Pour le premier épisode de notre podcast vidéo consacré au sport et à la culture, le réalisateur Philippe Guillard, qui a porté les couleurs du Racing de 1982 à 1993, est venu nous parler de ballon ovale et de septième art.
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00:00Salut à tous et bienvenue dans Esprit d'équipe, le podcast vidéo qui parle de sport et de
00:17culture.
00:18Elle ou il réalise, interprète, photographie, écrive ou compose avec un point commun, le
00:23sport est une grande source d'inspiration.
00:25Pour ce premier numéro, nous allons parler cinéma et rugby avec Philippe Guillard.
00:28Salut Philippe.
00:29Salut.
00:30Philippe, tu es ancien joueur de rugby professionnel, tu as porté les couleurs du racing de 82
00:33à 93, tu es champion de France à 90, après ça tu as été consultant pour Canal Plus
00:38et Eurosport notamment.
00:39Oui, enfin chroniqueur plus que consultant parce que je n'y connais pas grand chose
00:41en rugby en fait.
00:42Tu as été aussi scénariste et réalisateur, tu as 5 films à ton palmarès, tu l'as compris
00:46aujourd'hui on va parler plus de 7ème arc de Ballon Oval, première question comment
00:49ça va ?
00:50Aujourd'hui bien, je suis dans un fauteuil, j'ai l'impression d'être le roi d'Espagne,
00:54c'est impeccable, j'ai l'impression d'avoir vu un César là, donc je te remercie.
00:59De rien.
01:00Je l'ai dit en introduction, le cinéma pour toi ça n'a pas commencé tout de suite derrière
01:05la caméra, t'as d'abord été scénariste, comment c'est venu cette reconversion, c'était
01:08prévu ou c'était au gré des rencontres ?
01:10C'est une affaire courte, depuis l'âge de 22-23 ans j'ai toujours écrit et je suis
01:15arrivé dans le cinéma par l'écriture et par deux romans, dont un qui a eu deux prix
01:21littéraires et qui ont fait que le cinéma s'est intéressé à moi sur 3-0, c'est comme
01:26ça que ça s'est enclenché.
01:27J'ai un mentor qui m'adore, que je salue, Kader Aoun, qui était le mentor de Djamel
01:32Debouze à l'époque et qui avait lu le deuxième bouquin que j'avais fait qui était sur le
01:36rugby.
01:37C'est grâce à lui que je me suis retrouvé sur l'écriture de 3-0, Fabien recherchait
01:40un mec qui savait écrire et qui connaissait le sport, en l'occurrence le foot, et du coup
01:45ça matchait tout de suite et après j'ai écrit Camping 1, Camping 2, Camping 3, Disco,
01:52avec Fabien et au bout d'un moment, les mecs que j'ai croisés m'ont dit que ce serait
01:58bien que tu essaies de réaliser tes propres histoires.
02:01Cette envie là tu l'avais en toi ou on te l'a suggéré ?
02:03Réaliser j'y pensais pas mais j'y ai pris goût grâce à Canal parce qu'en fait à
02:08Canal pendant 20 ans j'ai créé des petits modules qui ressemblaient quand même à une
02:13sorte de mise en scène alors que c'était des joueurs de foot ou de rugby et je trouvais
02:16ça sympathique le montage et tout, parce que tu mets une petite musique et d'un seul
02:20coup ça change tout.
02:21J'ai écrit deux romans, je t'avoue je m'emmerdais un peu, j'étais seul.
02:25Il reste cette envie de travailler en équipe ?
02:27Ouais en plus je viens du rugby, donc il y a cette envie d'écrire seul mais de réaliser
02:32un truc avec une bande après.
02:35Le premier film que tu réalises c'est le Fils Adjou en 2010, mais celui-là avant de
02:39le réaliser tu l'as écrit d'abord et je crois que tu le proposes à d'autres.
02:42Une histoire que tu racontes elle ne plaît pas à tout le monde, d'abord parce que la
02:47différence entre la littérature et le cinéma c'est que faire trois mille exemplaires ça
02:52coûte quinze mille euros, faire un exemplaire d'un film ça coûte six millions, donc il
02:58faut tomber sur le mec qui est amoureux de ce que tu racontes.
03:00Moi je sais que j'ai eu un coup de cœur avec Gérard Lanvin, je lui ai proposé l'histoire
03:03mais je n'ai pas trouvé le producteur.
03:04Le producteur était caché quelque part.
03:06A ce moment-là tu ne veux pas encore le réaliser ?
03:07Je veux le réaliser mais je n'en suis pas sûr et en tous les cas je le range dans les
03:11tiroirs pendant huit ans pratiquement et le jour, comme je te dis, un jour je suis tombé
03:15sur un producteur qui m'a dit qu'est-ce que tu fais là en ce moment ?
