L'actrice Fanny Ardant, un des rares soutien de Gérard Depardieu, témoignait ce mercredi lors du troisième jour du procès de l'acteur pour "agressions sexuelles".
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Le procès de Gérard Depardieu. C'est Vincent Mantinghiem qui est sur place pour BFM TV.
00:05Et Vincent, le moment fort de cette journée, c'est la comédienne Fanny Ardant qui est venue défendre son amie de toujours à l'audience.
00:15Oui, exactement. C'est la journée des témoins au procès de Gérard Depardieu.
00:19Et la première de ces témoins à s'être présentée à la barre vers 14 heures, c'est Fanny Ardant, son amie, son amie de 30 ans qui est venue parler de Gérard,
00:27parler de l'acteur qui était Gérard et élargir le débat. Voilà ce qu'elle a indiqué à la barre.
00:31Parce que pour elle, aujourd'hui, on ne peut pas parler des accusations sans parler de la personnalité du comédien.
00:37Gérard, il est connu par tout le monde. Il est connu de Cuba à Vladivostok. C'est un grand acteur.
00:42Pourquoi c'est un grand acteur ? Parce qu'il ne cache pas, il ne triche pas.
00:45Dans lui, il y a le bien, le mal, il y a l'ombre, il y a la lumière, il y a le pire, il y a le meilleur.
00:50Et c'est un risque à courir. Donc elle parle de ce risque.
00:52Et en même temps, elle dit qu'elle ne peut pas faire autrement que d'apporter son soutien parce que Gérard Depardieu, selon elle,
00:58est incapable de faire du mal à qui que ce soit. Des grossièretés, oui. Des actes, non.
01:02Très rapidement, le président de l'audience la reprend. Elle lui dit qu'il n'est pas là pour faire de la morale,
01:06mais juste du droit et examiner les accusations d'agressions sexuelles qui pèsent sur Gérard Depardieu.
01:11Elle se reprend et dit « Je n'ai jamais assisté à un geste déplacé de Gérard Depardieu. »
01:15Des grossièretés, oui. Elle le répète. Des gestes, non.
01:18À la fin de sa déposition, elle s'est retournée vers l'acteur qui était trois mètres derrière elle.
01:23Elle l'a enlacée, elle l'a embrassée et elle est allée s'asseoir trois rangs derrière pour continuer à le soutenir tout au long de ce procès.
01:29Vincent, après le témoignage de Fanny Ardant, il y a beaucoup de femmes aussi qui sont venues témoigner, elles, des violences de Gérard Depardieu.
01:40Oui, exactement. Une salle, une salle d'audience, mais deux ambiances parce qu'après Fanny Ardant,
01:45ce sont d'autres jeunes femmes qui sont venues déposer à la barre et qui ont dénoncé de leur côté, elles,
01:50les agressions sexuelles qu'elles avaient pu subir de la part de Gérard Depardieu.
01:53On a notamment eu une personne qui a été sur le tournage des Volets Verts et qui a accueilli Amélie après son agression sexuelle.
02:00Elle dit que son cerveau a buggé quand elle a vu que les jambes de Gérard Depardieu étaient en train d'en serrer la jeune Amélie et qu'il l'a tripotée.
02:07Et puis ensuite, on a Lucille, une costumière, qui était sur le tournage du « Magicien et les Siamois »,
02:12un court-métrage de Jean-Pierre Mocky, tourné en 2014, qui, elle aussi, a raconté comment Gérard Depardieu l'avait tripotée, l'avait malaxée.
02:20On lui a posé la question à Lucille. Le tribunal lui a demandé en disant « Oui, mais Gérard Depardieu, il conteste, il dit qu'il n'a fait du mal à personne, jamais. »
02:27Elle a répondu « Je pense que M. Depardieu est un menteur ».
02:30Voilà où on en est aujourd'hui, au troisième jour de cette audience qui se poursuit derrière moi.
