à faire en termes de sobriété.
03:16Se déplacer différemment, s'alimenter différemment, se loger différemment,
03:19travailler différemment, etc.
03:22Aujourd'hui, on voit bien que sur l'ensemble de la planète,
03:25la majorité de la population n'est pas forcément prête à faire ces grands efforts.
03:29Ça ne veut pas dire qu'on ne pourra pas le faire, mais il faudra du temps.
03:32On l'a vu aux États-Unis et aux élections européennes.
03:36Absolument. C'est un premier point.
03:38Le deuxième, c'est que globalement, on n'a pas encore atteint
03:41cette forme de maturité industrielle, technique, technologique
03:44qui nous permet de trouver des solutions de production d'énergie renouvelable
03:47suffisamment importantes et conséquentes
03:50pour être un substitut substantiel à l'utilisation des énergies fossiles.
03:55Donc, il nous faut du temps.
03:57On pense qu'il nous faut le temps d'une génération, 30 ou 40 ans.
04:00Pour gagner ce temps, on propose de multiplier les puits carbone qui existent
04:04pour se laisser le temps de cette transition.
04:07Il y a les forêts, il y a l'océan.
04:10C'est le côté forêt qu'on peut agir ?
04:13C'est le côté forêt, en effet.
04:15Notre idée, c'est de planter des arbres.
04:17Planter à peu près le double de ce qu'on fait annuellement.
04:20On considère en moyenne que sur l'ensemble de la planète,
04:23on plante chaque année à peu près 15 milliards d'arbres.
04:26En prenant en compte les maladies, les incendies, la déforestation, etc.,
04:30il est nécessaire de planter un minimum de 18 milliards d'arbres supplémentaires
04:33au moins pendant 10 ans, pour pouvoir baisser pendant 25 ans
04:36à peu près d'un tiers la baisse des émissions
04:41qui est attendue pour atteindre cette totalité carbone.
04:44Donc, ça fait 180 milliards d'arbres en 10 ans.
04:47Est-ce que c'est réaliste ?
04:49C'est un vrai sujet.
04:51On pense sincèrement que oui.
04:53On pourrait même faire un peu plus.
04:55En réalité, pour faire ces simulations,
04:57ces modèles sur lesquels on a travaillé pendant quelques années,
05:01on s'est appuyé sur l'étude de Polytechnique Zurich
05:05pilotée par le professeur Crotter
05:07qui, en 2019-2020, a regardé sur l'ensemble de la planète
05:11où est-ce qu'il serait possible de reforester ou de forester notre planète.
05:17Il a trouvé finalement à peu près 900 millions d'hectares
05:20disponibles pour faire ces plantations
05:23sans toucher à l'agriculture, à l'habitat,
05:26à ce qui existe déjà comme les prairies, les bois, etc.
05:29C'est bien 900 millions d'hectares additionnels.
05:32D'une manière pragmatique et modeste,
05:34si on prenait 20% de cette surface disponible,
05:38on arriverait à faire baisser d'un tiers
05:41les besoins d'émissions sur les 25 prochaines années.
05:46Pour l'instant, on perd de la superficie de forêt chaque année, mondialement.
05:52Il faut déjà inverser la tendance.
05:55On a intégré dans nos calculs ces éléments.
05:59Et on pense que 18 milliards d'arbres,
06:02comme vous l'avez rappelé, c'est quelque chose qui est à notre portée.
06:06On plante un peu partout sur la planète.
06:08Mais on plante quoi ?
06:10Il faut bien choisir les espèces,
06:12parce qu'il y a eu beaucoup d'entreprises
06:14qui se sont parfois achetées une conscience
06:17en pratiquant la reforestation.
06:19Je ne dis pas de toutes, certaines,
06:21mais parfois en plantant n'importe quoi.
06:23On plante quelles espèces ?
06:24On plante des espèces qui sont adaptées
06:26et on essaie de prévoir la façon
06:28où on s'organisera la forêt, là où on la plantera.
06:30Il y a trois types de forêts,
06:32tropicales, boréales, tempérées, etc.
06:34Les plus efficientes en matière de captation carbone
06:37sont évidemment les forêts tropicales.
06:39Mais il ne faut pas exclure que les forêts boréales
06:41deviennent à cause de cette augmentation de la température
06:44des forêts tempérées,
06:46donc avoir une capacité de stockage
06:48supérieure à ce qu'elles sont aujourd'hui.
06:50On a bien fait tourner le modèle,
06:52on est assez convaincus
06:54des propositions que nous formulons.
06:56Comment on finance un tel programme ?
06:58C'est de l'argent public ou privé ?
07:00Je pense que si on veut être pragmatique
07:02et efficient, il vaut peut-être mieux
07:04compter sur de l'argent privé.
07:06Quelques grands mécènes,
07:08africains, américains, internationaux, etc.
07:10pourraient trouver un intérêt
07:12dans cet investissement,
07:14d'autant plus que ce n'est pas forcément
07:16un investissement à fond perdu.
07:18On a évalué le coût
07:20de cette opération
07:22à quelque chose
07:24qui tourne autour
07:26de 550 milliards de dollars.