03:18Je lui ai répondu que si t'as pas un truc dans les tiroirs il est temps que tu commences
03:22à réaliser.
03:23J'ai dit tu sais j'ai un peu peur et puis j'étais un peu échaudé parce qu'on me
03:26disait que le film ne se ferait pas et on me disait que l'histoire était nulle, que
03:31le titre était nul, le fils a Joe et au bout d'un moment tu t'inclines, tu ranges tout
03:36dans un tiroir et tu dis bon c'est fini quoi.
03:38Et puis il y a un jour un mec il le lit et il me dit mais non mais t'es fou, on y va
03:41quoi, on part.
03:43Oh oh oh, l'arbitre, investi dans la lunette !
03:46Dans la famille, le rugby c'est plus qu'une religion, c'est un devoir familial.
03:50On va remonter une équipe de rugby et toi Tom tu vas leur montrer qui t'es et d'où
03:53tu viens.
03:54Et malheur à celui qui casserait le moule.
03:56Dès ce soir je serai à Plaquay-Moi.
03:57T'as pas bien compris, ça sera sans moi.
03:59Hein ?
04:00Le fils a Joe c'est Gérard Lanvin qui interprète Joe Cannavaro, une légende du rugby dans
04:05le tarn qui essaie de transmettre sa passion à son fils Tom.
04:07Commencer par un film qui parle de rugby c'était une évidence ?
04:10Ouais c'était une évidence pour plein de raisons, d'abord parce qu'il y avait un petit
04:14côté authentique.
04:16Je dépeins quelque chose que j'ai ressenti pendant 20 ans, non seulement sur les valeurs
04:24mais sur les personnages.
04:25Evidemment le milieu du rugby c'est là où il y a le plus de relations père-fils quand
04:29même.
04:30Aujourd'hui regarde les mecs qui jouent en équipe de France, il y en a un paquet qui
04:33sont des fils.
04:34Des fils deux ouais.
04:35Des fils un.
04:36Au box-office le fils a Joe c'est un million trois d'entrées.
04:38Pratiquement un million deux cent quatre-vingt-dix.
04:40Pour un premier c'est pas mal.
04:42Le box-office c'est une forme de palmarès ? Malheureusement je dis, c'est pas une forme
04:45de qualité.
04:46Bon après il y a des gens qui ont détesté le film, qui ont pris ça comme une caricature,
04:51surtout les parisiens.
04:52Mais les mecs ils peuvent pas comprendre ce que c'est que le sud quand tu vis dans…
04:54C'est comme les ch'tis, c'est une caricature quelque part mais c'est caractéristique.
04:58Parce qu'en une heure et demie tu vas aller vers l'essentiel donc tu vas caractériser
05:04tes personnages.
05:05Ouais Pompon il existe.
05:07Pompon c'est Moscato dans le film ?
05:08Dans tous les clubs il y a un Pompon.
05:10L'autre il a son estafette de 1960.
05:12Oui monsieur il y a encore des mecs qui travaillent qui n'ont pas les moyens d'avoir le dernier
05:16Ford et qui ont une estafette de 1960.
05:19Et la mobilette oui ça existe encore là, la bleue.
05:22Quand tu vas en opérage tu vois tout ça.
05:24Et parfois tu vois même pire et tu te dis ça je peux même pas le mettre dans un film
05:29parce qu'on va pas y croire.
05:30Moi j'ai été laminé en plus.
05:32Le problème c'est que le film a marché après donc les mecs sont un peu emmerdés
05:35après.
05:36Tu fais de la presse mais le milieu du cinéma il t'a accueilli comment ?
05:38Le milieu du cinéma ça n'existe pas.
05:40La famille en elle-même, la grande famille, elle existe au rugby.
05:44Si je vais dans un village, je vais dans une tribune d'un match de première série,
05:48j'ai l'impression d'être chez moi.
05:50Pas parce que je suis connu mais parce que je suis rugbyman.
05:52Tu comprends ce que je veux dire ?
05:53T'es sur un créneau quand même qui est pas connu pour glaner des récompenses, c'est
05:56un truc qui a pu te préoccuper ou tu fais pas ça pour ça ?
05:58Pas du tout.
05:59Parce que moi je fais pas du cinéma pour moi, je fais du cinéma aussi pour les autres.
06:02Je fais du cinéma pour raconter une belle histoire à des gens parce que moi je suis
06:05touché par les belles histoires quand je suis au cinéma donc j'ai envie d'essayer
06:07de toucher les gens.
06:08Je peux pas avoir de César parce que je fais pas partie de la troupe, j'ai pas la carte
06:13moi, j'ai pas la carte.
06:14Tu vois quand Papy Sitter cartonne à la télé, personne sait que c'est moi qui l'ai fait
06:18quoi, qu'il est écrit, mis en scène et tout.
06:21Personne.