02:34Après les témoins, viendra le temps de l'interrogatoire de personnalité de Gérard Depardieu et puis des réquisitions,
02:40on le rappelle, pour ces faits d'agression sexuelle, Gérard Depardieu en court une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison.
02:46C'est avec nous, Vincent Lantignan, parce qu'on va reparler dans un instant aussi de cette tension, toujours, au procès, avec les méthodes de défense de l'avocate Gérard Depardieu, Jérémie Assous.
02:54Nous avons été rejoints par l'avocate Violenne de Philippis.
02:57– Bonjour. – Bonsoir.
02:58– Militante. – Oui, avocate, auteure de « Classé sans suite », aux éditions Payot, vous êtes militante féministe.
03:04Enfin, Gérard Depardieu est devant la justice.
03:06– Oui, après le report de l'automne dernier, cette audience, elle est très importante pour les victimes pour qui la procédure a déjà été longue,
03:14même si on peut quand même souligner que dans cette affaire-là, elles ont déposé plainte finalement il y a un peu plus d'un an
03:20et que donc, ça allait plus vite que d'habitude, c'est-à-dire plus vite que ce qu'on voit dans la majorité des dossiers.
03:26– Mais aujourd'hui, dans cette affaire, vous avez entendu ce qu'a dit Fanny Ardant.
03:30– Oui.
03:31– Elle est venue témoigner auprès de son amie de toujours, de son soutien, elle n'a jamais vu de geste,
03:36elle n'a jamais entendu quoi que ce soit, qu'est-ce que vous en pensez ?
03:39– Ça arrive très souvent que les amis, les compagnes, les ex-compagnes témoignent en faveur des hommes accusés
03:45parce que finalement, ça remet en cause leur croyance fondamentale qui est de dire
03:50mais en fait, cet homme-là, il n'a pas pu faire ça, qui a un réflexe humain, donc ce n'est pas étonnant.
03:55– Donc vous ne la croyez pas lorsqu'elle dit « je n'ai jamais assisté à un geste que j'aurais trouvé choquant » ?
04:00– Peut-être qu'elle n'a rien vu, elle, moi non plus, je n'ai rien vu.
04:03– Oui, elle a tourné avec lui, vous ne l'avez pas jamais tourné avec lui ?
04:06– Non, a priori, non.
04:07– Vous la connaissez depuis 30 ans.
04:08– Ce que je veux dire, c'est qu'en fait, ce n'est pas parce qu'on connaît quelqu'un sous un visage
04:11qu'on connaît l'ensemble de ses actes.
04:14Peut-être qu'elle ne l'a vraiment pas vu, mais elle ne veut pas entendre,
04:17elle ne veut pas comprendre que potentiellement, il a pu faire ça, ça semble inaudible.
04:21– Ce que dit Gérard Depardieu, c'est qu'il ne comprend pas, il dit « moi, une agression sexuelle,
04:25je ne sais pas ce que c'est en fait, je ne savais pas que « ploter » c'était une agression sexuelle. »
04:32Alors, il se défend de l'avoir fait sur la deuxième plaignante,
04:35mais il dit « pour moi, ce n'était pas une agression sexuelle. »
04:37– Oui, je pense que c'est un peu facile, puisque finalement,
04:39il sait très bien que c'est une atteinte sexuelle.
04:41Je rappellerai qu'une agression sexuelle, c'est donc une atteinte sexuelle sans pénétration,
04:45une atteinte sexuelle, c'est un geste qui a lieu par contrainte, menace, violence ou surprise,
04:50à connotation sexuelle.
04:51Il sait très bien qu'en touchant les seins ou les fesses de quelqu'un,
04:54a priori, il n'est pas en train de lui toucher la main.
04:56– Peut-être pas, peut-être qu'il est d'une génération
04:58où on pensait que « ploter » une femme sans lui avoir demandé
05:02si elle est sans consentement… – Oui, c'était comme lui serrer la main.
