Depuis son arrivée à la tête d’Istanbul en 2019, Ekrem Imamoglu s’est imposé comme le principal rival politique du président Recep Tayyip Erdogan. Son arrestation le 19 mars dernier pour “corruption” a déclenché la plus grande vague de contestation dans le pays depuis dix ans.
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00:00Cette vidéo a été postée par Ekrem İmamoglu, le maire d'Istanbul,
00:06juste avant son arrestation le 19 mars dernier.
00:13Poursuivie pour corruption,
00:15son interpellation a déclenché des manifestations massives en Turquie,
00:18les plus importantes dans le pays depuis plus de 10 ans, observe Al Jazeera.
00:22Mais alors qui est-il et pourquoi son arrestation
00:25suscite-t-elle autant de colère dans le pays ? On fait le point.
00:28Aujourd'hui considéré par Midaliz Hayek
00:30comme l'homme politique d'opposition le plus puissant et le plus connu de Turquie,
00:34Ekrem İmamoglu a fait son entrée en politique en 2008
00:37lorsqu'il rejoint le CHP, Parti Républicain du Peuple en français,
00:41premier parti d'opposition du pays.
00:43Créé en 1923 par le fondateur de la République turque Mustafa Kemal Atatürk,
00:48ce parti milite en faveur d'un État laïque et nationaliste.
00:51La carrière d'İmamoglu prend un véritable tournant en 2019
00:54lorsqu'il se présente à la mairie d'Istanbul,
00:56alors que bien des partisans de l'opposition le donnaient perdant
00:59face au candidat soutenu par l'AKP,
01:01le parti islamo-nationaliste du président Recep Tayyip Erdogan,
01:05il remporte les élections de 13 000 voix, écrit la Deutsche Welle.
01:08Le média allemand précise que c'est la première fois en 25 ans
01:11qu'Istanbul n'est pas dirigée par les islamistes conservateurs.
01:14Des accusations de fraude électorale de la part de l'AKP
01:17conduisent néanmoins à l'annulation des résultats
01:20et à l'organisation d'un second scrutin trois mois plus tard.
01:23Il en ressortira à nouveau vainqueur et cette fois-ci
01:26avec plus de 800 000 voix d'avance, rappelle Milad Israël.
01:29Le médiapane arabe estime que son attitude calme et charismatique
01:33a largement contribué à sa victoire,
01:34ajoutant que tout au long de sa campagne,
01:37İmamoglu a mis l'accent sur l'unité plutôt que la division
01:40afin de rassembler les éléments laïcs et religieux,
01:43qu'ils se disent turcs, alévis ou kurdes,
01:45au lieu d'attiser la peur de l'autre.
01:47En 2022, une première plainte de l'AKP est déposée contre lui.
01:50Son tort ? Avoir qualifié d'idiots
01:53les responsables de l'annulation du premier scrutin de 2019.
01:56Son commentaire étant considéré comme une insulte à des fonctionnaires,
01:59il est condamné à plus de deux ans de prison
02:02et à une exclusion de la vie politique, rapporte The New Arab.
02:05Mais sa demande en appel, encore en cours d'instruction,
02:08lui permet d'échapper à cette condamnation.
02:10Selon Middle East High, plusieurs responsables du CHP
02:13ont vu dans cet épisode judiciaire la première salve d'une longue série
02:17destinée à s'aborder la carrière politique, décrète Imamoglu.
02:20Il parvient malgré tout à se représenter
02:22et à se faire réélire à la tête d'Istanbul en 2024.
02:25À mesure que sa popularité grandit,
02:27Imamoglu finit par être perçu comme un candidat potentiel à la présidence
02:31et de fait comme le principal rival d'Erdogan, explique The Middle East High,
02:35qui précise que les tentatives de l'AKP pour le déstabiliser étaient attendues.
02:39Le 18 mars, la veille de son arrestation,
02:41l'université d'Istanbul a annulé son diplôme en gestion des entreprises,
02:46invoquant des irrégularités administratives.
02:48Or, cette mesure pourrait lui barrer la route de l'élection
02:51dans un pays où la Constitution oblige les candidats à la présidence à être diplômés,
02:56explique le site d'actualité sur le Moyen-Orient, Al-Monitor.
02:59Le Média précise que son arrestation le 19 mars
03:02pour des accusations de corruption et de terrorisme
03:05est donc perçue par ses soutiens comme une énième manœuvre politique
03:08de la part d'Erdogan pour l'empêcher de se présenter.
03:11D'autant qu'elle intervient quatre jours avant les primaires du CHP,
03:15qui servent justement à désigner le candidat du parti
03:17pour l'élection présidentielle de 2028.
03:20Malgré les événements, le CHP a décidé de maintenir l'élection
03:24et Imamoglu, plébiscité par 15 millions de votants,
03:27a été désigné candidat du parti.
03:29De son côté, Recep Tayyip Erdogan, à la tête du pays depuis 2014,
03:33nie en bloc les accusations de déstabilisation
03:36et affirme que les tribunaux turcs sont indépendants.
03:38Ces derniers ont abandonné les charges pour terrorisme mais pas pour corruption
03:42et la presse turque pro-Erdogan n'hésite pas à mettre en cause l'intégrité d'Imamoglu.
03:47Daïli Saba, par exemple, le dépeint comme la tête pensante d'un réseau criminel
03:51qui aurait manipulé des appels d'offres publiques,
03:54accepté et proposé des pots de vin,
03:56et détourné et blanchi des fonds par le biais de sociétés et grands,
03:59le tout à des fins de fraude électorale et d'enrichissement personnel.
04:03Ces accusations ont été démenties par Imamoglu.
04:06Son arrestation a déchaîné la colère d'une grande partie de la société civile
04:10et de la jeunesse.
04:11Les sites d'information sur le Moyen-Orient
04:13évoquent des rassemblements quotidiens de dizaines,
04:15voire de centaines de milliers de personnes à travers le pays,
04:18y compris dans des régions conservatrices comme Arizé,
04:21ville d'origine du président Erdogan,
04:23souligne la chaîne d'opposition Hulk TV.
04:25Pour les médias du monde entier,
04:26il s'agit des plus grandes manifestations
04:28depuis le mouvement de contestation de 2013 contre Erdogan,
04:32qui était alors Premier ministre.
04:33Mardi 25 mars, le CHP a annoncé la fin des rassemblements massifs
04:37qui se tenaient devant la mairie d'Istanbul
04:39en raison de l'accentuation de la répression,
04:42rapporte la version turque de la BBC.
04:44Mais d'autres rassemblements sont encore organisés
04:46devant la prison où est détenu Imamoglu.