06:22C'est Lanvin, Marshall.
06:23Donc les mecs, t'as vu le film de Lanvin hier ? C'est pas grave mais j'ai pas de nom
06:27au cinéma.
06:28J'étais plus connu quand je faisais le con à Canal mais je suis pas connu dans le cinéma
06:32encore moins.
06:33Je cherche pas quoi que ce soit.
06:35Tu parlais de rugby de campagne un peu ? De village je veux dire.
06:39De village ouais.
06:40Le fils Adjo se passe dans le Tarn je crois, pour l'honneur en Corrèze.
06:43Toi t'es plutôt un rugbyman qui a joué en Ile-de-France.
06:47T'as pas eu envie d'une histoire sur du rugby francilien ?
06:49Paris, c'est un enfer pour tourner.
06:52Il y a du bruit, tu peux jamais arrêter la circulation.
06:55Les mecs ne t'aiment pas du tout parce que quand tu arrives avec 15 camions en plein
06:59Paris, pendant une semaine tu fermes les commerces de pas mal de gens, donc les gens
07:04sont fous furieux.
07:05Donc ils t'aiment pas à Paris.
07:07Quand j'ai tourné à Paris, c'est le seul film que j'ai fait, c'est quand tu tournes
07:10à Paris, tous les gens repartent chez eux et tous les gens du tournage, tous les acteurs
07:16ou la régie, ils reviennent le lendemain avec leurs problèmes.
07:19Moi je m'arrange pour être au moins à 6 ou 7 heures de Paris.
07:23Quand tu finis le vendredi soir et que tu recommences le lundi matin, ça veut dire
07:26que les mecs ils ont du mal à repartir en week-end.
07:29On est une bande, on va en province, on est dans un petit village, on est heureux et on
07:34fait les week-end et je leur dis aux mecs, au lieu de perdre votre temps samedi, six
07:38heures de train, dimanche, six heures de train pour voir votre femme et vos gosses, trois
07:42heures le soir, amenez-les et on va faire des grandes fêtes et on va mettre les enfants
07:49tous ensemble, on va créer une famille.
07:51Tous les gens qui tournent avec moi, c'est un vrai bonheur parce qu'ils me disent toujours
07:55Le film c'est une chose, mais le tournage c'est inoubliable parce que c'est assez rare
08:00d'avoir une sorte d'unité et je les choisis aussi comme ça, les comédiens, alors je
08:06parle pas de Lanvin et Marchal mais les comédiens un petit peu deuxième, troisième rôle,
08:12je les choisis sur car d'identité morale et sentimentale.
08:15Si je sens que c'est des cons, même s'ils sont très forts, ils dégagent.
08:18Et un film sur le rugby pro ?
08:20En résumé, sur le rugby, c'est comme sur le foot, c'est compliqué de faire du haut
08:29niveau, encore plus au rugby parce qu'il y a des contacts, Invictus, je trouve que les
08:35gens sont assez injustes, les joueurs de rugby sont assez injustes de dire que c'est raté.
08:49C'est pas raté, mais c'est pas à la hauteur d'une vraie finale de la Coupe du Monde, c'est
09:04sûr, mais c'est pas raté, les plans sont super, c'est bien filmé, mais c'est beaucoup
09:08de moyens, attention, sauf que j'arrive pas à croire dans l'attitude du mec qui est 14
09:13all black que c'est John Alomou, mais je trouve que c'est pas très juste de dire que c'est
09:19nul.
09:20Parce que c'est pas nul.
09:21En revanche, j'ai une anecdote là-dessus qui est drôle, c'est qu'Andrew Martens, qui
09:25était le demi-d'ouverture des all black de cette époque-là et qui fait cette finale
09:29contre les Sudaf, bon c'est un poteau, je le connais, et il me disait un soir, on était
09:34en train de boire une petite bière, on parlait un petit peu et je lui disais, dans Invictus,
09:37il me fait, tu sais quoi Lagui, le plus mauvais match de ma carrière, tu sais où il est ?
09:41Il me fait, c'est dans Invictus.
09:43Et bon, parce que j'y crois pas à ce mec, Andrew Martens, ils ont pris un blond pour
09:48lui ressembler, mais qui joue pas la vraie erreur technique que fait Invictus alors que
09:53moi j'adore le film.
09:54Il y a un renvoi qui est fait par Andrew Martens, donc joué par un mec de fédéral
09:58sûrement, qui fait rater, c'est-à-dire que normalement un renvoi, t'es obligé de
10:02faire dix mètres en l'air et que la balle elle rebondisse après la limite.
10:05Et c'est un geste de foot ça en fait ?
10:06Que personne au montage ne lui ait pas dit, ça c'est, l'action elle peut pas continuer,
10:12l'arbitre il siffle mêlé au milieu du terrain.