05:04– Non, mais peut-être que justement, il est de notre génération
05:07et qu'il ne se rendait pas compte de ce qu'il faisait à l'époque.
05:10– Écoutez, je pense que même dans les générations précédentes,
05:13on savait quand même que toucher les seins d'une femme sans son autorisation,
05:17c'était différent que lui faire la bise ou lui serrer la main.
05:20– Je pense que c'est le terme « agression sexuelle »
05:21qui trouve que c'est trop lourd par rapport à ce qu'on peut lui reprocher.
05:24– Ça me fait penser à une déclaration… – Je ne suis pas un frotteur du métro,
05:26il l'a dit hier.
05:27– Oui, mais encore une fois, vous savez, les agressions et les viols
05:30ont lieu dans 90% du temps dans le cercle privé
05:32et 10% seulement dans les transports en public ou à l'extérieur.
05:35Là où j'allais en venir, c'est que ça me rappelle cette déclaration
05:38d'un des condamnés maintenant, à l'époque accusé au procès de Dominique Pellicot,
05:42qui avait dit « oui, j'ai violé, mais je ne suis pas un monstre, je ne suis pas un violeur ».
05:46Il y a encore finalement cette distanciation des hommes
05:49qui ont du mal à se définir par l'acte d'agression ou de viol qu'ils ont commis.
05:53Pour autant, quand bien même ils n'assument pas le statut d'agresseur,
05:56ça n'en reste pas moins un agresseur ou un violeur pour leurs victimes.
05:59– En tout cas, ce procès dépasse les frontières de l'Hexagone.
06:04On va retrouver Henri Arnaud qui est journaliste à Los Angeles, aux États-Unis.
06:07Bonsoir Henri, on en parle de ce procès Outre-Atlantique.
06:12– On en parle énormément Olivier, pour la simple raison que certaines personnes
06:18comme Nicole Kidman, avec qui je discutais il y a seulement quelques semaines,
06:21trouvent qu'enfin, la France et l'Europe se réveillent par rapport au mouvement MeToo
06:26qui a démarré ici il y a plus de 5 ans.
06:29Et quelque part, ce qui a fait l'énorme succès de Depardieu
06:34auprès du public américain il y a plus de 20 ans de cela,
06:38est aussi ce qui a fait sa perte ici à Hollywood.
06:41Parce qu'on a souvent parlé de lui comme un vrai français franchouillard,
06:46un homme qui aimait vivre, qui aimait rigoler.
06:50Mais les souvenirs que j'ai pu récolter,
06:53ça fait très longtemps que je suis ici à Los Angeles,
06:56que je rencontre des acteurs, des actrices,
06:58les souvenirs de certaines sont particulièrement intéressants aujourd'hui à notre époque.
07:05Un seul exemple, Andy MacDowell qui a tourné le film Green Card avec Depardieu,
07:10c'est le film qui avait fait gagner un Golden Globes à Depardieu en 91,
07:14le film qui avait fait de lui une star auprès des Américains.
07:18Andy MacDowell qui dit aujourd'hui que c'était un bon copain,
07:22quelqu'un qui avait peut-être un peu les mains baladeuses,
07:25qui buvait un peu trop.
07:26Parfois, il fallait lui mettre ses répliques sur des cartes sur le plateau
07:30parce qu'il avait certainement un petit peu trop bu la veille.
07:33Mais elle aussi défend Depardieu en disant qu'il n'a jamais eu vraiment,
07:39et ça je pense que c'est un mot qui est important,
07:41qu'il n'a jamais eu vraiment un geste déplacé envers elle.
07:44Henri Arnaud, en direct de Los Angeles.
07:46On va revenir au tribunal judiciaire, retrouver Vincent Vantinghem.
07:50Vincent, est-ce qu'on peut dire un mot quand même sur cette tension
07:53qui existe au tribunal à cause peut-être de la défense stratégique,
07:58agressive de Maître Assous et c'est l'avocat de Gérard Depardieu.