07:28Sur 10 ans ?
07:30Sur 10 ans.
07:32550 milliards de dollars,
07:34ça représente en fait
07:36une somme assez modeste,
07:38puisque ça représente l'équivalent
07:40de 0,5% du PIB mondial.
07:42Ça représente moins d'une année
07:44de chiffre d'affaires d'Amazon,
07:46de chiffre d'affaires d'Apple.
07:48Ça représente le PIB de la Belgique
07:50ou de l'Australie,
07:52de l'Autriche.
07:54C'est quelque chose
07:56qui nous semble vraiment
07:58à notre portée, si on le veut vraiment.
08:00Il ne faut pas oublier que l'enjeu,
08:02c'est la sauvegarde de l'humanité.
08:04Est-ce que ça vaut 0,5% du PIB mondial ?
08:06On en est convaincus.
08:08Je pense que tout le monde en est convaincu.
08:10Sauf que pour l'instant,
08:12on ne le voit pas apparaître.
08:14C'est une très bonne idée.
08:16Est-ce qu'elle est portée par d'autres que vous ?
08:18Vous voyez ce que je veux dire ?
08:20C'est un projet planétaire dont vous nous parlez.
08:22Oui, bien sûr.
08:24Il y a pas mal d'initiatives qui existent
08:26du côté entreprise privée,
08:28qui ont conscience du fait
08:30qu'elles ont une pierre à apporter
08:32à cet édifice, les Etats également.
08:34Mais l'idée, c'est peut-être de mettre en place
08:36une coordination mondiale pour fédérer
08:38tous ces efforts qui sont faits
08:40au niveau privé et au niveau public
08:42ce supplément qui manquerait éventuellement
08:44pour réaliser le projet que nous avons.
08:46Les COP peuvent servir à ça.
08:48Elles sont imparfaites.
08:50Vous l'avez dit en préambule.
08:52Finalement, elles aboutissent souvent
08:54à des engagements, mais pas forcément
08:56suivis d'actes.
08:58Mais ce sont des rendez-vous internationaux
09:00qui pourraient permettre de porter
09:02un tel projet, d'après vous ?
09:04Elles pourraient, mais honnêtement,
09:06on aurait plutôt confiance
09:08dans une gouvernance privée
09:10qui embarquerait bien sûr les Etats
09:12parce que les terres sur lesquelles
09:14l'afforestation pourrait être envisagée
09:16ne sont pas forcément des terres libres de droits
09:18donc il faudrait effectivement ce soutien
09:20des pouvoirs publics.
09:22Mais le pilotage, le financement,
09:24confié à des structures privées,
09:26quelques grands mécènes pilotés
09:28par un team de scientifiques,
09:30de quelques prix Nobel et quelques chefs d'Etat
09:32très engagés, nous semblent être une bonne façon
09:34de piloter un tel projet.
09:36Il y a ce « acheter du temps »
09:38en plantant 180 milliards d'arbres
09:40en 10 ans.
09:42Ça veut dire quoi ? Revoir aussi le calendrier
09:44de la décarbonation ? Peut-être qu'il est un peu
09:46trop ambitieux aujourd'hui ?
09:48C'est exactement le constat que nous avons fait.
09:50Notre idée, effectivement, c'est de faire
09:52cette plantation qui nous permet de disposer
09:54de puits carbone additionnels
09:56pour justement, pendant les 25 années
09:58qui viennent, avoir une
10:00diminution de nos émissions,
10:02une capacité de captation
10:04carbone meilleure que celle
10:06que nous proposent, en théorie,
10:08les trajectoires du GIEC
10:10pour accélérer, une fois que cette
10:12captation additionnelle est faite,
10:14à partir des années 2050 et rejoindre,
10:16in fine, l'objectif de la décarbonation en 2070.
10:18Mais il y a un petit risque de procrastination,
10:20quand même, on va se dire. Finalement,
10:22c'est dans longtemps, on n'a pas besoin,
10:24à côté de ça, il y a des efforts de sobriété, vous l'avez dit,
10:26qu'on doit collectivement faire.
10:28On est plutôt optimiste
10:30sur le sujet. D'ailleurs, on a fait une petite liste
10:32dans notre bouquin de toutes les bonnes raisons
10:34de ne pas suivre notre projet.
10:36On en a exploré une bonne douzaine.
10:38Il y en a sans doute d'autres, mais finalement, si on ne fait pas ça,
10:40qu'est-ce qu'on fait ?
10:42On a d'ailleurs ouvert une plateforme qui s'appelle
10:44www.jai-de-meilleure-idée.com
10:46et on attend l'arbre au pied que d'autres
10:48nous donnent de meilleures idées que celles que nous proposons.
10:50Et pour l'instant, on est loin de faire tomber le serveur.
10:52On n'a pas beaucoup d'idées alternatives,
10:54mais on y croit.
10:55Merci beaucoup Mathieu Béloir.
10:57Votre livre, co-écrit avec Jean-François Rial,
10:59Le chaos climatique, n'est pas une fatalité.
11:01Donc aux éditions de
11:03l'archipel, on passe à notre débat les jeunes
11:05face à la transition.

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