10:15Tu vas me demander si ça m'a inspiré, parce que j'ai fait le Fils à Joe après, rien
10:18à voir, parce que moi c'est que des gamins qui jouent.
10:20Mais en revanche, c'est drôle parce que le Fils à Joe a marché beaucoup plus qu'Invictus
10:30dans la salle de cinéma de Gayac.
10:33Donc moi j'ai battu Clint Eastwood à Gayac.
10:38Bon, il le sait pas, il le sait pas, mais je l'ai battu.
10:45Je te propose une première séquence pour tester un peu ta cinéphilie.
10:50Philippe, ton premier grand souvenir de cinéma ?
10:52C'était Atalem Show.
10:53Et là je suis tombé amoureux du cinéma.
10:55Le film qui t'a donné envie d'être réalisateur ?
10:57It is for America.
10:58Il m'a pas donné envie d'être réalisateur, mais il m'a donné envie d'écrire de belles
11:02histoires.
11:03Le grand classique que tu aurais aimé réaliser ?
11:04César et Rosalie.
11:05C'est un très beau film, vraiment.
11:06Ça celui-là, si je l'avais réalisé, j'aurais arrêté le cinéma.
11:10Ton film de sport préféré ?
11:12Le plus gros des combats.
11:13Denzel Washington.
11:14Le film que tu peux revoir 100 fois sans jamais te lasser ?
11:17La finale 90.
11:18C'est un film.
11:19C'est là où on est champion, on fait les prolongations, ça dure 2h30, je te jure,
11:24c'est un film à l'américaine, et on gagne au dernier moment, et en plus je suis héros
11:28parce que je joue blessé, moi, donc pour moi c'est la finale 90.
11:33Le film que tu aimes mais que personne ne connaît ?
11:35Grey's Gawn.
11:36C'est le chef-d'oeuvre absolu pour moi.
11:38C'est un père de famille qui est retraité, pas retraité, qui est invalide.
11:42De guerre, qui a deux filles, 13 et 8 ans, et dont la femme est aussi militaire et elle
11:47part en Irak.
11:48C'est l'histoire d'un père qui ne sait pas à quel moment il va dire que leur mère est morte.
11:53Le film que tu détestes et que tout le monde aime ?
11:55Alors que je déteste, c'est un peu fort, mais c'est Sur la route de Madison.
11:58Parce que toutes les femmes adorent ce film-là.
12:00Mais moi j'ai du mal, quand je vois ce film-là, je suis avec ma femme, avec laquelle je suis
12:03depuis longtemps, moi je m'identifie au fermier qui part avec ses cochons, si tu veux, et
12:08pas avec une petite soude.
12:11On dit souvent que les bons joueurs font des bons entraîneurs, est-ce que les bons joueurs
12:14font les bons réalisateurs ?
12:15Alors les bons joueurs, je ne sais pas, mais en tous les cas, les joueurs de rugby font
12:18des bons chefs de bande.
12:20Et un réalisateur, c'est un chef de bande, avant tout.
12:23Parce que tu amènes tout le monde dans ton camion.
12:27Et il faut que tout le monde soit heureux d'être dans ce camion.
12:30Donc tu es d'abord un chef de bande, avant d'être, pour moi, un réalisateur.
12:35Après tu as d'autres mecs qui vont fonctionner autrement, qui vont dire, moi je réalise,
12:38je ne suis pas un chef de bande, je m'en fous.
12:40Parce que les mecs pensent qu'au film, ou alors égaux.
12:44Mais moi, déjà, un bon tournage, un bon film, c'est déjà un tournage qui a réussi.
12:50C'est primordial.
12:52Et le rugby, est-ce que c'est cinématographique pour toi ?
12:55C'est cinématographique à condition d'avoir des moyens, parce que c'est ça le problème.
12:58Pour l'honneur, il y a un moment où je n'avais pas assez de temps, donc du coup, j'ai mis
13:01une caméra, j'ai mis deux caméras, et puis j'ai dit au gars, jouez, il faut du temps.
13:05Les scènes de mêlée, ça a duré quatre heures.
13:07C'est une mêlée qui se relève un peu, mais parce que tu prends plusieurs angles,
13:10parce que les mecs, il faut qu'ils se réchauffent à chaque fois.
13:13Tu ne peux pas faire faire des mêlées comme ça, bam, tu vois.
13:15Tu refais un plan, tu fais un truc, tu mets la caméra.
13:18Alors évidemment, tu travailles à deux ou trois caméras parfois.
13:20Je voulais être original, mais je n'ai pas eu le temps d'être original.
13:22Dans le film, tu as une chandelle, donc tu vois le mec qui tape, et je fais un trucage,
13:26c'est-à-dire que le drone monte avec le ballon, comme ça, tu vois.
13:29Et tu as le ballon toujours en gros plan qui redescend la chandelle.
13:33Puis après, tu fais du montage avec le sol.