08:00Ça a continué aujourd'hui ?
08:04Ah oui, et pour tout vous dire, ça a continué il n'y a pas plus tard
08:07que cinq ou dix minutes puisqu'il y avait encore un échange de sarcasme
08:12entre les avocats des deux parties.
08:14Il faut bien se souvenir que le premier jour du procès,
08:16Jérémy Assous a qualifié ses contradictories,
08:18c'est-à-dire les avocats des plaignantes, de personnes abjectes.
08:21Et puis hier, il les a qualifiées de stupides et ce matin,
08:24il en a qualifié une de menteuse, tout simplement de menteuse,
08:28au moment où Gérard Depardieu justement venait de dire
08:30qu'il ne savait pas ce qu'était une agression sexuelle.
08:32Effectivement, il y a plus que de l'électricité dans l'air, de la tension.
08:36Claude Vincent, l'avocate d'une des deux plaignantes,
08:38a pris la parole ce midi devant les caméras pour dénoncer l'agression
08:42qu'elle a subie, dit-elle, de la part de Jérémy Assous.
08:45Agression verbale, bien sûr.
08:46Évidemment, il y a beaucoup de tension parce que c'est une défense offensive
08:50qu'a choisie Gérard Depardieu et Jérémy Assous en ce sens
08:53est le bon avocat puisqu'il est, on a l'habitude de dire, no limit.
08:56Il n'a pas peur d'aller au combat.
08:58Il fait valoir les droits de la défense.
09:00Il fait valoir ses droits.
09:01Mais c'est vrai que par moments, ça irrite, ça agace parce qu'il remet
09:04en cause la parole des plaignantes.
09:05Il décrédibilise leur statut qu'elles veulent avoir de victime.
09:09Et derrière, il tente de torpiller les rares moments d'audience
09:12où son client est en train de flancher.
09:15On verra à l'issue du jugement si cela marche pour Gérard Depardieu
09:19ou si cela lui porte préjudice.
09:20Il y a un risque.
09:21C'est Fanny Ardant qui disait ça tout à l'heure à propos de Gérard Depardieu.
09:24Avec Gérard Depardieu, il y a un risque.
09:25Avec sa défense, il y a aussi un risque.
09:27Mais ça semble être un risque assumé.
09:29Vincent, une dernière question parce qu'on a complètement dépassé
09:33les délais impartis.
09:33On est hors délai, comme on dit.
09:34Ça devait durer deux jours.
09:35C'est terminé hier soir.
09:38C'est la troisième journée.
09:40Qu'est-ce qui est prévu ?
09:43Qu'est-ce qui est prévu, c'est une bonne question.
09:45J'en parlais il y a encore quelques instants avec un avocat
09:47qui espère que ça puisse se terminer demain soir.
09:51Mais rien n'est moins sûr parce que les débats traînent.
09:52Les débats sont extrêmement longs, extrêmement tendus, on l'a dit.
09:55Il reste encore beaucoup de témoins à entendre.
09:57Il reste l'interrogatoire de personnalité de Gérard Depardieu
10:00et puis les plaidoiries des parties civiles, les réquisitions,
10:02les plaidoiries de la défense.
10:04Le président de l'audience a indiqué qu'il voulait que ça se termine
10:06jeudi soir, qu'il n'y aurait pas d'autre choix.
10:08Pourquoi ? Parce que la salle d'audience devant laquelle on se trouve,
10:11il y a un autre procès qui est prévu vendredi.
10:12On ne peut pas poursuivre au-delà de jeudi soir.
10:14Reste à savoir demain si on arrivera à faire tenir tout ça dans les délais
10:17avec cette contrainte, toujours la même,
10:19que Gérard Depardieu ne passe pas plus de trois heures le matin
10:22dans la salle d'audience, trois heures l'après-midi.
10:24Parfois, ça déborde un tout petit peu.
10:25Est-ce qu'il va être en mesure de tenir ?
10:27Réponse demain soir.