13:35Tu les répètes, le drone, que ce soit à bonne distance, à la bonne vitesse,
13:39parce qu'évidemment, quand tu tapes au pied, le ballon, il a une certaine vitesse.
13:42Il faut que ce soit crédible, tant que le moment où ça monte.
13:45Donc tout ça, ça prend quatre heures pour 15 secondes dans le film.
13:50Pour faire 10 minutes de match, si j'ai une semaine,
13:54je vais te faire des trucs originaux, sans trop de moyens, mais avec du temps.
13:59Là, j'ai eu trois jours pour faire 15 minutes de rugby à peu près.
14:05Pour l'honneur, qui est l'histoire de deux petits villages qui s'affrontent de Corrèze,
14:08t'es rugbyman, c'est des joueurs amateurs ?
14:10C'est des joueurs de haut niveau, bien sûr.
14:12C'était magnifique, mais moi, parce que j'ai cinq acteurs qui jouent,
14:16il ne faut pas qu'ils se blessent en plus, tu vois.
14:18Quand on fait des mêlées, qu'on fait des relevés, tout ça, comme ça,
14:20s'il y en a un qui se blesse, je suis dans la merde après.
14:22Pas tellement par rapport au fait qu'il soit blessé, ça peut arriver, c'est pas grave.
14:26Mais par rapport à si jamais un mec, il cogne sa tête, il a du sang,
14:31tu le recoupes dans la scène d'après.
14:33T'as un faux raccord.
14:35C'est un enfer en fait.
14:37Quand t'as pas d'argent, c'est un enfer.
14:40C'est déjà très frustrant.
14:42Moi, j'ai été super frustré pour l'honneur, vraiment.
14:46Et pourtant, c'est ton film le plus rugby des cinq.
14:49C'est justement parce que c'est le plus rugby des cinq que je suis frustré,
14:52parce que je n'ai pas réussi à mettre en image ce que j'avais imaginé
14:55pour que ce soit une petite symphonie où il n'y ait rien à dire.
14:59Il n'y a rien à dire.
15:01C'est mauvais, je trouve ça mauvais.
15:04La phase de jeu la plus difficile à mettre en image, c'est quoi ?
15:07C'est une phase de lignes arrière.
15:09Les mêlées, tu t'en sors.
15:11Les mêlées, c'est compact, c'est statique quelque part.
15:13La touche aussi, c'est statique.
15:15Les mecs sont debout, tu fais des plans comme ça,
15:17il y a juste le mec qui saute.
15:19Non, c'est derrière, c'est dessus,
15:21genre un ballon qui fait sept, huit mètres à chaque fois.
15:24T'as parlé des acteurs, je voulais parler des techniciens aussi.
15:26Comment tu gères des techniciens qui n'ont pas ta connaissance du jeu ?
15:28Toi, l'ancien pro.
15:29J'ai un mec qui est technicien du...
15:33C'est un petit poste que j'ai créé.
15:36Mon premier assistant, c'est pour tout ce qui est,
15:38évidemment, le film,
15:40mais j'ai un premier assistant spécial rugby.
15:42C'est-à-dire que d'un seul coup, mon premier assistant laisse la place
15:45au premier assistant spécial rugby,
15:47parce que quand je dis à mon premier assistant spécial rugby,
15:50on va faire un ruck, on va partir dans les 40,
15:53on va faire trois passes, une croisée et machin,
15:56mon premier assistant qui fait pour le cinéma,
15:58il est perdu pour toujours.
16:02Parce qu'après, lui, il va aller voir les mecs
16:04et il va retransmettre aux joueurs.
16:07Et d'un seul coup, on fait des répètes.
16:10Les techniciens, ils voient quand même, ils sont pas idiots,
16:12parce que c'est pareil, c'est comme si je te disais,
16:14ils n'ont jamais fait de braquage,
16:16mais ils savent aussi filmer des braquages,
16:18donc ça veut dire qu'ils savent filmer des actions.
16:20Une fois que mon premier assistant rugby a dit aux joueurs,
16:22voilà ce qu'on va faire, on met en place le truc,
16:24on a les techniciens, j'ai les techniciens,
16:26j'ai la mise en scène, j'ai tout le monde,
16:28et devant tout le monde, on fait l'action en marchant.
16:31Et une fois qu'on a fait l'action en marchant,
16:33on imagine où on va mettre les caméras
16:36et d'un seul coup, le technicien reprend le dessus
16:38sans avoir besoin de connaître le rugby.
16:40Tu parlais de l'ambiance sur tes tournages tout à l'heure,
16:42il paraît que tu fais circuler un ballon de rugby
16:44entre tes techniciens.
16:45J'ai toujours un ballon de rugby dans les mains,
16:47parce que c'est un antistress, c'est comme un doudou,
16:49et j'ai remarqué que c'est devenu le doudou du tournage,
16:52c'est-à-dire que d'un seul coup, c'est le ballon du Réal,
16:55et il est là, tu le vois de temps en temps,
16:57il est à la cantine, il est assis, il est là,
16:59et ça devient un personnage, ce ballon,
17:01et surtout, ça devient un moyen de transmettre à tout le monde,
17:03parce que par la passe, tu transmets,
17:05et tu transmets une passion, donc tu transmets de l'humanité,
17:08que tu sois de la régie, que t'es 20 ans,
17:10et que ton métier, c'est d'amener les cafés aux stars,
17:12je te fais la passe, ça veut dire que je communique avec toi,
17:15donc ça veut dire qu'après, les mecs, ils essayent de regarder,
17:17après, ils voient les matchs de rubis, ils vont sur internet,
17:19parce que ça les intéresse,
17:21et ils essayent tous de faire la passe vissée,
17:23et la passe vissée, c'est, on fait un concours de passe vissée,
17:26avec des cibles pour toucher, tu vois,
17:31ça devient un enjeu, un plaisir,
17:34dans un même tournage, pour tout le monde,
17:37et ça devient presque un enjeu,
17:39il y a un petit côté humain dans la passe,
17:41et donc du coup, à chaque fois, j'ai mon ballon,
17:43et je le donne, j'en fais cadeau à la fin,
17:46à quelqu'un du tournage.
17:48Qui repart avec, alors ?
17:50Le dernier, c'est mon chef Rob,
17:53parce que j'ai quand même fait 4 films avec lui,
17:55et le premier, Fils à Joe, c'était évidemment Lanvin,
17:59après, je l'ai donné, je crois, à Kad Merad,
18:02on voulait tout casser, c'était un bon souvenir,
18:04c'était toujours quelqu'un qui avait mon ballon.
18:07Puisqu'on parle de cohésion de l'équipe,
18:09je te propose qu'on finisse par parler de tes acteurs,
18:11Olivier Marshall et Gérard Lanvin,
18:13ils apparaissent dans 3 de tes 5 films,
18:15quand tu fais tes castings, c'est les premiers noms
18:17que tu mets sur la feuille de match ?
18:18C'est pas que c'est les premiers noms,
18:19parce que le casting, il est fait déjà avant que j'écrive.
18:22C'est-à-dire que moi, j'écris, je trouve des histoires
18:24justement pour leur coller à eux.
18:26J'écris plus vite, parce que je sais qu'ils vont bien le jouer,
18:30je sais que c'est eux les personnages.
18:33Mon premier producteur, il me disait toujours,
18:35la meilleure direction d'acteur, c'est de prendre un acteur
18:40qui est au plus près de ce rôle-là.
18:42En revanche, le rugby fait partie du casting.
18:46C'est-à-dire qu'un technicien qui se présente,
18:49parce que j'ai les mêmes équipes dans les noyaux durs,
18:51mais pas toujours.
18:52Un mec qui a joué au rugby, s'il a une photo de lui
18:55avec un ballon, il est pris tout de suite.
18:57Ça suffit.
18:58Ouais, parce qu'on gagne du temps avec les codes.
19:01Parce qu'au rugby, on a des codes.
19:03On a des codes, ça veut dire on a des codes de solidarité.
19:06Un tournage, c'est comment gérer les problèmes.
19:08C'est pas de l'art.
19:10C'est comment gérer les problèmes.
19:11Tu pensais avoir un coucher du soleil magnifique
19:13et t'as un plan pourri avec des nuages partout
19:17pendant 24 heures.
19:18Et là, tu regardes ton équipe, tu te dis,
19:20les gars, faites-moi plaisir.
19:22Si on peut, on décale.
19:25Donc demain, ça serait mieux qu'on fasse ça et tout ça.
19:27Mais ça, évidemment, ça vous demande ce soir
19:29de travailler un peu plus parce qu'il faut tout bouleverser.
19:32Mais je suis avec vous.
19:33Voilà.
19:34Hop, apéro, machin et tout.
19:35On travaille ensemble jusqu'à 23 heures s'il faut.
19:38Mais j'ai besoin de mecs qui vont pas me dire,
19:41ah ouais, non, mais moi, à 18 heures, là, je peux pas.
19:45Donc, le rugby, y a pas ça.
19:46En fait, c'est comme l'an 20.
19:48L'an 20 où Marshall, c'est des évidences pour moi.
19:51Tu vois ?
19:52C'est pam !
19:53Puis bon, moi, excuse-moi,
19:54mais je suis de la génération Marshall Ombre,
19:56spécialiste et tout.
19:57Donc, moi, l'an 20, si tu veux,
19:59même aujourd'hui, les derniers films que j'ai faits avec lui,
20:02la script, j'étais là, je la regardais, la script,
20:04j'ai dit, t'es sûr que c'est le vrai ?
20:07On est d'accord ?
20:08Parce que moi, je suis toujours épaté, quoi.
20:09Ouais, on a déjà dû vous lire,
20:10mais vous ressemblez à Gérard Lanvin, en plus petit.
20:12Ouais, Gérard Lanvin en plus petit, oui.
20:14Mais non !
20:15J'ai l'impression qu'il y a un mec qui est là-haut,
20:16qui me dit, bon, tiens, lui, il est sympathique,
20:18on va lui faire faire des films et tout,
20:20on va lui faire rencontrer en décembre, là, machin,
20:23tu me l'organises, tout ça.
20:24Je me dis, c'est une chance inouïe.
20:25Mais c'est comme ça que je fonctionne, c'est mon moteur.
20:27C'est de me dire tous les matins,
20:28quelle chance t'as ?
20:29Quelle chance t'as ?
20:30Et non pas, oh là là, machin, jamais blasé, quoi.
20:33Surtout pas.
20:34Artus, Marshall et Lanvin, ils ont joué au rugby,
20:36quand ils étaient jeunes.
20:37Ça aide pour bosser avec toi, on l'a compris.
20:39Tu le savais, ça, avant de les rencontrer ?
20:41Plus ou moins, mais pas tant que ça.
20:43Mais en revanche, quand je les rencontre,
20:44écoute, c'est simple,
20:47on était dans un bar.
20:48On parle d'Artus, là.
20:49Oui, oui, oui.
20:50J'envoie pas les scénarios par les mails.
20:53Je déteste ça.
20:54Moi, je...
20:55Rendez-vous, regard,
20:57bille à bille.
20:58Finalement, on devait rester une demi-heure,
21:00une heure, pas plus,
21:01parce qu'il m'avait dit, je peux pas trop plus.
21:03Et on a passé quatre heures,
21:04on a bu 18 bières,
21:06on a fumé deux paquets de cigarettes.
21:08J'exagère, évidemment,
21:10mais c'était un peu le...
21:11Ça a matché tout de suite.
21:12Oui, il a les valeurs rugby, ouais.
21:14Il a les valeurs rugby.
21:15Et dans tes films, il y a aussi des anciens rugbymans.
21:18On a parlé de Moscato.
21:19Ouais, toujours.
21:20Dans Pour l'Honneur, il y a une sacrée brochette.
21:22Il y a Louis Picamolle, Nand Duquin,
21:24Guillaume Gardo, Vincent Clerc et...
21:27J'oublie le dernier.
21:28Dimitri Agéli.
21:29Dimitri Agéli.
21:30Comment tu bosses avec des...
21:32Comme dans le premier,
21:33il y avait Pelous, Noves, tout ça.
21:35J'ai fait 15 ans à Canal
21:37en faisant des sketchs avec eux.
21:38Donc, ils me connaissent.
21:39Et je les connais.
21:40Donc, c'est pour ça.
21:41Moi, je pense au moment.
21:42C'est-à-dire que les mecs,
21:43ils viennent quand même.
21:44Quand ils sont venus, tous, là,
21:46ils sont arrivés la veille.
21:48Il y en avait un qui a pris sa bagnole.
21:50Enfin, ils ont tous fait au moins
21:51500 kilomètres en bagnole pour venir.
21:53C'est plutôt classe, quoi.
21:54Ils sont arrivés la veille.
21:56Ils sont partis le jour...
22:00Enfin, à la fin de la journée de tournage.
22:03Parce qu'ils avaient tous des trucs.
22:04Ils ont des boulots, quand même, les mecs.
22:05Ça aussi, les techniciens et tout, tu vois.
22:07Tu leur fais rencontrer Yachvili, machin.
22:10Les mecs, ils sont...
22:12Le rugby, c'est magique.
22:14Ils ont Guilhem Guirado devant.
22:17Ils sont Chabal ou je ne sais pas quoi.
22:19Ils sont qu'un des gosses.
22:20Et d'un seul coup, ça crée un lien.
22:22Ça crée un lien très fort.
22:24Parce que, du coup, ça crédibilise aussi, moi,
22:27mon parcours de rugbyman.
22:29Et ça crédibilise aussi
22:31cet élan que des mecs viennent.
22:33Si eux, qui sont internationaux, machin,
22:36font 600 kilomètres pour venir,
22:38ça veut dire qu'il y a une solidarité
22:40qui est exemplaire.
22:41Donc tout ça, ça sert aussi au tournage,
22:43si tu veux.
22:44Parce qu'il y a un moment
22:45où les mecs, putain,
22:46il y a quand même des selfies et tout.
22:48Et on a passé un moment
22:50convivial le soir.
22:52Et ce moment-là,
22:54il s'est terminé très tard
22:55parce que la journée de tournage
22:56a été très difficile.
22:57Mais c'est un moment magique.
22:59Je ne t'ai mis que 30 minutes dans la gueule.
23:01Mais qu'est-ce que tu veux ?
23:02Tu me parles de...
23:03Premièrement, tu m'as dit que tu étais bavard.
23:05Mais non, parce qu'en plus,
23:07je ne peux pas te dire ça en une phrase.
23:09Non, il n'y a pas de problème.
23:10Sinon, fais plusieurs épisodes.
23:12Fais une trilogie.
23:13Une série.
23:14Fais une trilogie sur ces gars.
23:15Tu es aux rois.
23:20On va finir par ta médiathèque culturelle sportive.
23:22Oui.
23:23Ce sont des livres, films ou musiques
23:25qui parlent de sport.
23:27Le film de sport,
23:28tu nous l'as donné tout à l'heure,
23:29c'était...
23:30Le plus beau des combats,
23:31mais il y en a d'autres.
23:32Il y a un autre film aussi
23:33qu'il faut que vous voyez.
23:34C'est The Blind Side.
23:35C'est une famille américaine,
23:36une femme fantastique
23:37qui adopte un noir
23:38des quartiers new-yorkais
23:40et qui est sûre
23:41qu'elle va devenir
23:42un grand professionnel de football.
23:44Très beau film.
23:45Ton livre de sport préféré ?
23:47Le Middle.
23:49On déconne.
23:50Refais là,
23:51je vais vous faire plaisir.
23:52En plus, c'est l'équipe aussi.
23:53Je lis l'équipe tous les jours.
23:54Vas-y.
23:55Ton livre de sport préféré ?
23:56Je ne vais pas faire de lesbos,
23:59mais l'équipe.
24:00Gentil.
24:01Ta musique de sport préférée
24:03ou ta musique pour faire du sport ?
24:05L'hymne au vert,
24:06c'est ma génération,
24:0776, j'ai 15 ans.
24:08Rocheteau,
24:09Réveilly,
24:10la Sainte-Étienne,
24:11le Bayern de Munich,
24:12les Ponts au Carré.
24:13Donc c'est...
24:14Qui c'est les meilleurs,
24:15évidemment,
24:16c'est le vert.
24:17Voilà,
24:18c'est ma chanson préférée.
24:19C'est mon banger,
24:21ça me rappelle
24:23tous ces souvenirs d'enfance
24:25où on ne ratait pas les matchs,
24:26surtout quand on était nous,
24:27aux Antilles, en Martinique,
24:28et que les matchs étaient à 15h,
24:30c'était chiant
24:31parce qu'il y avait école.
24:32Tu disais dans l'équipe
24:33au moment du tournage de Pour l'Honneur
24:35que tu avais beaucoup d'histoires à raconter
24:36et plus beaucoup de temps pour le faire.
24:38C'est quoi les prochains projets ?
24:39Avec beaucoup d'humilité,
24:41il va falloir quand même
24:42que j'admette que les films que je fais au cinéma
24:44ne marchent pas.
24:45Que le cinéma, du coup,
24:47n'est plus trop au taquet avec moi.
24:49C'est pour ça que je vais aller vers la télé
24:51ou vers les plateformes.
24:52Mais pour l'instant,
24:53je ne peux pas te parler de projets
24:54parce que je ne veux pas
24:55que ça me porte malchance.
24:56Mais j'ai encore quelques histoires à raconter.
24:59Et il y a peut-être
25:00un Fils Adjo 2
25:01qui est né cet été.
25:02On va voir.
25:03Voilà.
25:04Il y a plein de projets.
25:05En fait, je n'ai pas assez de temps,
25:06mais là, tu vois,
25:07je suis passé à autre chose
25:08maintenant dans ma tête.
25:09Je me suis dit
25:10je vais revenir à l'écriture
25:11toute simple.
25:12Réaliser,
25:13ce n'est plus un truc
25:14qui me...
25:15Enfin, ça me plaît toujours
25:16si je le fais,
25:17mais ça ne m'obsède plus.
25:18Ce n'est pas grave.
25:19Mais écrire m'obsède, oui.
25:20Merci, Philippe,
25:21d'avoir accepté
25:22d'être le premier invité
25:23d'Esprit d'équipe.
25:24Ton actu,
25:25je ne l'en ai pas parlé,
25:26mais c'est Papy Sitter
25:27sur Netflix.
25:28Oui, Clicardone
25:29qui a été premier
25:30pendant 11 jours.
25:31Et il y a justement
25:32peut-être une série,
25:33la suite en série
25:34qui est en train
25:35de se préparer aussi.
25:36Merci d'avoir accepté
25:37l'invitation.
25:38Merci à toi.
25:39A bientôt
25:40pour un deuxième épisode
25:41d'Esprit d'équipe.
25:42Sous-titrage Société Radio-Canada